Zunz, Die Synogogal Poesie des Mittelalters
qu’Israël s’en ressent toujours. Il en est encore parfois tout courbé et comme brisé.
Quand on songe à la singularité des conditions d’existence longtemps faites aux juifs, on ne s’étonne point que, pour le physiologiste ou pour le statisticien, le juif présente certaines particularités. Un premier fait, de nature à surprendre : le juif vit plus longtemps que le chrétien. Ce petit juif, au corps frêle et à la mine souffreteuse, semble souvent réunir deux choses en apparence contradictoires : la précocité et la longévité. Pour la longévité — plus facile à constater — il n’est guère de doute. Le fait est si constant qu’en certains pays, en Amérique, par exemple, les juifs sont les clients les plus recherchés des compagnies d’assurances sur la vie. Presque partout, là, du moins, où les lois ne s’appliquent pas à leur rendre l’existence impossible, la vie moyenne est sensiblement plus longue chez les juifs que chez les catholiques, les protestants ou les orthodoxes.
Et cela n’est pas seulement vrai des israélites français et des pays comme la France, où les juifs appartiennent surtout aux classes aisées. Il en est de même des juifs pauvres d’Allemagne, de Hongrie, d’Angleterre, de Roumanie1. Il en est de même, semble-t-il, des juifs
1. Voyez, par exemple, le Dr Gust, Lagneau, Remarques , à propos du dénombrement de la population, sur quelques différences démographiques présentées par les catholiques , les protestants , les Israélites. Paris, 1882. Cf. : Nouveau Dictionnaire universel de Géographie, art. juifs, par Isidore I.oeb.
d’Amérique. Voici le dernier recensement des États-Unis (1890). D’après le Census américain, les chances de vie de l’enfant, au moment de sa naissance, ce que le Census appelle : expectation of life, seraient, dans les familles israélites, de cinquante-sept ans, dans les familles chrétiennes, américaines ou anglaises, de quarante et un ans. Un petit juif de dix ans aurait, en moyenne, devant lui, cinquante ans d’existence; un chrétien du même âge, trente-sept ans seulement. En outre, contrairement aux lois habituelles de la statistique, les chances de vie, chez les juifs, seraient plus grandes pour les hommes que pour les femmes 1 .
Autre fait d’un égal intérêt: le juif, d’ordinaire, multiplie plus rapidement que ses voisins chrétiens. C’est encore là une observation d’un caractère général ; elle comporte peu d’exceptions, et les exceptions s’expliquent par des circonstances exceptionnelles. La population juive a beau être sans cesse réduite par des conversions sincères ou par des défections intéressées, presque partout, nous l’avons déjà signalé, le nombre des juifs est en augmentation, et avec le nombre des juifs, la proportion des juifs aux chrétiens. Au premier abord, on serait tenté d’attribuer cet accroissement à la fécondité juive. Israël a toujours pratiqué le : Croissez et multipliez. Cela a été une de ses grandes forces.
1. Census Bulletin (n° 19, 30 décembre 1890, Washington) : Vital statistics of the Jews in the United States, p. 11, 12, et diagramme de la p. 21.
En Orient, dans l’Est même de l'Europe, là où les lois et coutumes rabbiniques sont demeurées en honneur, les juifs se font toujours un devoir de se marier jeunes et d’avoir de nombreux enfants. « J’ai vingt-cinq ans, et mon grand-père regarde comme un scandale que je ne sois pas encore père de famille, » me disait, il y a quelque dix ans, un juif de Kovno. D’après la tradition, les parents, pour marier leurs enfants, attendaient seulement qu’ils eussent l’âge nubile, et la casuistique talmudique était peu exigeante sur les signes de la puberté. Salomon Maimon, le petit rabbin philosophe du xvme siècle, était marié, avant onze ans, à une fille du même âge, et comme, à douze ans, il n’avait pas d’enfants, sa belle-mère le soupçonnait d’avoir été noué par une sorcière1. On voyait fréquemment des ménages où les deux époux ne comptaient pas trente ans à eux deux. C’était une manière de préserver les jeunes israélites du libertinage.
Ces ménages d’époux enfants, qui vivaient chez leurs parents, entretenus par eux, deviennent rares. Les difficultés de la vie, le service militaire, l’influence des mœurs modernes retardent, de plus en plus, l’âge du mariage, chez les juifs comme chez les chrétiens. Parmi les juifs d’Occident, ces unions précoces sont entièrement passées d’usage. Israël, à cet égard encore, subit Fascen-
1 . Salomon Maimons Lebensgeschichte , éditéa par R. P. Moritz, r; TTC". r7. ArvM" Bnrinf1, Un juif polonais.
dant de nos exemples. Comme il lui arrive souvent, en se conformant à nos habitudes, il renchérit même sur nous. Contrairement à toutes les traditions et aux anciennes règles rabbiniques, les juifs, dans la plupart des pays de l’Europe et de l’Amérique, se marient plus tard que les chrétiens.
Autre chose, que je ne voulais pas croire : presque partout, aujourd’hui, les juifs ont, proportionnellement, moins d’enfants que les non juifs. En revanche, presque partout, ils perdent sensiblement moins d’enfants. De cette façon, avec une natalité inférieure, l’accroissement de la population israélite est plus rapide que celui de la population chrétienne. L’excédent des naissances sur les décès est plus grand chez les juifs1. La différence, en certains pays, est considérable, même là où les familles juives et les familles chrétiennes sont presque également nombreuses, en Roumanie, par exemple2.
1. Voyez, par exemple, G. Lagneau, ouvrage cité. Cf. Nouveau Dictionnaire de Géographie universelle, art. juifs, par Isidore Loeb, et The Journal ofthe anthropological Institute, xv (1885-86), article de M. J. Jacobs, réimprimé sous ce titre : On the racial characleristics of modem Jews.
2. Tableau des naissances et décès en Roumanie, durant trois ans, chez les israélites et chez les orthodoxes :