‹ Israël chez les nationsChapitre 38 sur 65 · Al. Weill, le Lévitiquc, p. 109-113. Paris · texte numérisé non relu

Al. Weill, le Lévitiquc, p. 109-113. Paris

ture secrète du xvme siècle, à la Renaissance, au moyen âge, à l’antiquité. Si l’Angleterre de la restauration n’avait eu son théâtre, et l’Italie du Quattro ou du Cinquecento ses conteurs et son divin Arétin, on pourrait croire que c’est encore là un produit de l’esprit gaulois ; d'aucuns diraient de l’esprit latin. D’où vientelle, en réalité, cette abjecte littérature, tout ensemble grossière et raffinée, hymne impudique à la glorification des voluptés réprouvées par l’Église et par la Synagogue? Elle vient du néo-paganisme, du culte restauré de la chair et des sens, auxquels cèdent à la fois le juif déjudaïsé et le chrétien déchristianisé. Pour s’en

laver et s’en guérir, ils n’auraient tous deux, juif et

chrétien, qu’à se replonger, au pied de l’Hermon, dans les eaux frigides des sources du Jourdain.

Ne nous flattons point; tout, pour le juif, n’est pas

bénéfice dans son rapprochement avec nous. Comme

aux Orientaux, chrétiens ou musulmans, le brusque

contact avec notre civilisation lui est souvent funeste.

En même temps que la contagion de nos idées, il subit

l’infection de nos vices. Contre ces maladies-là, il n’a

pas d’immunité. Ce n’est point la faute de sa morale ;

la morale juive est la même que la morale chrétienne.

Elle n’en diffère que par des nuances ; elle est fondée

sur la même foi en Dieu et sur le même dôcalogue.

Ce qui est vrai du juif, peut-être encore plus que du

chrétien, c’est qu’en abandonnant les rites et la foi de

ses aïeux, il garde rarement intacte la morale incor-

porée à cette foi et enveloppée dans ces rites, comme l’amande dans la noix. Cela est vrai surtout de la morale des sexes, de la chasteté, frêle vertu qui, pour résister à l’orage des passions, semble avoir besoin d’un support religieux et comme d’un tuteur divin.

Il y a un peuple qui aurait peut-être plus de raison que nous d’accuser le juif d’avoir travaillé à sa corruption. C’est l’Allemagne. Israël a tenu, dans la littérature et dans la vie intellectuelle de nos voisins, une place plus large qu’en France. Au pays de Heine, de Marx, de Lassalle, les écrivains d’origine juive sont légion. Parmi eux, beaucoup ont longtemps vécu en France et goûté l’esprit français. Que des teutomanes reprochent aux juifs d’avoir inoculé, à la vertueuse Germanie, le virus de l’esprit français, son persiflage, son scepticisme superficiel, son immoralité, son défaut de respect, ses instincts de révolte, je ne m’en offusque point, — à condition de reconnaître qu’ils lui ont aussi injecté quelque chose de notre amour de la justice, de notre liberté d’esprit, de notre dédain des castes et des hiérarchies surannées, de notre haine de l’hypocrisie et des mensonges conventionnels.

Ainsi, notamment, de Bœrne et de Heine, les deux

frères ennemis, les deux coryphées israélites de la « Jeune Allemagne » qui, d’après Menzel, n’était qu’une jeune Palestine. A Graetz, l’historien du judaïsme1, Bœrne et Heine apparaissent comme deux anges armés de verges pour flageller les travers allemands. Fort bien, mais ces verges vengeresses ont été trempées dans de l’essence française. Ces deux archanges ne sont pas les seuls juifs allemands qui aient pris quelque chose chez nous. On en pourrait citer bien d’autres, en des régions moins élevées : Paul Lindau, par exemple, et Max Nordau, parmi les contemporains.

Chez tous ces juifs d’Allemagne, chez Heine et Bœrne eux-mêmes, tout comme chez Lassalle et chez Karl Marx, les deux demi- dieux du socialisme d’outre-Rhin, on n’en sent pas moins l’éducation allemande, le fond allemand, le substratum germanique. S’il y a, dans leurs veines, un virus secret, il n’est ni tout juif, ni tout français. On y reconnaît, à l’analyse, un poison plus subtil, qui vient tout droit de la docte Allemagne, de ses écoles, de ses universités, de sa philosophie. Inspirateurs de la Jeune Allemagne et des révolutions politiques, ou initiateurs du socialisme et de la guerre de classes., il y a, chez tous ces juifs tudesques, du Hegel et de l’hégélianisme. Par là aussi, ils sont bien de leur

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