‹ Israël chez les nationsChapitre 48 sur 65 · Voyez plus haut, ch. iv et vi · texte numérisé non relu

Voyez plus haut, ch. iv et vi

sortis, scs pieds et ses membres inférieurs demeurent retenus dans la gaine nationale.

Les rites judaïques ont un caractère essentiellement national. Nous avons dit pourquoi : le Talmud a voulu défendre Israël contre l’absorption des Gentils. Les murailles de Jérusalem étaient tombées ; Juda s’est enclos d’une triple haie de rites et d’observances. Ce n’était pas assez pour la Synagogue d’entretenir dans la maison d'Israël le souvenir de ses gloires et de ses tristesses : jeûnes ou fêtes, le rituel s’efforce d’exalter ses espérances. — « Tout le culte, m’affirmait un rabbin d’Orient, repose sur la foi au rétablissement d’Israël. Partout, dans nos prières, conformément aux promesses des prophètes, nous implorons la délivrance de Sion, la réunion des tribus dans leur antique patrie. »

Ces divines promesses, nul doute que des milliers de juifs d’Orient, de Russie, de Roumanie, ne les prennent à la lettre. Ézéchiel, dans la vallée remplie d’ossements, n’a-t-il pas vu les os desséchés se rapprocher les uns des autres, et, au souffle de l’Esprit, les morts se redresser? Beaucoup croient fermement que Jéhovah rassemblera son peuple des extrémités de la terre, pour le ramener dans l’héritage de David. Jusque-là Israël leur semble condamné au golouss, aux douleurs de l’exil. J’ai rencontré un jeune hakham, de Petite- Russie, un enthousiaste aux yeux noirs inspirés, qui se plaisait à me citer les textes sur lesquels s’appuyait sa foi, m’alléguant tour à tour la Thora, les pro-

pliètes, le Talmud, Maïmonide, les prières liturgiques; me démontrant, doctement, qu’un vrai juif ne peut avoir d’autre patrie que la Palestine. Il m’énumérait ses autorités, et, pour mieux me convaincre, il m’en envoyait, le lendemain, une liste par écrit.

« Lisez le chapitre xxx du Deutéronome, me disait-il : — Le Seigneur, ton Dieu, ramènera tes captifs et aura compassion de toi ; et il te rassemblera d’entre tous les peuples... Quand tu serais dispersé jusqu’aux extrémités du ciel, le Seigneur, ton Dieu, te réunira, il te retirera delà; il te ramènera au pays que tes pères ont possédé, et tu le posséderas. — Que vous faut-il de plus net ? Et, conformément à cette promesse de la Thora, le juif orthodoxe répète, chaque matin, avant la récitation du Schemah : « Réunis-nous (ô Seigneur !) des ■

extrémités de la terre : brise le joug de notre cou et ramène-nous tête haute dans notre pays ! » Et, ce souhait, il le renouvelle, quotidiennement, dans le Schemona essreh, prière obligatoire pour tous, trois fois par jour, m’affirmait mon jeune docteur : — « Sonne, ô Seigneur, de la trompette de la délivrance ! lève le drapeau pour la réunion des exilés, rassemble-nous bientôt et ramène-nous des quatre coins de la terre dans notre pays. Béni soit le Seigneur qui doit réunir les dispersés d’Israël, son peuple ! » Et ces prières, auxquelles j’en pourrais joindre bien d'autres, ajoutait mon ardent interlocuteur, voici bientôt deux mille ans que les juifs du monde entier les répètent, le

matin, dans la journée, le soir, implorant, sans se lasser, le rétablissement d’Israël. »

Aucun doute sur le sens initial de ces invocations ; c’est bien le rétablissement de la maison d’Israël et du royaume de David qu’appelaient, de leurs vœux, les débris des tribus. Mais c’est peut-être parce qu’ils l’ont vainement attendue, durant des siècles et des siècles, cette restauration d’Israël, que tant de juifs ont fini par ne plus l’entendre au sens littéral, ou par la reléguer dans la nuit de la fin des temps, comme les chrétiens, le second avènement du Christ. « — L’an prochain à Jérusalem ! » continuent à se dire les juifs, à Rosch Haschanah , en fêtant la nouvelle année israélite. L’an prochain à Jérusalem ! Ce souhait transmis par la foi opiniâtre de leurs pères, combien, parmi nous, le prennent au pied de la lettre ? Combien même, à Paris, à Berlin, à New-York, en désireraient l’accomplissement? Où sont-ils, chez nous, ces israélites qui se disent tout bas, avec Jeliuda Halévy : « En Occident est mon corps, mais mon cœur est en Orient. — Qu’est pour moi l’Espagne, avec son ciel bleu et sa brillante renommée, — En regard d’un peu de la poussière du Temple foulé sous le pas des Gentils 1 ? »

Jehuda Halévy était le contemporain des croisés, et, à bien des clercs ou des chevaliers d’alors, Jérusalem eût

1. J’emprunte la traduction de ces vers à un Juif anglais baptisé qui en donne le texte hébreu : A pilgrimage in the land of my falhers , by Rever. Moses Margoliouth, t. Il, appendice.

inspiré des sentiments presque analogues à ceux du poète d’Israël. C'était le siècle où tant de Francs, de tous les pays d’Occident, se précipitaient vers la Palestine en criant : Dieu le veut ; car, à nous aussi, chrétiens, Jérusalem est quelque peu notre patrie. Mais les temps ont changé; la pieuse obsession de la Terre-Sainte a pris fin ; juifs et chrétiens n’ont plus les yeux hypnotisés par la colline de Sion. Nous ont-ils l’air d’avoir la nostalgie de Jérusalem, les Israélites que nous rencontrons sur le turf, ou sous les portiques de la Bourse? Ceux d’entre eux qui songent à restaurer le royaume de David ne sont guère plus nombreux que les chrétiens qui rêvent encore d’arracher le saint-sépulcre à l’infidèle. — L’an prochain à Jérusalem! Mais les juifs de France, d’Allemagne, d’Angleterre, d’Amérique, qui célèbrent Rosch Ilaschanah ressemblent-ils à des gens prêts à tout abandonner pour aller dresser leur tente dans la vallée du Cédron ? Montrent-ils, par leur conduite, qu’ils se regardent, dans nos villes, comme des hôtes de passage, en séjour temporaire parmi nous? N’engagent-ils pas des affaires à long terme? N’achètentils pas des terres ? Ne bâtissent-ils point, pour eux et pour leurs descendants, des maisons, des synagogues, des hôpitaux, des écoles, comme s’ils comptaient demeurer, à perpétuité, chez les fils de Japhet? Ce que leur reprochent leurs adversaires, ce n’est point d'être prêts à nous quitter, c’est de trop se complaire chez nous.

— Et les vieux juifs de l’Est qui implorent en:ore

la restauration d’Israël et la prompte venue du Libérateur, les voit-on réaliser leur avoir pour être libres de se transporter dans leur patrie future? Négligentils pour cela leur commerce, ou diffèrent-ils, quant aux soucis de la vie, de leurs voisins chrétiens? Oui, beaucoup en diffèrent ; mais c’est, d’habitude, qu’ils sont plus préoccupés du lendemain. En fait, ils ressemblent singulièrement, ces juifs qui attendent la réunion des tribus, à ces protestants millénaires, comme il en reste encore dans la Grande-Bretagne, qui font des calculs sur l’avènement de la cinquième monarchie annoncée par Daniel. De ces rêveurs anglo-saxons, j’en ai connu : pour attendre l’accomplissement des prophéties, ils n’en vivaient pas moins en bons négociants, et en bons Anglais.

Il s’en faut, d’ailleurs, que tous les juifs de l’est de l’Europe entretiennent de pareils songes. Fût-ce un ange du ciel, beaucoup accueilleraient avec une désagréable surprise le messager qui leur viendrait annoncer que, le royaume de David étant rétabli, ils sont tenus de retourner aux maigres pâturages de la terre de Chanaan. « Si jamais Israël redevient un peuple, me disait un juif de la Vistule, je demande à devenir consul de Palestine à Varsovie. » Que de milliers de ces fils dégénérés de Jacob feraient le même souhait, réclamant qui Paris, qui Berlin, qui Rome, qui Washington ! Combien se soumettraient à toutes les vexations plutôt que de retourner aux rocailleuses collines du pays des ancêtres? — Pour la plupart même des juifs de l’Est, la

véritable restauration d’Israël, le règne du Messie libérateur, c’est la fin de la servitude, la délivrance des lois d’exception. La Jérusalem future, la terrestre Sion dont ils implorent l’entrée, sous les vieilles formules rabbiniques, c’est la liberté et l’égalité civiles. Prenez les plus misérables juiveries lithuaniennes ou biélo-russes ; interrogez les plus pauvres juifs roumains ou polonais, ils vous diront qu’ils n’aspirent qu’à demeurer aux bords du Niémen ou du Pruth, pourvu qu’il leur soit permis d’y mener une vie tolérable. La patrie, pour eux, c’est la terre où leurs pères sont morts et ensevelis ; et quand ils sont contraints de la quitter, leur exode leur semble bien un exil.

Si la nationalisation des juifs parmi nous n’avait contre elle que leurs espérances messianiques, elle serait achevée avant deux ou trois générations. Mais, nous le savons, il est des pays modernes où le juif ne peut guère aspirer au titre de citoyen. Aujourd’hui, tout comme au moyen âge, nous voyons des gouvernements s’ingénier à retarder son assimilation, comme s’ils désiraient le maintenir, pour jamais, à l'état de nation distincte. C’est ainsi que, plus de cent ans après Mendeîssohn et après le décret de la Constituante, des israélites qui avaient foi dans l’assimilation en viennent à être pris de doute.

« Quand on nous affirme, tous les jours, que nous ne pouvons devenir Russes, Polonais, Roumains, que nous sommes Juifs et ne pouvons être que Juifs, me confiait un de ces étudiants qui viennent chercher à Paris les diplômes qu’on leur refuse en Russie, comment ne pas nous demander si nous ne faisions pas fausse route? Puisqu’on persiste à nous considérer comme un peuple, et qu’on nous déclare inassimilables, pourquoi n’examinerions-nous pas si nous ne pourrions redevenir une nation ? On ne nous laisse pas le choix. Nous essayions de sortir de notre exclusivisme, et l’on nous y ramène de force ; on nous chasse des villes et des campagnes chrétiennes pour nous reconduire à nos juiveries; on nous barre l’entrée des collèges et des universités, autant dire l’accès de la civilisation. En Occident même, là où les lois d’exception étaient abolies d’ancienne date, on entend des voix bruyantes en réclamer le rétablissement. Pourquoi ne repousserions-nous pas ceux qui nous rejettent, et ne mettrions-nous pas notre orgueil à rester, ou à redevenir nous-mêmes? Qu’est-ce, après tout, qui empêche Israël de renaître? La religion se perd dans notre jeunesse; la nationalité survit. Laissons à leur sort les Juifs d’Occident en train de se fondre avec les peuples modernes. Ne pourrions-nous, là où nous sommes en nombre, sur les terres russes, polonaises, roumaines, constituerune nationalité vivante, au milieu des nations qui se disputent la suprématie de l’Est? Pourquoi

même ne pourrions-nous pas coloniser la Palestine et la Syrie, reconstituer un État juif, retrouver au moins, comme les Grecs, un centre national indépendant, où il nous serait loisible de vivre selon nos lois et nos mœurs, conformément à notre génie historique? Après tout, il est peut-être vrai que, pour le juif, la patrie des autres ne sera jamais qu’une belle-mère et non une mère, — a step-fatherland , comme dirait un Anglais. »

Le vœu mis jadis par G. Eliot sur les lèvres de Mordechaï, je l’ai, ainsi, entendu formuler plus d’une fois. Il faisait sourire lors de l’apparition de Daniel Deronda. 11 mérite aujourd’hui d’être traité moins légèrement, parce que les juifs de l’Est ont beaucoup souffert depuis lors, et que leurs souffrances et leurs appréhensions rendent, à nombre d’entre eux, le désir d’être indépendants des chrétiens, d’avoir un pays, un territoire à eux1. Ce rêve d’un État juif prendra-t-il jamais corps? Je n’oserai dire non; si malaisé que cela soit, cela n’est pas impossible. La question vaudrait d’être examinée, et je le ferai peut-être un jour. Mais quand les juifs devraient être, de nouveau, en majorité au pays de Chanaan, comme ils le sont déjà à Jérusalem; quand ils édifieraient, sur les deux rives du Jourdain, une minuscule république ou une petite princi-

1 . Il s’est publié beaucoup de brochures à ce sujet, outre les écrits de feu Laurence Oliphant; je citerai, entre autres, Die Jüdische Unabhangigheit; von Isch-Berlin. (Berne, 1892.)

pauté juive, cela ne déciderait point les israélites d’Occident à retourner au vieux pays. Je ne vois pas les juifs de France, d’Angleterre, d’Allemagne, d’Italie, s’embarquant en masse pour Jaffa ou Saint-Jean-d’Acre. On ne saurait dire d’eux, comme des Turcs, qu’ils sont campés en Europe. La Palestine n’aurait du reste pas de quoi les nourrir. La Syrie entière ne pourrait abriter qu’une faible minorité des sept ou huit millions de juifs du globe. Faudrait-il, pour leur faire place, en expulser les chrétiens et les musulmans? Irions-nous confier à la Synagogue la garde du Saint-Sépulcre ? Quel chrétien voudrait le proposer, ou le tolérer ?

Abandonnez à Israël toutes les terres libres de Svrie, avec le désert jusqu’à l’Euphrate; elles ne sauraient faire vivre le tiers ou le quart des juifs de l'Europe. Si l’ancien pays de Chanaan et les régions voisines en peuvent accueillir quelques centaines de milliers, ce sera beaucoup. Et ces nouveaux colons leur viendront uniquement des grandes juiveries de l’Est, car il ne faut pas confondre Paris avec Berditchef et Vienne ou Berlin avec Iassy. Le juif qui songe à retourner au pays des ancêtres, ce n’est pas l’hôte incommode dont nos capitales se débarrasseraient volontiers ; ce n’est ni le courtier véreux, ni le spéculateur éhonté, ni l’aventurier cosmopolite en quête de marchés suspects, ni l’entrepreneur de publicité à l'affût des plumes à vendre et des votes à acheter. Ceux-là nous resteraient; nous aurions beau rendre à Israël le territoire des

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douze tribus, il faudrait, pour les attirer à Jérusalem, construire, sur la montagne de Sion, une Bourse, des Banques, des Chambres, tout ce qui est nécessaire aux opérations dont ils convoitent le monopole.

Ce qui se dirige vers la Palestine, c’est la portion d’Israël la moins entreprenante, la moins ambitieuse ou la moins cultivée, et, si l’on peut ainsi dire, la moins jeune. Je les ai visités, les juifs de Jérusalem; je les ai vus, le vendredi, pleurer sur la muraille du Temple, en implorant dans leurs lamentations le relèvement de Sion. C’est un des spectacles les plus touchants qu’il ait été donné à mes yeux de contempler : Bida et Verestchaguine en ont rendu la tristesse pénétrante. Ni chez les vieillards qui viennent mourir à Jérusalem pour être enterrés dans la vallée de Josaphat, ni chez les débiles adultes qu’y fait vivre la halouka , la charité de leurs riches coreligionnaires d’Occident, on ne saurait prendre les éléments d’une résurrection nationale. Ce qu’on voyait de juifs en Terre-Sainte ressemblait moins à la renaissance d’un peuple qu’au dépérissement d’une race. On eût dit des ruines humaines sur des ruines de pierres, comme si les restes des tribus étaient venus expirer sur l’emplacement de la maison de David1.

1. Je sais que, dans ces dernières années, les juifs ont fondé, en Palestine, plusieurs colonies assez prospères; mais cela ne saurait infirmer les réflexions qui précèdent sur l’impossibilité d’y rassembler les tribus dispersées.

Ce n esi pas vers l’Orient et les arides collines de Judée que sont tournés les yeux de nos israélites d’Occident. Même dans les sordidesjuiveries russo-roumaines, la masse regarde moins vers la Syrie que vers les pays du soleil couchant. Aux terres épuisées, aux populations appauvries de l’Asie, le juif préfère les riches campagnes de l’Amérique. Le grand courant du moderne exode ne se dirige pas vers les contrées de la Bible, il est en sens contraire. Les défiances de la Porte laisseraient les réfugiés israélites libres de faire voile vers le Liban ou le Carmel, que la plupart n’en préféreraient pas moins s’entasser à bord des transatlantiques. Des terres nouvelles, des pays neufs ! voilà le cri du juif qui, sous l’aiguillon de la misère, s’évade du grand ghetto de Russie. Pour lui, la terre promise n’est plus entre la mer et le Jourdain ; elle est, Là-bas, dans les brouillards de l’Ouest, sur les rives de l'Océan. Hier à peine, les rabbins de l’Hudson et du Mississipi fêtant le quatrième centenaire de la découverte de l’Amérique, comparaient Colomb à un autre Moïse suscité par Jéhovah pour préparer à Israël, chassé du vieux continent, un refuge dans un monde meilleur1.

1. Je trouve d’éloquents discours sur ce thème dans Y American Hebrew, septembre et octobre 1892. A les en croire, Colomb aurait eu des Juifs parmi ses compagnons, les fonds exigés pour l’armement de ses caravelles auraient été avancés par un Israélite castillan, et les cartes dont il se servait auraient été dressées par un juif portugais. Bien mieux, d’après de vieilles chroniques, ce

Aux rêveurs qui l’invitent à former de nouveau un peuple, les récentes migrations de Juda donnent le démenti des faits. Au lieu de revenir à leur berceau d’Asie, la plupart de ses fils tournent, avec dédain, le dos à l’Asie. Israël devient de plus en plus occidental, européen, américain. Pour en refaire un peuple, il faudrait agglomérer les débris des tribus et les concentrer sur un même territoire ; et loin de se rassembler des extrémités du monde, les fils de Jacob se dispersent, plus que jamais, parmi les Gentils ; le vent de la persécution les jette aux quatre coins de l’univers. Et plus ils se disséminent sur le globe, plus la couche israëlite étendue à la surface des nations s’amincit, et moins elle offre de résistance aux influences locales. Le vieux particularisme, qui a survécu à la diaspora de l’antiquité, ne résistera point à cette nouvelle dispersion. A mesure qu’il s’éparpille sur le monde, le juif s’affranchit de son exclusivisme religieux ou national. Ainsi en est-il déjà, dans presque tous les pays libres, des Carpathes aux montagnes Rocheuses.

serait un Juif, Rodrigo de Triana, qui aurait le premier aperçu la terre, et encore un juif, Luis de Torres, qui aurait le premier toulé le sol de l’Amérique.

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