XXI. Les deux Salons de
(Introduction à l'histoire des peintres de toutes les écoles, depuis les origines jusqu'à la Renaissance, avec reproduction de leurs chefs-d'œuvre et pinacographie spéciale, in-4°, format du Charles Blanc; Parus: L'Orca^na elV Angelico 5 francs. — Rembrandt 1881 (épuisé).
L'ART idéaliste & MYSTIQUE
Doctrine de la Rose f Croix, i vol. in- 18.
Amphithéâtre des sciences mortes
l. Comment on devient mage (éthique), in-8° 1891. lï. Comment on devient fée (érotique), in-8" 1892. m. Comment on devient artiste (pour l'ouverture du second Salon de la R t C).
Constitutions de l'ordre de la Rose f Croix du Temple. . i fr. » Théâtre (Œstrie)
Le Prince de Byzance (refusé à l'Odéon et à la Comédie-Française),
Le Sar Mérodack (tragédie en nuatre actes).
Le fils des étoiles; en 3 actes (représentée à la Rose f Croix.)
La Rose Croix, mystère en 3 actes.
Le Mystère du Graal, en 5 actes.
JOSËPHIN PÉLADAN LÂ DÉCADENCE LATINE (Éthopée)
PARIS. — .DENTU, 3, Place de Valois.
AU COMTB
LÉONCE DE LARMANDIK
Mon cher Amt,
Vous rriavez dédié Excelsior; je vous rends ici le salut des pairs, que Vos ancêtres faisaient avec une épée et que Vous faites avec une œuvre.
Né Kçatria, c est-à-dire de la deuxième caste des guerriers et des rois, Vous avez, dépassant Votre nom, — œuvré de Vesprit ;et,dans ce faubourg Saint- Germain qui descend et s'obscure, — Vown montez.
Il est décoratif d'être né Kçatria, surÈôut si en apprenant on na rien oublié^ — comme Vous qui, devenu écrivain, restez gentilhomme.
Votre héros, Jacques de Mérigue, représente-t-il pas Votre propre évertuement pour le trône et V autel? Vous avez dû éprouver cette ingratitude bourbonnienne, commune à tous les chefs conservateurs, etmériter d'eux la même note que le chevalier Adrien Péladan, mon père : trop de zèle... à écarter....
Là encore, le Kçatria a paru, quand la canaille n'écoutait plus et ruait; Vos poings ont vaflu Vos syllogismes.
Je trouve original, mon cher Comte, ^ue vous puis^^
Dédicace
siez à la fois métâphyst(£uer à la Duns Scott et assommer un rustre^
Homme à^aciion — quel geste ferez-voiis r — en ce Bicètre luthéro-maçonnique où Von joue les domestiques^ moins la gaieté et les saltimbanques^ moins Vesprit sous couleur de République Française,
En Languedoc^ P^y^ féroce^ il y a un moment aux courses de taureaux celui de la fin, où le nerviy le voyou, le calicot, le souteneur, c est-à-dire le public même, envahit à la fois Varene et Vestrade, épandant sa hurlante vulgarité,
La France en est à ce moment qui s'appelle demain autant qu'aujourd'hui.
Vous étonnerez un jour, mon cher Comte, la parlotte du quai d'Orsay de Votre éloquence; mais, en dignité, peut-on représenter ce rien, les monarchistes, parmi ces néants, les élus du Caliban français, sans déchoir, ô Kçatria? Car V amour a mis dans Vos veines du sang royal de France; un double bast bourbonne Votre blason, illustré de l'Armandus, ce chevalier armé de toutes pièces, ce Larmandus au mariage duquel signait Jeanne d'Albret, et que la voix populaire caractérisait ainsi : « Fi de la brette, dré de la quête, »
Dre de la penne aussi : Vaile des chimères palpite, dans Errant, poésie de goéland qui salue d'un cri lyrique au passage les stations héroïques de VOc^ cident; le Sang de TAme, la Tramée de sang et Les Phares, sont d'un vrai poète à la technie sévère. Ce-
Dédicace
pendant le romancier apporte encore plus de neuf et Vous-même devez voir là V œuvre préférée et préférable.
Monsieur le Vidame, cette suite aux Ménages de garçons, encadrée de réelle ruralité; Patricienne, profonde étude de l'orgueil de race aux prises avec la passion; Excelsior, ce passionnant tableau d'un début dans la vie, par les voies légitimistes et nobiliaires; et Reptile et Montorgueil, que Vos seuls amis encore connaissent, j'en soulignerai les rares mérites dans la préface de Pur-Sang.
Dès l'instant, je salue en Vous le plus dramatique des psychologues et le seul qui peignez d'après nature ce faubourg Saint-Germain, que j^ai longtemps cru une invention de notre pape Honorius Vunique et une prédilection imaginative du Connétable, du grand J, B, d'Aurévilly.
On est de la maison dont on fait les œuvres, et le nom ne vaut qu'à la façon dont on le porte.
Toutefois il y a un idéal dans les noms, faits d'histoire ou de légende; et respectable à côté de la fortune qui nest qu'un fait; seulement cette parure du passé ne devrait plus être portée que par les femmes.
Je crois à la grande dame, autant que je nie le grand seigneur, malgré Votre avis pour moi si notable.
Cet adorable abstrait Que symbolise le mot prin-
Dédicace
cesse est si nécessaire et Vesthétique que nous devons y croire^ quoiqu'il n'y ait qu'une race et qu'une patrie^ la Lumière; mais elle nous arrive par un angle de réfraction qui est V hérédité.
Je croise donc ici avec nos mains, nos plumes; la vôtre faite d'un éclat de Durandal^ la mienne d'un débris de la verge Aaronique, en compagnon d' œuvres y avec cette solennité écrite que j'aime à mettre comme une consécration et un serment sur mes amitiés,
JosÉPHiN PÉLADAN Ba"^uth dé Franco nie.
ECTHÈSE
Le quatrième roman de la Décadence Latine, dont trois cents exemplaires furent servis à la presse, n'a pas donné lieu à un seul article parisien.
Ce silence n'intéresse que Tauteur et l'éditeur.
A Cœur perdu s'est écoulé à plusieurs milliers.
Cette vente intéresse tout observateur.
Malgré le veto du Consistoire protestant, communiqué par note au Temps , aux Débats^ à la Revue Bleue;
Malgré le vœu des loges maçonniques, l'index de la Nonciature et le Vade rétro du Boulevard ;
Malgré un ostracisme où se donnent la main l'athée et le dévot;
M. Joséphin Péladan est un auteur qui se vend. La conspiration du silence peut donc être conjurée autrement que par les révérences et les servilismes du cinq à sept de la terrasse.
La vente d'un tome III, car on peut bien l'avouer maintenant, Curieuse^ V Initiation sentimentale et A Cœur perdu ne sont que trois parties d'un même livre, les trois actes des trois mêmes héros — la vente d'un roman en trois volumes qui dépasse le septième mille, est-ce pas la démonstration, qu'il y a un salut littéraire hors du Figaro ?
L'auteur à'Istar, ne conteste aux journalistes ni le talent,
•XIV ; Ecthèse
ni même le culte esthétique du talent : il comprend que la vie ou le vice force la plupart à la copie, quand ils rêvent de l'œuvre et enfin quoi de plus naturel de réserver ses coups d'épaules à ses amis.
Ici donc, ni dépit, ni reproche; cependant certaines animosités étonneront toujours un écrivain resté si en dehors des dîmes littéraires, qu'il paye sa place m Salon, au théâtre et au chemin de fer.
Oh ! là sotte aventure de passer pour l'obligé de gens auxquels on ne doit rien ! Quelque critique en peine de matière critiquable pourrait découvrir M. Joséphin Péladan, un de ces matins. Or l'éthopoéte veut garder le bénéfice de sa mauvaise fortune, et montrer que la conspiration du silence n'a point d'effet parce que la parole de ceux qui se taisent n'a plus de portée.
Où est le bélître assez nîmois pour croire que cette Suissesse, la Revue des Deux Mondes, exprime le mouvement littéraire ou bien que le Figaro a jamais des opinions gratuites ?
L'institution cynique de Villemessant a perdu à jamais l'oreille, même asinelle; le Figaro n'est rien qu'un bon placement financier, et une mauvaise habitude très répandue.
Serait-ce se vanter de professer l'aristocratie de l'écrivain qui ne fait que des livres ? trop plaire ou trop vite décèle peut-être une certaine vulgarité? Eclabousser de jeunes et belles gloires, en prétendant que le public n'accepte jamais tout de suite, ni le neuf ni le vif? Nôrî, le pubHc du livre aujourd'hui mérite plus d'estime que la Critique; il s'est émancipé du journal : Et en ce simple énoncé il y a un bien grand soufflet aux Aristarques.
Ecthèse
I D'un auteur dont on parle beaucoup et bien :
« Il a des amis dans la presse. »
D'un autre dont on ne parle pas ou mal :
« Il n'a pas d'amis dans la presse. »
Voilà tout ce que pense le lettré ou le simple liseur.
Aux jeunes, à ceux de demain qui n'ont pas encore baisé la fesse du Bouc, il faut dire qu'une fortune littéraire se fonde, sans le paranymphe Wolf, Sarcey, Pontmartin : le journalisme ne donne que de l'argent et de la vogue.
Pour dispenser l'estime publique, il faudrait l'avoir soimême : Quintilien appelle ce cas, l'absence de mœurs oratoires.
Qu'on ne s'y méprenne pas, méchamment. L'auteur du Vice suprême prétend avoir prouvé, par son œuvre et au point de vue de librairie :
Qu'on peut fort bien se passer d'articles et arriver au même résultat de notoriété;
Qu'on peut fort bien se moquer des sentiments du public et lui imposer sa chimère.
La plus haute indépendance ne dénie pas tout succès; et la Décadence latine gardera dans l'histoire littéraire le mérite d'avoir exemplairement démontré qu'il est aisé de se passer de la presse, et profitable de mépriser le goût du jour.
Puisse cette, ecthèse être entendue comme elle est faite, en fraternelle exhortation aux écrivains à venir de ne concessionner rien; un Verbe porte en lui la force de rompre tous les silences.
Frère que je ne connais pas et qui te prépares dans l'ombre
Ecthèse
au souffrant apostolat orphique, qui viendras demain peutêtre chercher un écho aux musiques que Dieu a mises en toi pour endormir l'inquiétude des grands cœurs, — ne te prostitue pas, Frère! C'est inutile.
Quand tu passeras devant le 26 de la rue Drouot, devant le 21 de la rue de l'Université, comme devant l'Élysée et l'Académie, enfonce ton chapeau de peur que tu ne semblés saluer ces mauvais lieux.
Comme les Kaldéens celohites qui suivaient de l'esprit le troupeau des étoiles, meneux idéal, pousse tes chimères droit sur la foule, et ne t'inquiète pas des agents de publicité, et des entrepreneurs de vogue.
Moque-toi, mon Frère^ de tous les Consistoires, fondés par Luther ou Villemessant, le citoyen Rousseau ou l'Auvergnat Buloz. Moque-toi des francs-maçons qui ne savent pas l'aleph du symbole qu'ils profanent; et surtout apprends de ton aîné en efforts et en résultats que tout ce qui est collectif est fémini» — et veut être violé.
Vis comme tu pourras; mais ton œuvre, fais-la fière; ne mens jamais : marche sur le préjugé à mon instar, car je nie en ce livre le sentiment natal comme j'ai blessé d'humanisme le concept étroit de la nationalité.
Sois catholique avant tout, en tout et par dessus tout. Le catholicisme est la vérité : mais si tu entends absoùdre rinquisition ou excommunier Balzac, siffle, même à Notre- Dame.
Sois Français, parce que le français est une langue divine, la plus belle qui ait été écrite ; mais crois bien que les canons de Bonaparte ne la parlaient pas.
Ecthèse
Sois Parisien : les hommes sont moins méchants et les femmes moins nulles en la ville bénie, seconde ville sainte, où ridée dit sa messe, où la Forme aurorise.
Ne laisse pas calomnier Paris par la Province, ce cloaque de fiel, de cruauté et d'ineptie, où ruminent des buffles, où sifflent des vipères pour toute humanité.
Méprise tout ce qui s'obtient sans génie ; tout ce qu'un Rothschild peut avoir, des filles et l'Institut , laisse-le et vois quels ors résistent à l'or vulgaire: la Gloire et l'Amour.
La vraie Gloire, les pairs seuls la donnent et ceux-là commenceraient à te mépriser le jour où tu aurais le sufirage de MM. Wolf, Sarcey et Pontmartin.
Le véritable Amour, c'est l'écho sentimental qpi te répondra des Fiords aux Altaï. C'est le cœur qui battrâ pour l'idéal que tu incarnes.
Clame le Chant royal des Œlohites, et tu seras reconnu. .
Sonne la marche Atlante, et tu seras entendu.
Ton devoir, c'est la consolation idéale : berce de tes imaginations splendides les nobles douleurs.
Ton devoir, c'est le rappel au divin : relève et incite tous ceux qui ont la flamme sainte; qu'elle se rallume à ton souffle, et derrière toi, comme un héros, tu Msseras de la lumière où d'autres s'igniseront.
Ta récompense, mon Frère, ne la cherche pas autre que la rencontre de tes frères et de tes sœurs.
Une œuvre est un cri jeté à des cœurs inconnus; ces cœurs battront et tu retrouveras ta famille spirituelle — ta tribu cérébrale éparse à travers Thumanité,
xvni
Ecthèse
Je t'ai dit les ors vraiment beaux : l'Amour et la Gloire : ne les prends pas pour bat mais en viatiques; ce sont des coupes splendides pour tes harassements; rien de plus.
Au-dessus du laurier, il y a le nimbe : au-dessus de l'Amour, il y a la Charité; et toute chose ne vaut que par réverbération de Dieu.
Château de Parisis, à Bruyères^ 3 juin 1888.