‹ IstarChapitre 6 sur 51 · LES LITANIES DE NERGAL · texte numérisé non relu

LES LITANIES DE NERGAL

Du sein de mon péché, j'exhale une prière imparfaite, tiédie et d'un vol incertain : ma lèvre, encore tachée du vin de l'infamie, balbutie et se tord, indigne de ton nom — Sainte Marie.

Le Seigneur mit sur moi le sceau qui prédestine et dans mon cœur d'enfant la flamme de l'élu.

Les anges, à quinze ans, me soufflaient à l'oreille des conseils de foi, de courage et de beau : et je n'ai, alcyon fouetté par la tempête, rien su redire au Siècle, des grandes visions de mon printemps mystique.

Profane, artiste vain, de formes occupé, mon cerveau fut stérile au Divin et n'a rien engendré de suprême — Génitrice de Dieu.

Je les ai toutes effeuillées, mes roses blanches; je les ai toutes déchirées, mes robes blanches; elles se sont fermées les ailes qui berçaient mon sommeil*

Pour coiffer la tiare du Sar, j'ai coupé un rameau

de l'arbre redoutable, et quand je sortis de son ombre, fier et sûr de mon exarquat, je pris lors à témoin le Soleil de cette pourpre revêtue. Je rougeoie de honte seulement — Vierge des Vierges.

Me suis-je souvenu du Golgotha plaintif quand cherchant p^r la vie de vulgaires ivresses j'ai blasphémé le jour de mes yeux offusqués? Serai-je pardonné ingrat et oublieux d'avoir frappé ce sol, et voulu de la joie où sont tombés tes pleurs — O mère de Jésus?

Au mur pisan du Campo Santo, quand sonnent les trompettes du dernier jugement, et que ton divin fils implacablement juste ne rend point d'autre arrêt que la muette vue des stygmates soufferts, tu détournes la tête et pleures. Ces larmes laveraient l'iniquité d'un monde; pour la sérénité des doux yeu:t de sa mère, Jésus nous graciera et damnés et pervers, notre salut c'est ton sourire — Mère des Grâces.

Je cherche en ton honneur une expression si noble qu'on ne Tait jamais dite aux choses d'ici bas.

Hélas, nos cœurs et nos jardins ne donnent que des fleurs aux racines de terre — Vierge de pureté.

Tu resplendis si haut et d'une clarté telle que le lys semble impur, à tes pieds : le soleil pâlit devant ta gloire — Mère de Chasteté.

Oh! l'atroce rancœur d'avoir sali son âme, et d'y avoir logé, vicieux hôtelier, ces passantes impures qui laissent après elles le fade hébétement d'un sot péché cursif.

Oh! l'atroce rancœur de ne pouvoir plus dire : «Je suis un calice d'or, attentif et patient pour recevoir l'hostie de la Lumière, et de sentir en soi comme un sol piétiné par des sabots de foule. Oh ! l'atroce rancœur de se tout «sentir violé — Mère d'inviolabilité.

Noble Isis, cependant, ta nef miraculeuse a surnagé parmi les péchés écumeux : arche sainte où j*ai mis mes rêves et mon destin. Pareil au goéland qui sur nos mers, s'élève, hardi navigateur de Téther sans ^ limites, et qui à grands coups d'ailes coupe les vents • du large, mon culte en ta bonté a plané sur ma vie, Labarum vers le Tibre, et Toison sur l'Argo — O mère intémérable.

L'Amour sanctifié aux roses de ton souffle est monté de nos reins à nos cœurs : et pourtant quel vertige' d'en bas, aux attractions charnelles, et quelle boue sans la douleur — la douleur qui sanit le sexuel immonde et dans le sel des larmes lave la volupté — Mère d'Amour.

L'inneffabilité de votre Conception prosterne nos pensées, éblouies de mystère, et vous resplendissez en terre comme au ciel, reine d,e l'art, reine des anges, chef-d'œuvre du Vinci et du Sanzio^ — et chef-d'œuvre de Dieu — Mère admirable.

Tout ce qui œuvre et qui parture, le poète consolateur et le savant ingénieux vous saluent leur patronne; créer, trouver, c'est vous être dévot — Mère du Créateur.

Votre exemple a fleuri au doux cœur de la femme, - •

docile aux leçons de votre sainte vie. A l'imitation de Jésus s'ajoute l'imitation de Marie; vous nous avez sauvé du Laid comme du Mal — O mère du Sauveur.

Six gemmes incomparables étoilent vos cheveux; en couronne mystique.

La Prudence qui veille et défend du Malin aux adroites surprises ; la Piété qui nous lie au sacré : Vou s les avez vécues ces vertus surhumaines de Bethléem au Golgotha; et du salut des Mages aux larmes de saint Jean, vous fûtes Prudente et Pieuse Marie.

La Magnification de Tau delà vermeil où Ton vivra jo3^eux à l'état de soleils incandescents et calmes à réverbérer Dieu ; la Puissance du vœu que projette en l'éther l'aspir auguste des prières, et qui d'un coup de foi jusqu'aux anges frappé fait descendre un miracle; la Clémence, suprême équité, qui dessouille un coupable du nom de malheureux; et la Fidélité, la vertu surhumaine du héros et du saint apparaissent sur vous, diadème éternel, unique même au Paradis, Vierge magnificente, reine Clémentine et Constante.

Trompé par les mirages, par le phare égaré, jouet de la lueur, j'ai cru la luciole une étoile tombée, et guetté les éclairs pour suivre mon chemin, voyageur attardé à contempler les sources; au bord des lacs dormants, j'ai égrené les heures, Narcisse de mon désespoir; pieux sous le regard des femmes, comme aux vitrails flambants de chapelles en messe; la

lentille à la main, arrachant au soleil de la douleur et du feu, je n'ai trouvé qu'en vous Madone délectable la parhélie de Dieu.

La poussière des trônes a peuplé le désert de simouns charriant des sceptres concassés; un néant solennel garde les hypogées ; vous la seule entrônée, de vos deux belles mains dispensez la sagesse longtemps stérilisée sous le sphinx sommeilleur.

Lœtare ! votre cœur de mère de son doux battement apaisera la droite punisseuse et levée de Jésus. Lcetareî vos mérites passent tous nos péchés.

Coupe sainte et remplie d'infinité certaine, vivant ostensoir du Dieu eucharistique, Votre chair exempte de la tache, fut le premier calice; et dans votre giron je vois le vif autel; alabaster splendide où la femme sublime presse l'ange et conquiert sur eux la royauté. Fleur /lus fière, éclose au Verbe du Très-Haut, lotos et lys, vous embaumez la foi, sourire adorable du dogme et grand baiser de paix du divin au mortel.

Vous vous dressez, comme une tour carrée et comme une vigie. Acropole inviolable où sont les Vérités. Vous vous dressez, irradiante et claire, et tout l'enfer surgi n'ombrerait pas vos pieds. Vous vous dressez, éclatante et parée, absolue perfection et fille du Parfait; vous êtes la raison totale et l'excellence, etles ors vous reflètent au monde minéral.

Vous vous dressez, arc-en-ciel sur nos âmes; en vous s'est signé le pacte merveilleux du salut de la terre. Vous vous dressez, en bénigne tourière, aux

Is ta r

portes de diamant du Parad'.s féerique : et de vos longs doigts fins bénissez le pécheur que Dieu repousserait s'il pouvait refuser ce qu'accorde sa mère.

Vous vous levez à l'aube de nos cœurs ; votre regard bénin étoile nos berceaux; et sous l'ombre épaissie du péché vous scintillez tendre sollicitude entêtée d'avertissement. C'est vous qui guérissez du doute, et qui donnez au vrai un aspect conceptible pour les esprits infimes. C'est vous qui remettez au cœur désespéré un peu d'espoir; c'est vous qui consolez, c'est vous l'auxiliaire, perpétuelle et tendre, — Madone de Santé, Mère des Affligés, Notre Dame du bon secours.

Celui même qui peut déchirer le mystère, parler aux anges et dire Dieu, quand il vient pour chanter un hymne à votre gloire, n'a plus de voix et sa viole muette n'obéit à l'archet, car il entend descendre du ciel même, l'écho du cantique éternel.

« Reine » chantent les Anges, « Mère » les Patriarches. — « Oh! l'accomplissement que vous êtes, Marie » dit le prophète. « Suprême apostolat» proclament les apôtres. — Les Etienne élevant l'instrument du supplice ; tandis que les très douces Vierges fléchissent le genou, la légion des martyrs fait osciller ses palmes, et du ciel prosterné un écho vient à nous, et le dévot se tait, écoute et prie tout bas : celle qu'auprès de Dieu les neuf chœurs magnifient :

« La Reine conçue sans péché. »

Iszar

Par le saint pentagramme joyeux de vos mystères, Alléluia sur moi.

Que j'annonce vraiment la parole qui sauve aux Évangiles contenue; que je parle toujours de Dieu même aux pervers; que j'écrase Nimroud au nom de votre Fils, négateur de la Force inepte et proclameur des Bontés conscientes qui font les hommes-Dieux.

Que je sois visité par les idées sublimes^ accueilli par la cause et servi par Toether; que les errantes vérités sur moi se posent oiseaux géants, tandis que la sentimentalité douce poudroiera son pastel, pollen de Psyché.

Qu'il naisse en moi le Verbe surhumain gisant au cœur des vieux symboles; sur la pierre cubique assis que je retrouve le pentacle du cœur inscrit, au cercle immense de l'esprit.

Que dignement je le présente ce Verbe du ciel dicté ; et que l'artiste en moi égalant le rêveur enveloppe le Vrai d'un manteau de beauté.

Hardi explorateur des trois mondes magiques que toujours dans le Temple aboutissent mes pas : et que j'y vienne un jour, joyeux et consolé, ayant trouvé la sœur qui mettra dans ma vie le battement suave de ses paupières lourdes, débordantes d'amour invariable et clair.

Par le saint pentagramme joyeux de vos mystères, Alléluia $ur moi.

Par le saint pentagramme pleurant de vos dou-

lie,

leurs, faites que je ne souffre que les fières, les hautes et les rares rancœurs

Oui, je veux agonir et rester solitaire, loin des banalités de la gloire et du cœur, m'abreuver des douleurs du face à face horrible que fait ma vileté devant mon idéal : je veux suer mon sang goutte à goutte et pleurer jusqu'à l'aveuglement de mes yeux désolés ; mais ne permettez pas. Vierge compatissante, que ma douleur mêlée aux flots de l'humaine douleur s'y noie inglorieuse et ruisseau dans le fleuve.

Oui, je m'adosserai à la colonne infâme des prophètes et des novateurs ; et je poitrinerai aux lanières acérées, elles se pourpreront sur moi. Mais il me les faut neuves ; et moi mort, qu'on les brûle : que mon orgueil soit sauf sous le bandeau d'épines drapé de dérision. *

J'affronterai le rire imbécile du peuple, je garderai ! grand air, je pense, au pilori; pourvu, sainte Marie, jque j'y sois seul : les larrons me font peur, oui j'accepte la croix; mais l'insulte est trop forte partie du corps de garde, criée par les brutaiix

Je porterai ma croix, imitateur du Christ, appliqué à draper les plis de mon linceul et cherchant, jusqu'à l'heure extrême du supplice à bien jouer ma vie, comme un acteur soigneux.

Je porterai ma croix avec de nobles poses, si vous me permettez de trouver en chemin quelque cri immortel qui sauve mon Calvaire de l'oubli des humains.

Je mourrai résigné, pardonnant, aussi beau que mon effort pourra dominer la souffrance; mais que ma mort soit noble, dramatique et ressemble à la finalité d'un poème sanscrit.

''^e mourrai, oli! Marie, pour la cause papale, pour la race Œlohite et pour la vérité; mais mourir d'accident, de maladie, de guerre, mourir comme un grand niais... alors, révolté, maudissant, je mourrai mal.

Par le saint pentagramme pleurant de vos douleurs, faites que je ne souffre que les fîères, les hautes et les rares rancœurs.

Par le saint pentagramme de vos gloires, glorifiez en moi le serviteur pieux.

Je ressusciterai, Marie, car j'aurai cru à votre beauté éternelle; et que pas une idée ne vécut sous mon front qui ne fut une foi aux destinées célestes.

Pécheur mais ligueur, j'ai toujours., digne ou indigne, à toute heure crié le grand vivat du fanatique; je, ressusciterai pour fléchir devant vous ce genou si souvent courbé à vos images.

Et j'ascensiormerai, ivre de joie lucide, de lumière vêtu, continuer là-haut, dans les rayonnements de la rose mystique , le grand rêve de Beau pour lequel j'ai vécu en mépris souverain du Réel et du Brut

Mon esprit s'épandra en encens vers Jésus, en sereine expansion sur la terre; car j'y aurai donné, ^mparfait mais violent, l'exemple d'un désir entêté

Ista

et qui crève, pour monter dans l'air pur, la voûte des églises.

Mon Verbe assomptera, hymnode de vos mL'rites; maître-chanteur là-haut comme je suis ici; j'assemblerai pendant les éternités calmes des mots émerveillés pour votre exaltation.

Je serai couronné par vous comme un vainqueur, humble soldat de votre culte; et vous me donnerez, dans vos fêtes, à porter la bannière d'étoiles où rougeoie, où gemmise la superexcellence de la rose mystique.

Par le saint pentagramme de vos Gloires, glorifiez en moi le serviteur pieux.

Saint-Esprit, ô la plus offensée par ce siècle; ô la moins priée par r.e cycle, des trois se^intes personnes, je me confie à vous : inspirez-moi ici le décret écouté d'un arrêt de justice.

Dois-je porter au jour les vermines entrevues en cette ville laide où le hasard me mit; ou bien faut-il me taire et m'en aller ailleurs chercher d'autres sujets, dévoiler d'autres mœurs, moins habilement hypocrites?

J'écoute et n'entends rien en moi qui déconseille.

J'écoute encore et crois me sentir poussé. J'hésite cependant... Non, rien ne m'avertit; c'est donc que vous voulez et que la chose est juste. Je vais dire un Ave^ Pater et Gloria^ afin d'éclairer mieux ma voie par la prière...

Soit doDcI En ce saint lieu où voué à Marie je vins balbutier ma prière d'enfant; devenu homme et nabi, je promets d'éclairer aux lueurs de justice les vaines gens qui grouillent dans le val lyonnais.

Je serai donc saint Georges; le monstre, c'est Lyon; et je le férirai d'un grand coup de lumière, qui le renversera béant devant le monde étonné d'avoir cru si longtemps anodin le grand Léviathan cet habile qui fait bénir ses ors et masque son grand livre sous les livres de messe!

Le Ciel Faura voulu! Je suis l'inquisiteur. Province immonde, à nous deux : tu me dois mes douleurs, tu dois à Dieu tes crimes, ta bêtise à l'enfer; je mets mon pied sur toi :

t^T Lutetiœ ex Mini et Diis,

LE MÉROALT.

C'est peut-être le matin, au moment où le soleil se dégage progressivement des vapeurs amassées par la nuit, que le plus beau panorama s'offre au regard de la hauteur de Fourvières.

A l'automne, Lyon dort en d'épais brouillards d'un ton bleuâtre qui rendent la ville invisible au spectateur de la colline , et ainsi en augmente l'éloignement.

Parfois, le point du jour attend midi, une lueur blanchissante se lève dans le ciel au-dessus des Alpes, dont elle accuse la fière silhouette.

A cette aube du milieu du jour, on distingue une grande étendue de brume qu'on prendrait pour l'eau vaporisée d'un vaste lac, si n'émergeaient, vers le nord, le plateau et les pentes de la Croix-Rousse

La blanche lueur fait place à une lumière rouge qui embrase tout le ciel à l'orient. Ce tableau est plus vivement éclairé, mais il reste le même. Tout à coup

le soleil apparaît en son orbe complet, en sa gloire. Les neiges des monts alpins se couvrent de teintes purpurines; des jeux de lumière éclatent sur la plaine du Dauphiné. Alors, la statue dorée de la vierge de Fourvières resplendit : premier objet frappé par les rayons du soleil v^mi s'abaissent rapidement sur les flancs de la colline ; les éminences et les campagnes éloignées apparaissent et de mobiles reflets sur les deux rives.

En un port couvert de vapeurs, la lumière frappe d'abord les mâts; ainsi surgissent, du nord au sud, le beffroi de l'Hôtel de Ville, les flèches de Saint- Nizier, les dômes du Grand Hôtel-Dieu et de Saint- François, le clocher de la Charité.

Les places, les larges rues, les quais s'éclaircissent ; on n'aperçoit plus rien qui ne soit baigné de lumière et qui présente encore ces tons nébuleux qui lont du Lyon matinal un msain brouillé d'estompé.

La cité s'assied entre le Rhône français et la large Saône, l'un majestueux, l'autre languide. Le premier dont on suit la course rapide dans une étendue de plus de vingt lieues, la seconde sinueuse et lente.

A l'extrémité de la presqu'île de Perrache, la Saône entre au lit de son impétueux compagnon qui l'emporte vers la Méditerranée; mais ils sont encore distincts assez longtemps après leur réunion, et 'onde jaunâtre et limoneuse de la Saône se voit sur la rive droite du fleuve, tandis que le milieu

du courant et la rive gauche restent le domaine du flot vert et clair du Rhône.

A vol d'oiseau, Lyon occupe deux plaines et deux collines. A l'est, le parc de la Tête-d'Or, les Brotteaux bourgeois, la Guillotière plébeuse. Encaissée entre ses deux ondes la presqu'île lyonnaise, qui commence au pied de la Croix-Rousse et finit au confluent, contient la vraie ville, avec le Bercy local des entrepôts de Serin et Perrache pour Birmipgham.

A l'horizon, le mont Pilât et le mont Thore; quand souffle le vent du midi le mont Blanc s'aperçoit. Nergal accoudé au parapet, regarde du haut de la sainte colline, les nombreux couvents qui s'étagent sur ses pentes. A ses pieds, la vieille cathédrale Saint-Jean; il reconnaît l'élégante église Saint-Georges qui dépendait du Temple; les quartiers Saint-Paul et Bourgneuf gardent une physionomie du passé, même à vol d'oiseau.

Son imagination excursionne à Marly-le-Loup, aux bords de l'Azergue, de la Brévenne et de TYzeron, il monte le versant de la Sarre, parcourt les vallons de Champ vert et de Gorge-de-Loup.

Soudain, le coup d'une heure tinte; il s'élance sur cette pente vive en lacets du Calvaire comme autrefois, ne donnant pas le sou qu'une vieille femme doit prélever, à l'instar des anciens invalides des ponts. Ce même fervent, qui vient de dire son rosaire, ne fait point attention aux quinze petits monuments du chemin.

Il court, et son manteau lui fait des ailes de chauvesouris démesurée.

Essoufflé, brisant son élan avec effort, le voici à un porche; il pousse la porte d'une chapelle exiguë comme une chambre privée. Au fond, sous verre, rose, théâtralement vêtue et semblant dormir, une figure de cire contenant les restes de sainte Philomène. Mentalement il salue la relique, et d'un pas pressé s'en va frapper au Grand Séminaire. Il doit insister pour être introduit; après une grande demiheure, paraît le même prêtre de la montée de Fourvières au sourire italien, auquel il l'a crié : « Vous ne valez rien. »

Le P. Nicaut semble ne pas se souvenir, indique un siège, reste debout pour montrer qu'il ^est pressé.

— Voulez-vous bien vous asseoir, mon père.

— Avez-vous donc beaucoup à me dire, monsieur?

— A vous dire? rien: i'ai à vous remettre un mandement.

— De quel évêque? — et, le ton raille :

— De plus haut qu'un évêque, d'un épopte.

Il tire de sa poitrine un pli scellé de cinq cachets bleus. Le jésuite sans manifester de curiosité attend que Nergal prenne congé.

— Voulez-vous, mon Révérend, lire la suscription, elle porte : Pour être rendu au porteur après lecture en sa présence.

Une seconde d'hésitation, puis le jésuite rompt les

cdciiets, s'avance vers la fenêtre, et, sans que son masque exprime rien, yoilà ce qu'il lit :

Au nom de Dieu, Un d'essence^ personnellement Triple, et de Jésus-Christ véritablement Dieu incarné;

Au nom de V Immaculée Conception de Marie, des sept archanges, des neu f chœurs, de saint Joseph et de saint Jean;

Nous, devant Dieu Œlohites, devant les hommes, Sars;

En vertu de notre race solaire et reine, indéfecti-^ blement gironnés au Pontificat Catholique romain;

Saluons le T. R. P. Nicaut, maître de la psychie et la chryséie lyonnaise ;

En Conseil Suprême de vingt-deux Théores; sous la Grande Maîtrise du Sar Mérodack-Baladan et la bénédiction du moine régulier le R, P. Alta;

Déléguons sa Hautesse Nergal, commandeur de Malchut et maître des scribes, pour présenter le l'^elesme sous la modalité scientifique dite Mero-A lt.

Il est vrai, sans mensonge^ très véridique. Ce qui est la Foudre est comme ce qui est la Chaleur et ce qui est le Son est comme ce qui est ta Couleur — et

la Vie n est que la Virtualité — pour faire les miracles de la Substance (Aour),

Et comme tout le perceptif et tout l'affectif nest que la variété de la For ce , — le microcosme nest que le développement sériel de VEnormon primitif ; aussi le microcosme conscient peut-il remonter V échelle des effets jusqu'à la cause seconde et Vadapter à la réalisation de son Verbe,

La Substance à la fois matière première et énorrhon unis s'appelle: astralité au sidérai ; azoth à Vinor ganicpie ; magnétisrne à Vorganique; fluidité à l'humain; éther à Vangéliciue. ........

Il y a deux extériorités et deux atrrtosphères^ Varie physique ou gazeuse^ Vautre hyperphysicpie ou œthérée : elles se pénètrent et nous baignent également de tous côtés. La première agit sur nos corps, la seconde sur nos âmes ; l'une est le flot sensationnel ^

Jsïar

Vautre le flot sentimental. Les œuvres d'amour de foi et de justice s'élaborent dans Vatmosphere seconde.

Ici le Père s'arrêta et dit :

— Monsieur, je m'explique mal que vous me forciez à lire sur-le-champ des théories de physique, eu rieuses sans doute, mais étrangères à mon ministère.

— Voulez-vous, mon Révérend, dit Nergal, aller à la page 5 : Applications.

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