‹ Istoriia Ekateriny VtoroChapitre 5 sur 8 · IC · texte numérisé non relu

IC

A Vienne, le 4 May 17711).

Monseigneur.

J'ai reçu la lettre № 65, que vous m'avez fait l'honneur

de m'écrire le 16 du mois dernier. Je dois à vos bontés celle

1) Париж. Архива, Autriche. Vienne, vol, 316, № 104, à M-gr le duc de la Viülere.

que le Roi a montrée à la lecture de quelques unes de mes dépêches. Ne doutez pas de mon ardeur à en mériter la continuation.

Le comte Ferrari a eu avant son départ pour Gênes une audience particulière de l'Impératrice qui Га exhorté à faire le plus grande diligence dans son voyage, à ne rien oublier pour faire échouer la négociation de M-r Maruzzi, à seconder les efforts de M-r Boyer et à procurer à cette Cour tout l'argent qu'il pourra. „Car, a-t-Elle ajouté, je vois plus d'aparence que „jamais à une guerre sérieuse. Nous avons des nouvelles de „Pétersbourg que le comte Orlofif en est parti avec un pouvoir „illimité d'emprunter de l'argent à tout prix. La prompte ex- „pédition de ce général, la rapidité de ses courses et la pro- „fusion des moyens qu'on lui accorde, nous font assez connoitre „les dispositions de Catherine seconde".

C'est le lendemain du jour que l'Impératrice s'étoit expliquée ainsi que le comte Orloff a paru. Il s'est arrêté icy trois jours. Il a vu Leurs Majestés Impériales. Il a eu des conversations avec le prince de Kaunitz et il est parti Jeudy. Je suis occupé à demesler ce qui s'est passé dans ces entrevues.

Ce personnage a paru au reste un homme commun et peu propre à la négociation. Je tiens du comte de Dietrichstein, grand ecuyer et fort avant dans la confiance de l'Empereur, que le général Russe ayant demandé dix millions de roubles pour les frais de la campagne prochaine dans la MéditeiTanée, assurant que sans une dépense de ce genre il ne falloit pas se flatter d'avoir de grands succès, Catherine Ш^ luy en avoit accordé quinze pour que rien ne manquât, qu'il étoit autorisé à en faire l'employ sans attendre les ordres du Cabinet, que l'accueil qu'il avoit reçu de sa souveraine avoit été jusqu'au point de causer la jalousie a son frère, et que la surprise que ce traitement a produite à Pétersbourg a été d'autant plus grande qu'on croit ou qu'il seroit responsable de la dépense énorme faite pour la flotte, ou du peu d'utilité de ses opérations.

Sans que personne se soit avanturé à lui parler de la mort de Pierre III, il a de son propre mouvement touché cette horrible matière, et il a dit en plusieurs occasions qu'il étoit bien triste pour un homme qui avoit autant d'humanité d'avoir

été contraint de faire ce qu'on a exigé de lui. Ce général qui a une force de corps extraordinaire fut chargé de l'infâme action d'étrangler son Maître et il semble que les remords le poursuivent.

Il y a icy des détachemens de plusiers régimens de cavalerie mandés pour les instruire dans un nouvel exercice qui est de l'invention du maréchal Lacy. Il veut que la cavalerie exécute tout ce qu'on fait faire à l'infanterie. Le généraux les plus intelligens disent que deux années ne suffiront pas pour dresser la cavalerie à ce qu'on exige d'elle. Ces détachemens vont être congédiés pour se rassembler en plus grand nombre à Luxembourg et y camper au mois de Juin.

J'entends dire que l'Envoyé de Hollande a fait des représentations à cette Cour sur la sortie des troupes des places de la Barrière et qu'il a été peu satisfait de la réponse de Leurs Majestés Impérales,

Je suis etc. Durand.

P. S. Je viens de recevoir, Monseigneur, le paquet pour Constantinople que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser par un billet en date du 20 du mois dernier.

Сооб1цен1я прусскому королю Фридриху II.

(Изъ Берлинскаго Государственнаго Архива). Письмо Сальдерна Фридриху II.

à St. Pétersbourg, ^1^ 17621). •

Sire,

C'est par l'événement le plus hereux de ma vie et non mon mérite que j'ai trouvé le moment de servir Votre Majesté dans un temps, où je n'avais qu'à m'attendre à un sort rigoureux. La Providence m'en a garentie sous le règne précédent et les premiers pas près de mon auguste Souverain ne m'ont presque pas coûtés de peine. Son coeur était alors guidé par de bons conseils et disposé à aimer la personne de Votre Majesté et à s'attacher à ses intérêts.

Je suis sûr que le coeur de l'Empereur se trouve encore dans la même disposition. Mais je gémis d'avoir à avouer à Votre Majesté que ее bon Prince se trouve entouré de mauvais sujets et des scélérats, qui déjà ont presque réussis d'éloigner les honnêtes gens et que par la loi de la prudence je me verrai malgré moi forcé de m'absenter moi-même, pour éviter leurs persécutions par rattachements que j'ai pour les intérêts de Votre Mojesté et pour le bien public, ne connoissant ni la bas-

1) Берлин. Архиеъ, Repos. XI, 175.

sesse d'entrer dans le dessein de ces malheureux, ni la lâcheté de ramper devant eux.

J'espère que le baron de Goltz en fera mention de tout ceci à Votre Majesté.

Une chose que j'ai encore sur le coeur et que je ne saurais m'empêcher de dire à Votre Majesté, c'est de voir naître et presque mûrir sous mes yeux des projets de la mutineries qui me font horreur. Quel triste avenir pour des gens qui aiment la personne sacrée de leur auguste Maître et qui connoissent son coeur naturellement juste et bon.

Mais hélas! Ce Prince endormi sur le Throne et dissipé par des amusemens qu'on lui suggère à dessein, ne pense pas même que le malheur qui le menace est possible et moins encore qu'il soit si proche, comme ses fidèles serviteurs s'entrevoient et l'appréhendent; et pour comble de notre affliction son extrême vivacité nous défend de dire, ce que notre coeur et la sage prévoyance nous dicteraient.

Le seul moyen que nous avons cru le plus propre pour déciller les yeux de notre Souverain, c'était son Altesse le duc de Holstein-Gottorp. Mais malheureusement ou il est trop faible pour prévoir les choses à venir, ou trop timide pour les découvrir à son. Maître.

Je. m'énonce, je l'avoue, envers Votre Majesté avec liberté, mais en homme vrai, qui s'intéresse au bonheur de son auguste Maître. Sans être ni poltron, ni visionnaire je prévois qu'aussitôt que la guerre contre le Danemark aura lieu, une révolte est inévitable, surtout si l'on ne ménage le Clergé et le peuple en .général. L'Empereur est dans le danger le plus éminent, même au milieu du camp, qu'il compte de former pendant l'été.

Notre unique ressource, c'est dans un retour sincère de Votre Majesté pour la vrai amitié que l'Empereur vous porte, ,Sire. Vos conseils. Votre ascendant sur son esprit, Sire, fera tout et Vous aurez la gloire d'avoir travaillé à la conservation d'un Prince, qui mérite Vos bontés par son désir de Vous plaire et par son attachement pour Vos intérêts.

Insensible aux événements que le destin me prépare en particulier, Votre Majesté me permettra de ne l'être pas dans le seul cas, ou il s'agira de mériter l'estime de Votre Majesté. Elle a été et sera pour toujours la chose que j'ambitionnerai

avec le plus de vivacité, étant avec le respect le plus profond, Sire,

de Votre Majesté le très humble, très obéissant et très soumis serviteur

С de Saldern.

St.-Pètersbourg, du 8/^9 Juin 1762 i).

Sire,

Touchant ce que Votre Majesté me mande par rapport au présent à faire à la Favorite, j'ose lui dire, comme les femmes de cette Cour sont si singulièrement garnies de bijoux, qu'il est difficile de leur en donner qui se distinguent. Aussi pauvres que les familles sont la plus part en espèces, aussi superbes le sont elles en bijoux. J'ai appris que la Favorite vient de refuser de l'Empereur un présent de pendant d'oreilles parcequ'il n'étaient que de 25 m. roubles:

Comme les affaires importantes viennent d'être finies par la conclusion du Traité signé aujourd'hui, je crois que rien ne presse au sujet du présent que Votre Majesté comte faire à la Comtesse. Il est sûre qu'une pareille marque de bienveillance de Votre Majesté fera infiniment d'effet pour la conservatien de l'Empereur dans nos intérêts. J'ose réitérer, comme je l'ai marqué dans ma dernière, qu'un présent d!argent comptant, aurait beaucoup de succès et c'est en général le moyen le plus sûr, par lequel on parvient dans ce pays à ce former et à soutenir un parti.

J'ai l'honneur, Sire, etc.

и baron de Goltz.

1) Берлин. Архиво, Депеши Гольца, JSs 132.

S.-Pétersbourg, du аДд Jumet 17621).

Sire,

Votre Majesté aura vu par la dépèche') mise en clair comment les choses se sont passées et la conduite que ce Prince a tenu. Quoiqu'il s'agissait dans cette crise là du tout, il conservait une espèce d'indolence qui ne se conçoit pas. La plus part de ceux qui l'entouraient, parmi lesquels se trouvaient tous les plus intimes favoris, paraissent très faiblement touchés.

On ne sait rien de positif sur le sort du Prince. Quelques personnes assurent qu'il a été mené à Schlüsselbourg avec Goudovitch. Il est bien à croire que la liberté qui lui a été promise par l'acte de renonciation') ne lui sera pas accordée dans les premiers tems.

On assure que le jour de l'événement on a dépêché des courriers aux corps de Romantsow et Czernischew pour les faire revenir incessamment au fond de l'Empire. C'est le Général Panin ci-devant Gouverneur de Prusse qui a le commandement du corps. Czernischew sera aussi relevé. Je ne sais pas son successeur.

Bestuchew ci-devant Chanceliier est rappelle.

Le Chanceliier d'aujourd'hui a demandé son congé et a eu la promesse de l'obtenir.

Le Général Korflf, arrêté le premier jour pour un moment seulement, vient d'être nommé Sénateur.

Le Prince George aussi arrêté alors ne sort plus. La maison est garnie des trouppes pour le sauver contre la populace qui est extrêmement animée contre lui, comme elle suppose que c'est lui qui a animé le Prince Prédécesseur à faire la

2) Этой депеши н"Ьтъ въ берлинскомъ государственномъ apxHB'i^. Если она сохранилась, быть можетъ, въ бумагахъ короля Фридриха П, то, вероятно , будетъ издана въ „ Politische Correspondenz Friedrichs П", BU'ibcT'Jk съ зам'Ьчан1ями, сделанными на ней прусскимъ королемъ.

guerre aux Danois. On dit que le Prince George est conservé comme Généralissime des trouppes du Holstein.

Tous les Holstinois qui se trouvent ici seront, dit-on, renvoyés en Allemagne.

Une soeur de la Favorite du Prédécesseur, mariée à un prince Daskoff, est le premier mobile de cet événement. Elle vient d'avoir le cordon de Chatherine.

L'Ambassadeur de Vienne a été, dit-on, chez l'Impératrice le jour de l'événement, pour tacher de la porter à suivre le système de l'impératrice Elisabeth, mais Sa Majesté Impériale doit l'avoir assuré, que son plan était de conserver la bonne harmonie avec toutes les puissances.

Les deux frères Nariskine, l'un Grand Majréchal, l'autre Ecuyer, viennent de perdre leur charges. M-r de Sievers cidevant Maréchal de feu l'Impératrice a relevé le premier, et un prince Gagarin le second.

à Moscow, ce *Дб May 1763').

Sire,

La dépêche médiate de Votre Majesté du 25 Avril m'a été fidèlement remise.

Sa Majesté Impériale a continué à distinguer extraordinairement le Baron de Breteuil, comme j'ay mandé qu'Elle avoit commencé. Elle l'a admis à des promenades et à des soupers qu'Elle a fait chez quelques seigneurs à la campagne, et après l'audience de congé, outre le présent accoutumé. Elle lui a fait remettre une bague de 2/m. roubles de valeur. Sa Majesté étant partie après cela pour le couvent de Jérusalem, et l'ambassadeur de France s'arrangoit pour partir ajourd'hui de Moscou, tout le monde a crû, que l'Impératrice, qui s'est toujours

pîu à s'entretenir avec le. Baron et qui l'amusoit plus que tout autre, avoit voulu profiter avant son départ et . lui donner en même. temps une marque du cas qu'Elle faisoit de sa personne, mais lui ayant envoyé avant hier dans la nuit un courrier pour le prier de venir au couvent, on est de nouveau en suspend sur la raison dé cet empressement extraordinaire.

Il est très possible que dans les longues et fréquentes conversations que ce ministre a eues avec l'Impératrice, il Lui ait fait toutes sortes de propositions, fourni des idées et représenté les choses comme il les a cru favorables pour sa Cour. Il.est à croire, que s'il la fait, il n'avait pas réussi jusques là, parce que je sais qu'il n'étoit pas extrêmement content, et qu'il avoit traité de verbiage inutile les conversations qui s'étoient tenues entre l'Impératrice et lui. Sa Majesté Impériale dans les heures oisives que le séjour du couvent Lui a données, a réfléchi peut-être sur ces matières et ayant pris son. parti Elle a fait venir le Baron de Breteuil pour le lui déclarer. Il semble que l'envie seule de s'entretenir et de faire de bel esprit avec lui ne souroit être l'unique cause de cette conduite. Il est impossible de dire quelque chose la dessus avec certitude et les suppositions qu'on feroit pourroient donner facilement à faux.

S.-Pétersbourg, ce 1/12 Août 1763 ')

Sire;

Je viens de recevoir la dépêche immédiate de Votre Majesté du 30 du mois passé.

La raison de ce mécontentenjent est uniquement l'ascendant que le comte Bestuchew a gagné sur l'esprit de l'Impératrice. Ce fait doit être assurément vrai, puisque tous ceux qui sont en état d'en juger le disent, cependant j'ay éru remarquer, que le comte Panin ^), aussi bien que le comte Woronzow ne craig-

1) Берлин. Архивъ, Депеши Солмса, № 56 (en chiffres).

nent pas que l'Impératrice ait déjà pris tant de confiance en Bestuchew, pour être résolue de suivre aveuglement tous les conseils qu'il lui donne, mais ils ont peur que cela n'arrive avec le temps, et que cet homme, versé dans les intrigues et les cabales, ne parvienne à éloigner de la Cour tous ceux qui lui sont opposés, et demeurant seul avec ses créatures, ne prenne alors trop de crédit, pour faire aller les affaires selon qu'il le voudra. Ils conviennent eux-mêmes que tous ses projets ne sont pas acceptés, mais ils disent que quand il a été renvoyé avec l'un, il revient le lendemain avec un autre, et que tous ceux qu'il forme sont pernicieux. Ils voudroient que l'Impératrice ne fit absolument plus de cas de ses conseils et qu'EUe ne l'écoutait plus du tout.

Votre Majesté jugera si je me suis trompé en faisant ce raisonnement, puisque le comte Panin m'a dit en termes claires que le comte Bestuchew malgré tout ce qu'il faisoit, n'avoit.pu réussir jusqu'ici à faire goûter son système politique à l'Impératrice. Il me paroit donc, qu'il y a un peu de jalousie dans ces plaintes, mais aussi tout autant d'humeur contre l'Impératrice qui veut s'exempter de toute dépendance d'un premier ministre, et qui montre tous les jours la ferme résolution dans laquelle Elle est de vouloir gouverner par Elle même et de. ne point s'assujetir à ne prendre les avis que d'une seule personne.

Sa Majesté l'Impératrice est revenue hier de Péterhoff, la saison étant déjà trop mauvaise pour pouvoir demeurer plus longtemps à la campagne.

L'ambassadeur de Vienne le comte de Mercy a fait connoître au ministère d'ici, qu'il attendoit son rappel encore avant le commencement de l'hiver de cette année, et qu'il seroit relevé par un prince de Lobkowitz, qui à ce que j'appfens, n'aura pas le caractère d'ambassadeur, mais seulement celui de ministre plénipotentiaire.

On attend aussi un ministre de la Cour de Saxe, ce sera le baron de Saken, qui viendra en cette qualité, le même qui autrefois a été en Suède.

St.-Pétersbourg, ce »^30 Septembre 1763»).

Sire,

J'ai bien reçu les dépêches immédiates et médiates de Votre Majesté toutes deux du 17 de ce mois.

Sa Majesté Impériale vient de faire un acte de clémence, ou selon le jugement général qu'on en porte, Elle a plus suivi son penchant qu'EUe n'a consulté son véritable intérêt. Quatre personnes qui par même action s'étoient rendus voleurs domestiques, assassins et incendiaires, avoient été condamnés à la mort, la sentence étoit confirmée, mais au moment de l'exécution l'Impératrice les a aggrâciées.

Sa Majesté a cru assurément s'attirer l'affection de la nation, si à l'imitation de l'Impératrice Elisabeth Elle épargnoit de verser sur l'échaffaut le sang de ses sujets; mais des personnes longtemps connues ici sont persuadées, que l'Impératrice en encourageant par trop de bonté le crime, ne fera qu'augmenter pour Elle même les peines de la gouverner. Les Russes de quelque condition qu'ils soient ne craignent rien d'avantage que la mort, toutes les autres punitions ne les effrayent point. L'idée de ne s'exposer qu'à des peines corporelles, n'empêchera ni le grand de cabaler, ni le petit à commettre des crimes de police. C'est bien la raison pourquoi il y a eu dans le Sénat aussi bien que dans le peuple des personnes, qui ont trouvé qu'il ne faloit pas punir de mort, surtout les assassins des étrangers. Ces sortes de propos auront été rapportés à Sa Majesté l'Impératrice. Il paroit qu'Elle s'en est laissée intimider. Il est certain, qu'l n'y a que peu de jours avant que l'exécution devoit se faire, qu'Elle a changé de sentiment à cet égard, étant très résolue auparavant de donner un exemple de justice.

La sécurité public étant si peu assurée, c'est la raison pourquoi nous autres ministres étrangers avions demandé de

1) Берлин. Архивъ, Депеши Сольмса, № 68 (en chiffres).

conserver pendant la nuit une garde militaire dans nos maisons; nous l'avons eue jusqu'à hier, où on nous la otée aussi précipitamment, dans un concours de circonstances pareilles, et voyons obligés d'engager des personnes à notre serлäce pour avoir des gardes de nuit. J'envoye aujourd'hui au département des affaires étrangères de Votre Majesté la note que le ministère de Russie a fait insinuer aux ministres des autres puissances, résidans à cette Cour impériale, pour leur notifier, qu'ils n'auroient plus de sentinelles pour la nuit dans leurs maisons.

à St.-Pétersbourg, ce i^'^g Avril 1764 i).

Sire.

J'ay eu occasion de parler au Comte Panin au sujet de l'avis que Votre Majesté a reçu d'une révolte qui se tramoit actuellement en Russie. Il a été très sensible à ce témoignlage d'amitié, que Votre Majesté avoit voulu donner par là à Sa Majesté l'Impératrice, et très reconnoissant de la marque de bonté qu'Elle lui a donné à lui même de lui en faire la confidence. Il m'a chargé d'en remercier très humblement Votre Majesté et de l'assurer de son respectueux attachement.

Quant à l'affaire même, il l'a d'abord reconnue aux circonstances que je lui disois, et il m'a expliqué, en riant, tout le mystère. Il y a déjà quelques mois que l'Impératrice a reçu l'avis, que lui Comte Panin nommément, avec le Hetmann, tramoit une conspiration pour culbuter l'Impératrice et pour mettre le Grand-Duc sur le throne, qui devait éclater pendant qu'Elle seroit absente en Livonie, mais Sa Majesté Impériale a eu la générosité de la rejetter avec indignation, et de ne rien faire ressentir contre ceux qui lui étoient nommés.

Comme cette insinuation paroissoit être faite dans l'intention d'empêcher d'entrependre ce vo5^age, d'un autre côté cependant on a taché par toutes sortes de moyens de l'engager à se dé-

1) Берлин. Архива, P. S. à la dépêche № 123 (en chiffres), томъ п. 41

eider de le faire: le Comte Panin n'entrevoit d'autre motif qui puisse avoir produit ces conseils contradictoires que ceux-ci: ou de profiter de l'absence de l'Impératrice pour faire traîner en longueur la négociation de l'alliance avec Votre Majesté aussi bien que les affaires de l'arrangement intérieur qui demandent une prompte expédition, et pour faire échouer le succès de celles de Pologne, ou bien, que si l'Impératrice restoit, d'avoir au moins jette dans son esprit un germe de soupçon et de défiance contre la fidélité de son ministre et de ses amis, dont on pourroit profiter pour le faire tomber. Mais ces artifices n'a3'^ant par réussi, le comte Panin est très disposé à croire, que le comte Bestuchevv, qu'il a toujours regardé comme l'auteur de cette trahison, a employé lui même des voyes détournées pour faire parvenir cet avis à Votre Majesté, espérant que si par ce canal il revenoit à Sa Majesté Impériale, il porteroit coup plus aisément.

D'ailleurs il m'a authorisé d'assurer Votre Majesté, que présentement tout étoit tranquille dans ce païs-ci, et qu'il n'}^ avoit rien à craindre d'une conspiration. Pour ce qui regardoit le Hetmann il étoit par son caractère et son tempérament l'homme le moins capable pour en entamer, et très difficile pour y être entraîné, dont il pouvoit le mieux juger par l'expérience du passé. Au surplus qu'il étoit au plus mal avec le Comte Bestuchew, avec lequel il s'étoit brouillé pour ce fameux projet de mariage auquel il s'étoit opposé comme tous les autres bonnettes gens. Qu'en attendant je pouvois aussi assurer Votre Majesté que le voyage de Livonie n'auroit pas lieu, quoique le public ne fut pas informé encore de ce changement de résolution, qu'il n'y avoit point de révolution qui l'empèchoit, mais que sur ses instances l'Impératrice avoit reconnue que la crise des affaires de Pologne demandroit nécessairement sa présence pendant cet été à Pétersbourg, d'autant plus que le Grand-Duc Paul n'ayant pas dû être du voyage, lui comte Panin n'auroit pu suivre non plus, parce qu'il ne pouvoit se séparer de son jeune Prince.

Au reste ce Ministre ayant ajouté encore pour Votre Majesté tout ce que la reconnoissance et le respect peuvent dicter de plus fort, il m'a prié de Lui demander en grâce de vouloir bien lui faire connoitre confidemment, si de pareils avertissements dévoient revenir à Votre Majesté, et de vouloir bien être per-

suadé qu'il ne la compromettroit jamais, ni vis-à-vis de sa Souveraine, ni auprès de qui que ce fut.

Votre Majesté voudra permettre que j'ose ajouter à ceci, qu'autant que j'ay de la connoissance du caractère du Hetmann il me paraît etc ').

St.-Pètersbourg, ce I8/29 Juin 17642).

Sire,

Sa Majesté l'Impératrice est retournée hier au soir en parfaite santé de Cronstadt. Comme Elle a beaucoup de penchant pour la marine et qu'Elle aime se trouver sur mer, le peu de manoeuvres, que sa flotte sur le terrain étroit, oîi elle se trouvoit sur la rade de Cronstadt, a pu faire en signaux et en saints, Lui ont plu infiniment.

Sa Majesté Impériale a diné un jour au bord de l'amiral, et j'ai eu l'honneur aussi bien que les autres ministres étrangers de l'accompagner partout.

La flotte consiste en 17 vaisseaux de ligne, parmi lesquels il y en a un de 100 pièces de canon et de trois frégattcs et c'est l'amiral Polansky qui la commande. Le vent contraire n'a pas permis encore, qu'elle ait pu quitter la rade. Cependant comme on espère que le vent changera Sa Majesté Impériale partira de Pétersbourg dimanche prochain le i de Juillet n. s. pour se rendre d'abord à Revel, où Elle compte de rencontrer la flotte et où Elle montera le vaissaux de 100 canons, avec lequelle ira jusqu'à Rogervick, qu'on appelle à cette heure Port Baltique depuis qu'on travaille au nouveau port, qui surpassera en bonté tous les autres qui se trouvent dans cette mer.

Comme pendant tous ces jours il y a eu occasion d'approcher de plus près Sa Majesté Impériale, on a pu s'appercevoir

2) Берлин. Архива, Депеши Сольмса № 137 (en chiffres).

aussi d'autant mieux combien Elle a laissé gagné sur Elle au sieur Orlow, et combien peu celui-ci est soigneux d'observer les dehors respectueux, qu'on est accoutumé de voir dans ce pays-ci aux sujets devant leur Souveraine. Il y avait un jour, où l'on put reconnoître clairement, qu'il y avait quelque mésintelligence entre eux, et où le sieur Orlow tachant toujours de se tenir éloigné répondait à l'Impératrice lorsqu'elle lui adressait la parole d'un ton qui marquoit quelque mécontentement de sa part. Le changement qui parut le lendemain dans ses façons, fit connoître aussi qu'on en était venu à une explication et que tout était racommodé. D'ailleurs tout le monde a paru extérieurement uni et ami à Cronstadt, et quoique dans le ceur on en soit bien éloigné, j'ai pourtant de la peine à me persuader, que ce voyage de l'Impératrice puisse produire quelque fâcheux éclat, j'excepte le seul cas, que cette Princesse pousse la faiblesse au point de donner publiquement sa main au favorit^ et comme Elle a dû s'appercevoir que le moindre soupçon qu'on en prend occasionne d'abord une fermentation violente, je doutequ'Elle s'expose à ce risque, supposé qu'Elle dut en avoir en core l'idée. Si cependant le malheur voulait que quelque boutefeux trouvât moyen d'animer les esprits à une révolution pendant son absence, et que par un enchainement de circonstances singulières et contre l'intention même des grands de l'Empire, qu'elle eut un succès, qu'il n'est pas de l'intérêt de ceux-ci de souhaiter, vu que cela les plongerait dans les désordres d'une minorité, il n'y a pas à croire que les intérêts de Votre Majesté en souffriroit. Aussi longtemps que les Panin et les Czernischoff conserveroient la direction, comme il est apparent qu'ils l'auroient, l'Autriche et la France ne gagneroient pas le dessus en Russie.

St.-Pérersbourg, Ц^^ 17641)

Sa Majesté l'Impératrice est revenue très satisfaite de son voyage. Elle a trouvé partout dans les provinces beaucoup de témoignages de respect et de vénération. On glosse un peu qu'Elle n'a donné la moindre marque de souvenir, ainsi bien moins encore de bénéficence aux particuliers aux campagnes où Elle s'est arrêtée avec toute sa cour pour diner ou pour y passer la nuit. Elle n'a fait des présents qu'aux officiers du détachement des gardes qui y avaient été envoyés.

Le sieur d'Orloflf a fait voir pendant ce voyage tout le crédit qu'il a gagné sur l'esprit de la Souveraine. Il a pris un jour un peu de colique, et l'on a retardé le voyage de trois jours. Il a boudé de tems en tems et on lui a fait toutes sortes d'avances pour le mettre de bonne humeur. Il a fait des parties de chasse et de pèche, dont il est revenu tard, mais on a attentu avec le souper jusqu'à ce qu'il fut de retour. Sa Majesté a mieux aimé recommencer une seconde partie de jeu, pour ne souper pas sans lui.

Elle a dit au vieux général Braun à Riga, avec lequel Sa Majesté s'est entretenue de l'état de son Empire, qu'Elle devait la Couronne et le Throne aux trois frères Orlow et qu'Elle ne pouvait jamais assez reconnaître les services qu'ils Lui avaient rendus. Ce mot s'est su et comme Votre Mejesté peut aisément se figurer, il n'a pas trouvé une approbation générale.

De retour à Pétersbourg Sa Majesté l'Impératrice a donné au favorit son portrait enrichi de diamants d'une grand prix.

lO.

à St.-Pétersbourg, ce ^/g^ Octobre 17641).

Sire,

Pour obéir encore aux ordres immédiats de Votre Majesté du 12 de ce mois.

J'ai fait part en toute confidence au comte Panin, des termes flatteurs dont l'Impératrice s'étoit servie sur son sujet dans la lettre particulière qu'Elle a fait à Votre Majesté et je lui ai renouvelle de la part de Votre Majesté les assurances de la parfaite estime qu'Elle conserveroit toujours pour lui. Il a été sincèrement touché de ces témoignages de bonté et de bienveillance Royale et en me priant, Sire, de vous offrir ses plus respectueux remercîments, il m'a autorisé de Vous assurer de sa dévotion parfaite et de son attachement iuviolable à Votre personne et à Vos intérêts. Comme à cette occasion j'ay pu lui dire un mot sur sa situation personelle, et le conseil que Votre Majesté a bien voulu lui donner de vivre en bonne intelligence avec le favori, il le reçut avec toute la reconnoissance infiniment redevable de l'intérêt que Vous daignez lui témoigner. Il ajouta, qu'ayant à faire à un Prince si éclairé, il espérait que Votre Majesté après qu'il Lui auroit exposé sa justification, seroit aussi si juste de convenir qu'il n'y avoit guères moyen de faire là-dessus plus qu'il n'avoit fait jusqu'ici; qu'il pouvoit assurer avec vérité qu'il n'avoit point d'inimitié et bien moins encore de la jalousie contre cet homme; qu'il n'avoit jamais rien fait, ni le feroit dans la suite, pour l'empêcher de jouir tranquillement de toute les dignités et de toutes les richesses que leur souveraine commune voudroit accumuler sur sa tête, mais que la différence de leurs employs leur donnent des soins et des applications très différentes, il n'y avoit point d'intérêt d'affaires qui les put unir, pour vivre dans une plus grande intimité, mais qu'il en appelloit à toute la Cour et à

^) Берлин. Архивъ, P. S. à la dépêche № 162 (en chiffres.)

moi-même, pour rendre témoignage auprès de Votre Majesté des égards réciproques qui paroissoient dans leurs comportements, par tout où ils se rencontroient, et qu'a cet égard il n'avoit pas sujet de se plaindre, mais qu'il n'étoit pas possible, que leur amitié put se resserrer d'avantage, puisqu'il n'y avoit qu'un seul moyen par lequel lui comte Panin put se flatter de l'acquérir sûrement. Il faisoit entendre que c'étoit celui de souscrire au projet du mariage, mais qu'il ne pouvoit croire que Votre Majesté voulut lui conseiller de la gagner à ce prix, vu qu'il ne le sauroit faire sans se deshonorer lui-même, et sans perdre de vue volontairement les véritables intérêts de l'Etat, avec ceux de la personne de la Souveraine et du Prince son fils, qui avoit été confié à ses soins particuliers ; que si ces circonstances le privoient peut-être quelques fois, de certains petits agrémens, qui aux yeux du courtisan passoient souvent pour le souverain bien, il étoit d'un âge et d'un tempérament à n'y être pas trop sensible, surtout puisqu'il jouissoit d'une satisfaction plus parfaite qui le dédommageoit pleinement de ces pertes, en ce qu'il pouvoit se flatter avec raison, d'avoir la confiance entière de Sa Majesté en tout ce qui regardoit les affaires, et qu'il devoit assurer Votre Majesté à cette occasion, que les sentiments de cette Princesse à l'égard du système politique et de l'établissement d'une amitié constante et solide avec Votre Majesté bien loin de s'affaiblir en Elle, s'enracinoient plustôt tellement dans son esprit, comme un principe fondamental de l'Etat, que l'Impératrice la croyoit Elle même à l'heure qu'il est absolument nécessaire pour le bien et le bonheur de son Etat. Il finit par me dire, que comme il pouvoit se flatter d'avoir contribué un peu à faire naître ces sentiments, il s'en trouvoit pleinement recompensé, par les assurances qu'il recevoit de s'être rendu digne par là de la protection et de la bienveillance de Votre Majesté.

Uti in humillima relatione.

St.-Petersbourg, le V20 Novembre 17641).

Sire,

Votre Majesté ayant demandé à savoir par sa dépêche immédiate du 31 d'Octobre, si après la mort du Prince Iwan l'Impératrice de Russie rencontreroit autant qu'autre fois des empêchements au cas qu'Elle jugeât bon de vouloir accomplir le dessein d'un mariage avec le sieur d'Orlow.

J'ay l'honneur de Lui dire qu'autant que je me trouve à même de juger des sentiments de cette nation-ci et de la façon de penser des Grands à cet égard, ce mariage seroit toujours également mal reçu. La raison pourquoi cette idée a tant déplue ne vient pas de ce que les patriotes de ce pays-ci ayent reconnu en ce Prince un successeur présomptif, dont les droits pouvoient diminuer par ce mariage; la faiblesse de son esprit, que le rendoit incapable remplir les fonctions les moins pénibles d'un souverain n'auroit fait de son règne que le règnement d'une tutelle continuelle, qui auroit produit des jalousies, des cabales, des révolutions et des guerres intestines, capables de renverser toute la monarchie. Les gens raisonnables ont fort bien senti le foible d'une telle ressource, et il n'y auroit eu que le dernier désespoir, ou l'espérance de faire la fortune dans les troubles, comme c'étoit effectivement le cas de Merowitz, qui auroit pu mettre le malheureux Prince Iwan sur la scène.

Je crois avoir d'autres raisons à alléguer pour lesquelles il me semble que ce mariage avec le Favori rencontrera toujours des oppositions très fortes. La première se trouve dans le personel de l'objet même. Le sieur d'Orlow, quoique né gentilhomme, n'a eu avant son élévation, ni les talents, ni la conduite pour se faire remarquer avantageusement, fort au dessous pour son rang à tous ceux qu'on connoit aujourd'huy, à peine a-t-il pu parvenir vers la fin de la dernière guerre à avoir dans le corps d l'artillerie une place qui répond à celle de régiment

1) Берлин. {Архива Депеши Сольмса, № 171 (en chiffres).

quartier maître. Parvenu à ce qu'il est par la seule faveur de sa Souveraine, on fléchit les genoux devant l'idole, puisqu'on est accoutumé en Russie en avoir un, on oublie son origine, on perd de vue son ancien état, on souffre les hauteurs et le ton de protection qu'il commence à prendre depuis un temps comme le droit de favoritisme, on souffre dans le Favori des qualités qu'on ne pardonneroit pas au particulier lorsqu'il voudroit se placer sur le throne. Une seconde raison qui s'oppose à un mariage public, c'est la difficulté de trouver après la cérémonie faite, la place convenable qu'on doit donner à l'Epoux de l'Impératrice. Il n'est pas croyable qu'il borneroit son ambition au seul titre de mari de sa Souveraine, puisqu'en effet il n'y gagneroit rien, et qu'il jouit actuellement de tout le crédit et de tout le pouvoir qu'il pourroit prétendre sur Elle et de tous les honneurs et distinctions qu'il pourroit désirer du public, il ne sauroit exiger ce titre, parcequ'il se croiroit plus assuré pour lors des sentiments et du coeur de cette Princesse, il doit déjà être persuadé qu'il le possède pleinement: ni le dégoût de ne lui avoir pas trouvé de l'étoffe pour les affaires lorsqu'Elle voulut l'élever à cela, ni les infidélités qu'il Lui fait qu'il est difficile' à croire qu'Elle les ignore, puisqu'il s'y prend sans beaucoup de ménagement, n'ont pu le mettre mal jusqu'ici dans son esprit. Elle c'est attaché à lui tant par un motif de penchant, que par celui de la reconnoissance. L'Impératrice croit et Elle le dit dans des occassions qu'Elle doit le throne uniquement aux soins du sieur d'Orlow et de ses frères, et qu'Elle ne pourroit jamais l'en récompenser assès. Il parait que puisqu'Elle a avancé la thèse Elle se fait une gloire de la soutenir, mais supposé que ces sentiments dussent s'émousser avec le temps, le seul titre de mari ne le mettroit pas à couvert des suites d'une disgrâce, car quoiqu'Epoux de l'Impératrice, il ne cesseroit pas pour cela de demeurer son sujet, de sorte que pour se mettre à l'abri des événements, autant que pour satisfaire en plein son ambition, il me semble que se voyant si près du throne, il profiteroit de la première ardeur de l'Impératrice pour l'engager à le faire asseoir à côté d'Elle.

Dans l'un ou dans l'autre des deux cas, le droit de successeur seroit un point difficile à concilier si l'Impératrice mourut avant le Favori. La nation supporteroit peut-être pour la seconde

fois et pour un temps la régence de ce jouet de la fortune; mais il n'est pas probable que les Grands de l'Empire lui obéissent, comme à leur empereur. Quoiqu'accoutumé à l'esclavage, ils ne se sentent pas capables de soutenir cette idée. Et si enfin il en venoit des enfants de ce mariage inégal, la dénomination pour la préférence à la succession entre le grand Duc Paul et ces enfants-là, selon la constitution de Pierre I"''^ resteroit seule au choix de la Souveraine régnante, et il est bien apparent, que l'amitié pour le second époux l'emporteroit sur les droits du successeur d'à présent, qui n'est déjà pas trop aimé de sa mère, et qui porteroit alors toute la peine d'avoir eu pour père un mari haï.

Toutes ces idées prises ensemble, je crois pouvoir en conclure, que le mariage de l'Impératrice avec le Favori ne sauroit être tenté sans exposer l'était à quelques nouvelles secousses, où ceux qui sont attachés au Grand Duc Paul, qui le regardent comme leur Souverain futur, qui fondent sur lui toute leur espérance et qui le donnent partout et avec raison comme un Prince qui promet infiniment, et le nombre de ses amis est très grand, que ceux-là, dis-je, risqueroient le tout pour prévenir cet événement.

Quoique ceci n'est pas une matière pour en faire un sujet de conversation suivie avec quelqu'un du pays, les propos rompus qu'on entends cependant quelques fois, me font croire que si le projet en question dut être repris un jour sérieusement, ceux qui y voudront mettre obstacle, ne sont disposés à le ressentir sur la personne de l'Impératrice. On aime réellement beaucoup cette Princesse, on respecte généralement ses eminentes qualités; on plaint plustôt sa passion, qu'on ne la condamne. Mais tout le ressentiment éclateroit contre l'objet qui la fait naître, c'est sur le Favori en pareil cas qu'on mettroit les mains et obligeroit peut-être l'Impératrice à signer Elle même l'arrêt d'exil ou de mort, qu'on auroit préparé contre lui, suivant que les esprits se trouveroient plus ou moins échauflfés.

Comme une pareille entreprise ne sauroit se faire sans donner une secousse violente à l'autorité Souveraine et sans causer une émotion singulière dans l'esprit de l'Impératrice, autant que dans celui de la nation, il est à souhaiter que la

cause ne veuille jamais exister qui puisse produire un tel effet, et dont les suites toutes heureuses qu'on voudroit se les imaginer ne laisseroient pas que d'occasionner un bouleversement dans Tétat, qui répandroient da l'amertume sur les jours de l'Impératrice en diminuant sa gloire et peut-être même l'activité de son règne.

à St.-Pétersbourg, ce ' '^g Décemcre 1764 i).

Sire,

Comme Votre Majesté n'a pas jugé à propos de me faire connaître précisément les raisons pourquoi le chancelier comte WoronzofF s'est montré peu porté pour le comte Panin, je ne pourrai peut-être pas me trouver assez instruit pour répondre sur l'article secret de Sa dépêche immédiate du 29 Novembre/

Par des discours que j'ai eu autre fois avec ce dernier, j'ai pu juger que ces deux ministres n'étaient pas de mieux ensemble. Je ne saurais dire exactement, si c'est la jalousie de méttier ou la différence de sentiments en affaires de système politique, qui les désunit. Le comte Panin se plaint ci-devant à moi que le chanceliier lui avait été toujours contraire et qu'après avoir forcé pour ainsi dire par ses importunités la défunte impératrice de le rappeller de Suède pour complaire à la cour de Vienne, il ne devait qu'aux bontés personnelles de cette Princesse d'avoir été si honorablement placé auprès de Grand-Duc Paul. Il s'est fait en même temps une gloire de me faire remarquer qu'il n'avait point cherché de s'en venger et qu'il avait contribué plus que qui que ce fût auprès de l'Impératrice d'aujourd'hui pour lui faire obtenir les sommes qu'il désirait lorsqu'il avait formé le dessein de voyager. J'ose avérer à Votre Majesté ce fait comme connu ici. Actuellement même je sais que le comte Woronzoff s'est adressé au comte

1) Берлин. Архивъ, P. S. à la dépêche Xs 173.

Panin pour tirer de l'Impératrice de nouveau ii m. roubles. Les raisons sur lequelles il fonde ses prétentions n'ont pas été trouvé bonnes. Je les ignore à la vérité et nonobstant il y a apparence qu'ils les aura.

Son retour prématuré lui fait très grand tort. Il doit être hors de doute et Sa Majesté Impériale en est informé, qu'il a accepté 5 m. ducats de la Cour de Vienne et que sa femme, gagnée par la Cour de France, l'a engagée de retourner en Russie pour épauler la commission du nouveau ministre de France pour renouer une intimité entre les deux Cours. Ils seraient arrivés en même temps à Pétersbourg et l'Impératrice prévenue a fait entendre au chanceliier que son empressement Lui paraissait suspect, et il se pourait que présentement il restât tout l'hiver à Berlin. On l'y croit bien sous les yeux de Votre Majesté.

D'ailleurs le comte Woronzofif a un chagrin domestique, qui doit lui être très sensible. Son gendre le sieur de Strogonoflf demande à être séparé de sa femme, et au cas d'un refus il menace d'apporter des raisons sans réplique, qui seroient peu honorables pour la jeune comtesse. Pour éviter cet éclat le comte Woronzofif a consenti à la cassation du mariage, mais comme elle est contraire aux lois de l'Eglise, Sa Majesté Impériale sera obligée pour contenter les parties de prononcer en qualité de chef supérieur.

Sire,

Votre Majesté m'ayant fait ordonner de rassembler sous un même point de vue les notions que j'ai pu acquérir sur la cour de St. Pétersbourg pendant le séjour que j'y ai fait en dernier lieu, j'ose entreprendre d'en tracer une légère esquisse, suppliant Votre Majesté de la recevoir avec son indulgence accoutumée.

Depuis que la cour de Russie c'est fait connoître aux puissances de l'Europe, sa politique a toujours différé de la commune en ce que les considérations personnelles ont eu pour le moins autant de part à ses résolutions que l'intérêt de l'état. Ce qui seroit un abus ailleurs, ici c'est la règle. La forme du gouvernement ne connoit point de principes stables, indépendant des changemens qui peuvent arriver dans la personnel. Il est vrai que depuis Pierre I-er on a toujours eu en vue

1) Въ Дрезд. Архива посл'Ьдн1й рапортъ Брюля пзъ Петербурга пом'Ьчепъ ^/зо мая (№ 10) и по содержан1ю довольно пустой; предпосл'Ьдн1й, отъ ''/ig мая (№ 9), о нездоровьи Петра Ш и о cnycK'fe „le roi de Prusse" и „le prince George". Mémoire безъ даты и безъ №, писанъ, в-Ьроятно, уже по вы-езд-Ь изъ Петербурга, быть можетъ, въ Дрезден-Ь и тогда, конечно, въ iroH-fe.

l'agrandissement du coté de l'Ukraine et la suprématie du Nord modelée sur l'Empire Germanique. Le premier de ces deux axiomes semble être plustôt un ancien préjugé que le fruit d'un raisonnement solide, parcequ'il paroit naturel que la Russie ambitionnant des conquêtes, eut dû préférablement tourner ses vues vers la Baltique; le second est attaché au titre même d'empereur. On veut ressembler à l'empereur Romain autrement que de nom et devenir à son exemple le chef d'une république de souverains. Mais ni l'un ni l'autre ont réglé constamment la conduite de cette cour; l'inclination du prince les a fait oublier plus au moins. Seul législateur, seul dépositaire des droits de la nation, seul homme libre enfin, régnant despotique, m.ent sur une noblesse esclave sous les dehors de la liberté et sur des paysans serfs de cette noblesse, employant à son gré le frein sacré de la religion, que Pierre I-re a remis entre ses mains, en réunissant le patriarchat à la couronne, sa volonté tient lieu de loi fondamentale, de principes de gouvernement et de système de politique. Heureux, si ses penchants s'accordent avec ses intérêts, ou, si connoissant ce qui est véritablement utile et glorieux, il fait subordonner ses goûts à ses lumières.

Tel n'est pas l'humeur du monarque d'aujourd'hui. Gêné à l'excès dans le temps qu'il n'étoit que Grand-Duc, il ne jouissoit d'aucune liberté pendant l'hiver à Pétersbourg; l'été l'en dédommageoit. La jeune cour alloit alors demeurer à Oranienbaum et le Grand-Duc y campoit avec ses troupes, qu'il augmenta successivement autant que le dérangement de ses finances put le lui permettre. Dans cette alternative de liberté et de gêne il attendoit avec impatience le moment qui devoit y mettre fin, et sans les infirmités de feue l'impératrice, qui sembloient annoncer sa mort prochaine, il est à croire que dans les derniers temps le nombre de ses troupes s'étant accru jusqu'à deux mille hommes et une partie des officiers aux gardes Russes étant à sa dévotion, il eut tenté d'accélérer ce changement. J'ai rapporté dans une de mes dépêches^) un propos, qu'il tint

1) Brühl au roi, 1 Mai 1762. Дрезд. Архивъ, 1762, Actes, № 8 (Mission de S. A. M-r le Czesnik de la couronne comte de Brühl à Pétersbourg en 1762).

un jour à la fin d'un long repas, où le vin avoit échauffé les esprits des convives. Il ne dissimula point qu'il avoit souvent pensé d'un semblable projet et que le pavillon de Marly à Péterhof, où l'impératrice couchoit, lui présentoit toute sorte de facilités pour l'exécution, mais qu'il avoit été trop bon pour l'entreprendre. Peut-être n'étoit-il que trop timide. Quoiqu'il en soit, un prince qui désiroit ainsi l'instant qui devoit le faire passer de l'assujetissement au trône, se trouvant enfin maître absolu de tout après ne l'avoir pas été de ses moindres actions, ne put manquer de se livrer à ses penchans avec la plus grande impétuosité! Aussi le fit-il.

Le même esprit qui dès le premier instant de son règne lui a fait rechercher sans retenue les plaisirs de la table et ceux de l'amour, comme les seuls que le deuil lui permît, qui lui donna pendant quelque temps un goût excessif pour la boisson, qui lui fit faire de petits soupers assez libres avec les dames de la cour, des femmes de théâtre, de cevaliers et de chanteurs, pêle-mêle, ce même esprit ne tarda pas à se déclarer hautement sur les seuls objets qui l'eussent jamais sérieusement affecté, je veux dire son amitié pour le roi de Prusse et son attachement pour le nom et le pays de Holstein.

De ces deux affections celle pour le roi de Prusse est la plus forte, la plus véhémente et qui souffre le moins d'opposition. Plus elle a été mortifiée sous feue l'impératrice, plus elle prend maintenant l'essor. C'est un fait assez connu que la guerre de la Russie avec ce prince n'a point empêché le Grand-Duc d'entretenir une correspondance avec lui. On accuse le défunt Schuwaloff') d'avoir remis ses lettres à monsieur Keith, lequel les faisoit passer au roi. Monsieur Wolkoff trahissoit le secret de la conférence, dont il étoit le secrétaire, ainsi que l'empereur même Га dit depuis. J'ai eu l'honneur de mander à Votre Majesté un trait qui s'y rapporte. Elle n'ignore pas que ce prince porte en bague le portrait de son Allié; qu'il a fait placer dans sa chambre un autre portrait, un grand, enlevé de Charlottenbourg, et que lorsque après beaucoup d'incertitude il eut trouvé la place qui le mettoit dans le meil-

leur jour, il sauta de joie, disant à ceux qui étoient avec lui: „Le voyez-vous? le voyez-vous bien? c'est là le seul modèle, que je veux suivre durant mon règne" ! Il a passé par plusieurs grades militaires dans l'armée Prussienne et s'est tenu fort honoré du brevet de lieutenant-général que le roi de Prusse a lui envoyé après son événement au trône, à cause, lui mandoit-il, des grands talens pour la guerre, qu'il avoit découvert dans ses lettres. C'est le roi son „maitre", ainsi qu'il le nomme souvent. Son goût pour le militaire est excessif. Il compte avec satisfaction les campagnes qu'il à faites, car c'est ainsi qu'il appelle ses campemens d'Oranienbaum. Il y a déjà tant d'années, dit-il, que je porte le bonnet de grenadier. On prétend lui avoir oui conter avec le plus grand sérieux qu'avant son arrivée en Russie, étant un jour chargé de défendre un poste avec peu de monde, il fut attaqué par une nombreuse troupe de cavallerie Donoise; mais qu'ayant pris le parti d'aller à eux malgré leur supériorité, il les avoit entièrement défaits. Or il avoit à peine quatorze ans lorsqu'il se rendit à Pétersbourg. Il se donne surtout pour officier de cavallerie. En cette qualité il méprise l'artillerie et la génie, qu'il regarde comme des métiers. Au lieu de marquer de la satisfaction à ses artilleurs, qui dans l'exercice qu'ils firent de mon temps en concurrence des Prussiens, l'emportèrent de si loin, il fut question de mettre son artillerie sur le pied de celle de Prusse, ce qui répandoit un mécontentement général dans ce corps, qui autrefois a joui de grandes prérogatives.

Il y a trois régimens d'infanterie aux gardes. Le premier nomme Preobrasinski est commandé par l'empereur en personne, qui en est le colonel, ayant sous lui le feldmaréchal prince Troubetzkoi en qualité de lieutenant-colonel; le second et le troizième n'avoient point encore de chefs: le feldmaréchal Alexandre Schouwalofî est lieutenant-colonel de celui de Semenowski et le hetman l'est de celui d'Ismailowski. L'empereur leur fait souvent faire l'exercice et frappe de sa main les soldats, qui s'en acquittent mal. Malgré ces soins il s'en faut de beaucoup que ce soit une troupe formée. Les gardes à cheval, dont le prince George de Holstein est le chef, ne sont pas en meilleur état. Pour les troupes de Holstein, mieux exercées, mieux vêtues et mieux disciplinées, elles sont encore en assez

petit nombre, quoiqu'on ait déjà rassemblé beaucoup de recrues à Oranienbaum. Elles dévoient être portées à i8 m. hommes, parmi lesquels il y aura sept régimens de cavallerie, qu'on lève actuellement dans la Livonie et dans l'Esthonie avec ordres aux officiers de ne recevoir des Russes qu'au défaut des gens du pays.

L'habillement ordinaire de l'empereur est l'habit uniforme des gardes de Preobrasenski, juste au corps vest, collet, paremens et doublure rouge, sans revers, avec des brandebourgs d'or, veste et culotte couleur de paille; ses cheveux en deux grandes boucles fort poudrées, la queue près de la tête; toujours en botte ou en guêtres avec des souliers querrés, des gans et la canne à la main, la garde de l'épée au dessus de la hanche, le chapeau troussé à la Prussienne avec un large galon fastonné, un plumet crêpée et une petite cocarde de coin blanc. Je ne lui ai jamais vu d'autres cordons que celui de Prusse, qu'il porte le plus souvent par dessus l'habit. Quelquefois il sort avec un simple surtout vert tout uni, le chapeau sans galon, sans ordres es sans étoile.

Tel est l'habillement nécessaire pour paraître soldat à ses yeux. Il suffit de le prendre pour être plus considéré que ne le seroit un officier vieilli sous le harnois qui oseroit se montrer en habit de ville. Il lui tient si fort à coeur, que dans la conférence militaire, qui s'est tenue pendant quelque temps, ayant un jour demandé l'avis du feldmaréchal Munnich sur ce point et celui-ci s'étant d'abord défendu de le dire, mais ayant enfin remontré qu'un changement de cette nature dans le temps que le besoin n'exigeoit pas d'habiller les troupes à neuf, causoit une dépense inutile, il l'apostropha en de termes fort durs: „Est-ce pour cela, lui dit-il, que je t'ai fait revenir de l'exil, afin que tu osas critiquer mes mesures!"

Naturellement il n'est point libéral, mais dans ces premiers momens où il est le maître de ce livrer à ses goûts, il ne plaint aucune dépense pour les satisfaire. Il aura de grands spectacles après le deuil. Maintenant il n'a que ses concerts, ses repas, qu'il fait presque toujours en compagnie et la pipe. Il a quitté le ponch et la bièrre d'Angleterre, depuis qu'il a failli en tomber malade. Il ne boit plus que du vin de Bour-

томъ II. 42

gogne, souvent trempé d'eau, mais qui ne laisse pas de l'entêter, parcequ'il ne cesse de parler. Depuis 7 ou 8 heures du matin jusqu'à deux heures après minuit il est dans une agitation continuelle, excepté immédiatement après le diner, où il fait la méridienne. Il veut à la fois tout voir par lui même et jouir de tous les plaisirs. Un pareil plan de vie exige beaucoup de forces dans l'esprit et mine celles du corps. Il semble presque être au dessus des facultés de l'homme. Ainsi l'empereur avec de bonnes intentions et beaucoup d'aflfaibilité n'a-t-il gagné ni l'estime, ni le respect, ni l'attachement de la nation.

Passionné dans toutes ses actions, ses règlemens les plus sages paroissent moins le fruit de sa réflexion, que des saillies d'une imagination frappée. Sa familiarité même semble être à craindre; il tutoyé tous ceux, qu'il honore de sa bienveillance et prend avec eux des manières au dessous de sa dignité. Il semble alors être tout coeur. Mais si sa bienveillance ne connoît point des bornes, sa haine au contraire et son mépris ne gardent aucun ménagement. Il se sert, sans égard aux personnes, des termes les plus injurieux et lors même qu'il cherche à déguiser ses sentimens, son air gêné, un rire moquer et des mines qu'il fait à l'écart, le trahissent malgré lui. Sans être sanguinaire, il est craint, parcequ'on connoit son impétuosité et parcequ'on sait, que dans un moment de chaleur elle pourroit le porter à de grandes extrémités. Le moment passé, le feu s'évapore et ses inclinations naturelles reprennent le dessus. Elles tiennent plus de la faiblesse que de la dureté. Il y a un exemple d'un cosaque au service de la cour, qui pour un vol très considérable, dut être pendu le premier jour, perdre la tête le second, fut condamné à une prison perpétuelle le troisième, relâché quelque temps après et placé auprès de sa personne; c'est à présent un domestique qu'il aime le mieux. Sa véhémence et le défaut de lumières acquises sont les causes de la facilité avec laquelle il se prévient.

Il suit, sans beaucoup discuter, les premières impressions, qu'on lui donne et il y persiste pour l'ordinaire, parcequ'il n'écoute point les raisons, qui pourroient le détromper. Quand ceux qui entourent sa personne, seroient aussi bien disposés pour la grands alliance, qu'ils le sont pour le parti contraire,

il seroit encore difficile de le ramener. Mais il y en a bien peu qui ne soient à la dévotion du roi de Prusse.

Le général Melgounow et monsieur Wolkow, conseiller privé, passent pour ceux de ses favoris, qui ont le plus de part aux affaires de l'extérieur. L'un et l'autre sont vendus au roi de Prusse de longue main. Le traité de paix avec ce Prince, négocié directement de lui à l'empereur, a été rédigé par eux. Tous deux gens de fortune, sans nom, sans honneur, sans probité, capables de tout pour parvenir à leur but. Il est de notoriété publique, que pour avoir pris chacun 40 m. Roubles des fermiers des douanes de Livonie le général Melgounow a reçu cinquante coups du plat de l'épée de la main de l'empereur et que Wolkoff n'a échappé à un traitement semblable, que parcequ'il eut la précaution de ne pas paraître à la cour le jour que la chose avoit été découverte. Il en fut quitte pour une réprimande que l'empereur lui fit le lendemain, et le général Melgounow rentra en grâce dès après son châtiment. L'empereur après l'avoir puni, lui tendit la main, en lui disant: „Voila, qui est fait, Melgounow; je te pardonne pour le coup, mais prens bien garde de n'y par retourner". C'est un homme rusé, fin et artificieux, qui sous un extérieur froid et avec un air sombre et une phisionomie des plus sinistres, a su gagner l'amitié de son prince dans le temps qu'il étoit encore officier aux cadets, que le graud-duc commandoit alors. A l'avènement au trône il eut une lieutenance-générale avec un régiment. Il ne perd point l'empereur de vue et de concert avec Wolkow il épie les momens les plus favorables pour faire agréer ses avis. Les après-soupers sont extrêmement favorables à de pareils desseins et l'on fait passer alors bien des choses qui seroient rejettées de sang froid.

Wolkow, secrétaire aux commandemens de l'empereur, est chargé des écritures et capable, à ce qu'on dit, d'en faire. Ce fut lui qui rédigea la première déclaration de l'empereur aux anciens Aliiés de la Russie. Sous le règne précédent, avant d'être secrétaire de la grande conférence, il s'étoit éclipsé, après avoir employé une partie d'un fond, qui lui étoit confié, à payer des dettes contractées par libertinage. On le fit revenir et lui ayant fait grâce du passé en faveur de ses talens, on le plaça dans la conférence, dont il trahit bientôt le secret.

Les Nariskins, alliés de l'empereur par la seconde épouse du Czar Alexis, sa bisayeule, pourroient prétendre à ses bienfaits par ce seul motif. Mais ce qui les leur attire principalement, c'est la faveur de Low Alexandrowitch Nariskin, premier écuyer, qui par un esprit tourné du coté de la plaisanterie et par le talent d'imiter le redicule des gens s'est rendu agréable au Prince au point, qu'il ne peut plus s'en passer. Il a été de tout temps attaché à la jeune cour ainsi que son frère aine, qui après en avoir été maréchal est aujourd'hui grand-maréchal de la cour impériale. Cependant ils se mêlent peu de ce qui regarde l'extérieur et ne semblent être attachés à l'Angleterre et à la Prusse, qu'autant qu'il le faut pour se conformer à l'humeur de leur maître.

Le général Korf est fort avant dans la confiance de l'empereur, qui aime à l'entretenir. C'est un homme doux, honnête, généralement réconnu pour galant homme, mieux intentionné peut-être que les autres, mais trop timide pour courir les risques d'une disgrâce.

Le procureur-général Glebow jouit d'un grand crédit, lequel joint à l'autorité que sa charge lui donne dans le Sénat^ le rend presque tout puissant pour les affaires de l'intérieur. Il est plus lié avec les Nariskin qu'avec le général Melgounow et monsieur de Wolkofif, dont il est jaloux. Au reste homme de tête et de conduite, il suit le torrent et cherche à s'afîermir par les facilités qu'il apporte à l'exécution des nouveaux desseins. Lorsque l'empereur demanda en dernier lieu au Sénat quatre millions de Roubles et que le Sénat ne crût pas qu'il fut possible de trouver cette somme dans l'épuisement actuel,. M-r Glebofif se chargea de la fournir par le moyen des fermiers des douanes et de quelques négocians Angiois. Il est l'auteur des nouveaux règlemens, qui concernent l'intérieur du pays et qui font honneur à sa capacité.

Parmis les aides de camp de l'empereur, il y en a plusieurs qu'il honore de sa bienveillance. Tel est le baron Ungern, son aide de camp général, homme simple et uni, qui se contente de bien faire sa cour. Goudowitch, destiné pour la Courlande, est encore distingué dans la poule, capable de tout et dévoué au parti contraire. M.r de Brockdorff, lieutenantgénéral au service de Holstein, pouvoit autrefois beaucoup sur

son esprit; aujourd'hui son crédit est entièrement tombé et il joue une assez triste personnage.

Les plus remarquables de ceux qui se sont maintenus après avoir été dans la faveur sous feue l'impératrice sont le feldmaréchal prince Troubetzkoi, le grand chancelier, Ivan Ivanovitch Schouwalow et le hetman Rasoumovski. Le premier, quoique vieux et tourmenté de la goutte et néanmoins le plus adroit courtisan de la Russie. Il a trouvé le secret de se conserver pendant plussieurs règnes consécutifs. Il fut l'homme de cour sous Elisabeth, il est soldat sous Pierre III, vêtu à sa manière, imitant tous ses goûts et se traînant après lui autant que sa goutte peut le lui permettre. Le cadet de ses fils, qui a passé à Varsovie, capitaine du 1^"^ régiment aux gardes, fut arrêté de mon temps, parcequ'étant de garde il avoit quitté son poste la nuit et s'en été allé chez lui. Le père vit le moment que son fils alloit être dégradé. Mais loin d'intercéder pour lui il fut le premier à presser sa punition. Quelques dames obtinrent sa grâce.

Le grand chancelier n'ayant pas le courage de sacrifier ses dignités à sa réputation et peut-être ne le pouvant pas à cause du désordre extrême, que les fantaisies de sa femme ont mis dans ses aff"aires, se croit trop heureux de conserver sa place à quelque pris que ce soit. Comme il n'est point consulté sur le parti qu'on veut prendre, il seroit réduit aux fonctions d'un premier commis, si toutes les affaires passoient indifféremment par ses mains. Mais souvent elles ne parviennent à sa connaissance que lorsqu'il s'agit de les revôtir de formes nécessaires. J'ai eu l'honneur de mander à Votre Majesté qu'il n'eût aucune part à la confection du traité avec le roi de Prusse, et que ce traité ne lui fut point communiqué jusqu'au moment qu'il dût le signer L'empereur le nomme Votre Excellence et lui fait des révérences profondes, ce qui n'empêche pas qu'il ne le renvoyé bien loin des qu'il ose bazarder remontrance. Il a passé autrefois pour hommes de probité; peut-être l'est-il, si la probité est compatible avec beaucoup de faiblesse, d'indolence, de lâcheté même et avec l'habitude de s'en laisser imposer jusques par ses secrétaires.

Ivan Ivanovitch Schouwalow, nommé communément le chambellan, commandant aujourd'hui le corps de cadets et jouant au

reste un assez petite rôle au prix de ce qu'il étoit autrefois, s'est lié avec le général Melgounow. On les soupçonne de méditer conjointement la ruine de la favorite. Le bruit courût de mon temps que le chambellan avoit demandé la permission de voyager; mais ce bruit étant entièrement tombé, il faut croire que cette permission lui fut refusée ou que le tout n' étoit qu' une feinte pour mieux chacher son jeu. Peut-être aussi qu'ayant manqué un coup ainsi que je le dirai ci après, il craignit d'abord le ressentiment de la favorite et quil se rassura ensuite par l'appui de son ami. Il s'est jette aux genoux de l'empereur pour en obtenir la permission de porter le cordon de l'Aigie Blanc. „Eh bien, soit, lui a répondu le Prince, je te le permets encore, aber ich will den verflüchten Bandhandel nicht mehr haben". En effet, outre le chambellan je n'ai vu qu' Alexandre Schouwalow, monsieur de Sievers, le général Czernichew et le prince Galitzine avec les marques de cet ordre.

Le Hetman de l'Ukraine Rasoumowski est sans cesse avec l'empereur. C'est en apparence son plus cher compagnon. Accoutumé à tous les raffinemens du luxe et de la volupté, jouissant autrefois de tous ses aises et ne se piquant d'autre gloire que de celle d'être un bon vivant, il a été obligé de ce travestir comme les autres, d'apprendre à faire l'exercice à la Prussienne, de fumer et de renoncer à tous les agrémens de la vie. Ceux qui connoissent le mieux le terrain, sont persuadés que l'antipathie du prince pour tout ce qui sent la viceroyauté, est la véritable raison, qui l'engage à retenir le Hetman auprès de sa personne et qu'il se fait un plaisir singulier de mettre sur les dents un hommes voluptueux, peu fait à la fatigue.

Le feldmaréchal Rasoumovski, frère du Hetman, est celui de tous les seigneurs Russes, qui dans le dernier changement s'est conduit avec le plus de noblesse. Après la mort de l'impératrice il vint mettre ses dignités et ses biens aux pied du nouvel empereur, lui demandant pour tout grâce une terre dans l'Ukraine, où il désiroit de finir ses jours. Le prince ne voulut point accepter la démission et lui confirma dans les termes les plus obligeans tous les dons que feue l'impératrice lui avoit faits. Il s'y soumit alors Mais quelques mois après il dona une fête splendide à l'empereur, qui en parût très satisfait et le len-

demain même il fut demander l'agrément de Sa Majesté pour sa retraite. Elle lui fut enfin accordée.

Des trois exilés qui ont été rappelles à la fois, le feldmaréchal Munnich est le seul qui jouisse de la considération due au mérite et qui par cette raison plustôt que par l'ascendant de son crédit a été membre de la conférence militaire est l'est aujourd'hui du nouveau conseil. J'ai eu l'honneur de le dépeindre à Votre Majesté comme un homme appesanti par l'âge et par les mauvais traitemens qu'il a essayés. Il n'a d'autre moyen pour se conserver dans sa situation présente et pour finir tranquillement ses jours, que d'embrasser le nouveau système.

Biron est détesté dans un pays, qui n'a point oublié ses cruautés, peu distingué par l'empereur, qui se contente de le nommer Votre Altesse et de lui donner une des premières places à sa table, sans crédit, sans considération, nécessaire seulement pour les injustes desseins qu'on forme sur la Courlande. De ses deux fils créés généraux-majors, l'ainé est un homme froid, le cadet, gâté dans son enfance par l'impératrice Anne qui l'aimoit beaucoup, prend les airs d'un courtisan. Il est allé joindre son régiment qui est à l'armée et l'empereur lui a donné mille Roubles pour ses équipages. On ne savoit point de mon temps quels arrangemens avoient été pris pour la future subsistance du père, ni ce qui peut être stipulé à cet égard dans sa prétendue cession au prince George. On appris seulement qu'un peu avant cette cession l'empereur lui avoit fait toucher lo/m. Roubles.

Lestocq est à peine nommé. Il paroit cependant à la cour avec sa femme et soupe quelquefois avec l'empereur. Ses titres et sa confiscation lui ont été rendus, mais par des décomptes qu'on lui a faits, ses biens se trouvent réduits à 13 m. Roubles. Il s'occupe à rassembler ses effets partout où il en trouve et à conter de vieilles histoires étant naturellement grand parleur.

La comtesse de Woronzoff, nièce du chancelier, dame d'honneur de l'impératrice et favorite déclarée de l'empereur, qu'on nomme communément la Fräulein à cause de sa place à la cour, ressemble parfaitement à son frère, qu'a passé à Varsovie, excepté qu'avec un embonpoint plus que médiocre, elle

a la tête plus grosse que lui et qu'elle est marquée de la petite vérole.

Le public cherche inutilement à deviner la cause d'un attachement constant pour une personne qui semble si peu faite pour en inspirer. Ce n'est pas la convenance des caractères, car les deux amans ne simpathisent pas toujours et se disent souvent des choses fort. dures. Ce n'est pas l'esprit ni l'humeur agréable de la comtesse, car, sans être dénuée de sens, elle n'a ni gaîté, ni agrément et semble être plustôt triste que fort amusante. On se rabat sur des raisons physiques et l'on soutient qu'un prince n'a qu'à commander pour voir ses désirs satisfaits; et qui a la volonté d'user de cette prérogative, n'a pu se fixer ainsi sans de puissans motifs. Les antagonistes de la Fräulein avoient mis sur les rangs une demoiselle Czoglokoff, jeune et aimable. L'empereur en paroissoit épris; les intéressés ménagèrent une entrevue; la favorite trembloit; les carosses étoient prêts pour la renvoyer chez elle. Mais le besoin lui ramena son amant. On prétend que malgré les bonnes dispositions de la rivale, ses efforts auprès d'elle avoient été infructueux Cependant, quelque nécessaire que la favorite semble être ainsi aux plaisirs du Prince, elle ne jouit pas de sa faveur sans inquiétude. Il a beaucoup de désirs, qu'il promeneroit volontiers sur d'autres objets. Ses manières avec les femmes, libres jusqu'à l'indécence, le prouvent assez. Touchez le sein, n'est pas encore la plus grande liberté qu'il prenne publiquement avec les dames de la première distinction. Il y en a plusieurs parmi le grand nombre qu'il voit de bon oeil. Des courtisans attentifs épient ses mouvemens et cherche à les mettre à profit pour lui donner une maîtresse de leur main.

J'ai essayé jusqu'ici de caractériser les personnages les plus accrédités à la cour de St.-Pétersbourg, par les principaux traits que mon peu de séjour en cette ville m'a permis d'en recueillir. Pour en achever le tableau il ne me resteroit plus qu'à parler de la famille impériale et de la famille de Holstein, à laquelle on rend les mêmes honneurs. Votre Majesté, connoit l'une et l'autre.

L'impératrice, la plus aimable et la plus respectable des princesses, loin d'avoir sur son époux l'influence que la supériorité de ses lumières devroit lui donner, est l'objet de sa dé-

fiance et de son aversion. Elle ne se maintient qu'à force de circonspection et de prudence. On croit qu'avec beaucoup d'estime pour le roi de Prusse elle auroit pu demeurer attachée à l'ancien système, dont elle reconnoit les avantages. Un seul point qui eut pu être contraire aux intérêts de Votre Majesté c'est la constance dont elle se pique dans son engagement de coeur.

Le jeune Grand-Duc, aimable, rempli de grâces, de douceur et de docilité, mais faible et maladif, tourmenté d'un abcès à la joue, que l'on croit être les écrouelles et par cette raison paroissent peu en public, est entre le mains de M-r de Panin, homme de sens et de mérite, qui verroit avec plaisir reprendre les anciens sentimens, pour lesquels il a travaillé pendant son séjour à Suède.

A l'arrivée du chambellan Soltykow, l'opinion commune étoit qu'on l'avoit fait revenir uniquement pour tirer de lui le secret de la naissance de jeune prince. C'est à ce motif qu'on attribua les bontés que l'empereur lui attribua d'abord. Mais on apprit bientôt qu'il s'abstenoit de la cour sous prétexte de maladie. Il finit par être renvoyé dans ses terres. On crût alors qu'il s'étoit attiré cette disgrâce pour n'avoir point répondu aux espérances de son maître, lequel vraisemblablement n'attendoit que sa déclaration pour transférer la succession dans la famille de Holstein en vertu du pouvoir de se nommer un successeur, pouvoir compétant à tout monarque Russe depuis Pierre I«'"-

Le prince George de Holstein-Gottorp et la princesse son épouse reçoivent les hommages involontaires de ceux qui autrefois les auroient à peine traités d'égaux avec l'air de personnes peu faites à tout d'honneur. L'empereur les nomme mon Oncle et ma Tante. Il écoute volontiers le prince et le prince lui parle comme à tout le monde de ses campagnes des gardes au camp qu'il a faites, et du roi leur maître. Il est consulté et crû, quoiqu'il n'ait point acquis de nouvelles lumières depuis qu'il a quitté le service de Votre Majesté. C'est lui qui doit former la cavallerie Russe, dont-il est feldmaréchal-général, et les troupes de Holstein, dont-il est Stathouder, dignité, que l'empereur malgré son amitié pour lui, ne lui a conféré qu'avec peine, tant-il craint le partago de son autorité. La princesse

a de l'esprit, aussi que de l'affectation dans son ton et dans ses manières. Les deux princes, ses fils, encore à l'enfance ont été créé généraux-majors et chefs de deux régimens au service de Holstein, tandis qu'on parle de faire passer le Grand- Duc par tous les grades du militaire. L'ainé vient de recevoir le cordon bleu de Suéde.

Le prince de Holstein-Beck, cadet de celui, qui est au service de Votre Majesté, est presque aussi décrépit que son aine. C'est aussi à peu près la même trempe d'esprit. Mais il suffit d'appartenir à cette maison de près ou de loin, pour paroître également propre aux affaires et à la guerre. Son nom seul lui a valu les places, les bienfaits et la confiance. La princesse sa fille est élevée à la cour; son fils, nommé Charles, colonel au service de Prusse, a été tué à la bataile de Cunnersdorf et a laissé une veuve, qui est actuellement à Pétersbourg et un jeune prince qu'on élève à Koenigsberg chez la comtesse de Dohna, sa grand mère, soeur des deux princes de Holstein- Beck et de la comtesse Stanislavska.

Tel est. Sire, en gros, le composé de la cour de Russie. Un maître prévenu des courtisans, intéressés à lui cacher la vérité ou trop faibles, trop peu accrédités pour oser faire entendre sa voix, des ministres étrangers enfin, gouvernant à leur fantaisie et le Prince et son Empire. Jamais on n'a eu moins de peine à bien servir son maître que M-r de Keith e; M-r de Goltz n'en ont à bien servir les leurs. Ce sont eux qu'on consulte et sans l'aveu desquels on ne fait pas un pas dans tout ce qui regarde la politique. M-r de Keith, zélé partisan du système de Pitt, pénétrant et judicieux, n'oublie rien de ce qui peut servir à son but. Honnête homme d'ailleurs, capable de procédés, mais inébranlable dans ce qu'il croit être son devoir, traversant de tout son pouvoir la grande Alliance, tout comme il la serviroit, si elle n'étoit point en guerre avec sa patrie. Il conserve la mémoire de la cour de Vienne; il sent peut-être qu'il lui doit de la reconnoissance. Mais jamais elle n'a eu de plus grand antagoniste. L'empereur le considère et l'estime personellement. Aussi sa vanité lui avoit-elle d'abord persuadé, que son crédit seul et l'ascendant qu'il a sur l'esprit de ce Prince l'avoient engagé à se détacher des ses anciens Alliés. Il eut bientôt lieu de se désabuser. Il sait maintenant

que ce prodige étoit le fruit de l'enthousiasme du Czar pour le roi de Prusse, que le crédit de l'Angleterre et le sien même se fondent originairemet sur les liaisons de la cour de Londres avec celle de Berlin et qu'il cessera d'être écouté dès le moment qu'il séparera les intérêts de sa nation d'avec ceux de la Prusse.

M-r de Goltz, colonel, chambellan et aide de champ de Sa Majesté Prussienne, est l'organe qui explique ses oracles. Sage, poli, honnête, avec des manières aisées, il se feroit peut-être recevoir dans une cour moins prévenue que celle de St.-Pétersbourg. Ici le choix est presque indifférent. Un général Werner, fumant, jurant, pestant auroit été pour le moins aussi propre à ce poste. La plupart des affaires se traitent dans la correspondance directe des deux princes. Lorsqu'il plait au roi de faire signifier ses désirs par son ministre, le ministre n'a qu'à parler, un: „Ja Brüderchen" est la réponse. Le roi de Prusse est mon ami, dit un jour l'empereur, et ne me conseillera rien qui ne me soit avantageux et je fais tout ce qu'il me conseille. On prétend que lorsque le général Czemicheff partit de Pétersbourg pour retourner à l'armée, il dit, quil espéroit conduire les troupes de manière à faire honneur aux armes de Sa Majesté Impérale, mais qu'il ne répondoit pas des pertes. Fais les tuer tous, lui replique-t-on, et je t'en enverrai d'autres.

Il ne faut pas croire néanmoins, quelque soit l'enthousiasme du Czar, qu'il ne s'appuye d'aucun raisonnement. Ce seroit peu de la passion si l'esprit n'étoit séduit. Fermement persuadé de la bonne foi du roi de Prusse, ne connoissant point tous les fardeaux d'une guerre, ni quel est le premier mobile des grands événemens, il croit qu'avoir des hommes, c'est avoir tout ce qui est nécessaire et jugeant de ses forces par le nombre de ses sujets et par l'étendue du pays soumis à sa domination, il conclut, que la Russie se joignant au roi de Prusse, rien ne peut résister à leur puissance combinée.

Son imagination est frappée des grandes actions et des conquêtes de son Héros; il se persuade que se lier intimement avec lui, c'est en partager la gloire et le profit, à peu près comme on partage les biens d'une femme qu'on épouse. Dans cette combinaison il se fait illusion à la fois sur les sentimens de son Allié et sur ses propres ressources. L'un n'a point

besoin de preuve, l'autre est assez évident pour peu qu'on ait analisé les véritables forces de son empire.

Selon l'opinion commune les revenus de la Russie montent à dix millions. Feue l'impératrice faisoit une grande dépense en bâtimens, dorures, habits, pierreries et autres articles de cette espèce. De l'autre côté la guerre, moins onéreuse pour la Russie que pour aucune puissance, dès qu'elle se fait dans le voisinage du pays, ne laisse pas de coûter des sommes. On regardoit les finances, comme épuisées, on manquoit du nécessaire pour faire agir les trouppes qui malgré les subsides de la France ne pouvoient jamais paraître en campagne avant le mois de Juin ou de Juillet et lorsqu'en dernier lieu il fut question de trouver quatre millions, le Sénat crut la chose impossible dans le délabrement actuel et l'événement sembla justifier son opinion. Cependant l'empereur n'a pas trouvé un million de dettes du régne précédent, consistant en arrérages dûs à l'armée, paiement de fournitures et autres objets semblables. Il ne parois pas qu'il ait du crédit. C'est cette ressource si fertile et si légitime dans les besoins urgens de l'état, qui semble être entièrement incompatible avec le gouvernement de la Russie. Quelle sûreté donner à des créanciers, lorsque la volonté du prince suffit pour anéantir tous les engagemens de ses prédécesseurs? Ce n'est plus à l'état que l'on prête, c'est à un individu, qui n'a rien de commun avec ceux, qui l'on précédés, ni avec ceux qui viennent après lui. Aussi a-t-on tenté inutilement d'établir une banque. Le seul expédient dans les besoins pressans est l'augmentation des droits et des impots, expédient qui ne rapporte point à proportion du mal, qu'il cause. On assure en vérité, que le pays a beaucoup de ressources en lui même et en effet il est probable, qu'un paysan, qui outre les drois seigneuriaux ne paye à la couronne que 90 Copeks ou les neuf dixièmes d'un Rouble par an, n'est point trop chargé. Mais quelles que puissent être ces ressources, elles ont de bornes. De vastes pays ne fournissent rien que des pelleteries, d'autres sont entièrement exempts de toute redevance au moyen des services, qu'ils sont obligés de rendre à la guerre. Une grande partie des sommes, que le commerce fait entrer dans l'empire, sont enfoncées dans la terre, parceque le peuple serf n'a que ce moyen de s'en

assurer la propriété. L'entretien des troupes Russes, si l'on persiste dans le dessein de les mettre sur le pied des troupes de l'Allemagne, montera au double de ce qu'il a coûté jusqu'ici. Celui des troupes de Holstein retombera entièrement à la charge de la Russie, le petit revenu de ce pays suffisant à peine pour soudoyer quelques millions d'hommes. Une marine, de vastes frontières à garder, des fantaisies à satisfaire et cent autres objets de dépense; tout cela me fait croire, que quelque économie que l'empereur puisse mettre dans l'administration de ses finances, le revenu ordinaire sera à peu près absorbé par la dépense courante, ou que du moins le résidu ne suffira jamais pour le mettre en état de faire la guerre sans l'assistance d'une de ces puissances, qu'on regarde comme les dépositaires des richesses de l'Europe.

Lorsqu'on dit en Russie que l'empire a 400 m. à 500 m. hommes sur pied, dont deux cent mille a moins de troupes réglées, on comprend dans le total les Cosaques, les Calmoukes et les Tartares, qu'on peut faire monter à cheval, quand on le veut, et l'on compte parmi les troupes réglées les milices, qui gardent les frontières principalement vers la Crimée. Selon uncalcul plus probable, la Russie pendant toute cette guerre n'a jamais mis en campagne au delà de 70 m. hommes, parmi lesquels sont comprit les quatre régimens aetuellement de rétour à St. Pétersbourg. De mon temps il y avait dans cette capitale les trois régimens d'infanterie aux gardes, et les gardes à cheval, faisant un total de 8 à 9000 hommes, le corps de l'artillerie et génie qu'on fait passer pour trois mille hommes, quelque infanterie et des dragons, qui autrefois avoient été dans l'intérieur des provinces et qui ne me parurent pas être en bon état. Le toute monte à quinze ou seize mille têtes. Or, en supposant même que le reste des gernisons de l'empire composées de troupes réglées, le nombre de 60 m. hommes, il en résulte à peine un total de 150 m. hommes pour le véritable nombre des troupes réglées, sans compter les soldats de marine et les milices. Ce nombre n'est pas excessif en le comparant à l'étendue du pays qu'on a à défendre. Cependant il faut convenir, qu'il peut être aisément augmenté, et qu'un Czar guerrier, qui ne voudroit épargner personne et qui ne craindroit pas de dépeupler ses pays ne manqueroit pas sitôt de soldats.

Si la facilité des recrues est moins grande aujourd'hui, qu'elle ne l'a été au commencement de la guerre, c'est qu'on n'avoit donné alors que le superflu et qu'à présent il s'agit de donner l'utile. On aura des troupes, mais il se passera bien du temps avant qu'on puisse leur donner de bons officiers et d'habiles généraux.

La marine de la Russie est presque entièrement déchu. Elle est tout au plus dans ses deux ports de la Baltique quinze vaisseaux de guerre en état de mettre à la voile, commandés par des officiers sans talens et sans expérience, montés par de mauvais matelots. Les Russes en général sont peu propres au service de mer. Pierre le Grand en fondant sa marine, n'eût pas égard à la seule chose, qui pouvoit la maintenir et la rendre véritablement respectable. Il ne pensa pas à donner à sa nation une marine marchande, qui pût devenir une pépinière d'habiles gens de mer, ni à la faire jouir des seuls avantages capables d'encourager la navigation, je veux dire de la^ liberté et de la propriété. Il ne connoissoit qu'une manière de porter ses sujets à remplir ses vues — c'étoit la force, le plus mauvois et le moins permanent de tous. Il attiroit les étrangers et s'en servoit utilement; depuis ils ont été dégoûtés du service.

En général il ne paroit pas que l'empereur d'aujourd'hui ait beaucoup d'attention à cet objet. Il a fait lancer à l'eau deux vaisseaux de ligne, construits l'année passés, mais on n'usoit d'aucune diligence pour les armer. Il en a fait mettre deux autres sur les chantiers, mais c'est l'ordinaire d'en construire deux par an et cela suffit à peine pour remplacer successivement ceux qui ne peuvent plus servir, l'eau douce du golfe de Finlande détruisant les vaisseaux en moins de dix ans. Le port de Reval n'est pas achevé, celui de Cronstadt est mal entretenu et sans défense. Il n'a d'autres ouvrages qu'une jettée de bois, de même que le petit fort de Cronschlot, situé vis-à-vis l'entrée et destiné à le défendre. La flotte Russe une fois battue une flotte ennemie établiroit aisément sa croisière à la hauteur de Cronstadt et s'empareroit peut-être de la place, ce qui interromperoit le commerce de Pétersbourg et priveroit cette capitale de nombre de chose nécessaire qu'elle tire de l'étranger.

Dans une situation pareille il n'est pas douteux que l'empereur entreprenant la guerre contre Danemark n'ait de la peine à s'en tirer à son avantage. Ainsi faut-il bien qu'il ait senti une partie des difficultés qui accompagnent son projet, puisqu'il a pu en différer l'exécution et condescendre au congrès de Berlin. La conquête du Holstein et du Slesvic étoit d'abord l'idée, qui lui tenoit le plus à coeur, après son amitié pour le roi de Prusse. M-r de Keith le sentit et dans l'opinion où il étoit alors que les dispositions du nouveau czar étoient uniquement son ouvrage, il ne voulût rien oublier pour s'assurer de lui, et pour cet effet il entra sans ménagement dans ses vues sur le Holstein. Mais quelque confiance que sa cour ait ordinairement en lui, elle n'approuvera point sa conduite à cet égard. L'établissement de la Russie dans un pays, d'où elle menaceroit tout le Nord en général et en particulier l'Allemagne, lui parut d'une trop dangereuse conséquence, pour ne pas travailler dès lors à le détourner et ne connoissant point sans doute l'humeur de son nouvel ami, elle fit faire des remontrances, qui le refroidirent beaucoup pour elle. Le roi de Prusse au contraire connoissant mieux sa véhémense par l'amitié même qu'il lui marquait, prit un parti tout différent. Aussi opposé que l'Angleterre à l'établissement de la Russie en Allemagne, il fit semblant d'en approuver le projet et d'épouser aveuglement les intérêts de l'empereur. Par cette conduite il conserva son ascendant sur l'esprit de son allié et se rendit maître des événemens, sûr de les faire rentrer dans son plan, soit que les différends avec le Danemark se terminassent à l'amiable, soit qu'on en vint à une rupture ouverte. Dans le cas d'une guerre, il a des moyens infaillibles pour la traverser. La difficulté des transports, l'épuisement des pays dans lesquels il faudra agir, la supériorité de Danois sur mer sont par eux mêmes des obstacles insurmontables. Le défaut de bons généraux en est un autre. Les conseils du roi suivit aveuglement seront toujours dictés par son intérêt. S'il persuade à l'empereur de se mettre à la tête de son armée, il donne beau jeu au général ennemi. Ce Prince ne connoit que les petitesses de l'exercice militaire, sans en concevoir le rapport aux grandes occasions de la guerre; excepté l'activité il n'a aucune des parties, qui caractérisent le

bon capitaine, encore cette activité est elle trop inconsidérée. II croira en tout le prince George, brave et intrépide, mais peu capable. L'entreprise échouera et le roi de Prusse, qui sous main l'aura le plus traversée, sera celui qui paraîtra l'avoir secondée davantage et dans cet intervalle il aura obtenu de son Allié toute sorte de secours au préjudice même de ses propres affaires. Dans le cas d'un accommodement à l'amiable, le Czar, que des démarches précipitées aurront jette peut-être dans un grand embarras, s'en trouvent délivré par les soins du roi, auquel il ne manquera point d'en attribuer tout l'honneur, ne mettra point de bornes à sa réconnoissance. Il voudra lui procurer à tout prix la pais, qu'il croira lui devoir et s'il le faut> il fera marcher à son secours toutes les troupes que feue l'impératrice employoit pour la bonne cause.

En vain, Sire, voudroit on tirer ce Prince de son erreur et lui faire connoitre les vrais sentimens de son nouvel allié. Ce seroit entreprendre de persuader a un amant que sa maîtresse n'est point digne de son attachement. Ceux qui sans attaquer sa passion ont seulement proposé des expédiens propres à la concilier avec la gloire et la bonne foi, qui ont tenté de lui faire sentir, qu'il pouvoit à la fois suivre son inclination et servir ses anciens, en se portant pour médiateur desintéressé entre les deux partis, ont été traité de canailles Autrichiennes, Françoises ou Saxonnes, vendues à la France ou gagnées par les présens de Votre Majesté. Le temps seul peut refroidir un enthousiasme semblamble. Aujourd'hui il est à l'épreuve de tout. Pendant que j'étois à Pétersbourg, l'empereur apprit que le général Werner, qu'il avoit comblé d'amitiés et de bienfaits, avoit tenu à son retour à Breslau des propos fort libres sur son compte. „Il m'a payé d'ingratitude, mais cela ne me fait rien, je n'en suis pas moins l'ami de son maître". Un temps viendra que ce maître trouvent son intérêt à sacrifier son ami, se lassera de jouer la comédie, ou que l'empereur, revenu de la première fouge de sa passion, examinera d'un oeil plus calme leurs ressources communes et apprendra à ses dépens, que l'alliance de la Prusse n'est point la moyen infaillible de parvenir à la primauté de l'Europe. Alors l'affection venant à diminuer la froideur extrême et l'éloignement lui succéderont. Quand

une alliance est fondée sur l'intérêt de l'état, on peut-être mécontent de son allié, mais l'intérêt demeur et l'alliance subsiste. Quand l'affection personelle en est l'unique base, que cette affection cesse et tous les lieus sont rompus. Il y a plus. De l'extrême amitié on passe plus aisément à la haissage et la froideur. C'est à attendre cet heureux moment, à l'épier, à l'accélérer s'il est possible que se réduit à présent toute la politique de la Grande Alliance vis-à-vis de la Cour de Pétersbourg. Les attentions, les avances et toutes les démarches les plus obligeantes loucheroient foiblement un prince aveuglé par la prévention, insensible à ses intérêts, qui ne semble point connoître les égards que les souverains se doivent réciproquement. Bien loin de là, elles ne servent qu'à le confirmer dans la haute idée. qu'il se forme de son pouvoir et plus on montrera le besoin qu' on a de son assistance, moins il sera disposé àl'accorder. J'en ait fait l'épreuve danslacommission, dontil aplûàVotreMajestém'honorer.

A mon arrivé à Pétersbourg je crûs d'abord que Votre Majesté étoit exempté de la haine que l'on y marqouit déjà pour tous les Alliés. La mémoire des obligations que l'empereur lui a eues autrefois paroissoit autoriser cette opinion et je crûs qu'il n'auroit pas oublié sitôt que par son entremise il avoit obtenu des subsides de la cour de Vienne dans ses besoins urgens. Je me trompoi pourant et je reconnus bientôt mon erreur par la conduite que l'on tint à mon égard. Votre Majesté a vu par mes rapports successifs qu'à peine a-t-on m'accorde les distinctions, que l'on ne pouvoit me refuser avec bienséance. Il seroit inutile de répéter ici les différentes mortifications que j'ai essuyées. Qu'il me soit seulement permis de justifier la conduite, que je tins lorsqu'on me fit insinuer de prendre mon audience de congé. J'avoue qu'il me parut humiliant d'être renvoyé ainsi sous les yeux des cruels ennemis de Votre Majesté. Je n'évitois point cette apparence en prenant le chancelier au mot et en lui disant que j'avois été sur le point de faire les démarches nécessaires pour mon départ. Sans être revêtu d'aucun caractère, j'étois cependant à Pétersbourg de la part de Votre Majesté. L'affront qu'on me faisoit n'étoit plus mon affaire particulière.

J'avois eu dimanche l'honneur de saluer l'impératrice, dans

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la même semaine on m'insinuoit de partir; c'étoit marquer bien de l'impatience pour être défait de ma personne, puisqu'on ne me laissoit pas le temps de demander mon congé, quand j'aurois voulu le prendre dès le dimanche suivant. Dans ces circonstances je saisis la réponse que le résident de Votre Majesté avoit faite aux insinuations du chancelier et comme il s'étoit défendu de faire sa commission, je feignis de tout ignorer pendant la quinzaine et pris ensuite le prétexte du courrier françois, qui m'apporta la nouvelle de la mort de ma mère pour faire savoir au chancelier sans faire aucune mention de ce qui avoit précédé, que ma commission étant faite, j'avois reçu ordre de partir et qu'en conséquence je le suppliois de me procurer l'honneur de saluer l'empereur.

Avant que de finir, je ne dois point passer sous silence la conjecture de ceux, qui tirant mauvois augure du mécontentement général dans la nation, regardent une révolution en Russie comme possible et peut-être comme prochaine. En effet, les bienfaits par lesquels l'impereur a commencé son règne n'ont pas fait sur les esprits cette impression profonde, qu'on auroit du en attendre. Ils reconnoissent encore leur ancien esclavage sous le nom de la liberté accordée à la noblesse. Ils comprennent, que lorsqu'on les laisse les maîtres de quitter le pays à condition qu'ils en obtiennent une permission expresse, et qu'ils se représentent des qu'ils seront reclamés sous peine de la confiscation de leurs biens, on ne leur donne que ce qu'ils avoient déjà et si désormais ils ont le choix d'entrer au service ou de vivre dans la retraite, ils n'en sentent pas moins que l'unique moyen d'éviter l'indignation de l'empereur, c'est de prendre parti. Le prince, peu fait à des distinction subtiles, imitant ce qu'il voit chez ses prédécesseurs, a porté l'esprit du despotisme dans la monarchie, qu'il veut étabhr. Quel homme assez hardi pour encourir volontairement le courroux d'un maître absolu? Au lieu d'une ombre de liberté qu'on a gagnée, au lieu d'un abus de la puissance suprême qui a été restreint en apparence, on en sent plusieurs nouveaux, qui ne sont que trop réels. Le changement introduit daus les moeurs, la préférence marquée des étrangers, l'intrusion d'une famille Allemande dans la famille impériale, le bouleversement du système, auquel les premières maisons du pays se trouvoient intéressées per-

sonnellement, la haine du nouveau Allié et cent autres considération aliènent les esprits de la nation. On se plaint, on murmure en secret. Mais on n'ira pas aisément au de là. Les hommes courageux, coupables de former une grande entreprise et de la conduire à sa fin, rares en tout pays, le sont surtout en Russie, où le joug de despotisme abâtardit les esprits. Si néanmoins l'empereur avoit une entreprise à craindre, il ne paroit pas probable, que ce fut de la part de sa propre famille. Le prince Iwan plustôt pourroit lui devenir dangereux quelque jour. Ce prince n'est pas loin de Pétersbourg, quoiqu'on ne sache au juste le lieu de son confinement. L'empereur fut le voir pendant le temps que j'étois en cette ville. Le bruit courut alors, que le goût des élargissemens l'ayant gagné, il pensoit à renvoyer à Brounswic ce prince infortuné et à établir en même temps la succession éventuelle de la famille de Gottorp au trône, pour lui en fermer à jamais le chemin. Mais il est à croire, que ses Alliés l'auront détourné d'un dessein aussi hazardé, capable d'ébranler sa couronne.

St.-Petersburg, den И. JuH 17621).

Mit gegenwärtigem oesterreichischen Courier habe ich das ausnehmende Vergnügen Euer Excellenz die ebenso grosse als unerwartete Begebenheit anzukündigen, dass der bisherige Kaiser Peter der Dritte seines Thrones verlustig gegangen sei, dessen würdige Gemahlin aber unter dem Namen Catharine der Zweiten denselben glücklich und heldenmüthig bestiegen habe. Man hat aus dem allgemeinen Missvergnügen aller Stände, ja aller Menschen zwar ganz wohl abnehmen können, dass über kurz

^) Дрезд. Архива, vol. Yll, № 56.

oder lang eine Veränderung vorgehen würde, dass es aber so bald und so glücklich geschehen sollte, getraute man sich noch nicht zu hoffen. Allein die grosse Catharina hat alle Schwierigkeiten zu überwinden gewusst und in ihrem Heldenmuth diejenigen Mittel gefunden, die ihr von aussen her, noch zur Zeit abzugehen schienen und die grosse Geister niemals vergebhch in sich selbst suchen.

Es war am 9. dieses Vormittags, gleich nach 9 Uhr, als sich vor dem neuen steinernen Palais ein Theil der Garde zu Pferde in vollem Gallop einfand, sogleich alle Zugänge besetzte und sich davor en parade aufstellte. Die dadurch rege gemachte Aufmerksamkeit des publici wurde gar bald gestillet, da sich kurz darauf Ihro Majestät die Kaiserin Catherina in dasselbige Palais erhoben, wohin Sie von dem übrigen Theil der Garde zu Pferde, den Garden zu Fuss, besonders aber von dem Grossfürsten und dessen Hofstaat begleitet wurden. Nachdem Ihro Mejestät denen Anfangs in geringer Anzahl anwesenden Herrschaften Ihr Vorhaben, den kaiserlichen Thron zu besteigen, eröffnet und von ihnen den Eid der Treue abgenommen hatte, erhoben Sie sich aus gedachtem steinernen in das hölzerne Winterpalais der Kaiserin Elisabeth höchstseligen Andenkens, allwo sich nach und nach eine grössere Anzahl Cavaliers und Dames einfanden, die sämmtlich mit den grössten Freuden den Eid der Treue ablegten, welches auch die nacheinander ankommenden verschiedenen Truppencorps mit nicht weniger Vergnügen thaten, wobei zur Sicherheit des Hofes sowohl das Palais stark mit Mannschaften besetzet, als auch in allen Zugängen Kanonen aufgepflanzet, in denen Strassen aber von einer Weite zur andern starke Posten aufgestellet worden, um gute Ordnung zu halten, welches auch von so gutem Nutzen gewesen, dass nicht von der geringsten Ausschweifung zu hören, gewesen.

Unterdessen dass nach und nach der Senat und übrigen Collégien sich einfanden und ebenfalls huldigten, wurde ein Détachement Gardereiter geschickt den Prinz George zu arretiren, der sich zwar mit der Flucht zu retten suchte, aber in dem Hause des Generals Korff gar bald gefunden und in sein eigenes Palais in Verwahrung zurückgebracht wurde, wo er auch noch befindlich, sonst aber nebst seiner Gemahlin und

zwei Prinzen in sehr leidlichem Arreste und wohl gehalten ist, wie ihm denn auch Ihro Kaiserliche Majestät versichern lassen, dass ihm kein Leid widerfahren solle.

Alle holsteinischen Officiers und Soldaten wurden ebenfalls aufgesuchet und arretiret.

Bei Hofe wurde inzwischen auch auf ernstlichem Massregeln vorgedacht, um das angefangene Werk vollends zu Stande zu bringen, welches theils dadurch geschähe, dass dem Volke mittelst gegenwärtigen Manifestes die Ursachen angezeiget wurden, welche Ihro Kaiserliche Majestät bewogen, den russischen Thron zu besteigen, theils aber die Truppen in Bereitschaft zu setzen, um eine Expedition nach Oranienbaum zu unternehmen, allwo Sich der entsetzte Kaiser mit seinen holsteinischen Truppen und einigen Lieblingen befand, von welchen man befürchten musste, dass sie entweder selbst was unternehmen, oder sich wenigstens zur Gegenwehr setzen würden.

Man hatte sogleich den General Talliczin nach Kronstadt abgefertigt, um sich allda des Hafens, der Stadt und der Festung zu bemeistern, so wie man sich auch hier der Festung ohne Widerspruch versichert hatte. Das Frohlocken des Volkes und der Soldaten war ungemein, ein tausendfaches Hurrah oder Vivat wurde gehört sobald sich nur die Kaiserin oder der Grossfürst am Fenster sehen Hessen. Einheimische und Ausländer waren über diese Veränderung ebenso vergnügt als verhasst die Regierung des entsetzten Kaisers gewesen war.

Nachdem endlich die Truppen sich versammelt, mit Kanonen, Pulver, Bley und einigen Vorräthen versehen, Ihre Majestät auch solche zu Pferde, en Cavalier und der Montur der Garden zu Fuss angethan, gemustert hatten, setzte man sich vom Palais aus in Marsch und zwar nachfolgende Regimenter:

i) die Preobraschenskische Garde j

2) die Semenowsische Garde |

3) die Ismailowscse Garde \ Infanterie

4) das Ingermanlandische Regiment |

5) das Astrachanskische Regiment j

6) das Artilleriecorps

7) die Garde zu Fuss

8) das Leib-Cuirassier Regiment

9) ein Husarenregiment

Cavallerie

welche zusammen zwischen 14 — 15 m. Mann betragen haben mögen. Ich sah sie alle vor meinem Hause vorbei mit grösstem Muth und Freuden in schönster Ordnung nach 9 Uhr Abends ausmarschieren und Ihro Kaiserliche Majestät geruheten, sie selbst anzuführen, sonst aber hatten von Generals-Personen der Hetmann der Ukraine, der Feldmarschal Trubetzkoi, Schuwalow und Buturlin, der Generalfeldzeugmeister Villebois und der General Wolchonski, der vordem zu Warschau gewesen, jetzt aber zum Oberstlieutenant der Garde zu Pferde ernannt worden war, den meisten Theil an dem Commando.

Gegen die Zeit des Ausmarsches, wurde denen fremdem Ministers, die, ausser dem Preussischen, alle in der Stadt waren, eine Note von Seiten des Ministerii behändigt, wovon ich das mir zugestellte Exemplar hier in Originali beizufügen die Ehre habe.

Nachdem Ihro Kaiserliche Majestät mit denen Truppen 10 Werst von hier zu Krasna Kabak angelanget waren, machten Sie Halt, speiseten in dem dasigen Wirthshause und Hessen Menschen und Vieh, die sich den Tag über sehr strapaziret hatten, die Zeit, einige Nahrung und Ruhe zu gemessen. Gegen Morgen aber wurde der Marsch weiter fortgesetzet und ohngefähr zu Strelna-Musa bekamen Ihro Kaiserliche Majestät von dem entsetzten Kaiser ein erstes Schreiben, in welchem er seine Reue über die gegen seine Gemahlin beobachtete mehr als barbarische Aufführung zu erkennen gegeben, Sich darunter abzuändern versprochen und eine gänzliche Aussöhnung angetragen hatte. Da aber darauf nur die Antwort erfolget, dass es zu spät sei, nnd das Wohl des Reiches andere Massregeln erforderte, der Zug auch bis Peterhoif ohnausgesetzt fortging, so langte allda ein zweites Schreiben von diesem, sich selbst unglücklich gemachten Prinzen an, worinnen er sich der Gnade Seiner gewesenen Gemahlin eintzig und allein überliess, und nur bat, dass man die Fräulein Woronzow und den Generaladjutant Gudo witsch bei ihm lassen möchte. Es wurde darauf der Generalmajor Ismailow zu ihm abgefertiget, der ihm sagen musste, wenn es sein wahrer Ernst wäre, sich zu ergeben, sollte er nach Peterhoff kommen und daselbst sein ferneres Schicksal erfahren. Er hat sich darauf ohne weitere Widerrede eingestellet, bei seiner Ankunft allda den Degen an den wacht-

habenden Officier abgegeben und im geringsten nicht widersetzet. Der Orden ist ihm abgenommen worden und die Bitte wegen der Fräulein und des Generaladjutanten hat man ihm nicht gewähret, vielmehr diese beyden Personen von ihm entfernet und in Verwahrung genommen und ohnfehlbar werden sie nach Sibirien oder sonst wohin verschicket werden. Durch einen geheimen Canal bin ich auch benachrichtiget, dass der gewesene Kaiser vor der Hand nach Schlüsselburg gebracht worden, doch ist fast nicht zu glauben, dass er allda bleiben werde.

Bey der grossen Menge ausserordentlicher Umstände, die so kurz aufeinander und zum Theil in der Entfernung erfolget sind, ist nicht möglich. Alles und Jedes, noch auch mit gleicher Zuverlässigkeit zu erfahren, dannenhero ich mir vorbehalte, ein oder andern Umstand zu seiner Zeit zu rectificiren, das übrige aber nachzuholen.

Die Erbitterung der Soldaten, die alle auf preussischen Fuss gesetzt und mundiret waren, war über alle diese unnöthige Veränderungen so gross, dass sie ihre neue, kurze und enge Montirungen, Grenadiermützen und übrige Kleidungsstücke weglegten, in Stücke rissen oder vor ein Spottgeld verkauften, die alten aber wieder hervorsuchten oder unterdessen einen grauen Rock oder Pelz anzogen, wie ich denn viele gesehen, die auf diese Arth sich beholfen und doch Dienste verrichtet, auch sogar vorm Palais Schildwache gestanden haben. Ihro Majestät haben sich sogleich wiederum zum Obersten von allen Gardes erkläret und declarirt, dass Alles wieder auf dem Fuss sein soll, als es die hochseelige Kaiserin Elisabeth hinterlBssen hätte, wie sie denn auch Ihro nachgebliebenen Kammerbediente, die ohne Versorgung aus dem Schlosse gejaget worden waren, bereits Alle wieder angenommen und in Brodt gesetzet hat. Die abgeschafften Leib-Compagnisten und so viel Hundert alte Gardesoldaten, die ohne Brod und Belohnung abgedanket worden waren, stellten sich voller Freuden von selbst wieder ein, und halfen theils die Posten mit besetzen, theils die Expedition nach Oranienbaum mit verrichten.

Die Anzahl der holsteinischen Truppen allda ist ohngefähr auf zwei Tausend geschätzet worden, es sollten aber eben die in Kiel liegenden übrigen holsteinischen Truppen zu Wasser

ankommen, welche, wenn sie nun eintreffen, mit ihren Kameraden gleiches Schicksal haben werden.

Man hat sogleich Couriers an alle Orte des Reiches geschickt, um diese Veränderung bekannt und die Unterthanen pflichtig zu machen. Auch ausserhalb an die drei commandirenden Generals Soltikow, Rumanzow und Tschernischew sind dergleichen abgefertigt worden, mit dem Befehl, die unter ihrem Commando befindlichen Truppen in Eid und Pflicht zu nehmen. Ausserdem aber ist dem ersten befohlen worden, ein wachsames Auge auf Preussen zu haben, dem zweiten das Commando über das Corps in Pommern niederzulegen und dem General Panin zu übergeben, dem dritten aber nicht weiter an die Conjunction mit Preussen zu gedenken, sondern ohnverzüglich mit seinem Corps zurück zu marschiren und weiteren Befehl zu gewärtigen. Die zu Anfang voriger Woche von hier ausmarschirten Truppen haben gleichfalls Ordre erhalten Halt zu machen.

Aus allen diesen Befehlen, aus demjenigen, was Ihro Kaiserliche Majestät in Dero Manifest, wovon ich auch ein russisches Exemplar hier beilege, wegen des mit Preussen geschlossenen Friedens geäussert, und was die auf Dero Befeh denen fremden Ministern zugestellte Note besaget, mir auch überdies sonst von denen Sentiments dieser Monarchin von jeher bekannt ist, lässt sich mit vollkommensten Grunde die Hoffnung machen, dass die Sachen in Ansehung des politischen Interesses dieses Reiches, wo nicht gänzlich auf den alten Fuss kommen, doch allemal sich so günstig abändern werden, dass der König von Preussen von hier aus keine Hülfe, die alten natürlichen Alliirten Russlands aber und mithin auch unser Hof alle Arten von Unterstützung, gewiss aber nichts Feindseliges, noch diejenigen degouts zu erwarten haben, denen sie bishero ausgesetzet gewesen sind.

Die Kaiserin ist eine Dame, die die Natur mit herrlichen Gaben, mit vielem Verstände und mit einem guten Herzen versehen hat, die einfolglich den Vortheil ihres Reiches nicht misskennen, Ihro und desselben Gloire nie vergessen und allzeit geneigt sein wird zu helfen, wo sie nur kann. Mit einer solchen Prinzessen kann man Alles hoffen und dagegen nichts Widriges befürchten.

Um auf die Umstände dieser grossen Begebenheit zurückzukommen, so ist ausser dem allgemeinen Missvergnügen der erste Ursprung und Anfang davon in der üblen Intention des gewesenen Kaisers zu suchen, sich seine Gemahlin und Sohn vom Halse zu schaffen, und wie durchgängig versichert wird, ums Leben bringen zu lassen. Wider diese Intention hatten sich Ihro Majestät die Kaiserin nicht anders in Sicherheit zu setzen gewusst, als dass Sie verschiedene Officiers der Ismailowschen Garde sich attachiret gehabt, welches aber freilich nicht so heimlich geschehen können, dass der gewesene Kaiser nicht etwas davon hätte erfahren sollen, und in der That war in der Nacht vom 8. zum 9. Julii ein Officier Namens Passikow auf Befehl des Kaisers schon arretiret worden, den man darüber mit der Schärfe zu befragen Willens war; sobald aber die der Kaiserin ergebenen Officiers und besonders einer, Namens Orlow, davon Nachricht erhielt, begab sich dieser mit der Prinzessin Daschkow (deren Gemahl nach Constantinopel gegangen), welcher sich die Kaiserin bedienet hatte, um obige Officiers in ihr Interesse zu ziehen, in grösster Eile nach Peterhoff, weckte die Kaiserin, die noch schlief, auf, und brachten Sie halb angezogen in einem schlechfen Wagen gegen 9 Uhr des Morgens gerade zu gedachtem Ismailowschen Regimente, allwo die Officiers und Soldaten Sie umringten, ihr alle Treue zusagten und nach Ankunft des Regimentspopen mit dem Crucifix huldigten, auch sodann den obbeschriebenen Zug nach dem Schlosse unternahmen. Sobald nun solchergestalt der Anfang gemacht war, ging es wie mit einem Schneeballon, den man fortrollete, denn ehe die Kaiserin von denen Kasernen des Regiments bis ans Palais kam, stiessen unterwegens bei der Kasanischen Kirche, in welcher Ihro Kaiserlichen Majestät ein kurzes Gebet verrichtet, fast alle anderen Regimenter durch verschiedene Gassen zu Ihr und gaben durch ihre Gegenwart der Unternehmung denjenigen Nachdruck, der sie immanquable machte. Nur ein einziger Officier von gedachtem Regimente, Namens Schepelow und ein Major vom Preobraschenskischen Regimente, Namens Woyekow, haben sich widersetzet, sind aber von ihren eigenen Soldaten arretiret worden.

Sobald der gewesene Kaiser die Flucht seiner Gemahlin aus Peterhoff, wohin er erst gegen Mittag kam, um allda zu

speisen, vernommen und wohl geschlossen hatte, worauf es angesehen sey, schickte er von gedachtem Peterhoff den Kanzler, Herrn Woronzow herein, um die Unruhe zu stillen, allein er musste der neuen Kaiserin, wie alle anderen huldigen, welches er auch gethan, aber doch allemal auf so eine Art, dass man nicht allerdings mit ihm zufrieden zu sein scheinet, wie er denn auch zwei Capitains zur Wache bei sich hat, die ihm jedoch nicht erwehren aus und sogar nach Hof zu gehen. Er unterschreibt auch bis dato noch alle Expeditiones. Es ist aber schwerlich zu vermuthen, dass er à la tête des Ministerii bleiben wird, wie denn auch schon nach dem Grosskanzler Bestuscheft geschickt worden, der aber die Kräfte des Geistes fast gänzlich verloren haben soll.

Ausser der Prinzessin Daschkow und dem obengenannten Officier Orlow und seinem Bruder, haben der Oberhofmeister Panin und die Kammerherren Graf Stronganoff und Teplow um das Geheimniss gewusst, der Hetmann und alle übrigen aber haben hernach willigst dazu beigetragen, besonders aber hat sich der Oberhofmeister Panin signalisiret und die Kaiserin auf der Expedition nach Oranienbaum begleitet und die meisten dispositiones gemacht.

In was vor grossen Aengsten man aber zu Oranienbaum gewesen sein müsse, lässt sich leicht erachten. Man hat bald diesen bald jenen Vorschlag zur Vertheidigung oder Rettung gethan, allein man ist immer darauf gefallen, sich nach Kronstadt zu retiriren, welches aber nach meiner geringen Einsicht von einem ^so grossen Liebhaber des Militairwesens, als der entsetzte Kaiser sein wollte, nicht militärisch gedacht noch gehandelt war. Inzwischen hatte er sich mit denen meisten Frauen, die bei ihm waren, und namentlich der Kanzlerin, Gräfin Woronzow, der Kammerfräulein gleichen Namens, der Gräfin Strogonow, der Gräfin Bruce, der Obermarschallin Naryschkin, der Fürstin Galliczin, zweier Prinzessinen von Holstein-Beck etc. wirklich in der Nacht vom 9 — 10 Juli embarquiret, war aber in Kronstadt nicht eingelassen worden, vielmehr hatte man gedrohet auf die Galeere zu feuern, wenn sie sich nicht entfernen würden. Er kehrte also zurück, stieg wieder ans Land und musste sich auf obbesagte Weise ergeben, zumal nachdem seine holsteinischen Truppen von denen

Husaren der Kaiserin sogleich auseinandergejagt worden, wobei es jedoch ohne Blutvergiessen abgegangen sein soll.

Neben dieser ernsthaftesten Scene ist dieses wohl die lustigste, dass alle diese Frauen bei dem Kaiser waren zu der Zeit da die Männer der Kaiserin mit Rath und That an die Hand gingen, um Sie auf den Thron zu bringen und zu befestigen. Der Graf Bruce hat das Semenowsche Garde Regiment selbst angeführt und ebenso hat der Hetman mit dem Ismailowscben gethan, obwohl ihre beiderseitige Gemahlinnen zu Oranienbaum und mithin in der Gewalt des abgesetzten Kaisers waren.

Dieser unglückliche Prinz ist zu Peterhof in eben dem Pavillon in Verwahrung genommen worden, wo Ihro Königliche Hoheit der Herzog von Kurland zwei Sommer hintereinander logirt haben.

Unter denen arretirten holsteinischen Officiers befindet sich auch der Oberst Gyllerski.

Es sind auch von denen hiesigen Eingeborenen verschiedene arretiret worden. Vornehmlich der Vater der Prinzessin Daschkow und der gewesenen Kammerfräulein, nächst dem der Stallmeister Naryschkin, der Etatsrath Wolkow und etliche andere. Hingegen sind der Oberhofmeister Panin, der General Korff und der Vicekanzler Galliczin zu Senateurs ernennet worden. Der Graf StrogonofT ist Generaladjutant Ihro Kaiserlichen Majestät worden.

Nachdem Ihro Kaiserliche Majestät solchergestalt die ganze Expedition glücklich zu Stande gebracht und die Nacht vom lo'^" zum 11*^" in dem Landhause des Prinzen Kurakin am Peterhofe Wege passiret haben, sind Sie gestern Vormittags mit sämmtlichen Truppen und der Artillerie hier in der Residenz uuter Läutung aller Glocken und Abfeuerung der Kanonen von der Festung und Admiralität unter Tausend Segenswünschen von den getreuen und wahrhaftig affectionirten Unterthanen Gottlob bei höchstem Wohlsein wieder eingetroffen und haben Dero Sommerpalais bezogen. Ehe Sie sich aber dahin erhoben, haben Sie in der am Wege liegenden Admiralitaetskirche Ihre dévotion verrichtet, wo Dero und der höchstseeligen Kaiserin gewesener Beichtvater den Gottesdienst gehalten hat.

Ihro Kaiserliche Majestät haben die ganze Expedition in

Cavalierskleidem zu Pferde verrichtet, auch Dero Einzug in die Residenz also gehalten und die Prinzessin Daschkow und der Generaladjutant Graf Strogonow sind vor ihr hergeritten, und der Herr von Orlow ist Ihr nicht von der Seite gekommen.

An alle freundschaftliche Höfe sind bereits Couriers abgefertiget und dieses événement gehörig notificiret worden.

Petersburg, den 12 Julii 17621).

Vor Abgang meiner Depesche bringe ich noch einige wesentliche Neuigkeiten in Erfahrung.

Der Kaiser hat sich müssen gefallen lassen, eine renunciation auf den hiesigen Thron und Reich zu unterschreiben, die er Peter, Herzog von Holstein, unterzeichnet. Der Vicekanzler Prinz Galliczin ist der Ueberbringer dieser renunciation gewesen.

Ihro Kaiserliche Majestät haben gedachten Vicekanzler gestern Nachmittags zu dem Ambassadeur Grafen Mercy geschickt und ihn versichern lassen, dass Sie standhaft bei dem alten Systeme der höchstseeligen Kaiserin Elisabeth verbleiben würde, obwohl freilich man itzo sogleich wegen der näheren Umstände noch nicht conveniren könnte, da zur Zeit noch nichts debrouilliret sei. Inzwischen empfinde man itzo mehr als jemals die Nothwendigkeit der Macht des Königs von Preussen engere Grenzen zu setzen, man hoffe aber auch, dass ein Jeder der Alliirten proportionirte efforts thun werde, um zu solchem Zwecke zu gelangen.

Der Graf Tchernischew hat ordre erhalten, sich mit seinem Corps dergestalt zu postiren, dass wenn ihn der König von Preussen verhindern wollte zurück zu marschiren er sich auf die oesterreichische Seite werfen könnte und der Ambassadeur

1) Дрезд. Архивъ, vol. VII, P. S. ad № 56.

Graf Mercy ist ersuchet worden, seinen Hof und den Feldmarschall Daun darüber zu praeveniren.

St.-Petersburg, den 10 August 17621).

Gleichwie die beständigen Unterredungen des Grafen von Kayserlingk mit dem Herzoge Biron mir zuerst einigen Verdacht wegen gewisser geheimer Connexionen und etwaigen Absichten gegeban hatten, und ich darauf angefangen deshalb nähere Erkundigung einzuziehen, also habe mit grösster Befremdung schon vor etlichen Tagen so viel erfahren, dass Biron sich fertig mache mit seiner Familie nach Kurland abzureisen, woselbst ihm die sogenannte Allodialgüter abgegeben werden sollten. Kurz darauf erfuhr ich, dass er sogar in sein ehemaliges Herzogthum retabliret werden sollte, und dass ihn der hiesige Hof darunter unterstützen wolle.

Ich habe dahero keine Zeit verloren, mich desfalls an das hiesige Ministerium, das mir vor kurzem das Gegentheil so positiv versichert, zu wenden, welches denn auch die Sache nicht in Abrede gewesen, vielmehr mir allerdings gesagt, dass der Kaiserin Intention dahin ginge, dem Biron seine Güter wiederzugeben und ihn nach Kurland reisen zu lassen.

Auf mein Vorstellen, dass solches zu allerhand unangenehmen Weiterungen und in Kurland selbst zu Thätlichkeiten Anlass geben könnte und dass, wenn man ja vor den Biron sorgen wollte, es am besten wäre, wenn die beiden Höfe dessen Schicksal bestimmen und ihm ein anständiges Etablissement ausmachen sollten, wozu Ihro Königliche Majestät Sich von jeher erboten hätten und ohnfehlbar noch geneigt sein würden^ erhielt ich zur Antwort: dass desfalls an Ihro Königliche Majestät und die Republik Polen das Nöthige communiciret werden würde. Und als ich ferner vorstellte, dass hoffentlich doch der

1) Дрезд. Архива, vol. VII, P. S. ad № 66.

hiesige Hof sein eigenes Werk nicht werde vernichten, oder dem Biron gar hülfreiche Hand leisten wollen, wurde mir erwidert: die ehemaligen Staatsraisons existirten nicht mehr, und wenn man ihn retabliren wollte, müsste mau ihn freilich souteniren und würde man darüber wie gesagt das Nöthige an den polnischen Hof gelangen lassen. Ob ich nun wohl vor der Hand darauf bestanden, dass man doch wenigstens Biron nicht abreisen und der Sache die Zeit lassen sollte, dass die beiden Höfe sich darüber einverständen, so habe ich doch deshalb weiter keine andere Vertröstung bekommen, als man wolle es Ihro Kaiserlichen Majestät unterlagen.

Inzwischen habe ich meine Erkundigungen fortgesetzet und erfahren, dass wirklich schon an einer Déclaration vor Ihro Königlichen Majestät und die Republik Polen zum faveur des Herzogs Biron gearbeitet werde. Dass dieser letzte um zwei Bataillons Truppen angehalten, um sich in Kurland festzusetzen, dass fast ganz Kurland, bis auf drei Kirchspiele sich vor ihn erkläret hätte und dass der Graf Woronzow und der Graf Kayserlingk die Sache möglichst poussirten und hauptsächlich Ursache wären, dass Ihro Kaiserliche Majestät Ihre erste billige und grossmüthige EntSchliessungen in dieser Sache abgeändert hätten. Die gethane Renunciation will Biron nun ganz ableugnen oder höchstens als gezwungen ausgeben und mit einem Worte: die Sache ist so gut als geschlossen und es heisst, dass Biron noch diese Woche abgehen werde.

Petersburg, den 17 August 17621).

Postscriptum i™"""

Vor Schluss dieses erfahre ich, dass vorgestern in der kur-

ländischen Sache der endliche Schluss gefasst worden, dem

Herzog Biron die Allodialgüter einzuräumen und ihn vorerst

nach Riga zu schicken, von wannen er solche disponiren und

1) Дрезд. Архива, vol. VII, P. S. ad № 67.

in Besitz nehmen lassen könnte. Zu gleicher Zeit sollen an Ihro Königlichen Majestät die ersten Anträge zu seiner vöUigen Restitution ergangen sein. Wenigstens hat sich Biron selbst damit berühmet und versichert, dass Ihro Kaiserliche Majestät ihm versprochen, dazu die gehörigen Massregeln zu ergreifen, hat auch von verschiedenen Personen die Gratulationes dazu angenommen, und die Veranstaltungen zu seiner Abreise werden in seinem Hause wieder vor die Hand genommen.

Gestern Abends hat sich der junge Kayserlingk in einer Gesellschaft mit freudigster Erzhälung dieses Vorgangs öffentlich berühmet, dass sein Vater so glückHch gewesen, dem Herzog Biron hierbei grosse Dienste zu erweisen, dass er jederzeit davor gehalten, dass die Anstellung Ihro Königlichen Hoheit zum Herzog von Kurland unrechtmässig sei und nicht von dauer sein könnte.

Moskau, den 6 Noxember 17622).

Obwohl die Krönung glücklich und ohne allen Tumult vorbei gegangen, so hat man doch unter dem Volke und besonders auch unter der Miliz Gährung und bei denen Vornehmen ein Missvergnügen merken können, welches sich durchgängig durch ein ausgelassenes und freies Reden geäussert und wovon jedermann den Ausbruch befürchtete. Man hat solches bei Hofe ganz gut gewusst und ist oft in délibération gewesen, um die Mittel ausfindig zu machen und zu bestimmen, die diesem Uebel entgegenzusetzen wären, und da man wahrgenommen, dass die Gute die die Missvergnügten nur kühner macht, hat man endlich Gewalt gebraucht und in der Nacht vom 15 zum 16 October eine gute Anzahl Officiers, Unterofficiers und Gemeine von denen verschiedenen Garderegimentern arretiren lassen, wenige davon mit der Knute, andere aber mit gelinderen Strafen beleget, auch andre ins Exilium geschickt und verschiedene wieder auf freien Fuss gelassen.

2) Дрезд. Архива, vol. VII, P. S. ad № 89.

Seit der Zeit ist es zwar etwas stiller, aber der Soldat ist noch immer sehr ausgelassen und das Volk frei im Reden dergestalt, dass das Uebel mehr unterdrückt als ausgerottet sein mag. Es scheint aber nicht, dass man bei Hofe viel darauf achte und die Kaiserin selbst bezeuget eine so gute und fière contenance, dass Sie zur Zeit noch allen imponiret.

Bei der Gelegenheit ist die unter der vorigen Regierung abgefasste geheime Inquisition in gewisser Masse wieder retabliret worden. Sollte der Grossfüsrt gestorber sein oder noch sterben, denn er ist sehr schwächlicher Gesundheit, so wurden ganz gewiss diese Gefährlichkeiten vermehrt worden sein, dermalen aber hat es sich merklich mit ihm gebessert und man hofft, dass er bald gänzlich wieder restituirt sein soll.

Zu Petersburg sind auch allerhand der gleichen gefährliche Bewegungen zu verspüren gewesen.

Moskau, den 24 Martü 17631).

Die Kaiserin scheinet die jetzige Fastenzeit mehrentheils zu besserer Einrichtung der innerlichen Landesangelegenheiten gewidmet zu haben. Tagtäglich versammelt sich der Senat und die verschiedenen Commissiones und öfters ist die Kaiserin in Person dabei gegenwärtig. Es werden starke Untersuchungen wegen verschiedenen besonders in Sibirien eingerissenen und unter der vorigen Regierung favorisirten Missbräuche angestellet, die hauptsächlich dem Generalprocureur Glebow zur Last fallen.

') Дрвзд. Архивъ, vol. VIII, P. S. ae № 14.

à St.-Pétersbourg, ce 20 Avril 17641).

J'ai aujourd'hui l'honneur d'envoyer à Votre Excellence la ci-jointe Ukase, que Sa Majesté Impériale a fait publier et en vertu de laquelle la nature de la régie des biens ecclésiastiques change du tout en tout. C'est assurément un grand ouvrage, achevé en peu de tems et avec un succès aussi complet qu'avec un applaudissement universel. Il est destiné à l'entretien du haut et bas clergé de l'empire six sent mille Roubles par an et trois cent mille à l'établissement et au soutien des écoles et séminaires, qu'on va fonder dans les différentes provinces de ce vaste empire.

La couronne gagne par cette espèce de sécularisation des biens de l'église en fonds de terre après tous les rabais plus d'onze cent mille Roubles par an et le clergé étant mis à présent dans la liste des pensionnaires, est réduit en quelque façon à une dépendance aveugle de la volonté du souverain de Russie, qui, par l'arrangement, qu'on vient de prendre, peut faire retarder le payement de leurs appointements selon son bon plaisir et l'obliger par-là d'une manière indirecte de passer par-là, où il le juge à propos.

Sa Majesté Impériale à secoué ainsi un joug, qui a souvent posé à ses antécesseurs à l'empire. Les clairvoyans de la nation n'en sont pas trop réjouis parce que les souverains de Russie, n'étant pas bornée dans leur pouvoir par aucune loi fondamentale de l'état et leur volonté journalière étant l'arbitre suprême du sort du tout et d'un chacun en particulier ont été jusqu'à présent souvent retenus dans l'exercice de leurs résolutions arbitraires par la considération, l'influence et les richesses, dont la hiérarchie jouissoit dans l'empire et qui, vu son empressement connu à se mêler du tout, mettoit par con-

1) Дрезд. Архива, vol. I, № 32.

томъ II. 44

séquent une sorte de frein à leur despotisme. Mais à présent le clergé, étant rangé parmi ceux qui reçoivent du pain des mains des souverains, sera obligé pour avoir de quoi vivre de chanter comme les souverains le voudront. Il n'y a pour la suite des tems plus aucune barrière qui pût les retenir ou les forcer à user de modération.

Les clairvoyans de la nation, dis-je, en appréhendent les suites. Ils auroient souhaité que la liberté civile et polititique eût été bien définie et fixée, avant qu'on en fût venu à dépouiller les prêtres de leurs richesses et à les contraindre parlà à n'en point abuser et qu'alors cet arrangement n'eût pu qu'être salutaire et utile.

On assure, que la couronne gagnera en peu d'années le double ou le triple de la somme, qu'elle reçoit à présent des biens jadis appartenants à l'église par la bonne économie qu'on se propose d'y introduire.

Je suis etc.

le Comte de Sacken.

à St.-Pétersbourg, le 26 Juin 1764 i).

Monsieur le conseiller de la cour Odart vient dans le moment m'annoncer son départ fixé à ce soir à neuf ou dix heures. Il m'a dit, qu'il passeroit par Dresde et qu'il auroit l'honneur de vous faire sa cour.

Je l'ai prié de vous faire un tableau au naturel. Monseigneur, de la situation singulière de cette cour ici et de ses dispositions peu favorables, à notre égard et surtout à celui de nos alliées. Comme il part d'ici outré et aigri en possible, il le chargera un peu, mais Votre Excellence démêlera aisément avec ses grandes lumières le vrai et l'essentiel. Quoique il

1) Дрезд. Архивъ, vol. I, P. S. ad № 82.

paroisse très porté pour nous, il est pourtant bon d'être sur ses gardes avec un homme du caractère de M-r Odart, auquel Votre Excellence, j'ose m'en tenir assuré, fera un accueil gracieux et qui put le flatter.

On ignore s'il reviendra ou non. Il n'aime ni M-r Panin, ni M-me Daschkow et méprise presque toute la nation Russe.

Je suis etc.

Бумаги, OTHOCfliuiflCfl къ воцарен'1Ю Екатерины II.

(Госуд. Архивъ, III, 12).

Милостивой Государь мой Никита 1вановичъ. Присемъ 1съ приложенного, которое орегинально прилагаетца, усмотреть 1зволите, но оные не rfe, которые арестованы, но видъ подателя сего принадл-Ьжитъ до того, которой въ мундире въ Раниэнбоумъ уехалъ, какие принадлежитъ въ томъ предприять предосторожности.

(Архива Сената, т. XIV, л. 37).

Extrait d'une lettre de Pétersbourg, du 2 (13) Juillet.

(Дрезд. Архивъ, vol. VII, ad № 58).

Le 9, la veille du St. Pierre, à neuf heures du matin l'Empereur commanda encore lui-même la parade des troupes de Holstein. A dix heures précis II partit d'Oranienbaum accompagné de six carosses. Dans son carosse la Freile et Goudowicz, dans les autres la grande-chancellière, la Hettmanne, la comtesse Brusse, la princesse de Holstein veuve, la Stroganoff

et plusieurs autres Dames. A moitié du chemin d'Oranienbaum à Péterhof, un du parti de l'Impératrice vient de la trahir, pour l'avertir de ce qui se passoit à Pétersbourg. Il expédia tout de suite deux de ses favoris avec des ordres, mais ils furent arrêtés. Il se rendit à Péterhof dans l'apartement de l'Impératrice où il ne trouve que les bijoux et l'habit de galla pour le lendemain. Il demanda où elle étoit, le valet de chambre lui dit, qu'il la croyoit au jardin. Il le parcourût en forcené, mais elle étoit déjà partie la nuit pour Pétersbourg avec un des trois frères OrlofF, la soeur de la Freile, la princesse Daszkow, qui a tout fait et avoit accompagnée l'Impératrice, et elles étoient habillées toutes deux en uniforme d'homme. Le peuple pleuroit de joye. Outre les troupes, il y avoit encore 20,000 hommes de populace armés de bâtons, criant ,,Vive notre chère Mère" !

Le dessein de l'Empereur étoit de faire couper les cheveux à l'Impératrice le lendemain et mettre la favorite sur le throne. L'on assure même qu'il l'avoit épousé après avoir changé la religion; que tous les Russes y auroient été forcés et l'Impératrice avec le Grand-Duc envoyée en Sybérie.

Le public même assure, qu'il avoit promis aux dames de les remarier à leurs amans.

En le conduisant il n'y a sorte d'infamies que le peuple ne lui ait dit, et sans la forte escorte qui le gardoit, on l'auroit mis en pièce.

L'Empereur ayant vu que les affaires étoient trop embrouillées pour y remédier, embarqua dans une galère avec tous ses amis faux ou vrais pour Cronstadt. La garnison le voyant approcher, demanda qui vive. — Pierre III. — Nous ne connaissons d'autres Maîtres que Catherine II et si vous ne vous retirez l'on va vous couler à fond. Il prit parti de rebrousser chemin à Oranienbaum.

Il était 4 heures du matin lorsque je le vis venir par le jardin. La favorite conduite par Lof Alexandriz^), avoit un manteau rouge et un mouchoir autour de la tête, toute en pleurs. L'Empereur la suivit avec 4 autres à pied, toute la trouppe pleurant, prit le chemin du palais.

Il écrit une lettre fort soumise à l'Impératrice pour lui demander la vie pour lui, sa belle et deux favorits.

Le lendemain il fuf conduit avec la Freile et Goudowitz à Péterhof ou se trouvoit l'Impératrice avec i6 à 20,000 hommes. L'on ignore si Elle lui a parlé, mais il est constant, qu'il a signé tout ce que l'on a voulu.

De là il fut transféré à la forteresse de Pétersbourg.

Le prince George, qui a voulu s'opposer, a été assez mal traité par les soldats, mais on n'a rien fait au prince de Beck, qui va à la Cour, mais partira bientôt; mais pour le prince George il est toujours arrêté et Dieu sait quel sera son sort.

Sa Majesté a fait grâce aux Nariskin, mais on ignore la destiné des arrêtés dont le nombre est grand.

L'on est occupé a faire le procès à l'Empereur, l'on ne sait pas encore quel en sera le résultat.

Toutes les troupes de Holstein ont été désarmées. Les officiers vont être renvoyés à Holstein à ce que l'on dit.

La princesse Daszkoflf qui a conduit toutte l'afFaire a reçu le cordon de St. Catherine, qui a été arraché à sa soeur, de même que le portrait de feu l'impératrice. La grande-charicellière a rendu son cordon, qui lui a été rendu par Sa Majesté.

Достоинъ двоякаго При его высокопревосходительств'Ь noBbimeHiHHFOÄOBaro HsaH-fe ЛукьяновичЪ Талызин-Ь былъ оклада жалованья. да адъютанта лейтенантъ Андрей Елец-

За дежуръ- Maiopa былъ при мн-Ь флота лейтенантъ Каняевъ, который при томъ случа'Ь во вс^хъ повел'Ьн1яхъ поступалъ съ крайнею ревнос-

^) Списокъ наградъ былъ поднесенъ императрица военного коллег1ею; по yтвepждeнiи представлешя, военная коллепя послала высочайш1й указъ ,,на особливое правительствующаго сената раз- CMOTp-fenie", такъ какъ коллег1я недоум-Ьвала ,,во сколько в-Ьсомъ медали д-Ьлать".

KpecTHH-fe Ивановн-Ь и Mapb-fe Ивановн-Ь Ваши поклоны обьявилъ, и Марья Ивановна сама ихъ прочитала, о чемъ много за то благодарили i вамъ премножество поклоновъ съ некоторыми поцалуями посылаютъ; Лангъ^) и Шульцъ^) кланяются и также благодарятъ, да i Bcfe нашей артели кляняются вамъ i за ваше напоминание благодарятъ. Иванъ Яковлевичъ благодаритъ же за письмо, только ты Въ его письмЬ не то пишешъ, что ко MH'fe — почему такъ? Я не надеюсь, чтобъ и это мое письмо тебя въ деревн'Ь застало, ты убираешся скоро въ Москву.

Здесь мы Bcfe, кои отъ тебя остались, въ добромъ здоровьи находимся, и все почти также по прежнему: я

Какъ уже всемъ известно было, что бывшаго Императора правление было съ немалымъ нерадениемъ всего нащего отечества, а старался вкоренить совсемъ иное не съ доброю экономиею, ниже съ любовию нашей нацш не сходное, наконецъ почти явно пренебрегалъ нашу B-fepy и церковныя предан1я. Отъездъ его въ Оран1енбаумъ къ тому не малою уже притчиною былъ; ибо онъ, какъ ска- , зываютъ, имеющуюся тамо нашу церковь сд-Ьлалъ тевтон- V скою, и не задолго прежь его низвержениемъ съ нНЬкоторыми къ той B-fep-fe прпступилъ, въ которомъ числ-Ь, говорятъ, Лизавета*) была, Мельгуновъ и Гудовичъ. Также слышно было будто онъ намеренъ былъ действительно жениться на Лизавет-Ь, а друг1е болтаютъ, что уже по '^"^тевтонски совершено было, къ чему не малое подозрение подало то, что ей уже въ OpanieHÖayM'fe знамена приклоняли. Съ нынешнею же нашею всемилостивейшею Монархиней намеренъ былъ самое пребеззаконное д45ло учинить, а имянно заколоть, — къ чему будто уже Гудовичъ, а потомъ Мельгуновъ и подосланы были, которые, за день предъ тою переменою, и действительно одинъ посл'Ь

Но это было только 28-го числа весьма рано поутру: пр1'11халъ Орловъ и Государиню увезъ въ чужомъ экипаже въ Петербургъ, и прямо въ Измайловсюй полкъ, гд'Ь приведши вс^Ьхъ офицеровъ къ присяга, пошли со всемъ полкомъ ко Дворцу и следуя изволила у Вознесенья молебенъ слушать, а у Казанской об'Ьдню. Между т^Ьмъ, Bcfe Гвард1и полки собрались, потомъ, съ превеликимъ кричаниемъ ура, и в&к присягу учинили. Такъ удивительно что ни одинъ ни какой противности не показалъ — Bcfe будто давно сговорившись были.

При семъ случа-Ь надобно про себя сказать : это д'Ьлалось здесь въ Петербурга, въ i-мъ часу — тревога преужасная происходила, сижу въ моей коморк'Ь, убираю волосы и ничего не знаю; а вдругъ од'Ьвшись уже совсемъ, вышелъ я на дворъ — спрашиваю : съехалъ ли уже Генералъ? — сказываютъ MH-fe, лишь въ cie мновен1е нашего Генерала арестовали; — примени ceö-fe, что было мн-Ь думать? — вдругъ вижу принца Жоржа*) со всЬмъ его штатомъ у насъ, и пехотной гвард1и караулъ у нашихъ дверей: потомъ и множество конной гвардш приехали и взяли принца со вci5мъ его штатомъ. Сей принцъ, услыша необычайный шумъ, пр1ехалъ къ нашему генералу и спрашиваетъ Корфа: Was ist das? — тотъ съ удивлен1емъ отв'Ьтствуетъ : Ich weiss nichts. Въ самое это время гвардiи офицеръ съ командою пришелъ и взялъ нашего Генерала; его было приказано честнымъ образомъ во Дворецъ позвать, а въ случае бы противности употребить принуждение, а офицеръ, дуракъ, безъ всякой притчины и шпагу снялъ, да и во Дворецъ такъ привезъ, однакожъ Государиня тотъ-часъ ему шпагу отдала, и онъ при ней во все

время находился, а въ вечеру и Сенаторомъ пожалованъ. И такъ какъ я с1ю перемену услышалъ, причудное MH-fe въ голову вступило, я тотъ-часъ сталъ спрашивать, прибранъ ли уже хоть, то есть бывшш-этъ — сказали: онъде и незнаетъ, въ Оран1енбаум']Ь, тутъ-то было чего думать; представь себ'Ь какихъ следств1й отъ такого случая надобно ожидать, — однимъ словомъ въ превеликомъ я cTpax-fe былъ и находился безотлучно въ своей камор-Ь, куда и Иванъ Яковлевичъ ко мн-Ь приходилъ, и мы оба въ глубочайшее разсуждеше вступили. Причина нашего сиденья въ моей камор-Ь была та что весь нашъ домъ обступленъ былъ рейтарами, по причин-Ь бытности у насъ Принца Жоржа, и знаешъ какъ при семъ случа'Ь подлость наша поступаютъ, что стали было и обиды въ домето делать, однакожъ все cie миновалось сверхъ нашего чаяшя наиблагополучнейшею тишиною.

Какъ здесь cie знатное д'Ьло происходило, накануне бывш1й Императоръ былъ подгулявши и спалъ въ тотъ день до 11-ти часовъ, туда уже и в-Ьсти пришли; сказываютъ, ему, что Государыни въ Петергофе нетъ, и докладываютъ, объ этой перемене, онъ самъ пo'fexaлъ въ Петергофъ, и какъ ее не нашелъ, и между т-Ьмъ ему и обстоятельно докладываютъ, то тотчасъ онъ бросился въ Оран1енбаумъ и разставя везд'Ь въ порядокъ къ оборонтЬ своихъ Голштинцевъ, самъ сЬлъ съ Лизаветою и со всеми его приближенными, также очень много было господъ и дамъ знатныхъ, — со всЬми сЬлъ на галеру и поЪхалъ въ Кронштадтъ, куда подъ'Ьхавъ, окликаютъ его: что за люди? ответствуютъ солдаты: чьи? — Петра третьяго. Н'Ьтъ у насъ Императора! у насъ Императрица Екатерина АлекcfeeBHa. Въ Кронштадтъ былъ посланъ Вице-Адмиралъ Талызинъ и онъ уже тамо обнародовалъ, а посланнаго прежде изъ Оран1енбаума Генерала графа Дев1ера, для укреплен1я сего города, арестовалъ, и такъ уже Кронштадтъ нашъ сталъ. Какъ онъ эти в-Ьсти услышалъ, сталъ кричать: такъ вы свою присягу соблюдаете! — Однако тамо ему отказываютъ: отваливай прочь, или станемъ ядрами стрелять ; онъ, въ превеликой горести будучи, возвратился въ Петергофъ, и тутъ уже совсемъ унылъ,

Онъ былъ взятъ и отвезенъ въ Ропшу, гдтЬ Дворецъ построенъ, въ ^о верстахъ отъ Санктпетербурга ; тамъ онъ находился 7 дней, въ восьмой скончался, и сказываютъ безъ всего, ибо при конц-Ь его жизни представляли ему, чтобы призвать духовника, а онъ сказалъ я всякаго лучше попа, и такъ скончался безъ покаяния. Привезенъ былъ въ Невскш монастырь и положенъ въ rpo6'fe обитомъ малиновымъ бархатомъ съ серебромъ. Весь городъ ходилъ прощаться три дни, нашъ тоже былъ на погребении вчера, народу болшое множество было. Государыни неможелось отъ грустныхъ обстоятельствъ разныхъ и на похоронахъ присудствовать не 1зволила. Сказываютъ старый графъ') плакалъ какъ прощался.

Прем1еръ - ма1оръ и бывшей Лейбъ компа- Hin капралъ Григор1й Бутлеровъ.

Наградя чиномъ секундъ-Maiopa и, по его желан1ю, не соизволитель указать опред^Ьлить въ Володим1ръ къ подушному сбору.

Ceкyндъ-мaiopoмъ же и, по его прежнему желан1ю, къ д'Ьламъ.

Въ Калугу полищймейстеромъ, съ награждешемъ секундъ-Maiopскаго ранга.

Капитаномъ при прежнемъ м-Ьс- T-fe, въ команд-Ь бригадира Суворова.

Въ Правительствующ1й Сенатъ отъ генералъ-поручика, сенатора, лейбъ-гвард1и преображенскаго полка премьеръ- Maiopa и кавалера Суворова.

томъ II. 45

Сего 1юля 7'ГО Дня Ея Императорское Величество всеми юстив'Ьйшая Государыня всевысочайше указать соизволила: бывшихъ въ Голстинской службтЬ военныхъ служителей, арестованныхъ въ OpaHieHÔayM-fe, малороссшской, лифляндской, эстляндской, финской нацш и т-Ьхъ, кои въ Poccin родились, генералитета, штабъ и оберъофицеровъ отослать въ военную коллепю, тдгк имъ всЬмъ дать паспорты ; унтеръ-офицеровъ, солдатъ и друпе нижн1е чины отослать: великоросс1йскихъ, положенныхъ въ подушный окладъ, въ зд'Ьшнюю губернскую канцеляр1ю, гд'Ь разсмотря разослать и роздать въ Tis м'Ьста, куда это по указамъ принадлежитъ; малоросс1янъ же къ его с1ятельству, господину генералъ. фельдмаршалу и кавалеру графу Кириллу Григорьевичу Разумовскому; курляндцевъ, эстляндцевъ и лифляндцевъ въ военную коллепю, конхъ оной разослать въ т'Ь губерн1и, а военныхъ разсмотря разослать и роздать въ T-fe м-Ьста, куда кто принадлежитъ по указамъ; разныхъ нащй разночинцевъ, уроженцевъ петербургской, московской и прочихъ великоросс1йскихъ городовъ протестантскаго и другихъ законовъ (кром'к греческаго) отослать въ зд'Ьшнюю магистратскую контору для разсылки ихъ въ T-fe M'fecTa, къ которымъ они прежде принадлежали, разночинцевъ же росс1йскихъ и воспр1явшихъ в-^ру греческаго испов'Ьдан1я иностранныхъ, кои отъ своихъ господъ увольнительныя письма им'Ьютъ, въ военную коллепю, гд-Ь разсмотря, буде увольнительныя ихъ письма правильныя, всЬхъ написать въ салдаты и flpyrie нижн1е чины и опред'Ьлить въ гарнизоны внутренн1е нен1я, разослать и раздать туда, кто куда по указамъ принадлежитъ.

И во исполнен1е онаго Ея Императорскаго Величества всевысочайшаго указа, показанные бывш1е въ голстинской служб'Ь генералитетъ, штабъ и оберъ-офицеры Bcfe въ военную коллепю, а унтеръ-офицеры и друпе нижн1е чины и рядовые, по разбору мною, малоросс1яне къ его с1ятельству, ясновельможному гетману, генералъфельдмаршалу и кавалеру, графу Кириллу Григорьевичу Разумовскому, а друпе, куда кто до разсмотр'Ьн1я и распо-

pHmenin сл'Ьдуетъ, въ военную коллепю, въ магистратскую контору и въ гз^бернскую канцеляр1ю отосланы, тц-Ъ о нихъ и paacMOTp-fenie чинится. Отправленныхъ же отъ меня изъ Оран1енбаума бывшихъ въ голстинской служб'Ь, также и посл-Ь прибывшихъ въ Кронштадтъ генералитетъ, штабъ, оберъ, унтеръ-офицеры, солдаты и проч1е нижн1е чины, кром'Ь природныхъ подданныхъ, отъ Ея Императорскаго Величества вел'Ьно изъ Кронштадта отпустить въ Голстин1ю съ генераломъ Шильдомъ водою, на партикулярныхъ купеческихъ судахъ, заплатя за провозъ судовщикамъ обыкновенную плату, на что изъ кабинета Ея Императорскаго Величества и денегъ четыре тысячи отпущено и въ Кронштадтъ къ исправляющему комендантскую должность полковнику Щербачову отосланы.

Да 1юля i6 дня Ея Императорское Величество всевысочайше указать соизволила съ находившимися -жъ въ голстинской служб-Ь военно-служащими, кои находятся въ Ревели и Нарв-Ь, учинить противъ вышеписаннаго; и по сил'Ь того всевысочайшаго указа, того-жъ числа въ ревельскую губернскую и въ нарвскую гарнизонную канцеляр1ю письменно предложено, дабы оныя, въ сил'Ь вышеписаннаго всевысочайшаго указа, въ разобран1и и объявленш бывшихъ въ голстинской служб'Ь военныхъ людей благоволили учинить самоскор'Ьйшее разсмотр'Ьн1е , которые д'Ьйствительно принадлежатъ въ подданство Ея Императорскому Величеству, выключая изъ того лифляндцевъ и эстляндцевъ, всЬхъ отправить въ С.-Петербургъ, а лифляндцевъ и эстляндцевъ, не отсылая сюда, разослать и роздать тЬмъ и въ rfe м'Ьста, кому и куда оные по указамъ принадлежатъ, и кто кому и куда отданъ и отправленъ будетъ, сообщить ко мн-Ь; а прочихъ, яко голстинцевъ и иностранныхъ нащй, отпустить всЬхъ въ Голстин1ю на партикулярныхъ купеческихъ судахъ, поруча оныхъ изъ т-^хъ же арестованныхъ старшему офицеру, снабдя паспортами, давъ унтеръ-офицерамъ и рядовымъ на пропитан1е сухарей и крупъ, противъ солдатскихъ дачъ, нед-Ьли на дв-й, а за провозъ оныхъ арестованныхъ заплатить надлежащую плату, безъ передачи, съ росписками.

Того ради, правительствующему сенату, съ прописашемъ выше писанныхъ всевысочайшихъ Ея Императорскаго Величества данныхъ мн-Ь указовъ и по онымъ моего исполнен1я, во nsB-fecTie симъ доношу.

{Госуд. Архива, VI, 350, ч. 4-я ; Архивъ Сената, т. 176, л. 107).

i) Ингерманландскаго n-fexoTnaro полка оберъ-офицеровъ поручика Данилу Власьева произвести въ капитаны, подпоручика Луку Чекина въ поручики, выдавъ имъ заслуженное ихъ жалованье по ихъ окладамъ, считая мая съ 1-го числа 1761 года по мая л(е i число сего 762 года,

3) Астраханскаго п'Ьхотнаго полка солдатъ Филипа Щербакова, Петра АлексЬева, Игнат1я Котыгнна, Филипа Гунина, Семенникова, Степана Кошечкина, Ивана Копыльцова, Захара Петрова, Нестера Гуткова, да ингермонландскаго п-Ьхотнаго полка Р1лью Кочергина, Митрофана Чуняева, Ефима Волкова, Козьму Спутникова, Антропа Трухина, Ефрема Муравьева, Евдокима Балахнина, Ивана B-feсова, Ивана Блохина, Мартына Роскова, Якова Шаламова, Антона Семенова, Сафрона Иванова, и того двадцать два челов-Ька, также отпустить въ в-Ьчную отставку отъ всякой службы и по день отпуска ихъ выдать имъ заслуженное ихъ жалованье, давъ каждому указъ о свободномъ ихъ жит'ш на прежнихъ ихъ жилищахъ и чтобъ ихъ никто ни въ как1я службы не опред'Ьлялъ по смерть ихъ.

И cie все коллепя учинить им-Ьетъ немедленно.

lO.

Вашего превосходительства почтенное писание изъ Подлитовья отъ 5-го сего текз'^щаго сентября чрезъ нарочно отправленнаго куриера измайловскаго полку капрала Косачева сего утра рано им-Ьлъ честь получить, въ которомъ изволите объявлять высочайш'Ье Ея 1мператорскаго величества повел-Ьние объ отыскан1и мн-Ь въ спальной, въ гардеробе и въ казенной бывшаго 1мператора золотой державы, обте зъ гвард1и капитаномъ поручикомъ Семеномъ 1вановичемъ Хвастовымъ и съ камердинеромъ Федоромъ Аврамовымъ, и оныя мною призваны i о той держав1з спрашиваны, на что MH'fe объявлено: отъ господина капитана-порутчика Хвастова : въ находящейся де подъ ево в-Ьдениемъ казенной, державы никакой неим'Ьется, такожъ у камеръдинера Абрамова державы никакой ни прежде сего не бывало ниже теперь неимеетца. Онъ же господинъ Хвастовъ ездилъ къ камеръ геру Вожжинскому, да бывшаго 1мператора къ камеръ динерамъ Евреинову и Турчанинову, у которыхъ подъ сохранениемъ клейноды были, но потомужъ въ ответъ отъ нихъ получилъ, а Турчаниновъ и самъ MH'fe засвиг'Ьтельствовалъ , что подъ своимъ хранениемъ никакой державы не им-Ьли, ни у бывшаго 1мператора не видали, а отъ Вожжинскаго объявлено притомъ, которая де была зделана для коронащи блаженныя памяти Государыни 1мператрицы Елизаветъ Петровны золотая держава изъ оной державы по ея величества повелению после коронащи каменья выломаны, а золото де употреблено въ д-Ьло; а которая была держава при по-

„leauô Неплюево." Сентября 7-го дня

1) Госг/д. Архивъ, VI, 398, л. 5.

И бз^ттобъ Глебовъ былъ ихъ napTin и довольно денеженъ, имеетъ и сколько потребно, такъ онъ ответствуетъ, давать хочетъ и что я Хитровъ уже некоторыхъ офицеровъ приглашалъ ему князю Несвицкому я Хитрово не говорилъ и ни одного офицера не приглашалъ, i о Глебове ничево не упоминалъ.

свицкому, какъ выше о томъ показано, а сверхъ тово ему сказалъ, что Панинъ Государын^Ь говорилъ, естли де это отъ Бестужева, а Ваше Величество этова не ведаете, такъ ево 13вольте отдать на публику, и что Государыня на то промолчала, а такихъ словъ, что на то Государыня ответствовала очень сухо, я Хитровъ ему Ржевскому не говорилъ. Ржевской меня Хитрова спросилъ: въ подписки той именно написанъ Григорей Григорьичъ Орловъ? i на то я ему сказалъ, что iMenno ненаписано, а написано сказываютъ глухо, и ежели еш,е я Хитровъ согласниковъ найду, ктобъ могъ представить Государыни, то я Хитровъ съ ними въ числе i съ нимъ Ржевскимъ придемъ къ Государыни и представимъ ей неудобность того предприятия, а въ протчемъ власть ея. На что Ржевской мн-Ь Хитрову сказалъ: какова мнения тогда объ насъ будетъ Государыня? На то я Хитровъ ему ответствовалъ, что я не думаю, чтобъ мы чрезъ то Государыню прогневали, А сверхъ тово я Хитровъ осведомитца отъ Панина о сущей правде тово дела хотелъ i тогда я ему Ржевскому сказалъ, что я Хитровъ слышалъ, что Захаръ Чернышевъ противной же стороны этова предприятия. О всемъ вышеписанномъ, что я Хитровъ сказывалъ Ржевскому слышелъ я отъ гороцкой эхи, а отъ ково 1менно сказать не могу.

Cie писалъ i подписалъ камеръ-юнкеръ ведорз Хшпрово.

1) Госуд. Архтъ, VI, 398, л. 9.

Спустя несколько времени, а назадъ тому дней пять, приехалъ ко мне камеръ-юнкеръ князь Несвицкой, спрашивалъ я у нево не знаетъ-ли онъ чево новаво. На что онъ мне отвечалъ, что онъ за бытиемъ своимъ въ деревне знать ничево не можетъ. Я, сказавши ему Несвицкому про все вышеписанное, требовалъ отъ нево на то совета; на что онъ мне сказалъ, что онъ этому дивица. Однако я ему сказавъ Bcio то, что я слышелъ отъ Расловлева i Брылкина, чему онъ Несвицкой i уверился, говоря еще Несвицкому, ежели то правда, то и я не думаю, чтобъ было хорошо i отечеству полезно, и ежели есть въ томъ Орловыхъ 1нтересъ, такъ это делаетъ Алексей Григорьесхватить Алексея Орлова. Естли Государыня за нужное разсуждаетъ вытти замужъ, то можетъ взять какова ни есть владетеля ши принца крови, въ томъ власть eio, на что мне сказалъ Несвицкой, что онъ будитъ старатца приметить интересъ Орловыхъ для чево и часто къ нимъ ездить будитъ. На что я ему сказалъ, чтобъ онъ таму следовалъ, а я Расловлеву о томъ скажу.

въ вид-fe вноски, рукою самого Хитрово, но вписанъ сп-Ьшно, такъ что, напр., второе слово, ем. говорилъ, читается гороворъ.

1) Русск. Архивъ, VI, 398, л. 12.

1763 году мая 28 дня^). Камеръ-юнкеръ Хитрово на очной CTaBK'fe съ камеръ-юнкеромъ Ржевскимъ показалъ:

1) Госуд. Архивъ, VI, 398, л. 18.

А что Государыня съ темъ престолъ принимала, чтобъ быть правительницею, i что Панину о томъ сказать 1зволила, говорилъ я Хитровъ съ того, что когда я былъ на карауле при покойномъ бывшемъ государе, тогда случилось мне говорить о порядке возшествия Государыни на престолъ съ АлексЬемъ Григорьевичемъ Орловымъ,.! онъ MH-fe сказалъ, что Панинъ зделалъ было подписку съ темъ чтобъ быть Государыни правительницею, i Государыня на то согласитца iзвoлилa; и когда изволила притти въ день вoзшecтвiя на престолъ въ измайловскш полкъ, тогда объявя про ту подписку бывшимъ при томъ капитанамъ Расловлеву i Ласунскому, то они доложили Государыни, что они на то несогласны, а поздравляютъ Государыню самодержавной 1мператрицей, после чево велели солдатамъ кричать ура. А въ допросахъ своихъ о томъ я не показалъ за темъ, что всево вспомнить не могъ.

i) Недели здве тому назадъ (то есть отъ 27 майя) зять ево двоюродной Василей Анофриевъ сынъ Брылкинъ въ бытность ево Хитрова у него въ доме, спрашивалъ ево не слыхалъ-ли онъ чего новаго. Онъ, Хитровъ, сказалъ, что ничево не слыхалъ, и Брылкинъ сказалъ, слышалъ-де онъ отъ своего родного брата Ивана Брылкина, что приезжалъ къ нему Бестужевъ съ подпискою такою, чтобъ Государыне итти замужъ, выбравъ изъ своихъ подданныхъ ково соизволитъ, назнача въ подписке то, что Государь цесаревичъ слабъ и въ оспе еще не лежалъ, отчего мнитца быть опасенъ. И дабы къ правлению государства колено пресечся не могло, разсуждается за нужное то 1сполнить, къ чему уже духовенство и н^Ьсколько сенаторовъ подписались. На что братъ ево сказалъ, что есть сенаторы ево cTap-fee, пускай rfe подписываютъ, а самъ не подписалъ.

5) Упомнить де времени онъ не можетъ, а вскоре после того какъ онъ услышалъ объ означенной подписке, пр1ехалъ онъ къ княгине Дашковой спрашивалъ у H-fee, правда-ль что онъ слышалъ о подписке зделанной Бестужевымъ. На что она ему все тоже сказала что Николай Расловлевъ ему сказывалъ, и удивлялась де не мало такому дурному предприятию, и хотела разведавъ дал-Ье о томъ ему сказать. Но после того онъ у H'fee не бывалъ и она къ нему не присылала.

въ то время можно e-fe (то есть Государыню) отвлечь отъ того д-Ьла. А есть-ли Государыня за нужное разсуждаетъ вытти замужъ, то можетъ взять какова ни есть владетеля или принца крови — въ томъ власть Ея. I Несвицкой сказалъ, что онъ будетъ старатца въ Орловыхъ разсмотреть и приметить интересъ ихъ, для чего и часто къ нимъ ездить будетъ. На что онъ, Хитровъ, сказалъ, что то какъ для нево, Несвйцкого, такъ и для нево Хитрова, хорошо и чтобъ онъ, Несвицкой, всегда къ Орловымъ ездилъ и присматривалъ, а онъ де Расловлеву о томъ скажетъ'). А ежели де то д'Ьло не кончитца, то онъ думаетъ за супрот11влен1е Панина и Чернышева отъ двора отделятъ: одному найдутъ претекстъ послать посломъ, а последнева полки осматривать.

II) А въ очной со Ржевскимъ ставк'Ь онъ Хитрово показалъ тому де Ржевскому слова такия что въ подписке нтЬкому иному быть какъ Григорью Григорьевичу Орлову, и что теперь положено, ежели за нужное разсудитца, чтобъ всемъ собратца сколь велика наша партия будетъ притти и донесть неудобность такого предприятия самой Государыне, и естьли увидимъ что такъ же сухо ответствовано будетъ, то Орловыхъ переберемъ всЬхъ, лишь бы только здтЬлано было, а то Государыня сама намъ будетъ благодарна, что мы нарушителя покоя отъ H'fee оторвемъ и темъ покой возстановимъ — вить де съ какимъ обещаниемъ она i престолъ приняла, чтобъ быть праврь тельницею, она сама Панину сказывала, и графъ Чернышовъ что положитъ, и что въ нашей napTin то есть въ числ'Ь Т'Ьхъ которыя противятся известно!! подписке, Гетманъ, Панинъ, Николай Расловлевъ, Пассекъ, князья Иванъ и Федоръ Борятинск1е, графъ Валентинъ Мусинъ- Пушкинъ, графъ Чернышовъ. А о томъ де онъ говорилъ съ того, о Пассеке де, Борятинскихъ, графе Чернышове, Панине сказывалъ ему Николай Расловлевъ. О Пушкине

самъ онъ Хитровъ о той матер1и говорилъ такимъ образомъ: увидя ево на Покровскихъ Горахъ спросилъ ево, слышалъ-ли онъ про подписку, которая зд'Ьлана о за- HymcTB^b Государыни, и Пушкинъ сказалъ ему что не слыхалъ, и какъ онъ о томъ обстоятельно тому Пушкину сказалъ, то онъ сказалъ; ежели то правда, такъ и онъ щитаетъ за нехорошее.

12) Несвицкому же говорилъ онъ, Хитрово, есть-ли можно, тобъ Орловыхъ и не дожидая прибытия Ея Величества cKop'fee при удобномъ случае погубить^). А те де слова говорилъ онъ отъ себя, а на coöpanin о томъ было не положено и никакова согласия, умыслу и намерения онъ не имелъ и приуготовления къ тому д'Ьлу никакова не было, и ни на какомъ собран1и онъ не былъ, й кемъ бы о томъ, такожъ и о неудовольств1и изв'Ьстной подписки собрание было положено о томъ онъ не знаетъ н ни отъ кого не слыхалъ. А все то говорилъ онъ, Хитрово, безъ всякого умыслу просто самъ отъ себя, а въ

3) Хитровъ по cie показалъ, что Расловлевъ о семъ говорилъ и значитъ подъ литерою Б.

i) Государыня де изволила поехать въ Воскресенской монастырь, чтобъ старой чортъ Бестужевъ способн-Ье въ отсудств1и могъ производить д'Ьло начатое; написавъ въ прошен1и точно Орлова и что то дошло до Разумовскаго, и Панинъ могъ приметить изъ лица i изъ поступокъ, что это все происходило по повелению e'fe, и что Панинъ позвалъ гетмана, Захара Чернышева i согласились они уничтожить и пригласили къ себе Репнина, двухъ Расловлевыхъ, Ласунского, Пассека, Теплова, Борятинскихъ, Каровыхъ, князей Петра и Юрья Хованскихъ, Петра Апраксина, Николая Ржевскаго и что Орловы стараютца похитить, и этова бы ничего не было, для того что Григорей глупъ, а болше д'Ьлаетъ Алексей и что онъ великой плутъ и всему оному д'Ьлу притчиною — онъ, Хитровъ, Несвицкому не говаривалъ.

По показанию прапорщика Бабарыкина конной гвардш о вахмистре Cepr-fee Хитров-Ь.

А Серг-Ьй Хитровъ въ допросе и въ очной съ нимъ Бабарыкинымъ ставке въ томъ невинился, а показалъ, что только говорилъ онъ ему другими нимало къ тому неcл'feдyющими словами, къ кому братъ его изъ знатныхъ езжалъ. А о взятш брата своего Федора ув-Ьдомился онъ потому, что конной гвардш отставной гефрейтъ капралъ Свешниковъ*) сказывалъ ему, что онъ виделъ что какъ привезли четырехъ персонъ въ Кремлевской дворецъ подъ карауломъ, а ково того не сказалъ, а только узналъ одного ротмистра князь Александръ Голицына. И онъ де знавъ зъ братомъ ихъ дружбу щолъ, что надобно тутъ и брату ево, потому что въ одинъ разъ приехалъ Голицынъ къ брату ево и говорили не знаетъ што, а ево выслали^), и изъ оного заключилъ онъ, что чему нибудь быть надобно.

А Хитровъ въ очной съ нимъ ставке показалъ, что о томъ онъ не говаривалъ; а только де говорилъ онъ Сергей тому Бабарыкину такъ: я де слышалъ что братъ мой взятъ подъ караулъ, и Бабарыкинъ спросилъ за что же взятъ, и онъ сказалъ, что не знаетъ, а слышалъ де въ Москве, что много говорятъ, и Бабарыкинъ спросилъ, что-же говорятъ, и онъ Хитровъ спросилъ того Бабарыкина, за что же твой братъ взятъ былъ, и Бабарыкинъ сказалъ: братъ де мой взятъ по этому д'Ьлу чтобъ цесаревичу быть 1мператоромъ, а Государыне правительницею; а онъ сказалъ: а я де еще слышилъ, что говорятъ, чтобъ Никит'Ь Хвановичу быть регентомъ, а цесаревичу iMnepaторомъ. А то де говорилъ онъ Хитровъ слыша Якова Афанасьевича сына Татищева отъ жены, которая говорила ему: она де надивитца не можетъ, что это за прожекты и отъ слуховъ де волосъ вянетъ, о чемъ онъ сперва и въ допросе своемъ показалъ.

такъ де конечно брать мой по тому замешался. А сие говорилъ онъ потому, какъ и сперва въ допросе показалъ, мать брата ево приехала къ нимъ въ домъ тому назадъ дней зъ десять при отъезде своемъ въ деревню прощатца съ матерью ево и плакала предъ образомъ и говорила: не скажетъ де moîi сынъ^) ничего что онъ затеялъ, а эхи носятца дурные, поминая о вышеписанномъ представлен1и. А отъ кого она слышала, о томъ не выговорила, только то еще говорила: боюсь, чтобъ онъ во што не попалъ. II мать де ево на то ей отв'Ьтствовала: избави Богъ чево еще ему болше, онъ по милости Ея Величества какъ пожалованъ, какъ же такую къ нем}" матернюю милость отъ Государя своего позабыть.

CO онымъ же Сергеемъ Хитровымъ ставке показалъ, что тотъ Сергей говорилъ ему Бабарыкину, что есть еще многия, сказывая, что съ Панинымъ и съ протчими всякой день видитца, притчину сказывая ихъ заговоръ, первое неудовольствие, что Орловы всемъ государствомъ правятъ, да и при возшеств1и де на престолъ Государыня хотела быть правительницею, а цесаревичу быть 1мператоромъ, а ныне уже Государыня намерена замужъ за Григорья Орлова, такъ разсуди, братецъ, до чего мы доходимъ, и что долженъ всякой сынъ отечества вступитца за это. А въ нашемъ де заговоре планъ положенъ быть цесаревичу императоромъ, а Панину до возрасту ево быть регентомъ, теперь у насъ одно только замешательство, что Чернышевъ не соглашаетца и споритъ съ Панинымъ, чтобъ ему самому быть.

А Cepr-feft Хитровъ въ допросе и въ очной съ нимъ Бабарыкинымъ ставке въ томъ не винился же и ни о какомъ де заговоре ему не сказывалъ, а говорилъ только что онъ слышалъ къ ево Бабарыкина словамъ какъ онъ ему разсказывалъ какимъ образомъ братъ ево взятъ подъ караулъ и за што. А говорилъ онъ такия слова, что знатно потому же и братъ его взятъ, да притомъ же онъ Бабарыкину сказалъ: такъ все по этому и сходно, что онъ слышалъ Государыне де представляли, чтобъ изволила вступить въ супружество, а за кого, того не слыхалъ; а говорилъ только разсуждая, что не за Орлова-ли Григорья Григорьевича, такъ, Богъ знаетъ, ктобъ того достоинъ, для тово что, избави Богъ, одинъ есть наследникъ i каковъ случай, такъ не останетца никово, конечно. Ево братъ съ протчими не хотели до оного допустить; такъ разсуди, братецъ, какия д-Ьла мудреные: не долженъ ли всякой сынъ отечества, кто только помнитъ честь и присягу, чтобъ не вступитца противъ т-Ьхъ людей, которые думаютъ что нибудь зд'Ьлать противъ воли Государиной. А ктобъ Государыне о томъ супружеств-Ь предъставлялъ и какимъ бы образомъ они до того не допустили, того не знаетъ.

vn.

') Госуд. Архива, VI, 350, часть 4-я.

томъ II. 47

Указомъ Ея 1мператорскаго Величества имяннымъ за собственноручнымъ подписан1емъ, велено вамъ быть по содержан1ю сего новопривезеннаго арестанта въ моей только единственной команд'Ь. Чего ради репортовать вы им'Ьете каждыя дв-Ь нед'Ьли ко MH'fe обыкновенными репортами о состоян1и караула и притомъ прилагать и о нуждахъ, касающихся до содержан1я свои представлен1я, такъ какъ и репорты принимая отъ офицеровъ Власьева и Пе-

Съ арестантомъ два офицера садиться будутъ за столъ, чего ради полагается на троихъ въ каждой день на об'Ьдъ, ужинъ, на хл'Ьбъ и на питье по полтора рубля. А сверхъ того имъ покупать чай, сахаръ, кофе, CB'fe4H и проч1я надобности повседневныя изъ суммы находящейся у васъ, и расходы держать на то ум-Ьренныя и безъ излишества, но по вашему разсуждешю и по требован1ямъ Власьева и Чекина не обходимые, тельной

Для стряпан1я кушанья выбрать вамъ салдата изъ гарнизонныхъ искуснаго одного, а другаго для содержан1я при арестантЬ чистоты въ покояхъ, которые солдаты были бы трезвые и отдать ихъ въ единственную команду Власьева и Чекина, а вамъ ихъ не в'feдaть; такъ какъ и внутренними распорятками въ постахъ ихъ не м'Ьшаться. тай-

же для чая и кофе вамъ искупать самимъ и Bcfe кашя надобности ни случатся по требован1ямъ офицеровъ Власьева и Чекина впредь искупать не описываясь ко мн-Ь; такъ чтобъ ни въ чемъ отнюдь остановки не было, ной

Бумагу, сургз^ь, перья, чернила, прогоны на с\ю коммисс1ю какъ офицерамъ Власьеву и Чекину такъ и вамъ самимъ употреблять изъ содержащейся у васъ суммы съ запискою. HUK5

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