‹ Istoriia Ekateriny VtoroChapitre 4 sur 8 · partie l'avis de ses vieux Russes, qui, sentant l'avantage de leur · texte numérisé non relu

partie l'avis de ses vieux Russes, qui, sentant l'avantage de leur

position, l'obsèdent sans cesse soit pour le maintien de leurs

préjugés par rapport à l'Etat, soit pour leur intérêts particuliers.

C'est une chose curieuse à observer. Monseigneur, que, les jour

de cour, le soin pénible que l'Impératrice prend pour plaire à

tous ses sujets, la liberté d'un grand nombre et l'importunité pesante avec laquelle ils l'entreprennent et lui parlent de leurs affaires ou de leurs idées. Pour moi, qui connois le caractère de cette Princesse, et qui la vois se prêter, avec une douceur et une gracieuseté sans égale, à tout cela, je puis me représenter combien il lui en coûte et combien il faut qu'Ella s'y croie obligée pour s'y soumettre.

Un des derniers jours de cour qu'EUe étoit sans donte plus fatiguée que de coutume des discours de plusieurs et surtout de ceux de BestuchefF, qui étoit yvre noyé et dont Elle avoit tâché d'éviter la conversation, qui fut longue et vive de part et d'autre, l'Impératrice, en la finissant, s'approche de moi et me demanda si je n'avois jamais vu de chasse de lièvre au lévrier. Sur ce que je lui répondis que oui, elle me dit: „Vous „devez trouver que ce qui m'arrive icy y rcssemle fort, car je „suis lancée partout et poussée vivement, quoique je fasse pour „éviter des représentations ou des propos qui n'ont pas tou- „jour pour base la raison et l'honnêteté. Cependant, je réponds „à tout, ajouta-t-Elle, autant que je puis, d'une manière satis- „faisante; et quand je ne puis le faire, je me donne la peine „de dire pourquoi". Je louai comme je le devois cette bonté, en ajoutant, avec le plus d'adresse possible des réflexions sur BestuchefF et sur la nécessité de mettre absolument à quartier cet homme aussi audacieux que méchant. Je suis de plus en plus assuré qu'elle en est excédée et que son crédit est nul. Mais je ne le suis pas moins qu'à force d'importunités il trouve souvent moyen de nuire aux gens et aux affaires.

L'Impératrice continua sa conversation avec moi, en me disant que je ne devois pas la reconnoître, qu'EUe devenoit hébétée et qu'EUe ne croioit pas pouvoir jamais reprendre son assiette. Que cependant Elle étoit la même à tous égards que je l'avois connue comme Grande Duchesse. Je répliquai, Monseigneur, à tous ces propos avec les complimens qu'us demandoient, en l'exhortant à se mettre autant au dessus de ses embarras qu'EUe l'étoit, par sa position et son esprit, de ceux qui les causoient. Elle ne me cacha pas que petit à petit elle esperoit en venir à bout. Enfin je répondis à toutes ces marques particulières de confiance ce que je crus qui pouvoit le plus lui plaire et être le plus dans son genre; et j'ay eu, de-

puis, la satisfaction d'apprendre qu'en me quittant, Elle avoit dit au comte de Mercy, en terms trop flatteurs pour que je les répète, qu'Elle étoit contente de mes conversations

J'en suis extrêmement reconnoissant, mais je serois plus satisfait, si toutes ce marques particulières de bonté empêchoient son goût de prédilection pour l'Angleterre. Elle ne parle jamais de cette puissance qu'avec des éloges outrés, et quoique l'ambassadeur d'Angleterre soit un des plus plats hommes qu'on puisse connoître, Elle continue à le fester, moins à la vérité que dans les premiers jours de son arrivée, parce que cela n'est pas possible au peu qu'il vaut, mais toujours trop pour n'y pas reconnoître le motif de ses égards.

Quoique j'aye eu l'honneur de vous marquer plus haut, Monseigneur, que les bals causent des grandes distractions aux affaires du dehors, ils n'empêchent cependant pas que l'on ne désire vivement de se mesler de la fin des discussions des Cours de Vienne et de Berlin. Notre paix avec l'Angleterre avoit peru déranger ce plan généreux, mais l'on y est revenu et quelques politesses que le roi de Prusse à fait répondre à de nouvelles insinuations pour le soulagement de la Saxe ont ranimé l'espérance d'être l'instrument de sa réconciliation avec la Maison d'Autriche.

Le Roy de Prusse a fait savoir qu'il étoit prêt à évacuer la Saxe dès aussitôt qu'il pouroit conclure sa paix avec l'Impératrice-Reine, et fait entendre qu'il y étoit disposé pourvu qu'on ne prétendît pas luy faire perdre un pouce de ses possessions avant la guerre. L'on doit avoir fait passer, Monseigneur, cette déclaration à la Cour de Vienne; l'on attend ce qu'elle en pensera et l'on ne doute pas qu'elle ne la saisisse. Je l'espère aussi pour le bien de l'humanité et l'avantage réel du vrai sistème de l'Europe. Mais plus je l'espère, plus je souhaite que rien de tout ce qui précédera ou terminera cet arrangement ne roule sur la Russie. Les dures loix que le Roy de Prusse impose à l'Empire avec autant d'indécence pour les grandes puissances de l'Europe que d'injustice pour celle de l'Allemagne, ne déplaisent pas, en général, ici. L'on y voit. Monseigneur, avec plaisir faciliter à démêler la destruction du crédit de la Cour impériale et le tort qui peut en résulter pour la notre. L'on m'a souvent interrogé sur les mesures que le Roy pren-

droit pour garantir l'Allemagne et ses libertés. Je me suis renfermé dans des réponses générales.

Au reste, Monseigneur, l'on me fait toujours \^oir que l'on est persuadé que le Roy de Prusse va employer le vert et le sec pour se raprocher du Roy. Ennuyé de ces propos, je répondis il y a deux jours au vice-chancelier qui me pressoit:' „C'est comme si je vous disois que vous vous preterés inces- „samment aux avances que les Anglais vous font". Il me parut embarassé de cette réplique. Je ne doute pas. Monseigneur, qu'elle ne se vérifie peu après que la tranquilité sera générale, quoique l'on diserque l'Impératrice veut maintenir la neutralité les plus qu'elle poura.

Je ne dois pas vous laisser ignorer, Monseigneur, que l'Angleterre a envoyé ici un courier peu de jours après la signature des préliminaires, avec ordre à M-r de Bouckingham de les communiquer au Ministère Russe, et qu'a cette occasion, l'on m'a témoigné quelque surprise de notre réserve sur ce point. J'ay dit qu'elle étoit fondée sans doute sur la position dans laquelle je me trouvois, et dont on n'avoit pas encore pu apprendre la fin, lors de notre paix.

J'ay l'honneur etc.

P. S. M-r le Knees Repnin est rappelé d'Espagne, et M-r le comte de Butturlin va le remplacer.

L'on a reçu des lettres de M-r 1э comte de Soltikow d'Erfurt par lesquelles il mande qu'il est fort mal. S'il venoit à mourir, M-r le comte de Stroganow, gendre du chancelier, auroit sa place près du Roy.

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