‹ ItalieChapitre 12 sur 31 · PAR M.^E J^SALLE · texte numérisé non relu

PAR M.^E J^SALLE

COamZSPOXCDAIlT de l'iHSTITUT (cLikSSE DES BEAOX-AETS).

ARMI les ties de la Méditerranée , aucune n*égale la Sicile en célébrité ; aucune ne se décore de plus de souirenirs et de Actions poétiques; aucune 16 joue un rôle plus orillant , soit dès 'aurore de la civilisation ^ soit aux )Ius nobles époaues de Thistoire anlienne , ou des révolutions qui ont enouré le berceau des peuples moderles. Même aux jours d*obscurité qui >nt succédé à tant d'éclat ^ de bruit et e gloire ^ son beau climat , son ciel i pur , sa fertilité , le charme de son tmos^hère, la majesté de ses ruines « 3ut, jusqu'aux grandes catastrophes ont la nature l^ccable si souvent, ppelle sur elle un intérêt vif et puisant, exalte Timagination du voyageur ui la Darcourt, et présente a la ;îence d'inépuisables trésors.

Les mythes et les poètes la couvrent 'abord de dieux, de prodiges, de demiieux, de nymphes, ae héros ; Homère, ireile , Ciauaien , la choisissent pour ! tnéâàre des grandes scènes de leurs oëmes. Les Titans rugissent sous son :rrible volcan. Ses bo^juets , ses val-

r* JUrroifon. (Sicilb.)

Ions sont peuplés de faunes, de dryades, de bergers.

Son histoire commence avec celle de la Grèce; ses villes naissent, grandissent, rivalisent aveciyr, Carthage, Athènes, Lacédémone: les arts, la littérature les ornent de leurs chefsd'œuvre ; et quand Rome à son tour déroule ses annales , la Sicile devient le champ de bataille où Carthage dispute aux Romains le sceptre du monde et cède enGn à leur génie. Sous l'égide de la puissance romaine , la Sicile est le centre du commerce et de l'abondance; l'Italie l'appelle sa nourrice.

Suelques siècles plus tard, l'un des ^ us illustres apôtres de Jésus-Christ vient révéler à ses peuples surpris la religion de la croix, et les martyrs l'arrosent de leur sang; lon^-temps elle évite les dévastations qui signalent la chute de l'empire romain cToccident, et les lois de Théodoric, pendant le règne des Goths en Italie, maintiennent en Sicile l'ordre et la prospérité. Les empereurs de Constanlinople, après d'mutiles efforts, la

SICILS.

eva , et entr^ouvrant la terre 4'un ;oup de son trident, la conduisit dans es sombres royaumes. On croyait rt- ;onnaitre l^ouverture profonde qui s'éait formée devant le ravisseur. Cyane, ine des nymphes compagnes de Proierpine y s eiiorça vainement d'atten- Irir Pluton et de s^opposer à sa course 'apide \ il la changea en fontaine , et »es eaux, sorties d^ bassin profond et îinpide, vont encore se jeter, près de Syracuse, dans le lit du fleuve Ana- )us , son amant. Cérès éperdue alluma [eux flambeaux au feu de TEtna , |K)ur iclairer la recherche qu'elle allait faire le sa fille ; elle |»arcourut inutilement *univers et revint en Sicile, où la lymphe Aréthuse lui révéla le sort de ?roserpine. Cyane et Aréth^ise devinrent Tobjet du culte des Siciliens; leurs 4)ixrces étaient sacrées; d'affreux malleurs menaçaient ceux gui eussent )$é profaner leurs ondes; des poissons )rivilégiés se jouaient dans celles de la bntaine Cyane, et c'était un sacrilège le cherclier à les prendre. On croyait lu'Arétliuse était aimée par Alphée, leuve d'Arcadie, qui , sans altérer ses Miux , traversait les mers pour se réiuir à la nymphe de Syracuse.

L^emplacement de ces deux sources ^lèbres existe encore aux lieux mêmes )ù des temples s'élevaient sur leurs *ives, où les honneurs divins leur étaient rendus ; mais leurs noms sont )ubliés; c'est au milieu des marais et les touffes de papyrus et de roseaux |u*on retrouve le bassin de Cyane pL 1 }; des |)écheurs viennent y pour* luivre les poissons qu'un respect reli-» rjeux ne met plus à Vàbai de leurs û* ets. On les voit se jouer à une ^ande profondeur dans une onde limpide, et « perdra dans le# rsicinet de cette >laiite célèbre qui reçut si long-temps, lur son écoree léfi^re , les productions le Tesprit humain. Jusqu'au neuvième iiècle, on ne connut, pour écrire , que 'usage du papyrus. C'étaient les )ords du Nil qui le fournissaient aux moieos. Nulle part il n'eai fait menion de cette plante comme croissant 9» Sicile , et on ne peut savoir si elle ^ a^toiyonn esiité} Césalpin est le

premier qui en ait parlé. Un des hooi- . mes les plus distingués de la Sidle le chevalier Landolina, a essayé de retrouver le moyen de pr^ror le papier avec le papyrus de la fontaine Cyane. Cette expérience, tentée il y a environ 90 ans , a ooropiétemeiit réussi par les mêmes procéda que Pline et Théophraste ont rapporfeés.

la plante fait partie de la iâmiile des fouQliets^ C'est le eyperus papyrus de Linnée. £lle est produite par une bulbe dont les racines chevelues s'enlacent , s^attachent aux autres plantée aquatiques , et semblent tirer plixt&t leur sève de Teau que de le terre. Les tiges, élancées et flexibles, portent à leur extrémité une belle houppe garnie de filets. On peut voir dans la description de rÉgjpte les détails intéressants que M. Champollion a donnés sur cette plante si curieuse et si renommée.

[PL i.) Le bassin d'Aréthuse,enf«niie dans lesfortiûcationsde la nouvelle Sy« racuse, et séparé de la mer par ces murs et par un rocher d'où la source sero*ble sortir, n'est plus qu'un lavoir infect livré aux outrages et aux cla^ meurs d'une populace qui n*a jamais connu sa brillante origine. Que di* raient d'un pareil sort ces poètes qui lui consacrèrent tant d'hymnes solen*> nels? Pindâore reconnaftrait-il cette onde divine qu'il appelle, dans son enthousiasme, la nourrice de Syracuse, la couche de Diane? Virgile, Ovide, Claudien , la célébraient aussi dans leurs vers. Pline et Pausanias exaltent ses merveilles. Suivant Athénée, ses eaux étaient lourdes et nauséabondes ; elles n*ont pas changé soue ee rapport; du reste elles sont claires et si abondantes, qu'elles suillsent

rir entretenir plusieurs usines dans voisinage; entm, Il est impossible de n*y pas reconnaître l'antiaue source d' Aréthuse, dépouillée de ses ncmneurs, de son culte et des nobles construotiens qui devaient former son urne révérée.

Une autre nymphe de Sicile , Etna on Thalie, Olle ne Vulcain, en rar* oonrant les rives du fleuve Symoeftiei

L'UNIVERS-

céda aux poursuites de Jupiter, et porta bienwt les marques de sa fai« messe ; le dieu , pour la soustraire aux fureurs jalouses de Junon , la cacha sous la terre ; elle y aocoucha de deux jumeaux qui furent appelés Palioes et mis au rang des dieux. Près deleur temple f on voyait un lac d*eau bouillante et soufrée. Les Palioes l'avaient rendu redoutable aux parjures ; on prétait sur ses bords des serments qu'on écrivait sur un billet qu'il fallait ensuite jeter dans le lac : si le serment était sincère, le billet surnageait ; mais s'il s'enfonçait dans les eaux . le parjure était reconnu, et le coupable à l'instant même tombait dans le lac, ou était privé de la vue. Le temple de ces demi-dieux était célèbre par ses oracles.

Vénus avait un temple encore plus renommé sur le mont Éryx ; et la Sicile était aussi le théâtre de ses aventures. Ér^, dont cette montagne sacrée portait le nom , était le fruit des amours de la déesse avec Butés , qui régnait à l'occident de l'île. Vénus venait tous les ans visiter son sanctuaire, et des colombes nourries et élevées dans le temple la portaient aux rivages d'Afrique ou la ramenaient à Délos. Les plus belles femmes du monde aspiraient à Thonneur d'être les prêtresses de cet autel.

Vulcain et ses cydopes avaient des forges dans les gouffres de l'Etna.

Junon -Lucine donnait aux femmes de Sicile une heureuse fécondité , et diminuait pour elles les douleurs de l'enfantement. L'Hercule des Grecs, le premier des héros divinisés , après avoir vaincu Géryon et s'être emparé de ses troupeaux, les avait oonauits en Sicile, en traversant avec eux le détroit à la nage ; il les avait gardés sur les rives du golfe de Myles, et on attribuait à leur fumier l'odeur infecte des herbes et du limon que la mer rejette sur ces bords. Hercule, en suivant cette côte, était arrivé près des thermes d'Uimère; il avait renouvelé ses forces dans ces sources brûlantes, et , continuant sa course, H était venu Wqu'à l'extrémité de la Sicile, où a aéfia et vainquit Èxyx à la lutte.

Polyphéme, fils de Neptune, et k

Ï^lus redoutable des cydopes , efihyzt a Sicile de sa férocité. Épris df b nymphe Galathée, qui lai juréfénit k bel et jeune Acis, fils de Faune été la nymphe Symoethe, il surprit la éra amants, et écrasa son nval sous Ir poids d'un rocher en le prédpîtaiit dzs ta mer. Le nom d'Acis retentît cuor sur œs rives : des rodiers de basalte, qui sortent du sein des eaux im une petite baie entre Catane et ITta .

étaient les rochers d'Ads et de Gabthée; on les nomme aajounThui ks Fariglioni ; mais dans le votsânafe se trouvent le château et le hoarg étAa, et une rivière du même nom.

Dédale, si célèbre dans les faUrs é la Grèce, et dont le nom ftit lor^temps celui des hommes les plus bh biles dans les oeuvres du génie et é l'industrie, figure aussi mllararoetf dans les origines siciliennes. Lonçv Minos, roi de Crête, voulut le p^ nir d'avoir favorisé les monstrueuse^ amours de Pasiphaé, ce fut en Si.-iir que Dédale se réfugia à Paide de sf»

ailes de cire ; un roi Gocalus , qui ifgnait vers le midi de Itle, près • remplacementd'Agrigente,raccon .* et Dédale, reconnaissant, courrit .

Sicile d'ouvrages merveilleax. 11 mdit accessible le mont Éryx , construL^ une forteresse imprenable pour s* hôte Gocalus, et creusa dans une mer tagne , entre Sélinunte et Agrigretc

Srès de la ville moderne de Scixa es étuves , ou, pour mieux dire, ::?^ grottes immenses et profondes rt»

plies d'une vapeur bralante et sak taire. Ces eaux thermales ont oonsm' leur célébrité et leurs merveîlkui effets.

Char^bde, si long-temps la terrr.des marins, fut précipitée par Jupitr dans le gouiSre redouté qui porte crcore son nom, parce qu*ale ai^' voulu dérober les bœufii a*Hemile « moment où il leur faisait passer ^\ détroit Apollon, Mercure, Castor tX Pollux, figuraient aussi dans lesmytba fidiieanes.

Les poètes, à leur tour, continoèfctf i ces riantes fictions; Homère &it tosh

SICILE

er Uljrsse et ses compagnons dans 3S mains de Polyphéme sur les rives e la Sicile; plus tard ils ont évité ie ouffre de Cnarybde. Virgile conduit ùnée et les Troyens dans le royaume i*Eryx, où ré^it Aceste, fils du [euve Crinise ; ils y célèbrent des jeux ùnèbres après la mort d'Anchise, et es descriptions locales que le poète ait de ces rivages sont encore d'une ixactitude remarquable. Théocrite , ^vidcj Claudien ont également imnortaiisé la Sicile par leurs nobles et ;racieuses poésies.

Comme la Grèce, la Sicile, sous le ceptre de cette riche et féconde théo- 'onie, s*est couverte de monuments lent les ruines étonnent encore par eur nombre et leurs belles proporions. La plupart de ces constructions emontent à l'époque brillante qui uccéda aux victoires remportées par es Grecs sur les Perses, et par les Siciliens contre les Carthaginois; les ailles qui se liguèrent pour soutenir :ette lutte temole eurent en partage l' immenses trésors et de nombreux esclaves, et profitèrent de ces avanâges pour élever des temples sompueux à leurs dieux protecteurs, et x>ur s'entourer de remparts redoutables, dont les débris ont défié le ;emps et les révolutions.

TEMPLE DE SÉGESTB.

Les temples construits en Sicile à '^tte époque ont tous le caractère de loblesse et de simplicité qu'on remarque dans ceux de Paestum et dansée peit nombrede ceux qui subsistent encore lans la Grèce. Un des mieux conservés le toute la Sicile paraît être cependant l'un temps encore plus reculé. Une «rtaine rudesse dans le caractère de on architecture semble appartenir LUX premiers essais d'un art majesueux sans doute, mais encore sauvage !t inhabile.

L'antique Ségeste, dont il révèle 'ancien emplacement, existait avant es colonies grecques. Les poètes ont lussi entoure de leurs fierions l'origine de cette ville : suivant eux, une

jeune fille troyenne nommée Égeste fut désignée par le sort pour une de celles qu'on livrait à un monstre marin, en punition du crime de Laomédon. Son père , pour la soustraire au péril qui la menaçait, l'exposa sur la mer dans un vaisseau qui la porta en Sicile. Le fleuve Crinise l'aima et en eut Aceste, l'ami des Troyens. Énée laissa près de ce prince une partie de ses compagnons,, qui fondèrent la ville appelée tantôt Égeste, tantôt Ségeste.

Les historiens en attribuent la ibndation aux Ëlymes, l'un des plus anciens peuples qui habitèrent la Sicile. Du reste, au moment où les dépouilles des Carthaginois enrichirent les villes siciliennes, Ségeste n'y eut aucune part, et elle éprouva au contraire la colère des vainqueurs, contre lesquels elle avait pris parti. Ainsi l'histoire, d'accord avec les remarques auxquelles prête l'architecture de ce monument, permet d'en faire remonter la construction aux temps qui précédèrent l'établissement des colonies grecques ; et en effet , la coupe massive de ses principales parties, la forme singulière des colonnes enveloppées d'une espèce de gaine qui n'est séparée du chapiteau aue par un gor^eret très-court, leur galbe un peu conique, leur grosseur comparée a leurs distances respectives, Té vasement de l'abaque, donnent à cet édifice un aspect particulier, qui semble tenir du, caractère de celui de queloues monu- ^• ments égyptiens. Son isolement sur des collines dévastées et désertes ajoute je ne sais quelle imposante solennité à son enet architectural.

(3*j9/.)- Il apparaît dans ces solitudes comme un vieux témoin des pompes du paganisme, comme un contemporain des dieux et des héros homériques; lui seul dit au voyageur le lieu qu'occupait la puissante Ségeste. La contrée , car il n'existe plus ni ville , ni village sur cette montagne abandonnée, se nomme aujourd'nui Barbara. Deux ruisseaux qui la traversent avaient reçu des Trovens, en mémoire de leur triste pairie, les noms du Scamandre et du Simoîs. Au

SICILE

sements de toute une foule ëplorée.

Les temples ne sont pas les seuls monuments qui rappellent les mythes religieux de la Sicile. Des pierres gravées et des médailles d'un travail exquis retracent encore les divinités chères aux villes siciliennes. I^es médailles des colonies grecques . sont regardées comme ce que Tart des anciens a laissé de phis partait. Enfin les va<es fiicf liens ne cèdent pas, pour la beauté et rintérét des sujets qui 7 sont re^ pr^entés, aux vases de la Grandeurèce et de la Campanie; et une foule de marbres, de bas-relieifs , d^inscriptions, révèlent partout au voyageur les origines fabuleuses et poétiques de la Sicile.

ÉTAT PBTSIQVB ET GÉOORAFmQUB »« LA siet».

Située à la pointe méridionale de ritalie, dont elle est séparée par le détroit de Messine , la Sicile est la plus grande des lies de la mer Méditerranée; elle s'étend entre le 86* degré 89 minutes et le 38" degré 14 minutes de latitude , et depuis le 29' degré 59 minutes jusau'au 83* de^ré 21 minutes de longitude do méridien de nie de Fer. Quelques çéolosues ont pensé que la Sicile avait été séparée de ritalie par une de ces erandes commotions dont le f^lobe entier porte des traces; une certame analogie dans la situation des couches res))ectives des cdtes qui bordent le détroit, son peu de profondeur , le rapport des angles rentrants et sortants ae ses deux rives, drronstances qui , du reste , se rencontrent dans presque tous les détroits, telles ont été les raisons sur lesquelles se sont fondés les partisans de cette opinion. Nous n*avons pas besoin de drre qu'aucune preuve irréfragable, ou'aucun monument historique ne Paupuie.

La surfbce de la Sicile est celle d'un triangle, dont le côté le plus étroit regarde Forient. les deux autres, le nord et le midi , et dont la pointe est en face du couchant. Les deux caps qui terminent le petit côté sont : le cap

Pehrêy qui se trouve à rentrée du détroit de Messine, vis-à-vis de là Calabre: il portait le même nom efaez les anciens; le cap PasseirOy autrefois . ' le promontoire Pachynum, qui regarde ' la mer de Grèce; enfin le cap Boéo , ' anciennement Lylibée , le plus voisin de l'Afrique , est tourné vers le couchant. De ee odté, ranfcle delà Sicile est un peu tronqué ; mais on en a toujours maroué l'extrémité au cap Boéo.

La partie de la Méditerranée quf baigne les côtes septentrionales de Ih Sicne était nonmiée dans l'antiquité mer de Tyrrhène : c'est maintenant la mer de Toscane; celle qui la borne au midi était la mer de Libye : les modernes l'appellent mer d'AiHque.

Enfin , au levant, c'est l'ancienne mer de Grèce, aujourd'hui l'Adriatique, dans laquelle débouche en s'éiargissant le détroit de Messine. La plus grande longueur de 111e est de 180 milles , et sa largeur de 130.

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