PAR M. LE CHEV ARTAUD
KZMBBE DK l'iNSTITUT.
r OUR écrire Phistoirede l'Italie modone, de ses révolutions, de ses maors, de ses coutumes, de ses lois, OD ne saurait choisir un point de départ plus précis que Fépoque où ré^a Con< itin , époque où la religion chn. nne , amenée de la main des bourreaux ^ fut revêtue de la pourpre impériale. Pour comprendre exactement la division actuelle de Tltalie, il &ut rarmr connue quelque temps compacte, une, obéissant a un seul niaitre.
Constantin, fils de l'em^reur Constance Cblore, était né à Naisse, en Dardanie. Il ne négligea pas l'étude des lettres, cnioiqu'il dut s'adonner à la profes- SUm des armes. Son caractère le portait à la libéralité et à la magnificence : la fortune secondant $on habileté, son courai^e et sa générosité, il devînt, dans la politiqne et dans la euerre , le premier bommede son sime. Il succéda, le 2ô juillet 305 de Jésus-Christ, à la partie de Tempire que son père gouvernait dans la Grande-Bretagne et dans les Gaules. Après avoir vaincu plusieurs de ses rivaux qui voulaient
partager avec lui l'autorité sur divers autres points de la domination romaine^ il marcha hardiment contre Maxence, qui était en possession de Rome.
Vainqueur de cet autre empereur, Fan 312, il s'empara facilement de la capitale du monae qui , du haut de ses collines, avait pu voir la lutte des deux concurrents. Déterminé à établir d'une manière qui frappât le peuple, et à consolider dans des circonstances remarquables, la puissance des doctrines de la religion chrétienne qu'il avait embrassée, il ne monta pas au Capitole pour rendre grâces à Jupiter, mais il accepta le titre de souverain pontife, titre créé par Numa, titre qu il Mait bien se garder de séparer trop tôt de l'autorité impériale , et que ne refusèrent pas quelques-uns de ses successeurs.
On a émis plusieurs sentiments sur les raisons qui décidèrent Constantin à transporter plus tard, dans Byzance, le siège de l'empire. On a cru qu'il trouvait dans Rome mal soumise, des dispositions à protéger encore long-
L^UNIVERS
temps lei oéréniimies |iu paganisme :
on a pensé que les nations appelées Barbares du rford par les Romains, menaçaient continuellement l'Italie d'invasions et de représailles : on a supposé que l'empereur croyait rencoAtiiêr a Byzance, plus dévouée, moins dé difficultés pour assurer le triomphe solennel du nouveau culte. Quelle qu'ait été l'opinion du prince, il fit son entrée à Bvzance en è24 , et il ordonna en 330 des fêtes pour célébrer la dédicace de cette nouvelle métropole.
Constantin mourut en 337, après avoir terni Téclat de beaucoup de vertus par quelques crimes, et surtout par la mort de Crispus, l'un de ses fils, faussement accusé.
Le testament politique de Constantin prouve quelle était retendue de l'empire romain. Il le divisa en cinq
S arts qu'il attribua à ses trois fils et a eux de ses neveux. Constantin, 1 aîné, devait rerevoir les Gaules, TEspai^^ne,
ei ibgypi l'Illyrie, l'Afrique et r//r///V'; Delmace, un de ses neveux, la Thrace, la Macédoine et TAchaîe; et enfin Annil)alien, le Pont, r Arménie et la Ca|)|)adoce.
Constantin-le-Grand avait été aussi puissant qu'Auguste et que Trajan.
Ma(;nence, né en Germanie, Tun de ces étrangers à qui on accordait si volontiers les droits de citoyen romain, et qui , après avoir habité l(ome, ne voulait plus aca^pter pour séjour un autre climat, in fîdèle à Constant, dont il commandait les gardes , coDCoit le projet de lui surcéder, et dévoile sa conspiration avec une audace qui n'avait pas eu d'exemple : il apparaît tout-à-œup dans un festin,* revêtu de la imurpre, et il ordonne de massacrer Constant.
L'empereur trahi fuit en Espagne; mais atteint vers les Pyrénées, il est mis à mort par des assassins envoyés a sa poursuite.
Magnence à son tour est attaqué et défait par un frère de Constant, le second fus du grand Constantin. Flavius accourt de lxg}'pte qui lui était tom-
bée en partage, et réunit successivement , sous un seul sceptre , toutes les provinces que son père avait dispersées en tant de mams. Mais d'un caractère indécis , ne sachant plus vaincre désormais que par ses lieutenants, faible avec les païens, froid avec les chrétiens , s'etant déclan indirectement partisan de la secte d'Arius, l'un des plus ardents hérésiarques du siècle , empereur sans énergie , il tremblait pour l'Orient que, de ce côté, mena<^*aient les Perses; et quoique servi habilement |)ar les con* seilsde l'historien Ammieu Marcellin, il ne savait comment combattre Tanibition naissante de Julien, qui repoussait les irruptions des Germains dans les Gaules et se friiyait, par la gloire des armes, un chemin au pouvoir.
Tant d'incapacité dans le chef de rempire excita partout des séditions. Les Romains , sous son rè^ne , commencèrent à soupçonner qu'ils pouvaient être souvent vaincus, même en bataille rangée, et les Ilarlwres, long-temjn opprimés par le grand peuple, apprirent qu'il était temps de lui résister de toutes parts à force ouverte, et d'oseï l'attaquer de front au sein même de l'Italie.
Cependant Julien II devait aussi présenter au monde le spectacle d'un empereur successivement maître de l'Occident et de l'Orient. Ce prince avait attaqué et défait complètement les Germains près de Stnisbourg. Amî des Gaulois, il affectionnait pjirticulièrement Paris, qu'il nommait sa chère Lutèce et où il a laissé des monuments dont les ruines subsistent encore. Ce fut dans cette ville même que ses soldats le proclamèrent empereur en 360. Il voulut, dit-on, fermer la porte de son palais aux eunuques , aux bateleurs , aux danseurs , mais il l'ouvrit aux sophistes, aux augures et aux astrologues. Croyant deviner que Constantin-le-Grand, son oncle, sétait trop hâté d'enibrasser la reli-
f;ion chrétienne, et s'imaginant que e paganisme avait encore des partisans nombreux, il pensa qu'il était' à propos d'abandonner la religion du
Christ, et H persécuta ceux avec qui il avait prié dans les temples des cnrétiens. n n^épargna pas Marc, évéque (TAréthuse, qui autrefois lui avait sauvé la vie. Il eut ensuite la présomption de se fiiire ameHerJlh au Soleti, eMe ramener ainsiies superstitions qui avaient flétri ta gloire de quelques héros de rantiquîté« Cette vanité insensé ne doit pas toutefois faire oublier ?ae Julien maintint quelque temps empire dans un état assez florissant, et qu'il publia des édits d'une sagesse remarquable. Julien mourut sans avoir vu ce qu'il paraissait désirer, les chrétiens abofttus et les païens triomphants. Les premiers ne s'étaient pas découragés, et ils se trouvèrent en plus grand nombre et encore plus unis après la mort de cdui qui les avait trahis.
Mats il était des destinées indépendantes de la religion du Christ , et que Tempire romain devait subir.
Les bords du Danube et du Rhin (*}
(*) Ifoos nous Mnnmes attaché, dans cet courage, à o'offrîr que des faits puisés aoi sources htsimiques les plus sûres. Pour Kilcevienls , nous avons suivi Jor- HtKope , Lebeau et son habile ibitcur M. de Saint-Martin, Gibbon , Fea, doat noua avons nous-mèmc traduit ruiaéraire, publié à Rome en i Sa i . Ensuite, il BOUS a para que, pour être conséquent avec ce principe sévère de bonne foi et de frvicliise , Bons ne devions offrir, dans nos grarure», qoe des sujets également avoués par ilûsloire. U nous aurait été facile , avec rs descriptions détaillées, laissées par les aoimn , de composer d^s soldats gotns , ostnjgoihs, visigoths, daces, alains , sarmates , Uuasef lombards; mais nous n^avQos admis (Uns notre ouvrage que ta vérité.
Celle pfemiere planche représente à gaufie, 4es soldais barbares, des Daces, et des Saraaies , et k droite les soldats romains, irk <|ue ttooa les voyons sur la colomie Trajaae. Nous ne pouvbns pas chercher un atonmacnl plus anihcniique que celui de la roloMike dédjée à Trajan, vers l'an i a5, par le uraal et k peuple. On y remarque deux auik cinq ceals figures et demi-figures, sans mmplrr ks ciéphants, ks chars, les armes , ks machines de cueire, ks enseignes aniUlairas « les trouées , et iusqu*à des cpuodos d*im cflet temhk : les tcomies des
enfantent des nations diverses chez qui la frugalité f Tabondance des aliments salutaires, et la pratique plus 7 constante de ces qualités nobles ^ue n'a pas souillées une civilisation corrompue, entretieiment la santé, la force et Thonneur militaire ; dans ces pays, la vertu des femmes, la sainteté des mariages, favorisent la population, et bientôt un terrain devenu trop circonscrit ne peut plus la contenir. Pïous voyons même, de nos jours, que tous les ans ces mêmes pays envoient, du consentement des souverains, des émigrations dans le Nouveau* Monde et dans plusieurs provinces de la Russie. Ces expatriations étaient alors plus nécessaires. Tant que rempire avait été gouverné par des mains fermes, ces peuples, redoutant le pouvoir courageux, s'étaient contentés d'aflQuer, par bandes désarmées , en Italie, d*y solliciter jusqu'à des emplois subalternes, et surtout d'offrir leurs robustes bras pour la guerre. Quel-
gues-uns étaient parvenus aux plus autes dignités , quelques-uns avaient succombé à leurs misères : mais tous avaient salué par des cris de joie et d'amour, avant de devenir grands ou de mourir, ce doux climat de l'Italie, ce jardin y comme rappellent encore aujourd'hui les Allemands qui, des Alpes, descendent sur les rives de l' Adige. Ce cri de joie et d'amour était donc Tespérance et la consolation de ceux que la patrie ne pouvait plus nourrir.
Plus ils se multipliaient et devenaient difficiles à gouverner, moins les chefs devaient s'opposer à l'élan de ces peu< pies vers des contrées qui semblaient plus favorisées du ciel. Le nombre de ceux qui voulaient , qui devaient partir, devint si considérable, qu'il fallut organiser des lois positives à cet égard. Quand la population ne pouvait plus être alimentée par les ressources qu'offrait le peu de terrain qui avait été dé-
Barhtres , dépouillant elks-mémes les prisonnkrs romains , et les brûlant à jietit feu avec des torches ; et des soldats romains, surpris dans une vilk , s*empoisoanant pour n« pas tomber prisoimiers.
L'UNIVERS
friche, on foimaît trois portions de la population entière. Chaque portion comprenait un nombre égal de nobles , de serfe,.<ic riches et de pauvres , tous désignés avec leur femme et leurs enfente, et le sort indiquait, dans ces trois portions d*habitants, celle qui devait partir presque à Tinstant. Les deux portions qui demeuraient dans le pays se partaj^eaient les cabanes, les biens et les terrams de ceux qui partaient. Cefurent pourtant ces peuplades exilées oui détruisirent l'empire romain. DeTansence des Césars, il était résulté que toute la ligne occidentale de Tempire avait été tron négligée, et qu'étant si éloignée de rœil du souverain , il n'avait ^plus pensé à la défense des frontières. Mais qui oserait assurer que si Constantin ne se fût pas retiré à Byzance, et que si Julien, dans sa haine contre le christianisme, et pour renverser ce qu'avait fait un empereur chrétien, eût rétabli Rome dans ses droite de métropole , les peuples du Midi n'eussent |)as attaqué la ligne orientele de l'empire par l'Asie et par la Grèce?
Les ennemis devaient-ils manquer aux Romains? Ils avaient été grands; ils avaient souvent plus abusé qu'usé du pouvoir : en ce moment, ils étaient corrompus et divisés , ils devaient périr.
Rapportons donc simplement des faits qui ont dû nécessairement s'accomplir, sans blâmer des princes qu'on soupçonnerait à tort de n'avoir pas voulu conserver l'autorité acquise aux Romains par tant de travaux , par tant de rigueurs et de victoires.
L^ peuples qui se précipitèrent de la partie septentrionale, après les Cimbres, qu'avait vaincus Marius,furent les Yisigoths ou Goths occidenteux : ceuxci avaient insulté l'aigle de Rome, alors toujours victorieuse, mais voyant que le temps des succès n'était pas encore venu, ils avaient paru satisfaits d'obtenir la permission d habiter le long du Danube. Chaque fois qu'ils s'avançaient, ils étaient repoussés; aussi, forcés de rester dans le pays , ils s'entredétruisaient par des guerres intestines.
Le dernier empereur qui les soumit glorieusement , futThéodose-le-Grand.
II leur défendit de créer des rois, les admit dans ses armées et leur assigna une solde régulière. Ce prince, lils d'un illustre général, l'honneur et le soutien de l'état sous le règne précédent, et que nous voyons déjà nommer comte de la Mésie l'an 374, monta sur le trône avec toutes les ^Ucilités qui rendent les souverains mimortels. La douceur de son naturel et la modération de son caractère étaient peintes dans ses yeux ; il avait l'esprit cultivé, et il n'ignorait rien de ce qui mérite d'être appris. D'un génie vaste et capable d'imaginer les plus nobles entreprises, il savait les conauire à une fin heureuse. Il avait ordonné que la foi de l'église romaine serait suivie dans tout rempire,et qu'on remettrait les temples entre les mains de ceux des chrétiens qui se prononçaient contre rarianisme,sans cesse obstiné à nier la divinité de Jésus-Christ. Si l'on retranche de la vie de Théodose la mallieureuse journée de Thessalonique , on peut le regarder comme un digne successeur de Traian.
Cette capitale de l'Illyrie était devenue une des villes les plus grandes et les plus peuplées de rempire. La licence s'v était accrue avec l'opulence et le nombre des habitante. Le peuple se montrait passionné pour les spectacles du cirque, dont il chérissait les vils ministres. Un des cochers du cirque , qu'il aimait le plus, s'était rendu coupable d'un crime capital. Le eouvemeur ayant fait arrêter ce cocher, le peuple le redemanda avec violence, et n'ayant pas obtenu sa liberté, il massacra plusieurs magistrats et le gouverneur. Théodose, qui avait pardonné généreusement aux auteurs d'une sédition à Antioche, suivit malheureusement le conseil qu^on lui donna de punir sévèrement celle de Thessalonioue. Rufin , maître des offices, tenait le premier rang dans la confiance du prince. Il fit entendre qu'il était nécessaire d'étonner le peu-
§le par un exemple terrible , capable 'arrêter pour toujours les séditions et de maintenir l'autorité du souverain dans la personne de ses officiers. Tout
a qa'aD aTait vu de révoltes depuis quatre sièdes, semblait donner du poids à cette proposition. Il fut résolu que roQ iNinirait les Thessaloniciens par on masncre général. On exécuta 1 ordre jtcc autant de perfidie que de eroatité. Le peuple , invité à une fête, sV rendit eu foute, ne sachant ps qu'il comit à la mort, et les soluats pasfèreot au fil de Tépée tous les habitants siDs distinction d'âge ni de sexe. Le nussacredura trois heures. Sept mille PfnoDoesy périrent. Saint Ambroiseet d'aatres éveques, assemblés à Milan , furent pàiétrés de la |>lus vive doul^r en apprenant ce crime. Saint Amlnt)ise écrivit à Théodose cette lettre que Phistoire nous a conservée :
> Jen'aurai pas la hardiesse d'offrir le saintsacrifice, si vous avez le courage d'y assister. Il ne me serait pas permis de célébrer les augustes mystères en la présence du meurtrier d'un seul innocent; et comment le pournis-jc devant un prince qui vient d'immoler tant d'innocentes victimes? Pour partidper au corps de Jésus -Christ, attendez que vous TOUS soyez mis en état de rendre ?otre hostie agréable à Dieu :
jusque-là, contentez-vous du sacrifice de vos larmes et de vos prières. » Mais la conscience de Théodose lui parlait avec encore plus de force et de liberté. Déchiré de remords, il revient 9 Milan, et marche droit à l'église.
Ambroise sort au-devant de lui, et farrétant à son passive, lui dit : « La " colère ne vous aveugle plus, mais ' votre puissance et la qualité d'em- * pereur offusquent votre raison. »
îbéodose avait i'ame trop élevée pour rougir de l'humiliation qu'il recevait à la ?ue d'un peuple immense, et il offrit de subir la pénitence qu'aucun pftin des faux dieux n'avait osé, dans que laues circonstances à p^u près sem- *»>^, imposer à un priiiie du pagansme. Saint Ambroise interdit à Théo- ^ rentrée de l'élise, lui prescrivit 1^ expiations que les pécheurs accomplissaieot, prosternés sur les marbres du panris, et ne l'admit dans le sanc- ^ire qu'après buit mois d'épreuves.
pendant lesquels Théodose montra autant de patience que de résignation.
Ce grand acte de repentir ne fut pas le seuThommage rendu par Théodoseà i la religion chrétienne.
Un iour il avait assemblé le sénat, et après avoir exposé en peu de mots la folie des idées païennes, il avait exhorté les sénateurs à embrasser « une religion sainte, émanée de Dieu « même , dont le dogme et la morale « pure, simple et sublime, élevaient « sans recherche et sans étude les « derniers des hommes au-dessus des a plus grands philosophes, qui avaient « été supérieurs eux-mêmes aux dieux « qu'ils adoraient. »
On ne pouvait pas parler de Platon et de Socrate avec plus de vénération et de respect, et comme les opinions de ces deux philosophes étaient le retranchement derrière lequel on cherchait à se défendre , c'était ingénieusement honorer ce que les Grecs, dans un enthousiasme poétioue, appelaient la divinité de ces deux génies si illustres. Théodose, comme tous les princes généreux et de bonne foi , avait permis de répondre. Ce que les antagonistes disaient de plus remarquable se réduisait à ceci : « Le culte « qu'on voulait proscrire était aussi an- « cien que Rome; leur ville subsistait « avec gloire depuis près de 1200 ans « sous la protection de leurs dieux. Il « y aurait de l'imprudence à les aban- « donner pour aoopter une religion « nouvelle dont les effets seraient « peut-être moins heureux. »
Du reste l'empereur n'exclut pas même les païens des dignités, et la différence de religion n'effaçait pas dans son esprit le mérite des talents et des services; mais prétendant que l'état, environné de Barbares, avait plus besoin de soldats que de victimes^ il ordonna au trésor public de ne plus subvenir aux dépenses du culte païen Dès lors les sacrifices cessèrent, les fêtes des dieux commencireut à tomber dans l'oubli , les temples païens furent abandonnés, et leurs ornements transportés dans les églises chrétiennes.
Théodose en mourant laissa deu>
fllB, Arcaditts et Honorius, bérftiets du trône et non pas du courage et du bonheur de leur père. Théodose ^ moins imprudent que Constantin, n'avait partagé l'empire qu'en trois parts, remises aux soms de trois gouverneurs. La partie orientale était confiée à Rufin, l'odieux conseiller du massacre de Thessalonique ; la partie occidentale à Stilicon, la partie africaine à Gildon. Ceux-ci, à la mort du maître, ne pensèrent plus à gouverner seulement ces provinces, mais à s'en emparer. Rufin et Gildon, valeureusement attaqués à la suite d'une révolte, furent vaincus : Stilicon , qui résidait en Italie, plus adroit, cacha ses desseins. Il promit obéissance aux nouveaux empereurs y et d'un autre côté , il suscita des troubles pour parvenir hii-môme au pouvoir. Cherchant à rendre les Visigoths ennemis des fils de Théodose, il engagea ces derniers à ne plus accorder la paie que la sagesse de leur père avait allouée à ces Barbares; ensuite ce même Stilicon , dans sa méchanceté perfide, ne pensant pas que ce désordre suffit pour agiter l'empire, invita secrètement les Bourguignons, les Francs, les Vandales et les Alains, autres peuples septentrionaux , qui ambitionnaient aussi de nouvelles terres, à se saisir de quelques provinces romaines.
Les Visipths, trompés dans leurs droits acquis, et frustrés de leurs subsides, créèrent roi l'un d'entre eux, Alaric, et remirent entre ses mains l'au-. torité la plus absolue. Aussitôt Alarlc pense à chercher des royaumes , et il envahit l'Italie, pille Aquilée, force Honorius à abanuonner Milan. Stilicon, désormais fidèle à son prince, mais traître à Alaric qu'il avait appelé, l'attaqua un jour de Pâques près de Plaisance. Les Visi^oths, nouvellement convertis à l'ananisme, qui admettait à toute rigueur qu'un Jour de Pâques était un jour sacré, crurent commettre un sacrilège en acceptant le combat, qu'ils voulaient remettre au lendemain. Stilicon profite de leur indécision , les repousse et leur enlève la femme du roi et une partie de ses
trésors! mais Alàrio rallie ses troupet, fait un détour et marche sur Rome, par l'Étrurie. Il épojrgna la ville une première fois et se contenta d'exiger qu'on lui rendit son épouse et ou on payât ube forte rançon, qui fut acquittée avec les mêmes trésors qu'on lui avait enlevés. Mais bientôt se repentant de cette magnanimité, il reparaît aux environs de Nami, et n'a plus que quelques milles à parcourir pour entrer dans Rome, ^u'ilveut pilier. On rapporte qu'on pieux solitaire s'étant présenté devant lui dans sa route et le suppliant, en larmes, de se désister d'une entreprise qui allait occasioner tant de meurtres et d'horreurs , il lui répondit : « Mon père, c ce n'est pas ma volonté qui me con- « duit; j'entends sans cesse à mes « oreilles une voix mystérieuse qui « me dit : Marche et va saccader « Rome. » Cette voix n'était pas si mystérieuse; c'était celle de ses généraux, de ses soldats, de la fatalité et du destin de Rome.
Alaric se rend mattre de la navigation du Tibre; H arrête même les bateaux légers qui pouvaient descendre le fleuve. Bientôt la famine ravage la ville. Une cojitagion suit la famine; il faut capituler. Le négociateur envoyé au c^m^p des Visigoths annonce que le peuple rvmain acceptera la paix , mais à dés conditions raisonnables, et
Sue si sa gloire est compromise, il ne emandera qu'à sortir pour livrer bataille. « Tant mieux, répond le roi « victorieux ;Jamais il n'esiplus aisé de « faucher le foin que quand l'herbe est « épaisse. » Il exigea tout ce qu'il y avait dans la ville d'or, d'argent et d esclaves étrangers ; sur quoi le député ayant dit : R Que laissez-vous donc aux 'Romains? » La vie , répondit<>il. Après de longs débats, on convint que Rome donnerait cinq mille livres d'or, trente mille livres d'argent, quatre mille tuniques de soie, trois mille peaux teintes en écarlâte, trois mille livres de poivre (*), et qu'elle mettrait en otage entre les mains d' Alaric les enfans des
(*) ht poivr«, ait Gibboa, d'aprèf Pline^
plus noMes citoyent. A eesoonditions il promettait non-Mulement de virre en paix avec les Romains, mais encore d^mployer ses armes pour ia défense de iernpire contre quelque ennemi que ce rot. Ponr payer ces efiârayantes contributions, on dépouilla les temples, ti fallut fondre une statue d'or de la Valeur militaire ; et leà détins, qui cette fols étalent yétidi<^es , prononcèrent que dans ce fatal mstant la braroure romaine périssait pour jamais.
Ce terrible Alanc donnait cependant in un témoignage éclatant de son respect pour la profession de foi des chrétiens, qui avait prescrit d'abolir la ser- Tîtude. Il exigeait qu'on lui rendit les Gotfas prisonniers réduits en esdafage. Plus de quarante mille furent ainsi dédarés libres et partirent arec son armée.
Le 24 aodt , à la suite d'une nouvelle euerre, Alaric s'empara une secohde fois de Rome. Ce prince, naturellement porté à une sorte de douceur, permit a ses soldats de prendre ce qu'ils trou- Tpraicnt à leur gré , mais leur recommanda expressément d'épargner le sans des nommes et l'honneur des femmes. Long-temps après, cet exemple ne fut pas imité par les généraux a un prince qui commandait à deux des nations les plus civilisées du 16"" siècle. Alaric défendit sous des peines sévères de brôler les édiOces consacrés à /a religion, et comme Homulus, pour peupler Rome, y avait établi un asile, le Visigoth, constant dans ses idées d^humanité et dé clémence, en saccageant la même ville, y ouvrit deux asiles pour soustraire à la ftireur du soldat qui aurait pu désobéir, les déplorables restes des nabitants. Il déclara oue l'église de St.-Pierre et l'église de St.-Paul seraient respectées c<^»mme un refuge inviolable. A cet effet, il plaça à la porte de ces temples ses sardes les plus fidèles et les plus disciplinés. H avait choisi ces oeux églises non-seulement par vénération
ctah IHncrèdieat faTori de la cuisine la plus des Hom^Ds; la meilleure espèce alors xa fr. la livre.
pour les deux fondateurs de Rome chrétienne, mais aussi parce qu'étant les plus spacieuses, elles pourraientsauver un plus grand nombred'infortunés.
Hâtons-nous de le dire, pour oublier rapidement une indigne bassesse, plusieurs Romainsfugiti6 eurent le temps de s'embarquer et de se sauver à Carthage, où leur premier soin fût de courir au théâtre et de prendre part dans les factions des spectateurs.
Pour réfuter les païens qui attribuaient tant de malheurs au christianisme, saint Augustin écrivit son livre de la Cité de Dieu, Orose composa son histoire universelle dans le même but, et Salvien les imita. Dans leurs écrits ils représentent les calamités romaines comme la punition des crimes.
Rome avait donc vu fuir, ou périr de misère, ou retourner à la liberté, le plus grand nombre de ses habitants. Elle avait perdu son or, ses richesses, mais elle avait conservé la plupart de ses églises, et surtout les principaux monuments élevés par ses premiers empereurs , le Colysée ou amphithéâtre Flavien, ses arcs, ses thermes, le Panthéon. Les Barbares avaient cependant enlevé les bronzes qui les décoraient .
ou qui pouvaient en assurer la solidité^ Le Forum (*) aussi présentait encorte intacts presque tous ses monuments , dont nous ne voyons plus aujourd'hui que les ruines. (V07. pi. 2.)
(*) Fidèle à notre principe, tions donnons ici une idée du Fonim tel qu^on le voit ï peu près aujourd'hui. On distingue, en eommençint par la gauche, ' Tare de Septlme - Sévère ; > le temple d*Antonin et Faustine; ^ le temple de la Paix, que divers auteurs veulent appeler la basilique de Constantin; 4 le temple de Rémus; & une vue du Colysée; ^ le temple de Vénus et de Rome; 7 Meta Sudans ; * la colonne'dePhocas (nous la donnerons à part telle qu'on peut la voii aujourd'hui); 9 Tare de Titus ( depuis il a été mis à terre pièce par pièce , et chaque pièce a été replacée, à son.rane, dans une construction moderne qui assure Ta solidité de Tare ancien) ; *<* le temple de Castor et Pollox; XI le temple de* Jupiter tonnant; >* le Curia Hostilia; '^ le temple de la Concorde ou de Jonon Moneta; <4 débris do palais des Césars.
prince, plein de ces idées de gloire rt de grandeur, ne balança pas à attaqoer, près de Cbâlons-sur-Mame, Mérovée, roi des Francs, combattant de eoDoert aTec Aétius, général des Romaitf, et Théodoric, roi des Visi^otiis, petit- fils du grand Alaric.
AîtiJa occupa de sa personne le centre àf m armée, où il rangea ses sol- <fat3 les pim courageux ; sur les ailes â ^laça les troupes des divers peuples <p û arait soumis à sa puissance , parmi lesquels se distineuaient les Ostrof^otfas, sous les ordres de leur roi Vclàmir. Il y avait entre les armées uoe hauteur que les deux chefs vouiâient occuper. Aétius y arriva le pre- >nier; alors Attila harangua ainsi ses ^pes : m Après tant de victoires, ^ dit-il, apr^ avoir vu le monde soumis à vos armes, il serait absurde dfToosexciterpardes paroles, comme des hommes qui ne connaîtraient pas ^ bataiUes. Je laisse ces soins à un autre général, à une armée sans expérience. Il n'est pas permis à inoi de rien dire de vulgaire, à vous ^ Tentendre. A quel autre exercice ' T^ )a guerre étes-vous accoutumés.' Qaoi de plus doux pour le brave que d'armer son bras pour punir l'm- ^^ l Cest un grand don que nous rait la nature, de rassasier le cœur â>ec la vengeance. Attaquons viveoj<nt Tennemi. Ils sont toujours plus aodacieux ceux qui apportent a guerre. Vous voyez rassemblées ^ntre vous des nations dissem- 2^^ : c'est un indice de peur, de 8*étre associés pour se défendre.
^ avant la mêlée ils sont en proie J^ terreurs; voyez : ils cherchent •o lieux élevés, us ont trouvé leurs ^^^lolwaux. Nous savons combien ^ont Itères les armes des Romains, ^^blâ, non pas à la première bles- ^1 mais à a première poussière.
Pendant qu'ils prennent mal leurs '^t courez sur les Alains, pré- ^Pj^-vous sur les Visigoths.
AuoDs, livrez-vous à votre fureur ordmaire. Aucun trait ne peut per- ^coaqui doivent être vamqueurs :
"> deilins frappent dans l'inaction
« ceux qui doivent nâourir. Enfin, « pourquoi la Fortune aurait-elle rente du les Huns vainqueurs de tant de « nations, si elle n'avait voulu les « préparer aux joies de ce combat ? » (Expression sublime dans un Scythe! ) « Ce ramas d'hommes ne pourra sup- « porter les regards des Huns. Le pre- « mier, je tirerai mon javelot : si, quand « Attila combattra , un seul de vous « reste oisif, il est mort. »
Tel fut son discours : la bataille fut sanglante. Mérovée fit des prodiges de valeur. Les Romains ne voulurent pas cette fois encourir le reproclie d'être le peuple le plus avili. Les Visigoths voulant venger la mort de Théodoric , tombé de cheval et écrasé dans le combat, s'élancent sur les Huns , et ils auraient renversé Attila lui-même, si, voyant ses lignes entamées de toutes parts, il n'eût pensé à se retirer dans un camp retranché que sa prévoyance avait fait entourer de mille moyens de défense.
Le lion, disent les historiens, ne tarda pas à frémir dans l'antre qu'il avait pris pour refuge. Attila dégage le reste de son armée, prend le chemin de l'Italie, et s'empare de Milan.
Rejoint par des renforts considérables que sa prudence s'était ménagés dans ses états du nord, il assiégea Aquilée, qu'il bloqua pendant près de deux ans, en ravageant les environs. Ce fut l'occasion de la première fondation de Venise, que commencèrent à bâtir des pêcheurs fuyant dans des marais la fureur d'Attila. Ayant pris Aquilée, il la rasa, courut à Pavie, et il s^avançait pour assiéger Rome.
Le pontife qui alors gouvernait le saint-siége, où il rappelait l'éloquence de saint Ambroise, et l'érudition de saint Augustin, fut invité par l'empereur d'Occident, Valentinien III, à faire tops ses efforts pour désarmer Attila. Le saint pape Léon , accompagné de peu de personnages de sa cour, alla au-devant du formidable roi des Huns, qu'il rencontra dans un bourg près du Mincio. L'asp^ du vénérable pontife, la dignité de ses traits, ses paroles nobles et conciliantes, adouci*
fo
L'UNIVERS
rent le vainqueur, qui consentit à retourner en Pannonie^ ot^, avant de partir, il avait eu soin , comme on i*a vu et contre le voeu des lois, de conserver Fautorité et jusqu'aux biens qu'il avait possédés.
Attila ) de retour dans ses états, continua d'inquiéter les Romains par des demandes de subsides, et surtout par l'insistance généreuse qu'il mit à réclamer tous les esclaves barbares qui étaient ci Constantinople, et qui même pouvaient encore se trouver en Italie.
Il montrait en cela cette bienveillance pour son peuple, dont Alaric avait donné l'exemple dans ses irruptions à Rome. Un des hommes qui jouissait d'une grande considération auprès du roi des Muns, était Ore^te, notaire et honnne de cour, suivant ce que dit Priseus, et qui, quoique Romain d'origine, remplit long -temps les fonctions de secrétaire et d'ambassadeur d'Attila* Wous verrons cet Orestè reparaître et jouer un rôle important. Il n'avait pas perdu de vue sa patrie, et les desseins qu'il dévelopjKi depuis, prouvent que ces transfuges, 'pour arriver à la puissance dans leur pays, se servaient du crédit que donnaient (les emplois auprèsdes princes barlmres. A prèsdi verses autrestentatives dans lesOaules, Attila avait rassemblé une armée formidable; il allait entreprendre de nouvelles attaques, lorsqu*il mourut étouffé par une hémorrhagie, l'an 453. Les Romains et les empereurs de Constantinople ne purent s'empêcher de lui accorder leur estime: il avait sauvé du pillage la ville des premiers, et sa grande ame avait pardonné à des assassins ehvoyés par les autres pour le faire périr.
Cependant cette estime n'a-t-elie pas dû être mille fois accompagnée de ientiments de crainte, quand ce prince réclamait Honoria , sœur de Valentinien III, qui avait demandé au roi barbare l'honneur d'être une de ses épouses , et quand il voulait pour dot la moitié des provinces de I empire; quand ce prmce, à la vue d'un tableau 0Ù un empereur des Romains était représenté sur un trdne, recevant des
Scy^es prosternés, avait ordonné au pemtre d'effacer le tableau , et de substituer à la première composition , le toi des Huns assis sur son trône , et les empereurs romains déposant à ses pieds des monceaut d'or; quand ce
S rince envoyait des ambassadeurs à lyzance et à Ravenne, qui s'exprimaient ainsi devant les empereurs :
« Attila, ton mattre et le mien, t'enjoint « de faire disposer un palais pour le « recevoir ? »
Le Fléau de Dieu ayantdisparu de la terre, il resta dans l'Italie un sentiment de confiance plus marqué aans la protection que Ton devait désormais attendre des papes.
Les écrits des pères de l'église avaient porté au loin la réputation du saint-siége: quelques pères de Téglise grecque témoignaient à leurs frères dé Rome des égards et leur envoyaient des marques constantes d'attachement. Saint Ambroise, l'un des Principaux ornements du christianisme e rOccident, avait hautement établi Sue les évêques étaient les régulateurs e la morale. Saint Léon , en sachant prouver à Attila que les rois ne devaient pas abuser de leurs conquêtes ; que Dieu châtiait quelquefois les vainqueurs qu'il avait le plus favorisés , ce qu'Attila avait éprouvé lui-même dans les plaines de Châlons-sur-Marne, faisait à son tour reconnaître que les évêques commençaient à être les arbitres de la politique, et surtout de celle qui devait tendre à empêcher les Barbares de régner en tyrans dans l'Italie.
A cette époque les arts florîssaient à Rome moins qu'à Constantinople , ihais plus que dans aucune autre ville de la péninsule. C'étaient malheureiisementdéiales arts dégradés. Orin'étu-
Salt plus la nature , comme les anciens recs l'avaient enseigné les premiers.
Tout avait un type que l'on suivait avec une exactitude scrupuleuse. L'amour du beau, le tact qui sait le cherèhcr et le découvrir, avaient cédé à un système d'imitation sans choix et sans intelligence. Si le dessin qu'on avait sotfs leâ yeux dfirait quelque më-
Suïopliigc von Junlui Bïiiu> und AnicLui FVobui
tTALlH.
iiis,Poatrt^pftVtfd|Miit de ce mérite.
SîTofl oonait on modèle défectueux, b oopM ofifrait toutes les diffoirmités ^ moâdè. Nous atons des praiyes «itb^titiqoes de Pétat de là sculpture dau dtt temps si éloignés de nous.
Le sarcophage de lunius Bassus , tnHiré en 1595, Sous Clément VIII , appartient éridemment à Tan 359 , époque de la mort de œ préfet de Rome. Ce monument en tnarbre de Pan», sculpté probablement à CoDstantinople, est partagé sur la partie de derant en dix dlrisions, dont rnq sont en haut , et cinq au dessous : chaque dirision est séfàrée par une fokmne oui a encore quelques formes df bon stjle. Les difierentes divisions rft^rnt, entre autres sujets, Abraham <|ui sacrifie son fiJs Isaac; saint Pierre ^\ renie Notre Seigneur; Jésus-Christ ronduit devant Piute; Job assis sur 9m fumier; Adam et Eve, autour de Tarbre défëndti ; Daniel dans la fosse aux lions, et divers autres traits de raocien et du nouveau Testament.
Pwisqn'nn préfet de Rome, à cette époque, était déposé dans un tel sar- Cf^we, oh cohjecture aisément en T^bonneur était déia la religion 2]^nne. Phis tard , le tombeau de "i*wct de Proba (*), qu'on voit en-
n '«ni BiusnSt doot il a été parlé plu bail, élut prttfectm urh'u, ]>réfet de Aoae. U Boonit en SSg. Les fonctions dont " éUit revêtu répondaient i celles de gou- *«n)nir.n exerçait non-seulement Tautorilé ■nliiAîre, mais même Tautorité civile. Sur ^ DKRuiiDent la perspective linéaire est mal ^ff'fe. Les femmes ne peuvent visiter Té- ^âe loatcrraine de Saint-Pierre, où il est r*^, qa'mie (ms par an , le jour de la s»- <^« ftte de la P«nfecdte , jour uA l'entrée ^"j^^^dwanx hommes, et où cette église "wiqiihectt édalfée somptneusementJk ox *''*»épn^Mq de Tannée, ws femmes ^ peu- *^ Mirer atee des permissions spéaales.
.^«rcopbaae de Probus, préfet du pré- ^rv, et de FÏoba , sa femme, représente, **v U partie postérieure , ces deux époux se ûimuani la main: on voit, sur la partie ana'^*."''' ^'"C- entouré de ses apôtres, et J'^ê Mr tm petit monticule d*où quatre '«'H t'éduippent à la fois. Bosio croît ^ tn flcntei sd« le Nfl, rEapbrate, le
eore dans une diapdle deSâînthPierre^ qui a servi long-temps de fonts baptis* maux, et qui apparâent à une époque postérieure de près d'un siède, représente Jésus-uhrist entouré de ses apôtres. Ce tombeau était celui d*un
Sréfet du prétoire à Rome, c'est-àire d'un aes magistrats militaires les Sltis élevés. L'art s'y montre encore ans un état de décadence plus marqué. Comme on n'avait commencé gue tard, à cause des persécutions, a composer ainsi des monuments chrétiens, les types offraient constanunent quelque chose de la médiocrité du talent de repose. Il semblait aussi que les autorités voulaient s'affranchir des dépenses qu'exige nécessairement la protection accordée aux arts, et que les artistes se montraient peu jaloux de composer des ouvrages d'imaçination. Ce fîit chee les uns cette aétestable avarice, et chez les autres ce manque, si peu naturel et si rare depuis, d'amour-propre personnel, et cette absence de passion pour la gloire, qui nous expliqueront ~peut-etre pourquoi on éleva un arc à Constantin, en employant les bas-reliefs et les colonnes qui avaient orné un monument dédié a Traian. La basilique de Saint-Paul, dans le même temps, s'enrichit des 34 colonnes de marbre violet qui, dans ce qu'on appeUe aujourd'hui le château Siednt-Ange, avaient soutenu le temple rond, péxiptère (*), que l'empereur Adrien s'était dédié à lui-même vers l'an 180.
Si la sculptiure gémissait dans cet état d'avilissement, au point de ne plus savoir que déplacer le beau pour former de nouveaux monuments, la peinture n'était pas cultivée avec plus d'enthousiasme; c'était à peine si l'on voyait de loin en loin, dans les maisons des j^rticuliers, des fres^es semblables a celles de Pompéi, qui ont
Tigre et le Phison , quUI appeUe les quatre fleates dtt Paradis. ( Y . las aeuz sarcophages, pi. S.)
(*) Édifice qui à des coloniies koléet dcAi t<rat son pourtour eitérieur.
L'UNIVERS
le même flge que celles des thermes de Titus (Fan 79). Le christianisme, arrivé tard pour les arts, se contentaitil de ce qu'il trouvait' Après avoir substitué des sujets sévères tirés des saintes écritures aux scènes voluptueuses empruntées à la Fable, se bornait-il à répéter ces sujets nouveaux avec fidélité, sans s'attacher à poursuivre un progrès? On a dit que l'autorité des premiers pères prescrivait ce respect traditionnel, que cette sorte d'immobilité était commandée par. la discipline des arcanes de la religion qui était encore toute mystérieuse; et en effet, même aujourd'hui, il est resté quelque chose de cet usage d^s les habitudes des peintres d'églises de la Russie. Les
5 opes ne veulent dans les temples que es sujets donnés, exprimés de la même manière, revêtus des mêmes couleurs, des mêmes glacis, des mêmes ombres, et tellement ressemblants entre eux, que le talent des artistes différents est difQcile à retrouver, et qu'il ny a qu'une légère teinte d'indécision qui apprenne si on voit l'ouvrage d'un maître ou celui d'un élève.
La mosaïque du grand arc de la principale nef de Saint-Paul, endommagée par l'incendie de 1823, fut composée vers 440, sous le même Léon que nous venons de voir rendre de si éminents services à l'église et à l'empire d'Occident. Cette mosaïque produit un effet solennel. Jésus -Christ y est re-
Srésenté environné des 24 vieillards e l'Apocalypse. On y remarque aussi saint Pierre et saint Paul. Ils étaient là bien ingénieusement placés, ces deux apôtres protecteurs, dont les temples avaient recueilli tant de victimes qui redoutaient les violences des soldats d'Alaric. L'ensenoble de cette composition est d'un travail peut - être inégal, mais encore aujourcrhui digne d'être observé. Léon XII , Pie VIII et Grégoire XVI ont ordonné les réparations qui étaient nécessaires.
Toutes les branches des arts suivaient une semblable direction sur tous les
r>ints de l'Italie, à Naples , à Ravenne, Milan et à Pavie. Partout même sys-
tème, même froideur, même médiocrité. Le christianisme devait, dix siècles après, à Rome même, sous le grand Raphaël et sous Michei-An^e, faire paraonner d'une manière bien éclatante ces premiers temps d'une sorte d'indifférence pour les arts.
Les mœurs étaient souvent celles des anciens Romains. D'un côté, de riches personnages consulaires répandus dans les villes les plus opulentes , se voyaient entourés de leurs clients et de parasites flatteurs, ainsi au*au temps de Martial. D'un autre côte, on devait souvent louer plus de pudeur chez les femmes : car aéja avaient apparu quelques-unes de ces chastes vierges chrétiennes, bien plus honorables que les vestales, puisque leur sacrifice était plus étendu et plus volontaire. A trente-six ans , une vestale était libre de rentrer dans la maison de ses prenis : chez les vierges chrétiennes , le sacrifice durait toute la vie. Aucun sentiment d'orgueil patricien n'était venu prescrire des devoirs pénibles qui , chez les vestales , furent quelquefois interrompus par de coupables faiblesses. L'institution du sacerdoce de Vesta durait encore sous Théodose -le -Grand, car Synnmaque, en 384, ordonna d'enterrer vive une vestale qui avait violé ses vœux , tandis qu'aucun évêçjue n'avait eu à punir la vierge chrétienne, qu'une loi morale seule retenait dans le devoir inoposé par ses serments. Enfin les derniers actes de la vie de la mère de Constantin avaient excité à une vie plus austère d'autres Cbmélies. Mais généralement les mœurs du reste de la nation étaient empreintes de ce gotlt de dissipation , de spectacles et de débauches, encore augmenté, s'il était possible, par la dépravation de beaucoup de Barbares, aéserteurs effrontés des vertus sauvages qu'ils avaient apportées de leur pays, et qu'ils ne ;sa vaient souvent m conserver, ni re prendre, au sein de tant de corruption et de mauvais exemples. On remettait hautement les combats de dadiateurs, oui s'étaient maintenus malgré une loi de Constantin. Honorius les avait abo-
IS
^ <B 406, parce qu'an anachorète, MnméTéiéiDaque. venu exprès d'Ofiept pour en arrêter Fabus, s'étant jeté dais f arène au milieu des combattants, avait été tué à coups de pierres par^ipectateurs.
Od a biâmé Constantin transportant Banc à Byzance, et voulant défeodftlidoirede la viUe de Mars, là « dk n'était pas attaquée ; on a blâmé Œçwt plus vivement Valentinien III
rttaiit &ome, pour transférer le siège rempire occidental à Ravenne. De ^ fautes, si oe sont là des fau- ^t ce que je ne suis pas porté à °w«, oeprouvent-elles pas seulement ^ le système absolu et tyrannique de omtraljsation qui avait si efficacement jidé le sénat et le peuple romain, et, ^is, les autres empereurs prédéces- ^^on de Constantin , à gouverner le ^€ , d*un seul signe parti du haut |u€apitoie, que ce système n'était pioB praticable, par suite de circon- ^^«u» difficiles a deviner ? £n eff«t , iM)ustroavoii5t)i^QiiansRome de hauts ■^èies de vertu qui appartiennent au Qute nouveau , mais une juxta-posi- »pQ <léplond)le les jetait péle-méle à 2^ «le vices invétérés, obstinés, et d^cnospoDulaires. C'est le propre des TertiB Doues et fortes de se montrer JlJI'^^ois absorbées dans TaccomrJ^'WBt de leurs devoirs, et sans 'Mwjence pour les égarements des autres. Cest aussi le propre des âmes ^Jf'wnpw» de rapporter tout à elles- ®™^» de haïr ceux dont la conduite ^ un rteroche vivant et animé, prêt à *^r les crimes d*autrui. Dès lors, My a plus d'accord dans une ville *»*! habitée, il n*v a plus de confor- ^^ de vues ; il n^ a plus de dévoue- J™^ réciproques. Tout ce comman- *°jent central, qui tirait son énergie r* ' onion , d'un assentiment général , «Tanabic, à des désirs de gtoire, de ?'3ndeor et de suprématie nationale , ^commandement qui semblait at- ?*J au sol, y vivre, n'en sortir T^^i et comme enraciné dans le J^'"'», cette autorité une et déci- **J^ perdu sa puissance. Rome apl'^^t tous les matins, ou dans les
temples dédiés au Christ, ou dans les thermes consacrés aux agréments de la vie, que les Barbares s apprêtaient à n'être plus aussi indulgents qU' Attila, età renouveler les scènes horribles des funestes tempsd'Alaric : Rome, qui avait facilement réparé ses désastres, désormais tout entière à ses prières et à ses plaisirs , ne s'imposait m sacrifice d'argent , ni élan de patriotisme. Le peu d'hommes politiques qui restaient, purent donc croire qu'il fallait aller défendre sur la lisière de l'Italie cette Rome trop livrée peu1>^tre à ses ex* tases, et certainement trop abandonnée à ses voluptés.
Rome n était plus dans Rome; elle n'avait jamais été à Byzance , elle devait encore moins se retrouver à Ravenne. Mais il devait résulter un bien de cette détermination stratégique.
Genséric, roi des Vandales et maître de l'Afrique, est appelé secrètement en Italie , par £udoxie , veuve de Valentinien , indignée que son successeur, Pétrone Maxime , l'eût forcée à lui donner sa main. Genséric accourut avec la rapidité de Tépervier, tant était irrésistible le charme qui attirait les Barbares en Italie. Il trouva Rome réduite à invoquer les faibles défenseurs que nous venons de signaler. Il la saccasea de fond en comble, la dépouilla de l'or qui lui restait, et après quatorze jours, se rembarqua pour r Afrique. Les Romains, pour la plupart, avaient fui dans les montagnes voisines. Revenus dans leurs foyers , ils reconnurent comme empereur Avitus, né en Auvergne, d'une famille illustre; et lorsqu'il fit son entrée par la voie Flaminienne, ils accueillirent le nouveau maître avec les plus vives acclamations, lui recommandant surtout de ne Jamais les quitter. Celui-ci confia sur-ie-champ le soin de venger Rome à Ricimer, qui battit les flottes de Genséric et rétablit l'autorité romaine dans toutes les îles de la Méditerranée. Mais comme on ne savait alors répondre aux marques de confiance d'un prince que par la trahison, effet inévitable des fortunes subites,
ié
L'UNIVERS
dM avéBemaiti imprénu, de Jakmiies peut-étte raitonmibles , et du concours de tant d'hommes nouveaux, Eicimer, que ses victoires avaient rendu oéièbre, se révolta contre Avi* tus, le surprit dans Piaisanee et lui fit aMiquer Tempire. Avitus chercha des consolations dans les fonctions de réiliscopat de cette ville , s'v fit sacrer; mais bientôt, craignant œétre assassiné par ordre de Ricimer, il voulut aller finir ses Jours dans sa patrie, où la mort, qui le surprit en chemin, l'empêcha d'arriver. On peut observer que cet empereur ne crut pas déroger en acceptant Tépiscopat.
Léon, soldat obscur, né dans la Thrace, se fit alors sacrer empereur à Constantinople, par Anatole, pateiarche de cette vide. Ce fut la pre* mière fois qu'un ministre de Té-
Slise posa la couronne sur la tête 'un prince, et cet exemple fut, depuis , imité dans l'empire d'Occident.
Cet empire, après aes malheurs de toute nature, avait à recevoir le dernier, le plus grand affront. Ce notaire, ce secrétaire, cet ambassadeur d'Attila, ce Romain parjure, cet Oreste qui, d'ailleurs (car il ne faut pas croire que les hommes les plus coupables n'aient pas h s'honorer de quelques vertus), avait peut-être secondé saint Léon détournant Attila de son expédition de Rome, Oreste devint maître de l'empire. Envoyé par l'empereur Népos dans les Gaules contre Euric, roi des Visigoths, et se voyant à la tête d'une armée, il lui vint dans la pensée ou'il valait mieux être maître que général de l'empire, et il marcha sur Ravenne. Pour dépouiller de si fiiibles souverains, il sulnsait de l'entreprendre. Mépos prit la Alite. Quelle fut la pudeur oui empêcha Oreste de ceindre le diaoème? Craignait- il de compromettre plus tôt sur le trône une existence méprisée ? Voulait - ii sacrifier sa propre ambition pour assurer à l'avance l'autorité d'un des siens? Nous ignorons les motifs qui déterminèrent Oreste. Ce qui est certain, <^est que le nouvel usurpateur , celui qui avait la oouroane ouïs set
mains, en orna le fipMitd'iui autre et déclara empereur d'Oocident son fils nommé Romulus, et surnommé Auguste , avant même de parvenir à rempire; en sorte qu'étant empereur, il portait deux fois ce nom, conune nom propre et comme titre de souveraineté. Les Romains, qui avaient toujours été moqueurs et malins , ainsi qu'ils le sont encore aujourd'hui , l'appelèrent communément Augustule, a cause de sa gronde Jeunesse. Romulus- Auguste, par ordre de son père, fut proelamé empereur le 89 août 475. L'histoire ne dit de ce nrince que ce qu'Homère a dit de rîirée, ^'il était parfaitement beau , sans lui attribuer aucune qualité , ni même aucune acti<m : Oreste gou* vema sous son nom. Romulus-Au« guste ne tarda pas à être renversé par Odoacre, Goth de naissance, l'un de ses gardes, et qui se mit k la tête des Barbares nommés Squires, Hérulea et Turcilinges , alors au service des empereurs , et qu'on appelait en général Goths. Odoacre, ayant déclaré la guerre à Romulus, ainsi qu'à Oreste , régent, cehii-d se retira à Pavie. Les soldats des rebelles l'ayant poursuivi , le firent prisonnier et brûlèrent ensuite cette ville. En 476 le vainqueur Odoacre se fitcouronner à Rome roi d'Italie. On a vu jusqu'ici commettre tant de crimes et immoler tant de victimes à ce qu'on appelle les calculs de la sereté et de la politique, qu'on sera étonné qu'Odoacre se soit contenté de la mort d'Oreste et de son frère Paul , et qu'il ait feit grâce à Romulus-Auguste. Il estprouvé «l'Odoacre lui laissa la vie: cet enlant se dépouilla luimême de ses ornements impériaux , comme s'il avait été acteur dans une scène de théâtre , et ii lui fut permis de se retirer pré» de Naples, où ce dernier empereur de Rome mourut en simple particulier, jouissant d'un revenu considérable que lui avait assigné Odoacre. Un roi , né Barbare, se montra ici plus humain que beaucoup de Romains, ses prédéeeMeurs^qui auraient été incapables d'une aussi longue magnanimité, ctil cnmnunta à gouveiw
oer ritalie arec une sorte de modéraim qa'dkn'afaît pas toujours trouvée dus ses maîtres précédents.
Telle fat la révolution si mémorable
par Vuplte Tempire romain, oui
comptait abrs 1229 ans de la fonaa-
tioQdeRome, et dont la ruine avait
^ coDoenoé à se manifester sous
U&ftw, fils de Tliéodose, prit fia
R> tkideat, là où ce même empire,
/mprement dit, était né 606 ans
•^pira^ant, lorsque la victoire d'Ac-
tjuffl, ^agoée Tan 723 de Tavéne-
'^J<»t de Romukis, en avait assuré
^ paisible possession entre les mains
4 Aiu!aste. Cet empire , qui avait ras-
>^di(f en kii presque tous les royau-
Rin connus, a la suite de plus de
qi'Jtre cents batailles, et (font la
{"j^sance semblait devoir égaler la
i'iTft du monde, ne put résister
' 'uMenips aux embarras de sa vaste
f'iHiuc. Des barbares qui n'avaient
^'^edu fer, des barliares que repous-
^it leur patrie , des barbares que
^•^ic elle-niéme avait en partie civili-
^: se précipitèrent sur des provinces
^<^endues par des soldats gorgés d*or ,
^ J rtafaèirent les états qui subsistent
i présent. L'on peut remarquer cn-
^rv que cet empire, qui naquit sous
un Auguste, périt, par une sorte de
•^fontrc bizarre, sous un autre Au-
^»*t, k qui son père Oreste (nom
srmstre) avait encore attribué, par
un orsrueil qui devait être sévèrement
P«ni . le nom de Roniulus.
^ousdirons ici quels étaient les peu-
pK^qui occupaient les débris du reste
y' I fnîpjtc romain. Ces peuples , desti-
^ a revenir souvent en Italie, où
qupi(|ue$.iiQ^ d'entre eux possèdent
3u|our(2'lMij des places fortes avec ou
^0$ la souveraineté du pays , ne peu-
'«t pas être perdus de vue.
^^« Zenon, de retour à Byzance,
!r**jt son soéj^ sur tout rOrient.
f^ nomme, qui souillait le trône de
îj'^stantinople d'autant de crimes que
• «on en avait commis sur celui de
^j^A ^^ naalfeit, et extrêmement
, ^- Couvert de poUs depuis la tête
r^aux pieds, fl avait la flgure d'un
^vit, et| sous cette flgure dégoû-
tante, nne ame abominable. Lâdw, timide, ivrogne et impudique jusqu'aux excès les plus odieux, d'un caractère féroce et brutal, ce prince manquait de parole autant de fois qu'il croyait pouvoir le faire avec avantage.
Attaque par Tbéodoric TAmale, roi des Ostrogoths, il s'en délivra en lui , conseillant d'aller à Rome détrôner Odoacre , et en lui promettant de ne pas l'inquiéter dans la jouissance de sa conquête. Zonare, bistorien grec du XIP siècle, assure que les crimes de Zenon devinrent si borribles , qu'Ariadne sa femme, qui souhaitait ae faire régner Anastase, fit enfermer son époux dans un sépulcre où il expira en appelant à son secours, et en dévorant ses bras. Ainsi la partie occidentale de l'empire, administrée assez régulièrement par le Gotb Odoacre, avait été plus heureuse, sans doute,^e la partie orientale soumise à Zenon, de Tune des familles les plus distinguées de risaurie. Nous acbèverons de dire comment était gouverné le reste de l'empire. Les Ostrogotlis occupaient la l^Iésie et la Pannonie ; les Suèves et les Alains tyrannisaient la Gascogne et l'Espagne ; les Vandales n'avaient pas quitté l'Afrique ; les Francs et les Bourguignons s'étaient affermis dans la partie septentrionale des Gaules.
Cet autre Théodoric, roi des Ostroeoths, dont nous venons de parler, différent de celui qui étant roi des Goths, avait perdu la vie en aidant Mérovée et Aétius à repousser Attila; cet autre Théodoric, à qui Zenon avait cédé des droits contestés sur l'Italie, flatté de l'espérance de régner dans Rome à la suite de cette multitude de Césars qui avaient vu l'univers soumis à leur sceptre, fit de formidables préparatifs dans Noves, en Mésie. A la tête d'une puissante armée , dans laauelle se voyaient un assez grand nombre de vétérans des troupes d'Attila , il se mît en mouvement, en 488, pour aller attaquer Odoacre, le joignit bientôt, et le vainquit une première fois près d'Aquilée, le poursuivit avec acharnement, et lé battit encore sur l'Adda, rassiégeft
L'UNIVERS
dans Ravenne , accepta sa capitulation, lui promit la vie , et ne se souvenant pas aue le dernier prince détrôné l'avait due à Odoacre » le tua de sa propre main , malgré sa capitulation. Trente ans de vertus et d'actions les plus éclatantes n'ont pas effacé une tache si noire. Mattre de toute la péninsule, il demanda, par des ambassadeurs , et il obtint la main d'Audeflède, soeur de Clovis, se fit reconnaître roi d'Italie en 500, fut reçu par le pape, le sénat et le peuple, comme s'il était empereur, mats ne demanda jamais ce titre. Jaloux des applaudissements des Romains, il chercha par des actes sages et utiles à faire oublier Odoacre, et donna des fêtes somptueuses dans l'amphithéâtre Flavien, qui est loin d'avoir conservé aujourd'hui son ensemble étonnant de magnificence et de majesté (*).
(*) La planche représente Tamphithéâtre Flavien, appelé successivement Coiosseo, Coiiseum , en français Colysée, L'arc qui est à droite est celui qui avait été érigé en l'honneur de Constantin-le-Grand.
L'amphithéâtre Flavien joue un rôle important et singulier dans la suite des destinées de Rome , même après qu'il eut cessé de rcuuir le^ Romains pour les combats de gladiateurs. Il devint, tour à tour, une fortification importante qui réprimait la ville, un hôpital pour des pestiférés , un asile de voleurs , un atelier de faux monnoyeurs , un théâtre de combats de chevaliers se battant pour leurs dames, une carrière de pierres à construction; un lieu sacré, où l'on fonda des chapelles, où Ton donna des missions ; une occasion de gloire pour (élément X , qui a ordonné le premier qu'on respectât cette •rêne arrosée du sa'ng de tant de martyrs ; pour Pie VII, qui y a fait exécuter d'innomorables travaux de restauration ; enfin il est le point qui même encore, de nos jours, excite l'admiration de tous les étrangers. Déjà le vénérable Béda disait en 781 : « Tant que le Colysée durera, Rome durera; quand le Colysèe tombera, Rome tombera; quand Rome tombera , le monde tombera aussi. »
An milieu de la capitale, là où Néron avait formé son étang, Yespasien, après avoir triomphé de la Judée, construisit cet amphithéâtre, afin d'exécuter le projet conçu par Auguste. Suétone dit qa* Auguste avait dé-
Montesquieu, dans ses pages immortelles, a accordé des louanges mé-
cidé qu'il y aurait un amphithéâtre au milieu de la ville ; toutefois il fut achevé et dédié p&r Titus, fils de Yespasien, l'an de Rome 833« l'an de J.-C. 80. On dit que le nom de Coly^c vient du célèbre colosse de Néron, qui du haut de la voie Sacrée, où Yespasien l'avait érigé en le consacrant au Soleil, fut transporté près de l'amphithéâtre. D'ailleurs, cet édinoeest plus que colossal par lui-même. Il a 1610 pieds romains de tour (le pied romain est d'un peu plus de orne pouces de France ), 58x dans son grand diamètre , 481 dans le petit, et i53 pieds de haut, construction dont la magnificence surpassait, en plusieurs parties, celle des pyramides d'Egypte, du temple d'Éphèse, et des autres merveilles du monde. Il est certain que ses ruines, dans l'état même où elles sont actuellement, donnent la plus haute idée de la puissance de relui qui le fit construire : on rapporte que douze mille juifs couduits en esclavage à Rome y furent employés sans interruption pendant plusieurs années.
Dans les détails qui suivent , il y en a beaucoup qui n'ont jamais été publiés en France.
Ce superbe monument avait été destiné spécialement à la représentation de chasses aux bêles , de combats de gladiateurs et de naumachies. Il est de foime ovale, presque tout en travertin (pierre de Tivoli formée du sédiment des eaux ) , avec deux portiques extérieurs qui en fout le tour, et qui ont chacun 80 arcs soutenus par des piliers de six pieds en carré. Ces arcs sont tous les mêmes, décorés des mêmes ornements; cest cependant cette uniformité 80 fois muliipliée, qui produit un des plus admirables spectacles que l'homme ait pu ofhir à l'homme. Ce monument a quatre étages ; les arcades des trois premiers sont ornées de colonnes d'ordt-es divers, en demi-saillie : celles du premier étage sont doriques , celles du second ioniques , celles du troisième co> rinthiennes. C'est comme une addition , sur un seul point, des plus hautes conceptions de larchitecture. Le quatrième étage consiste en un grand mur avec un double rang de 40 fenêtres cliacuu, placées entre les 80 pilastres d'ordre corintnien. Les arcades extérieures du rez-de-chaussée étaient numérotées de I à LXXYI. Les quatre du milieu ne l'ont pas été : elles étaient un peu plus spacieuses. Les deux, qui correspon-
filées k IbécMkme. Ce prince, âevé eoauDe dtage à la ooor deGDDStantinople oo il s'était instruit en i^ilosophie,
éàeaa an cstrémités do petit diamèlre de rèdifice, Mrvaient d'entrée principale, et Vesdcat, qui le litravaieot an extrémiiéa do gnad diamètre, étaient destinées k faciliter PialnMiactiDn des machines, et la circula» tioa ém hommt* charges de servir dans le dnpoe. Les noméros de XXIII k LTV exis- Icoi encore. L'arcade de Tentrée principale, ffli était sans numéro, fut placée entre les noBcros XXXVm et XXXIX , et décorée <ie deux colonnes cannelées de marbre violet en saillie. Le numéro I éiail à la droite de ceux qui entraient par la porte du midi, prs de laquelle on a trouvé une entrée toaterraine faite postérieurement pour le pi»^çt de rcmpereur, anand il se ren- <faii à sa loçe. Ces quatre étages étaient disposés inférieurement , de manière que le premier avait plus de saillie que le second, et ainsi des autres. Les pierres étaient liées enlrR elles avec des goujons de métal , et bs trous qu*on y voit ont été faits par les Birbves , ou par les hommes du pays , qui parent enlever ce que n^avaieut pas trouvé 1rs Bartmres : l'absence des goujons a déffirmé cette oonslruclion. Le larmier, qui finit le quatrième ordre , était percé tout autour de deux cent quarante trous carrés, devant recevoir chacun une poutre qui polah sur une eolonne à plomb au-dessous de Huqne trou. An sommet de ces poutres , était mw poulie dans laauelle on passait une forde qui soutenait le ttelarium destiné è couvrir, au besoin, l'amphithéâtre. Ao-dems de ce krmf er, posait un socle uni , fusant le tour et servant d*abrî.
Il j a^ait 3 ordres de doubles corridors, les ans an-dessns des autres. Il en reste encore à Pexiérieur un côté entier et solide , dont quelques parties paraissent aussi belles que s'il était construit aujourd'hui. Les deux corridors de chaque étage ont chacun i5 pieds de large. Le pavé est d'un ciment ^i a la dureté du marbre , et qui est couvert de petits carreaux, ouvrage que les aaricnsont appelé opus spieatum.
Les proportions de œt édifice sont si belles et H jiKics, qùll n'y a rien hors de mesure, ni qoi puisse être accusé de lourdeur.
Lei excavations ordonnées par les FhmçûSf i qm nous rendons ici la gloire qu'ils Môiteoi, oBit démontré que h podium et ^■tae avaient une bâtisse souterraine , où
•T Utraisom, (Itaub.)
en polit^pie, et même dans l'art mlli> taire, joiffiiait aux vertus des peuples barbares les connaissances des peuples civilisés. Il appela les Italiens aux em* plois du forum, et les Ostrogotbs aux emploisdela ffuerre. Il fit adopter direotement le code de Théodose II qui avait abrogé beaucoup de lois anciennes. Ce code contenait les lois des empereurs chrétiens, les édits, rescrits, ordonnances, et déôretsdu conseil, et il répandait déjà une très-grande lumière dans le barreau. Des jurisconsultes prétendent que le code théodosien, malg'é ses imperfections et plusieurs aces de superstition, peut être quelquefois jugé préférable à celui que Justinien publia depuis. Les Visigoths l'adoptèrent; il a disparu dans les siècles d'ignorance. Ce bienfait de Théodoric ne iîit pas le seul qui le rendit cher à ritalie. Libéral et même magnifique, il n'estimait l'or que pour le distribuer ; aussi grand politique que grand capitaine, il chercha la paix, et sut faire la guerre. Théophane dit que Théodoric était fort instruit; aussi Ton peut ne pas croire au récit d'un anonyme qui assure que ce prince ne savait ni lire, ni écrire, et qu'il se servait d'une lame d'or percée à jour des cinq lettres THEOD, et que passant la plume
se préparaient les manœuvres pour h chane des bétes.
L'intérieur de cet amphithéâtre finissait dans le haut, au-dessus des gradins, par un portique de 60 colonnes de marbre. Elles étaient placées directement à plomb au- • dessus des piliers qui séparaient du second le premier portique extérieur. Les architraves et les ornements de ces colonnes étaient en bois doré ainsi que le plafond. Les gradins , placés au-dessus et au-dessous du plafond , étaient également en bois : aussi les auteurs font mention d'incendies oui firent snspoidre l'usage de l'amphithéâtre. Les Bégionaires rapportent que cet édifice pouvait contenir 87,000 spectateurs. ' Il existe dans le musée du duc de Blacas , une médaille d'Alexandre Sévère, grand bronze, d'une conservation magnifique, représentant au revers le Colysée, tel que nous venons de le décrire, surtout pour la parti* la plus élevée.
L'UNIVERS
dans 868 idées, il formait ainsi sa signature. Ce prince fonda des prix ^ur eeox qui se distin^aient dans les arte. Comme il Toulait et savait foire de grandes choses, il honorait ceux qui pouvaient les écrire et les transmettre à la postérité. Ce fût la Science qui Srocura la faveur de Théodoric et la ignité de consul au célèbre Boèce.
Dans la lettre que ce prince écrit à Vénantius en lui eonforant la charge de comte des domestiques , il dit :
« Que les lettres ajoutent un nouveau « lustreà laplus haute naissance , etque « leur suffrage rend un honune digne « des plus grands honne^. » Il tient le même langage dans plusieurs de ses autres lettres. Il est vrai que c'est Cassiodore qui écrivait au nom de Théodoric, mais le secrétaire n'aurait-il pas rendu le prince ridicule, s'il eût mis des éloges SI pompeux de la littérature dans la bouche d'un prince ignorant?
Dion Cassius , qui a composé une histoire générale des Goths, séduit ap^remment par la prévention qu'inspire à un historien l'amour de son propre ouvrage, allait jusqu'à les comparer aux Grecs pour la science et la sagesse.
Théodoric avait déclaré que les naturels du pa^rs lui seraient aussi chers que ses anciens sujets, et qu'il ne donnerait de préférence qu'à ceux qui seraient plus fidèles à observer les lois.
« Nous délestons , dit-il , les oppres- « seurs : ce n'est pas. la force qui doit « régner, c'est la justice. Pourquoi « établissons-nous des tribunaux , si ce «n'est pour désarmer la violence?
« Vous êtes rassemblés sous le même « empire; que vos cœurs soient unis !
« Les Goths doivent aimer les Ro- « mains comme leurs voisins et leurs « firères, et les Roqiains doivent chérir « les Goths comme leurs défenseurs. »
Ce fut peut-être ce titre de déjenleurs si honorable, ai flatteur, cette récompense due certainement au couram toujours prêt à affronter les périls ne la ]çuerre, eetta dénomination recon* naissante que dans aucun pays on ne doit refoser à l'homme dévoué qui peut mourir le lendemain , en courant remplir son devoir; ce fut peut-être
cette dernière expreaskm de Théodo^ rie, dans laquelle on peut voir que les Goths avaient la première part à son estime, qui les engagea, après ou'on leur eut donné le tiers des fonds de terre, à se prétendre exempts des tues et à les rejeter sur les Romains. Théodoric obligea les Ostrogotha de payer leur quote-part. « Ils ont mau- « vaise grâce, disait-il, de vouloir
< s'affranchir des tributs, je paie plus « qu'eux : car je regarde comme tri- « but le soulagement que je dois à « ceux qui sont dans l'indigence. »
Ne croirait-on pas ces paroles puisées dans lés doctrines du livre de Télémaque?
Théodoric disait aussi : « Où la jus- « tice tient le sceptre, les droits ne « sont pas confondus. Le défenseur « de la liberté ne se propose pas de « faire des esclaves. Que les autres « conquérants pillent ou détruisent « les villes dont ils se sont rendus « maîtres, pour nous, notre intention
< est de traiter les vaincus, de ma- « nière qu'ils regrettent de ne pas avoir « éte vaincus plus têt ! »
Enfin il prit l'habillement romain ; mais il permit aux Ostrogoths de conserver leurs coutumes particulières.
U dut encore être singulièrement agréable aux habitants de Rome , lorsqu'il alla admirer la colonne Trajane, ieCapitole et les aqueducs. Pour entretenir les anciens monuments, il ordonna que les provinces d'Italie fourniraient tous les ans des matériaux de toute espèce à la ville de Rome , et que les particuliers laisseraient prendre sur leurs terres les pierres inutiles et les marbres de démolition qui pourraient servir à la réparation des murs.
Cet usage subsiste encore : seulement à la permission de recueillir des matériaux y on a substitué l'établissement d'une subvention qui a pour but le même cl)jet de restauration. C'est ainsi qu'en vertu d'une ancienne loi de Théodoric, Léon XII a fait réparer en 1837 les désastres de Tivoli (*) où l'A-
(*) u planche 5 représente la grotte àm Neptune à TItoU. LeTévércae, appelé par lea
pour qu'il devfnt une langue nouvdle.
Je partage ropioion de ces philologues itaiîens.
Il y avait eu assez de force dans le rèene de Théodoric, au milieu d'un mélange ue bien et de mal, pour que ses suoocsseurs, soutenus par une msâ bs'^te réputation, conservassent oieique temps Tautorité. Après lui, «le dura eocore 37 ans. Justin ien chassa ces successeurs en envoyant coDtre eux ses généraux Bélisaire et Feunuque Narsès. Celui de ces Ostrogotes que Tempereur eut le plus de peine a combattre, fut Baduéla Totila, raTant-dernier prince, qui reprit, perdît, et recouvra plusieurs fois sa ville de Rome qu'il ne pouvait ni abandonner ni garder. Théodoric, quoique roi d'Italie, n'avait pas dédaigné de reconnaître sur ses monnaies la suprématie des empereurs Anastase et Justin I'. Ou voyait la tête de ces empereurs et Fexergue ordinaire, et au revers on lisait le monogranune TELDORS , quelquefois THEDORS. Il en fut de même pour Baduéla et Anastase. Mais vers les deniers temps, les magistrats monétaires voyant que le pays appartenait tantôt aux rois ostrogoths, tantôt à Jostinien , Grent battre ces pièces d'or si caractéristiques qui portaient à rexergoe, autour d'un visage informe, D.S.S.VICTORIA,iVofre Seigneur in Victoire, Que les peuples étaient à plaindre à des époques si malheureuses ! Cet aveu de leur impuissance ou de leur lâcbeté les sauvait-il des récriminations de chaque parti? Rien n'est plus |Hiopre que la vue de ces monnaies a prouver ^e parmi tous ces anciens Romains si divisés, il ne régnait plus de sentiments de natriotisme, et que le vainqueur, Goûi, Vandale, Suève, Alain, Thuringien ou Romain, était le maître tant qu'il était le vainqueur.
Bélisaire enun s'empara de nome, que Fempereur réunit de nouveau à rempire d'Orient. Sous Justinien, les coQ^ds qui existaient encore furent abolis. Il ot rédiger par Trébonien, son cbancdier, les lois romaines en un corps ^droit,daiislequel,80usle titredeP^/i-
dectes wx Biffes te ^ de Code ti^Institûtes, les modernes ont trouvé des conseils utiles. Ces conseils , joints à une foule d'autres méditations récentes, ont à la fin permis de composer l'excellent code qui régit aujourd'hui non seulement les Français, mais encore une partie des peuples qu'ils avaient vaincus et réunis a la patrie commune, et qui depuis sont passés sous des dominations étrangères.
Justinien respecta toujours l'église romaine : il maintint à la vérité l'évéque de la ville impériale dans le rang
2ue celui-ci prétendait depuis longsmos tenir au-dessus des patriarches d'Alexandrie et d'Antioche, ce que les papes n'approuvaient pas, et ce qui n'a plus d'obiet depuis la prise de Constantinople, mais il reconnut expressément, dans une de ses Novelles, l'évéque de Rome pour le premier de tous les évéques, et celui de Constantinople n'est placé qu'au second rang. Il ôta aux hérétiques les églises qu'ils avaient usurpées, et les rendit aux catholiques.
Justinien dut une partie de ses succès à Bélisaire, à la fois grand général et
grand politique, dont la vie lut cepenant une alternative de faveurs et de disgrâces. Personne aujourd'hui ne croit plus à la fable de sa cécité et de sa pauvreté, qui le forcèrent à demander l'aumône; il dut souffrir assez de misères sans celles-là. On ne peut compter les triomphes qu'il obtint à la guerre ; mais rien n'égale la magnanimité de sa réponse à Yiti^ès, l'un des rois goths qu'il avait vaincus. Celuici avait envoyé des ambassadeurs qui parlaient ainsi : « Romains, nous a étions vos amis et vos alliés, quand a vous êtes venus nous faire la guerre ; « nous ignorons encore les causes qui « vous ont mis les armes à la main. Ce « ne sont pas les Goths qui ont enlevé « aux Romains le domaine de l'Italie ; « ce fut Odoacre qui détruisit la puisc sance romaine en Occident, et qui « s'établit sur ses ruines. Zenon, trop « faible pour se venger du tyran , eut « recours à notre roi Théodoric, et « pour récompenser son zèle, il lui céda,
is
LoDghi, soeoesseor de Ilarsès, araft n fordre d'habiter Ravenne , et d'établir à Rome ua duc qu'on y en- Topit tons les ans de Rayenne ; le dttf supérieur qui résidait dans cette donièreTiUe avait le titre d'exarque.
Ahasj après plusieurs tentatives pour (tetoomer rattention , f(md sur n^ à la tête de ses Lombards, ocnf^ffl un instant Pa vie, Milan, Vérone, Vicmce^toute la Toscane, la plus grande partie des pa^rs qui s'étendent le long de la voie Ftaminienne , et la province qui s'appelle aujourd'hui la Romagne.
pans ces temps, les pontifes, malgré la présence du duc agissant au Qom de rexarque , commençaient à obtenir toutes les prérogatives de souvfrain; fruit d'une rare habileté, et d'une admirable constance de vues, df sentiments et de conduite. Déjà «His Théodoric , qui avait résidé souvent à Ravenne et laissé Rome sans Gince, les Romains avaient pris l'hatude de demander les conseils et la Srotection des^|ies. Les pontifes, «puis saint Pierre, méritaient l'estime uniTerseOe, par la sainteté de Jeur Tje et l'édat de leurs bons exempin. Sous ce prince, l'église de Rome 3vâ(t la prééminence sur celle de Ra- ^f nne , même avant qu'on eût établi «lu'eile faurait sur celle de Constanti- ^Pfe>et Lonain ne détruisit ps ce droit Depuis rarrivée des Lombards, [^ pape eut occasion , dit un célèbre m.'^orien d'Italie, de se montrer plus
un était réputé le sujet ni des L '^rds, al de l'antorite de Longin.
Il ne sera pas inutile d'expliquer avec ^ipHque précision quelle était l'oripnedes Lombards. Comme ils vont puer un arand rôle en Italie , jusqu'à I arrJTée de Charleroagne , il est à pro- P<« de (aire connaître quels furent les jl^^^ires que vainquit \in si grand nomme . à fui seul rhonneur et la ^ife des siècles du moyen âge, ce Sj^nie immense qui ramena quelque r^ de la civilisation des temps an- ^1 et prépara les progrès de celle ' nous jouiasona aujourd'hui «
S'il faut en croire Paul Diacre, dit Lebeau , qui a jeté de vastes lumières sur l'obscurité de ces époques jusqu'à lui peu connues , s'il faut croire Paul Diacre sur l'histoire de ses compatriotes, les Lombards, autres peuples goths, étaient sortis de la Scanoinavie. Avant Paul Diacre, Procope et Jornandès ont été du même sentiment ; mais il a été combattu par des auteuh récents.
M. de St.-Martin donne sur cette question des informations moins absolues, mais qui paraissent mériter d'être retracées ici ,' parce qu'elles apprennent nettement tout ce qu'il fautentendre par ces nations de Goths appelés de nom différents, et qui du Nord s'étendirent dans toute l'Ëuroue occidentale et même dans une partie ae l'Orient. Selon M. de St.-Martin , deux systèmes principaux partagent les savants :
les uns adoptent le système de Jornandès, historien gotn et évéque de Ravenne au 6® siècle, et regardent les Goths comme un peuple sorti de la Scandinavie; les autres traitent Jor- Ucindès de romancier et d'imposteur; ils vont rechercher en Asie l'origine des Goths, et l'y placent à une époque plus ou moins ancienne. La vérité n'est ni dans l'une ni dans l'autre de ces opinions, ou peut-être est-elle dans toutes les deux. Il suffit, pour les concilier, de leur ôter ce qu'elles ont d'absolu ; elles se prêtent alors un mutuel appui ; une multitude de renseignements précieux, et regardés comme fort douteux , acquièrent alors un haut degré d'importance et de certitude. Il est constant que les Goths, fixés au quatrième siècle sur la rive du Danube et du Bcrysthène, sont les Gètes que les anciens plaçaient dans les mêmes régions. Les auteurs contemporains dés premières irruptions des Goths ne laissent aucun doute sur ce point ; ils emploient indifféremment les deux noms , et de plus ils remarquent que les peuples nommés Gètes par les Grecs et les Romains, s'appelaient eux-mêmes Goths : cela étant, il est impossible de méconnaître l'identité de ces detix noms avec
L'UNIVERS
le nom de Scythes. Il n'en diffère que par uneprosthèse (addition) familière aux Grecs. Ces trois noms indiquent trois périodes de Texistence des Goths,
Si nous reportent jusqu'à la plus ute antiquité, et font voir cette nation, maîtresse dès lors de l'Europe orientale et d'une grande partie de l'Asie, lançant au loin de nombreuses colonies. Ces colonies, renouvelées en divers temps , couvrirent à une époque fort reculée toutes les parties de l'Europe, et comme les autres, la Scandinavie (la Suède, la Norwège et le Danemark ). Voilà ce qu'il y a de certain pour le système qui trouve dans l'Europe orientale l'origine des Goths, comme nation. Quoique ce fait paraisse incontestable, il ne semble pas ensuite suffisant pour rejeter les renseignements conservés par Jomandès et par Procope.
Pour peu qu'on lise avec attention l'histoire des Barbares qui renversèrent l'empire romain , il est facile de reconnaître un pand mouvement qui, depuis le premier jusqu'au quatrième siècle , portait de nonîbreuses émigrations de peuplades ou de guerriers, de la Baltique aux rives du Danube , à travers les olaines de la Pologne. C'est ainsi que les Bourguigtaons, les Lombards, les Hérules et beaucoup d'autres s'avancèrent vers le midi. C'est de la même manière que les deux races royales des Amales et des Balthes , qui commandaient les Ostrogotlis et les Visigoths , étaient venues avec un certain nombre de guerriers se joindre aux Goths ou Gètes du Danube, laissés sans souverain par la retraite des armées d'Aurélien au midi de ce fleuve, quand cet empereur s'était décidé à abandonner les conquêtes de Trajan.
A ce sujet, nous remarquerons <]ue cette ambition insatiable des Romains, ce courage, cette valeur, cette ardeur guerrière , ces cris en avant qui ne s'étaient jamais reposés , avaient remué, aux extrémités de l'Europe, divers peuples qui se faisaient tout au plus des guerres de quelque temps entre eux, et que l'audace des conquérants , la rigueur d'un joug avilissant
avaient enfin réunis contre le seul ennemi véritable qui voulait tout asservir, et qui se montrait à tout prix avide de triomphes nouveaux.
L'idée d'occuper la capitale d'un peuple qui fatigue la renommée de l'éclat de ses victoires , s'est toujours présentée, et ne cessera de se présenter à ceux que ce peuple a soumis successivement, et traités, suivant Tusa^e, comme on traite les nations vaincues.
Les Lombards, ou plutôt les Langobards, avaient souvent changé de demeure. Tantôt sujets des Vandales, des Gépides, et des Hérules , et entraînés à leur suite, tantôt ennemis et vainqueurs de ces nations, et les entraînant a leur tour, on les voit entre le Rhin et l'Ems, entre le Véser et l'Elbe, entre l'Elbe et l'Oder, dans ce que nous appelions, il y a trente ans, le Palatinat, dans le Mëcklenbourg, et sur les confins de la Livonie, delà Prusse et de la Moravie. C'était ce dernier pays qu'ils habitaient , lorsque Justinien , pour arrêter leurs ravages , et pour les opposer aux autres Barbares, et surtout aux Gépides , leur abandonna la Norique et la Pannonie , c'est - à - dire quelques portions de la Hongrie au midi du Danube, avec partie de l'Autriche et de la Bavière. Après avoir obéi à des chefs souvent remplacés et qui marchaient à leur tête dans leurs migrations , ils adoptèrent le gouvernement monarchique. Agilmond fut leur premier roi.
Les Lombards ou Langobards étaient ainsi nommés à cause de leur longue barbe ( dans leur langue La^ Baert ).
A leur arrivée en Italie , m étaient mêlés de chrétiens et de païens. Mais ceux qui professaient le christianisme étaient ariens ; c'était la secte dominante parmi les peuples de la Germanie, rïe pourraiton pas dire aussi, pour expli^er ce nom nouveau qu'ils se donnèrent, ou que la crainte leur donna peut-être, que les anciens noms deGoths,deVisigotiis et d'Ostrogoths, avaient perdu leur prestige depuis la défaite oes peuples ainsi nommés, et qu'il paraissait utile d'apporter un
BouTcaa nom pour inspirer une nouille teneur?
Qwj qu'A en soit en 551, Alboîn étiitroi des Lombards. Il avait aidé ?^2nès à Taincre Totila , et bientôt U cuKotle nrojet de s^emparer de l'Italie (t de y fixer. Odoacre et Théodoric , <bos m conjonctures moins favof3iib, o'avaient eu que la peine de se iDOD^ pour s'y établir. Ces considéistiaos encoarageaient Alboîn. Ayant ^ manifester ses desseins, il s'assura ^ ramitié des rois francs , alors les plus Duissants de ses voisins. Il y avait <i» alliances anciennes entre les Lomlunls et les Francs , déjà appelés Français, et à qui nous ne donnerons pios désormais un autre nom. Les wcoQs de la politique et de Tbistoire o'etaient pas perdues pour ces peuples ^ Nord, qu on a si ingénieusement Dommés la grande fabrique des nattons, et que nous n'avons plus pour c^ épcxjpie autant de droit d'appeler fiarharies. Théodoric avait eu a s'applaudir de son mariage avec la sœur ^ Clovis. Alboîn demanda et obtint ^ mariage Clotsvinde, fille de Clo- ^ire, Alboîn, persuadé qu'il ne serait [^contrarié par les Français, résolut, a^antde descendre en Italie, dedon- ^ des inquiétudes même aux empe- ^rsde Constantinople, et de se délier des Gépides, qui occupaient la ^^^^ Pannonie entre la âave et la ^^^fi et qui pouvaient, pendant son «î^eocc, ravager son pays, dont il vou- «rt, à Feiennple d'Attila, conserver la souTeraioeté. Il représenta aux Avares, ^^romandés par le khakan Baîan , ses ^oLsjQs et ceux de la nation gépide , Qu'il lettr serait avantageux de partait afec lui les terres de cette nation, f^ qu'une fois maîtres de ce pays, * seraient à portée de mettre à cony*«tioD toute l'Illyrie, de s'emparer w la Thrace, et d'aller jusqu'à Cons- ^(inople attaquer l'indépendance de Justin. Ces détails doivent être recueillis pour prouver que nous ne l^mmes plus au temps où des Bar- ^^ t chercbant du pain , fondaient ^^Italie, et ayant abandonné pour ^^^4^Mus leurs biens et leurs terres ,
n'avaient plus qu*à réussir ou à périr de misère. Théodoric ne s'était pas ménagé d'asile , avant d'entreprendre son expédition. Alboîn essayait de se montrer plus prudent. Le khakan (c'est le vrai' tiare des chefs avares; celui de Khan qu'a employé M. de Guignes rappelle un titre seulement en usage chez les peuples modernes de l'Asie persane et turque) le khakan consentit à la ligue proposée , à condition que les Lombards lui enverraient à l'instant la dixième partie de leurs troupeaux, et qu'après la destruction des Gépides , les Avares auraient la moitié des dépouilles, et demeureraient en définitive seuls màttres du pays. Alboîn , qui avait voulu agir comme Attila, fut obligé d'agir comme Théodoric. Il se rappela que le premier avait dû,il étaitvrai^ la possibilité du retour au crime commis sur la personne d'un frère, et qu'il lui était devenu facile de rentrer dans un pays où il avait conservé l'autorité remise à des lieutenants fidèles , mais il pensa en même temps que Théodoric plus hardi,
g us déterminé, avait emporté avec lui >utes ses destinées et toutes les ressources de sa puissance, et qu'il était résulté de l'impossibilité du retour , un élan plus impétueux , une persistance plus ardente, et un succès si prompt que les Romains n'avaient
Sas pu secouer le joug pendant près e 70 années. Alboîn se décida à accepter lesoonditionsdes Avares, donna un bœuf et un mouton sur dix, déclara la guerre à Gunimond, roi des Gépides, qui offrit en vain à Justin de payer le secours de l'empereur par la cession de Sirmium et de tout le pays enfermé par laDrave. Les Avares entraient sur les terres de Gunimond, à l'orient, tandis que les Lombards le menaçaient à l'occident. Gunimond préféra marcher sur les Lombards, ses ennemis les plus dangereux , mais il succomba. Alboîn le tua de sa propre main , et fit faire une coupe de son crâne, pour v boire dans des festins solennels, selon la coutume barbare de ces peuples septentrionaux. Les habitants du pays, sans distinction d'âge
L'UniVBRS.
ni deseie^ fiiTenlréduits eti eidaTagei Une captive aeule devint libre. Rose* mtinde , fille de Cunimond . plut an Tainqueur. Il venait de pérore Clota* ▼inde, il épousa Rosemunde. Bientôt le bonheur de ses armes Tavant conduit à Vérone , il projeta de donner ttne fête pour célébrer sa victoire « l'inauguration de Pavie, qu'il avait déclarée la capitale de ses états d'Italie, et la fondation de trois duchés qu'il avait établis pour assurer la conservation de ses conquêtes. Il ne faut pas dis* simuler ici que si Rome ne nit pas occupée, elle le dut peut^tre à la résistance que fit Ravenne. Le roi lombard ne put entrer dans aucune de ces deux villes. Mais il en [)ouvait impunément ravaser les environs. Ces trois premiers auchés dont nous venons ae parler s'appelaient le duché de Frioul, le duché de Soolète, et le duché de Bénévent. Celui de Frioul devait contenir les Barbares, quels qu'ils fùnent, qui tenteraient de pénétrer par le nord; le duché de Spolète, placé au centre de l'Italie, devait arrêter les efforts réunis des (ramt- Bons de Ravenne et de Rome, aébris de la puissance romaine en Italie, recouvrés par Justinien ; le duché de Bénévent attaquait Rome par un autre flanc, et rejetait lesarmées des empereurs grecs sur le littoral de la partie la plus méridionale de l'Italie. Ce ne sont pas lÀ certainement des combinaisons sans but et sans habileté.
Mais à ces calculs de prévoyante politique, à ces raisonnements de stratifié froide et réfléchie, il aurait fallu joindre les habitudes calmes de l'obaervateur, et ne pas risquer de perdre dans des scènes de débauches le iruit de tant de sagesse. Dans le festin de Vérone, Alboîn oublia toutes les lois de ta décence et les devoirs sacrés d'un époux. Il fit apporter le crâne de Cununond , y but le premier , et voulut y faire boire son épouse , ta propre tille de Cunimond.
Cette princesse, qui était placée près d' Alboîn, entendit gue dans son ivresse il disait à haute voix : « Il fioiut que ma « femme boive avec son père. » Prête
à sttflfbquer d'indîûiation et de ra^ mais redoutant la mreur du Barbare eUe dit : « Que la volonté de mon sei- « gneur s'accomplisse ! » Mais en ap-
Êrochant lentement ses lèvres de^ ordsde la coupe fatale qui était in^ crustée dans un ornement d'or, ell« jura de se venj^er, conçut à l'instant le projet de faire assassiner Alboîn , et ne tarda pas à le communiquée à Helmichis, porteur de bouclier du roi. Celui-ci conseilla à la reine de confier l'exécution de l'assassinat à un ftuerrier nommé Péiédéus, suivant Paul Diacre, et renommé entre les Lombards par sa force et son courage.
Pérédéus se refusant à cet horrible parricide, Rosemunde, déterminée a toutes sortes de forfaits pour commettre le crime qu'elle méaitait , engagea une de ses femmes qui avait un commerce d'amour avec Pérédéus à laisser i)rendre une fois sa place dans l'obscurité de la nuit. Ce malheureux, trompé par cet artifice, n'eut pa$ plus tôt satisfait sa passion, que la reine lombarde.se faisant connaître, lui dit :
« Je ne suis pas celle aue tu penses « avoir reçue dans tes bras. Je suis « Rosemunde. Tu viens d'obtenir une < si haute faveur, pour que tu fasses « mourir Alboîn, ou pour ou' Alboîn ft te fasse mourir. Choisis. » Pérédéus, contraint de devenir le complice ou la victime de Rosemunde, consentit à prêter son bras. Le lendemain, pendant gu'AlboTn dormait du sommeil de mini (la sieste), Rosemunde, poussant jusqu'au plus terrible exc^ ta vengeance de la piété filiale, introduisit Pérédéus mptèa du roi. « Il périt * par les conseils d'une femme , dit « Paul Diacre, celui qui avait échappé « aux délites et au carnage de tant « de guerres. « Le vainqueur des Gépldes et d'une grande partie des peuples d'Italie n'avait régné oue trois ans et demi. Les Lombards l'enterrèrent avec son épée au bas de Tescalier du palais de Vérone (*).
(*) Ce palais de Térone avait été sai» doule bftti par Théodoric , qui a beaucoup embelli cette ville. Il y avait fût construire
L'UNIVERS
nombre, de se réfugier dans les tles de la Toscane, appelées aujourd'hui tie d*£lbe, tle de Giglio, Capraja, et même jusque dans les Ues ae Corse et de Sardaigne.
C«>endant les Lombards, incapables de vivre en paix , toujours repoussés à Ravenne, où Ton bénissait la prévoyance de Valentinien III , qui le premier avait soigneusement fortiflé cette ville, et ne pouvant jamais vaincre la résistance de Rome que les Eontifes défendaient avec autant d*haileté aue de courage, avaient inquiété les Français par des incursions imprévues. Les ennemis que se faisaient ces tyrans crurent qu'il était temps d*en tirer vengeance. De leur côte, les Lombards, fatigués de la nullité de leur gouvernement aristocratique, élurent pour roi Antaris, aue 1 on prétendit alors être un fils de Cléphon, et ils concertèrent leurs efforts pour résister aux attaques présumées des garnisons de Ravenne et de Rome, et aux représailles dont ils étaient menacés par les troupes de Childebert, arrière-petit-Gls de Clovis.
Les Italiens livrèrent aux Français ouelaues-uns des défilés des Alpes, et Childebert reçut cinquante mille pièces d'or qui devaient être le prix de plusieurs excursions en Italie. La première de ces invasions n'eut aucun succès; la seconde ne fut pas plus heureuse; à la troisième, les Français repoussèrent l'armée du roi lombard, et cette fois, si leur allié, attendu des environs de Rome, ne les eût pas mal secondés, ils auraient peift-être renversé la domination d Antaris; mais ils attendirent six jours le signal convenu qu'ori devait leur donner en mettant un village en flammes , signal digne de ces temps d*horreur :
pendant ces six jours, les troupes impériales prenaient intempestivement, pour leur compte, Parme et Modène,
Qu'elles durent perdre après la retraite es Français. Antaris put alors se croire plus tranquille dans ses états d'Italie; il s'avança jusqu'au fond de la Calabre,et touchant orgueilleusement, de sa lance, une colonne placée près
de Reggio, sur le bord de la mer, i déclara que cette ancienne limite serai à jamais celle de son royaume. Cett* présomption a quelque chose d'ab surde : car ce qui aurait pu être con venable dans la bouche du sran< Théodoric, devait passer pour riaicul dans celle d' Antaris, forcé de res pecter les fortilications de Rom^ e de Ravenne. Ces deux villes, enclave étroites, survivant dans le royaumj d' Antaris, étaient un dernier asile oi brillaient encore quelques rayons d\ la gloire romaine.
Kous ne devons pas négliger de re
Srésenter les Lombards sans ces»
évorés du d^ir de s'emparer d< Rome. L'an 574, le pape Benoît 1" successeur de Jean III , craignant 1; perfidie du duc de Spolète qui, à la part d' Antaris» proposait une al liance, demanda des secoure en hom mes et en subsistamces à Tibère Con stantin, que l'empereur Justin 11, sor beau-père, avait créé césar la nieiw année , et qui fiit empereur quatre ani après. Les Lombards s'étaient appro^ cnés successivement, sous de tauv semblants d'amitié, jusque sur U champ de bataille où le grand Con stantin avait battu Maxencc; !« Grecs , qui pouvaient encore dispose!
de la mer, envoyèrent un secours considérable qui entra à Ostie, et re monta le Tibre jusqu'à Rome, l;^- Lombards s'éloignèrent, parce quii^ virent que des hommes si P"j^"; menl secourus n'avaient plu^^^fi^,, de leur amitié : mais il éUit diiOcii de parcourir dix lieues autour oj Rome sans éprouver la crainte de le rencontrer. . . ,
Longin, cet indigne hériter a trésors enlevés à Rosemunde, les a^a ^ employés à fortifier Ravenne, sa», faire participer Rome à ce bienfait, i-' pape, rassuré, se ^arda de s'en plainare. parce que sa puissance eommenç» * ne plus rencontrer aucun concurren D'autres secours ne seraient ^J"'*'*^ • Ravenne qu'à des conditions de ser tude dont il aimait autant se voir oe livré. Il entretenait deux ^V<^,^^^VIri ou nonces, l'un à Ravenne, I «""
Oistantmôplé; celai qni résidait dans b première de ces yîues suivait arec li^ les instructioiis délicates qui lui '^Mùt adressées, mais celui qui résidait il" rsâBjzanoe ne remplissait que froi- ^inrot 'ses devoirs. Pelage II , sucff^twét Benott, y envoya Grégoire, à'n simple diacre , qui se fit accorder df nouveaux secours et une somme iiî^t assez considérable. Elle ser- « t i détacher des intérêts du duc ^ Spotète, sujet d^Anturis le plus '9«>açaot, quelques capitaines lomiQ^i^, qui alors cessèrent leurs incurvas. Tibère , engagé ensuite dans des :'jfTrps ruineuses, refusa toute assis- * (HT et se borna à conseiller au pon- *^^ de cherdier les moyens de con- ^"in une nouvelle alliance avec les (nocais, que les Lombards avaient ''f trmps en temps Taudace dMnsul- 't dans leurs propres domaines.
Cr<a5tantinople était réduite à ne plus 'BTover que des conseils. Rome, li- ^fffi elle-inéme, ne s^abandonna pas.
^^i^rant que tôt ou' tard elle aurait ^'D (Ton appui et d*hommes de ^mlat, die fit partir pour Marseille ^^ agents fidâes chargés de ramener ^ Français.
^ ces entrefaites, elle ressentit cne me dooledr du désastre qu'érr^Q^a le monastère de Mont-Cassin.
Zc»W, (Suc de Bénévent, avait en vain assiégé plusieurs fois Naples, qui, P'«s hfureose que dans quelques cir- ''"nstances récentes, avait toujours ^youssé l'ennemi. Il pensa à porter Jj'i sa rage sur d autres points.
Monl^^assin , fondé par saint Benoît, ^'3it été enridii des libéralités de mmn princes. Zolton vient Fatta- ^ perdant la nuit, disperse les re- ^«m, enlère les trésors de Péglise
2 ">* raser les bâtiments. C'est par J' Ws traitements que les Lombards "•saifol souvent acte de présence, prtout où ils étaient les plus forts.
^ religieux en fuite obtinrent un
3 près de Saint-Jean-de-Latran , ^ pas à Saint-Paul hors des murs, TJ^rne on Fa prétendu ; car cette ba- •2»«» quVait tant illustrée la clé- ^^^ «TAlaric, ne fut concédée, par
Martin V, aux bénédictins de Mont- Cassin, que l'an 1425.
L'envoyé chargé d'appeler les Français n'avait pas encore pu négocier avantageusement; il fallait donc, malare les embarras du gouvernement de Constantinople , exciter le zèle de Grégoire^ élevé depuis peu à la dignité «ninente d'anocrisiaire à Byzanoe.
L'an 580, les Français ne se mettaient pas encore en mouvement. Leur chef voulait frapper des coups assurés, il n'était pas prex. Il fallait, dans cette circonstance, que, malgré elle , Rome
Ïirît intérêt aux revers qu'éprouvait 'empereur dans ses guerres contre les Perses, et qu'elle s'affligeât même des vaines tentatives qu'il faisait pour obtenir l'alliance des Turcs, qui commençaient à menacer tout l'Orient de leur Suissance. Arsilas {*) était le principal es che& de cette valeureuse nation qui allait feire tant de conquêtes, et
?ui devait même un jour pénétrer en talie , puisque Mahomet, né en 570, avait Jéja dix ans. L'apocrisiaire Grégoire était dans la nécessité d'écrire au pontife oue Byzance , loin de Souvoir le défenare, n'éprouvait oue es affronts de ceux dont elle demandait l'amitié. Quelle ne dut pas être la consternation de Pelage, lorsque Grégoire lui rendit compte de la réception faite à Yalentin, ambassadeur de Tibère, par Tourxanth , lieutenant d'Arsilas. Tourxanth, après s'être fait expliquer que la suite de Yalentin se composait d'une foule d'hommes nés en Afrique, en Italie, dans la Gaule, dans TEspagne et dans la Grèce, et après avoir entendu le discours suppliant dans lequel on implorait son appui, avait adressé à Yalentin ces paroles terribles : « Ab!
A j'entends; vous êtes ces Romains, « ce peuple trompeur qui en impose à « toute la terre. Vous êtes donc ces « Romains qui avez dix langues pour « tromper les nations. » Alors mettant ses dix doigts dans sa bouche, et les retirant aussitôt : « Cest ainsi ,
(*) Le Cha-po-Ho des historiens chinois , siÛTant M. de Sl.-Martin.
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« oontfniui-t-il, (fanb ¥0110 donnes et « que vous retirez votre parole. Je c n'userai pas avec vous du même ar- « tiGce. Vous vous êtes ligués avec les « Ouarcbonites (peuple soumis aux « Avares), esclaves de mes esclaves; « mais quaind Je le voudrai, ces Ouar- « ehonites disparaîtront devant mon « immense cavalerie, à Taspect de nos 0 fouets, et si vos alliés osent sou- « tenir notre vue, ils seront écrasés « sous les pieds de nos chevaux. »
Enfin, au départ de Valentin, le chef des Turcs annonça qu'il allait attaquer la ville de Bosphorus (*).
Attila n'avait pas parlé en Italie avec tant d'audace et de mépris.
En apprenant de pareilles menaces , Rome ne put douter de la nécessité absolue où elle allait être, de ne devoir plus compter désormais que sur ses propres forces; son or, son patriotisme et son habileté. La première ressource était épuisée; la seconde ne pouvait renaître : la bonté de la Providence lui accorda la troisième. Grégoire-le-Grand monta sur la chaire de saint Pierre. 11 était llls du sénateur Gordien et issu d'une illustre famille patricienne. Aux avantages de la naissance, il joignait une figure noble et douce, le don de la parole, la connaissance des affaires et un assemblage de vertus dignes de son rang.
Nommé, à i'àçe de 30 ans, préteur de Rome, il avait abdiqué la magistrature pour recevoir le diaconat. Ayant eu le dessein de porter les lumières de l'Evangile dans la Grande-Bretagne, il voulut partir secrètement, mats le peuple romain courut sur ses pas et le ramena dans la ville. D'abora simple secrétaire, puis aiM)crisiaire à Byzance, il instruisit ndèlement le gouvernement de Rome de tout ce qui pouvait l'intéresser, et fit connaître la situation de I empire , ses espérances mal fondées, et ses embarras. La mo-
(*) La TÎIlc de Kosphonu est , tniirant M. Raoul -Korbetle, raniique Pantica|)éo, dans It Tauride, sur la rive européenne, à rentrée dn Bo^hore GimBiérien, qui loi dooiM aon nom*
destie de ce grand homme était peu être excessive; élu pape, il se cad pendant trois jours, pour n*étre p forcé d'accepter le pontificat A cet occasion, il composa son Pastora oui traite des devoirs d'un évéqu Contraint d'exercer les fonctions < pontife, il s'occupa des besoins < Rome, fit venir en abondance d blés de la Sicile, engagea les évéqu à rassurer les habitants des autres v les d'Italie qui n'étaient pas au po voir des Lombards. Par un traité co du entre lui et la reine ThéodéIind< veuve d'Antaris, il parvint à exti per l'arianisme, ce dernier retranch ment des païens; il réprimanda Tév que de Terracine oui ne voulait p permettre aux juin de s'assemble « C'est par la douceur, écrivait sait « Grégoire, par la bonté, par les e; « hortations , par la patience qu*il fai « appeler les infkièles à la religion : « ne faut pas les en éloigner par les m « naces et par la terreur. » Il écriv dans le même esprit aux évéques ( Sardaigne, de Sicile, de Corse et ( Marseille. Il se glorifiait le premi( d'être appelé le Serviteur des Sfn> teurs de Dieu, titre que les papes 01 conservé jusqu'à nos jours, quoiqw disait-il, la conduite et la primauté d l'Église eussent été données à saii Pierre, dont le pontife de Rome et le successeur. Il exerçait une autori immédiate sur les evédiés compr dans le dicastère du préfet de Rom< évéchés oui, par cette raison, étaiei déjà appelés, comme ils le sont encoi aujoura'hui, suburbicaires. Partoi ses décisions ecclésiastiques étai«| reçues avec respect et obéissance* recueillit toutes les prières qui devaiit composer l'acte de la célébration dei messe et l'administration des sa^ ments. On lui doit VAnùphonm (livre d'antiennes), qu'il prit soinj noter entièrement, et de raire ré dre dans toute l'église latine; il étti une école particulière de ce chant fut appelé Gn-gorieiî. L'abbé D observe oue la simplicité du chant brosien n employait que quatre t( et que rharmonie plus parfiûte de
id de saint Grégoire eomprenait les bit tons oa les quinze ooroes de l'ancifliDe musique. Plusieurs auteurs iToient aussi reconnattre dans la Prébce et dans le chant de l'Oraison doiDinicale, la Téritable méloDée des anfkns Grecs. Il détermina la division i^ paroisses, l'ordre des processions, le smice des prêtres et des diacres, b vahété et les changements des hatits sacerdotaux. L'expérience , dit Gibbon, avait appris au pontife Tefhe\té des cérémonies pompeuses et vHennetles, pour soulager les détres- ^, pour affermir la toi, adoucir la ^té et dissiper le sombre enthou- ^asnK du vulgaire. A Grégoire, à lui ^ji on doit I mtroduction franche et i:<^ contestée du christianisme dans ^ Grande-Bretagne. On a vu que le pj'ojet de civiliser ce pays avait été 'K* de SCS i>remi^«s pensées relisieu- ]«• Pape,»il voulut remplir cenaut oeroir. La Bretagne conquise n*a pas entouré d'autant de gloire le nom de ^r, qae la Bretagne chrétienne en * «ttacbé au nom de Grégoire-le- ^nnd. Il arait ftillu six légions pour « ïuvre de la oonouéte ; quarante moiws^'complifent rœuvre de la conver- ^»- lU s'embarquèrent pour cette Ile, ^ en deux ans ces missionnaires avaj«t baptisé le roi de Kent et dix ™«Anglj.Saxons. Saint Grégoire afn?Dftitp(ibiiquei2ient des esclaves qui appartenaient à- sa famiUe; il disait ^Uji allait toucher doucement les N3fcs avec la main . avant d'y porter '* !^r. Il recommandait à ses missionja»fw qui auraient pu être trop zélés, oe De pas détruire les temples païens ^« se contenter de les purifier. Cette W«e invitation d'un homme sage , jajré et tolérant, nous a conservé P^out beaucoup de monuments re- •^J^rjuables,
Jiîjbon, qui tfcst pas suspect, rend pr«ît une justice éclatante à saint
• S^JT* ^^ *^^»' ^** • " ^® i^"^'-
«cat deGrègoire, qui dura treize ans ««mois et dix jours, fut une des
JWte; «a avait en son pouvoir « njoycns d'exterminer les Lom-
bards, par leurs Actioiii domesti^ ques, sans y laisser un roi, un due ou un comte qui pût soustraire cette nation à la vengeance de ses ennô»
mis; en qualité d'évéque chrétien, il aima mieux tavailler à la lutix : il connaissait trop bien rartinoe des Grecs , et les jnssions des Lombards , pour garantir Texécution des trêves « ou'ils concluaient entre eux. a Aussi réfoquence, la générosité du pontife, ces deux vertus, les plus grandes que puisse posséder un prince, détournèrent le glaive des Lombards suspendu sur Rome, et empêchèrent ce retour éphémère de la puissance des Byzantins qui était odieuse à toute l'Italie. Ce fut par des reproches et des insul^ tes que plusieurs empereurs reoon^ nurent ces succès , qui d'ailleurs assuraient également l'mdépendanioe de Ravenne: mais le pape trouva, dans l'affection d'un peuple reconnaissant ^ qui ne savait puis combattre, et qui savait encore aimer, la plus douce ré* compense et le meilleur titre de Tau* torité d'un souverain.
Cependant le royaumedes Lombards agrandi, Rome et rexarchat de Ravenne anaiblis se |)artageaient encore inéeale* ment la péninsule. Cet état dura près de deux si^es.« Justinien avait réuni les ofiQces et les professions que la ja»
lousie dé Constantin avait séparés, et dix- huit exaroues furent successivement revêtus ae toute l'autorité civile et militaire que pouvait conserver le prince qui régnait à Byzanœ. Le pays soumis à leur juridiction immédiate (car ils abandonnaient au pontife presque toute celle de Rome et des environs) comprenait la Romagneactuelle, ce qui depuis a été appelé le patrimoine de Saint Pierre, tes marais ou les vallées de Ferrare et de ConruMSchio,les villes maritimesdepuis Rimini jusqu'à Ancône, cinq villes intérieures entre la mer Adriatique et les hauteurs de l'Apennin. Les provinces de Venise et de Naples, séparées de Rome jiar des usurpations ennemies, reconnaissaient encore l'exarque; les trois tles de Corse, de Saraaigne et de Sicile , et Malte, continuaient é^clbéit à l'empups.
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dont elles reoevaient directement des ordres.
Quel spectable déplorable! s'écriait, au commencement de ce siècle, un savant de la Toscane. Dans cette Italie qui semblait ne plus figurer qu'une toge de pourpre oblongue, flétrie, décolorée , lacérée et tailladée en
{»lusieurs parties ; dans cette Italie , es Lombards possédaient une ^ande partie du territoire , et depuis Pa- Tie, qui était souvent la résidence du prince , honneur qu'elle partagea ensuite avec Milan, leur royaume se prolongeait à l'orient, au nord et à roocident. Ce royaume forme aujourd'hui l'ancienne terre ferme de la republique de Venise, devenue partie du royaume lombard -vénitien, l'extrémité méridionale du Tyrol, le Milanais, le Piémont, la côte de Gènes , Mantoue, les duchés de Parme et de Modène, le grand-duché de Toscane, une portion considérable de l'État de l'église, depuis Pérugia jusqu'à la mer Adriatioue. Les ducs et enfin les princes de Benévent survécurent à la monarchie, et ils donnèrent des lois pendant plus de 500 ans à la plus grande partie du royaume actuel de Naples.
Nous arrivons peu à peu au développement des explications nécessaires Sour connaître plus tard la situation e l'Italie des temps modernes. L*esprit sera accoutumé d'avance aux noms nouveaux et aux diverses configurations de ses démembrements.
Nous devons attendre encore pour reparier des moeurs. Quand une armée même nombreuse envahit un état, si elle est réduite à elle seule , elle ne forme qu'une petite nation. C'est de l'agglomération des vainqueurs et du peuplé vaincu que se compose dorénavant la nation nouvelle: alors les habitudes se modifient de part et d'autre; les langages se heurtent, se confondent, mais finissent cependant par s'entendre. Dans le spectacle du commencement de cette élaboration universelle et de cette confusion d'usages, l'observateur n'a sous les yeux rien d'assez précis pour appuyer une opinion ferme. Il raut avoir vu cesser le
premier choc pour parvenir à connaître à fond le grand travail de recomposition qu'on est appelé à juger.
A Tibère II Constantin avait succédé Maurice, né à Arabisse en Cappadoce, d'une ancienne famille romaine.
Apres un règne de dix ans, une guerre malheureuse fiit l'occasion d'une révolte de l'armée, qui proclama le centenier Phocas, que l'on couronna empereur le 23 novembre 603. C'était alors la coutume d'envoyer les images des nouveaux empereurs et de leurs femmes dans toute l'étendue de l'empire. Les habitants des villes -portant des cierçes allumés, brûlant des parfiims, allaient recevoir ces images avec une grande démonstration de joie.
On les plaçait dans les églises. On leur rendait les mêmes honneurs qu'on aurait rendus à la personne des souverains : c'était la forme la plus auguste sous laquelle les sujets reconnaissaient leur nouveau maître. Les images de Phocas et de Léontie, sa femme, arrivèrent à Rome, le 25 avril 603. Le clergé, le sénat et le peuple les recurent avec acclamation, et elles furent déposées dans l'église ae Saint- Césaire. Gibbon loue de la manière la plus flatteuse la conduite que tint alors Gréfioire-le-Grand. Phocas envoyait à l'Italie, pour exarque, Sinaraçdus qui l'avait déjà gouvernée , et qui y était haî. Mais Grégoire , ami de la paix, et toujours investi par les Lombards, ne voulut pas contester les droits du centenier : Smaragdus put librement témoigner toute sa recoD* naissance à Phocas. Laissons parler ici un monument de l'anti^té , qui nous a été conservé et qui va expliquer un fait historique peu connu.
Des colonnes honoraires, placées dans le forum romain, la seule qui soit restée debout, mais après avoir perdu sa statue, est celle que Smaragdus « exarque de Ravenne, fit élever, l'an 608 , et Qu'il dédia, le r août, à Vempereur Pnocas(*), auquel appartenait la
(♦) Nous devons le deisin de cette planche i M. Landon ûU, pensionnaire du ro* > Rome. On n*« pas, je crois, publié ceHe
statue d<»ée placée au sommet, suivant finscription gu*0D lit sur la partie du piédestal qui regarde la voie Sacrée et r^ise Saint-Adrieo. Nous ne connaissons cette inscription quedepuis le 13 mars 1813, époque où elle a été dÀx>urerte, pendant le séjour des Français à Rome. Smaragdus annonce qu'il a consacré cette colonne, pour remercier Phocas d'avoir assure le repos de ritalie, et de lui avoir conserve la liberté. Il déclare . en même temps , que la statue, dédiée a Sa Majesté {Maies»
tatis eùts ) , est brillante de Téclat de l'or. Cette colonne, d*ordre corinthien, a (n]arant&-trois pieds romains de haut; le piédestal en a onze. En continuant, en 1818, les excavations, dont les ^is furent payés en partie par Éiisabetfi, duchesse de Devonshire, on a trouvé que le piédestal était nKore élevé suc onze marches d'escalier, en marbre, portant sur le sol du Forum pavé en iravertin. Que de conjectures n'avait-on pas faites pour expliquer la situation de cette colonne, comme jetée à travers le Forum ! Il est certain aujourd'hui que c'est la colonne honoraire de Phocas. Ce fut assarément un lâche flatteur qui l'é- Icra; car Phocas était un homme mé- <^t, qui faisait tuer et précipiter dans la mer t')U8 ceux qu'il soupçonnait de ^ pas Faimer. Cette colonne ne peut nous aider en rien à connaître l'état de < vchitecture et de la sculpture de ce ^ps:eUe est d'un beau travail, mais, pimblement, elle était elle-même une <^one honoraire d'un règne anté- ^eur, et qui remontait au moins à Tépcque d'Adrien.
^i< du Forum avec autant de précision.
^- UbdoQ n'a oublié aucun détail sur les Instructions, jusqu'alors incouuues, que ^^ • dêcouveries autour de la colonne «tt Hiocas. Il y avail, entre autres, deux ^(•ds ttmbas&nnetits dépouillés des marbres *>«rt iUétaieat rcrouTerts, et dt^iinés à porter |^>à deux autres coloaues houoraires, égales, d^p^nit, et d'un diamètre de trois pieds et <KtBi, Ces deux colonnes sont encore là JJ«oduo:il est à désirer que Grégoire XVI ** ï«ie rele% er.
y Irrrw/oi*. (IiALil.)
A Phocas, qui, même sur le trône, n'avait été qu'uu soldat féroce et brutal , succéda Héraclius. Les exarques , qui élevaient des statues aux empereurs, crovaient justifier ainsi les violences et les rapines. Agilulf commandait aux Lombards : le chef du pouvoir pour l'empire était réduit à m nécessité d'acheter la paix de ce roi, tous les ans , par des redevances et des contributions. Lémigius, successeur de Smaragdtis, s'était rendu encore plus odieiu que ce dernier. Après cinq ans d'une servitude mtolérable, les habitants de Ravenne se révoltèrent , prirent les armes, forcèrent Texarque dans son palais, et le massacrèrent avec sa femme et les magistrats qu'il avait amenés de Constantinople.
Héraclius , qui avait à soutenir une guerre terrible contre Chosroès, roi de Perse, ne pouvait faire respecter sur-le-champ son autorité en Italie, et les Ravennates ne furent pas immédiatement punis, parce que Chosroès occupa la Palestine et saccagea Jérusalem. L'apocrisiaire écrivait à Rome que, comme on reprochait à ce conquérant ses cruautés envers le^ vaincus, il s'écria : «Dites aux Ro- « mains que ie les épargnerai , quand « ils auront abjuré leur crucifié, pour « adorer le soleil. »
La religion ne trouvait pas, sur tous les points, d*aussi impies détracteurs.
AgiluIf venait d'embrasser ouvertement la foi catholique. Ce prince était humain : il désirait la paix, mais Ie4 peuples d' Italie sedéchiraient entre eux, quand la Provideuce paraissait avoin enchaîné leurs ennemis. Jean de Compsa, homme puissant à Naples, essaya de se révolter : l'exarque Êleuthérius, successeur de Lémigius, marcha sui cette ville, tua Jean de Compsa, ef cette révolte finit, comme tant d'autres révoltes ont fini depuis à Naples.
En ce moment, le même Eleuthérius, recardant l'Italie comme un membre détaché de l'empire , auquel elle ne tenait plus que par les exarques, entreprit de s ériger en souverain. Ses solaats, dont il ne s'était pas assuré , fondirent sur lui et lui ôterent la vie.
fÊt ses succesacms souffiriraient de feonemi nouveau qui levait la tête en Arabie. La doctrine de Mahomet , si fittale depuis si loo^-tenips à celle de Jésus-Chfist, a suscité trop de maux an saint-siège, pour ne pas mériter id une attention particulière.
Uahoinetydès i'agede douze ans, s'était entretenu, à Bosra^avec un moine nestorien , nommé , d'après quelques aateurs orientaux, Félix, iiisd'Abd-AbsaJIbi, chassé de Constantinople à cause de ses erreurs. Ce moine partageait les
SMDîons du patriarche Nestorius , le us ardent persécuteur au'on ait vu sur le siège de Byzance. Ce patriarche avait fait bnller vifs des ariens, impûséi des deux côtés de V Hellespont, un rigoureux formulaire de fol et de discipline, puni, comme une offense conti^rÈglise et rÉtat, une erreur chrono-
^ cooslmction des Douveaox édiCces de &oi&e, D*aaront plus servi qu*à fouruir de U pûiiizoUne.
Il est pn»t>a)>le que les chrétiens, soii^ Ws {Krséciiiioas des premiers siècles de noire ên:,oat trouié les «zrr/iar/of, ou calacombes, ^ib rei éiaf , c'est-à-dire contenant d'anciens tombeaux, et vides dans les autres priii^ II n*y a pas de doute que pour «••WwTf leurs mystères, ils ne s'y soient Wupèi souvent. L'cmijereur Dioclétien <*^na QD jour que quancT une société ^ fbrHiens qui fréquentait les catacombes ^ U voie Salaria y aurait été réunie , on ^it on mur borizoutal à Teniree de Touvertore, pour y enfermer ceux qui y seraient ''*<<OAUés. Après Constantin , les papes au- '^l béui CCS lieux de douleur , et on aura tMmneiicé à y -peindre divcTS sujets de y ancien et du Nouveau Testament. Bosio , qui a éciil avec discernement sur celte manière, dit ausû que vers les YIll* et X* MerWs OQ cDleri ait, dans la partie des ore- ^oria qui èlait restée vide, les corps des Iloioaùis indigents. Nous aurons occa- *»î« dVxatniner <|uel a pu éire le talent ^n artistes chargés des peintures des cata- *<^lws. Le tableau d'après lequel on a pisk la planche 9 est de M. Granet; il 7 * représenté plusieurs voyageurs fran- ^ occupés à lire les inscriptions d*un l«Dbeaa de la voie Aurélia, à la lueur
font torche que lieot le custode de la villa
logique sur la fête de Pâques : on peut dire cependantqu*il professait unesorte d'arianisme réformé. Appelé nouveau Judas, il avait été censuré et dégradé du rang d*évéque. Félix, hérétique et ignorant, mais ardent et enthousiaste, avait donné à Mahomet une idée grossière, et telle qii'il l'avait lui-même, de la religion oirétienne. Le siège de Rome avait plusieurs fois condamné les prétentions ' des nestoriens, mais il n'avait pas pu pairenir à en extirper les débris. Ces fatales semences germèrent dans Tesprit de Mahomet. Il éprouva d'abord de l'horreur pour l'idolâtrie dans laquelle il était né, et, l'ambition venant encore après de tels sentiments, il conçut le hardi dessein de réformer le culte et de se rendre maître du pays. Kul titre ne lui parut
glus flatteur que celui de fondateur 'une religion et d'un empire.
C'est aux communications de Félix
2ue Mahomet, qui ne savait ni lire ni crire, dut plusieurs passages qu'on voit dans le Koran ou la lecture^ qui
Srouvent une connaissance indirecte es dogmes du christianisme. Il paraît même que FéKx craignit d'être entièrement parjure, et que c'est à des ménagements qu'il avait sollicités, que l'imposteur voulut bien accorder que Jésus-Christ serait un prophète, et le fils de Dieu.
Ce fut pendant les dernières années de la vie de Mahomet que s'alluma cette guerre cruelle, qui dura plus de huit cents ans, entre les musulmans et l'empire, occasiona les croisades, et qui , n'étant interrompue que par de courts intervalles, couvrit de carnage l'Asie, l'Afrique, et particulièrement l'Italie, où les Sarrasins (*) devaient débarquer, en 846, et s'avancer jusque sous les remparts de Rome.
Mais nous n'aurons que trop tôt à gémir de ces malheurs. Constatons qu'en ce moment la Péninsule était
(*) Le nom des Sarrasins ne vient pas de Sara , avec laquelle leur origine p*a aucun rapport, mais du mot arabe schark, qui siênifie orient. De scharky on a fait schti^ kiiD , o'est«4-dir€ orientaux,
L'UiNIVERS.
moins affligée. Après la mort d'A^ilulf , sa veuve Théi délinde avait maintenu la paix pendant la minorité de son fils Adolaad. La faiblesse de l'exarchat et la circonspection de Rome ne devaient pas troubler les Lombards dans la possession de leurs conquêtes.
L'an 625, Théodélinde mourut, et ce malheur laissa sans conseil un roi de 28 ans qui , jusqu'alors, s'était laissé gouverner, il est vrai, par une mère prudente et habile. Arioald, duc de Turin, beau-frère du roi. conspira contre lui et le fit déposer. Adolaad s'enfuit à Ravenne , auprès de Texarque Isaac, qui l'accueillit avec affection, et lui promit même de le rétablir sur le trône. Isaac était sollicité à cet égard par le pape Honorius , qui venait de monter sur la chaire de saint Pierre , et qui se proposait de punir, suivant toute la rigueur des canons, les évéques partisans du duc de Turin. Mais, avant qu'il eiU été possible de rassembler beaucoup de troupes à Ravenne , un poison à temps , qu'Arioald avait fait j^^rendre au jeune prince , au moment ou il avait été déposé , produisit son effet. Le roi légitime étant mort, Isiiac, voyant l'usurl^ateur paisible possesseur de la couronne, prit le parti de renouveler avec lui le traité de paix conclu auparavant avec Agilulf.
Arioald ne pouvait cependant réduire à l'obéissance les frères Tasun et Cacc^n, tous deux conjointement dues de Frioul, qui se rendaient redoutables par leur alliance avec les rois français. Voulant se débarrasser de ces ennemis, sans se compromettre avec ces rois , il pria Texarque de lui prêter son appui, et promit de remettre cent livres d'or sur les trois cents livres que les Im|)ériaux payaient aux Loinlxinls pour en obtenir la paix. Le tributaire nvzantin, croyant dissimuler sa faiblesse et montrer son iin|)ortance , en payant cette fois un sui>s:de moins considérable , médita en même temps un crime , et chargea son général , le patrice Grégoire, de chercher à servir la politique criminelle dWrioald. Orégoire invite Tason et Caccon à une en-
trevue, sous prétexte der les adopter
Sour ses fils. Les deux princes se renent à Opitergium , lieu où devait se faire la cérémonie ; mais à peine sont^ ils entr^ , qu'on ferme les portes de la ville , et qu'ils voient fondre sur eux une foule de soldats qui attaquent leur cortège. Les deux frères s*fmbrassent pour se dire adieu, et se défendent avec courage. On les poursuit de rue en rue, de ulace en place. Ib renversent, avant cie périr, un grand nombre de leurs assassins; enfin, accablés par la multitude des gardes, < ils tombent percés de coups. G régoîre , joignant la dérision à la |)erfîaie, se fait apporter leurs têtes sanglantes , et, leur coupant la barbe, dit : « On ne « m^accusera |)as de man(|uer de pa- « rôle. » Cette raillerie était fondée sur la forme d'adoption alors en usage; le père adoptif coupait la barlie de celui qu'il adoptait, voulant dire qu'il le chérirait comme s*il Pavait C(mnudanssa première enfance. Grimuald , frère ues ducs assassint's, devenu roi de Lomhartlie, vengea |pur mort dans la suite, en détniisiint Opitergium de fond en comble, ^c;us nous rappellerons ce (rime du [)atriee Grégoire, quar.d nous serons arrivés aux scènes de Sinigaglia, ordi^nnées par César Ilorgia.
Arioald mourut en 630. Le |)apâ Honorius, qui avait h se hiuer des sentiments de relii;i(în de Goiulelïcrgp, veuve du ni, enga;;ea !es Li inhardsà lui accorder le inêine hoiuieur qu*i's avaient fait à Thé; délinde, mère de cette princesse, et à déclarer qti'rls rwTvraient |)our maître celui qu'elle prendrait |)our son seccnd époux. La reine se recueillit quelque temps , et, croyant avoir fait un choix heureux , elle' nomma roi Kotaris, duc de llrescia, qui fut ingrat, et la retint prisonnière dans son palais. Ri taris , épcux cruel, se montra r»i vaiilant.
Il s'attacha à agrandir le nnaume et ord iona que Ti n préparât la réilaction des lois lombardes, dont nous parlerons plus tard.
Le pape Honorius était mort. Isaac refusa quelque temps de reconnaître
L'UNIVERS
Sjotttà Dlosieurs , en 668; presqu'un emi-siècle après, Luitprana recueillit les actes de ses deux prédécesseurs , les soumit à un nouvel examen et combla les lacunes que lui signalèrent ses conseillers. CVst cet ensemble
3u*0Q appelle le Code lombard^ qui emeura en vigueur pendant plusieurs siècles, jusqu'au temps où on retrouva les Pandectes^ et encore, après cette découverte , le droit des Lombards ne fut pas tout-à-fàit abandonné. Montesquieu dit : « Les lois des Bourgui- « enons sont assez Judicieuses : celles « de Rotaris et des autres rois lom- « bards le sont encore plus. » Ces déclarations furent écrites en latin teutonique , ratifiées par l'approbation du peuple fidèle et de Vannée fortu^ née des Lombards. Le peuple et l'armée avaient alors des titres , comme en ont eu depuis les rois. « Assurés par leur courage , dit Gibbon , de la
{possession de leur liberté , de pareils égislateurs ne songeaient guère, dans leur prévoyante simplicité , à balancer les pouvoirs d'une constitution , ou à discuter la difBcile théorie des gouvernements. Ils condamnaient à des peines capitales les crimes qui menaçaient la vie du roi ou la sûreté de 1 état , mais ils s'occupèrent surtout du soin de défendre la oersonne et la propriété des sujets. Selon l'étrange jurisprudence du temps, le crime du sang pouvait être radieté par une amende. Au reste, le prix de neuf cents pièces d'or, exigées pour le meurtre aun simple citoyen , est une preuve de Timportance qu'on attaclîait à là vie d'un homme. On calculait avec des soins scrupuleux et presque ridicules les injures moins graves, line blessure, une fracture, un coup ou un mot insultant, et le législateur favorisait Tignoble usage de renoncer, pour de Targent, à l'honneur et à ta vengeance. »
Luitprand condamna, en la tolérant, la cruelle , mais trop ancienne coutume des duels , et il observait , d'après son expérience , qu'un agresseur mjuste et heureux avait souvent triomphé de la cause la plus iuste. Les Normands adoptèrent le droit loinbard ,
lorsqu'ils se rendirent maltresde ^Italie méridionale. L'empereur Frédéric II .
aui succéda aux Normands, abolit la loi es Francs , et conserva aux lois lombardes toute leur autorité. C'est de ces lo s que dérivent presque toutes les ordonnances de ce prince , qui sont suivies dans le royaume de Naples et de Sicile. Enfin le code lombard est le fondement, dit aussi Gibbon , du droit fécdal que plusieurs nations euro-
Séennes ont encore conservé. La forme e la législation lombarde donnait aux lois une existence ferme et durable.
Les rois avaient apporté à la rédaction de ces édits la plus grande précaution , comme à la tache la plus importante de la souveraineté. Ils convoquaient à l^avie les ordres du royaume, les nobles, les magistrats (iesniagistrats n'étaient pas nécessairement nobles ) et les principaux guerriers , et , eh présence du peuple ficlèle et de Vannée fortunée^ on examinait les proj)ositions long-temps et de bonne foi. On discutait avec soin chaque article , on s'écoutait respectivement avec bienveillance , et ce n'était qu'après une mûre délibération (|u'on s'en tenait à ce c[ui paraissait à tous ^j?eufj le ou armée ^ le plus conforme a la justice et à l'utilité publique. Peut-être ensuite les ministres du roi cherchaientils à interpréter la loi dans le sens qui favorisait le plus le despotisme , mais la loi avait été calculée sous toutes les faces, les prévisions avaient été multipliées , et il restait encore assez de liberté raisonnable pour le peuple et pour Varmée,
Cependant l'empereur Constant II, petit-fils d'Héracîius, entêté de mono* thélisme ( doctrine qui, en admettant en Jésus-Christ deux natures , n'admettait qu'une volonté), plus attentif à soutenir cette doctrine qu'à défendre son empire, écoutait les disputes des théoloj;iens sur Vunité d*opération et de volonté^ tandis que les musulmans, \t\\rs fouets à la main , comme avait dit Tourxanth , s'avançaient pour détruire la croyance en Jésus - Clirist niéme.
Pyrrhus, patriarcht ae Constant i-
no^ Ifumt pour monothélite. Néanmoins u Tint a Rome, en 649, nréseu* ter une abjaBation au pape Tbeodore; mais, ayant depuis rétracté cette abjuration , le pape le déposa et le frappa d^anatliènie. Les papes avaient donc d^ la puissance de déposer les patnarcbes de Constantinople !
Héradius avait publié une ordonnance ga'il avait appelée Ecthèse ou ejeposition» Il imposait silence sur la miestion des deux volontés, et quoique rbén^ie se déguisât avec circons^tkni , cependant elle se démasauait à la fin y et Topinion des monouiélites s> trouvait exprimée, comme étant bf croyance catholique. Honorius , en se taisant, avait, pour ainsi dire , accepté l'il^c/A^^^. Jean lY, Tundesessucresseurs, avait déclaré hautement qu'il ne raoceptait pas. Constant, voyant quelle n avait .fait qu'augmenter les troubles de l*Église, se natta d*étre plus heureux , en publiant un nouvd édit qu'il nommait Type , c'est-à-dire Formulaire. Il y défendait toute dispute, ordonnant de s'en rapportera la doctrine de l'Écriture ou des Pères^ sans s'expliquer sur la question en liti^. Il menaçait les contrevenants de déposition , de privation de charges ^ de confiscations , de bannissement , et même de punition corporelle. Le zèle de Tauteur de cet édit , sous le nom de r empereur, ne trouvait pas de chAtiment trop rigoureux pour ceux qui ne pensaient pas comme lui. Nous rapporterons avec fidélité ce qui se passa a Rome, lorsque cet édit y parvint.
Cest désormais par la résisnince la plus vive que les papes vont manifester leur indépendance. Leur position politique paraissait plus assurée que jamais. jLes Lombards vivaient en paix avec le pontificat plus mi'avec les habitants de Ravenne. Les exarques, étaient livrés à la débauche « à des calculs de vols et d'avarice , et généralement méprisés . On trouva, à Rome, que- X Ecthèse^ contradictoire dans les ter* mfs , en imposant silence à tous , paraissait prononcer cependant en faf* vfur des catlioliques, et que c'était pour cette raison peut-être qu'Hono-
rius , pape au moment de . la publiea* tion de cet édit, avait gardé le silence prescrit, au lieu que le jype laissait la question indécise et défendait $|wôlument de s'expliquer sur l'un et Tt^utre sentiment ! le pape Tbeodore et les évéqUes catholiques, même les évoques lombards , rejetèrent à l'unanimité cet édit comme dangereux, parce que, dirent-ils, 0 fermait la bouche aux orthodoxes, confondait latérite avec Terreur, et laissait la fbi muMte et captive.
On ne se contenta pas de cette déclaration. Un synode assemblé dans Saint -Jean-de-Latiran, tômpoaé de 105 évéques (l'Italie cathôlimie Ait
Sresque unanime) , condamna rhérésie u monothélfsme, V Ecthèse %% X^Type, sous la qualification d'ouvrages dangereux.
Il fallait un appui guerrier à ces déclarations : les rois lombards parurent disposés à ne pas le refliser.
Alors Constant chercha à employer la ruse pour se venger du rems du pontife. La mort de Théodore prévint les mauvais desseins de l'em* Sereur. Martin de Todi, successeur u pontife, déclara, en montant sur le trdne, qu'à regard des édita de Constantinople, il partai^it les sentiments de son prédécesseur et des évéques d'Italie. Constant donna or* dre de le faire assassiner. Mais Martin ne sortait que bien accompagné , et l'exarque Olympius, qui avait reçu Pinjonction de commettre ce forfait , ne put pas réussir dans son projet.
Cependant , empressé d'obéir , il pria le pape de venir, un jour, lui administrer la communion dans l'éfflise de Saint-Jean-de-Latran. On veillait de toutes parts sur les pi^es que l'ort pouvait tendre au pape. Les évéques n'étaient pas les derniers à témoigner leur zèle et leur empressement à honorer et à servir le pontife. Personne ne put croire qu*01ympiu8 attirât te -jjape dans une embdche , et qu'au mîieu de l'église C*) on osât commettre
(*) La planche xo représente Téglifte de Saint-Jean-de-LaUim. CeUe célèhi« bâti-
ULMVERS.
un sacrilège. Cependant comme alors les fidèles recevaient la communion à ta place même où ils priaient, et que le ix)ntife allait la leur porter, ainsi qu*aujouidMiui on la lui porte à lui seul, dans les cérémonies de Rome , Olvmpius devait se trouver dans un endroit
lique est la première et la plus ancicnuc église du monde catholique, « la mère et U chef des églises de Rome et de Funivers. • Aussi esi-efie le sirge du souverain pontife qui, en sa qualité d'é^'éque de Rome , va, après son exaltation , en prendre possession. D'aliord file eut le nom ûe basilique constantinienne, parce quVlle fui fondée par (x)nstaniin-le- Grand. Sa coiisiniclion date donc précisément de rc])oque que, dans cet ouvrage, nous avons prise pour point de dé|>ar1. Ou troiM'e cette église décrite sous retie dénomination dans h*s rêgionnaîres. Kn99\n%t\ bibliothécaire , qui doris&ait dans le IX' siècle, rappelle Lateranensis ^ parre quVIle fui bâtie sur le sol même du palais de la noble famille de Laterani. On rap|)ela encore iMsiliquc du Sauveur, api«s la dédicace que saint Sylvestre, pape, en lit au Sauveur, Pan 3ao ; puis iMisiliquc d*Or , à catue des dons [wécieux dont elle fut succ&wivement enrichie ; et enfm basilique de Saint-Jean , parce quVlle fut dédite: à saint Jeaii-Buptisle et à saint Jean I'é\angélisle. Les pa|)es oui habité le palais qui tient à l'église , jusqu'au temps où (irégoire XI n'poria d'Avignon à Rome le siège iMnlifical , é|HN|ue où ils fi\èn*nt leur résidence au Vatican ( 1 377). Grégoire XI ouvrit la porte de la nef latérale; Maiiin Y y fit faire une farade; Si\le V Torna d'un double i>ortiqiie; élément VIII, l'an 1600, renuiivfla la nef siijH'rieure ; Innocent X, à l'occa.sion du jubilé de i(>5u, mit la ^ra^de nef dans l'état où elle est aujourd'hui: (.lénient XII lit, sur les dessins de Galiici , la princi|)ale fa-
Sade qui n^ganle l.i campagne: elle est une les plus remarquables et k\vs plus mngniliques de Itnnie, oriièi* de quatre coluniies et de si\ pila<itR*s donire cuui|)usile , tennint^e i^ir nnze ^taïues.
L'intérieur de la basilique a cinq nefs, séparées |>ar quatn' rangs de piliers.
Dans une salle à l'i^xtrémité du |K)rti(|ue, du côté de l'ulHrlisfpie, 0:1 voit une statue p«'*deMre, en brou/e, de Henri IV, roi de France , élevée en i «î 1 8.
11 s'eïttenudansci>tteèg1i«c douze conciles, tant générauv que provinciaux.
plus écarté, entouré de ses gardes, et son propre écuyer était prêt à poignaraerle pontife, au moment ou il se baisserait pour prononcer les paroles de la communion. I^ pape s^avance avec tous ses prélats, Olympius sV senouille, reçoit la communion, ma»
"assassin reste interdit. Martin se retire. Olympius demande à son écuyer poiurquoî il n*a pas tué le pape : récuver lui répona qu'à Tinstant où la communion a commencé, il a été comme frappé de cécité, et que , dans son trouble , et un tremblement qu*il n*a pu vaincre, il lui a semblé que le pape avait disparu. Olympius, qui déjà éprouvait des remords, ne fait aucun mauvais traitement à Pécuver, et, le lendemain même, se présente au palais du pape, se jette à ses pieds, lui avoue ses projets , lui confie la ordres qu'il a reçus de O^nstantinople, lui prcmet de ne pas lesexéaiter, d lui demande pnrdcn. l^lartin le relevi avec sensibilité , Fembrasse et lui pardonne. Constant , mécontent d*Oi}inpius , le rappelle et renvoie en Sicile^ pour combattre les musulmans qui avaient déjà porté leurs armes dam cette île. Tliéoaore(]ailiopasest nommé pour remplacer Olympius dans Texarchat , et il lui est (îrdonné d'aller résider à Rome , pour exécuter des ordrei ini|)ortants de Fempereur. (IaIlio|)ai arrive, déterminé à obéir sans scrupule aux ordres les plus rigoureux.
I/Italie, quoique soumise à dei maîtres divers , n'avait qu*iin même sentiment pour le pnp** Martin. Cétail un pontife d'une piété éminente , patient à supporter les injures et inébranlable dans son désir de défendre la foi. Simple et frugal dans ses dé< penses, il n'était somptueux qu'en numoncs. Doué de cette habileté admirable que donnent la raison et la droiture , il apaisait les différends ^ il entretenait cette union si néi^essain pour que l'Italie ne filt pas livrée à d'inutiles désastres. On ne parlai!
au'avec attendrissement de la scène e cet écuyer ctunme frappé de cécité, des remoriis d'Olvmpius, ue l'obstination impie de iVmpereur; on épiait
ks paroles de CaOîopas, on interrozezii ses présents; on redoutait sa fu* mir ou sa perfidie sur la voie publique, dans les palais , dans les processions , dans le sanctuaire même.
£n6n , Martin venait de se concilier b reconnaissance et la vénération des rtiretiens , en envoyant en Sicile des sommes considérables , pour racheter lirs maJbetireux habitants professant la foi catholique, nue les Sarrasins avaient réduits en esclavage , après une défa te dont Constant était Tauteur, parce qu*il avait enlevé à Olvinpius H moyens de défendre les villes.
N'oublions pas de remarquer ici c^ue b cautume des musulmans de réduire K vaincus en esclavage, força les chrétiens à des représailles , et rétablit, au nii)ins dans les guerres de Turc à chrétien , Pcdieux usase de la servitude.
Martin passait donc à Rome pour un anse de paix etpourundi^e successeur «les apôn'es ; mais dès qu^'l eut encouru ia disgrâce de Pempereur, ce ne fut plus , à la cour , qu'un méchant , un nmime dangereux, un pontife sans vertus , un sujet rebelle : puisqu'il avait envoyé des sommes d'argent aux Sarrasins , pour racheter les esclaves çrfGs et italiens. Il voulait livrer l'Italie aux Sarrasins.
Calliopas ne charge pas un autre du soin de plaire à Constant. Il fortifie les postes de soldats placés le long des deux retranchements qu'Aurélien a> ait hit construire, en forme de bras, a droite et à gauche du tombeau d'Adrien, placé sur le bord du Tibre, monument appelé aujourd'hui le château Saint - Ange (*). Il se mon-
Le mausolée d* Auguste n*étant plus ^ifBtant pour recevoir les cendres des fardtlle» toipériales , Adrien en prit occasion à'HextT lin autre tonilieau sur la rive droite du 1 litre, dans les vastes jardius de Domilia. OmuDe cef empereur était assez l>on arclii- ^tt, ri porté pour les édifices majestueux , j} iDonira dans la constmrtion de ce monutthnt on goât , une grandeur et une magni- (if^itee vniment admirables.
Le planclie représente d abord le pont Saint -Ange, anciennement pont ^liiis, Ulti par Adrien : ce pont , erofiorté par les
tre , en public , entouré de soldats et accompagné de Théodore Pellurius,
eaux en x45o , fut reconstruit par Nicolas V, et enfin orne de statues du Bcrnin, sons Clément IX. Dans le fond, on aperçoit le dôme de Saint-Pierre ; à gauche, est le monument que nous allons décrire plus en détail.
Autrefois, on voyait d*abord un soubassement carre de a 33 pieds romains de long , revêtu de marbre et surmonté d'une corniche ornée de festons et d*inscriptions de Lurius Vérus et de Commode ; on eu comptait encore dans le VII F siècle onie qui soni rapportées par divers auteurs. Au-dessus de ce soubassement carré s'élevait le grand édifice rond , dont il ne reste plus que l'oisatura , formée d'énormes quartiers de népérin et de travertin. Elle est dépouillée actuellement des marbres, des corniches et des autres ornements dont elle était recouverte. Sa circonférence est présentement de 576 pieds, et son diamètre de 283 pieds, à peu près. Anciennement , on disliiignait un corridor et un mur qui faisaient voir le monument plus en proportion avec sa base.
Au-dessus de celle rotonde gigantesque s'élevait en pyramide un escalier majestueux
3 ni conduisait à un temple rond périptère, édié aux empereurs qu'on ap|)elait alors dieux , divi, et auquel ont appartenu les a4 colonnes précieuses de marbre xiolet qui étaient dans Téglise Saint-Paul, encore bien conservées jusqu'à Pineendie de xSa). Elles formaient le portique circulaire du tenqile, dont le sommet, suivant Clément YII, était surmonté d'une pomme de pin en métal , qu'on voit aujourd'hui dans un des jardins du Vatican.
Lorsqii'Aurélien renferma le Cliamp-de- Mars dans Rome, et lorsqu'il fit cousiruii-e des tours sur la rive droite du Tibre, il se servit du tombeau d'Adrien pour y ap-
Euyer ses murailles. Au moyen de deux ras qui , partant des angles du mausolée , se prolongeaient jus(|u'au fleuve, il forma un fort de six tours qu'il appela Hadrio" niitm , au pied duquel il ouvrit une porte qu'il nomma Cornrtia, du nom de la voie qui y aboutissait. C'est par erreur que Procope appelle cette porte Aureiia, Quand Tnéodose fit enlever les colonnes du mausolée, ou môle, pour les transporter à la basilique de Saint-Paul , l'édifice fut privé de sa partie supérieure, et Procope a raison de dire qu'il resta sans colonnes; mais la
L'UNIVERS
chambellan icamerarius) de l'empereur, à qui il de?ait remettre Martin^ lorsqu'il se serait emparé de sa personne. Le pape tombe malade ; Calliopas envoie un ofUcier qui dit au pont fe : « L'exarque apprend que le a palais pontîflcai est devenu une place « de guerre , qu'on y fait des amas (( d*armes et de pierres. Il en ignore « la cause , et il ne peut s'empêcher « de condamner ces mouvements , « comme des préparatifs de révolte.»
Le pape ordonna qu'on fît parcourir le palais à l'officier, qui put s'assurer qu il ne s'y trouvait ni armes ni pierres. L'exarque avait employé cette ruse pour savoir si l'on était armé dans le palais. Rassuré par son officier , Calliopas ne cache plus ses desseins. Martin fait alors transporter son lit dans l'église même , comme dans un asile inviolable. Calliopas ordonne d'en-
grande portion inférieure resta avec ses marbres et ses sculptures, que les troupes de Bélisairt* mirent en pièces, en 537, pour les jeter sur les Goths, qui voulaient escalader le môle. Dans le XII" siècle, on donna à cet édifice le nom dechAteauSt.- Auge, probablement à cause d*une très-petite église placée à son sommet, dédiée à saint Michel, et qui avait la dénomination de Saint-Ange jusqufs aux dettx. En 1 495 , 1e môle fut endommagé par la foudre; Alexandre VI le répara et le foriifia. Paul III rembcllit à Texterietir ; il afferiiunMaii ce séjour , parce que y a}ant été mis en prison, il sVn était enfui dans uue coriwille d^osier suspendue à une corde. Pie IV commença 1» furtiCcations iniérieures, et Urliain VIII les fit met Ire , par le chevalier Rernin , dans Pétat où nous les voyons. Le géuéral Miollis appelait le fort Saint-Ange, tel qu*il Tavait fortifié, le tonneau de fer.
Les feux d*artifit*e qu*on est dans Pusage de tinT , du haut du fort , le soir de la veille de Saint - Pierre , forment un spectacle enchanteur. Les 45oo fusées qui , al* lumées au même instant, partent en faisceaux du sommet de la tour, sVtendent circiilairemeut en s'élevant , retombent rapidement, produisent, par leur diramation et leur éclat inattendu , une scène qui ressemble à une éruption de volcan. Ce feu s'appelle la erandc girandole ; il a été investe par Michel-Ange.
foncer les yottes y se prëdpîte avec des soldats qui jetaient de j^ands cris , en frappant leurs boucliers de leurs armes : il brise les chandeliers, les cierges, les sièges, et fait environner par des troupes le lit du pontife. Là il lit au clergé une lettre de l'empereur qui oitionnait d'élire un autre pape, parce q^ue Martin était un intrus. Ensuite malgré les cris des prêtres , qui se pressaient autour de leur chef,
3ui voulaient le suivre , qui demanaient à n'être jamais séparés de lui , il s'empara de la personne du pontife, qu'il emmena prisonnier dans son pa- Ëiis. Le lendemain , Martin est remis dans les mains de Pellurius, qui le jette dans une baraue sur le Tibre, sans ui laisser emporter autre chose (|ue des habits déchirés et un vase à boire. Pellurius le conduit à Porto, de là à Messine, où un vaisseau l'attendait pour le porter à Constantinople.
Le voyage devait être prolongé pour lasser la constance de Martin. On
Sassa près de trois mois sur les côtes e la Calabre. Tourmenté d'une dyssenterie qui l'avait réduit à une extrême faiblesse et à un dégoilt des nourritures les |)lus saines , il n'avait pour se soutenir que les aliments grossiers des matelots. Si des prêtres et des fidèles des lieum voisins lui apportaient quelque soulagement, on les maltraitait et on leur disait : « Puis* « oue vous aimez cet homme, vous « êtes donc les ennemis de Fempe- « rcur. n Enfln on partit potir l'Ile de Naxos , où le pontife eut la permission de sortir du vaisseau , mais ce fut pour être prisonnier , une année entière, dans une maison de la ville.
Le 17 septembre 664, Martin arriva devant Constantinople. On avait écnt de Rome au nom du clergé, et de Pavie au nom des Lombards , pour le recommander à l'empereur , mais ces instances n'avaient fait qu'augftienter sa fureur. Il ordonna que Martin restât un jour sur le rivage , couché sur une natte , et exposé aux insultes du
nie. A la fln, enfermé en prison , t interrogé ensuite en présence de l'empereur, dépouillé du paliium.
tnloéâMOé les Toeà et les carrefoan, BD csrcan ma (x»u , enchaîné avec le R^er, pour montrer qu'il était cununmé a mort : le bourreau portait devant lui î'^pée qui le devait égorger. Chancelant, marquant son passage par des traces de sang, il fut jeté dans UM autre prison • où il serait mort de ^a>id , si ses cardes n^aTaient eu qud- ^ oomoassion de ses soufirances.
Au bout oe trois mois, il fut transporté à Gberson ( c*était le lieu d'exil des craids criminels! . Enfin il mourut de àtisue et de douleur le 16 septembre 6S5. Les Romains avaient élu pa^ Eofsène , du vivant de Martin , qui , àp sa prison de Cherson , avait approuve rélection , pour que la chaire oe saint Pierre ne rat pas vacante.
Ainsi finit la vie de Martin , pontife respectable , savant, couraeeux, constant dans les opinions (]u'il avait professées , et dans des principes d'ordre que r Italie tout entière soutenait contre des rhéteurs grecs, même dans fëtat de démembrement politique et de camitulation réciproque où elle était réduite. On avait vu le pontife Léon , nesociateur heureux, le pontife Gré- Z'tire, politique habile; on vit le pontife Martin, sachant souffrir et mourir s<)ns ostentation , sans colère , ajouter ainsi à la réputation des pontifes et continuer de consacrer loin de Rome, et par on autre éclat , la puissance du saint-siége.
Constant , satisfait du succès d'une expédition contre les Slaves , autres peuples que nous voyons depuis quelque temps au nombre des ennemis du nom romain , et Jaloux de poursuivre r effet de la terreur que le supplice de Martin avait répandue à Rome , prend la résolution dépasser en Italie. Depuis b destruction de Tempire d'Occident , aucun empereur n*avait entrepris œ va)-asce. Ln dessein si extraordinaire de%aît étonner TOrient et donner lieu aux plus étranges conjectures. Le bruit se répandit que Théodose, frère de Constant, et assassiné par ses ordres, venait toutes les nuits Teflfrayer dans le somtteîl, que son ombre sandante se préicsteit à loi, en habits dt diacre, et que
tenant en ses mains une coupe pleinede sang , il lui criait d'une voix terrible : ft Buvez, mon frère. « On prétend que le même fantôme le suivit en Sicile , en Italie, et ne cessa de le persécuter jusqu'à la mort. D'autres disaient que , s'étant rendu odieux à tout I Orient , par les cruautés exercées sur Martin et sur un grand nombre d'orthodoxes , et plus encore pr le meurtre de Théodose, qu'il avait fait mourir dans un accès de jalousie , le croyant plus aimé que lui d'une femme distinguée par sa beauté , il ne se trouvait plus en sOreté à Constantînople. Les Sarrasins lui avaient enlevé l'Egypte , rtie de Chypre et celle de Rhodes, où Moavius , leur chef, avait vendu à un Juif le fameux colosse représentant le soleil ( le dieu de Chosroes ), que ce vil marchand avait fait fondre, ei dont il avait tiré 720,000 livres de métal.
Constant, méprisé par ceux des Grecs qui aimaient encore les arts, déshonoré. haï , odieux à tous les ordres de l'Etat, annonça donc qu'il allait en Italie.
Il voulait abandonner Constantînople, expulser les Lombards, et rétablir a Rome le siège de l'empire, disant que la mère méritait plus de considération que la fille. Il équipa donc une flotte, et, s'étant embarqué , vers la fin de l'année 662 , avec ses trésors , il envoya ordre à l'impératrice, dont jusqu'ici l'histoire ignore le nom, et à ses trois fils , Constantin-Pogonat, Héracliuset Tibère, qu'il avait déclarés Césars en 669, de venir le rejoindre dans le port. Mais André, son chambellan , et Théodore de Colones soulevèrent le peuple qui crut devoir montrer son exécration pour ce tyran, aussi cruel à lui seul que Tavaieiît été T9éron , Commode et Uéh'ogabalc , et les Byzantins empêchèrent la famille d'aller rejoindre (.onstant. Ce refus ne le retarda pas d'un moment ; il monta sur le tillac de son vaisseau , il cracha contre la ville , et fit sur-le-champ mettre à la voile. Ayant été passer a Athènes le reste de l'hiver, dès les premiers jouts du printemps il partit pour l'Italie. Il arriva à Rome le 5
UUNIVERS.
juillet de Tannée 668, et y séjourna peu de jours. Il se vantait' à tout instant de détruire les Lombards , mais il fallut renoncer à cet espoir. Le pape Vitalien alla au-devant de lui à la tête de son clergé , à deux lieues de la ville, et le conduisit à Téglise Saint-Pierre , où l'empereur laissa un riche présent.
Il visita ensuite Sainte-Marie-Majeure, où il laissa encore une offrande ; le lendemain , il se rendit de nouveau à Saint-Pierre, avec toute son armée, il v entendit la messe , et mit sur Tautel une pièce d'étoffe d'or. Le dimanche suivant , il entendit aussi la messe à Saint-Pierre. Après le sacriGce, l'empereur et le pape s'embrassèrent, et se dirent adieu. C'était le douzième jour de Tarrivée de Constant. Jusquelà il n'avait donné que des marques de dévotion et d'une pieuse libéralité.
Mais les Lombards venaient de battre récemment son arrière-f^arde à Naples ; aussi il avait perdu l'idée de se fixer à Rome. Avant de partir, il pilla les églises, reprit les présents qu'il avait donnés , et enleva tout ce qu il y avait de plus précieux dans la ville. On lui avait proposé d'orner le Panthéon, disposé en église depuis 608 , sous Boniface IV, avec lajpermission de Phocas, mais Constant Ilaima mieux le dépouiller de toutes les tuiles de métal dont il était couverte*). On vit un empereur ro-
(*) Nous avons préféré donner ici une vue intérieure du l'anlliéon ; la vue extérieure est connue de tout le monde , et les gravures Tonl reprodaiie dans toutes les dimensions : nous n'en douuerois |)as moins, d'abord , une dcsci iption sumncle de la partie exicricure. Ou ne peut révoquer en donle que \v. Panthéon ne soit , parmi les anciens monuments de Rouie antique, le mieux con.servé , et en même temps le plus magnifique : il fut élevé a5 ans avant I ère vulgaire, par MaiTus Agrippa, gendre d'Auguste , et il fut dédié à Jupiler-Yengeur. Ce temple contenait plusieurs idoles, entre autres celles de Mars et de Vénus, comme protecleurs, Tuude Rome, et Taulre de la famille Jutia, César di\inisé y eut aussi une ataïue. On a cru que le nom de Panthéon lui venait de la mrtIiiplicilédesdi\inilésqu*on y adoraïL Dion (lasiiii^ a |)ensé que celle
main commettre plusde violences, peutêtre, qifon n'en pouvait reprocher aux
dénomination lui convenait à cause de sa forme en coupole, semblable à la voû*o du ri(>l; mais coumie il n*y a pa« de'prf'uve que tous les dieux y aient eu leur statue, parce qu^ils n'auraient pu y être tous places a cause de feur nombre mfiui, et qu'il y avait d'ailleurs des dieux dont les Romains se moquaient eux-mêmes, on peut dire plutôt que sa forme ronde et en niôine temiis h\ jièlhre (à découvert) , configura lion difTcreutede celle des temples uou%eaux , e| dans les rites antiques plus gcnératenieii I apjiliquée au culte de chacun des dieux , pi-o> duisil la dénomination de Panlliéou. On a die encore que celle exagération dans le lîti^ venait de ce qu*im tel temple était ù l>«*aii , qu'il eûl pu être dédié à tous les dieux.
La façade est octastyle, cVsi-à-din* de 8 colonnes de front; elles «outientieni uu élégant enlablemeut et un pourtour bien proportionné , orué de bas-ix'liefs par Diogène, sculpteur athénien. Le portique a xo3 pieds de long sur 4x de large; il c^t forme de i6 colonnes d'oidre cortutbien : celles de la façade sont chacune d*iai seul morceau de granil oriental blanc et noir , et les autres de granil rouge.
L'intérieur du temple, la cella^ est i.n cercle parfait dont le dtamèlra a i33 pie<l« de long; et c'est de cette forme sp1iérf<|wie que l'église actuelle reçoit le nom à*f RotontJr» La longueur de ce diamètre est égale à la hauteur de rédifice. La coupole est ouverte dans le milieu par un œil de 97 pieds de circonférence qui éclaire le temple; ce <|ui le constitue précisément h) pcliire ou découvert. On compte tout autour 14 colonnes, dont 8 jaunes et 6 violettes , |)Our la i>lu- ]>art d'un seul morceau , toutes cannelco& , avec des chapiteaux d*ordi% corinthien.
Les huit p<;tils autels placés dans le pourtotir, à des dislances égales, furent ancieu- Dement autant de petites œdicuiœ |K>ur les idoles.
Toutes les sculptures de Diogènc at)ié« nien ont péri, ainsi que les cariatides (pii oui appartenu à ce temple, et dont Pline fait mention. \jes cariatides représentaient, |>our les anciens, le châtiment de la trahison de<< Cariens; elles rexprimaient aussi dans le Panthéon dédié à Jupiter^ Vengeur, cVsi-àdirc vengeur de la mort de (^ar. (Constant II ayant enlevé , en 66 J , les tuiles de mêtHl dont le temple était couvert, Grcguire III
Goths et aux Vandales. Incontinent il t'i: transporter toutes ces richesses à Mracuse. Une telle conduite ne pouvait que fortifier la puissance des papes en Italie. Mais I Orient et Rome ceraient être délivrés de ce tyran ^•jtirbe et avare : il se forma plusieurs o«juratjons contre lui. Le chef d'une ce ers conjurations était André , fils du patriœ Trone.Unjour,cet homme, apnt accompagné Cionstant dans un Win , prit un vase avec lequel on versa t de Teau, s>n fit une arme, et en (Miarg^i un coup si violent sur la tJte de Fempereur, qu'il en mourut
Constantin. IV, Pogonat (le barbu),
îl-i aîné de Constant , vengea la mort
it: 94n père en se faisant livrer les
••-njurés par Tarmée de Sicile. Il ne
t«rda pas aussi à se faire reconnaître
. R ime, mais il n'eut aucunes repré-
• -îiles à V exercer, parce que Rome
l'utt souffert sans murmurer les spo-
iiatnms ordonnées par Constant II.
Ptojnat, rappelé à Constant! nople par
un tienre de sédition fort extraordi-
i^ire que nous allons expliquer, ne
^anJj pas à se délivrer de ses ennemis.
l.*-^ soldats dispersés en Asie et qui
osaient que Pogonat avait honoré du
t.îr* d^Auçuste ses deux frères, Héra-
dius et Tioére, mais qu'il ne leur ac-
< • rdait aucune part dans les affaires ,
s'avisèrent de s'écrier: « Nous adorons
les trois personnes de la Sainte Tri- - nitéj nous voulons être gouvernés
^ur la terre comme dans le ciel , il
nous faut trois empereurs. » Pogonat s'empara des chefs de ce parti , les
W lit romrir en plomb; Urbain YIII fit
1 cA«T les dei» docners.
L*éfij9e est appelée Sainte-Marie-des-
Martvrs, parce que Boniface IV la dédia à
U ^'»er^e, et y fit iransiK>rter des corps de
laanvrs.
On a demièrenient fouillé dans une rha-
yeiXe sotn bqiietle était enterré Raphaël, et i on a trouve son corps dans un état tel , ^ <*n a pq aisément le reconnaître. Il n*est àuht pts vrai que le crâne qu'on a long- ^«np» Dontré à Facadémie de Saint-Luc , **viK élanl celui de Raphaël , ait appartenu t<rjraad bomiDO.
fit condamner à mort, et avertit ses frères de se conduire avec modération et avec sagesse.
La portion de Tltalie qui restait à Fempire pouvait-elle être heureuse, sous -la domination des exarques représentant le fils d'un empereur qui avait saccagé la ville qu'il appelait la capitale de ses états en Italie? Oui , Constantin lY allait se montrer un prince pieux , bienfaisant , victorieux ; et, sous son règne, les Sarrasins devaient être obligés de suspendre leurs conquêtes.
Quant au ro^'aume des Lombards, Pertharit venait d*être élu roi à l'unanimité, et, sachant commander courageusement à tous les ducs , il maintenait la paix dans ses états, qui, pendant seize ans , ne furent tourmentés par aucun démêlé avec l'empire.
Si rOccident jouissait de cet intervalle de paix , la guerre ravageait avec violence les contrées de l'Orient. Une circonstance remarquable ralentit les progrès des Sarrasins. Un Syrien nommé Callinicus, de la ville d'Héliopolis, parvint à s'échapper, et vint à Constantinople. Il y porta l'invention du feu grégeois , la plus meurtrière
3ue les nommes aient imaginée pour étruire leurs semblables. On connaissait, chez les anciens Grecs, une composition que l'on appelait V huile de Mé» dée; mais ce n'était pas le feu grégeois. Il devait entrer dans la composition de ce feu , ce que la nature a produit de plus violent ; il brûlait dans l'eau, et, contre le mouvement des autres feux , dont la flamme tend en en-haut , il tendait en en-bas. Ni les pierres, ni le fer, ne résistaient à son activité ; on ne pouvait l'éteindre qu'avec le vinaigre, le sable ou l'urine (*). Du haut des mu-
(*) Le secret de ce feu était perdu. Un Français, nommé Dttpré, Ta retrouvé en 1756. Le roi Louis XV dunua une pension k Diipré pour qu^il ne divulguât pas son secret , qui est mort avec lui. On était cependant alors en guerre avec TAngleterre, Ia'S Anglais ont depuis mis en osage les fu* secs à la Congrève, que Ton croit être une sorte de feu grégeois. Dans toutes les guerres aiijouidliui on fait usage de ces fusées, qui
L'UNIVERS-
railles de Constantinople assiégée, on jeta sur les musulmans ce feu formidable, qui , 8*attachant aux hommes et aux vaisseaux, les dévorait jusque dans les eaux , sans qu'il fût possible de réteindre.
Constantin IV combla de récompenses Callinicus, et força bientôt les musulmans à conclure la paix. Le roi dès Lombards, les ducs de Rénévent.
de Frioul et de Spoiète, lui députèrent des ambassadeurs pour lui demander son amitié. Il prit le ton de maître dans la réponse qu'il daigna leur adresser, et Von crut un moment qu'il allait relever l'ancienne majesté de i'emire , et lui rendre l'éclat dont il avait rillé sous le premier Constantin. Mais gloire ne devait éclater qu'à By-
sa ^
zance. Il fut plus heureux forsque, dans des vues de sagesse et de concorde , il chercha à rétablir la paix au sein de l'Église.
Le pape Adéodat , qui avait succédé à saint Vltalien ( * ) . en 672 . étant mort en 676, ou avait élu pontire, Domne , Romain. Celui-ci avait eu pour successeur saint A gathon, qui voulait aider l'empereur à détruire tous les débris du monothélisme.
La lettre qu'Agathon écrivait à l'emnereur est un modèle de naïveté , de nranchise, et peint à la fois les mœurs ecclésiastiques et les événements du temps.
« ^ous vous envoyons des légats :
ne vous attendez pas à trouver en eux l'éloquence séculière, ni même la science parfaite des écritures. Comment ces lumières universelles auraient-elles
Su se conserver, au milieu du tumulte es armes , dans des prélats obligés de {gagner leur nourriture journalière par e travail de leurs mains? Le patrimoine des églises £st devenu la proie des Barbares. Tout ce que ces prélats
prodiitieol un effet épouvantable. Plus oq préleud civiliierla société, plus on luulti-
Clie volontairement les moyens de détruire is hommes.
(*) C*est sous saint Vilalien que Ton commença i introduire l'usage des orgues dans Its églises.
ont pu sauver de tant de ravages , c'est le trésor de la foi , telle que nos pères nous Font transmise, sans y rien ajouter, sans en rien retrancher. »
Tout fut terminé suivant les désirs du saint-siége , et Ton vit s'apaiser la querelle funeste qui s'était allumée entre Téglise de Constantinople et celle de Rome.
L'empereur voulant ensuite qu'en faveuf du fils on cessât à Rome de maudire la mémoire du père, déchargea l'église romaine de plusieurs redevances onéreuses. Il remit aux papes la somme d'argent qu'ils étaient ooligcs de payer après leur électic^n, pour obtenir l'agrément de Byzance: cet usage avait été établi par les rois poths; après eux , les empereurs s'en étaient fait un droit , et les exarques n*oubliaient pas de l'exiger. Cette somme était de trois mille sous d'or, ce qui revenait à un peu moins de cinquante mille francs de notre monnaie actuelle. Constantin abandonna l'argent , et n'entendit conserver que le droit de confirmation , auquel il renonça même en 684, sous le règne de Benoît II.
Ces avantages semblaient devoir rendre quelque prospérité à l'Italie; mais voilà qu'une peste meurtrière vient désoler à la fois Rome et Pavie. Cette dernière ville demeura déserte , tous les habitants s'étant retirés dans les montagnes. Ce fléau continua ses ravages pendant quatre mois à Rome, et l'on commença à se servir du Co- Ivsée, qui était encore entier, pour y aéposer les malades sous les vodtes immenses des corridors intérieurs.
Il y avait, à cette époque, de graves différends entre le saint-siége et les archevêques de Ravenne ^ qui étaient soutenus dans leur opposition par les évéaues de la Vénétie. Les prélats lomoards ne manifestaient aucun éloignement pour le saint-siége.
En 682 j tous ces différends furent terminés a l'avantage du pontife. Le pape saint Léon U, successeur de saint Asathon, en abandonnant des droits abusifs, usurpés par quelques subalternes ignorants, au nom de ses prédécesseurs, retint les droits réels
L'UNIVERS
nement du palais, et à l'autre, la direction des finances. Le premier menaçait la propre mère de l'empereur du châtiment qu on inflige aux enfants. La noble et courageuse Anastasie, veuve de Poeonat, voulait en vain faire des représentations à son fils. Le second , grand losothète ( trésorier ) , faisait suspendre les débiteurs insolvables, la tête en en-bas, sur un feu lent, exhalant une épaisse fumée.
Léontius , patrice , s'étant mis à la tête du peuple , fit arrêter Justinien , qui allait être égorgé par ses propres gardes; et, touché de compassion, en voyant dans un tel danger le fils de Constantin IV, son bienfaiteur, il écouta les supplications de ce méchant qui demandait seulement la vie, obtint que Ton se contenterait de lui couper le nez, et de l'envôver en exil à Cherson. Justinien, maltraité à Cherson, s'enfuit chez les Chosares, puis chez les Bulgares. Terbélis, roi de ces derniers , marcha sur Constantinople avec Justinien , à la tête de quinze mille cavaliers, et s'empara de la ville, où il entra par un aqueduc qui était mal f^rdé. Dans l'intervalle, Léontius et Tibère Absimare avaient régné. Justinien commença par récompenserTerbélis, qui lui demanda d'abord un monceau d'étoffes de soie d'une hauteur considérable. Comme sur le reste on n'était pas d'accord, Terbélis agita son fouet de guerre. On a vu que Tourxanth avait menacé les alliés des Byzantins de cette arme, plus insolente que meurtrière. Ces rouets méprisants, soit qu'ils fussent employés h châtier, soit qu'ils fussent destinés à favoriser les l^zantins , qui persistaient à s'appeler encore des Romains, ne pouvaient que leur être funestes. Par une sorte de moquerie, Terbélis étendit par terre son fouet , et ordonna de couvrir d'une montagne d*or toute la superficie du sol qu'if occupait. Puis il obligea l'empereur d'enrichir tous les soldats bulgares , en leur remplissant la main droite de pièces d'or, et la main gauche de pièces d'argent. Enfin, Terbélis reçut un vêtement impérial et le titre de César. Il tardait à Justinien
d'être délivré d'un pareil protecteur , qui pouvait encore exiger plus de sacrifices. Il avait besoin d'être seul pour se trouver plus libre d'envover au i supplice les partisans de Léontius. Il jurait aussi de ne pardonner à aucun i d'eux , et ne faisait trêve à ce genre de cruautés que pour ordonner la mort des partisans d Absimare. Ces ser- | ments de vengeance furent exécutés { avec toutes les fureurs de la haine.
Un tel homme pouvait-il oublier ,
Îu'on avait méconnu son autorité en | talie? En 705, il envoya deux métropolitains au pape Jean VII , en lui , adressant l'orare de recevoir les canons , du concile in trulio, Jean VII, d^m , caractèretimide, n'osa pas entrer dans , une discussion ; cependant poussé a bout, il Tes renvoya sans les souscrire^ mais il n'eut pas' la force de les censurer. Le pape Constantin, Syxien, \ devait, trois ans après , en 708,' mon- ' trer plus de courage.
Ce fut sous le règne de Justinien, l'an 697, qu'il se forma dans le voisinage de Ravenne une république qui s'éleva peu à peu dans les lagunes de l'Adriatique. Cette république, dit Lebeau, devait parvenir à étendre son commerce dans l'Europe, l'Asie et l'Afrique, porter ses conquêtes sur les côtes et dans les îles de la Méditerranée et de l'Archipel, se rendre maîtresse de tous les trésors de l'Orient , balancer le pouvoir des plus grands princes de l'Europe, servir de di^ue a la chrétienté contre le torrent de la puissance ottomane, et régner en souveraine sur le golfe auquel elle a fait prendre son nom. Les soixante^ouze fies qui composent rétat de mer de Venise, devenues l'asile le plus sûr contre les invasions des Huns , des Ostrogoths et des Lombards, s'étaient peuplées assez rapidement. Elles reconnaissaient encore la souveraineté de l'empire, et faisaient partie du gouvernement d'Istrie ; mais cette défiendance , comme à Rome, n'était qu'une sujétion honoraire. Chacune de ces lies formait une république gouvernée par ses tribuns. De firéquentes querelles , qu'elles avaient avec les Lombards,
qui eommençaient à dére]o[>per des projets dMnrasion mieux raisonnes, détermiiièrent ces tles i se fédérer et à se réunir Tolontairement en un seul corps d'état, pour résister plus efBcaeement à Fennemi commun. Alors Cbristophe, né à Pola en Istrie, patnardiede Gradoen 685, les év^es ses siifiiragants, le clergé, les tribuns, les nobles et le peuple assemblés dans la fille d*Héradee , créèrent de concert leur premier duc : ce fut Paul-Luc Anafeste, nommé vulgairement Paoluc' do. On lui conféra l'autorité nécessaire pour assembler le conseil , nommer les tribuns de la milice et les juges cÎYils , présider à toutes les affaires do gouvernement. Il est à présumer gue cette autorité s'exerçait DéanmoiDs sous une sorte de protection des empereurs d'Orient, qui consentirent à reconnaître cette indépendance : sans cela, les Lombards n'auraient pas manqué d'étendre de ce côté leiu* ambitieuse domination. On sait oae long-temps après cette émancipation, les ducs ou doges de Venise s<MUdtaîent avec empressement de la cour de Constantinople les titres ^FfypatMS et de Spathanus, c'est-àdire consul et grand-écuyer. Il faut croire anssi que Sergius, par ses conseils et ses négociations , aida à préparer et à établir l'indépendance de ces lies. C'est è cette épomie qu'il faut rapporter la cessation du schisme d^Aqoilée, gui durait depuis 150 ans, et qui avait totalement séparé du saint -siège les évéques de ristrie, de la YéiMtîe et de la seconde Pannonie. Dès ce moment, Rome et la Yénrtie eorent des intérêts communs , et se prescrivirent deux devoirs : prévenir le retenir de protecteurs tels que Constant, et résister aux invasions érentueUes des Lombards.
Le plus grand danger était le plus voisin; car. dans l'état où se trouvait Fempire, la couronne semblait être descendue à la portée de tous ceux qm avaient la hardiesse d'jr prétendre.
Ainsi ritalie se détachait peu à peu ^rempnre. L'autorité pontificale ne CQttit de se ûmre estimer par l'activité
4* turmium. (Itaxjx.)
et les vertus des papes. Us commençaient déjà à se léguer l'un à l'autre le soin de continuer leurs entreprises.
Cette autorité si habilement exercée, marchant à un même but, sans fautes, sans revers, sans mouvements rétro-
E rades , donnant autour d'elle la lierté qu'elle voulait pour elle-même, éclipsait insensiblement la puissance des empereurs. Depuis long-temps on n'avait pas vu ceux-ci secourir et défendre Rome. Pouvait-on oublier ce Constant qui était venu apparaître au sein de la capitale pour la Draver, l'insulter et la dépouiller? ce Justinien II , 2ui aurait voulu renouveler les fureurs e son aïeul , et que les apocrisiaires dépeignaient comme un tigre altéré de sanç? Qu'aurait-il fait du papeSergius , celui qui , remonté sur un trône où le vœu de l'armée venait de placei; Léontius et Absimare, avait ordonné qu'on les amenât dans l'hippodrome pendant un spectacle de courses de chevaux? Il avait commandé^'on lui élevât une estrade couverte de pourpre sur laquelle il monta avec fierté. cW dans cet appareil qu'on lui présenta les deux prisonniers. Les ayant fait renverser à terre , il leur foula la tête avec ses pieds , et les tint ainsi humiliés plus d'une heure devant tout le peuple; puis, après cette insulte abjecte et mirbare, il leur fit trancher la tête, sans rendre à Léontius le mouvement de compassion qui l'avait porté à lui sauver la vie. Aussi tous les amis de l'ordre s'accordaient en Italie
Sour en fermer l'entrée à Justinien ; ans son exarchat même, on trouvait moins des sujets fidèles , que des ministres cupides qui se souciaient peu de le faire haïr davantage.
L'exarchat ne jouissait d'une paix incertaine qu'à la faveur des trouoles dont la Lombardie était quelquefois agitée. Après la mort de Cunibert, fils de Pertharit , l'un des meilleurs et des plus aimables princes qui soient montés sur le trône des Lombards, son fils Liutpert, encore en bas âge, est reconnu par le peuple et nar l'armée : mais Rambert, fils d'un nrère de Pertharit, usurpe la couronne, meurt peu
L'UNIVERS
de temps après, et la laisse à Ari[)ert son fils. Ansprand, régent pour Liut* pert, est battu sous Pavie. Aripert n'ayant pu se saisir d' Ansprand , fait couper le nez et les oreilles à Theuderade, sa femme, et à Aurona, sœur de ce même prince, et crever les yeux à son fils Sigebrand. Il ne fait grâce qu'à Lui tprand, second filsd'Ansprand, et lui permet d'aller rejoindre son père qui avait fui en Bavière. Il ne prévoyait pas que ce jeune seigneur régnerait un jour, et deviendrait, par sa sagesse et par une foule de qualités royales, un des législateurs et Thonneur de sa nation.
Avant que Paul-Luc Anafeste gouvernât la Vénétie,nous n'avions, pour décrire l'histoire des événements de l'Italie , qu'à passer successivement de la monarchie des Lombards à l'examen de la consolidation du pouvoir des pa-
8 es. Si l'on considère ces deux autorités ans leurs rapports avec l'empire d'Orient, la tâclie que nous nous sommes imposée était suffisamment remplie.
Une troisième puissance s'est élevée, et , à son tour , elle demande notre attention. Mais un tel sujet ne nous arrêtera pas lon^-temps ici. Leduc Anafeste gouvernait avec des principes de bonté et de prévoyance les pays qui s'étaient donnés à lui , et , Jusqu en 717 p les peuples qu'il s'efforçait de civiliser jouirent d'une tranquillité assez constante. Il faut donc retourner aux deux autres pouvoirs qui se disputaient le reste de la toge de pourpre tailladée en tant de parties.
Les Lombards obéissaient avec assez de Gdéiité à leur roi Aripert. Jean VI, Grec de naissance . gouvernait Rome.
Justinien II jugea a propos de rappeler l'exarque Platys, et d envoyer à sa place Théopnylacte. Celui-ci , venant de Byzance, voulut passer par Rome, sans autre dessein , dlsait-ii , que celui de visiter les tombeaux des saints apôtres. Mais les exarques n'étaient pas dans l'usage de prendre ce chemin pour aller a Ravenne; ilss'y rendaient par l'Adriatique, et depuis long-temps on n'avait vu arriver à Rome aucun ministre de la cour , qu'il ne fût chargé
de quelque commission perfide.Le bruit se répand qu'on en veut à la personne du pape. Rien n'étonnait de la part de Justinien. Il était peut-être las de se venger des fauteurs de Léontius; il s'ennuyait peut-être de ne plus découvrir facilement des partisans d'Absimare; il avait sans doute fait le vœu de perdre ceux qui avaient défendu le pape saint Serge contre Zacharie. Il n'en fallut pas davantage pour donner l'alarme. Les troupes des environs, celles même de Ravenne , celles de la Pentapole ( district de cinq villes dépendant de Ravenne ) viennent camper devant Rome, où Théophylacte était déjà arrivé. On s'apprête a défendre le souverain pontife. Celui-ci donne de part et d'autre des conseils sages , et la tranquillité est rétablie. Cette fois , au nombre des défenseurs du pape , on ne compte pas le duc de Bénévent, Gisulf, occupé d*autres soins : il ravageait la Campanie , se rendait maître de Sora (*}. On re-
(*) La planche x3 représente une ^iie de nie de Sora. C'est un des plus beaut site de ritalie. On lui donne le nom dlle de Sora, parce qu'elle est entourée des eaux du Liris, qui «^appelait chez les anciens Ro> mains le Clani^ et qui t'appelle aujourd'hui le yerde et plus loin le Gmrif^tano. La population est de 3,ooo âmes. L*aîr y est très^sain. Yers le nord, il y a une moula» ene sur laquelle est b&li le palais du roî , fortifié par une haute tour : là le fleuve se di\ise en deux branches qui coulent Tune à droite, Tautre à gauche. Arrivées a p<ru
1>rès au bas de la petite plaine sur laauvUe a ville est construite, les eaux se precipi. tent en cascades. L'une de ces petites cataractes tombe au midi sur tme ligne perpendiculaire d'une hauteur de quatre-nngt-dix S aimes (le palme napolitain est de 9 pouces lignes et demie de France), l'autre au couchant tombe par un plan incliné long dt six cents palmes. Les peintres payagislet fréquentent beaucoup Pile de .Son ; un dt^
S lus singuliers points à observer se prend u mont Saint-Juvéuai. Les inigularilés du Lins, qui plus loin a encore cinq autres petites cascades, dissemblables enUv elles, et bordées dVbres et de plantes aqueuses à travers lesquels il coule avec rapidité, ne laissent pas concevoir comment Horace ap-
L'UNIVERS
jura de demander à Dieu la rémission de ses péchés ; il renouvela les privilèges accordés par ses prédécesseurs à réglise Latine, et permit le retour en Italie du pape, qui rentra à Rome, en 711, après un an d'absence, plus fort, plus puissant, plus souverain que jamais.
Les sentiments de piété que la présence du pa{)e avait mspires à Justinien semblaient promettre quelque adoucissement de son humeur violente et sanguinaire ; mais on ne fut pas long-temps à s'apercevoir que la religion n'avait pas sur lui assez d'empire pour éteindre cette soif insatiable de vengeance dont il fut la dernière victime. Il avait ordonné d*aller détruire Cherson , qui le voyait de mauvais œil pendant son exil; mais ses troupes y furent repoussées. Ravenne, qu'il avait soumise à de fortes contributions, parce qu'il l'accusait d'avoir applaudi a sa chute , et de s'être réjouie de sa mutilation , s'était révoltée , et il avait ordonné de faire verser le sang de presque tous les habitants , en n'épar-
Snant au'un petit nombre de personnes ont if se croyait aimé. Ces diverses Boitions , quand elles furent connues dans Tarmée principale , à Damatrys , disposèrent, les esprits à une révolte
générale. Élie, un de ses écuyers, ont il avait lui-même tué les deux fils, s'élança sur lui , au milieu d'une émeute militaire, le saisit par les cheveux, et lui coupa la tête. Après avoir donné cette tête , avec son nez d'or, en spectacle à Constantinople , on l'envoya à
peine
Justinien , et associé à l'empire, quoiaue n'étant âgé que de dix ans, avait été assassiné avant son père. Cet' en- &nt se trouvait à Constantinople lorsque Bardane Philippique, élu empereur par les soldats , se présenta dans le port. Le timide enfant se réfugia dans l'église de la Sainte-Vierge , au quartier de Blaquernes ; il suspendit à son cou les reliques les plus respectées, il s'appuya d'une main sur l'autel, et de l'autre il serrait fortement la vraie
croix. Son aïeule, la généreuse Anas« tasie(car il avait perdu sa mère, Théodora , sœur de Busérus , roi des Chazares) se tenait à la portedu sanctuaire, comme pour en défendre rentrée. Le patrice Maurus et Jean le Passereau avaient ordre de le massacrer. A l'arrivée des assassins , elle se jette aux pieds de Maurus , les baigne de larmes, et demande la grâce de son enfant.
Pendant qu'elle retenait le patrice, Jean s'élance dans le sanctuaire , détache de l'autel le jeune prince , lui arrache le bois de la vraie croix , lui enlève les reliquaires . se les passe lui-même au cou , et traînant l'enfant à la porte de l'église , le dépouille de ses vêtements impériaux , l'etend sur les degrés , et lui plonge un glaive dans le cœur. Tibère fut le huitième et le dernier prince de la famille d'Héraclius, qui avait eu le titre d'empereur.
Philippique voulut faire adopter à Rome toute la doctrine des monothélites , et il écrivit au pape Constantin une lettre remplie d'invectives. Ce pontife, en cette circonstance, plus soutenu et plus courageux, rétracta les promesses faites a Justinien. Le peu-
Sle romain se révolta avec fureur , et éclara qu'il ne recevrait ni les lettres ni les monnaies d*un tel empereur, que son portrait ne serait pas placé dans l'église, selon l'usage , et que son nom ne serait pas prononcé à la messe.
Christophe était alors le duc de Rome, nommé par les exarques.^ On prit les armes , on se battit sur la voie Sacrée, et il périt quelques personnes de part et d'autre. Rome craignait la vengeance de Bardane : mais il n'eut pas le temps de punir. Ce prince ne s'occupait que de ses plaisirs. Oisif au fona de son palais , il se livrait à la débauche. Il enlevait les femmes à leurs maris , il arrachait des monastères les religieuses dont on louait la beauté. En vain ses flatteurs allaient publiant que l'empereur avait un extérieur brillant qui devait imposer, qu'il était éloquent , qu'il haranguait avec grâce , ou il distribuait les trésors , produit des confiscations ordonnées par Justinien : le peuple et les grands n'étaient pas sa*
tisfaito. n voulut célâ)rer , dit Nicepfaore, ranoiversaire de la fondation de Constantinople par des courses dechars dans le cirque. Il traversa la vilie à la tête d'une nombreuse cavalerie , puis alla se mettre à table avec les premiers de sa cour, et but avec excès. Alors le protostator Rufus a Taudace de se présenter au palais , où tout était dans le desordre d'une fête tumultueuse. Personne ne pensait au prince , qui dormait. Rufus pénètre jusqu'à sa chambre, et le trouvant seul , encore ivre, Fenveloppe d'un manteau, le transporte , tout enseveli dans le sommeil , jusqu'à rhippodrome. Bardane n^est pas encore reveillé lorsqu'on lui crève Vs yeux. Il recouvre un moment ses sens, pour entendre qu'on lui fait grâce de la vie, et qu'on va lui nommer un successeur.
Son proto-secrétaire Artémius est proclamé empereur , et prend le nom a*Anastase II. Cette fois, le crime ne profita pas aux conjurés. Au milieu des soins qui occaoaient le nouvel empereur, il crut devoir à sa propre sûreté , et à celle des souverains en général, la punition de l'attentat commis contre Bardane, son ancien maître; il condamna au supplice de perdre la vue, les patrices George et Théodore, complices de Rufus , et fit ôter la vie à ce dernier. Ensuite il se déclara pour les opinions que professait le pape Constantin , déposa le duc Christophe , qui avait ensanglanté les rues de Rome, et qu'il exila à Arpino(*) {planche 14),
(*) Nous aToi» donné ici ane Tue de la ▼Plcd'Arpiniim, appelée aujourd'hui Arpino, près de la«|iie!le coule le Liris. CeUe ville, bitte iirégulièrnnent , s'élève sur plusieurs collines. Vers le levant, on voit les subslmctîons de la ville ancienne. La tradition rapporte que cette vilie ancienne fut élevée par un prince appelé Saturne. Xénophon DOtts apprend que plusieui-s souverains qui avaient liAti des villes et civilisé des pays , ajoutaient à leur nom celui de Saturne, dette Iradilion pourrait donc n*étre pas une fable et s'expliquer ainsi tout naturellement. Au temps de Bf arius et de Cicéron, qui sont nés daiis celle ville , elle était grande et peuplée , el par sa situation sur plusieurs collines , une
rappela l'exarque Eutychius, ami de Christophe ; enfin il envoya au pontife ,
sorte àà petite Rome, Arpinum , comme nous le dit Cicéron , avait des rentes {vectigada) dans les Gaules, et elle envoya une fois des chevaliers romains pour en recevoir les intérêts. Ces rentes, provenant probablement de la portion qui lui avbit été attribuée dans le partage fait en vertu de la loi jégraria, qui avait distribué les terres conquises entre plusieurs villes de l'Italie, paraissent avoir été considérables : elles formaient une partie du revenu municipal qui servait à la construction et à Teutretieu des édifices publics. Vers le milieu du quinzième siècle, Arpinum allait être saccagé à la suite d'une rencontre entre les Français et Ferdinand «d'Aragon; mais alors, de même que la mémoire de Pindare sauva Thèbes de la colère d'Alexandre , et que la mémoire d'Alexandre sauva Alexandrie de la colère de César , Arpinum fut épargné, sur les sollicitations du pape Pie II , en honneur de Marins et de Cicéron. Alors on remarqua que dans la vilie ime foule d'habitants portaient les noms du consul pour la septième fois, et do l'auteur des Devoirs, Les personnes distinguées de celte ville parlent des deux grands Romains qui sont la gloire de cette cité, avec des détails de localité digues d'intérêt. M arius était fils d'un paysan qui sortait de la ville tous les jours pour aller labourer la terre. On ne croit plus à la fable des sept aiglons qu'une aigle avait déposés dans son berceau suspendu par sa mère Fulcinia à une branche de chêne; car il est certain, suivant les ornithologues anciens et modernes , qu'uue aigle ne porte jamais plus de tiois aiglons à la fois. Quand Marins s'enfuit de Rome, il se dirigea, appelé par une sorte d'attrait qu'il ne pu (surmonter, vers les lieux qui l'avaient vu naitro et qu'il avait peu fréquentés pendant tant d'années de victoires. Il courut à Osiie, s'embarqua pour Terracine; bientôt il se vit abandonné parla lâcheté de ceux à qui il s'était confié, vers l'embouchure du Liris {GarigUano) , de ce même Liris sur les bords duquel il avait cultivé la terre.
Cicéron , né aussi k Arpinum , a parlé souvent de sa pairie dans ses ouvrages : en les prenant pour guide, on découvre quelle était la maison où il voulait faire inhumer sa fille TuUia, Selon Paul Alexandre Maffei {il Volaterrano)^ le corps de TulUa embaumé fut trouvé près de la voie Appia sous le règne d'Alexandre VI, mais on ne croit plus à
L'UNIVERS
par le nouvel exarque Scho1a8ti<iue , des lettres qui ne respiraient que Tamour de Tordre et de la paix.
Les Lombards n'avaient pris aucune part aux désastres de Rome. Ils commençaient à la redouterdavantage; ils en convoitaient toujours la possession, mais ils ne pouvaient accomplir leurs projets d'invasion à une époque où Byxance et le saint-siége vivaient dans une telle intimité.
Anastase méritait de régner longtemps : mais l'esprit des peuples avait contracté des maladies incurables, et se livrait sans cesse à un amour de la nouveauté qui ne leur permettait pas d'apprécier un bon prince. L'armée de terre avait élu un empereur ; la flotte voulut avoir cet honneur. vMe rencontra à Adamyte , en Mysie, un homme , né dans cette ville , nommé Théodose , caissier des impots , et qui jusqu^alors ne savait que recevoir les deniers du fisc et les en vover au grandtrésorier; du reste f rooe, constant dans ses vues , d'un sens remarquable , et sans ambition. Les marins , déterminés à ne plus obéir à Anastase , offrent la couronne à Thécdose. Il refuse, et se sauve dans les montagnes, pour n'être pas obligé d*accepter. On te suit, ^n le découvre , on le crée empereur malgré lui. A près quelques combats entre les deux rivaux , l'empeieur de la flotte est vainqueur. Anastase cède à la fortune ; il se fait conduire à lui, après avoir revêtu Thabit monastique, et il obtient la vie. L'autorité
eeU« •iipposifion. Véloqtient oitteiir mourut dans le voisinage du lieu de sa uaissance , vers Mola di Gaéla. I^es Arpiuales honorent Cioéroo avec d'auiaot plus de raison, disentiU, que le cardinal Baronius, né aussi dans 1«8 environs, a firouvé que Dioclélien a fait brûler avec la Hible di*8 rJji'élitfns, les livret de Gioéroa, pan» qu*il j a\ail reconnu dea doicmea euiieremenl opposés à la religion
Marcns A^ppa, qni a fait construira U Panthéon, «al né auni à Arpinum , et roovrat près de etite ville. Elle est encore ki petane dn chevalier Joaeph Gésara dit le cavalier d*Arpin, rival de Michel* Ange de
de Théodoae trait été à peine reoomiiie en Italie.
Bientôt Léon, ancien général de Jtistinien II, attire l'attention générale:
on fait courir le bruit qu'il mérite la couronne; et Théodose, doué d'un caractère modéré, se connaissant luimême hors d*état de soutenir le poids du sceptre impérial et d'une fueftft de concurrence , signe une abdication et l'envoie a Léon, en demandantseulement la vie , comme il l'avait accordée à Anastase. Léon permet à Théodose d'aller mourir en exil à Éphèse.
Léon dit i'Isaurien a trop tourmenté l'Italie, où il a allumé la guerre des images , qui a duré 1 18 ans, pour qu'il soit permis de ne pas le faire oon^ naftre avec quelques oétalls. Ce ^n* dateur d'une nouvelle dynastie s*éleva du dernier rang au premier rang de la société. Il naquit en Iiaurie, suivant quelques auteurs , mais ^ suivant àau^ très mieux instruits, il était Syrieu d'origine , et natif de Oemianlcia , ville située au milieu des mont^nes qui séparent la Cilicie de la Syrie. Il porta dans sa jeunesse le nom de son père Conon , qui était eordonnttr,et il fit le commerce de la mercerie et des bestiaux. Ayant abandonné œs deux états, parce otie des Juifii lui avaient prédit qu*il aeviendrait empereur, tl s'engagea comme soldat , et servit dans la garde de Justinien II. Ce prince , lui ayant reconnu du Calent pour la
guerre, le promut aux princinaux graes de la milice. Le nom de Conon lui ayant ensuite paru indigne de lui, il
S rit oeitti de Léon. Il était bien tait , 'une taille avantageuse. Nommé par Anastase II commandant des troupes, il obtint de ^rieux succès a la guerre. Désigné pour devenir empereur, et fort de l'abdicationdu receveur d'Adramyte, H se fil cour nner à Constantinople. le 25 mars 717, Ce qui fut extraordinaire , c'est mie les Sarrasins eux-mêmes contribuèrent à son élévation , et que leur suffrage entraîna la soumission de l'empire d'Orient* L'on fit sjgpiûer son awiement à Àonie, qui le leoonnut ooflNnc erapereur» Les Lombards renouvelèrent avec lui les
L'UNIVKRS.
de ses sujets , jusqu'au moment où , dans sa manie de se montrer théologien, il en devint le tyran. Léon avait souvent fréquenté les Sarrasins; il leur avait eu des obligations ; moins qu'un autre « il avait vu en eux des adversaires implacables : il était nécessairement, et sans le savoir, disposé a partager les erreurs des Arabes. Un autre Syrien , nommé Béser, né chrétien , ayant été pris par les musulmans, avait apostasie. Délivré de la servitude, u était revenu au culte des chrétiens, mais il voulait y mêler les idées qu'il avait puisées en pratiquant la loi de Mahomet. Béser, devenu favori de Léon , l'entretint de ses pensées hérétiques. L'empereur, déjà disposé en faveur des Sarrasins , résista peu aux insinuations et aux desseins de Béser. Celui-ci redouble d'instances, l'empereur adopte ses vues; il fait assembler le sénat, et prononce luimême la déclaration suivante : « Pour « reconnaître tant de bienfaits dont « Dieu m'a comblé depuis mon avéne- « ment à l'empire , je veux abolir l'i- « dolâtrie qui s*est introduite dans « l'église. Les images de J.-C, de la « Vierge et des saints, sont autant d'i- « doles auxquelles on rend des hon- « neurs iiont Dieu est jaloux : en « qualité d'empereur, je suis le chef « de la religion ainsi que de l'empire, « il m'appartient de réformer les aous. « En conséquence. J'ai dressé un édit « pour purger les églises de cette su- « perstition sacrilège. » Aussitôt, sans
S rendre aucun avis sur une affaire e cette importance, il fait publier son édit , et donne ses ordres pour Texécution.
A ce signal, les courtisans, les âmes faibles, les amis de ce qui est nouveau, brisent les images divines , et ne respectent plus que l'image de l'empereur.
Un mouvement séditieux se manifeste dans tout l'Orient, en Afrique, en Espagne , dans les Gaules et en Italie. L empereur modifie son édit et cherche h expliquer qu'il n'a pas entendu qu*on dut briser les images : il publie qu'il suffira de les placer dans
les éfflises, hors de la portée de la boucne et de la main. Mais un guerrier ne recule pas long-temns sans un sentiment de dépit Un tel ménagement ennuie celui qui Tavait inventé.
Il ne veut plus souffrir le culte des images, il ordonne qu'on les enlève de toutes les églises.
Dès ce moment , il entame luimême des conférences où il arsumente, en style militaire , contre Germain , patriarche de Constantinople, et laisse percer dans ses paroles une conviction presque toute mahométane. Jean Damasoene résiste aussi en Orient ; Grégoirell résiste courageusement en Occident : toutes les consciences s'arment contre un empereur hérésiarque. Grégoire II , Germain, Jean Damasoène , appelé à cette occasion par les Grecs Cnrysorrhoas (fleuve d'or), soutiennent la lutteavecénergie. Léon menaceGrégoire de la déposition, et, en même temps, il cherôhe à se défaire d'un si puissant contradicteur.
Marin, écuyer de l'empereur, est nommé duc de Rome, et chargé d'organiser une conspiration contre le Sontife. Les conjurés principaux, Jorani , cartulaire de 1 église, et Jeaa Lurion, sous-diacre, sont découverts* mis à la question et oondanmés à mort. L'exarque Paul , qui avait remplacé Scholastique , assemble des troupes et se dispose à se rendre mattre de Rome,
e)ur faire élever un autre pape. Les omains , avertis de leur marche, Çrennent les armes; les Florentins, les .ombards de Spolète , et tous les habitants des environs accourent encore, résolus de défendre la ville ; Paul , trop faible, retourne à Ravenne.
Les Sarrasins ne cessaient d'inquiéter Constantinople , où cependant on servait si bien leurs projets religieux ; mais l'empereur, désormais moins ' guerrier que disputeur en théologie, s'affligeait plus de la résistance du pape que des progrès que ses ennerois faisaient autour de sa capitale. Paul eut ordre de mettre tout en oeuvre pour soulever contre Grégoire l'armée déjà assez considérable des Vénitiens et les peuples de la Pentapole,
mais ils rejetèrent les propositions de Teiarque, et déclarèrent qu'ils em-
SieraJent plutôt leurs forces à dédre le pontifa: on prononça même tlors, dans presque toute l'Italie impériale, une sorte d'anatbème civil et politique contre Texarque.
Chaque ville se révoltant nomme on gouverneur, qui fut appelé duc.
Cétait un exenople que les exarques aiaieatdonnéà Rome, et que les Lombards avaient imité dans trente villes.
De tout temps les peuples ont été disposés à s'approprier avec plus ou moins d'à-propos et de prudence les institutions qu ils voient régner autour ifeax. II n'y a pas de doute que les trottbles suscités en Italie par l'obstioatioD de Léon n'aient amené l'indépeodance des papes et préparé Fétablissement de l'empire des Français , 3u préjodioe des Grecs. L'esprit séditieux alla si loin , qu'on proposa déjà <f élire un empereur, et de le conduire à loam armée jusqu'à Constantinople. Ce n'était pas tout^^-fait secouer l'autorité de Byzance, puisqu'on voulait bien en- <vreqtte le souverain y résidât, mais c'était assurément insulter les Grecs dans Kdroit qu'ils prétendaient avoir d'élire iflnpereur. Au milieu de ces circonstances, Exhilaratus, duc de Naples, «lUKkmna la confédération à laquelle davait feint de s'attacber,et, gagné par I^Qi il se mit en marche pour at- I^Quer Rome. Les Romains de ce Kmps n'étaient plus ceux du temps dAttila. Ils sortirent en armes, mar- ^^Jjwit i la rencontre d'Exhilaratus , ^K tuèrent ainsi que son fils. Ayant JJ^itc reconnu que Pierre , duc de flome , successeur de Marin , écrivait > Uon contre le pape, ils chassèrent j* aie de leur ville; à Ravenne,
^vqiw Paul fut massacré dans une ^ition.
^jon Luîtprand crut trouver une ^'^ ûivorable pour augmenter le ^^"^ de ses provmces ; il se déclara wntie Fempereur, prit Ravenne par ?^« s^emûra d'Osimo, de Bologne ; " oocupa Sutri , dépendant du duché ^ome, pois révacua, et au lieu de ^^^ cette ville aux officiers de l'em-
roreur, il déclara qu'U en faisait don saint Pierre et à saint Paul , c'est àdire à l'éslise romaine : cette donation d'un roi lombard fiit le premier germe de la puissance temporelle directe du saint-siége.
Luitprand n'avait fait cette dona* tion que dans un intérêt politique. Il voulait prouver à son peuple et à son armée, qui professaient un pur catholicisme, qu'a honorait le chef de la religion. £n même temps, se voyant maître de Ravenne, il conçut le projet de s'emparer de Rome, pour parvenir, comme Théodoric, à établir une seule monarchie en Italie. Le pape devina ces projets. Il estimait Luitprand , qui était doué de qualités remarquables , et qui , dans son ambition , se laissait peut-être emporter plus qu'il ne voulait, par celle de ses trente ducs qu'il ne pouvait contenir qu'en se rendant plus puissant. Grégoire, de son côté, pensa à retirer Ravenne des mains de Luitprand. A cet effet, il jeta les yeux sur la confédération de Venise.
Cette république sage avait profité de toutes les circonstances pour accroître ses forces ; elle possédait une armée , un trésor régulièrement administré, et figurait avec gloire entre les états d'Italie. L'exaraue Eutychius, chassé de Ravenne, s'était réfugié à Venise.
Grégoire invite Orso . alors doge , à repousser les Lombards de Ravenne , et à rétablir l'exarque. Les Vénitiens confient ce soin à un amiral , qui se met à la tête d'une flotte chargée de troupes , attaque Hildebrand , neveu du roi , le bat , et reprend Ravenne.
Luitprand, à la nouvelle de la défaite de son neveu, entre dans une grande colère contre Grégoire, et se promet, dans le premier instant, de le livrer à la vengeance de Léon. L'exarque, ingrat envers Grégoire, traite avec Luitprand , qu'auMsndonnaient en ce moment les ducs de Spolète et de Bénévent,etil est conclu entre Euhrchiuset le roi un traité qui a pour but de soumettre d'abord les deux rebelles, et ensuite de marcher sur Rome , pour renverser Grégoire.
Celui-ci ne pouvait se défendre des
L'UNIVERS
Lombards que par Texarque . et de Texarque que par les Lombards ; leur union lui a ôté sa force : W va être vaincu. Dans cette extrémité, il se souvient des conseils des empereurs grecs, qui lui recommandaient d'invoquer le secours des Français. Charles-Martel, ce héros si redoutable i gouvernait alors la France pour Thierry II , qui n'avait que le titre de roi. Martel, ou plutôt Martin (car ces deux noms avaient alors la même si* gnification ) , vainqueur d'Abdérame venait de détruire , à la bataille de Tours, trois cent soixante -quinze mille Sarrasins. Ce fut à ce grand homme , qui en France était le mal- ^e plus que le roi , que Grégoire s'adressa.
Les Romains soutenaient les intérêts du pape confondus avec les leurs , car des exarques et des Lombards, ils avaient tout à craindre. Aucun de ces partis ne devait épargner les Romains .
mais Charles-Martel ne croit pas encore devoir hasarder l'arméedes Français, ni perdre de vue les Sarrasins qui avaient établi en Provence le siège d*un nouvel empire, d'où ils auraient pu entrer en Italie, par le chemin qu'avait suivi autrefois Annibal. La demande du pape ne produisit donc aucun effet; Grégoire et les Romains sont abandonnés à leur destinée. Le pape or-
-(*) On voit ici Tinlêrieur de Téglise de Saint- Clênient. Quelaiies auteuis pensent que ceUe église, très-ancienne, a été fondée sur le tei^ rain où était placée la maison paternelle du
Sont ire saint Clctnent, pape Tan 91. Sa fon- Btion est aDtérieure à ran 4x7* parce qu'on sait qu*à la fin de cetf e même année , Cèlestius , disciple de rbércsiarque Pelage , fut jugé dans cette église par le pape saint Zo- •ime. En 449, sous saint Lpou-le-Orand, die avait déjà un titre qui depuis est devenu un litre cardiualioe. En 53a , elle fui ornée par Jean II, et en 59a, aaini Grégoire-ie Grand y établit des processions de pénitence, dans lesquelles en demendait à Dieu des grAces et des marques de démenoe en faveur du Rome. Adrien 1^, dont le règne dura
Îaise pas la Providence, l'empereur . «éon va peut-être triompher ! LÀ trou*
vingt trois ans dix mois et dix-sept joun, restaura ce temple en 77 a, et Pbsrliai II y fut élu pontife eu 1099. Peu aprèa. Tan ma, réglise fui nouvellement i-estaurée par le caniinal Anasiase, qui y fit faire les mosaïques de la tribune et le siège épiscopal eu marbre, et en 1299 par le cardinal Csjéi an, neveu de Roniface Vin. Sous le pape Pie II , le cardinal Rovérella y consacra la cba|)«lle de saint Jean -Baptiste, et du temps de Paul III, le cardinal Jean Alvaro de Tolède, dominicain , agrandit le portique ; enfin Clément XI en 1700, conservant tout ce qui appartenait à la vénérable antiquité, entreprit desemMlissements, ordonna le lambris doré, Toma de stucs, de peintures, y ajouta la façade, perfectionna le portique et aplanit la place.
La porte est précédée d'un petit portique soutenu |Mur quatre colonnes de grauit. De ce portioue , on entre dans V atrium , environné d un portique plus grand, orné de seize colonnes de granit, dont six souiienneat chaque côté , et quatre soutiennent la porte qui introduit dans Téglise divisée en 3 iwh par 18 colonnes de marbres dilTêrents. Le maitre-autel est isolé, avec un tabernacle porté sur quatre colonnes de marbre uoiet {paonazetto). On remarque deux pupitres, omîtes, de marbre givc , d'où on li«ail !<-'' épitres et les évangiles; le tout est ék^é Mir des gradins, et enfermé dans une cnci'iule de marbre avec des omemeuls sculptés, rejiréseiitant des croix et des couronnes, au milieu de quelques cbilTixïs indiquant le nom d'IlO" norius II, pa|ie en iia4. Une inscription placée à gaucbe annonce qu'une duiaiion a été faite dans la même église en 74^ V^' ^ titulaire, Oratoire, premier iwèlre, cl elle donne l'idée de la phrase et de la paléographie du temps. Un voyageiur très-esUmc, M. Valéry , decrii ainsi l'église de Sainl-Clement. « Cette antique église présente le modèle le mieux conservé de la disposition des premières i)asiliques. Combien le christianisme, à sa naissance, parait grand «* J^P"" faire, par celte grave disposition qui offre une double chaire pour la lecture publique de l'épitre et de lévangUe ! on sent une religion moraie , positive , enseignante , dont les préceptes obligent loua et oonmandent a loua indistinctement. Quelque dioae de cette primitive égalité religieuse semble s'éire pei^ pétué à Rome dans U pratique du culte; tout
pes eombinées» après aiFoir réduit les sucs révoltés y qui implorent leur pardon, s^avaaoaot avec ffacas^ étonnées ée mardier ensetni^, et Tiennent okiccr leur camp dans les prairies de Néron, entre te Tibre et Saint<*Pierre, en couronnant de leurs feux le mont ippelé aujourd'hui Monte Mario, et ra approchant leurs machines de fuerre jusqu'au pied du mausolée d'Aarien (château Saint-Ange ).
Les murailles de la YiTle avaient été relevées, mais des soldats aguerrisse disposent à les renverser, et le feu grégeois , cet auxiliaire des empereurs crées, ce terrible moyen de destruction, dont Eutj^chius a le secret, ne va-t*il pas ^^ jeté avec fracas sur la cité que les exarques veulent soumettre?
Grégoirei se fiant aux vertus de Lui^rand) sort de Rome précédé de son clergé, représente (nouveau saint Lrân ) que les mallieurs de la ville seront ceux de toute la chrétienté, que les Sarrasins se réjouiront des désastres de cette métropole du culte de Jésus-Christ, et rappelle au prince le hîen qu*il a Élit à I église, te don de Sutri, la générosité de ses prédécesseurs, qui ont sauvé tant de fois d*autrrs pontiÊBS de la fureur de leurs ennemis : il Témeut , il lui arrache des larmes. Luitprand , qui aurait été capaiite de oette intrépidité modeste.
ft*7 profllenM sur le pavé même (, et Ton o*jr remarque point ce camfortûUe dévot de nos paroÎMes qui indique le diflcrenre det raogk •
C«t dans Vatrium , OQ cour , dont nous irons parlé plus haut , que se tenaient ks pénilents et les pécheurs en récidive; As étaient i genoux , et se recommandaient aux prières Sa passants. La nef latérale la pH» grande était dcsiinée à recevoir les ■e—nes . pub les catéchumènes (ceux qu'on iastroMiil pour les disposer an baptême), et les niKiienn& convertis. L*autre nef laienAe, pins peCiie . était destinée aux femmes. L'espaee dos d*un petit mur de marbre ét^t occupé par 1^ acolyies, les exor- Qitcs et Sttirrt derçs des ordres mineurs, fisoi le ttnctoiire, en demi-cercle, il j «val en oânes pour les prêtres et le siège (kr^véqiie.
dont il avait te spectacle sous les yeux , Luitprand se prosterne aux pieds de Grégoire , et proteste qu'il ne souf^ frira pas que ron tourmente un pontife aussi respectable. Eutychius plus cruel, plus animé, veut arrêter ce premier mouvement de Luitprand, qui ne lui en laisse pas le temps. Le temple de Saint-Pierre était voisin ; le roi marche vers l'église, s'agenouilte devant la Confession de l'apôtre , s'y dépouille de ses habits royaux, et les dépose avec son baudrier, son épée , sa couronne d'or et sa croix d'ar^^ent, au pied du tombeau; il prie ensuite le pape de tever l'excommunication lancée contre l'exarque, et reprend surle-cliamp le chemm de Pavie.
Mais Léon était inflexible : il faisait brûler un couvent habité par des reli-
gieux qui ne voulaient pas adopter ses écrets ; il faisait incendier la plus belle bibliothèque de Constantinople ; il faisait enduire de poix les cheveux et la barbe de ceux qui résistaient à ses ordivs, et entasser sur leurs têtes quantité d'imajs^es auxquelles on mettait le feu: après avoir traîné ces malheureux dans la ville , on les égorgeait, et on jetait leurs corps aux diiens. Léon écrivait à Grégoire qu'il le traiterait comme Constant II avait traité Martin. Il l'avertissait qu'il allait envoyer à Rome Tordre d'abattre l'image de saint Pierre. Grégoire II ne reçut pas ces lettres; il avait vu terminer sa sainte et courajgeuse vie. Eltes furent remises à Grégoire III, Syrien, qui ne se montra pas moins religieux que son prédécesseur. Il assemble un concile dans l'église de Saint^Pierre , il y réunit 93 évêques, parmi lesquels on distingue le patriaràie de Grado, dans l'état Vénitien, et Jean , archevêque de Ravenne. Dans ce concite.
on déclara exdu de la table sainte ei séparé du corps des fidèles , quiconque violerait le respect dû aux images , en les détruisant , en les déplaçant , en les profanant, en les outrageant par des Dlasphèmes.
Léon , implacable , mécontent de Ravenne, de Rome et de Venise, indigné contre les Lombards, maudis-
L'UNIVERS
tant PItalie, résolut de la d)âtler tout entière. Il mit en mer une flotte portant une puissante armée qu'il confia à Manès, duc de Cybire. Manès avait ordre de saccager d'abord Venise et Ravenne , de renverser les Lombards qui se trouveraient sur sa route, de marcher à Rome^ d'enlever le pape et de le faire partir enchaîné pour Byzance. Mais cette armée fut battue par les jeunes nobles de Ravenne.
(jrégoire III n'avait pas habituellement ce calme dans le caractère, qui était l'attribut particulier de Gré-
{çoire II, et il négligea de conserver 'amitié de Luitprand , en donnant asile à Trasimund ,duc de Spolète, qui s'était révolté contre le monarque lombard. Uneguerre violente s'alluma entre ce prince et le pontife, qui, comme son prédécesseur, demanda encore des secours à Charles-Martel.
Les Romains lui envoyèrent des lettres de consul et depatrice , et le pape lui écrivit: « Nous vous conjurons par « le Dieu vivant et véritable, et par « les défis très-sacrées de la Confession « de Saint-Pierre, que nous vous en- « voyons comme les marques de la « souveraineté, de ne pas préférer « l'amitié du roi des Lombards Lui- « prand à celle du prince des apô- « très. » Cette lettre fait dire à Baronius que Grégoire III sema dans les larmes ce que ses successeurs moissonnèrent dans la joie. Charles combla d'honneurs les nonces du pape , et lui envoya de ridies pr^nts: mais diverses raisons l'empêchèrent de prendre les armes contre les Lombards.
Ce prince, fier, placé par ses exploits, et par son immortelle victoire de Tours , au-dessus des plus grands souverains, et qui seul avait sauvé la chrétienté des attaques multipliées du Croissant, était peu flatté du titre de patrice , qui semblait le rendre un des offiders de la cour de Constantinople.
D'ailleurs Luitprand avait adopté Pépin , fils de Charles, (*) et il avait se-
(*) Cet tdoptîont, ^and on était éloigné du fils adoptif , ae fiiiaaienl en envoyant des di€vaia f des épécs , des boucKers et une
couru la France contre les Sarrasins.
Mal^pré cette résistance, Grégoire III devait toujours porter ses reganis vers la France; elle seule lui pouvait accorder un appui. Les dinérends du pontificat avec I^n avaient pris un caractère d'aigreur qui ne permettait plus aucun rapprochement. Léon sollicitait un concile général , auquel il désirait soumettre la querelle des images. <« Vous êtes, répondait Gr^oire, « le seul ennemi de rÉglise: cessez de « la persécuter, il ne sera pas besoin « de concile. Avons-nous un empereur « catholique , oui puisse y prendre « séance, selon l'usage? » Le pape dédare aussi à l'empereur que l'Occident est révolté contre ses attentats, et que, pour venger les outrages qu'il fait à J.-C. et aux saints , on foule aux pieds les images impériales. Sur les menaces de Léon, « sachez, répondait -il « encore, que les papes sont les média- « teurs de la paix et comme le mur « mitoyen entre l'Orient et l'Occident:
« nous ne craienons pas vos menaces; « à une lieue de Rome, vers la CkIidc panie , nous sommes à l'abri de vos « coups. » Beaucoup d'auteurs se sont trompes sur le sens de ce passage.
Quelques-uns, entre autres Lebeau, ont ait que le district de Bénévent s'étendait alors à une lieue de Rome, ou plutôt du duché romain. Mais ce n'est pas à une protection éventuelle du duc de Bénévent que Gréeoire fait allusion. Les ducs de Bénévent relevaient du roi des Lombards , alors ennemi du saint-siége. S'ils se révoltaient quelquefois, ils ne tardaient pas à le reconnaître pour suzerain , parce qu'ils avaient toujours dans ce cas à redouter une invasion des exarques qui les bloquaient au nord et au midi. Grégoire veut parler des catacomb^ de Saint-Sébastien sous la voie Appia, oii des papes furent martyrisés , et son expression a quelque chose de mystérieux et de sublime.
armure complèie, à celui que Ton dioîsissait ainsi poiu* son fils : alors la cérémonie de la barbe coupée avait lieu par le moyen d*iin guerrier chai*gc d*nne procuraiion s|)éciale. Voy. pag. 36, a" colonne.
Les secours de la France se faisant lon<;-teinps attendre, Grégoire ordonna à i âpocnsiaire de Byzance de faire à Léon des représentations plus modérées : cependant il ne balançait pas A établir cette maxime: « Les princes
catholiques n*ont pas plus de pouvoir
dans fadministration des choses spi- • rituelles, que Téglise ne s*en attri- « bcie dans le gouvernement des af- « faires temporelles. » Nous verrons si à la fin ou Xr siècle on se souviendra de cette maxime à Rome.
L*année 741 fut remarquable parla mort des trois plus grands personnaees qji existaient alors: Charles-Marie., • empereur Léon et Grégoire III.
>:barles-Martel laissa son immense in- Irience , qui équivalait au trône , à F^epin son fils : Léon avait déjà donné le titre d'empereur à Constantin V, qui prit les rênes du gouvernement immédiatement après la mort de son père, et les Romains, réunis au clergé , avaient élu pape, Zacharie, Grec, en remplacement de Grégoire III. Luitpraud , mal compris par le pontife précédent, n'était pas un prince impitovable. Aux premières avances de Zacharie, le roi des Lombards répondit par des hommages et des propositions de paix. Le pape, pour entretenir de si heureuses dispositions, entreprit
de raUer trouver lui-même à Terni (*),
(*) Terni est une des plus jolies ville^ de llralie. Indépendamment de sa célèbre cascade doni nous parierons plus tard, elle est remarqtiable par des aniiquités, une portion d'amphithéâtre avec des voies souterraines, qudques débris d'un temple du soleil , des substructions d'un temple d'Hercule. Terui est b patrie de Tacite, le grand historieo. Les empereurs Tacite et Florien, son Irere, étaient aussi nés i^ Terni. On leur avait élevé près de celte ville un mausolée qui a éié oidommagé par la foudre, et qui ensuite est lomlié en ruine. C'est près de Terni qu'en 1:98 ks Français gagnèrent sur le général MacL une bataille mémorable. Cette victoire eut pour conséquences la reprise de Rome et Toccnnation de Naples.
OÙ il campait avec son armée. Le roi envoj^a aiHievant du pontife une foule de seigneurs, et marcha lui-même à sa rencontre, jusqu'à huit milles de 'Ssmï. Là, il lui fit raocucil le plus bienveillant, écouta avec respect les conseils pacifiques qui convenaient à la situation de T Italie , et conclut un traité par lequel il rendait ime grande étendue de terres que les Lombards avaient usurpées sur Téglise romaine, depuis trente ans, dans la Sabine, dans rOmbrie et dans la marche d* Ancône. La paix avec le duché de Rome fut signée pour vingt ans; ensuite il remit au pontife quatre personnages revêtus du titre de consul , faits prisonniers sur le territoire de l'empire.
Enfin l'éloquence pieuse et insinuante du pape produisit sur l'esprit du rot des Lombards, dans une entrevue de trois jours , ce que n'auraient jamais pu obtenir toutes les forces de Rome, soutenues des secours de Byzance.
Les événements nouveaux amenaient des circonstances qu'il eût été bien difficile de prévoir. En paix avec Rome , Luitprand voulut réduire les exarques. Eutychius, qui commandait pour Constantin Copronyme ( ainsi appelé parce qu'il avait souillé les fonts, quand on l'avait baptisé ), Eutychius réclama la protection de Zacharie. Celui-ci se détermine à entreprendre le voyage de Pavie, afin d'apaiser Luitprand, et il obtient la paix potir Ravenne. Après ce dernier acte de condescendance, Luiprand mourut.
Il fut, sans contredit, le plus grand roi qui ait gouverné jes Lombaras. Quel-
2ues Romains se réjouirent de la mort e ce prince , mais ils eurent à s'en repentir, quand ils connurent le caractère de ses successeurs. On ne court jamais un grand danger auprès d'un voisin puissant, quand il est magnanime et généreux.
Constantin n'était pas un prince en état de rétablir les affaires de l'empire en Italie. Les écrivains de ce pays l'ont représenté comme l'homme
études, il a composé des pysages très-r*clierchés.
ei
L'UNIVERS
le plus odieux et le plus sanguinaire.
Gibbon lui-même, qui l'excuse quelquefois, ne peut se refuser à déclarer que ce prince fut dissolu et cruel. Iconoclaste fanatique, il rechercha s'il restait sur des murailles oubliées, quelques représentations pieuses échappées à son père, et comme un tyran est condamné à n'être pas toujours obéi, il en trouva, les fit efncer, et ordonna qu'on y substituât des chasses et des courses de chars. Passionné pour les chevaux, il ne connaissait pas de parfum plus agréable Î|ue la fiente de cheval, il en fiaiisait rotter ses vêtements ; ses courtisans se gardaient d'approcher de sa personne , sans être parfumés de cette odeur : c'est ce qui lui fit donner le nom de CavaUin. Il n'était ni chrétien, ni Juif, ni payen,'ni mahométan. Sa religion se trouvait un composé monstrueux de toutes les croyances, sans en représenter aucune. Il ne manqua pas de quelques qualités guerrières. Il attaque vivement Artabaze Curopalate ( gouverneur du palais ) , qui avait tenté de monter sur le trône, et qui, pour se créer des partisans, avait rétabli le culte des images; il le repousse à Sardes , le poursuit près de tomopolis , s'empare ensuite de sa personne, et l'envoie en exil , après lui avoir fait crever les yeux. Rome avait reconnu Artabaze; Constantin ne s'en montre pas trop furieux; il croyait avoir be* soin du pape, pour conserver l'Italie : il fait présent à l'éslise romaine de deux terres considéraîbles du domaine impérial.
Les Vénitiens paraissaient s'écarter du système de modération qui les avait portts à se contenter d'un mode sa^e d'administration intérieure. L'ambition des richesses leur faisait désirer d'étendre au loin , à tout prix , leurs relations de commerce; mais le commerce n'est pas comme l'industrie; si elle se montre en plusieurs points égoïste, elle tempère ce défaut par (quelque chose de national et de patriotique qui peut l'excuser. Le commerce des Vénitiens fut dès le principe ce qu'il est trop souvent, abso-
lument cosmopolite, sans respeet poar la religion et sa plus noble docirine qui proscritl'esclavage. I>eimafchands de Venise achetaient un grand nombre d'esclaves Mes deux sexes, et ils allaient les vendre en Afrique aux Sarrasins. Zacharia fait un appel à la charité, à la piété des Romains, rachète les esclaves et les rend à la liberté. Il porte ensuite tous ses soins à contenir les rois lombards. Aldeprand, neveu de Luitprandi n'avait régné que neuf mois. Les seigneurs l'ayant déposé, venaient d'élire roi Ratchis , auc de Frioul. Zacharie obtint de ce dernier que la paix conclue pour 90 ans avec Luitprand , serait ratifiée. Ratchis ayant embrassé l'état monastique, Astolf , son firère, lui succéda. Celui^i rompit la paix de Luitprand , s'empara ae l'Istrie , de Ravenne et de la Pentapole; l'exarâue Eutychius s'enfuit à Ilaples. Ce fut la fin de l'exarchat, qui subsistait de-
Suis 186 ans, dignité brillante, qui onnait presque le pouvoir impérial , mais dont les titulaires sont demeurés obscurs, parce que , successivement assassins, débauchés, geôliers « dépositaires infidèles, souvent perfides, rarement de bonne foi , presque tous dépourvus de vertus militaires, ila n'eurent complètement, ni l'audace, ni la fidélité , ni aucune des qualités
âui font craindre ou aimer ces sortes e vice-royautés orageuses.
Astolf, maître de Ravenne, dirigea ses pas vers Rome. Le pape Etienne 1 1 1 , qui venait de remplacer Etienne II, mort après trois mois de règne, employa, pour dissuader Astolf, les re* montrances et les présents. Expliquons bien l'état de Rome. Les récits mysMrieux , intéressés, flatteurs ou opposés des écrivains contemporains , rendent cette tâche plus difficile ; Lebeau a bien saisi la vérité. Les empereurs avaient encore leurs ministres à Rome.
Le duc qui gouvernait la ville et le duché, les magistrats gui siégeaient aux tribunaux , les patrices. les consuls , les préteurs recevaient des empereurs leur titre et leur pouvoir ; mais la principale autorité ràidait dans les papes
L'UNIVERS
ils raccompagnèrent à Pavie. De là , avec la permission d'Astolf , il partit pour Saint-Maurice, en Valais : il se rendit ensuite à Ponthvon , où il devait trouver Pépin. Cnarles (depuis Gharlemagne) , fus aîné de Pépin , alors dans sa douzième année, vint audevant du pape à la distance de trente lieues. L'entrevue entre le pontife et le souverain fut fixée au lendemain. Le pape exposa sa demande : Pépin }ui
Sromit ses secours. Quoiaue Pépin eût éja reçu Fonction sacrée des mains de Boniface, évéaue d« Mayence, le pape renouvela ta cérémonie dans réglise de Saint-Denis, et sacra, en même temps, la reine et ses deux fils, Charies et Carloman. Cependant Pépin assembla les principaux seigneurs de France, et leur déclara qu^il voulait enlever des mains des Lombards Ravenne et la Pentapole, et les donner en souveraineté à saint Pierre et à ses successeurs. Pépin passe les Alpes, défait Astolf à Pavie, Ty tient assiégé et hii dicte la paix. Le Lombard devait remettre au pape Ravenne et la Pentapole. Pépin retourne en France.
Astolf ne remplit pas le traité; il vient au contraire attaquer Rome, (|uand il sait que Pépin est rentré à Pans. Nouvelles instances d'Etienne; nouvelles promesses de Pépin. Ce prince , indigné contre Astolf, n'avait différé son départ qu'à cause des neiges qui fermaient les communications des Alpes.
Rome était assiégée depuis trois mois, et se défendait avec courage. Astolf apprend que Pépin a paru au Painle- Suze; il levé le siège pour aller défendre l'entrée de ses frontières. Cependant Constantin veut traiter avec Pépin , et lui propose , par des ambassadeurs , de payer les nrais de la guerre, si le roi des Français veut lui remettre Ravenne, qui est la possession légitime des empereurs. Pépin répond:
« Le droit des Lombards sur Fexar- « chat et la Pentapole est le droit de « conquête, le même que celui des « Français sur la Gaule, qbe celui de « l'empire sur tous les pays qu'il a « possédés. Je vais acquérir ce droit « par la victoire, que j'espère avec
« le secours du ciel. Mattre de ce «I pays , j'en disposerai à mon gré : ce « n'est pas pour l'ame de l'empereur.
« ni d'aucun mortel, que j'ai {Nris les « armes. J'ai promis au saint-sîége « le fruit de mes travaux, et tous les « trésors de la terre ne pourraient « m'engager à trahir ma parole. »
Astolf est vaincu de nouveau par la terrible armée des Français. Le traité précédent est renouvelé, naais en outre , le roi lombard doit paver les tributs arriérés dus à la France.
L'abbé Fulrad , au nom du roi des Français et du pape , prit possession de Ravenne et de la Pentapole, fit rédiger un acte de donation qu'il alla déposer à Rome sur le tombeau de saint Pierre, avec les clefs des villes données aux pontifes. Par cette libéralité à jamais célèbre, les papes devinrent possesseurs de trois provinces et de vingt-deux villes. Les principales de ces villes étaient Ravenne, Rimini, Pesaro, Fano, Césène, Siniçaglia , Jési , Forlimpopoli , Foni , Montefeltro , Urbin, Cagli , Gubbio , et Comaochio.
Tel est , selon la remartiue de Muratori , le premier domaine temporel avec juricuction donné aux pasteurs spirituels.
Astolf mourut en 756 d'une chute de cheval. Didier, qu'il avait fait duc d'Istrie , vint à Pavie avec ses troupes pour se faire couronner. Ratchis, ennuyé de son cloitre, voulut reprendre rautorité: le pape, dont la puissance directe était devenue si imposante, et qui commandait d'ailleurs de tout le poids de son autorité ecclésiastique aux supérieurs de Ratchis , lui fit ordonner de rentrer dans son monastère.
Pépin était mort. Didier, dès^ les premiers instants de son règne, fut mgrat envers le saint -siéne. Après ^voir donné au pape saint Paul et à Etienne IV, son successeur, des marques du dépit que lui causait l'occupation de Ravenne, il essaya de détacher les rois français, Charles et Carloman, des intéi^ts de Rome. Il avait un fils nommé Adalgise, et une
IDe nommée Desiderata. Il proposa de marier son fils à Gisèle, soeur des rots français, la même qui avait été refusée à Léon , fils de Constantin Gopronjme , et d'unir sa fille avec Charles, cnioique ce prince fût engaaé arec une femme nommée Himultrude dont 0 avait un fils. Le pape aurait ru avec déplaisir une telle alliance. On paMîa dans le temps une lettre attnhuée à Etienne IV, et adressée auY deux princes; elle parlait des Lombards en ces termes : « Quelle « est la démence, ô fils très-excel- > lents , 6 grands rois , qui permet de
• dire que votre illustre nation des
• Français qui brille au-dessus de
• tous les peuples, et que votre race - si noble et qui ré^nd tant de splen- « detir, sera souillée par une perfide « et infecte famille des Lombards, ■* qui n'ont jamais compté au nombre ■>■ des nations, et dont il est certain •^ que sont nés les lépreux ! (*) »
Muratori réfute l'accusation portée cnntre Etienne, et pense que la lettre est de quelque bel-esprit de ce temps- Ê. Charles n'en épousa pas moins Desiderata, mais il la répudia au bout d'un an. Didier jura de se venger.
Les papes une fois maîtres de Texarrhat, 0 n'y avait dIus qu'un pas à faire pour qu'ils devinssent sodveraâns positifs de Rome : après la mort détienne IV, Adrien acheva ce grand ouvrage. Didier, dans ses projets de ifo^eance, voulut attirer le pape à Pavie et n'y put réussir. Alors, il s'empara à rorce ouverte de Sinigadia, d'I^ii>in, de Gubbio, et il se détermina à aller assiéger le pontife dans Rome.
L'an 774, Charles apparaît en Italie, repoosse Adalgise; Didier s'enfuit à Pavie. Charles olo^e la ville, et marche vers Rome, où il entre le samedisaint : le pape Adrien l'attendait à la porte de la basilique de Saint-Pierre. Le roi baise humblement tous les deerés, puis embrasse le pape, qui le prend par
(*) ADniioo à la lèpre qui , tous Agilulf , luttait répandue de Pavie dans le reste de rtilîe. (^oy. pag. 34, i^ ool)
5" IrnmiêQn. (lauui.)
la main et le conduit dans l'élise.
On célèbre des fêtes avec une pieuse magniûcence; on joint aux chants solennels, des cantiques nouveaux em l'honneur de Charles. Ce prince prend le titre de rot en ItaUe, confirme la donation de son père , et y ajoute une
8 lus grande étendue de pays. Il or* onne de dresser un nouvel acte fie cette donation, qu'il signe, et qu'il fait signer par les évéques, les abbés et les sei^eurs. Charles ne séjourna
3ue huit jours à Rome, et retourna evant Pavie, dont il s'empara au mois de juin : il lit prisonnier Didier, qu'il emmena en France avec Ansa , sa femme, et Desiderata. Cette dernière était la même princesse que Charles avait épousée quatre ans auparavant.
Le royaume des Lombards avait subsisté 206 ans. Le nom de Lombardie ne fut pas éteint cependant avec ses princes : non-seulement il demeura au pays qu'avaient possédé les Lombards aux environs du Pô, mais même les ducs de Bénévent donnèrent ce nom aux terres de leur domination. Dans cette révolution, les empereurs perdirent «entièrement l'espérance qu'ils avaient conservée jusqu'alors de recouvrer l'exarchat et la Pentapole. Nous parlerons encore d'eux, toutefois, parce qu'il leur resta les duchés de Naples, d'Amalfî, de Gaëte : ils conservèrent aussi la pointe de la Calabre où sont Gallipoli etOtrante, et la partie de la même province qui s'étend oeCosenza à Reggio. La Sicile et la Sardaigne demeurèrent de même en leur possession, jusqu'au moment où les Sarrasins les leur enlevèrent. Quanta la portion qui fut gouvernée au nom de Charles, comme elle était occupée par des habitants de plusieurs nations. Italiens, Lombards, Français et Bavarois, il ordonna , par un capitulaire, que chacun fût jugé selon les lois de son pays. L'année qui termine le VIII' siècle est l'époque d'une révolution célèbre, et la plus importante qui soit arrivée dans l'Europe, depuis que les souverains romains avaient transféré le siège de l'empire à Constantinople.
Le monarque français , le plus grand
L'UNIVEHS:
pripoe qui existât '9)prs, illustre comn^e guerrier, renommé comme législateur , abattit le dernier titre de sou- Teraioeté que les Grecs [possédaient en Italie, leur enleva ainsi à jamais le nom de Romains, qu'ils persistaient à prendre dans leurs traites et dans le préambule de leurs décrets , et fut couronné empereur d'Occident. Le pape saint Léon III régnait alors. Une conspiration ayant été tramée contre lui , il fut sur le point de périr : il alla h Paderbonn implorer le secours de Cbarlemacne , qui se* rendit à Rome.
Le jour de ^~oël 800, pendant qu'il était en prière à la Confession de Samt- Pierre , le pape , accompajîné des évéques, des urètres et des seigmeurs romains et français, vint lui poser sur la tête une couronne d'or, et tout le peuple s'écria : « A Charles très-pieux, « auguste , grand et pacifîque Kmpe- « reiir, que Dieu couronne, vie et « victoire ! » Le pape ensuite l'oignit de l'huile sainte. Tous les auteurs s accordent à dire que Charles prononça alors le serinent que ses successeurs firent après lui : « Moi, Empereur, je « promets, au nom de Jésus-Christ, « devant Dieu et Tapotre saint Pierre, « que je proté;:;erai et que je défendrai « la sainte Église romaine, envers et « contre toiis, autant que Dieu me « donnera de force et de puissance. »
En ménie temps IVpin , fils de Charles , fut couronné roi d'Italie.
Les fêtes durèrent une partie du mois de janvier 801 . C'est donc à cette époque précise qu'il faut reporter l'evtmction de l'empire crée en Occident.
Loml>ards et Crées, concpiérants et souverains, tout avait disparu, car les débris de l'autorité lombarde et de l'autorité grecque qui survivaient à Bénévent et en Calahre, n'avaient plus
Su'un sout'lle de vie qui semblait près c s'éteindre; le reste avait cédé à l'é- Î(*c. de ('harleniapne. V()ici comment eanVillani, annaliste du XI\' siècle, confirme les éxéneinents de 771 :
« Charlemaiines'appriM'hade iWMue, ^ voyant la sainte ville du haut do iionii - Maio [ Mou le - Ma rh ] , d esit de cheval, et, par grand res-
•pect, vînt à pied |usqu*à Rome; et y étant '"arriTé, il baisa, avec dévotion , la porte de la ville et celle de toutes les églises qu'il rencontra, auxquelles il fit de riches présents. Ayant été nommé p^trice, il redressa l'état de la sainte Église et des Romains, et de toute l'Italie, les faisant f ester en liberté et franchise, et il abattit, en toutes leurs parties , les forces de Fempereurde Constantinople, du roi des Lombards et de ses partisans. II confirma à la sainte Église la dot que son père, Pépin, lui avait donnée, et, outre cela, la dota des duchés de Spolète et de Bénévent ; et dans le royaume (dans l'état de Naples), de la Pouille. Il fit livrer plusieurs batailles contre des Lombards et des rebelles à la sainte Église. »
Tout ceci se rapporte, comme on voit, à la première entrée de Charlemagne h Ilome. l'n autre passage de Villani donne les détails suivants pour l'année 801 :
« Charles , ayant pris grande vengeance de tous les rebelles et ennemis de la sainte Église, pour laquelle chose Léon, pa|)e, assisté de ses cardinaux, fit une assemblée générale avec la volonté des Romains; et attendu la vertueuse et sainte (ruvre dudit Çharlemagne à l'avantage de la sainte Édise, par décret ilsotèrent l'empire de Jlomc aux Grecs, et élurent ledit Charles empereur de Rome, comme digne de l'empire. Alors ce prince fut consacré à Rome, et couronné de la couronne imiHTiale, l'an de .lésus-Christ 800, avec grande solennit(* , honneur et triomphe, le jour de la nativité de notre Seigneur. Ledit (Charles fit ensuite bâtir autant d'abbayes qu'il y a de lettres dans l'alphabet': le nom de chacune commençait par la lettre initiale du nom impérial. ••
EnHn Villani rapi)orte qu'un décret de Charlemagne ordonna de relwtir Florence , qui avait été presque entièrement détruite dans les guerres des Ciotlîs contre IJélisaire, et mal reci^nstruite par les Lombards. Il paraît aussi que Charlemagne voulut visiter la ville nouvelle , qu'il y donna det
0ttf ^lendides, et qa*il y créa des dieTalîers. Nous ▼errons successivemeot grandir cette cité célèbre « oui derait acquérir tant de gloire daus les arts, dans les sciences, dans la politM|oe, et donner d'illustres pontifes à FEglssc.
Mais quel avait été le moment que Rome avait paru choisir pour con« sommer une révolution aussi importante? celui où régnait une femme, Fimpérafrice Irène. Cette princesse, ue a Athènes, d'une beauté parfaite , qu'on ne pouvait voir sans Vod^ mirer , oÉfirait un contraste de bonnes qualités et de penchants barbares.
Montée sur le trône en 780, avec son as Constantin VI , elle avait d'abord renoncé au système de persécution contre les iconoclastes; mais, jalouse de son fib, elle l'avait fait pérÏT pour rester seule souveraine. Les circonstances du sup^icede I '^nstantin furentaf&euses :
on lui arracha les yeux avec tant de violence, qu'il en mourut. La nouvelle d'un tel crime venait de parvenir i Rome. Aussitôt on prépara les esprits à la révolution qui éclata près de deux ans après. On a dit que quelques Romains, opposés au saint-siége, avaient pensé à taire épouser Irène à Charlemagne; mais cette princesse, mariée à Léon Chazaris dès 769, était ftgée de 46 ans, et ne pouvait plus avoir d'enfants. En conséquence beaucoup d'auteurs regardent cette supposition comme une fable.
Rome, en repoussant d'une part fautorité de cette princesse si cruelle, d*ooe impératrice presque sans puissance au dehors, qui n'avait peutêtre qu^affecté des sentiments d attachement à la religion , et en adoptant, de Pautre part, Charlemagne partout bienfaisant, magnanime, commandant au peuple leplusbelli(]ueux de l'Europe , à ce peuple composé de ces nobles adversaires de César dans les Gaules, et dfs colonies les plus guerrières de la Germanie, Rome connaissait bien les intérêts de V Italie et du siège de la chrétienté, et rendait l'hommage le plus éclatant à la morale publique. Plus fN jainais la Victoire devait être k
Seigneur. Gibbon , porté à accuser les papes , reprend dans cette circonstance un ton moins sévère, lorsqu'il dit avec profondeur, à propos de ces donations : « A suivre tes lois bien exac- « tement, chacun peut, sans offense, « accepter ce qu'un bienfaiteur peut « lui donner sans injustice. »
Cependant les iconoclastes furent tout-a-fait réprimés à Byzance, vers la lin du neuvième siècle, par l'impératrice Théodora, veuve de Théophile, et Rome n'eut plus ce sujet de dissidence avec les évéques de TOrient.
Louis-le-Débonnaire, successeur de Charlemagne qui, sur la un de sa vie, avait flétri lui-même une partie de sa gloire par de violentes persécutions contre les Saxons , s* empressa de confirmer la donation que son père avait faite au saint-siége; mais tout en ne voulant pas faire sortir l'Italie de l'état oii elle était restée en 814, il laissa prendre quelque consistance à l'autorité de Grimuald, duc de Bénévent, ancien ûef lombard.
Après Louis , l'autorité carlovingienne permit à beaucoupile villes de se constituer indépendantes , et l'on peut recarder comme une sorte d'interrègne, Pespace de 74 ans qui s'écoula depuis Charlemagnejusqii'a l'installation d'Othon r ' , petit-lils de Ludolph , en faveur duquel le duché de Saxe avait été institué en 858.
Avant de passer outre, nous rapporterons ici quelques événements qui précédèrent la descente d'Othon en Italie.
La puissance française s'étant affaiblie, les Lombards sur quelques points reprirent courage et menacèrent Rome : le pape et les nobles romains , encore réunis pour leur conservation mutuelle , créèrent alors roi d'Italie, Béranger, duc de Frioul.
Romain I' '' , surnommé Lécapène , venait d'enlever l'empire à Constantin X, et aCn de punir la Calabre et la Pouille qui s'étaient révoltées par Gdélité pour ce dernier prince, il avait permis aux Sarrasins d'occuper ces deux provinces, d'où ils osaient s'avancer sur Aome. Les Komains at-*
Onze ans après , Othon attacha la oooronne impériale au nom et à la nation des Germains et se Gt couronner Empereur à Rome en 962, par Jean Xll, de la famille Conti; il confinna tes donations faites au saintsié^par Pépin, Charlemagne et Louisie- Débonnaire ; enfin, il détrôna les Béranger et rendit aux papes leur ancienne autorité. Ce fut à compter de cette ép)que mémorable que commencèrent à s'établir deux maximes de jurisprudence publiaue : « Oue le prince Hu dans une diète d'Allemagne ac- ?»rait au même instant les royaumes subordonnés de l'Italie et de Rome, mais qu'il ne pouvait se qualifier Empereur et Auguste, avant d'avoir reçu a couronne des pontifes romains. »
Les papes ne tardèrent pas à voir attaquer leur autorité. Le saint-sié^e ^ les nobles romains s'étaient réunis constamment dans un intérêt commun.
Tous leurs ennemis avaient été vaincus.
11 fallait ensuite décider qui régnerait ou ^ papes, ou d es seigneurs ae Rome.
Quelle garantie de tranquillité et d'indépendance pouvaient otfrir les nobles ^ la ville ? Ils n'avaient pas plus de lavoir, de richesses et de talents <(|i« les autres seigneurs d'Italie, et ils satta^ient aux papes , puissants de l^ur iniluence sur le monde entier.
Cependant une sorte d'esprit répu- Nicain aristocratique commençait à Remporter. Crescentius, de la iamille Jjs comtes de Tusculum , fut mis à la «te du gouvernement, sous le nom de oiKul. Un pape intrus , Francone , appelé par s m parti Boniface VII , J^ait assassiné successivement les ponnles Benoit VI et Jean XIV. cfres- ^tius sut profiter de cette circon- *^ncc, fit arrêter Francone par le P^plc, qui pendit son corps au cheval <« wonzc de la statue de Marc-Aurèle,
'""'^nc attestait que les peuples coura- 8«« dèvaicm toujours au fer , Vor dont ils Çj»^ifot s enrichir. Après avoir été sacré roi «Iijjie ptr)^ cardinal Caprara , archeTcquc *^l«n, Napoléon a posé sur sa léle cette ■*»»« cotirouiie en disant: m Dieu me l'a '^ooakt, niaUieur àqui la tonchel >
que l'on appelait, dans ce temps d'ignorance , la statue de Constantin (*).
Crescentius garda l'autorité jusqu'en 996. Othdn III, petit-flls d'Othon-le- Grand, fit créer pape Grégoire V, son parent, qui s'appelait Brunon; il assiégea Crescentius réfugié dans le château Saint-Ange, lui accorda une capitulation qu'il ne respecta pas, et le fit décapiter.
Grégoire , animé d'un sentiment de partialité pour sa nation (il était Allemand ) , confirma les maximes de jurisprudence publique dont nous avons parlé plus haut , et voulant ensuite se venger des Romains, il leur ôta le droit d'élire l'empereur. Donnant pour prétexte que l'Allemagne était le grand iras du christianisme y il attribua le droit d'élection, suivant Villani, à sept princes de ce pays , l'archevêque deMayence, chancelier d'Allemagne, l'archevêque de Trêves, chancelier des Gaules, l'archevêque de Cologne, chancelier d'Italie, le marquis de Brandebourg, grand -chambellan , le duc de Saxe , porte-épée , le comte palatin du Rhin , qui servait à la première table de V empereur y et le roi de Bohême ,
Srand-echanson. Le pape se réserva le roit de poser la couronne sur la tête des Empereurs , et de les déclarer Augustes.
Les électeurs ci -dessus indiqués, après la m(rt d'Ôthon III, élurent empereur Henri , duc de Bavière, qui fut couronné par Benoît VIII. Après Henri et Conrad de Souabe, Henri II fut couronné par Clément II, en 1046.
Dans tous ces troubles , les peuples ou les princes , suivant que les uns ou les autres montraient plus d'habileté et d'adresse, avaient obtenu l'indépendance. D'un côté, comme à Venise dont l'exemple faisait autorité , les [>euples élisaient leurs chefs: à Pise, à Florence, à Gênes, on avait aussi obtenu
(*) C'était i)ar la bouche de ce cheyal que l'on distriouait du vin au peuple , les jours de fôte. Ce ne fut qu*à Paide de la connaissance plus parfaite des médailles, qu'on apprit ensuite que cette statue appartenait à Marc-Aurèle.
L'UNIVERS
dqae portion du pouvoir autonome e pouvoir au*on tient de soi) , malgré présence a*un chancelier de Tempereur; d*un autre c<)té. parmi les princes les plus puissants et les plus honores , on comptait Godetroy et Mathilde, fille de Beatrix, sœur de Henri II. Ils possédaient en souveraineté , Lucnues , Parme , Reggio , près de Modène , Blantoue, et ce que Ton appelle aujourd'hui le patrimoine de St. -Pierre.
Quant à Rome, lis seigneurs qui, autrefois , avaient tant conjuré le saintsié^e de les affranchir de la tyrannie by/antine , se montraient inizrats , et maigre Tappiii de Henri II , déclaraient une guerre continuelle aux pontifes.
Quel spe<'taclc bizarre ! Les papes , par les censures les plus modérées, faisaient trembler les plus hardis potentats, et dans Rome, ils éprouvaient des insultes, quand on ne menaçait pas leur vie. Je viens d*eniprunter'les ropres expressions de Machiavel , u\)n n'accusera pas d'avoir été le latteur d(^ pontifes. Ainsi, le prnlilicat et les s«'igncurs romains sVfaicnt déclaré unr îzucrn' sans pitié. Kn lOôî) régnait .Nicolas II, ni" au c!i;itv';ui de Chevron , en Savoie, (|ui f;iis;iil alurs )artie du durhe de Iîouri:<»i:oe; il l'ut e premier pape tlont l'hislnin» ait manpie le c.duroniîeinent. (irciioire V avait enie\e aux Kinnaiiis le droit d'élire r«'inpcTe(ir; cette >pi)liation n'avait )as|)eneoiitril)uèa lesaij^rir: Nienlas II es irrita d.uantaiie et leur enle\a le droit denoMiinerlespiipes. Ilre^la toutes les formalités à nhserver pour leur éU*cti(m, qui nescraitcîiuiliéeuesormais qu'aux cardinaux (*}. On prévoyait
(*) On s'arroixlc à n'roiiniiilrc qno Sdiis Pasrlial I" , eti Svo, jiliisiturs niros des panusM'.s di' Koim», qui a'^si'.laifiil a Irltrtiuii di'.s |iii|)i'> pour les lidiioriT et Inir rciidri* li()iiiiiiiij:r ii'> iinninis, fnrtiil ilécoifs du liiir de can/ifionx du ri^li-^e, cVsl anlire ffwm/ô kÏv \'h.'^\i>Q. Ils rlaiont alon <Mi |M'iil noinlire. l'.u 1*^77 « m)iis Nirolas Ill.il n'y vu a\ait encore ({Ui? sept : sous Jean XX n, en i33o, il y i-n avait vin;;!; ■u concile de ('onsiance il .s\^n ii ornait Irenle-qiiatre. Léon \ en ajouta trcnit>-un, C8 qui parla le aoiubre à soUaiile-ciiiq.
même le cas où des factions empêdiôraient une nomination régulière ) Rome , et il fut statué qu*un pape , nommé dans quelque lieu aue ce tut , mais dans les formes établies, sérail le chef légitime, ^icolas II alla ensuite dans la Pouille , où l'avaient appelé lei IS'ormands, qui y étaient descendus en lOlG, et ils lui remirent les terres dépendantes du domaine de Téglise : en témoignage de reconnaissance , il leui assura la possession de la Calabre el de la Poudie , à l'exfTption de Béoévent , à la charge d'une redevance annuelle. Telle fut l'origine du rovaumc de iNaples, qui alors fut tout-à-fait dé taché de l'empire grec.
Après la niort de Nicolas, il y eut ui schisme dans Téglise; le clergé d( Lombardie ne voulut pas reconnaître Alexandre II, né cependant à Milan.
Les tuteurs du jeune Henri IV, souve rain de la Lombardie (*), cherchèrent i persuader au pape qu'il devait renoncei au pontificat, et ils invitèrent les cardinaux à aller en Allemagne créer ui nouveau pai)e. Alexandre II, élu avec toutes les furmalités prescrites par Nicolas H, résista, assemlda , «î RomCi un coneilc, où il exeominuiiia Henri ^ et le priva de ses droits à l'empire ainsi (piedes(>n r<)\aume. Quelques peupla Italiens se déclarèrent en faveur du pape, d'autres en faveur de l'empire ('), et chaque parti se donna des noms différents.
>ous croyons devoir offrir ici , sui ces diverses dénominations, des explications détaillées, il y avait en Al-
Paiil lY, vn i55G, en ajouta cinq , et Sixte V , eu 1 5S(> , considérant nue le nombre (le soi \ an te- dix était celui des seniurtk du ji(-n|ile dM^ael, ordonna que re nonibn ne rliaiigerait plu» à Taxenir , et il reste ainil jnN<|u*à jué.senl (l\c à soixante dix. Sui ca soixante dix , »i\ ont le tilie de rarduiausc\é(|ues, ('ini|uante ont le titre de cardinaux-] >rêtres, et quatorze ont le titre de cardinaux - diacres. Aujourd'hui ils choîsiàS4.'ut toujours le pape pamii eux.
(*) Il était roi de Gemianie, et fut la prcniier qui prit le titre de rui des Roniainf, mais il Q*«ut celui dVmpcreur qu'en 1084.
ttÀLti.
lèmagBe délit mâifeoii!i ptiiisaiiles ; rune était désignée sous le Aom de SaSque ou de H^elbSngeny da nom de ff^eUikng , chflteau du diocèse d' Antsboure , dans les montagnes de Hermid, d*oà oette maison était peat-étre sortie : les partisans de cette maison, qui avait donné plusieurs empo-mrsy s'appelaient les fFeibUng.
L'autre maison , originaire d* Altdorf , possédait à cette époque la Bavière, et eUe avait vu à sa tête successivement des mîDces qui portaient le nom de fyjf. Les papes avaient toujours été en guerre avec les ff^eibling^ tandis que 1^ /f^e/^ s'étaient déclarés leurs protecteurs.
Malheureuse Italie ! Gomme si ses pro-
[ires passions n'eussent pas sufli pour a tourmenter, elle devait encore épouser les jpassions des pays voisins ! Il fallait oistinguer ses amis de ses ennemis; de lels noms ne pouvaient pas être facilement prononces par les Italiens : chaque parti les accommoda au rbythme de la prononciation nationale. Les partisans des papes en Italie appelèrent leurs amis les f^eif, Gueifi, Guelfes; les adversaires du pontificat appelèrent leurs amis les freibUnÇy GhibeUtTUy GibeUns. ,
Nous sommes arrivés à l'époque du règne de Hildebrand, connu sous le nom de Grégoire VII, né à Soano, village de la Toscane; son père, nommé Bonizone, était charpentier. , Après avoir fait ses études en France, à l'abboye de Cluni. il était entré de bonne heure dans Tordre des bénédictins, et fîit nommé pape, à l'âge de soixante ans. On avait déjà remarqué en lui un vaste esprit, porté à la domination, et il n'est pas hors de propos de rapporter avec quelque étendue les circonstances de son pontificat, d'abord pour ne pas montrer d'indécision, à la vue d'une tâche difBcile, et devant les amis qui professent nos doctrines et devant les ennemis qui les combattent; et ensuite parce que, pendant plus de douze années, seul, de 1073 a 1086, Il occupa l'Italie entière de ses réformes, de ses colères, de sa BugnantinHé, des écarts de son génie
et de ses indbHibrables biehfaiis. Sdh
Srëmier soin, après son exaltation, fut e convoquer à Rome un concile , pour réprimer la simonie et l'incontinence du clergé.
Plusieurs éveques, des clercs allemands et quelques membres du clergé lombard repoussèrent avec indignation la décision de cette assemblée, qui osa les désigner comme se livrant trop habituellement à ces abus. Grégoire répondit qu'à son arrivée en Italie, ayant été préposé à l'administration de plusieurs couvents , il y avait rétabli l'ordre et la régularité, et qu'il était de son devoir, depuis qu'on l'avait nommé pape, de diriger promptement ses conseils partout ou il voyait le mal. On assure que plusieurs de ces clercs séditieux demandèrent si on exigeait d'eux qu'ils vécussent comme des anges, et annoncèrent au'ils aimaient mieux renoncer au sacerdoce qu'à leurs femmes. Jusqu'ici Grégoire VII était dans son droit. Les dissidents des églises allemande et lombarde ne cédèrent pas aux ohires du pape. II s'éleva des querelles avec le roi Henri, qui eurent des suites funestes pour ce prince. Il appuyait avec vivacité, sans que ces questions le regardassent directement , la résistance du clergé de Milan et de l'Allemagne.
Avant de continuer ce récit, gravons fortement dans l'esprit du lecteur que nous rapportons oes scènes du moyen âge, et qu'il ne faut pas un moment séparer des faits actuels , et les circonstances où le saint-siège s'était trouvé depuis huit siècles , et les discordes civiles de Rome où l'on voulait assassiner le pape , et le cynisme odieux des dissidents , et la fidélité encourageante du reste de la chrétienté , et les excitations de ceux qui pouvaient regretter l'autorité impériale, et enfin, le caractère indomptable d'un réformateur offensé violemment dans ses vues de bon ordre et de discipline rér gulièlre. Poursuivons. Grégoire Vit envoie des légats au roi pour l'inviter à se rendre à Rome, avec menace d'excommunication , s'il n'y vient pas.
Il redouble ses inyitations, quand il
', mettre fin à tous les difféiTzîds, flétrir Fassassin , et venger le dKf de rÉglîse?
Si Grégoire mérite d'être blâmé Vonr s*étre exagéré l'extension de sa poissanoe , ou pour Favoir mal comprise, on ne peut pas dire <]ue, mau- Tais politique , il n ait pas bien connu k caractère de son adversaire , qui ne tirda pas à se repentir et à solliciter le retour de la bienveillance pontificale.
Grégoire, qui faisait toujours succéder à ECS mépns impérieux le spectacle de TTitus nobles et surnaturelles, s'appntait à aller se mettre entre les Butns des évéques allemands , qui auraient ju^é entre lui et le roi , lorsqoe Henn apparut tout-à-coup en Italie. Gréffoire se rend à Canosse, en Lombaraie , auprès de la comtesse Mathikle, et il se disposait à continuer (X vojrage généreux, mais imprudent.
Henn r est déjà présenté à (Janosse; 3 laisse sa suite en debors , et il entre seul dans la forteresse, qui a trois enceintes de murailles. On te fait rester dans la première enceinte, les pieds nus, sans aucune marque de dienité, vêtu de laine sur la chair; il attend jusqu'au soir sans manger, ainsi qu'il était prescrit par les usages de u primitive église, pour les condamnés à une pénitence publique. Le quatrième jour , il est reçu à l'audience du pape , qui lui impose de se présenter aux sdfçneurs allemands pour répondre aux accusations qu'on pourra oorter contre & conduite : à cette condition le pape lai accorda l'absolution; ensuite il le fît dîner avec lui.
Les Lombards ayant témoigné au roi le mépris gue leur inspirait le traitement humiliant auquel il s'était soumis pour se réliabiliter , ce prince faible crut recouvrer son honneur en manquant à sa parole. Il chercha une autre fois, avec une obstination bien coupable, à se saisir de la personne du pape, qui fut heureusement orotégé par la comtesse Mathilde : ce nit dans unede œs conférences, où elle cherdiait avec Grégoire les moyens de le MBstraire k fi poursuite d*Henri, qo'dte se décida à laisser tous ses
états au saint-siége, projet qu'efle effectua plus tard.
Cependant les armées d'Henri , oblié de renoncer à ses conspirations et
la ruse , s'avançaient pour appuyer sa querelle. Il assiège Rome, et il force à se renfermer dans le château Saint-Ange, Grégoire qui appelle à son secours Robert Guiscard , duc de Calabre.
Pour ne pas arrêter cette sorte de torrent, qui iusqu'ici, malgré nous, a entraîné lesfaits, nous n'avons pas encore parlé avec détail des Normands, que nous avons signalés seulement comme étant descendus dans la Fouille en 1016.
Les Normands ou Danois, après avoir ravagé les cotes de France, y avaient obtenu , vers l'an 900, un établissement dans la Neustrie,gui de leur nom fiit appelée Normandie. Ces peuples, devenus chrétiens, manifeslèrent bientôt une passion ardente pour des voyages à la Terre-Sainte.
Pèlerins armés, ils traversaient l'Italie, et reprenaient la même route, 2uand ils avaient visité le tombeau du !hrist. Un jour que quarante-deux de ces chevaliers étaient a Saleme , la ville fut attaquée par des Sarrasins. Les Normanas, presque sans l'aide des Salernitains , chassèrent ces ennemis.
Le prince Guaimar III , qui gouvernait cette ville , voulut retenir près de lui ces braves défenseurs, mais l'amour de la patrie les rappelait en Neustrie. Ils ne s'éloignèrent pas cependant sans promettre au pnnce de lui envoyer quelques-uns de leurs com-
f patriotes qui, comme eux , cherchaient es combats et consentiraient peutêtre à se fixer dans une contrée plus belle que la leur. Un des Normands à qui les pèlerins montrèrent des figvies , des oranges , désira tenter les mêmes aventures; il partit avec ses ^atre frères , leurs fils et leurs petits-fils, sur des bateaux non pontés, ce qui sera toujours une merveille , traversa le détroit de Gibraltar, et arriva dans la Pouille. Mélo, habitant de Bari, voulait chasser les Grecs, Il prit à sa solde les Normands, mais il nit battu. Les Normands qui écbap-
L'iJNiTËRS.
përent à la bataille ne perdirent pas courage, et s'emparèrent d'Aversa, où ils se fortifièrent. Plus tard , les trois fils aînés de Tancrède de Hauteville débarquèrent entre Pïaples et Gaëta.
Kobert Guiscard, Taîné des enfants du second lit de Tancrède, commença à se faire redouter de ses voisins, il attaqua les Grecs dans la Fouille et les dispersa. Puis il réduisit Salerne et la Calabre; il marcha contre les Lombards gui occupaient Bénévent, les mit en mite , et rendit cette ville au saint-siége. Tel est le second titre de possession qui justifie les droits du j)ontifîcat sur cette principauté, possession qui dure encore aujourd'hui. C'est ainsi que fut détruite la dernière des dynasties lombardes, cinq siècles après l'arrivée d'Alboïn. Le frère de Robert, nommé Roger, avait soumis la Sicile, et Robert se trouva souverain d'un grand état qu'il avait conquis avec les forces d'un simple particulier. En 1081, il avait battu l'empereur Alexis Comnène en personne devant Durazzo.
Tout-à-couD il se retourne vers l'Occident, où 11 entendait la voix de Grégoire qui implorait son appui. Robert accourt avec ses ISormands , et pour que rien ne manque à la gloire d'un aussi hardi capitaine, il bat les armées de l'autre empire, et rétablit le pape dans l'église de Latran.
Ces vicissitudes avaient altéré la santé de Grégoire. Il mourut en 1085. Ce pontife fut le premier qui parla de croisades armées; il est encore le premier qui ait ordonné que le nom de Sape ne serait attribué qu'à l'évébue e Rome. Sa mémoire a trouvé des détracteurs et des apologistes. Parmi les détracteurs , il y a aussi des Italiens ; mais ils ne se souviennent pas qu'il est résulté de l'ensenible des événements du règne de Grégoire qui a demandé tant, et trop sans doute pour Rome , que l'Italie elle-même , dans ses fractions de principautés, a obtenu des concessions ultérieures des empereurs: qu'il est résulté de ces mêmes événements, que des successeurs de Grégoire, sans fracas, sans aucune incitation de vengeance per-
sonnelle, ont pu faire connaître la rite à ces empereurs , et amener cette heureuse paix de Constance, oui , comme nous le verrons, avec l'aide du courage des Milanais, assura une noble indépendance à l'Italie.
L Église n'a eu qu'un seul pontife teLqu'Hildebrand. Une fureur de suprématie absolue qui tendrait à arracher la fidélité du cœur des sujets , pourrait précipiter l'Église dans un abtme de malheurs. Que feraient d'un droit semblable ces modestes et vertueux vieillards , et , comme disait Grégoire III, ces médiateurs de la paijr , ces murs mitoyens entre V Orient et V Occident f^t sont-elles pas d'ailleurs un code admirable de sagesse, un ex-
{)osé lumineux de principes sains, avec equel il n'y a aucun risque pour les dogmes , et aucun danger à redouter, ces autres paroles du même Grégoire III que nous avons déjà rapportées? « Les princes catholiques « n'ont pas plus de pouvoir dans l'ad- « ministration des choses spirituelles, « que l'Église ne s'en attribue dans le « gouvernement des d\pses tempo- « relies. »
ISous avons parlé de l'excommunication , il est indispensable de dire en quoi elleconsistait: l'excommunication était en usage chez les Grecs, les Romains et les Gaulois. César décrit en termes précis les châtiments de Tinterdiction lancée par les druides. Dans là primitive église, les évt^ques dénonçaient aux fidèles les noms d*un excommunié, et leur défendaient tout commerce avec lui. Vers le neuvième siècle , on accompagna la fulmination de l'excommunication, d'un appareil propre à inspirer la terreur. Douze prêtres tenaient chacun à la main un flambeau allumé, qu'ils jetaient à terre >our l'éteindre, et qu'ifs foulaient aux )ieds après que l'évéque avait prononcé a formule de l'excommunication. Ensuite l'évéque et les prêtres proféraient des malédictions et des anathèmes. Le mot anathème signifiait auparavant , consacré j dévoilé y offrande mise à fart, chose séparée, dévouée, nuis il a signifié seulement sépare. L'a-
oiftèmo retnmdiait du corps des idèles et même de leur commerce. Ou ) cherché à comprendre dans un seul Ten latin tout ce que défendait Tex- Gommunication:
Oi, onrt, ra)*» commnaio , menaanegator;
c'est- à-dire : on refuse la conversation, la prière , le salut, la comoumioD , Ift. table.
La prudence du pape Pie Y II a bien Ui voir de nos jours ce que la cour romaine sait apporter de circonspection à cet égara , et de connaissance ^ Tétat des esprits, même lorsau'elle 'A le plus indignement outragée.
le 12 mars 1088, Eudes, (ils du <^te de Lagny, près Cbâtillon-sur- )Iâroe , monta sur la chaire de saint Kcrre sous le nom d'Urbain III. Au inoment de son élection , il se décida ^jnt généreuse entreprise , dit Ma- '"iavel ; il se rendit en France avec ^iHit son clergé , rassembla à Anvers UQ grand noitiore d'habitants du pays, ^t adressa un discours, et les engages à aller porter la guerre en Asie contre les Sarrasins. Les chefs de cette première croisade furent Godefroy de ?ouiilon,£ustache, Baudouin et Pierre •Hrrmite. Urbain vécut assez pour ^ffrendre la prise de Jérusalem.
^i Ton considère les croisades sous le rapport politique, on peut dire 5" alors il devait arriver ou que les ^'fjasins reviendraient en France et ^ Italie, ou que les peuples occidengiiï iraient les attaquer en Asie. On y^rae,àde (pnds intervalles de temps, J« entreprises dont on ne sait pas la Jjjse , parce qu'elles seraient aujour- ^m intempestives ; on est disposé à
T\l ^'*"^ *'®"* ^^ ^ répoque où ^Kii exécutées; mais le chemin de i^fsetde Rome était connu des Sarl^^ns ; ils avaient couvert la France de 7^ ^ de carnage ; ils avaient pillé J^ *»e8 de Saint-Pierre et de^ Saint-
?v^da reste, les conséquences des r^aw» forent l'affranchâsement de JgJ2î*P^*«*wmunes , furent des inr^'wn», des coutumes, des importa»
rrulJP'^^euses répandues dans tout
^«ttt, et surtout en Italie, qui de-
vint comme un autre Orient : nous devons aussi aux croisades l'assurance que nous avons eue jusqu'ici que les mahométans ne viendront pas, de Ionstemps au moins, détruire notre civiasation.
En 1125 mourut la comtesse Mathilde, qui , par im acte conservé dans la forteresse de Canosse, avait laissé tous ses biras au saint-siége. C'est la partie de l'État romain gu on appelle aujourd'hui le patrimoine de saint 'Pierre, et qui s'étend de Aquapendente a Ronciglione. Le pape Honorius fit occuper les villes qui dépendaient de cette succession. On a dit que cette princesse ne pouvait pas ainsi laisser ses biens : elle les a laissés en vertu du titre auquel elle les possédait depuis 1056 ( pendant plus des deux tiers d'un siècle ) , par elle-même ou par l'administration de sa mère Béatrix ; ils lui avaient été donnés par BonifacellI, duc de Toscane, son
S ère , qui les tenait de la générosité es empereurs. Ceux-ci devaient ces biens à l'épée, source de tant de droits. Avant la fin de sa vie, la comtesse avait perdu, par les révoltes, une partie de ses possessions. Le saintsiége ne recueillit que peu de provinces restées fidèles , et dont la convenance, à cause du voisinage, était de conserver la protection de Rome.
Frédéric T', surnommé Barberousse, 22* empereur d' AUemagne, fils de Frédéric duc de Souabe, avafit été couronné à Aix-la-Chapelle le 9 mars 11 32, sous le pontificat d'Innocent II. Il passa plus tard en Italie, et se fit couronner roi de Lombardie. Il députa ensuite vers Adrien IV ; pour le prier de le couronner empereur à Rome.
Le pape ne voulut y consentir qu'autant que l'empereur se soumettrait au cérémonial établi. Il refusa d'abord , puis il accepta les conditions. Ce cété' monial consistait à tenir l'étrier du pape et à l'aider à descendre de sa mule. Le pape, descendu , donnait à l'empereur le baiser de paix.
Milan s'étant révolté, Frédéric or« donna que les biens des habitants seraient confisqués , et que leurs per-
sonnes seraient esclaves ; « arrêt, dit « un grand écrivain, qui ressemble « plus à un ordre d* Attila qu'à Fédit « d'un empereur chrétien. » Mais Attila lui-même n'emmenait pas les peuples en esclavage. Frédéric veut, à tout prix , punir les Milanais ; il fait renverser les murailles de la ville , raser les édifices publics par les peuples même voisins de Milan , et on semé du sel sur les ruines. Gênes fut saccagée, Bologne pillée, Rome et Venise menacées. Le . pape Alexandre III , indigné des menaces qui lui sont adressées, cherche un as :1e en France. Rome et Venise forment une alliance contre Frédéric.
Toute l'Italie court aux armes : une maladie contagieuse ravage l'armée du conquérant; il repasse les Alpes, et il entre en négociation. En 1176, les Milanais , reprenant courage , détruisent à Côme son armée revenue d'Allemagne.
Frédéric demande la paix à Alexandre III, qui n'abuse pas de la situation où l'empereur est réduit ; mais on ne conclut pas encore un traité définitif : cependant le 25 juin 1183, par les ordres de l'empereur , un congrès s'assembla à Constance, et là toute r Italie fut reconnue libre. Cette paix
Î glorieuse conserva à ces villes leurs ibertés, leurs régales y leurs droits, leurs coutumes , sous la seule réserve faite à Tempereur de certains droits de souveraineté, et entre autres des appels en dernier ressort. Ainsi, la forme du gouvernement républicain, déjà adopté dans plusieurs de ces villes, fut étendue à beaucoup d'autres , du consentement de l'empereur. Le mot de république^ d'abora, suivant Ferrario, signifiait à la fois principauté y royaume, empire, fisc ou droits du monarque, gouvernement des nobles, gouvernement des citoyens et habitants de cités. Ensuite, république signifia la forme de gouvernement des villes qui s'administraient elles-mêmes.
Ce fut alors que les Italiens ne purent méconnaître ce qu'ils devaient, dans cette circonstance , aux souverains
Sontifes et à Venise, cette fille aînée u saint-siége. Il est vrai qu'en même temps les papes, déjà maîtres de Ra-
venue et des provinces adjacentes par les donations des princes français , et souverains d'Orviète et de Vitcrbe, en vertu du legs de la comtesse Mathilde, se voyaient aussi maîtres de Rome ; mais en travaillant pour eux dans ces derniers événements , ils avaient hâté l'affranchissement du reste de l'Italie.
]Nous voilà parvenus presqu'à la un du douzième siècle. Il sera bien que nous suspendions un moment le récit historique pour jeter un coup d'oeil sur rétat Je l'administration et des sciences , dans ces tristes scènes de guerres et de révolutions. Nous dirons aussi ce uue les arts ont pu encore perdre de leur éclat, vers cette époque si peu propre à les favoriser.
Malgré les adversités dont ils étaient sans cesse affligés, on vit les papes s'occuper de l'instruction nublique, et employer toute leur influence à conserver et à propager le peu de lumières qui brillaient encore en Italie. Théodoric avait établi des écoles ; 1rs rois lombards imitèrent quelquefois Théodoric. Les ducs de Bénévent, qui montraient du respect pour les nnti-
Suites romaines éparses dans les villes e leur domination, et entre autrrs pour le célèbre arc dédié à Trnjan (* \ qu'ils entourèrent constamment de leur protection, n'avaient pas néglige non plus de publier des édite pour (lùr les enfants nissent conduits dans des écoles destinées à les recevoir, et où des maîtres, payés par les ducs, enseignaient des éléments d'écriture et d*une sorte d'arithmétiaue, bornée, il est vrai , aux calculs les plus simples.
Dans le synode tenu à Rome par Grégoire Vif , en 1078 , il fut prescrit à tous les évêques d'attacher une école à leurs églises. Il fut décidé de même
(*) On voit dans b planche 17 one renrêaentatioQ exacte de Tare antique de René* venl. Il a été dédié à lYajan. On y lit encore l'inscription qui y fut placée dans le temps.
L*arc n*est pas surchargé d*autant de basrelieft que et* lui de Titus , el que les autres arcs que Ton a consiniits à Rome, mais il est , comme ces derniers, d*un goût d'ardiiledure à la fois simple ct^élégant
jans le troisième oondle de Latran , srau par Alexandre III, en 1179, nonsraletnent que les évéques et les prétr»i seraient pourvus sans exception les connaissances nécessaires à l'exercice de leur ministère, mais encore, pour que les indigents ne fussent pas WTvés des avantages de l'éducation , :;(j'iJ y aurait un professeur dépendant it cKaque cathédrale, pour y donner itrs leçons gratuites de lecture et d*é- Tïture aux clercs et aux séculiers sans f-rtuoe. D*Italie, ces institutions castrent dans les autres états de 1 £ur..pe.
Un ne fut pas d'abord aussi heureux ]fMT kes belles-lettres et la poésie.
tiles avaient été comme abandonnées, •'t û semblait difficile de les faire revivre sitôt sur le modèle des composir].)fl3 de la Grèce et de Rome, qui ••^rs étaient tout-à-fait ignorées ou le^igées. Toutefois, le goût des Ita- : t-Ds pour la littérature parut se ra- 1 mer dans le dixième et dans le on- /je:ne siècle; mais, comme ce genre 4 études ne présentait aucun avantage, M que tes mauvais exemples arri- ^:tkni encore de Constantinople, malgré la séparation politique , les esprits ^ tournèrent trop souvent aux contro\ erses théologiques, aux disputes »^ jlastiques et aux questions dfe jun^pmdence. On envoyait de Byzance 'les modèles de dissertations sur ce Z'TïTe d'études si abstraites.
ha mal apporté quelquefois par les mauvais exemples, résultait cependant 00 avantage. On trouvait en Italie, et surtout à l^Iilan et à Salerne , des hommes habiles dans la lansuegrecque.
Verceîl aussi n*a pas cessé a'oforir quel- •]ues savants distingués, tels que son rvéque Sifrein, qui disait, en 768, à ses diocésains ces paroles remarquables:
• 11 vit heureux, celui qui sait tenir fioiçnée de Tame Tignorance, du corps J'iDUrroîté, des flancs la luxure, de m cité la sÀlition, et de toutes les autres choses, r intempérance. » On ne peut p3s réunir en moins de paroles ce que prescrivent la morale, Thygiène, la religion, la politique et la prudence.
!uHis nous garderons d^ dire que Té-
loquence fdt entièrement éteinte en Italie. Outre qu'un tel malheur est impossible dans ce pays d* inspirations , sous ce climat de feu et de génie, les historiens allemands (nous mettons de côté les Italiens qui pourraient être partiaux) rapportent que les Milanais exposèrent à Frédéric r' leurs raisons avec beaucoup d'habileté et d'éloquence.
La poésie fut cultivée par beaucoup d'Italiens , entre autres par plusieurs religieux de Mont-Cassin (*) [Pl. 18):
(*) Cest une Tue intérieure du monastère deMout-Cassiuqne nous offre la planche i8. Cette abbaye, si célèbre dans Thistoire ecclésiastique, fut fondée l'an Sag, sous le pape saint Félix lY de nénévent , à l'arrivée de saint Benoit , qui , fuyant Subiaco où il s'était relire pour mener la vie cénobilique, amena à Mont-Cassin plusieurs de ses disciples , qui l'aidèrent à convcrliren église chrétienne un ancien temple dédié à Apollon. L'établissement de saiut Benoit fut presque détruit de foud en comble par Zolton, duc de Bénévent, Tan 589; les Sarrasius le trouvèrent, en 884, reb&li et récemment enrichi par les libéralités des princes lombards, et ils le ravagèrent de nouveau. Depuis, il a été reconstruit sur des plans plus dégants. On y voit le tombeau de Carloman, fils aîné de Charles Martel et oncle de Cbarlemagne, et celui de Pierre de Médicis, frère aîné de Léon X. La règle de saint Benoit , adoptée par la plus graude partie d«>s ordres religieux de l'Europe, est, suivant l'expression de saint GrégouT-Ie-Grand , admtrable dans sa sagesse et pure dans sa diction. Elle n'ordonne rien qui dépasse les forces de l'homme , et tend surtout à le détourner de cette contemplation oisive qui a produit tant de maux dans les monastères d'Orient. Voltaire déclare , en parlant de saint Benoit , que ce fut une consolation quUl y eût de ces asiles ouverts à ceux qui voulaient fuir les oppressions du gouvernement vandale , goth , ou lombard.
Les bénédictins n'ont jamais, dans les guerres ci V îles, conseillé de porter les armes contre la patrie, ni proclamé la désobéissance aux lois. La France sait et n'oubliera jamais tous les bavaux immenses qu'elle doit au zcle infatigable des enfants de saint Benoit, (jui, comme on pourrait le dire , ont si laboriea* sem«nt défriché les terres et les esprilk
L'UÎIIVERS;
g*ils pe nrodaisir^t pas des poëmes sans défauts . au ùioins ils sauvèrent certaines traditions , et quelques secrets de travail qui nous sont parvenus. Jusque-là on ne connaissait que la poésie latine, mais peu à peu on vit les poètes employer le nouvel idiome, qui est devenu ritalien. La formation au lanpge, résultat, comme nous Pavons dit, de la corruption de la langue latine , du mélange et de la collision d'une lanî^ue déjà affaiblie avec les différents dialectes des étrangers, doit être mise au nombre des révolutions qui achevèrent de s'o-
Sérer après la restauration de Tempire 'Occident.
même temps à devenir célèbre. I^^écol de iSâleme (*) était fameuse dans î X* siècle, et les infirmes y arrivaien en foule de la France et de l'Espagne Il est vrai que la médecine avait et toujours étudiée à Byzance et aue lei Arabes s'étaient bien gardés de 1 enve louper dans le mépris dont ils pour suivaient toutes les sciences. On ciU encore les préceptes 'de Salerne pui ses aux sources cie l'Orient, et qui furent adressés au roi d' Angleterre, ou peut-être à Robert de Normandie^ prétendant à cette couronne. Ces préceptes ont été mis en vers par Jenr de Milan, appelé le docteur en méde' cine par excellence. Il y avait aussi de^ médecins célèbres à Rome , à Pise , ^ Bologne , à Venise , à Florence et à
les
Il serait bien difficile de prouver que l'étude de la philosophie edt conservé beaucoup de sectateurs dans- Ravenne, dès le neuvième siècle, et le rOrient. Cette science était singuliè- empereurs d'Occident en firent veni
rement altérée, si elle n'avait pas ^- - ' ^"**- ' -•-— '- -•- ■
péri , chez les Byzantins , quoiqu ils eussent encore sous les yeux , et plus généralement qu'en Italie j les beaux ouvrages de la Grèce, et même ceux de Rome qu'ils avaient traduits depuis long-temps. Les Italiens peuvent donc mériter l'éloge d'avoir rallumé , des premiers, le flambeau de la philosophie, et d'avoir préparé non-seulement chez eux , mais encore chez leurs voisins, la voie pour arriver à retrouver des vérités qui étaient à la connaissance de leurs ancêtres.
Lanfraiic de Pavie et Anselme d^Aoste, après avoir étudié cette science dans leur pays , la firent fleurir dans la France , qui n'avait pas jusqu'alors compté beaucoup de logiciens d'un mérite distingué. Pierre Lombard y justifia ensuite la protection qu'avait bien voulu lui accorder saint Bernard. Il est vrai que plus tard, comme il arrive souvent, les écoliers atteignirent la scienc»des maîtres et la surpassèrent quelquefois. Il en fut de même de la métaphvsique.
Léibnitz vante la profondeur dfes raisonnements d'Anselme, qu'il croit être le premier auteur de la démonstration de l'existence de Dieu, publiée par Descartes.
La mécjedne d'Italie commença en
enir dans leurs états, jusque dans le douzième siècle.
A la même époque où Tltalie en-
{*) La planche 19 représente une vue de Salerne, cette ville fameuse, si agrcablement siiiiée, cbanice par tous les poêles du siècle (l'Auguste, qui avait pour elle une prédilection particulière. Un des hisiorietis du pays dit, en parlant de Salernt*, qu'elle produit toutes les délices et tous les agréoieurs sérieux de la vie, des feronkcs btrlles et des hommes instruits. J*ai entendu en Italie faire un reproche grave à l'école de mt'tlccine de Salerne, mais il ne paraît pas fondé. On disait que cette école avait successivement recommandé aux moines et an clci-gc vers le XIV* siècle, de s'emparer de la pratique, et autorise la corporation des barbiers à s^arroger les cas où Texercice de la main devenait nécessaire. Mais partout les moines et les prêtres étaient uo peu médecins. On leur oemandait tous les soulagements, ceux du corps et ceux de Tame. Il y a en en effet , dans l'école de Salenie , des bénédictins de Mont-Cassin qui ont été médecins, mais il y avait aussi des médtH^ins laïcs. Quant aux barbiers, Salenie ne les a pas plus favorisés que ne l'ont fait alon toutes les autres écoles; et les barbiers notaient pas, dans ces temps-là, aussi ignorants qu'ils ont été obligés de le devenir depub. Je«n de Salerne a été un des meilleurt élèves de BaphacK
Toyaît diez les patres peuf^les ée» hoin* 'nés instruits poar y enseigner la phiksophie, la métapnysique et la médecine , on la vit fixer sur elle les wçards et Fattention de l'Europe, par le sucœs qay obtint Tétude du droit drii et canonique. Il fallait bien qu'il existât ce droit canonique dont on dxrche à se moquer aujourd'hui, après FaToir dépouillé de ses fruits m plus précieux et de ses sucs les plus substantiels pour en nourrir les codes r«»its qui , sous des formes et des litres divers, et après d'autres emprunts faits aux Pandectesy au Dp- ^fte, au Droit lombard y régissent Kîînnent les deux mondes. Alors le raîholîcisme se présentait à côté des empereurs et des rois • qui , commandant plus ou moins despotiquement dans leurs domaines propres, n'avaient qu'une action indirecte sur 1rs biens de leurs vassaux; et par ces biens, on doit entendre les serviteurs, les ouvriers, les paysans .^oum-s pour les impôts et les corvées à ces mêmes vassaux , sans que qui que rf fôt, baron, comte, marquis, duc, rui ou empereur, y trouvât à redire.
Le catholicisme se présentait donc à son tour ( j*emprunte ici quelques expressions d*un éloquent écrivain ) comme puissance médiatrice, et quant à soi, complète et absolue. Le catholicisme avait reçu des donations sur toute la surface du monde connu. Il était propriétaire, il était consulté sur tous les différends, il était autorité politique. Il avait et il devait avoir un corps de lois civiles. Il ftrérovait tout et pourvoyait à tout.
\e faflait-il pas qu'il se souvînt de ses décisions, pour ne pas se montrer inconséquent? On l'appelait même là oh fl n'aurait pas voulu entrer. Suivant son droit bien reconnu, il baptisait, il instruisait , il mariait , il déposait Thomme dans la tombe. A ces droits , il joignait l'avantage de posséder toutes tes lumières, de reunir tous les çeores de dévouement et de courage.
Naturellement les hommes libres allèrent à lui, et œ qui était resté esdne fv des malentendus (parce
gu'une grande et sublime doctrine oui frappe la cupidité, ne jpeut pas s'étaâir promptement, puisqu elle n a pas vaincu toutes les résistances en dix-huit siècles , et que la servitude n'est pas abolie partout ) , ce qui était resté esclave se
{)récipitait sous les pas du catholicisme, ui demandant s'il promettait en vain.
Il avait donc une immense valeur gouvernementale , car il défendait beaucoup des intérêts matériels des hommes , et seul il satisfaisait les intérêts moraux. « Il étreignait la société tout « entière , et la prenait par l'ame et par « le corps. * Appelé , admis comme gouvernement, il en remplissait toutes les conditions, il jugeait, il protégeait; gouvernement représentatif en Quelque sorte, dont les conciles (nous dirons ainsi pour nous faire mieux comprendre des hommes du jour et exciter leur attention) étaient les réunions parlementaires, dont le pape était le roi; gouvernement d'intelligence, de vertu, et plus qu'on ne crott, de liberté , devant lequel en général tous les hommes étaient égaux. Une fois ainsi posé, le catholicisme établit et dut établir des tribunaux, des notaires, des cours d'appel. Il visa à se régulariser dans son immense étendue qui comprenait presc|ue toute l'Europe , et il alla jusqu'à créer des hôtelleries gratuites et des passeports , afin de prouver que , pourvu qu'on fût muni du sceau qui attestait aue l'on appartenait à la grande famille , on avait également droit à sa protection et à ses secours. Si de nos temps, quelque part, on publiait tout-à-coup un plan semblable, que d'ardeurs , que d'enthousiasmes , aujourd'hui ennemis, accueilleraient une orsanisation aussi puissante !
Tanms que le catholicisme, si habilement, SI profondément entendu à Rome, suivait sa pente naturelle et nécessaire, s'avançant rapidement dans l'élan de ses succès , et donnant des lois, dans sa triple qualité de suprême directeur des consciences, de chef de la discipline ecclésiasti<^ue et de souverain temporel d'un petit état d'Italie, il rencontra les doctrines politiques qui dominaient dans l'univers ; H Xtw^
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des rois, des provinces, des cités, des che£s d'aventuriers, des colonies soumises ou affranchies , des commencements d'aristocratie , des essais de doctrine démocratique; il trouva enûn la société telle qu'elle était depuis le commencement du monde, el telle qu'elle sera toujours. Cette société , qui avait accepté la sainteté de la religion, revendiqua hautement le res-
{>ect pour le principe politique , celuià même que le législateur du nouveau culte avait déclaré être un devoir positif, prescrit aux apôtres : « Vous rendrez a César ce qui est à César. » Elle remplissait l'autre partie du précepte qui ordonne de rendre à Dieu ce qui est à Dieu; elle avait droit à la réciprocité. Il v eut combat. Grégoire VII étendant trop un droit dont Il fallait user avec réserve , s'embarrassa dans des mécomptes et des contradictions , qui fureni plus ou moins évités jusqu'à la fin du douzième siècle. Nous verrons successivement si les pontifes ont ensuite montré l'esprit de concorde, de sagesse et de consé* quence auquel Grégoire VII avait semblé'renoncer. Quelles bornes pouvait rencontrer la doctrine de Grégoire VII, soutenue par l'organisation formidable que nous avons essayé de décrire? Le résultat immédiat d'un tel système eût été l'universalité d'une autorité à la fois religieuse et politique , embrassant le monde catholique et résidant à Rome. C'était un rêve. Il y eut quelque chose de supérieur aux hommes 3ui veilla Sur T Église. Nous aurons lieu 'observer aussi qu'on emploiera les mêmes armes que Grégoire VII, mais plutôt pour se défendre que pour usurper toute l'autorité civile.
Ces détails sur le droit canonique étaient nécessaires, parce qu'ils expliquent des événements déjà accomplis, et d'autres événements dont à présent on apercevra facilement la cause et les conséquences.
Dans cette énumération , nous aurons soin de ne pas oublier qu'une foule d'étrangers accourut long-temps aux écoles de jurisprudence de l'Italie; et penonne ne dispute à Bologne rhon**
neur 'd'avoir ouvert la première école publique de jurisprudence.
Voilà pour les sciences et pour le droit : parlons des arts et de quelques coutumes. Je me reprocherais de ne pas faire mention ici de la musique, cet art consolateur qui va faire le charme et la gloire des Italiens jusqu'à nos jours , cet art divin qui nous attendrit dans les temples, nous excite sur le chanip de bataille , et nous enivre dans les théâtres.
L'étude de la musique ne fut jamais abandonnée en Italie. Le plain-chant était en usage dans les éfflises des chrétiens, non-seuléfment au temps de saint Grégoire-le-Grand , à qui on doit Vanîiphanaire p mais encore dans les siècles précédents. Quelques érudits ont même prouvé qu on y avait connaissance de la musique chromatique ( qui procède par plusieurs demi-tons de suite ) et ue la musique enharmonique ( qui procède par quarts de tons). Outre les Grecs, des écrivains latins tels oue saint Augustin , Marcien-Capella , ^oèce, CassicSore et Béda, nous en ont eux-mêmes laissé des préceptes. Nous voyons à quel point , sous la domination même des Barbares , cet art était cultivé , ou au moins quelle était la nature des connaissances répandues à cet égard. En lisant les deux traités de musique écrits par Boèce et par Cassiodore, on a la preuve exacte qu'ils sont extraits en grande partie d ouvrages grecs, et, en parlant de ceux des pnilosophes de la même nation que Boece avait traduits en latin, sans doute pour que Tltalie en profltât , et qu'elle s'en appropriât les règles, Thé<Moric dit-: « Cest par « toi que les Romains connaissent , « dans leur propre langue, la mu- « sique de Pythagore. >* Cassiodore , qui tait ailleurs l'éloge des recherches e Boèce sur la musique , le charge de choisir un habile joueur de luth pour Clovis, roi des Francs , qui l'avait demandé à Théodoric. Celui-ci , en l'adressant au roi , lui écrit : « Nous avons « ordonné qu*on vous envoyât un •t joueur de luth habile dans son art, « qui, en jouant et en a'aooompagnant
e de h roix , réjouira la gloire de to- • tre paissance. > L'usage où étaient autrefois les musiciens de s'accompagner de la voix se perpétua dans le moyen âee, et du moyen âge est resté dans les habitudes du peuple d'Italie.
Il y eut, en 787 , une question entre de» (jianteurs romains et des chanteurs français sur Texoellence de leur diant : Charlemagne, constitué juge, décida 1] question en faveur des Romains, lors de son second vojage à Rome, il emmena des Romains, qu'il chargea d'apprendre aux Français à jouer de Torique et à construire cet instrument.
Ce fut le fameux Guido d'Arezzo, né Ters 995, et religieux du monastère de la Pomposa, au duché de Ffrrare, qui réduisit la musique, et surtout le chant, à des principes clairs ft faciles. Il établit dans son couvent ane école, et les succès de sa méthode furent tels, que, dans Tespace d*une 'floée, ses élevés apprenaient ce que I^pD apprenait à peine auparavant en ^i ans. Enfin , deja à cette époque, le contre-point ( Taccord de plusieurs tons différents) était connu des Italiens. J'ai emprunté quelques-uns des détails que je viens de donner, à M. Jutes Ferfirio, auteur d'un ouvrage important, intitulé : // Costume antico e nodemo,
Le même auteur assure qu*on ne sait pas exactement ( il faut bien avouer <)ue rhistoire ne sait pas tout) quel ^tait, sous les Lombaros , le costume des Italiens. Avaient-ils conservé le caractère d*habillement national , c'està-dire romain? On peut croire que leur mode diiabiUement était italogoth , italo-lonabard et italo-grec , plu* ^ qu'italien. Un fait peut jeter quelque Huntère sur un sujet aussi obscur, c'est I introduction de la faction des f^erts '^à» Bleus, qui du cirque deConstan* tmople était passée à Rome et dans «autres villes de la Péninsule. A Rome , w excita des désordres et des trouves assez grands pour oblifjer Théodoric, et en son nom Cassiodore , à H)Uiciter la punition des coupables , qui *^ ces sortes d'uniformes bleus et îerts, qu'ils ne quittaient jamais en
®* UvraUon, (Iiâlii.)
public, commettaient des excès odieux.
Cassiodore demande qu'on mette un frein à ces fureurs, qu'il appelle tmacolère ifennenU, Ainsi , il e^ probable que, dans ces temps, beatucoupde personnes portaient des tuniques , • des toges, des robes et des mantMiK»
de la couleur à laquelle elles appaxte* naient.
Quoi qu'il en soit, nous savons ^vm^ sous les Lombards, on connaissait eo Italie quelque chose de cette sorte de vêtement militaire, que depuis ont adopté les chevaliers. Les Lombards, avaient apporté ce vêtement de la Germanie. Les moines de Cfteaux étâ* blissent même un parallèle entre les compagnies de Germanie, appelées par Tacite comitatttSy et l'institution de la chevalerie formée plus tard. Ils n'hésitent pas à faire dériver de l'Aile*, magne l'origine de la chevalerie, et à reconnaître que les Germains en doivent être les fondateurs. De l'Italie et de la France, où les Francs l'avaient portée , cette institution passa en Espagne, d'abord avec les Vandales, souvent amis et alliés des Lombards , et avec les Français, gouverneurs pour.
Charlemagne; elle nit ensuite imitéo et honorée par les Arabes.
Il y eut aussi un vêtement qui consistait à se couvrh* de peaux de bêtes, suivant l'usage des rois vandales, huns , goths, francs et lombards : à cette oc*, casion, ces rois étaient appelés jNs/lîtf, vêtus de peaux.
Nous avons à parler des arts du dessin; et puisque ce sera un. des points importants que nous traiterons à l'époque de la perfection de la renaissance, il faut dire quel était leur état de décadence à la fin du XIP . siècle.
La peinture était sortie des catacombes . et une partie de ce qu'elle a produit hors de ces souterrains ^0^^, a péri dans les siècles suivants. / /^
Heureusement plusieurs sujets, trai»
tés avec quelque intelligence et quel-
âue talent, furent représentés plus tard^ ans ces mêmes catacombes, et nofus verrons que ces sujets ,' ainsi que les, fresques ordonnées par Bonitace Y
L'UNIVERS
( voyez page 34 ) , sentent d^anneau Dcmt lier la peinture du temps de Ponipêi avec ki petntiire des illustres mattres qui fleurirent sous Léon X.
La mosaïque ëta.t Tart qui perdait le moins de son éclat, et les procédés an* ciens étaient eontinués avec une aorte de MéNté assez judkîeiise. Quant à la siKilptvrt, nous pouvons citer un toni* beau de l'abbé G allô, à Verceil, qui oAra eDfnéme tempe qtteknies traces de peinture. Le travail de ta seulpture de ce monument n*tet pas roeilmnr qi|e celui db tomboatt de Junius^Bassus et de Ptoftus. SI on'lo oonsidère attentivement , on remarque mém^ quil s*élofipe un peu de cme assurance qo*on Feeonnaîssaft enoone vers le 1 V siéele. Dans le tombeau de Pabbé Oallo, la peinture représente l*abbé Thomas Gvfto, vêtu d'une tunique rouge, assit dans une chaire, et environné de six élèves, trois de chaque cftté ( on croit qu'un de ces élèves est saint Anmne de Padoue): le dessin est sec et léurd, les bras et les pieds sont trop lones. Il ne faut pas insister sur ces défauts, qui nous poursuivront audblà des temps'de Cimabué. L'art était jflùs heureux dans les vitraux peints , chmt l'usage remonte i^ Tan 794; mais les premiers qui oht omé les églses ont été détniîts par la foudre, ou d^antres accidents. L'oiftvrerie produisait drs vases asse^ agréablemei^ ddelés, des o Iffeis et des parures pour kâfemMs.' La gravuredes monnaies avait encore quelque chose du style barbare des sous cror de ThéodoHc.
On reporte à oei. mêmes temps une statue en pied , de bots de cèdre y représentant saint Paul Tépée à la main, et qif on voit encore dans Pégiise de Saint-Paul {^) hors d^ murs, au com-
n Q était Uça nccc^rc de donner qni; vUe'deT^ti^ àe Saiai-Paiit. C'est le sujet de la plaiidie 20.
D*apri^ les uislanccs du pape s^îot Sylvê$*re, Coii5tan!in-U* Crand, avaqt de partfr pour Byzaiice, foinla, en 3^4, celte ha^ afliqiie sinr \me propriéiè de fAtctne , nobTe dpfi^ roiuaîne, et daiu le lieu même oà
mencement de la première nef latérale, à isauche. O qui est remarquable , c^est que lors de Tincendte de lë2a,ce monument précieux a été conservé , quoique plusieurs des coloimes voisines aient été brûlées, lin autre monument en bronze, qui malheureusement ne se voit plus dans cette église, est ta porte qui avait été fhite à Constantinonie. Tan I07e , aux frais de Patttaléon CasteUi , consul romain, et par les soins de Hildebrand, depuis pape sous le nom deGré^^ire \1I.
Nous avons eu la facilité d'étudier des détails de ee monument sur des fragments qui en ont été conservés.
saipt PaiU avait reçu la sépulture de Timothée, 9on disciple, à dcuii milles dt^ anciennes portes de Senius. L*cmpemir1 tiêodo^ commença À a^udir la basilique eo 388, et Ilonorius Tacbeva telle qu on la voyait encore en 18:1 3. La pins grande richesse de cette cgftsc cotisistait en lao colonnes , dont 94 élaieni dn plits bean niar))re pnottazto , d^urdre eorinihien, cannelées. d« 36 pieds de haut el de 11 de etrcoi>rc> rancip, provenant, comme oo a dii, du menaolée d*Adrii^n.
Sons Alaric , et dqpû aoos ka Goths , siKcrsartora de Thoudoric, Tégliae de Saint- Pairi fut mi lien de refttav, où la \'i«! de ceHx ^uVlle reiilermaii était n£Sperié<\ La Im.g^icur de la l»asiliqiie est de a 3S pieds , non compris la tribune, et sa brgetu: est de xl8 pieds. Dans la nuit du i5 juillet 1S23, la toiture, con&tnute i^rtîe eu l)ois de retire, prit feu |iar la négligcitre d^m plontbier qui laissa , dans un rêrbatid , d> s chnrhons dont le vent poussa la flamme «ur defberliesdessérliêesqui convrjijent le loir. En moins de huit heiu^es toute rêgli.>e ftit en flammes.
Depuis plus de dix ans, las papes iront paa crssé oe foire tnivailk*r à b réparation de «e désastre. De nombreuses sttiisrn{>tipns foqrniea par tout riiaimr» eatbeliqiie o«t peniiis de i;rmidcs dêpQn|»>s, Le 1 7 du mois de mar» dernier, de%:âjit la reine dpuairj^joe de >ia|)k>s, on a élevé el piaoé« siv sa We, une des coienues de gpuùt qui dôivjeni souleoir la m.'f priocipala U parait ^y\isÀ (fue. Ton prend des précautious pour que lç$ eaux ou Tibre qui, dans It» cas d*inondation m<^nie ordliiairr, se répandaient sur le pavé de TégUse , ne pubseut plus y pénétrer.
LUNIVERS.
( voyez page 34 ) , servent d*annebu pour lier li peidture du temps de Pompai avec tu peiotiire des iUiistres mahres qui fleurirent sous Léon X.
Lq moMique éta.t Tact qui perdait le moins de son édat , et les psocédés anciens étaient continués avec une aorte âb fidélité assez judirieiise. Quant à la stAflptvrt, nous poutotts citer un teoi* beau de l'abbé Gallo, à Verceil, qui oUfm eoJAiéme tempe quelques ttacesde peintuye^ Le travail de m eeolpture de ee monament d'est pas meilleiir. qi|e celui db tombwi de Junius«Bassus tt de Péolkit. SI e&'lo-oonsidève attentivemënil i en «emarque noêniQ quil s'élotene im peu de o0Ue assutânce ^'on rwbiinalissanteiioeie vers le iV sièele.
DaHâ te tombeau de Pakbé Gajlo , 1* péîDtiive représente l^abbé Thonuis Owlo, 'vitu d^une tunique reuae^ assis dans une eha{r«, et envbronne de six élèves, trois de cbaqûe côté (on ecoil qu'un de ces élèves est saint An« vbin^ de iPadoue): ie dessin est sec et léurd, les bvas et les pieds sont trop lon|r». Il ne faut ^ insister sur ce* défàttts, qui nous poursuivront au* dMà des temps'de Oi mabné. L*avt était
Sus beureux dans les vitraux peints , mi Tusage remonte è Tan 79^; maie les premiers qui dbt e^fié les églises ont été déirttîts par la foudre , ou d^autres accidents. L'otftvrerfe produieaîl é^ vesés assez agréablement ci^és, des g IKets et des parnres pour toifennnte.' Lagravuf&desrmon»
naies avait encore quelque chose du st^le barbare des sous dror de Théodbrlc.
On reporte à ceè. marnes temps vmt statue en pied ^ de bois de cèdre , représentant $aint Paul Tépée à la main, et qu'on voit encore dans fSéglise de Saint-Paul (^*) hors d^ murs, au corn-
C*l ^ ^^^ ^^ accf ^irc âe dniiiMr qnc vue'de'l'éigtj^c de Saiiu-Paur: Cesi le sujet de la pli^che ao.
D*^iiè| les UislanccA du pape sjûut $y}' ▼«'re, Constviîîn-U' r.rancî, avaqï de partie pour Byzaiice, fonda, en 3)'«, cHtt* Uàal1i(pie sur une (tro^rLété de htcine , nohTe ({yAe mmaiiie; et danj le lieu mtoie où
mencement de la première nef latérale, a gauche. Ce qui est remarqiutble j c^est que lors de Tincendie de lS23,ce monument précieux a été conservé , quoique plusieurs des colonnes voisines aient été brillées. Un autre monument en bronze, qui malheureusement ne se r^t plus dans cette église, est la porte qui avait été faite àConstantioople, Tan I07i , aux frais de Paataléon Castelli , oonsul romain, et par les soins de Hildefarand, depuis nape seus te nom de Grégoire VII.
Nous avons eu la facilité d'étudier des détails de ee monument sur des fra;;roents qui en ont été conservés.
sa.iiU P4i^ aviiil reçu la sépulture d^ TimotUée, son disciple, à di'U\ milles des anciennes portes de Senius. L'emncrenrl béodp.^e conmK'nç9 à a^andîr la bosilicjuc eo 3S8, et Ilonorius Pacheva telle qu'on la voyait encore en iS!i3. La plus grande richesse de cette égftsr consistait en lao colonnes, dont a4 étaicni du plus bean marliro pao/tatzo , d\irdre eorinihien, cauneIroH, de 36 jàedê d« haut el de ii de cirronféraice, provenant, eomme on a dit, dti maiiaolée d*Adrîen.
Son» Alaric , et depuis mus les Goths , succrsarun de Ibéodorir, Téglisc dt* Saint- Pa^l fnt un Wçu de reftige, 011 la \ic de ceifi. quVlle re<i(iim)ai( était riespe<*iét'. La loiigiiic'ur de la basilif)iiQ est de 938 pieds , non compris la tribune, et sa largeitr iv^ d^ lis |iieds. Daiu la nuit du i5 jnilUt 1823, la toiture, con&lruile partie eu \n>\s Ù0 ceilrc, jirit fou |>ar la nugligenre à'un plombier qui laissa , dans un uVItand , d* .h charbons dont le vent poussa la ffanime ^«r de^herlNîS desséchées qui convraient !»• icii. En moins de huit heures toute 1 egli-e fut en flammes.
Depuis plus de dix ans, les iiapes uVnt pas a'ssède foîfe imvaitler à la réparai iou de te détasiro. De nombreuan aausrniv tim» fonmiet par tout rtmiRcrai catholique oet peitiiis de (çnindes dêpen|»«s. Le 17 du moi» de uiara dernier, devâul l^ reiue douai- Tifsi^ de Naifles^ oa a élevé cl pViné, sur sa Uase, une des coieone», de g^^auit q»i dôiv^nl %ouleair la nt'f principi^hv U parait aiiii(ti que. I ou prend des précau lions pour
3ue 'lf;8 eaui au Tibre qui , dans I« co* inondation m^mc ordinaire, se répiuidaienl sur le pavé de T^Ute , ne puisseut plus y pénétrer.
Cette porte, quoique appelée porte de ormie , éMi eonst^ufte en mk i mais au dehors, c'e^'^à-d^rè dti côté du Teçtibule d'entre, elle êUAi ë titlè^ mbeiit r(tBëliv(fftê et tmnéè 6! dç feuilles âë hràniê âé tr^ii K^nës â'êpMsseitt m^ifoû: là fatalité dé ssl surface se troufaff dittsétf eri nii parties égatel dtff» lé ^hs âë sa longueur. et en nem sut nà hamtétir^ crd mit produisait eInqtiaiife'Uuatre eompart!ments M pamneati^t, ae forme baf longue, légèrenreirt renfoncés, et renlermfflff des sujets, de^ B^ccrts et deiâ mscTTptrons. Les sujets jû'ésentdient Fhisto^rre de Jésus -Chnst et de la Yitr^j les figures enf pied des douze pro|mètes , celles des aouze apôtres ; Ters le mf.ietf, de$ croix, deux tables 4*irtscripC?ons en vers latins, et aui angles inférieurs, deux aigles.
Ces diverses figures n*étaient pas de relief, nrats Seulement dessinées par des contours et des traits gravés en creux 2 dans le fond de bronze, et remplts ensuite de Olets d*argent, que le tennps et b cupidité avaient détruits ptjor la plupart. Cette porte a été presque ratièretnent brûlée. J'ai vu le bronze de la partie vofshne du sol en état de ftisîon le jour ttième dô Finomdie. Je suis assuré que cinq ou six des compartrmenfe exîsteiit encore.
Il nous reste à parler dfe f ajchitecfure qu'on appelle gothiçfae. Cest un nom oonné, on he sait pas encore pourquoi, à un mode de Diïtir qui ti( eu , dans le moyen flçe, an' règne long et trèsétendu, qui a couvm une gr^Mô partie de ITurope (Téfîlîtôà destfné^ à sîibsister encore Jong-tenYp^^ et dont rorigrne histofiijne, feute de monuments, siéra peut-être toujours un problème. î'fexïmiert de (Jeîfte question apparfient à llirstoîrer d'Italie/, car o>st en ftalie que cette architecture a pris naissance.
On oroihiif , eA lîfiltit de ii(5m dé gothique, que Ifâ ffdtH^riîiHlculière^ ment, petjjpies DOtir U pm[uirt venus par fa Suâle daiis tes^ phrtTé^ niéndionai^ de VEwroj^^ ont iji^troduitce genre' oè fiStissèqui serait ne cïie^^ux;* mais il est oertai4 qu*en Suède on a*en
â été bâtie par dès architectes fi-ândliâ ipMês de Paris dans le nord , ôtf IK ont aWjlîqué âes ptincipes d'airchttéctyré i/iconmis àxit habitante du prf;^^,^ e! qui n'avaient âu(idn. l-apjwri àveb lés usages de ces centrées {*}.
(*) Me« pTcrtitefrf iéhlth pôtîfiWi/és më wâHâiMTeM en Sfn^è. A|i^ aTOir VBîfé 8ro^holtD, je me rendis à Uf«tfl, poiif y ^tW H belle cm hédrule go^Tbitiiiè fie eèiro Tillé. Ce ffiagTiiliqiit itmfAé ne paffti au àeà flks Mina •uvra^ dfroe gMire. Au ttCnneiif oà }*«i«-i mmtis i^ee ane sorte do «éoéroiiaii.la b«N ickir de l'édifiée, et td insôo flèrbes t«N loiiiéef chacune par une Cfot&, mon i;«îd«i#
3 ni éiaiî uu ami de l'archeV4N)ite,; me deiliaiMl4 aiii quelle ville de France j'étai* tfe. J4 lut ré{>ondis aie j'étais de Pai'U. Alors ij ' salua profoudcuient , d^abord' Tcdïnce, et moi emuitc, et il me dit : « Hé bien , men- « sieur, c'est uq homme de votre ville. « noilimé Bon-OÉiï , c'est urt PaYftien* qm « a créé cette (CrtVrâ ddmirablé, â pMi nvéi « snr le plan de î^otre-t)ame de Paris'. »
Iffatiireirenjient îc éènsidéi'ai KôàRsé îiVec encoi« plus de |)laf^V. Verrf PéXplicatiofif dértfiNée dé ce fait la con^rrukion dd cette égHfte est dlie è dfé^ mtât^i flhin^ais , floit 011*011 lei désire' ptf la déQaitt{u»j tioto drarohiioetes', dit M.- d'Agineomt, aeit ^*on ksB qiialtfie de ismi»^ ceimrie an ittfoeit alors. Ces maiirfo Ihirent appelés d«i Paris à la fin du KilF aièclf , mtt8»x|u il em constaté' par des lettre^ petenles du gardaf de la prévôté de l*an sa87«.
Je citerai, de cette piècç , o» 4)ui peui avoir dé Pintéi^ét pour uous.
« A touz cens qui ces lettres verront , Ee- N naut le Cras, garde de Idàrovosle dé Parî& «"sifliit, nous fusons a saudfr (file iiar deuani! «• nbtw vînt Éstremic l^on (^1, tjfilReur cftf « pleiVe^, itiaiyfre de^ii'e l*es^1isé dé "^iisay </én'8«eee, propoMint a aller eA Ia atcteF « teiTe, si comme il disoit et recogneut en «rdrdif que pour dMiQré^ eé Ainiilne'é^ «.eaua db la diète ésgNsé aoeeqbeà^ Hff tev « compaignonf et tex bièbeleiHi'. il 'audit eir «•c^ receif de eaitser dé pivit qliahinfe iNut'S «de Itaris pmir diemîr <4 eèndolf^f lëf dfttt' « bacheliv» ei» IV dîeiv Mrf«^ ilJMifav ÉMi' « leur despense...
wkW të<iWob% de? Cë'iirfits miottt^tiits ert ces «1cT<fii»-le std (fc la prcvôsre éè #àrîi, l*alV'
Si
et de erandiose, mais en restant toujours dans I obstination de son hérésie. La loi de Mahomet ne veut aussi qu*un dieu, et elle a dit: Dieu est Dieu, et Mahomet est son prophète; doctrine qui renferme une véniè éternelle et une fable évidente. Cette loi , oonséquemment , demandait aussi de vastes temples , et elle a adopté ce
S>lle a trouvé établi en Afrique par ; Vandales chrétiens.
Ici , les architectes du christianisme et ceux du mahométisme ont cessé de se mettre d'accord. Mahomet avait interdit à ses sectateurs toute re|H*ésentation de figures d*hommes et d'animaux; dès lors les décorateurs du temple musulman s'étaient exercés à multiplier les diverses sortes de combinaisons de plantes, de fleurs, de feuillages : leur génie fut inépuisable en ce genre; le dernier des graminées a troavé sa forme sous le ciseau de leurs sculpteurs. Ces ornements sont des traités complets de botanique : on ne les a pas assez examinés dans Tintérét de cette science.
Le ffothiquef ou l'are aigu catholique, eut une ressource qui manqua aux Arabes , car il put représenter des ûgures humaines, et toutes les fonnes d'animaux; mais ces repré»
tentations y sont confondues , comme le seraient des mots empruntés vaguement à une langue, et que l'on placerait les uns à la suite des autres , sans ^;ard pour leur signilication positive.
De telles explications me semblent utiles. C'est l'Italie qui a répandu en Europe l'architecture aothique. Les Italiens lui ont-ils donne ce nom dans l'intention d'exprimer le mépris qu'ils avaient conçu pour les Gotns (Muraton dit : « Ce nom de gothiqueest né de M^re orgueil national » ) , ou , de bonne foi , £s flatteurs de Tbéodoric, de Boèce , de Cassiodore et des rois goths, ont-ils entendu leur faire honneur d*une invention ^ue le mauvais f;oût du temps trouvait peut-être admirable ?
L*Italie offre de beaux monuments bâtis dans le système de l'arc aigu ,
mais plus tôt que les autres nations, elle a renoncé à ce système, et ne parait pas disposée à l'adopter de nouveau.
Pïous voyons à ce sujet, aujouifd'hui, même à Paris, un combat de doctrines au moins singulier. Après avoir assisté à l'inauguration de la Bourse y ce magnifique monument périptère , dont nous devons le plan à M. A lexandre Théodore Brongniart C*)^ qui n'avait pas étudié à Rome , et qui ne fut pas membre de l'Institut, on a vu exposer à l'admiration du peuple, l'église de la Madeleine y qui retrace si pompeusement les belles lignes de l'architecture gréco-romaine; et dans le voisinage de ce chef-d'œuvre national, des étrangers ont construit une église en recherchant toutes les pensées du système goUiique. C'est une imitation , une exagération de ce qu'on a pu voir en ce genre , qui , n'ayant pas de principes précis , permet tous les écarts oe Timagination.
C'est le bel esprit à côté des règles immortelles du non goût (**).
(*) La preroicre pensée de M. Brongniart ne réunissait pas dans la même enceinte la bourse et le tribunal de commerce. Ce fat celui qui avait admiré de prcs les P) ramidcs, et qui ouvrit si majestueusement le Mont- Ceuis et le Simplon , ce fut Napoléon qui corrigea de sa main le plan primitif; nous l'avons eu ce moment sous nos yeux : de larges lignes noires jetées brusquement indiquent rintenliou du maître qui n*a pas de temps à perdre , la force de sa volonté , et son amour du grand et du sublime.
M. Brougniart, saisissant sur-le^amp, en homme de génie, 1 idée d*un autre borome de génie, et s'inspirant du dessin impétueux du lion, tra^ , en sa présence, le plan définitif qui excite tous les jours ladmiratiou des étrangers.
(**) n ne sera' pas désagréable aux Fran-
Sais de savoir ( nous n'entendons parler ni es monuments d'Egypte, ni des amphithéâtres romains) qu*à rexcepiion du iem/fle des géants à Agrigente, et de VAdrianeum dédié chez les Athéniens à Jupiter Olympien , il est à peu près assuré qu^il n*y a eu ni en OiYce, ni en Sicile, ni en Italie, aucun édifice public plus élevé et plus vast9
Gcoffiroy de YiHe- HardoaîD , ma- «lâ rassemblée ^fl dit tfot Mi hahrns W^cfal de Champagne, gui a éeiit de Franoe^ ks phis hauts et tes plus l'histoire de eette expéditiOD, haran- puissants^ oMjitftfitent leii Véameos
)jrTté ei la direniié des objets q^relle peut \ntr ofTHr. Elle al beaucoup ptus longue ^««e large • et fomiée par trob corps de W Ifovnt*. Cernai qii*oa voit ki a gaiirlie, sont le* Prormrmtie anctennes, qai coamie&entt a rbarlo^; leur décoration ettrrieiire tH d*im wtil ordre , Tordre toscan ; Tédifice £91 KDnirai par des pilicn foi inant des arcades. Imit ce corps Oc tMtinients est occupé par d» nartfcnbess qui y vi%ent de leur revene oa de leur industrie Le corps opposé qu'on TÀt à droite après le clocher, les ProcMra" tU «onvelleSv offrent uiieaichiti-ctiirc plus modcroe ; oa doit celte couatniciiuu à San- M^iiio, qui Ta décorée en jr adaptant les ordres duriqiie, ionique, et coriilhicn.
CVsI de ce céié qu*est le fameux eafé VXoriaji. L'inicrienr de la place est pavé de grandes daHrs d*nnc ntcrre granifcine ptqu<-ire , entrerarlée de feld - spath et de qtnrfx provenant des collines Euganéennes, a«<:c dc4 intervalles remplis de pierre d'Lt* iried^on grain trèsnlur, en usage dans les aMisrs, poiir soutenir les briquet dontsoni eonstniitcs h plupart des maisons.
La tour dn rumpanile ov clocher est si haute« qH*aii rapport des TO%agenr$, elle sur* pB««e en élevai iou les loun de Rologiie , de \ irzme, et de Strasbo4irg (cette kaulenr est de 3I4 pi«-ds, y compris Tange qui sur- Dio.ile la tour, i*t qui a 10 pieds de haut). Ce qni donne lieu à la surprise, c'est que cet édifice n^ait iamais dévié de sa perp* Tidicnbire, quoiqu'il ait sa fondation dans un sol vaseux , et affermi seulement par des pilotis. Il fni commencé eu 8S8 , sons le dogai de Tribuno; mats la bâtisse hors du sol ne fîit commencée que sous Morosinn , en fi4S. Tonie cette constrtietion est en briqoes recotrvpHes cri pit*rrcs; la four est cannelée dans fonte sa hauteur, ef finit en arrades soutemirt par des colonnettctf de marbre. Au-desus de celle partie est nn balroo qui règne à Teiitonr. La , s'éléf e une pjranHde dont la base est ornée de seul pi nrea sur set quatre faces. Arrivé à ce balcon, on kiuit de la vue la plus délicieuse, surtout lonque le ciel est aesein; alors une nnanre de bleti bai beau , souvent leiute de nuages argeiiins, se mari»' agréablement à Tborizon avec le vert céladon de la iner. Nous verrous que ce balcon jouera un râle dans la conspiratioa de 1618, si singulicremeni ra-
contée par AaiM-Kétil. De ce potnf , on a sons ses pieds toute li ville, les placer, les etnaitf , les palais 4 IM barques, les gondoles, les vaisieiiiX qui Ml route de tous c6lrs; on aper^it les lagunes Qui forment le cadre du premier tableau; puis les montagnes du Tjrol , rdies de la uahnatle , de llstrîe , les tilaînes du Padonan, celles de ta Lomhardie ; enfin la vue se perd à lorleut sur ces provinces saléts, dit an auteur vénitien, qui étaient la dot de réponse du doge.
5^ir une place toisfn^, appelée Ift Piazxefta , se voient deux Ctilonues de granit , très-hautes , distantes entré elles d*une irentaine de pas environ. Au somme! d*une de ces colonnes, le lion de Saiiit-Marc a repris sa place. « Il n*auniil jamais dû la quiiier, dit judicieusement M. VaTer)-; ce lioii insigniûant sous le rapport de Tu-t, était à Venise un emblème national et public de son aurîenne puissance. Sacré près de la place Saint-Marc, il n*étail, à I esplanade des fntalides, qu'une marcpie superflue du courage de nos guerriers , moins noble que tous ces drapeaux pris sur le champ de bataille , et suspeudtis aux voi\ies de Téglise. Celait d'ailleurs une chose maîadroile et odieuse, de la part d*une république naissaule , que d'humilier el de dé|)otiitler des souvenirs de sa gloire passée, une vieille républi(|ue comme Venise. »
Au milieu de la gravure 00 voit la façade de IVglîse Saint -Mai'c; elle fut bdtie |H)u&* recevoir le corps de saint Marc Pévangéluic , fondateur de 1 église d'Alexandrie.
La masse du oâiimettt esl calquée sur h) modèle de toutes les églises anciennes , mais sur une bien plus grande échelle que Saint- Clcmenl (planche i5). On voit ici d'aboi^ uu portique ou vestibule, séparé de Téglise, ayant deux cents pieds de long; ce portique a pour dccoratiuu une façade qui iudi<{U4*. par un mélange godùque el grec ce que sera Tintcrieur. ûnq arcs formant voûte, et ornés de deux rangs de colonne! les, dont huit de porpb}re , frappent d'aliord les re-
f^ards. Au-dessus règne une galrrie avec baustrade; puis s*élevt<nt ciui| autres arcs» mais à plein cintre, soutenus par d'autres coluunetles de |H)rph}re. Sur ces aret^ oa dislingue des mosaïques, des guii landes, des sculpiures, cl des statues de prupbeies.
les des dq)ais Zanthe jusqu'à Corfou, enfin rtle de Candie, et prescfue le quart des maisons de Constantinople.
1)^ Ton assurait que le pape Alexandre III , réfugié peu de temps auparavant à Venise , avait donné au doge , pour le réoomMnser, un anneau, en lui disant : « Recevez-le comme une marque de Templre de la mer, afin que la postérité sache que la mer vous apjKirtient par la puissance de la victoire, et doil être soumise à la république, comme l^épouse à Pépoux. »
Si ce fait est vrai, le pape semblait avoir pressenti toute la gloire des Vénitiens. Quoi qu*ii en soit, ce fut, en quelque sorte à bon droit que le doge après avoir chaussé les brodequins rouçes qui font partie des insignes de la dignité impériale, ajouta à ses titres de duc de Dalniatie et à d'autres , celui de seigneur du quart et demi de Venurire romain,
L^pereur Henri VI, fils de Frédéric I"", et le pape Célestin III , dont les démêlés avaient duré plusieurs années , étaient morts presque en même temps, à la fin du Xil* siècle.
En 1198, le comte de Signa, noble romain , fut élu uape, et prit le nom d'Innocent III ; u n*était âgé que de 37 ans.
• Il apportait dans l'administration , dit M. de Sismondi , une profonde connaissance des intérêts de sa patrie et du saint-siége , le courage et Tambition d*un patricien jeune encore , enfin la réputation de sainteté et de savoir,
3u'tl devait à une vie régulière et à es ouvrages estimés. Il avait écrit un livre sur le mépris du monde, sur la misère de la condition humaine, et sur des points de discipline. »
En Allemagne, Frédéric II, de la maison de Souabie, le successeur de Henri VI, était un enfant de deux ans, et sa mère Constance, que nous avons vu couronner reine d'Italie en 1 186 , rt qui mourut en 1198 , avait déclaré Innocent III tuteur de son fils et adminii^rateur de son royaume.
Déia Frédéric II, quoique encore dans les langes, avait été déclaré roi des -Romains avant la mort de son
père; mais la couronne impériale avait été disputée à cet enfant par Philippe^ duc de Souabe, son propre oncle, puisqu'il était l'aîné des frères d'Henri VI, et par Othon ^ alors duc d'Aquitaine , fils de Henri-le-Lion, qui avait été duc de Bavière et de Saxe.
Lesplus puissants princes de l'Europe prenaient parti dans cette dissidence.
Philippe-Auguste, en France, se déclarait pour le duc Philippe, et Ricbard-Cœur>de-Lion , en Angleterre, se déclarait pour Othon. Le premier compétiteur représentait la maison ff^etbUng, GibeHne; le second, la maison ff^elf, Guelfe, L'Italie divisée allait continuer de marcher à la suite de ces fatales contestations, et de dépenser ses trésors et son sang pour des querelles de la Germanie.
Toutefois Innocent III devait aussi se prononcer dans un si terrible différend, et sans perdre de vue sa position à Rome.
Sous Célestin III, l'autorité du sénat avait été définitivement reconnue par les papes, et la constitution d'un corps ainsi nommé se trouvait réglée par une charte. Nais les Romains n'eurent pas plus tôt obtenu le privilège pour lequel ils combattaient depuis longtemps, qu'ils ne voulurent plus se contenter de cette institution, et qu'à l'exemple d'autres villes de la Péninsule, ils supprimèrent cette autorité mal affermie , pour lui substituer un magistrat étranger et militaire qui , d'une main plus ferme, chercherait à réprimer les ambitions des nobles du pays. Ils nommèrent ce magistrat sénateur. Les Romains l'établirent dans le palais même qu'occupait le sénat au Capitole , et lui attribuèrent tous les pouvoirs concédés à ce corps.
Benoît Carissimo fut le premier sénateur^ Jean Capoccio lui succéda.
Sous cette administration, les Romains s'emparèrent de Tusculum , qu'ils détruisirent. Les habitants se réfugièrent à mi-côte, sous des branches d'arbres, /ra.vcAc, et ils y formèrent un bourg qui , de ce mot jrasche, fut appelé Frascati.
Innocent , homme habile , ne tard?
L'UNIVERS
pas à s'apercevoir que les Romains concevaient de la jalousie en voyant un étranger exercer une sorte d*autorîté législative, et comme souveraine.
Ensuite il remarqua que, confcrménient à un ancien usa;;e, le peuple avait demandé, a ravéncnient du ]H)ntîfe, une distribution d*art;ent. II rhereha à tirer parti, pour ses intrrcts, de ces d(rux circiinstaniTs impurtiintes.
Souvent le peuple qui a élu une autorité, se croit en droit de Tinquiétcr, de la punir et de la déposer, mais le |)euple qui voit dcv:mt ses yeux une autorité choisie sans lui , la' respecte davantage et croit encore (émoi.mier son respect en acceptant des libéral. té:;. Innocent III, dans un seul jour, jeta de Paruent à la nuiltitude, crissa le sénateur qu'elle avait élu et en nounna un nouveau pris parmi les ])artisans du pond/leat. Il obligea le pn'let d.^ la ville, officier de l'enipereur, c'està-dire d*un prince qui n'existait pas, à lui prêter 1 hommage lige (celui qui ïrcte i'hommage lige est tenu, envers eseigueur, d'une obligation }>lnsé1roite que celle du simple vassal cl a recevoir de ses ina>n> une n- iiv^lje iinestiîure de sa |i!acc; enliii , il e\|nils;i de.> villes et du patriiiioiiie de saint Pierr". (îc^ju.Lres et (îj's ptKle^tat.> -sorl»' de gouvenieiirs inférieurs nonnnes l-ar le peuple.
('• fut eiuure alors une le p.i]»e raffcj'Uiit sa puissance dans io \jlUs d* Uiciuie, lie l't rnio, d"()siin«), île (n'.inér no, de Sinii:.it:lia, de IV.s.uo , de Uiéti , de Sj)olète, (rNs.^i^e, de Fuli^uo, de Toui et de (litt.i di Cjistello.
Les villes de Tn>e;me av.ij ut en :i se plaindre, sous le re:;iie de Henri \ I, de raugnu'utation des inipi't^ et des exaetiens de«> ministres allt in.niiis 4]ue reni[»erenr en\o}ait pour reeiMnrer ees tributs. Ces li'iiunes de (isc . cli.u'gés de ramasser les contribnlion-., cl qui, par leur situation, étaient p!us â |MU"tée que d'antn's de eonnaitre le^s dispusitiuns des Toscîins, n'axaient pas ou ne voulaient pas a\oir ee deuré d'intelligence elair\oyante, propre à deviner si le peuple était heureux ,
81I pyait volontiers, s'il pensait i susciter ou à voir avec plaisir nailr des circonstances nouvelles. Pour le hommes de fisc de l'empire , demande l'argent avec importunité , le recevoi avec hauteur, l'expédier avec minutie paraissait le seul devoir à remplir dan cette j)artie de la Péninsule, soumis à la puissance de leur maître. I^s vil les tosc«mes avaient ressenti de Tin diunation plus que les autres ; elle consentirent à former une assembiéi de leurs députés à San-Ginnasio iMiurgade située près du mont de San ■Miniâto. Là elles s'assot*ièrent pou une ligue qui fut appelée la figu< guelfe. Les alliés , de concert avec 1* pa|K*, prenaient rengagement de n rei'onnaUre aucim empereur, aucui roi, duc uu marmiis, sans Tapproba tion expresse de la cour romaine; il promettaient de se défendre les un tes autres, et de défendre l'Église ton tes les fois qu'ils en seraient requi par elle. De plus , ils s'engageaient < l'aider dans le but de ressaisir toute les parties de ses possessions, except celles (pli seraient aetuelhuient oeeu pées par qneldu'un des alliés.
La vilh- {\? Pise refusa d'entrer dan ei'tîe liiiue. Ses hahiLnits n'avaien rien a t:])tenir d'nne telle associât io; s il-; tenaien- en îiefd'Henri ^ 1 la ('.<mn et l'île d'Lli)e , et ee prince avait al fr.Mn iii le territoire i i^an de eontri bntituis et de I' gemrijî de gens d gi'erp'. \nssi les Pisans persistèrrni ils jnsipi'à la de.strui tien de leur rf puhlirpie, â se déclarer les cliefs de I f.:eli.»n l'ibelineen rcscas.e. Oepeiidin ee sent ment si aiisclu ne les ain'ni pas au point de lis faire eonseiitir ui.e ji:.i\ i'\ec h's Cieiîois, qui étaiei an-;>i d'anlei ts (■.ii)elins, mais e njènie temps des rivaux de leurecn merce et de lein* iîl- ire en Orien
InncM-ent 111. ntaigré sa puissaiit'f n'empl- va , poiir L-ejner 1» s l*i«an> ancuh nioien indi .'ne de son carat tèr< Il rep<'t.i,t (|!ie son [^renier d'^xo était Celui de pontife, (ju'il avait r< foM' la coiu(»!ine, (pi'on l'avait H malgré ses snppliealions, ses cris < ses larmes, et cpril reuiplirail dignt
it toutes l68 pblis»tion« qu'on IV
}«« «taehoas pas toutefeis qnt c«ite nodératiwi eouraceuse ne pouvnît pas toujours résister à l'esprit du siècle , à eef asprîl qui renaît souvepi embarrasser le poDtife dans les querelles do* mestiques des autres pays. Péclaruos quà eette ambitioii poursiiivatit up pouvoir exclusif, qui auiait résidé à Rojne, suofsédait de temps eu temps eo Europe un amas de eufâdiUs particulières qui cberchaieotà prendre le pape pour complîoe. Le roi de Hongrie l'iavif taitàenvôyer à la Terre-8atnte, André, son frère, qui troublait, disait-on, lerer pos de rétat. Des baroos de France conjuraient le ppe d'ordonner à Philippe de retirer au monastère et de rétaolir dans les droits d'épouse, Ingéburge de Danemark , qu'il avait répudiée , et le suppliaioit de déposer le roi, s'il n'obéissait pas. Cependant , si dans ces circonslances il était excité à intervenir. Innocent, au milieu de ses disputes avec Jean-sans-Terre, se souvint trop queiimefois des doctrines de Grégoire VII. Le roi avait menacé le ppe d*eoipécher que ses sujets ne portaient leurs trésors è Home : un interdit 6it la réponse à cette menace.
Jean se vengea sur Févéaue de Norvick, partisan du pape, nt mettre eo prison ce prélat, chargé de fers et revêtu d^one chape de plomb, dont le poids aecablant te fit mourir en peu de jours. Innocent, irrité, noise à déposer Jean. S'il se détermine à cette violence, c'est un roi de France, Mnlippe- Auguste lui-même, qui se charge du soin d'exécuter la sentence contre le roi légitime d'AngleCerre. De pareilles tentatives ne sotitréUks pas expliquées par de pareils dévouements? La honte de cet interdit n*appart!ent«elle pas à ceux qui solli* citent, qui acceptent l'exécution de la condamnation', autant qu'à ceux qui (a fulminent? Et, dans ce cas, l'interdit lancé contre Jean est-il plus réprébensible que l'action de ces seigneurs anglais qui, le voyant malheureux, le dédaient tncapanle de régner, et qui jettent les yeux sur Louis , fils
ip Philippe, pour remplacer Jean?
Mais on est trop oenveou de ne cheiv cher les coupables qu'à Rome. Il faut une puissante ooqnaiasance de tous les intérêts du temps pour prononcer sur de semblables questions. Bien véritablement , GréffOire Vil a été enr traîné vers le système de monaiehie religieuse universelle qui , sous une forme différente, eût été un second empire romain pour les parties de l'ancien empire, actuellement dévouées au catholicisme. Les offenses reçues , la fierté du caractère de ce pontife, l'ont aveuglé sur la possibilité d'ut tel triomuhe ; mais beureusement In*nocent lïl n'a pas toufours partagé ses erreurs. Il a vu à la fin qu'une politique étrangère , malveillante, lAr che et égoïste, se plaisait à prêter à ces doctrines un appui fatal et impie. Aussi, en examinant la fin de sa vie, où trouvera- 1 -on si facilement un bomme qui ait résisté plus courageusement aux hommages universels de l'Europe , qui ensuite ait été plus calme et plus maître de lui , en voyant un roi de Portugal, un roi di^ragon, plus tard le roi du royaume de Polç^ne, écrire bassement wils se reconnaissaient ses tributaires?
D'ailleurs la terreur qu'inspiraient les Sarrasins, devenus, devant une poignée de Latins usurpateurs de Ôonstantinople, plus forts qu'ils ne l'avaient été devant les Grecs, cette terreur qui se déguisait sous des armements coûteux, la plupart du temps hypocrites, et des expéditions presque toujours malheu^ reuses , même avec des succès, venait fortifier le pouvoir et l'ascendant du pape. Et quel était ce pontife? Achevons son portrait. Innocent III était un des habiles politiques de son siècle^ doué d'un courage éprouvé , d'un caractère forme sans roideur, de lumières surnaturelles. TroD tourmenté du besoin d'agir, vers les premiers tem^ de son pontificat, alors il se mêlait à tout, dit un de ses biographes; il paraissait accepter toutes les interventions; il tâchait de n'abandonner aucune afraire, qu'elle n'eût étépoussée à son dernier période : du reste, il don-
Aa
(krena seigneur de Ferrare par le dioix dopeuple. Ce dernier descendait d'Azzo lu , souche commune des deux branches qui , jusqu'à nos jours, ont régné à Brunswick et à Modène.
Otbon se rend à Rome , environné (TttD cortéfie gibelin , qui ne pouvait Are agréable au pape, et il le force à lui «rorder la couronne impériale. Ces circonstances excitent dans la ville quel- (jiws séditions , et renouvellent cette stuation d'un prince que félicite et qa*hoDore une grande partie des mo- Barques de la chrétienté , et qui, dans le lien qu'il a choisi pour son séjour , doit penser à se mettre en garde contre les attentats que l'on prépare pour lui enlever la vie ou le pouvoir. Innocent rherche alors à compter ses amis. La ^tie gud/éde Toscane se montre quelque temps indifférente; mais les Grémonats, les Pavesans, le marquis de )lont-Ferrat se déclarent prêts à le Rendre. Cette même année, il négocie un mariage entre Frédéric II, son pupille, et Constance, fille du roi u Aragon. La France, anciennement attachée à Uenn VI, déclarait qu'elle ^tiendrait , en ce moment , les droits ' de Frédéric II , son fils. Othon, résolu d'enlever à celui-ci l'héritage de sa' nière Constance, le royaume de Naples , i^rouve peu de résistance, et il oc- ^pe Mont-Cassin , Capoue, Saleme, tapies, n appelait ironiquement Frédéric te roi des prêtres; mais ce roi ^prêtres était, comme on sait, '"unique héritier du dernier empereur.
^D est. interrompu, an milieu de ^ conquêtes , par un événement qui ^ partait pas de la cour de Rome, et qui va répandre un nouveau jour sur les mceors et les usages du temps.' ^^này archevêque de Mayenoe, pu- Uie^desa propre autorité, une excommanication contre Othon, et le dé- <^re dédiu de la dionité impériale.
Lévéque de Trêves, le landgrave de.
^oi-fi en récompense lot amit donné les ' *^d*OMraet deKomano, dans la Marche ' l'^êvisane. Les successeurs de cet EUclyn f^i Othelnu, et les Italiçns les appe-
UeDiEccelini
Thuringe , le roi de Bohême, le duc de Bavière , le duc de Zéringen ne font aucune opposition à cet acte si violent, et s^apprétent au contmire à appuyer cette interdiction.
Quand tous les états de l'Europe,, tous les souverains laïcs s'étaient réu-' nis pour s'opposer à Hildebrand, il avait fallu qu il cédât. Aujourd'hut ,' des princes séculiers favorisent i'et-' communication lancée par un srniple' archevêque. Ne sommes-nous pas anie-' nés, comme par la main, à voir, et de' nos propres yeux, que ces avidités ja-* louses , ces voisinages envieux ajpplan-' dissent à une condamnation suballeme,^' en attendant qu'elles |)uisseot invoquer* à Rome des coups mieux assenés par une massue plus pesante.' Voilà le' moyen âge qui vient s'expliquer à nous, de lui-même , avec quelques-unes des bassesses et des iniquités de ses prin-, ces ! Enfin ici Rome avait refusé de frapper; et ce genre de courage man* quait-il à Innocent III?
L'empereur Othon adjure les barotik de Napies de lui être fidèles. Il verra bientôt que c'est souvent en vain qu'on adresse de pareilles prières à des peu*- ' pies nouvellement conquis. Ensuite H ^horte les Pisans et les villes libres de la Lombardie à ne pas l'abandonner; il charge des agents dévoués dé loi rendre compte des entreprises du, parti attaclié au pape; désormais soutenu par les Toscans devenus moirtè indifférents au succès de ia Ugm
If ordonne en même temps de surveiller les mouvements desCrémonais, des habitants de Pavie et du marquis * de Mont>Ferrat, dévoués aussi au pOft» ^ tificat. Après tant de précautions , il* crut pouvoir repasser ea Allemaffoe; mais il n'avait pas souptjbnué quélèo* • nemi lui avait suscité son expiéditkHi * de Naples. Ije roide^ prêtres se trouva ' être un héros. -A peine âgé de dii<« . huit ans, à la vue de liitttvs de féli- : citations etde respect qu'il reçoit dei '
S rinces allemands de son partis il s'en* arome d'une ardeur qu'on n'attèn* 'dait pas encore de lui ; il court à Rooe, i 8*assure de la bienveillance de
entrée à Rome^ où il fat aocueîlii par ie sénateur Henri, frère d'Alphonse X, roi de Castiile. Il se mit ensuite en marche, et trouva son rival Charles , près de Tagliacozzo. Là, le jeune guerrier sans expérience livre bataille, ctuuTf^e avec fureur , laisse ses troupes coarir en désordre , et tombe dans une «nbuscade. Les Français attaquent en flanc ses escadrons, et les renversent.
CoDradin prend la mite; Jean Frangîpmi le fait prisonnier quelques jours après, et le livre à Qiarles
Noos suivrons ici ie récit de Jean Viiiani.
< Quand il eut Conradin entre les mains, Charles résolut de le faire nKXirir; il le fit condamner à recevoir la mort , lui et tous ceux qu'on anit arrêtés avec lui , comme traîtres a la couronne et ennemis de la sainte église. Aussi Conradin fut décapité avec le duc d'Autriche sur la place de Naples, à côté du ruisseau de l'eau qui court autour de Véjfiîse du Carême, Le roi ne soumit pas qu'ils fussent ensevelis en lieu sacré ; on les inbama dans le marché, parce qu'ils ^ent excommuniés. Ainsi , en Conndifl finit le lienage de la maison de S<M]abe,qui fut une si grande puis- »nce d'empereurs et de rois (•). Le ^ Charles, pour cette sentence , re- ?it de forts reproches du pape, de Stt cardinaux et de tous les hommes fp» 1 inrce qu'il avait pris Conradin > la suite dune bataille, et que ^i-Q ne l'avait pas attaqué traîveusement. Il était mieux de le tenir Ki^nnier. »
Villani rapporte en même temps quelle fîit la conduite de Robert , iils wt comte de Flandre et gendre du roi ^wles. Robert, ayant entendu un juge Provençal lire la condamnation en pré- ^**^ dû roi, frappa ce juge de son épée,
nnieéuit one des maisons les plus iilos- ?* «ITEorope, surtout depuis Prédérir T' wberoutse , couronné roi des Romains , i *»»-M:iiapeUe. le 9 mars 11 5a, sous le jontiûeai d*Eu|èiic m. ( U An de cetle ■^ Mnâreeiiuer une erreur qui a échappé H- 75, «* colonne, lignes 38 et 59.)
^ linwiion. (Itaui.)
en disant qu'il ne lui étaft pas permis de condamner h mort un prince si grand et si illustre. « De ce coup , ajoute Villani , le Juge incontinent mourut, et il n'en fut pas seulement fait parole : il parut au roi Charles et aux barons français que Robert avait agi en noble * seigneur. » La mort de Conradin n'en est pas moins une tache ineffaçable pour la mémoire de Charles.
Les détails de la mort de CiOnradin, donnés par Ricobald de Ferrare, excitent au plus haut point l'intérêt et la compassion.
Couradm, dans sa prison, jouait aux échecs, lorsqu'on lui annonça la condamnation. Il fut presque sur-lechamp conduit au supplice. Quand il se vit entre les mains des bourreaux, il se dépouilla lui-même de son manteau, et, se rappelant la piété et la tendresse de sa mère Elisabeth, qui ne voulait pas le laisser, si jeune, commencer une si terrible guerre , il se mit à genoux pour prier, puis se releva , en s'écriant : « O ma mère , « quelle profonde douleur te causera « la nouvelle qu'on va te porter de ma « mort ! » Ensuite il tourna les yeux vers la foule qui l'entourait , il entendit les sanglots du peuple; alors, détachant fièrement son gant, il le jeta au milieu de ses sujets , et tendit la tête au bourreau (*). Nous verrons comment ce gant aura été relevé. Rome
(*) On montre aujourd'hui à Naples, dans l'église des Carmes, une inscription qui semblerait faire croire que Conradin et le duc d'Autriche y seraient enterrés. Elle est ainsi conçue : « Ici reposent Conradin
• de Slouffcn , Gis de l'impératrice Margiie* « rite et de Conrad, roi de Naplcs, leder- « nier des ducs de Timpériale maison d« « Souabe, et Frédéric d'Asburgh, le dernier
• des ducs d'Aul riche. » Cette inscription renferme une foule d'erreurs historiques; au lieu de Stouffen , il eût fallu écrire Hohenstauffen. Sa mère s'appelait Élisalieih de Bavière. Quant à Frédéric d'Autriche, il était issu de la famille de Babenbcrg; et la maison de Habsbourg, bien loin de s'éteindre, commençait à s'illustrer, puisque Rodolphe de Habsbourg, parent et filleul de Frédéric U,
Qiit #étie jotenadlemeot eourooaé roi ^An^^. Pour 46doiiiiiiager Jean de les ditMts de seigneur de l*lle de ProcîAi, dans le golfe de Napiee (c'est cette lie ^ue les voyageurs visitent aujoard*hui pour vour Tes mœurs et kt faabiilesMMÉs des Grecs « cooserrés cJKi ce peuple) , il voulut k er^r baron Al nmwMM de Valenee. Prodda , d'un oraoïère fiesne, d'une volooté inéfcnalsfale, me aaafiait pas un jour de sa vietiat «A^reber à veoger la mort de M naître. Il avait fait deux vovaees i Cûostaotiiieple {lour engager Paleo* lû^ à aider Pierre d'Aragon et à ku »nffa surtout des secours d'argent.
licQ avait «èlarm la somme de trente milie onces d'or, qui devaient ser- ^ à Mter des préparatiA d'invasion ttSieile. Beaucoup d'auleucs ont se* péenté les évéoements de Paleme <QniQe la suite 4e la violence exercée pv un Français sur une jeune fiancée, i* landi de niqu^, en mars 1263. U y «toiefifet le même jour, à rbeure die ^es, une querelle entre des Français ctnesPalerinitMns ; mais cette querehe, ''ïwme tant d'autres qui avaient eu lieu pfécédemment , n'aurait eu peut-être «wine suite, s'il n'avait pas existé une conspiration formidable, à laquelle J^ient pris part Pierre d' Aragon, ^ucoup de seigneurs siciliens, et rcoapcwur des Grecs. Il est vrai que ^ fflécoatentemeot des Siciliens les ^^]ût irrités au point qu'une légèi'e *^^^fék devait aUumer ce grand io^ «nidie. Ce poiat d'histoiGe cependant ^'« pas été «sez étudié. U suûlt de ^ sttentivenMMit Jean filiami pour ^^*?fiendre qu'une vaste conjuration 2^ préparée d^Hiis deux ans; que ^!^a devait donner un signal quand rierre d'Aragon seraH en mer; que '^ ne ftit qu'au moment où il setrou- ?'J ?^^ sa flotte sur le littoral de •jWque , que Ton s'écria qu'une **«ttoe avait été attaquée par un Fran- ^ dans une fête publique ; que le 2Jfi eruM tenercy que le peuple ^J^, que toute la nation était 2^ contre les soMats de Cliarles, 21 qu'une fois la bataille commencée, ««nsMÉiM oontÛMia dam toute la
Sicile, par l'effet de la comuratîai ^ devint universelle , et qui demanda jusqu'à la dernière victime, parmi tant d'éârançers, au nombre desquels on comptait sans doute ^ekjues vertueux chevaliers.
Les Italiens, sans avobr trop consulté le père de leur histoire , Jean ViUani, ont presque tous donné à cet ^Kmvaatable événement la couleur qu'il a conservée aujourd'hui. Je conçois que l'orgueil national ait aimé à se nourrir de ce souvenir; je conçois fu'il règne comme une menace éternelle contre les étrangers qui envahissent et maltraitent cette belle contrée; je concis qu'il serve à exciter des applaudissements bruvants dans un tlieâtre de la Péninsule; mais je ne concevrai jamais qu'il ait fallu tant de temps pour que les historiens étrangers aient enûn rencontré la vérité, l'au'iguste , l'étemelle vérité, qui ne pouvait fie trouver dans des récits presque tous empruntés aux chroniques ennemies. Charles avait commis un crime en faisant condamner Conradin ; mais l'Occident et l'Orient avaient vu passer ce crime sans le maudire.
Il se trouva qu'il était né à Salerne un seigneur qui avait été confident de Frédéric II, et élevé dans cette cour d'élégance et de plaisir; que 4» confident de Frédéric avait été J'ami de son fils Manfred , prince doué de qualités brillantes ; que cet ami de Manfred avait été le conseiller fidèle du pi^t-filsde Frédéric ; il se trouva que ce aeigneur deSalerne avait juré de venger ses derniers maîtres, tués tous deux par -Giiarles, l'un dans ime bataille, l'autre sur un édiafaud; il se trouva (]u'en £flpagoe, ce seigneur avait dit à Pierre, XQi vaillant et ambitieux : « Comment , dans cet Aragon, ne vous trouvez-vous pas trop a l'étroit, et ne pensez- vous iMB à joindre à vos états la Sicile ? » qu'à ^yzance il avait dit à Michel: « Charles veut être le sixième roi français dans votre capitale ; donnez de l'or à Pierre pour payer ses armements, et vous ne perdrez pas votre royaume. »
i)e là une conjuration à mille ramifica- •tions inextriâibles, confiée à des né*
U UN ï VERS.
contents, souvent gravement offensés, tramée sous les yeux d'une autorité crédule , présomptueuse et mal gardée.
Michel prodigue l'or, Pierre emoarque des soldats, Procida crie qu'une femme est insultée, et quatre mille Français sont égorgés sans pitié , non pas pour que Charles soit chassé d'Italie, car son nis et son petit-fils régneront encore à Naples , et Conradin ne sera pas complèiement ven^é, mais pour que Michel repose en paix a Ryzance, et que Pierre soit couronné roi dans Palerme.
Voilà les événements tels que les font l'intérêt et l'ambition des hommes. Voyons les événements tels que les fait ensuite la fortune.
Charles vint mettre le siège devant Messine , et put s'en emparer; mais il ne voulut promettre aucune grâce.
Pierre d'Aragon envoya un de ses amiraux qui délivra la ville. Charles, après de vaines tentatives pour recouvrer la Sicile, mourut en 1284. Son fils lui succéda sous le nom de Charles II. La Sicile n*étant plus retournée tout entière sous le pouvoir de la maison d'Anjou, on appela vêpres siciliennes la conspiration qui avait détaché la Sicile du royaume de Naples; et les Français sont encore haïs à Palerme, parce que Charles n'y est pas rentré.
Parmi les Italiens qui s'attachèrent à la cause de Charles II, on distingue les Florentins guelfes, qui croyaient toujours servir le i)ontife , en soutenant la famillequ'il avaitap|)elée en Italie. Mais il trouva des ennemis dans les Florentins gibelins. Pistoie, ville voisine de Florence, était aussi divisée en factions différentes. .Les Cancellieri dirigeaient les Guelfes, les Panciatichi dirigeaient les Gibelins. Les Cancellieri étaient partagés en deux branches, dont l'une s'a[^pelait noire, et l'autre blanche. Après une dispute de jeu , un jour ils s'insultèrent réciproquement; Carlino, de la faction blanche, blessa Amadoredela faction noire; Amadore coupa la main à Vanni de la faction blanclie , qu'il avait attiré près de lui par trahison. Il n'y a plus de repos entre les deux familles, et il n'est plus possible de ramener l'ordre dans Fis*
toie. Le podestat, en présence du conseil, pose par terre la baguette de commandement, et part en abdiquant le pouvoir que, le même jour, le conseil offre pour trois ans à la répablique de Florence.
Mais Florence, qui voulait donner la paix aux autres, ne l'avait pas pour elle-même. Épousant les Intérêts des factions qu'elle devait combattre , elle se partage, presque sans le savoir, en noirs et en blancs ; les premiers étaient à peu près les Guelfes, les seconds les Gibelins. Florence, sans cesser de se scinder en factions qui corresjpondaient à celles que l'on connaissait en Italie, voulait le privilège de porter des noms différents.
Néanmoins, au milieu decesdésastres, les arts développaient leurs prodiges; réalise du dôme, aujourd'hui la cathédrale , avait été élevée en 1396 («).
(*) La planche a 3 représente U vue da dame ou de la cathédrale de Florence , appelée aussi Santa Maria del Fiore^ Cette église a 4a6 pieds de longueur, et 3H3 de hauteur, en comptant jusqu'au sommet de la croix ; ainsi , elle est une fois et demie aussi grande que Saint-Paul de Londres. Du milieu s'élève un superbe dôme octogone
aui a x4o pieds d*un angle à Tautre. Le setti ôme de Saint-Pierre surpasse en hauteur le dôme de Florence , mais ne l'égale pas en grâce et en légèreté. Celte église, construite par Bnmelleschi , quoique faite amnt le renouvellement du bon goût, n'est pas dans le genre gothique et barbare du XIII* siècle. C'est une remarque qui fiiit honneur à Florence. L'église est tout incrustée en dedaiu de marbre noir et de marbre blanc Cette réunion de ces deux couleurs si opposées est une allusion aux factions des noirs et des blancs; c'est un avis donné par rarchitedc à ses concitoyens qu'il engageait à vivre en bonne harmonie les uns auprès des autres , comme ces marbres de couleurs différentes, qui leur offraient un exemple si sage.
La méridienne que l'on voit sur cette cathédrale, dit la Lande, autorité respectable en ce genre , est le plus grand instrument d'astronomie qu'il y ait an monde, puisque le gnomon ou la plaque par laquelle passent les rayons du soleil, est élevé de 977 pieds 6 pouces 9 lignes et un dixième , mesure de Paris, au-dessus du pavé de l'église >qiii lui
toi
Deux ans aufiarayant on avait jeté ks fondations de la célèbre église de Saiot«-Croix (*).
£d 1300, Dante est élu un des vkm de la république. Cette dignité deriot la cause de ses malheurs. Par son oooseiJ, les prieurs lancèrent une sentenœ d'exil contre les chefe des actions Doire et blanche. Les noirs ou Guelfes a^ant été ramenés par Cliarlesde Va(ois(**), Dante fut exilé, et condamné
npoud perpendicuUireiiieiit , à Teodroit où l'na £ut une croix de cuivre encasU^ dans ie marbre. C'est dans cette église que s*as- MOil}Ia,en 1439 , le conseil Œcuménique où w rendirent Eugène lY et Tempereur Jean ^IIl Paléologue, et où se fit la réunion de l'csiias grecque et de Téglise latine.
Le campanile qu*oo remarque à droite de b pbnche est ane tour de aSa pieds de haut w 43 en cairé, tcnat incnutce de marbre aoir, rouge et blanc, qui fut bàlie sur les ^«Noa de Gaotto. Cbarlet-Q^iint U trouvait B UUe qu'il disait, en pbisantant, qu'il Ut la mettre dans un étui. A gauche da ^ pUocfae est le célèbre baptisière qui a trois portes de bitMue, que Michel- Ange )ppt^t les portes du paradis. Elles sont !'uuvrage d'André Pisano et de Laurent Ghii^vu. Les bas-reliefs représentent des scènes ^ IWien et du nouveau Testament, et «Qt d'une élégance exquise. C'est là qu'on t'élise toiu lo enfants qui naissent à Flo* rwre.
[*) Nous avons dooné dans la planehe 94 UM ^ue intéiieuK de l'église Sainte-Croix ^ Ilorenoe, panae qu'elle renferme les tom> ^ttx dei pluâ célèbres génies de la Toscane. •^mis aurons occasion de parler de cette t|lise dans plusieurs passages de ce récit. (^ temple , qui est une sorte de Panthéon «1 de Westminster de la Toscane , fut comi'^^ en xagi , sur les dessins d'AmoIfo di f^po, et restauré sur les dessins de Vasari : '^ > 43o pieds de long sur xa6 de large ; il est '^ttservi nar les cordeliers. Siite-Quint y °^iS^a la philosophie vers i555.
(**) Charles de Valois éittt le troisième fila de Fhiiippe^e-Hardi , cl naquit le la mars ^370. En lago il épousa Mamierite, fille (vChariesU, roi de Naples, fils et succès- *eur de Charles d'Anjou. Devenu veuf, Va- Kjù épousa CaUicrinc de Courtenay , peUte- BUe de Baudouin II , dernier empereur de
à être brûlé 8*il reparaissait sur le territoire de Florence. Cest dans son exil qu'il composa sa Divine Comédie ^ cette vaste encyclopédie, on peut le dire, où toutes les connaissances du temps sont recueillies et offertes avec uh cbarme, un goût, une majesté, une énergie de ooésie, dont il n*y avait pas eu de modèle avant lui , et qui n'ont pas été surpassés depuis : on a eu raison de dire que ce grand poète, eni'élevantj souleva avec kdtout son siècle.
La Divine Comédie est aussi im ouvrage historique où Ton retrouve le nom et les principales actions de tous les Italiens célèbres jusqu'à Tan 1300.
Nous devons encore au Dante un ouvrage très-peu connu et 'iniiUûéfCbi Langage vulgaire y c'est-à-dire à peu près* du Parler en usaae..Oa a inventé, diton, imescience qu'on appelle statistique. Les ^rsonnes qui s émerveillent de cette invention moderne , n*ont pas lu le traité du Dante que nous citons id. C'est une véritable statistique sans
Prétention , de Tétet du langage en talie , vers le commencement du quatorzième siècle. Dante n'a laissé rien à faire à ceux qui veulent savoir quel était, à cette époque, l'état de la langjue italienne. Il aéfinit avec une sagacité digne d'admiration, ce que cette langue était après la collision avec le langage de tent de peuples conquérants, et les débris de la langue latine. U explique ce qu'il entend par langage wigairCy et comment il diffère du langage ^ammatical. Plus d'un métephysicien de nos jours voudrait avoir prouvé aussi bien que le Dante , pourquoi c'est à l'homme seul qu'a pu être
Gonstanlinople. Philippe-le-Bel engagea Talois , son frère, i passer en Italie « et à demander au pape Bonifaoe YIII rinvestilure de Tempire d Orient Le pape le noouna en outre défenseur de FÈgltse^ et Tinvita à se rendre a Florence pour y rétablir la |)aix parmi les Florentins. Valois en expulsa les Gibelins. L*ainé de ses fils monta sur le trône de France sous le nom de Philippe de Valois. On a dit de Charles de ValOîs qu^il avait été fils de roi, frère de roi, oncle de trois rois, père de roi , sans ètf« roi.
Je mt ntif arrêté quelque temps à eetourragedu Dante, parce qu*UD est pas très-connu, surtout en France; larot que c'était un grand précepteur qoi, en donnant ces détails, remplissait la tflclie que je m'étais présente ; paras que c'est le même gmiie qui a eu seul l'honneur de fonder la langue qQ'sn parle encore dans son pays. Cet avantage d'antériorité , que llieureuse Italie a obtenu sur toutes les autres nations, démontre facilement pourauoi sa littérature est parvenue plus tôt a ce degré de variété, d'abondance et de , grandeur.
Pour rentrer dans toute la j^ravité d« rhistoire, nous devons quitter le poète, qui Ta quelquefois rembrunie de quelques couleurs trompeuses.
BonifaceVIII régnaltdepuis 1394: il succédait à Célestin V, qui avait abdique le pontîGcat. Les querelles de Bo»
nifine avec Philippe-le-Bel ont acquis une célébrité déplorable. De part et «Taatre on se portait à des excès. Vil* lani ne disculpe pas Boniface de tou* tes les accusations gu'il parut mériter, lorsqu'on lui écrivit que des méom* tenta voulaient replacer sur la chaire ^ saint Pierre, son prédécesseur Géles^ tin. Mais est-il bien probable que Ton ait jKaséà rendre l'autorité à un vietllard de quatre-vingts ans, quand Bonifie, après l'abdication, avait été élu canoDiquement? Il est certain, d'ail* i^urs, que Célestin fiit traité avec dou- <)cur par Boniface. L'installation de ce pontife, loin d'aveîr été secrète et mys- «ériease comme on l'a dit, fut au confire fastueuse et imposante. Le roi de Na^es, Charles II, et le roi de Bongne tenaient la bnde de son chejali et le servaient à table dans un lerttn solennel , la couronne en tête.
V? des premiers actes de ce |)ape a ^té la canonisation de saint Louis, roi de France.
En 1300, Boniface institua le jubilé séculaire (*). Ce fiitlui qui eut Timpru-
n Les joifs appelaient jubilé la cînquantùie année ani suivait la révolotiôn de ^'P* ^nnioei q^amiées , c*6st-à-dîre 4g an- 1^. a «M parlé d« {ubUé éam le XXir*
denee de décider qu*aueua eedési^SY tique ne pouvait être imposé sans le consentement du saint -siège. Cette bulle fut applaudie par le clergé d'Anffleterre; celui de France n%sa pas rapprouver. Boniface, cependant , fit ratrevoir qu'il devait modifier la portée de sa bulle, et déclara qu'il avait voulu seulepœnt empêcher les exactions. Il est vrai que beaucoup de souverains se livraient à des violences tout-à-fait intolérables en ce genre; mais Philippe répondit à cette modification par des insultes. Boniface lança une bulle directe contre le roi.
Cette fois , ce fut un roi des Romains
chapitre du Léviiiqutf et il c»t commandé aux juifi de sanctiner la cinquantième année qui suivait ces 49 ana. Les achat* que l'on nijait chez les juifs des biens et des campagnes n'étaient pas à perpétuité , mais seu' lement jusqu'à Tannée du jubilé. La terre m reposait aussi cette année-là, et il était défendu de la semer et de la cultiver.
Le jubilé chrétien fut établi par Boniface Yin, l'an i3oo, en faveur de ceux qui iraient ad Limîna yépostolorum , aux tombeaux des apôtres , et il voulut qu'il ne se célébrât que de cent ans en cent ans. L'année de cette célébration apporta tant de richesses à Rome, que les Allemands l'appelèrent Vannée d'or, (dément YI jugea à propos de réduire la période du jubilé à cinouanle ans. Urbain Yi voylnt qu'on k célébrât tous les 33 ans eu mémoire db J.-C, et Sixte lY tous les aS ans, pour qu'un homme pût en jouir une fois dans sa vie.
On appelle ordinairement ce jubilé le jubilé de Tannée sainte. La cérémonie qui s'observe à Rome pour l'ouverture de œ jubilé, consiste en ce qiie le pape, ou pendant la vacance du saïut-siége, le doyen des cardinaux , va à Saint-Pierre pour faire l'ouverture d'une porte de l'église , appelée porte sainte , qui est murée et ne sWvrc que dans cette circonslanee.
Il prend un marteau d'or , et il en frappe trois coups en disant : jéperite mihi aorSms jtutiiîœ. La maçonnerie a été détachée d*avanre , et elle s'écrovle en un iasiant.
Le dernier jubilé d'année aaSnte est «aleî de l'année iSa5, qm a été célébré pcr Léon XU : il n'y on avait pas eu depuis 1 77lf
n qu'en I79a« «t vt onmmenwmant bvo , lefMfe n'était pa» à Romt-
leœntbou, qui est Dieu, l'esprit et
la lumière, et Tautre essentidfement RUMirais, qui est le diable, la matière oa les tén»re8.
Aux Manicbéeos succédèrent les Paolideiis, qui se disaient des ManicbéeDs rétormés. Les Pauliciens t]aiuKmçaient pour avoir une dévotion particulière aux écrits et au canetère de saint Paul. Ils condamnaient a quelques parties la mémoire et les opiiuoos du manichéisme, et répétaient qu'il fallait qu'on ne vît en m que des disciples de saint Paul et de Jésus-Christ. Dans la pratique des acrements, ils entendaient abolir tons les objets visibles du culte. Ils interprétaient l'Écriture dans des (Nrincipes d*eitensioD presque sans bornes, rt lorsqu'ils étaient embarrassés, ils K sauvaient dans un labyrinthe de fioiKS et d'allégories. Toutes ces subtilités, toutes ces arguties trahisaieot une ori^ne orientale. Us mettaient on som malicieux et pervers à rompre la liaison entre l'ancien et le nouveau Testament. Constantin ^iranus , leur fondateur , compta «aoœup de disciples. Il prêcha dans les contrées de Pont et de Cappadoce, !Pû, dès longtemps, se trouvaient imbues de la doctrine de Zoroastre.
bientôt les provinces de FAsie-Miifure situées à l'orient de l'Euphrate ^t arriver en foule les sectateurs <^e la nouvelle hérésie. On les poursuivit : ik acceptèrent la mort. D'autres , ^yant que l'exemple de Mahomet , ^i avait fondé une religion sur le ci- "^«terre, pouvait être utile à leurs
Gibets, s'armèrent et offrirent lecomt aux empereurs grecs. Des sectaires ?Qi ont armé leurs mains, après les ^mr tendues aux liens des bourreaux, ^levienDent des rebelles formidables.
^TecTalliance des Sarrasins, ils remportèrentdes.victoires. Après deséchecs et quelque gloire de guerre, ils étaient P^vcnus à s*ctendre au loin, et ils plurent d'apparaître dans TOoci- ^t. Quatre routes ont pu les amener •I? ^^ Europe : il leur a été faute d'arriver par la Hongrie, par >enisc, avec les armées que les By-
zautios eavoyaient en Italie, ou avec les Français chassés de Constantinopie. Ce qui est certain , c'est que les Pauliciens pénétrèrent à Vienne, à Venise, à Kaples, à Rome , à Viterbe, à Milan, à Pavie et à Turin; ils jetèrent de profondes racines dans le pays des Albigeois. Ce fut dans une sanglante expédition que le père et la mère de ISogaret avaient pâ*i. C'est à l'histoire de France qu'il faut demander le récit des cruautés qui Airent commises de part et d'autre dans ces guerres. De la doctrine des Pauliciens enfin devaient sortir Widef en Angleterre, Huss dans la Bohême, Zuin- Èe , Luther et Calvin. £n Italie on s appelait PatarUUy du mot latin paUy souffrir, parce qu'ils se disaient toujours oréts à mépriser les supplices ( Fréoéric II donne cette étymolocie à ce nom de PatarhU dans un éait contre eux ).
Après la mort de Boniface VIII, on surveilla davantage ces sectaires, parce qu'on présuma qu'ils avaient été des premiers à entrer dans la conspiration contre le pontife. Cependant ce ne fut jamais en Italie que Ton agit contre eux avec le plus de rigueur.
Nous avons laissé un uoge de Venise, se prëtendant^et^metir cm quart et demi de Vempire romain. Cette gloiredes Vénitiens, en ce qui concernait surtout la possession du quart des maisons de Constantinople , avait duré 57 ans. Michel Paléologue, issu par sa mère de la maison de Comnène, rétablissait le trône des Grecs à Bvzance, en le tirant de l'obscurité aans laquelle il semblait enseveli à Nicée , où Théodore Lascaris l'avait porté. La réputation de Venise était telle, que le vainqueur accorda encore des privilèges aux Vénitiens qui purent rentrer dans la ville impériale. Par une politique assez ordinaire dans les coalitions, on avait conquis un empire, non pour fonder un état solide, homogène et capable de résistance , mais pour s'enjiartager les lambeaux. Les Latins qui avaient commis cette faute en devaient porter la peine. Les Vénitiens, prompts à s'éclairer, et pré^
liM
L'UMIVE&S.
n'araîent accepté pendant l'usurpation que le second rôle, dans lemiel il est
Sennts , tout en amassant neaucoup 'argent, d'éviter une baine implacabis. Ils avaient pensé à se faire aimer et considérer sans cesser de s'enrichir. Aussi, quand les empereurs français et leur couvemement imprudent , qui, à Torainaire, avait cru fa [Mssessien étemelle, eurent été détruits, les Vénitiens seuls se trouvèrent avoir mérité des égards , et leurs intérêts furent respectés. Ce fut alors qu'on établit pour eux le droit d'avoir un chef de la nation qui fut appelé bailli, ou bayle, et dont rautorité, sous les Turcs , devint Tautorité diplomatique d'un représentant de la républiçiue.
Cependant, Venise avait acquis précédemment et conservé tant de provinces, qu'il n'y avait plus de pro* portion entre la métropole et ses colonies. Il fut même question d*abandonner Venise , et de transporter le siège de la souveraineté dans une des possessions de la mer Méditerranée.
C^tte idée, empruntée de Constantin, trouva des partisans. On demanda les suffrages , et l'opinion contraire , c'est-à-dire celle qui voulait que l'on restât à Venise , ne prévalut que d'une voix, que l'on a|»pela la voix de la Providence. Combien a dû être solennel ce débat pour le déplacement d'une capitale, pour une renonciation probable à la lansue maternelle , un changement dé patrie , une sorte de parti pris de se déclarer Grecs!
Ce queTribonten, auteur du />î^e.<;/^, appelé en grec les Pandecft^y ouvrage prodijneux sous le rapport de la multiplicité et de In variété des objets qu'il embrasse; ce queTribonîen avait fait pour la législation de l'empire, Pantaléon Giustmiani , Thomas Centranigo, Jean Mîchiélî, et Ktienne Badouer l'exécutèrent pour Venise.
Voilà les noms de ceux que la gratitude publique désigne comme coopérateurs de Jacques Tiépolo dans cet utile travail.
Le règne du doge Zéno fet rempli par une guerre cwtîmie de mm
ans, que la république de VeiliÉo est h soutenir contre celle de Gênes. Ce fut vers l'an 1366 qu'éclata avec nhis de fureur, entre ces deux peuples , cette aversion née de la jidousie du commerce, l'une des plus impitora* blés jalousies qui puissent armer les hommes les uns contre les autres.
Gênes, sans territoire comme Ve»
nise , tirait toute sa force de la navi* gation. Cette navigation avait pour objet d'aller chercher les marchandises de l'Asie pour les apporter en Europe. A cette époque, la boussole n'avait pas encore ouvert les vastes routes ae l'Océan. On n'arrivait de l'Angleterre, de la Normandie, de l'Aquitaine , de la Lusitanie et de l'Espagne, qu'en longeant les côtes, et ces traversées étaient semées chaque jour de nouveaux dangers. En vain toute la chrétienté a'interposait pour empêcher les deux républiques oe se combattre avec acharnement, on n'obtint d'elles qu'une trêve de quel* ques années. Nous aurons si souvent occasion de parler de Venise, qu'il faut faire connaître les nuances les plus secrètes de son administration.
M. Daru donne des détails plein d'intérêt sur le mode d'élection des doges , qui fut introduit alors a Venise.
Pendant les six premiers siècles de la république, le droit d'élire le doge avait été exercé par le peuple entier.
En 1173, ce soin fut confié à onze électeurs. Cinq ans après , on procéda différemment. Legrandoonseil nomma quatre commissaires qui désianèrent chacun dix électeurs. Le nomore des électeurs Ait porté à qnaranteet im « en 1949.
Tel était l'oidre existant en 1968 , à la mort de Renier Zéoo.
Pour l'avenir, on régla que trente membres du grand oonseil , désignés par le sort, se réduiraient, par un second tirage, au nombre de neuf, l^es neuf conseillers désignaient quaraate électeiirs provisoires ( savoir , les Quatre première conseùlen, cinq eke^ teara chaeun; et les cinq derniers.
cofiseHIeM, quatra électeors cfaaetta )^
On allait aux vdx pour la confinna* tion des quarante électeurs désignés , et sur les neuf voix il fallait en réunir sept y pour que la nomination fAt CQofifôiée. On exigeaitqueces électeurs prorisoirea fussent âgés de plus de trente asH.
Ces quarante électeurs provisoires éUieol réduits par le son à douze.
De ces douze , le premier désignait trois personnes; chacun des autres ta désignait deux. Il en résultait une liste de Tingt-cinq autres électeurs, dont la confirmation était le sujet d*un ballottage dans lequel il fallait obtenir neuf voix pour être maintenu sur la liste.
Nous ne nous lasserons pas de continuer ces détails , parce que cette forme d^élection si smgu|îère, et qui avait pour but d'atteindre et de réprimer la malice et la corruption, a duré jusqu'à ces derniers temps.
Je rentre dans ce lab^inthe, et je ressaisis le fil délicat qui nous servait de guide.
1^ vin^t-dnq nouveaux électeurs se réduisaient par le sort à neuf.
Cbaoïn des neuf proposait cinq per- "; d'où résultait une liste de
qaaraate-einq. où Ton n'était maintenu qu*à la pluralité de sept voix sur les netfi.
Les quarante-cinq électeurs de ce troisième choix se réduisaient à onze par le sort. Les huit premiers nommaient chacun quatre personnes, et les trois derniers chacun trois. Ces dâignations proauisaîent une liste de ouadranteet une personnes, gui devaient être les électeurs définiti/s. On allait au scrutin , et Ton excluait celles qui ne finissaient pas par réunir neuf suffrages sur onze. A mesure qu'on excluait, il était présenté d'autres personnes susceptioles d'obtenir ces neuf voix sur onze.
Cette opération tenninée , on soumettait au grand conseil la liste des quarante et un électeurs défimt\f$y chari;és de procéder au choix au doge.
Le grand conseil délibérait successivemeot au scrutin sur chacun d'eux ; et si quelqu'un ne réunissait pas la ma-
jorité absohie det sulBfèges, e'est-l^ dire, par exemple, 51 sur 100, les oiize électeurs provisoires étalent obli* gés de désigner un autre électeur déjMHf.
Nous espérons que le leeteur ne s'est pas perdu dans ce dédale d'évolutions si compliquées.
Ainsi, la nomination des quarante et un électeurs était, comme on vient de le voir, le résultat de cinq tirages au sort, entremêlés de quatre d&ignations libres , hautement avouées , et de cinq scrutins secrets.
Immédiatement après leur nomination, les quarante et un électeurs dMniti/s passaient dans une salle , où ils demeuraient enfermés , jusqu'à ce qu'ils eussent fait l'élection du doge.
Là on traitait splendidement cette sorte de conclave improvisé. On accordait aux électeurs , aux frais de la république, tout ce qu'ils demandaient.
On avait soin de donner simultmément à tous les quarante et un ce que chacun avait demandé pour son compte.
Toute communication ou dehors était sévèrement interdite.
Les électeurs définitifs assemblés commençaient par se choisir trois présidents, qu'on désignait sous le nom de prUrri. Ils demandaient ensuite deux secrétaires qui devaient être enfermés avec eux. L assemblée ainsi constituée, ils étaient appelés par rang d'âge , devant le bureau des priori. Là , chacun écrivait de sa main le nom de cehii qu'il désignait pour doge, et jetait le billet dans une urne. Deux conditions seulement étaient exigées pour que la candidature fdt permise : chaque candidat devait être membre du grand conseil, et figé de plus de trente ans.
Après avoir compté les billets , l'un des secrétaires en tirait un, et lisait le nom qui y était porté. Alors chacun des électeurs pouvait énoncer librement les reproches qu'il croyait devoir faire au sujet proposé.
Si le nom sorti de l'urne se trouvait celui d'un des électeurs, il était oblij de passer dans un cabinet s< pour laisser une entière liberté aox
rnoprudemment trouver les moyens de frappa* plus violemment son ennemi.
Voici quelle était, vers 1300, la situation respective des deux républiques. Toutes deux possédaient des counies considérables.
Les Vénitiens étaient maîtres de la e^ orientale de l'Adriatique, de toute nie de Candie, d'une partie de celle de 3iégrepont et de plusieurs ports de h Afdrée. Ias Génois avaient battu oomplétenient les Pisans et comblé la passe de Livoume. Ils étaient alliés avec Pempereur grec, qui avait eu à se
Èindre de Venise. Maîtres de lUe de o, étriilis dans le faubours de Péra, de Tantre côté du port de Lonstantioople, ils traversaient autant qu'ils le voulaient le détroit, pour aller fonder des entrepôts dans leurs comptoirs de b mer Noire. Ils occupaient, du consentement des Tartares, Théodosie , aujourd'hui Caffa , à l'entrée du canal qui ccMomunique de la mer Noire aux Palus-Méotides. Comme on voit , ils balanraient la puissance de Venise.
Dans les mers voisines du Bosphore, tb ne prenaient pas le titre de seifpieurs du quart et demi de l'empire romaiMj mais ils étaient parvenus a en faire presque exclusivement le comnieroe, tandis que les Vénitiens avaient pentu quelque temps à s'agrandir vers ta terre ferme , aunJelà de leurs lagunes. Enfin les Génois, ces audacieux marchands , en étaient venus au point qu'ils étaient libres d'affamer ou d'a|)provisionner la ville de Constantinople , dans laquelle ils s'étaient fait attribuer le drôtt de pèche et des douanes.
Les Vénitiens, non moins audacieux, pouvaient -ils contempler de sang-froid cette autre puissance qui venait éclipser la leur? Ils insultèrent de nouveau les Génois.
Les deux républiques firent des amements que tous les oontemponins n'auraient pu égaler, et dont fappareil n'était , sauf les différences qui résultent de l'état de l'art et des aeienoes, ni moins dispendieux, ni moins formidable que les flottes des pins puissantes nations de nos jours.
Les Vénitiens prirent l'offensive.
Ils allèrent piller les établissements génois de Fera et de la mer Noire.
Alors Lamba Doria osa attaquer les forces de Venise dans la mer même dont elle se disait souveraine. II y eut un long combat devant Curzola , l'une des fies de la Dalmatie. Le feu couvrit en un instant toute la flotte de Venise. Soixante-cinq de ses vaisseaux forent brûlés ; dix-huit tombèrent au pouvoir du vainqueur, avec sept mille prisonniers, au nombre desquels était un fameux voyageur vénitien , nommé Marco-Polo (*) , qui avait parcouru l'Asie pendant un grand nombre d'années, et l'amiral André Dandolo luimême. Ce malheureux général , assis sur le banc d'une galère , les mains enchaînées, se voyait conduire à Gènes; mais il ne voulut pas servir au triom-
Ehe de Lamba Doria, et pensant qu'un omme de cœur doit chercher des ressources contre la honte , il se fracassa la tête sur le bord du navire , et déroba au peuple de Gênes , qui l'attendait, le plaisir de voir un amiral vénitien vivant et chargé de fers.
Gênes était victorieuse au dehors , mais au dedans déchirée par les factions. Les Guelfes avaient expulsé les Gibelins, et les Gibelins à leur tour avaient chassé les Guelfes. Quelquesuns des mécontents allaient à la guerre, où , dans l'ivresse de la gloire et du butin, ils oubliaient les querelles de parti. Cependant, à Venise, le grana conseil de nobles, qui s'était peu h peu
(*) Il avait vtsilé Baikh dans le pays de Badoschkan , .gravi les monts Belour, péné» tré en Chine, et obtenu l'honneur d'èire présenté à Tempereur mongol. Dans ce pays il apprit quatre langues différeutes. À son re* tour, Polo avait longé les côtes delà Chine, traversé le détroit de Malacca, abordé dans Pile de Ceyian, doublé le capComorin, et débaraué à Ormus , dans le golfe Persique. Les récits de Polo ont préparé la décou- Terte du cap de Bonne-Esperance et celle du Nouveau-Monde. Quand nous serons ar> rivés à Tcpoque de cette dernière déeoitverle, ce sont encore deux Italiens que nous aurons i signaler i ridiairatioQ publique.
iM , puttgu^tt en ?îat jiisfu'i établie dttîn^iôts, oidonner des confiscatioosycasser les délibérations du grand coueO, iosqu'à d^rader quelquefois » membres de leur droit au patridat, faire rentrer des nobles dans la dasse des dtadins, et même destituer wdoge nommé cependant conformé* «ot aux usages et aux lois du pays.
Ros tard, en 1454, ce tribunal des dix cBoéa un dans son sein , plus terril^ 40? itti-ffléme. Il institua le tribunal «trois inquiaiteurs d'état, qui (init par ^i^^uDcttre Tautcnrité des sept autres pcBibKs à un despotisme dont il n'y à aucuDe trace dans Thistoire.
Pttisqu'à Venise il fallait toujoun ^JMlFe, et craindre encore, se déoer ostensiUemeat de tout pouvoir, f|»bdi?iser à 1 infini l'action de l'ar- "^re le plus subtil, deux des ^is choisis parmi les ifio? , en se dé> ^t contre le troisième coU^e , ^seulement en s*adjoignant le doge, P^ que ia sentence portât trois si* 9âtoieft, pouvaient surveiller, dé- Jl^'^i^oondanioer et punir de mort ^^isièfwe collègue, si celui-ci, plus ^^1 n'avait pas penaé à prévenir la ®«w«nation et à envoyer lui-même ^^^ un de ses dénonciateurs. Toute ^. mbtilité métaphysique de Venise oarait pas prévu le cas où, parmi les «|Mj inquisiteurs , il s'en trouverait ^laible et deux méchants. Chacun ^ méchants aurait pu obtenir le 2^tement du faible, et alors le ^ seserait vu appelé à signer deux duT?^^ et le bourreau à décapiter Jl^ta juges auxquels il avait ordre ° ooeir. Encore nn pas , encore un Jlj et qoelgnefois les oombinaîsons ^P«tt profondes, les ieux de balan- Pr^s mieux calculés, les perceptions '^ Ijis mathématicpies, ne sont plus lac daneer, confusion et démence.
J^ous laissons Venise, effrayée d'une ^«juration véritable, poursuivre des '«njurations imaginaires.
tne autre république italienne , nui 2*JJ^vrc un système contraire à cemi ^i aristocratie de Venise, appelle ut^c^^ue teiaps notre attention.
^^ «aanoifi avaient aboli 4in
de quinze ouigistrats qui gouvernaient leur ville, et établi à ta place une seigneurie qu'ils nommaient les net^f gouverneurs et défenseurs de la corn" mune et du peuple de Sienne. Comme les prieurs de Florence^ ils étaient réunis dans le même palais et nourris à la même table. La durée de leurs fonctions fut fixée à deux mois , et on les choisit dans l'ordre des marchands, à Texclusion des nobles.
Cette manière , dit M. de Sismondi , de limiter le choix à une condition
i n'était pas la première dans l'état, ut l'origine d'une nouvelle oligarchie, et d'une oligarchie bourgeoise, que Ton appela dans Sienne Vordre des neirf^ parce aue les marchands . qui s'étaient réserve pour eux seuls le gouvernement, et ^i avaient exclu le peuj^ après avoir exelu les nobles , dressèrent dans la snite un registre des noms de familles qu'ils voulaient bien admet* tre à l'élection des neuf défenseurs.
Ceux qui furent inscrits sur cette liste formèrent dans Sienne une caste particulière, non moins orgueilleuse que la noblesse, non moins ambitieuse, non moins avide d'un pouvoir exclusif, mais aussi autant exposée à la jalousie du peuple et à ses persécutions.
Les arts néanmoins florfssaient dans cette ville. En 1250 , on v avait bdti la cathédrale (*) (|î/. 2é), qu! est
(*) Celte église ett im grand vaisseau de ftnictore gotiuque, revêtu , tant en dedans qu'au dehors I de marbres noirs et blancs, comme la partie intérieure de la cathédrale de Florence, et toujoarsdans la même intcntiim de plaœr, l'une à côté de l'autre, la con* leur iiove et la conleur blanche, ut d'inviter les factions des noirs et des blancs à vivre en paix , et à contribuer également à la nospériié de l'État, ainsi qne ces. marbres étaient téunis pour orner et embellir un seul édifiée.
Ha xaS4, on avait abattu le portail ponr ajouter à la nef une arcade, et l'on oomaença , sur les dessins de Jean de Pise, le grand poriafl que l'on voit aujourd'hui. 11 est (Tun gothi^ assez élégant, percé de irdis portes avee denx tourelles terrni* ■éks *en «pynunidea ti|x angles. L'église a 33o pieds de long. Les pihors font cher-
L'ONIVERS.
construite en élévation et domine une belle place qui l'environne de tous côtés. Cfn y monte par de vastes degrés de marbre ; ils lui donnent un air de
frandeur et de majesté digne de Téifice , qu'on peut voir avec plaisir , même après avoir vu St-Pierre du Vatican.
Il ne faut pas oublier de considérer d'en haut le pavé de Féelise: il est, dit M. Valéry, comparable aux plus précieuses mosaïques de Grèce et de Rome , mais d'invention et d'exécution siennoise et italienne , vaste nielle de marbre , et du style le plus élégant.
Une pièce, dite improprement la sacristie, et que d'autres appellent avec plus de raison la bibliouièque , est attenante à l'élise : elle contient un assez grand nombre de livres de chœur (*) ( voyez pi, 27 ).
Nous approchons d'une époque où l'Italie va perdre une de ses autorisés, à la manière aralie, de feuillages et de fruits qui serpentent depuis la base jusqu'au •ommet. La Lande appelle celte disposition an JéÙrt d'ornements. La voûte est azurée et parsemée d'étoiles d*or.
L*églîse de Sienne a été illustrée par plusieurs Gondles. Ce fut dans celui de 1060 que Nicolas n (voy. page 70) attribua aux cnrdinatu seuls le droit d*élire les papes. Ce fut aussi à Sienne qu'en 1421 commença le concile général, qui fut ensuite transféré à BAlc, et indiqué pour être continué en 143 r. On y régla des canons contre les hernies de Wiclef et de Jean Huss, et Ton y traita encore de la réunion des Grecs.
(*) On Toit dans cette salle que nom onre ici la planche 37 , dix fresques représentant les faits les plus mémorables du pontificat de Pie II. Elles furent exécutées par Pinturicdiio, sur les dessins et les cartons de Raphaël. Au milieu de la salle on remarque un groupe antique des trois Grâces , qui fut trouvé dans les fondations de réglise. Alors on le plaça dans Téglise mène ; mais rarchevéque François Piocolomitti le fit retirer et déposer dans l'eudroit oil on le Toit aujourdtiui. CanoTa, pour son groupe des trois Grâces, s'est inspiré de cette pensée des anciens, et lui • emprunté qnelqttes poses heureuaes, et dct itf do tètf élégants.
tés les plus illustres: le pouvoir pontifical est sur le point de se oonoamner à une sorte d exil volontaire.
Après la mort de Boniface VIII , les suffrages des cardinaux , qui alors étaient au nombre de dix-huit , se por^ tèrent sur Nicolas, cardinal-éveque d'Ostie, originaire de Trévise. Il avait pris le nom de Benott XI. Alors les familles des Colonna et des Orsini se partageaient encore presque le pouvoir séculier de Rome. Ils y dominaient par leurs partisans , faisaient faire les lois , combattaient dans les rues , et contestaient à chaque pas les droits de souveraineté du saint-père. Le pape manifesta l'intention de se rendre à Assise , sous prétexte de se soustraire au mauvais air de Rome ; il put obtenir cette permission. Il partit pour Assise, et ensuite pourPérouse, qui est à peu de distance.
De cette dernière ville , il entreprit de gouverner l'Église d'une main plus assurée. Il essaya d'abord de réconcilier les blancs et les noirs de Florence , et il alla jusqu'à frapper toute la ville d'excommunication.
Malgré ses divisions , Florence entrevoyait dans l'avenir l'espérance d'éteindre la fureur des partis. Elle ordonnait de bâtir un palais , destiné à être l'habitation ofDcielle de la Seigneurie. C'est le palais (}u'on appelle aujourd'hui le Palais vieux ( voyez pi, 38).
(*) Les fondations du Palais vieux furent eommenoées en 1998, sur les pbns d*Arnolfo di Lapo, rarchitecie de la cathédrale et de Teglise Sainte-Croix. l.a planche aS représente rintérieur de la cour, tri qu*on le voit aujourd'hui. Successivement les plus célèbres artistes ont embelli ce |ialais, qui fut le théâtre d*une foule d'é\c»cments importants de Thisloire florentine. On plaçait au-dessus de la porte de cet édifice les armes des pays avec lesquels la république contractait des alliances ; et Ton enlevait ces aimes « quand la guerre était déclarée entre Florence et un de ces pa)'s.
An milieu de cette cour, on voit une fontaine de porphyre , surmontée d'un en* fant de brauxe qm tient un poisson , oa« dtt Teracchio. Sur les eoloiinct w
Les Florentins promettaient sans cesse de faire tous leurs efforts pour vivre en paix. Il paraît que les circonstances rendaient un tel bonheur impossible. Benoît, en jetant ainsi de préférence un regard sur Florence, avait eu l'intention d*y chercher un Tfîuzfi , pour éviter de nouvelles persécutions qui Pavaient atteint même à IVrouse : Tétat des esprits dans la rqNjblique florentine si turbulente, le «tourna de cette pensée. Alors il se demanda s'il ne serait pas opportun de transporter la cour pontincale en Lombaraie : mais là il se crut trop voisin de Philippe-le-6el , qui aurait M sans doute moins de chemin à faire pour s'emparer de la personne du pontife.
Déjà les coups si multipliés de l'exromjDunication n'avaient plus tout-àfait la même portée, et cependant ils étaient encore redoutés. Pnilippele-Bel se décida à demander l'absolution des violences exercées sur Boniface VIII. Il paraît que cette demande fut accordée , et que l'on n'excepta que ^'ogaret.
Ces idées de clémence ne devaientelles pas ramener Tordre et l'obéis- ^nce? Néanmoins on conspira toujours secrètement contre Benoit. Un jour, il était à table, lorsqu'il se présenta un jeune homme déguisé en ft'mme, et se disant au service des religieuses de Sainte-Pétronille de Pér^use. Il portait un bassin d'argent ^pli de figues-fleurs (on appelle ainsi les figues nouvelles ) , et il les offrit au pape de la part de l'ab- ^^ du couvent. Le pape aimait beaucoup ce fruit , et sur-le-champ il en mangea sans précaution. Presque au >i*^e moment il tomba malade, et il [ûounit peu de jours après, le 27 juil- W 1304. Viilani accuse de ce crime «ertawu des prélats de la cour. Fer- ^0 de Vîcence nomme ceux qu'il croit coupables, entre autres un Fran-
fvtfooTe les omements de feuilles et de ^i^ que nous aTons déjà remarqués dans ■ ^ÎK catliédrale de Sif une (voy . page 1 1 a, tt note oà la Lande est cité ).
B* JLbraisan. ( Italie.}
çais , et il déclare qu'ils avaient été gagnés par Philippe-le-Bel. Ce qui arriva après la mort de Benoit a peutêtre donné lieu à cette accusation, 3ui n'est pas sufiQsanunent prouvée ans l'histoire.
Cependant les cardinaux, au nombre de vingt , s'assemblèrent pour élire un successeur. Après des débats qui avaient duré neuf mois , les partis se trouvaient avoir des forces si ^ales , qu'il n'était pas possible de s'entendre. Dans le conclave, comme dans le reste de l'Italie, régnaient encore les
Querelles des Guelfes et des Gibelins, les derniers , à défaut d'une influence impériale, qui eût été très-puissante dans la Péninsule, étaient soutenus par le roi de France. Au milieu de tels embarras , il fut convenu entre les deux dissidences qu'il serait signé un compromis ; que le parti du carainalGaéiani, neveu de Boniface VIII (le parti guelfe), nommerait trois cardinaux , et que le parti de Napoléon Orsini (le parti gibelin) serait tenu de choisir le pape , dans quarante jours, parmi ces trois cardinaux.
Gaétani fit choisir trois cardinaux , créatures dévouées à la mémoire de son oncle, tous trois ultramontains, c'est-à-dire, non Italiens, et parmi eux Bertrand de Got , archevé<pie de Bordeaux, qui avait eu des démêlés avec Charles de Valois , frère de Philippe. Viilani rapporte à ce sujet des faits qui sont contestés par beaucoup d'autres écrivains ; il soutient que Philippe-le-Bel , ayant eu connaissance du compromis , alla trouver Bertrand de Got, et lui promit la tiare, à condition qu'il lui accorderait six ^races : la première, de le réconcilier plus intimement avec l'Église , et de fui pardonner l'outrage commis sur la
Sersonne de Boniface; la seconde, e lui accorder la levée de toute excommunication fiuelconque; la troisième , la quatrième et la cinquième, étaient des actes de simonie et de trafic déshonorant; la sixième, disait le roi , était secrète et grande. Quoi qu'il en soit de ces accusations écrites plus tard, peut-être en haine des poniifes
L'UNIVERS
oui étaient à Avignon , Bertrand de uot fut nommé pape. Alors , soit que Philippe Teût empedié de partir, ou que ta manière dont avaient été traités ses prédécesseurs FeiU effrayé, au lieu de se rendre à Rome suivant Tusage invariable de TKfilise, au lieu de prendre la conduite de son troupeau , et d*acoepter complètement le grand devoir (comme dirait le Dante ) et les clwr^es de ce devoir, en résistant à Philippe lui-même, s'il retenait comme en prison la cour |>ontifirale, le nouveau pontite , qui avait pris le nom de Clément V, étonna toute la chrétienté, en sommant les cardinaux de se rendre à Lyon pour son couronnement, qu*il avait fixé au jour de la Saint- Martin , Il novembre 1305.
Les cardinaux, qui n^avaient pas prévu les intentions de Tarrhevéque qu'ils venaient de se donner pour maître, et trompés dans leur attente , furent oblifçés d*ol)éir. Philippe-le-Hel et Charles de Valois assistèrent à la fête de la consécration : le 17 du même mois, Clément rendit la pourpre à des seigneurs de la maison Colonna que Bonifaoe en avait (le|)oijilies, l't nomma un assez grand nombre de cardinaux français.
Bientôt Philippe demanda rabolition de Tordre des templiers , et la conTiseation de leurs biens. Cet ordre avait été fondé vers 12:>8, par neuf chevaliers qui avaient accouïpa'zné (lodcfroy de Kouillon n la croisade. QuoimTon y eiU ap|)elé toute la chrétienté, Tordre avait été spécialement en laveur auprès des chevaliers fnniçais : pres(|ue tous les grands-maîtres avaient a])|)artenu à cette nation. I/I.istoire delailleo des templiers n'entre pas dans notre plan , puis(]ue la scène de ce terrible drame était eîi l'Yance , et que le pontife qui permit leur destruction y résidait alors. In savant de notre patrie, M. Raynouanl, dont le nom d ailleurs doit être cite ave<* élofie dans une histoire de TItalie, parce qiTil est un des hommes les plus distin;zués par ses profondes coiuiaissances en litb rature Italienne, M. Haynouard a xenLié les templiers dans lie* beaux \ers, et il a
appuyé Vtïî%i de l'harmonie de ces beaux vers par des citations et des recherches qui ne laissent aucun doute dans Tesprit du lecteur. Et quiconque veut connaître la vérité, ne doit-il pas être favorablement disposé par ces éloquentes |)aro!es de Hossuet.' « Êjei <i templiers avouèrent da^ix tes torht a res ;Us nièrent dans tes supplices. ■
Opcndant (^léii.ent V n accordait pas à Pltili|)|)e toutes les gracies qu'il sollicitait. Celuini voulait que le pape ï\{ élire empereur Charles de Vaiois.
C'est peut-être là (T que Viilnni a entendu par la grâce secrète et grande.
JNous devons olwerver qu'il rentra quelque courage dans le cœur du i)ontife : il ne trouva pas la demancle de Pbilipp raisonnable et utile aux intérêts de la chrétienté, et il écrivit aux électeurs allemands pour les engngei à choisir le comte ae Luxemliourg^ prince peu riche et peu puissant, quoique d'une ancienne famille , mais en qui tout le monde reconnaissait jus-
3u'aior8 les qualités nobles et franches 'un loyal chevalier. L'élection fut publiée ie* 27 uovrinlre l.'iu.s , et le papr s'etaut hiUe de la conlTuier, Henri, If se|itien)e du nom entre les rois di' (ienn.uue, le sixième entre les einp;rei:rs, lut coi.r(»nne a Ai\-la-(;i:ape|le. Uetournoiis en Ita ie. Depuis ie^ quenlles a>ec Iredtric 11 , TKjziise cl tout son parti iTav.iient plus recoiuui (Teinpereur. Des rois des lioinainsiioii" \aiit receviîir la courouni' inip«riale, n-L:naient eu .\lleiua«:ue. Ce n'eîaieiji pi s (ies caudichits, dit M. de Sisnioi ili, (ji.i explique cette situation avec \uh ï)rrcision ^illfiuiiereulent reii anpiable, ce n'étaient pus (les candidats, niais de? cli« îs recoiuïus de Tenipire. (^pendant ces chefs eu\-niénu's attachaient In |)liisgrande importance à leur(onset ration parle pape. I /obéissance fonnellc des \illes était à ce prix. Pour que la consécration s'accon'plît , ils de\ aient recevoir de lui la couroinuMl'or d ins la \ibe même de Borne. Paririi les Itali( Us et les houunes d'j'u'dse, | lu>i<'urs crM'.;i>ent (pic T;nitnrit<' du iri()fi,-n(|ue s.r TIta ie dépendait d*' et Ite »'erejroni:> impurliii.ie, ou au Ui(Mns do la
présence du souverain en deçà des Alpes. Cette supposition était confirmée par Tabandon de Rodolphe de Habsoourg et de ses successeurs , gui n*a- Ta;ent eu presoue aucune relation avec ritalie y pemlant un intervalle de soixante -quatre ans. Beaucoup de gouvernements de cette contrée s*ébient donc détichés de Tenipire, comme si un empereur ne devait plus avoir d^autorité sur eux.
5ous avons vu que Charles If avait succédé à son père sur le trône de Napies; Venise, Pise, Florence, Sienne, Gènes, s*ndminîstraient elles-mêmes.
Ces quatre dernières villes se donnaient pour un temps des jsénénuix étrangers, et les renvoyaient (|ii;md ils avaient été malheureux , ou troj) souvent vainqueurs ; Florence avait été jjsau\î élire Jésus-Christ roi du peuple florentin, et Mcoins Qif>|ioiii avait fait éiTire cette décision en lettres dor, sur la porte du palais des Sei<;neurs. A Milan, les la Torre, Guelfes, s'étaient emparés de tout le pouvoir dans la li.s^ue lombarde , et ils avaient été chassés par les Visoonti , Gibelins. La maison d'Esté allait fortifier son pouvoir à Ferrare, à Modène et à Reggio. Le pape était absent de Rome, où les Colonna , les Orsini , et le Sénateur , tantôt avec un prti , tantôt avec un autre, tantôt obligés de reconnaître pour un temps Tautorité de la cour d'Avignon, se parta- ^ient la suprême puissance.
Charles II mourut en 1309. Robert hii succéda. Henri de Luxembourg, croyant Toccasion favorable, s'apprêta à descendre en Italie. Il entra en Piémont en 1310, visita Turin , où il accorda des privilèges, fut reçu à Asti coiiiine le seigneur de la ville.'Cuidode b Torre , présumant trop de ses forces 3 Milan, ut dire à Henri que s'il se fait à lui, quoiqu'il fût Guelfe , il lui ferait faire le tour de l'Italie, roUel tur le poing; qu'il n'était pas besoin de sokiats, et au'iluouvait s'avancer seulement suivi cl' un fauconnier. Henri, mécontent de cette présomption , ordonna à Guidodese soumettre te prezBier \ û contint en même temps les
Yisconti , et se Gt poser sur la tête la couronne de roi a Italie à Milan , et non pas à Monza. L'évêque de Bo^ tronte , dans une relation qu'il a laissée de cette expédition, assure que des députés des villes, depuis les Alpes jusqu'à Alodène d\ine (mrt , et jus<prà Vérone et à Padoue de l'autre, jurèrent d'obéir à Henri, mais qu'il nVn fut pas ahisi des Génois et des Vénitiens, qui ne voulaient ap|)artenîr ni à iVintiereur , ni à Rome , ni a (a mer y nia fa ferre.
Venise appuya ses refus par des armements, et* Henri (ut obligé de la res()ecter. La ligue guelfe de Toscane, Rome et .\aples , ne reconnaissant pas davantage Henri, il essaya de les punir. Pise lui promit des* secours. I «a famille de la S(*aln, c|iii se souvenait d'avoir reçu en lief \ erone et Vicence, soutenait 'les intérêts de son bienfaiteur.
Henri marche sur Rome , défendue parles partisans de Robert. I.es Orsini, se révoltant contre ces derniers, s*einparèrent du quartier de IVglise Saint-Pierre. Rome se trouva tonner deux camps différents. Les Colonna aidèrent Henri à s>inpnrerde Saint- Jean de Latran, du Colisée, converti en forteresse, et du Gnpilole, qui en est voisin. Ils essayèrent de |)énétrerdans la cité Léonine, où l'église Saint- Pierre était enclavée, et ils ne purent y réussir. Alors Henri se lit couronner de force empereur dans Saint-Jean de Latran, par un des trois cardinaux qui représentaient le pape à Rome :
ensuite il n)archa sur Florence.
Une circonstance va nous faire con* naître ce qu'étaient devenues les excommunications. Il ne faudra Ici les considérer que comme des armes politiques, 3ui ne vont plus être exclusivement ans les mains du clergé. Henri ne trouvant pas un pontife ou un archev^ue prêt à le servir li cet égard, érige un tribunal ini|)érial à Pise , et il entreprend de soumettre par des sentences ce qui échappe à ses victoires.
Il condamne les Florentins à perdre leurs franchises et le droit de frapper monaaie; il ne reconnaît pas le rof
IIG
L'UNIVERS
qu'ils avaient créé; il casse leurs notaires, leurs juges; il ordonne de rayer des registres , les actes des uns et les ordonnances des autres j il déclare Robert déchu de son trône de Naples , comme cx)upable de lèse-majesté; il délie ses sujets du serment de (idclité, et leur défend de prêter obéissance à un prince qui n*est plus leur roi. Il s'allie ensuite avec Frédéric , roi de Sicile , et gagne enûn les Génois, qui arment contre Robert. Celui-ci seul pourrait détendre les Florentins bloqués de toutes parts ; ils se décident, ces républicains d*al)ord si animés, ils se décident à le nonmier recteur- gouverneur y protecteur, et seigneur de FlortncCy sous la condition cependant au' il enverra en cette ville un de ses uls , ou un de ses frères, pour les défendre ; qu*il conservera les lois de la république, et qu'il maintiendra la map.istratiire des prieurs avec toutes les prérogatives dont elle était alors en possession.
Les Florentins, en attendant les secours de Robert , se préparaient à résister, lorsque llcun toinhn malade à Poj^îZibonsi , des suites duur lièvre de mauvais air, ({u'il avait eontractée dans le palais de Saint-Jeau de Latran , à IVpoque de son eouronuemeiit.
Les Pisans, qui s'étaient le plus compromis pour Henri, [lensèrent à se donner au comte de Savoie, ou a Henri de Flandre; mais tous deux refusèrent eette principauté. Alors ils se donnèrent à l i^ueeione délia Fai;- ^iuola, Gii)elin de Uomaiine, contre lequel ils ne devaient pas tarder à se révolter.
Ici se placent naturellement les hauts faits de la vie de (iastrudio, tyran de Luccjues, sénateur de Kon è, dont il ne tant pas lire la vie d.ms Machiavel, parce que si cette lii>t()ire est un modèle de pnVision, de fiure, de vivacit*' diuis les tableaux et dans les récits de batailles , d'un autre cnlê elle est un roman dont les principales circonstances sont habituellement inventées.
Lorsque la nouvelle de In mort de Uenri MI arriva en France, le pape
cassa la sentence rendue par cet empereur contre le roi Robert, et il déclara ce prince vicaire impérial dans toute ritalie. Clément mourut quelque temps après. Les cardinaux s'assemblèrent l Carpentras , pour élire un successeur Sur vingt-trois, dix seulement étaien Italiens. Bientôt, une sédition dis persa le conclave. Après deux ans , lei cardinaux ayant été réunis par Phi lippe-le-Lonj; , ils élurent Jacque d Fuse, de Cahors, filsd*un cordonnie comme Tempereur Léon FIsaurien.G pape prit le nom de Jean WII.
Robert alors gouvernait en paix l Fouille, la (Palabre, INapIes , plusicur villes du Piémont détachées de la li Çue lombarde , et enfin la Toscane. 1 était presque le maître dans Rome. J cette puissance il joignait , comm< son |)ère et son aïeul, la souvcrai neté directe de la Provence. Ses en nenn's, en Italie, étaient Sienne, Ma tliieu Visconti,duc de Milan, Can délia Sc^la , seigneur de Vérone et d Vicenee , Oist ruex;io , seigneur de Luc ques , Frédéric de Cloute- Feltro , sei pleur d'I rbin. Venise, neutre, pen sait a son commerce, à ses îles de I ^léditerranée, à sa haine du non pMiois , à sa silrete inttrieure, et queîfiucs ai;ran<lissemeiit»< sur la terr terme. (lénes était livrée aux dis^en sions des Doria , des S|)inola , (\r< G ri maldietdes Fieschi. KnAilemaizne, oi avait élu deux empereurs. Louis d JiaN icre et Frcd«*ric d'AuM'iche.
Muhldorf, I.ouis V; inquit >ou rival: i demanda ensuite au pape de le recoi] naître connue empereur. .lean \\I lui refusa son apjuii: Louis appelle Im' les (jibelins, il \a nrei.dre a Milai la couronne d'Italie, «nerche à rept)us ser les \isconti, n'y réussit pas;i marche sur Rome avec ('astruccîi» ac compagne de ses hraves Lui'tjuois, v se fait sacrer empereur [Mr Jacjpie Albert , êvèque de \enise, a^^is.vin sans ordre de sa republMpie, et pa Gérard Orlandini, évûpje dAh'ria, (ju tous deux avaient et<' ileposes et ex conununies i)ar une sentence pont if] cale, pour îles délits ecclcsia>tiques Louis alors tjt trois serment ^^ qui lu
iir
furent sans doute dictés par ses intérêts politioues. Il Jura, l» de maintenir la pureté de la foi catholique; 2« de révérer les prêtres ; 3° de conserver les droits des veuves et des pupilles. Ce fut en ce moment que Sciarra Colonna, 6*oublîant au point de se croire pontife ,
«aça la couronne sur ta tête de Louis. t peuple romain, reprenant son an* cien droit , proclama sénateur le nouvel empereur, oui transmit sur-lechamp cette qualité subalterne à Castrucao.
Ce dernier ne tarda pas à tomber malade d^une épidémie qui régnait en Toscane , et semblait préluder aux ravages crue r Italie aurait à déplorer en 1348 ; u mourut des suites de cette maladie.
Castruccio était fort et adroit de sa personne , dit M. deSisniondi ; sa taille était grande et élancée; son visage agréable , mais maigre , pâle et presque b&nc ; ses cheveux étaient droits et blonds; sa phj^sionomie gracieuse. A sa mort, il avait 47 ans. Parmi les tyrans , il passe pour valeureux et magnanime : on loue sa sagesse et Thabileté de ses stratagèmes, la promptitude de ses décisions , sa constance dans les fatigues , sa vaillance dans les armes , sa prévoyance dans la guerre , et son booheur'dans les entreprises.
A Jean XXII , qui avait été d'un caractère entreprenant, et qui mourut en 1334, succéda Benott Xll : il s'appelait Jacques de Nouveau^ surnommé Fwtmier, Il était né à Saverdun dans le comté de Foix : son père étant boulanger, c*est de la sans doute que lui est venu le surnom de Faumier. Moine de Tordre de Cfteaux , il avait été successivement abbé de Fond- Froide, puis évéque de Mirepoix , enGn nommé cardinal par Jean XXII. A peine élu , il fut so.iicité d*aller s'établir en Italie.
Lorsque les esprits d'une nature inquiète ont obtenu les changements quMIs désirent, et qu'ils voient que les niangements tant désirés ne les ont pas conduits à une position meilleure, ils regrettent amèrement ce qu'ils ont perdu. Cest ce qu'éprouvaient quelfflies grands, le peuple et une partie du clergé de Rome.
Benott allait consentir à se rendre au moins à Bologne; mais un esprit de révolte qui troubla cette ville, le fit renoncer à ce dessein. Il s'occupa donc à maintenir la pix dans rÉglise, et à la gouverner, du lieu où la Providence l'avait placé. Il ordonna sévèrement la résiden. e aux évéques ; il écrivit à quelques membres du clergé de Castille, pour les ^exhorter à réformer leurs mœurs ; il abolit la pluralité des bénéfices en faveur d'un seul individu.
La question de Sicile se présenta encore sous son règne. Benoît XII se déclara pour Robert, roi de Naples , attendu l'injuste invasion de Pierre I ', en 1282. Quelque chose des anciennes
f)rovocations qui nous ont paru excuser a conduite de plusieurs papes , se renouvela sous Benott XII. Le der^ de Honnie écrivait qu'il reconnaissait au pontife le droit de disposer du temporel des souverains. Benott XII se contenta d'inviter le roi à être un peu plus iuste envers ses peuples. Il obli-
§ea l'ordre teutonique a rendre les omaines qu'il avait usurpés sur le roi de Pologne. Il reiàisa de prêter le secours des armes spirituelles à Magnus, roi de Suède , en guerre contre Christophe III, roi de Danemark. Il travailla aussi à négocier la réunion des églises btine et grecque. Ce pontificat fiit rempli de grands travaux utiles à la religion. Enfin, suietdu roi de France, Benoit XII ne se laissa jamais asservir par ce monarque , qui renon^ à soUiciter des complaisances indignes du caractère d'un vertueux pontife; et, jusqu'à la fin de son règne , ce pape prouva que c'est toujours un signe de courage qui porte ses fruits, de savoir tenir ses opinions positives, stables et conséquentes.
Benott XII a cependant mérité un
frave reproche : il n'a pas fait assez 'efforts pour afier en Italie^ et quels 3ue fussent les dangers qui Fattenaient à Rome, il devait diercher tous les moyens de se fixer dans les états du siège de saint Pierre.
A Benott XII , mort en 1342, succéda Clément VI, le deux centième pontife depuis la mort de J.-C. Ce
pa|ie s'appelait Pierre Roger, et il était issu d'une famille noble du Limousin. Ses talents lui avaient procuré un avancement honorable dans la carrière eoclésinstique: d'abord évéciue d' Arras , puis cardmal , il tut paisiblement élu pape dans le palais d'Avi* S non , onze jours après la mort de lenoU XI I.
Les Romains, plus que jamais mortifiés de n'avoir plus le |)ape parmi eux, toujours divisés, toujours mécontents et opprimés , envoyèrent prier Clément VI de venir à Home.
Dans la députation qu'iis ex|)édierent à cet effet, parut iNioolas Laurent ou Gabrino , connu depuis sous le nom de Rienzo. C.Icment VI refusa leur demande. A propos de nouvelles injures, ce pape reprit quelques procédures commencées par la vive impétuosité de Jean XXII , et suspi^ndues par la modération constante de ISenok XI L
Robert était mort; Clément couronna roi de Naples André, frère du roi de Honurie, et premier mari de Jeanne, petîte-lille de RolH»rt,à qui elle avait suiTinJé. Il <lé. lara einperoiir Charles de I.uxemhoiiri: , à \i\ place de Louis de Bavière. Il eoinineiKM des nétfooiîitioiis poi:r acheter de Jeiunie la ville d'Aviiiiion, movenniint (|i;atrevinut mille llorins d'or, et il onlofina que l'on célébrerait, tous les cinquante ans, le juliilé que Boin'iaie VIII avait établi en T'OO, et qui ne devait avoir lieu qu'a la lin de chaque siècle.
Le jîouverneinrnt de .learuie, reine de Naple»s , ne protégeait pas Morcncc aussi ellicacenient que l'avait pu faire celui de K(»h«'rt , prince plus fermement établi sur son \rMM\ I.a république recourut à Clément VI ,
Sui avait l'arrier -pensée de venir à lOme, et de séjourner d'abonl quelque tem|)S en Toscane , pour préparer à une soumission conq)iete les K(»mai:>s incapables de se ciriuer, toujours désunis entre eux, quelques <lcmarches qu'ils fissent pour appeler le pape dans leurs murs. Clément \l conseilla aux Florentins de donner plus de fore et d'autorité à un pouvcriiement de 20 eitovens tirés de la
cla.sse du peuple , qu'ils avaient institués |Kir une sorte d'imitation de l'organisation de Sienne, (^cs 20 citoyens avaient le pouvoir de mettre* sui pied des armées, de déclarer la «guerre, de traiter de la paix , de frap|>er de! im|)ots, de faire entin ce qui leur pa raissait convenable pendant un an, avec assurance de n'être jantais in quiétés après cette dit'tature. Il en résulta d'horribles abus : (h*s déiépuéi ne pensèrent qu'à leurs intérêts , i ceux de leurs amis, de leurs p^irents^ et ils épuisèrent toutes les richesses dt la républicjue.
Jean Vnlani dît à ce sujet: « T^om n'enrejîistrerons pas les noms de ces citoyens dans nos aimales, \wn*e qu'ils ne sont pas dignes de mémoire; bien au contraire, nous dirons que leurs opérations funMit nuisibles à la \ille.
Que nos successeurs se gardent dom (le donner de long-tem]is à leurs con citoyens, des seiu^neuries si difformes! >» Kntre autres méfaits, les ri/ia avaient acheté de !MastinodellaScala,K ville de Lueques qu'il occupait alors:
mais au moment où l'armée des Flo- T'utins allait y entrer, les Pisans ei lin nt le siéiîe.* Les Florentins parvin rcn? cejîendant à chasser les Pisans, ; entrer dans I.uccjues , et à y etaliiii connue caj)it-iine .h an deMedici:
.«•'est la première fois qu'apparaît dan: Iliistoirc ce nom (pii devint si illustre Les l'isans, reveiuis à la »'hari:e,chas sèrent l'armée de Florence des envi rons (le Lueques, et ils tinirent pai scmpanT de cette ville. On s'empor tait contre les rhtf/f. \ illani, qui etai un des otages donnés a Ma>tino poui garantie de l'acliatde l.ucques, \ iilani a la fois riiiie m;;rcliaiîil, nia::i*»tra iute::re et j:rand l.isiorii'n , evpiiqm avec chaleur ce desastre de Florent e.
Sur ces entrefaites , Canîtier d< Ih'ieime (je suis ici les dét..i.s tlonné: par M. de Sismondi':, (laiiitier lU l.'rinme, duc d'Atheiu»s, qui déjà, ei i:VJt), ava t été en foscane li«'ul«Mian du duc de Calabre , uouvernenr pou:
Kdhert, passa par Florence. (îaultier iils d'un sei«:neur français . était m en Grèce. 11 appartenaft a une rao<
éé^énérée qui avait succédé aux premiers croisés. Sa taiJe était petite, sa ligure rebutante, son esprit cauteleux et faux, son cœur perfide, ses umni rs corrompues. Aucune morale, aucuue religion ne mettait de bornes à son ambition, que Tavarice seule pouvait dominer. De toutes les vertus qui avaient illustré ses ancêtres , il n'avait esrdé que la valeur, qui est lidèle aux Français et à leurs enfants. Mais cette qualité si brillante, quoique si commune, s'allie souvent avec des vices, et même quelquefois avec des bassesses. Le duché d'Athènes avait été enlevé à son père par les Catalans en 1312. Celui de Lecce en PouiHe lui restait pour patrimoine. Gaultier prdait son titre de duc, et le roi de Sicile occupait son duché. Cependant Brienne jouissait d'une eonsiaération attadiée à la faveur supposée du roi de Naples, et il se vantait, mais sans raison, de celle du roi de France.
Florence n'ayant pas en ce moment de f;énéral habile, Gaultier fut invité à servir de son épée les intérêts de la république dans la guerre de Lucques.
La seule vertu qui le distinguât, le coura:{e de cet aventurier fut utile aux Florentins. Le peuple souvent croit que les hommes braves sont alisolument propres h tout. Il créa l'Iiomme qui s'était distingué par sa vcUeur ^ cafiUaine de Justice,
L'oligarchie des vingt était odieuse.
Les airs d'orgueil et de domination , qui ble'went \ivement dans les person- D.ii;es appartenant à la classe aristocratique, déplaisent et irritent bien S lus aans les personnages de la classe émocntique. Il semble que le peuple, qui est plein de tact et de sens, voyant b, sous cette affectation de belles manières, ses propres défauts , ses inronvenances , ses oublis ou son Ignorance des formes propres à attirer là bienvei. lance , ne sait plus supporter avec patience des défauts qu'il connaît si oien , qu'il carde , qu'il est oblifcé de garder, mais qu'il aime à punir. Les vingt étaient accablés d'injures, même dans les cérémonies, et sous leurs habits somptueux de ma-
gistrats. On les appdaK les popokmi grossi^ les hommes du peuple engraisses. La multitude les tournait en dérision, jjNirce qu'ils étaient nés dans une condition basse. On leur reprochait de la sottise , de l'incapacité. On savait que la vénalité dictait leurs décisions. l\h avaient gagné et s'étaient partagé &0,000 florins d'or sur l'achat de Luivjues. Mais tout ineptes quils paraissaient, les vingt n'étaient pas dépourvus de cet instinct malin qui.
fait aimer le pouvoir, quand on l'a obtenu : ils reconnurent leur position , et cherclièrent à sauver leur autorité.
Il leur sembla qu'ils pouvaient appeler Gaultier au partage du pouvoir, et que, quand la première colère du peuple serait apa&ée, il leur serait fïMnle de briser un instrument si faible , et le crédit d'un étranger qui commettrait des fautes , et qui attirerait bientôt sur lui toutes les malédictions. Ils déléeuèrent en apparence une partie de leur autorité entre les mains du copltmne de Justice ^ en l'excitant à découvrir des conspirations et à répandre le sang. Le rusé Gaultier résolut de tromper ces perfldes. Il pensa qu'il pouvait ainsi agir pour lui seul. Par son ordre , on trancha la tête à Jean de Médicis , qui n'avait pas pu défendre Lucques. Après avoir ordonné d'autres supplices et imprimé une terreur inconnue à tous tes jMirtis , il conimen^ ses intrigues. Il promit à des grands de les appuyer, s ils voulaient se donner à lui. Il attira à sa cour des marchands avides de richesses. Il flatta le peuple lui-même. Enfin il dénonça les vlnat. Ses amis se répandirent dans la place publique, et là, les nobles, les commerçants et les ouvriers qu'il avait sagnes , représentèrent qu'il fallait plus que jamais réformer Florence ; qu'une main vigoureuse , et qui avait récemment tenu la hache avec fermeté, était nécessaire pour diriger le vaisseau de Tétat; que le duc d'Athènes était comme envoyé du ciel pour une si haute entreprise.
Toute la ville fut appelée aparlamento, à parlement. Les Florentins accoururent en foule sur la place du palais.
Je ne me suis pas plu ici à présenter des récits imaginaires. J'ai emprunté de Madiiavel même les détails d'un événement que dans son langage énergique il a oublié d'appeler les nones florentines. Florence , en maudissant la tyrannie de ce barbare , était dans son droit. Elle se contenta cependant ensuite d'exiler ce méchant, insatiable d'or et de pouvoir. Du reste, cet étranger , né loin de notre patrie , iromme on l'a vu, quoiqu'il se fût entouré de Français , n'avait pas l'appui delà France.
Lorsque Gaultier fut chassé de Florence , les Florentins s'assemblèrent en corps d'art , et sur la proposition d'un des conjurés, ils ordonnèrent que le duc d^Athenes serait peint, dépouillé de ses insignes, sur un tableau que Ton placerait à la porte du palais de ta Seigneurie. Il y est représenté au milieu de tout le peuple de Florence, oui jure, devant une statue de la justice, ae ne pas laisser rentrer dans la ville cet indigne capitaine de laJusUce, Dans ce tableau, au-dessous de la justice, il est attaché comme un criminel , qui semble attendre la mort; dans le fond, on remarque les montaénes qui entourent Florence, avec la même couleur locale qu'elles ont encore aujourd'hui ; sur le premier plan , un renard , un loup et un cochon figurent la ruse , le cynisme et la voracité de Gaultier (*). ( Voy. p/. 29. )
A peine sorti de Florence, il prit la route de Venise , qui lui accorda quel-
[*) Ce fiJ>leau a fut partie de l'ametibleropnt da Pabis Vieux jusqu'à la mort de Gaston de Médicis, en 1737. Depuis il a été vendu , et je Tat acquis de M. l'abbé Rirani , célèbre connaisseur de tableaux à Florence. La planche sg donne une n*pré- Krniation exacte de ce bel ouvrage du GioUo, le principal élève de Cimabué. Le radre est anast ancien que le tableau dont il fait partie; autour du cadre, dans la parlie ejiiérieure , on a peint douze plumes : lrot« noires , trois blauches , trois rouges et trois jaunes. Derrière le cadre , les mêmes plumes sont peintes plus en grand. Sur U puchc, sont les boules, armes des Médicis,
que temps un refuge, d'où il partit pour la Fouille.
Là, commençaient à nattre des divisions funestes entre la jeune reine Jeanne et le roi André, son époux. Le roi menaçant de priver la reine de toute autorité , les partisans de la princesse répondirent par un assassinat. André fut étrangle à la porte même du cabinet de son épouse , le 18 septembre 1345.
Le roi de Hongrie fit des préparatifs pour venger la mort d*Andre son frère.
Ces armements tenaient toute T Italie en suspens. Les Vénitiens , maîtres de la Daimatie, fermèrent à ce prince tout passage par la mer Adriatique.
L'Italie voulait que le crime de la reine fût puni ; mais on craignait d'en voir remettre le soin à ces peuples du pays d'Attila, dont on redoutait les fureurs. Dans ce moment, une révolution inattendue se préparait , et elle allait attirer sur l'ancienne capitale du monde tous les regards de la chrétienté.
La ville de Rome (je suivrai encore ici M. de Sismondi ) , éveillée par un démagogue éloquent et enthousiaste , réclama ses anciennes prérogatives , et voulait soumettre à sa souveraineté le pape et l'empereur qui se partageaient, disait-on, les droits et les dépouilles du peuple romain. Louis de Bavière avait une excuse en s'abstenant de se présenter dans un pays où les Gibelins ne pouvaient le soutenir.
Le pape aurait eu plus de facilité de ramener la cour pontificale , mais une fatalité mal connue dans l'histoire, ou pour mieux dire, la crainte de la prison , du fer , ou du poison, la retenait toujours à Avignon.
Nicolas de Rienzo, appelé vulgairement Cola de Rienzo, homme de basse naissance , fut l'auteur de cette révolution. Son père était cabaretier, et sa mère blanchisseuse. Cependant, ayant manifesté du goût pour les lettres, il avait reçu une de ces éducations brillantes que des fondations de personnes pieuses permettaient déjà de donner aux enfants pauvres qu'on en croyait dignes. Il s'était surtout adonné à l'étude des historiens et des
L'UNIVERS
orateurs de rantiquité, dont il avait appris par cœur les plus beaux passaj^es.
Aucun homme de son siècle ne témoignait une plus haute vénération pour les anciens Romains , un plus noble désir de faire revivre leurs vertus. Il avait étudié les lois, les usages, les monuments , les inscriptions , les monnaies de la vieille Rome. Par de tels travaux, ce savant si distingué s*était acquis une estime universelle.
Cola parut pour la première fois revêtu d'un caractère public , peu après réiection de Clément VI. Il avait été envoyé à Avignon, pour supplier le pape de ramener le samt-siéj^e dans sa résidence naturelle. On lui avait adjoint Pétrarque comme co-député , mais ce fut Cola oui porta la parole.
Clément VI , frappé de tant de talents, nomma Cola notoire de la ctambre apostolique; ensuite il colora de prétextes politiques son refus de partir , et chargea renvoyé romain d'annoncer que dorénavant le jubilé aurait lieu tous les 50 ans.
Cola , de retour à Rome, y retrouva l'anarchie ordinaire , les Colonna , les Orsini en guerre, la ville déchirée par des dissensions sanglantes, les routes infestées de brigands, et la villecommeassiégée par des malfaiteurs qui détruisaient toutes les communications. Il résolut de remédier à tant de maux et de changer la forme du gouvernement. Le premier jour du carême, il fit afficher à la porte de l'église de St. -George in f'elabt'o un écriteau ainsi conçu : « Dans peu de iours les Romains' rentreront dans le oon état ( nelbuonosfato ). » Knsulte il rassembla sur le mont Aventin , cherchant toujours les sites qui parlaient le plus au souvenir du peuple, d'abord des négociants , ptiis des hommes de lettres, ensuite de ces noble>s du second ordre qui aspirent à monter à la I^lace des nooles oe la première quaité. Là , le réformateur , tout en paraissant respecter les dogmes de 1t.glise et les presscriptions de la religion, adjura ces Romains de concourir avec lui à détruire la servitude, à
éloigner pour jamais les misères et les dangers auxquels la ville était livrée.
Il pleurait en parlant. Les auditeurs pleuraient en l'écoutant. Il alla jus<ju'à dire que le pape approuvait son zèle et ses efforts pour délivrer Rome de tant de désastres. Enfîn, il leur fit faire, sur l'Évangile , le serment de rétablir la liberté romaine.
Le lendemain , au bas de l'escalier du Capitole, il demanda au peuple d'approuver des renflements qu il appela ordonnances du Iwn état. Ces ordonnances furent accueillies avec entliousiasute par la multitude, qui ordonna à Cojà de les mettre à exécution. On le nonnnn tribun, la révolution devint générale; quelques Colonna osèrent résister : ils furent contraints de se soumettre. Les premiers actes de Cola furent des ordres [)our la destruction des voleurs, des brigands, d s assassins, et le rétablissement de la trnn(|uillité publique. La nouvelle de ces innovations se répandit dans toute Tltalie. Coin envoyait des courriers |)orteurs d'une baguette argentée, avec les annes entrelacées de Rouîe , du pape et du tribun, lîn de ces courriers disait à son retour : « J'ai porté cette baguette dans les villes ronnne dans les forets; des milliers de personnes se sont mises ri genoux devant cette baguette , et l'ont baisée avec des larmes de joie et de reconnaissance, pour remercier le tribun, delà sOreté des routes et de l'expulsion des brigands. •»
Ces courriers expédiés en Campanie, en Ca labre , à Napirs, à Florence, a N enîse,à Ferrare, à Milan, à Pavie, à Casai, à Gènes, au roi de Hongrie, au pape et au roi de France, ne ressaient (l'annoncer le rétablissenient à Rontedu bon état. L'approbation j)ublique donnait au tribun des noms divers. On ra|>pelait candidat de Peaprif saint y et puis, Sérére et Ctément , tilfératenr de home y protecteur de fltatie^ ami de tunioerx. Il n'y avait que le nom du roi qu'on ne prononçait pas.
Ces messages furent bien accueillis, surtout par les Florentins , qui virent avec plaisir qu'on les nonnnait fils de Rome et colonie romaine. Les Péru-
tn
eîns eiiTovCTcnt 60 hommes d'armes , les Sienndîs 50 , et toute l'Italie parut disfKisée à seconder le tribun , et peutêtre à recevoir ses ordres.
Mais la raison du tribun n'était pas assez forte pour résister au vertige que peut causer une élévation inattendue.
Peu d'hommes, en effet, parmi ceux qui ont été retenus long-temps dans une fiasse subalterne , savent denieurpT j^rands au milieu des succès pjolitiquês. Il n'en est peut-être pas ainsi 3(1 milieu des succès de guerre, où la sijrcté personnelle invite à une surveillance de toutes les heures, et développe un art de se conserver dans lequel on devient bientôt maître habile.
D'ailleurs , chez Cola , dans le fond d'un caractère mélancolique, confiant et mystique , il v avait quelque chose d^abandonné, de facile et d'exalté
3ui le prédisposait à une sorte de émence. Ses habits, les couronnes, les étendards, les aigles, que l'on portait devant lui, le globe et la croix qu'il tenait à la main dans les processions, ce mélange des deux Romes était fantastique, et aucun acte énergique et personnel n'avait suivi la destruction du brigandage.
Rienzo se recommandait a tous lesap-
fuis , plutôt qu'il ne savait ordonner, ne Oertc puérile, un orgueil bourgeoisavaient gagnécet esprit qui s'était tant exercé à blâmer la lierte et l'orgueil des autres. Il multipliait les fêtes pour avoir occasion de paraître plus souvent affublé de ses ornements. Sa femme , lorsqu'elle sortait de sa maison (*), se montrait environnée de dames de cour. Il cherchait à marier sa s€eur avec un baron romain.
(*) La planche 3o rqirnrnle une maison qnr bfvuroup d'anlifpwirrs regardent comme la maiaon de Riciuo. Le |MHiple rappt^Jle aits^i la maison de Pilale. Ce Jcniier nom
C>tit avoir été doJiué dans ces temps de core ott le peuple maudit ceux qu'il a le pins aîiuéa. Depuis quelque lenijis, ou ne Vfut plus que cette maison soit celle de Rienzo. Mais il semble que les anciennes traditions doivent prévaloir. Elle offre une foule de ruines antiques qui devaient inspirer la verve
Cependant ces faiblesses seifiblaient être un secret gardé courageusement par la ville de Rome, et l'Italie, dont toutes les pensées se fixaient alors sur Rome seule , applaudissait encore au trib.:n. Les Vénitiens offraient, disaient-iis , leurs personnes , leurs biens, leurs vaisseaux et leurs colonies pour la défense du ban état. Cola recevait une ambassade de Louis de Bavière, qui lui demandait de faire lever son excommunication. La reine Jeanne et son nouveau mari, Louis deTarente, rap|)elaient très cher ami. Le roi de Hongrie le priait de venger la mort d'André. Dès ce moment la tête du tribun s'aftaiblit davantage. Il conduisit tous les ambassadeurs de ces princes devant le peuple, et il prononça c«s paroles, qui |)euvent faire concevoir l'état de sa raison : « Je Jugerai le globe de la terre selon la justice, et les nations selon réquilé, »
Dans toute cette vie de CoIà , il y avait eu assez d'éloquence, de citations , d*érudition , de promesses solennelles et mystiques, il fallait d'autres faits. Mais les pensées qui se présentèrent à son esprit , ne turent pas celles qui pouvaient fortifier son pouvoir. Cola se trouva tourmenté du désir d'être armé chevalier. La cérémonie se fit dans l'église de Latran le 1*' août 1347. La veille, il se baigna dans la conque où la tradition rapportait aue s'était baigné Constantin. Le jour de la fête, après avoir entendu la messe, il donna, à sa manière , au milieu de tant dactes étranges , une preuve de souvenir du pape , et s'a vançant devant tout le peuple, il s'écria : t S'ous vous citons , messire pape Clément , à venir à Rome , siège de votre église, avec tout le collège de vos cardinaux.» C'était renvoyé à Avignon , se ressouvenant du but de son ambassade qui n'avait pas réussi ; mais le tribun ne parlait plus comme Tambassadeur.
fout à coup la scène changea. Cola cita Louis de Bavière et son concur-
de Kieuzo. On lit sur une des murailles, cette iuscriptioo, attribuée à Pétrarque:
Adsum Romanis, grandis honor popuRs,
L'UNIVERS
rent d*Silors, Charles de Bohême, à venir déclarer à Rome les droits qu'ils pouvaient avoir sur l'empire. Il finit par annoncer que Rome et toutes les villes de l'Italie étaient libres; puis il tira son épée, il en frappa l'air du côté de l'Asie, et dit : Ceci est à moi; du côté de l'Afrique, et dit : Ceci est à moi; et du côté de l'Europe, et dit : Ceci est encore à moi. Ensuite il expédia trois de ses courriers et fit porter les citations au pape et aux aeux empereurs. Des cérémonies , à la fois religieuses et politiques, se renouvelaient dans les temples et sur les places de Rome. Après Saint-Pierre et Saint-Jean-de-Latran , il affectionnait Sainte-Marie-Majeure , la plus considérable des églises consacrées à la Vierge (*).
Sur ces entrefaites, lesColonna et les Orsini se réunirent pour renverser
(*) Sainle-Marie-Majeiire est renrcsenlée sur la planche 3i. Celte é^Wse fui uàtic sur les suhstruclions d*iin temple de Jiinon. On croit que le pa|)e Libérius en jeta les fondations Tan 35^. Sixte m la fit rel>âtir en 433, et hii donna sa forme actuelle; loutc l'aurieune façade consistait en une mosaïque faite par Philippe Rosetli et Gaddo Gaddi, par ordre des cardinaux Jai*qnes et Pierre Colouna , et en un poiiique soutenu par huit colonnes qu'Eu|;èneIII fit ériger en xi5o, et que Gi<égoire Xlïl fit ensuite restaurer. Cette façade a été reconstruite de nouveau sous Benoit XIY, en 1743, sur les dessins du chevalier Fuga, qui Ta décorée de deux ordres. I/ordre inférieur est ionique avec des architraves qui forment trois saillies. L*ordre supérieur est corinthien. Llntérieiir du portique inférieur est orné de huit belles colonnes de granit , et d^mc statue de Philippe IV, roi d'Espagne. On a conservé dans le portique su- })èrieur le mur et la mosaïque de Tancienne iaçade.
L'intérieur de cette basilique est & (rois nefs divisées par 36 colonnes ioniques, de marbre blanc. Le maitre-autel est isolé et fonué d'une grande urne antique de porphyre. Le baldaquin est peu grand pour les proportions, et soutenu par quatre colonnes de porphyre, ornées de métal doré. On admire dans cette église le tomlieau de Sixte V et la magnifique chapelle Borghèse.
Tautorité du tribun. Celui qui prétendait avoir ramené les Jours éclatants de la république romaine n^était pas un homme à conceptions guerrières ; il n'était pas même brave. Néanmoins , il sortit de Rome à la tête d'hommes courageux, qui combattirent et lui firent remporter la victoire. Plein de joie , il rentra dans la ville , et se fît revêtir de la pourpre impériale ; et dans ce costume , la baguette tribunitienne à la main, et une couronne d'argent à fleurs d'olives en tête , il reçut un légat du pape qui venait répondre è la citation et essayer de remettre de Tordre dans l'esprit du tribun.
Le peuple , qui démasque à la longue tous les charlatans ou les insensés, était devenu indifférent au bon état.
Le tribun ne s'abandonna pas dans cette circonstance; il eut recours à son éloquence accoutumée et à ces mouvements d'inspiration qui l'avaient si puissamment secondé. Le peuple fut ému ; mais trop de fois on avait reconnu que le tribun n'avait que le don de la parole; quelques hommes désabusés crièrent qu'il ne fallait pas l'écouter. Dans son trouble, Rienzo prononça ces mots : « Après vous avoir gouvernés sept mois, je vais donc renoncer à mon autorité. » Personne ne répondit pour lui rendre de la confiance. Alors il descendit du Caj)itole , et, comédien jusqu'au bout, il traversa en pompe toute la ville, et alla s'enfermer au château Saint-Ange. Sa femme se déguisa pour le suivre. Le lendemain, Rome tomba dans Tanarcliie dont CoIà l'avait délivrée.
La révolution qui renversa Cola de Rienzo , dit à ce sujet M. de Sismondi, s'opéra le 15 décembre 1347, moins de sept mois anrès qu'il se fut mis à la tête du nouvel empire romain. Dans ce court espace de temps , cet homme singulier avait donné au monde un grand exemple du pouvoir de Téloquence et de renthousiasme que le nom et les souvenirs de Rome excitaient dans TEurone , comme aussi de l'enivrement ou ou vertige auxquels s'expose un savant qui , ne connaissant pas les hommes et les affaires ,
ILr
est porté, de sa bibliothèque, sur un trône, et qui n'a pu, que nar les livres, se préparer à exercer le pouvoir souverain.
Nous avons peu abrégé ces détails, parce qu'il y eut alors en Italie comme une suspension d'administration polj* ticpie : les états monarchiaues, les pnncipautés particulières , les villes républicaines, les gouvernements à coiDbinaisons aristocratiques, les cours despotiques de la péninsule s'abstinrent de toute dissidence, et avec plus ou moins d'inquiétude, fixèrent leurs yeux sur Rome, sur Rome seule, redevenue comme un centre d'intérêts , d'hommages , de direction et de puissance. Les magistrats , les jurisconsultes , les orateurs, les poètes , surtout , avaient de toutes parts embrassé avec aixleur la . cause du bon état. C'est donc avoir encore écrit à la fois l'histoire de toute ritalie de ce temps, que d'avoir recueilli les moindres nuances de caractère et les plus bizarres actions de rbomme qui rétablit l'ordre , sans commettre des crimes ; qui, n'insultant pas toujours ouvertement la religion
?[u'i] fallait bien laisser intervenir à ravers les arguments des Gracques, fit cependant trembler le pape , imposa silence à l'autorité impériale , fot béni dfs Florentins et des Siennois , effraya peut-être les dix de Venise , attira l'atlentiondes magistrats de Gènes, dicta des règlements à la ligue lombarde, et devint l'arbitre des forfaits de la souveraine deNaples.
L'Italie, qui avait assisté tout entière à ce drame si bizarre , mêlé de clf constances imposantes et de faits ridicules, devait, et cette fois encore presque tout entière, éprouver les ravages du fléau le plus destructeur que puisse redouter le genre humain.
La peste, puisquMl faut dire son nom, avait ravagé Florence en 1310 :
elle y reparut , plus violente et plus meurtrière, en 1348.
Nous perdons ici un guide exact, fidèle. Jean Villani fut une des premières victimes de ce fléau. Mathieu Villani, son frère, qui a continué ses annales, et dont le travail n'est
lee
s moins estimé, nous continuera es secours dont nous avons besoin pour connaître la vérité à des époques aussi confuses.
Presque toute l'Asie était déjà en proie à cette contagion en 1346. Des galères italiennes, parties de la Syrie, apportèrent le mal , d'abord en Sicile ,
Euis en Italie. Pise, Gènes furent ientôt infectées. Au commencement de 1348, toute l'Italie fut attaquée, excepté Milan et ses alentours. De Gènes, le mal se répandit dans le Piémont, dans la Savoie, dans le Dauphiné , dans la Provence. Mais comme Boccace a décrit éloquemment les ravages de la contagion dans sa ville , cette peste a reçu de l'histoire le nom de peste de Florence ; tant il est vrai que les masses et les détails des événements mémorablesdisparaissentsouyent du souvenir, quelle que soit leur importance, quand un grand génie ne prend pas le soin d'en conserver la mémoire ! Il veut de terribles ravages à Naples, à Venise et à Gênes; mais on ne parle que de Florence, parce que Boccace a écrit le Décaméron.
C'est ainsi que la grande peste de l'Asie et de la Grèce est appelée la peste d'Athènes, parce que Tliucydide nous en a transmis des détails qui sont aussi instructifs que touchants.
Il rapporte , en termes douloureux , que les prières dans les temples et les consultations d'oracles étaient devenues inutiles , et qu'on finit par y renoncer, accablé sous ce fléau (*). Il frappa d'abord les habitants du Pirée, parce que c'était par la mer, par la funeste voie de mer, que le mal s'était introduit; et, à ce sujet, ces habitants disaient que les Péloponésiens avaient jeté du poison dans les puits (**). Les ravages uirent affreux :
(*) Je prends ces citations dans rédilioa complète de Thucydide, pnhiiéc l'année dernière, qui renferme la meilleure traduction que nous a\ons de l'histoire d'Athènes, et que nous devons à M. Ambroise Finniii Didnt.
(**) Nous ne valions pas mieux que les habitants du Piréei il y a deux ans; des
L'UNIVERS
les citoyens qui survécurent , aussitôt après la convalescence , avaient perdu la mémoire de toutm choses, et ne reconnaissaient ni eux-mêmes, ni leurs amis. La maladie attaquait avec une violence qui excédait les forces humaines. 11 ne se trouva aucun remède dont l'application fi)t profitable d.ins un tel désordre ; on n^était plus retenu ni pr la crainte des dieux, ni par les (ois des honunes.
Dans d*autres termes que Thucydide, Boccace décrit les malheurs âe sa patrie. On a cru long-tem|)s, et Ton croit encore que la description de Boccace est une imitation servile de celle de Tliucydide; on s*est trompé : les deux auteurs s*accordent à aire que les {gardiens des lois divines et humaines étant morts les preniiers , les hommes foulaient aux pieds toutes ces lois, et commettaient des excès abominables sans redouter de chiUiments. Il est à n>mnr(|mT, ensuite, (jue les symptôin(*s des deux matadirs étaient très-dilTércMits. lUx^race donne aussi des informations d*tine autre nature : il déclare avoir vu dni\ pourceaux saisir , mordre et iliîiter les haillons d'iui puivrc (jui iwiûi f^iwconilw à la prslo, et mourir à l'instant. Il indique les n'uiàlcs que Ton croyait pouvoir opposera l'inxasion do la niahulie : des odeurs, des herbes, des lleurs, des épiceries, (as détails ont été ré|)étes par Macliiavel dans sa description de la peste de l.>27. Les tVnnnes , continue I{occac<% se laissaient secourir par les honnncv, , jeunes ou \ieux : ce (|ui put être cause que celles (jui érh;i|)perent , eurent, dans la suite, une vie innji-s hoimète, |)arce (pTellcs avaient alors oublié les lois de la pudeur. Il e>tiin«' à cent mille les personnes qui inoururent à Florence. Kn etïet,ain^i(Ju"a Atl-cuiS, les liaiiitant.N des envirtms étaient \rnus cherclicr <ies secours dans la capitale. Puis. a\ec son iinp/ination poétique, il .s'eciij' : ■ Ouc de \aslcs niai-
j)nMis;ilioii«( .-|ll^^i <ii)«ni(li-:, il.iv>|i- liMn|>s l'ii clioléiH. i-ii-(-iil(iiciit .< r.iiis, ail si i.-i ili- j.i i::itiouquc l'on dii la phiji ti\ilix:c du uiuiidc.
sons , que d'habitations somptueiues que de nobles palais remplis de fa milles, de dames et de seigneurs, s trouvèrent déserts , et perdirent jui qu'au dernier serviteur ! que de m^ morables richesses, que d'abondantf successions, que de trésors innon:
brables furent abandonnés sans héri tiers légitimes !» 11 déplore la moi de tant d^hommes distingués, de tai de fenmies d'une beauté remarquable de tant de jeunes honmies gracieux ensuite il entre en matière, et corn meih*e les histoires de son Décaméror
i^lathieu Villani déclare que les hs bttants de Trapani , en Sicile , rhhj rurent jusqu^au dernier. Gènes pei dit quarante mille habitants, Kapic soixante mille, et la Sicile, avec I Pouille, cinq cent trente mille. F.
Kuro))e, enfin , les trois cinquièmes d de la |)opulation furent détniits.
Détournons nos rejianls de f*es fu nestes coups tTlJat de la Providence
On avait es|N*ré un instant, pendan les scènes d'enthousiasme qu'avait ex citées la rêxolte de K ien/.o, qu*il serai possible de rétablir la paix entre Ir (îénois et les > énitiens , et que l'an torité conciliante du nu'd<'rateur cl ritalie produirait un tel prodige ; niai> plus que jamais, les Jalousies impla cahles de commerce déchiraient ci deux parties si florissantes de l'italii Venise et (léfies se haïssaient connu autrefois Home et (lailha^e.
\rnise avait soultért de la peste autant que heaucouj) d'atitres vill-s d l'Italie. Klle repét.iit dans sa laine que ce lleau axait <'té apporte par le (leiiois. Il était peut-éire app(»rté si multanénient par les \enitiens. (lie ces drrniers , la contai:i(>n a\ait et jirecedée par un vi«^lent fnndMwnen i\v ti rre «îont les secousses réitérée peiiihint qiiin/e jours renversaient d va>î» •< edillcrs j)ul)ii(S , <les cloj'hers des Inrtilicalions, et le palais de plu sieurs nobles : ces maux réunis , «•eux (le la pi'.ste (pu' fut si ncurtriere (lue le urand con-^eil se trouva redui (le ll>.'»Opatrl( iiiisàaso.ircnqu-cl.aien |ias le ^ou\ern> ment de reinpiace promptement ceux des dix (jui mou
nient de I« eontagioii, et eette autorité promptemeiit renouvelée ne perdait pas de vue les projets des Gé- Dob qui fortifiaient Péra pour leur propre compte, et qui osaient, sous les }nu de Tenipereur de Constantiiiople, mtfnJire rentrée des bâtiments de guerre dans la mer Noirf^. Si les bâ* timepti de commerce é- rangers, ex* cepté les vénitiens , parvenaient à y pé* oéfT^, ce n*était qu*en payant tous les ans des droits qui , aujourd'hui , r présenteraient quatre millions de iHXre monnaie.
le roi d* Aragon avait eu des dé- '^ avec les Génois, pour la posses- ^onde la Sardaigne et ae la (.orse; les vénitiens, attentifs à tout ce qui se pas- «it autour de Gènes, proposèrent au ^de s'allier avec lui contre cette ville. Çantaoïzène, empereur de Constan- ^'^ple, trop humilié dans su pro- 1^ capitale (xir les Génois, souilla *iasi avec Venise pour les combattre.
''WHlant que cette triple alliance Jf fomiait, un amiral génois, avec Jî^ galères , se présentait devant 'w de Négrepont, et prenait de vive Ï^'W', sur les Vénitiens, la capitale ^ cette île.
^»^-n, en 1351, voulurent venger ^tte injure; Nicolas Pisani, leur gé- Jjfral, joignit sa flotte à celle du roi " '^niuon , mais la campagne n'amena lias de glorieux résultats.
u !1 ^'^*^' '^ y ^"^ "" combat terri- ^^^ dans le canal même du Bosphore; "^ liottes de quatre nations combattif'^nt a la vue de TKurope et de TAsie. 1'^ Génois , quoique seuls contre ifois , furp^t vainqueurs. Pagan Do- ^^ ^^ait pris ou briHé quatorze vaisr ^Miix vénitiens, dix aragonais et p^ p-ecs ; les autres bâtmients de ^^«pereur avaient pris la fuite avant J* "n du combat. Bientôt Pisani et "•^ autre amiral aragonais, nommé J^prario, rencontrèrent les Génois, T? niirent en déroute, firent quatre ^.'|<*, prisonniers , et souillèrent la 'ctoire en li's jetant à la mer ^ ne seule Ralère rentra à Gènes.
^r^ les habftants, par une de ces "^'utions honteuses et précipitées,
que le désespoir oooaeille , firent voir qu*ils doutaient de leur propre courage , et cherchèrent un appui dans la servitude. Ils se donnèrent à Jean Visconti , archevêque de Milan , qui régnait en despote sur la ligue lom« iKirde et sur une partie du Piémont.
La maison de Visconti possédait des biens immenses dans le Miianez.
Othon Visconti , archevêque de Milan, mort en 1295, avait amassé beaucoup de trésors , qu^avait encore augmentés son neveu I^lathieu, surnommé leG rand par tous les historiens, d*abord élu capitaine du peuple, puis exilé , puis rétabli. Celui-ci était mort en 1322, laissant à son fils, G aléas 1'% Tautorité souveraine : G aléas avant manqué de prudence et dMiabifeté, fut banni, et finit ses jours, misérable et exœmmunié, à Pesria en 1328.
Le fils de ce dernier, Azzo, fut nommé , par Tempereur Louis de Bavière, vicaire impérial de Milan. Après plusieurs vicissitudes, il mourut en 1339, sans avoir eu d'enfants de sa fenune, Catherine de Savoie.
Jean Visconti, quatrième fils de Mathieu,avait avec son père les plusgrands rapports de caractère et de lalent.
En 1342, Clément VI reconnut comme archevêque de Milan, Jean^ oui ne tarda pas à s*en assurer ensuite la souveraineté. Il signala son avènement par des traits de clémence, et parut bientôt vouloir devenir maître de TItalie. Il paraissait en public tenant de la main droite une epée, et de la main gauche une croix; il disait :
« Avec Tune, je défendrai l'autre. » Ce fut à un tel prince que les Génois recoururent, et qu'ils attribuèrent la seigneurie de leur ville.
Mathieu Villani rapporte ainsi cet événement extraordinaire.
« IVous devons raconter une grande et mémorable chose , pour prouver le changement rapide que la fortune produit quelquefois dans les états de ce monde. La noble ville de Gènes, ses riches et puissants citoyens, sei gneurs de notre littoral , de* la Romanie et de la haute mer, honunes, plus que les autres, habiles, expériuien*
L'UNIVERS
tés, de grand cœur tt hardis dans les batailles navales , illustrés pendant long-temps par d'éclatantes victoires , possesseurs continuels de vastes vaisseaux, accoutumés à porter dans leur , ville des butins innombrables , fruits de leur audace, craints, redoutés de toutes les nations qui habitant les bords de la mer Tyrrhénienne et des autres mers qui y communiquent, libres enfin plus au^aucune autre nation de ritalie, les Génois, à cause de la déroute qu'ils ont éprouvée nouvellement en Sardaigne , en combattant les Vénitiens et les Catalans, déroute où ils ont fait des pertes qui ne sont pas irréparables , sont tombés dans une telle discorde et confusion de leur cité , et dans une terreur si misérable , qu'abattus et avilis comme des femmes peureuses, ils ont changé leur hardiesse superbe en une lâche couardise ; il ne leur a pas paru qu'ils pussent s'aider eux-mêmes.
Au contraire, la commune de Florence leur avant envoyé des ambassadeurs pour les réconforter, et leur offrir avec généreuse affection , secours , conseils et large faveur, pour recouvrer et maintenir leur indépendance et bon état y leurs esprits sont si renversés par cette défaite et leurs discordes , qu'ils ne savent trouver d'autres remèdes à leur malheur que de se soumettre au servage du puissant tyran, l'archevêque de Milan. Ils se sont accordés à le créer leur seigneur, en lui abandonnant la ville de Gènes, Savone , toute la rivière du levant et du ponant, et les autres terres qui leur appartiennent , non compris seulement Monaco , Menton et Roche- Brune, que messer Charles Grimaldi n'a pas voulu leur remettre. »
Jean Visconti, plus circonspect que les Génois qui entreprenaient toujours des guerres à mort, envoya bien quelques sommes d'argent pour qu'on pût équiper une autre flotte, mais en même temps , il chercha à obtenir la paix des Vénitiens ; il leur adressa un ambassadeur. O. fut le célèbre Pétrarque. On dit qu'il traita l'alTaire plutôt en rhéteur et en poète : le doge Dan-
dolo , homme plein d'expérience des hommes et des choses, Fauteur de la plus ancienne histoire de Venise qui nous soit parvenue, loua les dilemmes et Fimagmation de Fambassadeur, mais se crut assez fort pour lui refuser la paix. Le ton emphatique de Pétrarque n'avait pas été raisonnable:
l'inflexibilité de Dandolo était trop rigoureuse.
Pisani eut ordre d'aller croiser dans la mer de Gênes et d'insulter la ville. Pagano Doria évita le combat, fit une contre-marche, et vint rendre l^insuite dans l'Adriatique. Venise apprit tout à coup que les Génois avaient abordé sur la côte d'Istrie; elle ignorait où se trouvait Pisani, qui seul pouvait la défendre. La terreur fut telle dans les lagunes même , que Ton se repentit publiquement des paroles de mépris rendues à Pétrarque, et que Fon fit tendre une forte chaîne de fer entre les deux châteaux qui gardent la passe du Lido.!Nicolas Pisani reparut, mais Doria se croyant trop faible , alla au-devant d'un secours qu'il attendait.
En 1354, l'amiral génois remporta une victoire sipalée sur ses ennemis, tua quatre mille hommes, fit 5870 prisonniers, parmi lesquels était le redoutable Pisani. Alors Venise traita avec Visconti. Les Vénitiens payèrent aux Génois 200,000 florins pour les frais de la guerre, et interdirent à leurs négociants les ports de la nier Koire , excepté celui de Théodosie , où les Génois leur permirent d'avoir un comptoir.
Il n'était pas difficile de prévoir quv? le désespoir qui , à Gènes , avait con> seillé la servitude , s'étant changé en joie, en bonheur et en orf;ueil, la ville ne tarderait pas à répudier le maître qu'elle s'était donné. Elle se révolta contre Visconti , nomma un doge, et déclara qu'elle voulait jouir de nouveau de sa liberté.
André Dandolo étant mort, les qua* rante et un électeurs avaient proclamé pour lui succéder. Marin Faliéro , comte de Val-di Marino, vieillard âgé de 76 ans , que ses grandes richesses et les emplois qu'il avait exercés re-
oDfflDtBdsîeiit pani )p ^fcmkn DO-
ycs de VeDîfle.
Alors régnait Innooent YI, natif de Limoges , que Mathieu Yillani représente comme un pontife de simple et bonne vie, qui s'attacha d'abord à corri^ beaucoup d'abus de la cour d'AngDOD, et qui publia plusieurs TégJements sages et utiles. Il chercha aussi à s'assurer l'amitié des Vénitiens, qo'â regardait comme les ennemis futiirels des Visconti sans cesse occQpés des moyens d'empêcher le retoar de la cour pontificale en Italie.
Faliéro promit de soutenir les intérêts du saint-si^e , mais il fut bientôt détourné de toute pensée de politi- ?Qe extérieure par des préoccupations ttaJes que nous allons rapporter.
On ne trouve en général , dans les conspirations , aucun vieillard , parce que tout vieillard est habituellement rirconspect et timide. Par quelle circoflstaoce arriva-t-il que le doge Faliéro conspira?
li avait une femme jeune et belle , dont il était jaloux. Un jeune patricien Domoié Sténo, qui avait à se plaindre do doge, éorivit sur le dos de son siège, dans le grand conseil, des paroles iniuftcuses pour son honneur (*) : Faliéro ^ exiger que les dix jugeassent ^0, comme s'il eût étécrimmeld'é- ^t.ftlai8 à Venise, tout ce qui tenait 3QX moeurs , aux querelles d'homme à domine, et même aux convenances, n'é- ^t pas aussi sérieusement considéré que la moindre action qui pouvait concerner les affaires de gouvernement.
^ Ht de la susceptibilité du vieillard , ^t cependant on consentit à punir l'of- ^enseor : il fut condamné à deux mois de prison qui devaient être suivis d'un an d'exil.
Faliéro aurait dû alors solliciter la pce du coupable, mais il aima mieux déclarer qu'il n'était pas satisfait, et d fit entendre des plaintes. Sur ces en- '^tes, le chef aes patrons de Tar-
U Marin* Faiiero, alla bella moglie ; Mà'i la gode , ed egli Ut mantiene,
^in Faliéro , à U belle femme ; d'aubes il «wrttwni, et lui, il la nourrit.
^ Utraiion. (Italis.)
miMlt lanA fi^tuceiô, avant élé frappé par un patricien, vint oemaiidar jusboe au doge. Cehii-d répondit:
« Quelle justice veux-tu ? on ne me £ait pas justice à moi-même. » Le chef des patrons assura qu'on pouvait veneer les deux injures. Faliéro, imprudent jusqu'à la démence, écouta Israël , et voulut savoir en détail quels pourraient être ses moyens de révolte. Israël dit qu'il saurait trouver mille complices qui renverseraient l'autorité au conseil, et donneraient au doee toute l'autorité, comme dans les autres villes de l'Italie. Faliéro lui
g;rmit d'organiser ce plan de révolte, n ne tarda pas à découvrir le kmt des menées d'Israël ; les dix , les avogadors, les chefs de la quarantie criminelle, les seigneurs de nuit, et les cinq juges de paix s'asi^emblèrent , et firent arrêter les principaux conspirateurs, oui révélèrent que le signal devait être donné par la cloche de Saint-Marc, avec la permission du doge.
Alors le conseil des dix demanda gue vingt p^atriciens lui fussent adjoints. On lit comparaître devant ce nouveau conseil le doge qui , encore revêtu des signes de sa dignité, vint subir un interrogatoire. Il avoua son crime. Le lendemain, 16 avril 1355, on procéda à son jugement. Le 17, à la pointe du jour, les portes du palais furent fermées. On amena Marin Faliéro au haut de l'escalier des Géants, là même où les do£es reçoivent la couronne ; on lui ôta le bonnet ducal, en présence des dix, et on lui annonça
3u'm allait avoir la tête tranchée. Penant les apprêts du supplice, les portes du palais restèrent fermées. Immédiatement après l'exécution , un membre du conseil des dix parut sur le balcon du palais , tenant a la main la hache encore toute sanglante, et dit: « Justice a été faite d un grand coupable. » En même temps, les portes du palais s'ouvrirent , et la foiue qui s'v préci* pita, vit la tête de Marin Faliéro, qui roulait sur les degrés.
Dans la salle du grand conseil, où sont les portraits des doges , un cadra
VllO
vmnvÈKs.
TOiléd'im crêpe fot mis à I» phtêqûn (derait oocuper Faliéro , et poimt cette ioecription : « Pkue de Marin FaUérOf
Jean Gradénigo monta, quatre jours après, sur le trône encore teint du sang du doge traître à ses serments.
Cependant le tribun Golà de Rienzo, que nous avons laissé caché dans le château Saint* Anee , s'était enfui , et il avait été demander un asile à Louis de Hongrie , qui faisait la guerre à la reine Jeanne, dans le royaume de Naples. Au moment où Louis avait quitté ritalie, Golà était passé en Allemagne pour implorer la protection du roi des Romains, Charles IV. Celui-ci Tavait livré au ^pe. En 1362, le tribun était arrivé a Avignon, conduit par deux archers. Dans les premiers moments, les recommandations de Pétrarque sauvèrent son ami du dernier supplice : Innocent VI pensa ensuite à envoyer Cola auprès au cardinal Albornoz , natif de Cuença, dans la Nouvelle-Castille, et qu'il avait chargé de délivrer lesvillesde ses états, des tyrans qui les opprimaient. Les Romains, depuis la fuite de Rienzo, avaient été en outte à des révolutions sanguinaires.
Ils venaient de se donner pour chef, un scribe ou notaire du sénat, nommé François Baroncelli , qui , prenant encore le titre de tribun, avait d'abord, aussi honorablement que l'autre, fait rendre partout une justice rigoureuse.
Baroncelli gouvernait Rome, lorsque le cardinal Albornoz, accompaj^né de Cola, entra dans l'état de TÉglise.
Jean de Vico , qui se prétendait préfet de Rome , et qui en avait été chassé , avait mis en défense les principales villes des environs, Viterbe , Orviéto , Terni , Amélia , Narni , Marta et Canino , qu'il occupait avec des troupes courageuses.
L'approche de Rienzo rappela aux Romains, non les derniers actes de sa raison égarée , mais les temps heureux de son gouvemenient et les es»
pérances qu'il avait fait concevoir. On lui envoya des députés pour l'inviter à revenir , en lui promettant un ac- — '• -•= — de lui.Rienio n'était plus le
nttltM d'agir par lui-même. Le eeidinal chercha à persuader aux Romains que s*il3 détruisaient la puissance du préfet Vico , Rienzo leur rendrait le hon état. Le peuple, sur «pii ce mot magique devait encore agir efQcacement , se laissa gagner , et il promH de combattre Vico, contre lequel il s'arma , en effet , et qu'il parvint à renverser. Alors le cardinal Albornoz , obligé de tenir sa parole , nomma Cola sénateur de Rome , et le laissa maître d'entrer dans cette ville , mais il ne pouvait lui fournir ni argent ni soldats. Cola emprunta quelques sommes, leva des cavaliers, et s'avança vers Rome; il fut reçu avec entlioùsiasme. L'autorité qu'allait lui concéder le peuple se trouvait fortifiée par l'oppui que lui portait le pape, au nom ae qui il était sénateur. Innocent VI l'avait aussi voulu nommer noble et chevalier; que manquait-il à cet orgueil qu'il ne savait |mis réprimer?
Mais les destinées de Rienzo étaient accomplies.
Il éclata bientôt une insurrection contre lui : elle était suscitée par les Colonna. Rienzo voulut se sauver de son palais , qu'on avait livré aux flammes et au pillai^e. S'étant enveloppé d'un sale manteau de berger de la Campanie, il se couvrit la tête de vieilles couvertures de lit, comme s'il eût été un des pillards , et il indiquait au peuple, en patois du pays, le lieu où il V avait le plus de butin. Il passa sans être reconnu et sans être atteint par le feu, et il arriva h une des portes : il y en avait trois à franchir. Parvenu à la seconde, il eut le bonheur de voir que le |)euple ne faisait pas attention a lui ; il sortait par la troisième porte , lorsqu'un Romain l'arrêta et lui dit : « Où vas-tu ? >» Cola eut du courage dans cette circonstance, et ne chercha pas h se cacher ; il jeta les couvertures , et cria : « Je stds te tribun ! » On se précipita sur lui et on le conduisit auprès du Capitole , devant le lion de porphyre égyptien (*) , là où il faisait lire les
(*) U plmcbe 3a repriMnie » mm le pre*
Penonne n'oaiit encore Je toucher : il allait prendre la parole et essayer Tefifet de son éloquence ordinaire, mil ne Pavait trahi qu'une fois , lonqa'un artisan lui enfonça un estoc dans le ventre. Aussitôt il tomba frippé de plus de vingt coups : on lui ooopa la tête ; le tronc fut traîné dans
nier phn, Pescalier do capitole actuel. On Toil^aboid deux lions égyptiens, de baaite, qui jettent de Teao par la gueule dans oc lasse. Ils ont été transportés de Tégiise de Siiat-Élienne del Cacco, et placés par onirc de Pie rr, en x56o. Il est probable qoe do temps d« Rtenzo, il y avait à cet en- M ua lion de porphyre égyptien, puisqiie (ous ks auteurs s'accordent à dire que («Al ao pied de la statue de ce lioo que le ^•liuii a été conduit par le peuple révolté. L'escalier d*Arareli , qui est à gauche, a été (^Qiiniit en x 34S , un an après la catastrophe w Rienzo. La rampe du milieu a été niite » 1 536, par le pa|)e Paul III, à Poccasion ^ pasMge solennel de Charles-Quint. Le wnnin à droite, par lequel on moule en voilure, a fté ouvert, en 169a, par Inno- «ot XIL
^ modcnie eapitole a sa façade entre le *pt«)trioQ et Poccident. Quand on a monté a rampe du milieu , on arrive sur une place »> rcQire de laquelle s*élève la célèbre staw équestre de Marc-Aurèle, présenté ^imc picificateur. C'est la plus belle des ^^ii^es dr bronxe que nous ait laissées Tan- /S"»'ê. Elle était auparavant en face du pa- P^l^e Saint- Jean*de-LaU«n, et on Tappeliit la Matue de Constantin (voyeï page 69). !^'?'«|K)rice nar ordre de Paul lil, elle a ^* ^'c^éc, d'après les dessins de Mirhel- Anse. t^ i538 , sur on piédestal formé d'un ÇX^deinarlire tiré des ruines du forum de rajaii. La Ggiire de l'empereur est naturelle J^^'^iwioeuse; le cheval animé et vivant, j J|^^ de l'animal tient un peu de celle " *^»f , comme toutes les races de che- '^xaribes.
J* pilaîs sénatorial fut érigé, en i3go, J* "onifaoe IX , sur Pancien Tahularium.
«atue de porphyre , représentant Rome, *>i« dans la niche da iniiien, a été trouvée
M r ^'*'' ^ gauche renferme le masée ca-
r^'"!- Le palais à droite est appelé palais
■^ ^nsenrateiirs du sénat Ces palais ont
7 autfi coosUMits sur lés dettûus de Michel- Ange.
les mes , et pendd ensuite à l'étal d'un boucher , près de l'église Saint- Marcel.
Ainsi mourut un homme qtii , deux fois , essaya de ramener Tordre et le règne des lois dans la capitale du peuple romain, et qui, deux fois, fut abandonné par ce peuple auquel il avait sacrifié son existence.
Albornoz chercha alors à rétablir rautorité du pape dans Rome et dans les villes données par liai fille du duc Boniface III , la célèbre comtesse Mathilde (•). (Voyez p/. 33. )
(*) La planche 33 représente à gauche le duc Bonifare III , qui porta d'aljord le titre de marquis, et ensuite celui de duc de Toscane; il mourut en io5a, assassiné avec des flèches emfMiisonnées. L'habit du duc est bleu-clair, la chlani)de est verte; un rubis orne la partie antérieure du bonnet. De sa seconde femme Béairix .fille de Frédéric, duc de la Lorraine supérieure, il eut la comtesse Maihilde , qui est l'eprcsentée à droite de cette planclie. La comtesse est coiffée d'un bonnet d'or de forme conique, orné de pierres prceieuses dans la partie inférieure. La cbiamvde est couleur de laque, et la robe bIcu-cieL Ces costumes, copiés par M. Bonnard, font partie des miniatures du poème de Donizon, conser\é an Yaiîran, n® 49^3* L'ouvrage de M. Bonnard. que j'ai encore consulté plusieurs fois, se recommande par une gi-ande exactitude de dessin, et des notic<*s fort instructives. Nous avons TU M. Bonnard, à Rome, recueillir a%'ec une rare intelligence les matériaux que cette ville pouvait lui procurer pour rachèvement de son bel ouvrage.
Au milieu de la même planche 33, on Toit le |ia|)e Alexandre III donnant h stocco, ourèpée de commandement, au doge Sébastien Ziaui. La peintuii! originale est à Sienne, et on la doit à .Spiuello Ai^lino.
Le pein!re a coniniis une erreur, en don» nant le trirègne à Alexandre JII, qui mourut en f x8i. (^ fut, selon la plupart des auteurs, Boniface VIII qui, en i3oo, ajouta à la tiare la seconde cotironne, Benoit XII, en i334, ajuiila la troisicuic couronne. Spinello Arelino, mort en i35f , savait que les papes français de son temps plaçaient sm* leur tète un trirègne; il ne s'ailaclur pas à étudier riiisloire , et donna à Alexan* are III la tiare telle qii*on la portait de son temps à A\ignon. Api^ Benoît XII, Ur*
ISS
L'UNIVERS
o visoontl. ardievéque de Milan, était mort en laissant pour lui succéder trois neveux, fils de son frère Etienne Visoonti. Comme ils étaient entourésde soldats bien payés, ils réussirent facilement à se faire proclamer seigneurs par toutes les villes de la ligue lomimrde et nar d*autres qui avaient été soumises a leur oncle. Sur ce point de la Péninsule, on put se croire au temps du testament de Constantin.
Mathieu, Fatné des neveux, eut pour sa part Plaisance, Parme, Bologne, arrachée aux légats du pape absent, Lodi et Bobbio. Bamabo, le second, obtint en partage Crémone, qui avait perdu son mdépendance, Cr^e, Brescia et Bergame. Galéas , le troisième, reçut pour apanage C6me, Novare, Verceil, Asti, Tortone et Alexandrie.
La ville de Milan fut déclarée centre de gouvernement, et capitale d*une sorte de confédération des trois frères. Kn même temps ils se crurent assez forts pour ne pas refuser à Charles IV, roi de Bohême, et élu empereur, le titre de roi d'Italie, et pour lui laisser prendre à Monza la couronne de fer.
Mathieu Villani a rapporté ce fait avec une naïveté et une grâce particulières : je citerai ses propres paroles : Î|uand riustoire est si bien faite, il ne aut pas la recommencer.
« L'empereur élu se mit en chemin vers Milan , avec moins de huit cents cavaliers. Messer Galéas vint au-devant de lui à la tête de quinze cents hommes à cheval , lui fit la révérence et raccompagna jusqu'à Lodi, où il le fit garder la nuit par des hommes arniés , après avoir ordonné de fermer les portes de la ville. Le lendemain , près de Chiaravalle, Messer Bamabo se présenta à la rencontre du roi élu des Romains , avec une suite considérable, et lui offrit, de la part de ses
baÎQ y, ititre pipe frin^iis, oontioua de
e^rter le trirèfpie. Urbain TI, Napolitain , t couronné à Rome avec le triregne, en 1)78 » et touf lei papes Pont porte depuis. Le costume du doge Sébastien Ziani , qui est att& teooui du pape, est, en général, plus fidèle. Le hoonet dudd est ecirkte, et «rué diMnniiie.
frères et de là tienne, trcDte pale* frois. Messer Bamabo demanda àVëa s'il lui plaisait entrer dans Milan; l'élu répondit qu'il n'y entrerait pas, parce qu'il avait promis de n'y pas entrer. Bamabo répliqua qu'on avait exigé cette condition , parce qu'on croyait que le prince s'y présenterait à la tête de la ligue gibeline , mais crue pour sa personne seule <, il n'en était pas ainsi, et il fut contraint d'entrer à Milan. On le rei^t avec plus de tumulte que de fête; il ne \it que cavaliers armés , il n'entendit que trompettes, clairons, flûtes et coraemuses; il y avait tant de tambours, qu'on n'aurait pas ouï des coups de tonnerre. A Miian encore les portes furent fermées. Le roi fut conduit au palais des princes et on lui assigna des salles magnifiquement ornées et des appartements somptueux. Là , Mathieu et les deux autres frères allèrent lui faire la révérence, lui disant avec de belles paroles que tout ce qu'ils possédaient, ils reconnaissaient le tenir du saint Empire , et qu'ils le gardaient à son service. Le jour d'après, ils lui donnèrent le spectacle d'une revue générale des honunes à
Sied et à cheval qu'ils avaient réunis ans Milan ; ils firent armer tous les citoyens qui pouvaient monter à cheval , et forcèrent l'empereiu* à les voir passerd'unefenétre du palais. Avec tant de bruit, ils donnèrent à comprendre
3ue ces troupes formaient un corps e six mille hommes à cheval et de dix mille à pied. Ensuite les trois frères se prirent a dire : « O notre seigneur, ces « cavaliers , ces fantassins et nos « personnes mêmes , sont à votre « commandement. » Ils ajoutèrent :
« Avec cela, nous avons garni nos vil- « les et nos châteaux d'auires cavaliers a et d'autres fentassins » ; et ainsi ils exaltèrent {mnçtt^arono) leur grandeur, en la présence impériale, tenant les portes fermées la nuit et le jour, et tant de troupes de garde, oue l'empereur élu finit par concevoir aes craintes et des soupçons. Celui-ci se vojrant donc dana rennui d*une surveillance si inquiète , il n'y eut heure
ISS
où il ne Touhlt se trouver autre part, arec moins d^honneurs. Enfin, pour toat, Tesprit impérial fut en contioud servage à la volonté des tyrans , et Faille soumise à la couleuvre ( armes des Visoonti ). Charles , qui était sa^e, supporta , avec un visage gai et serem, la prison eowMse^ et par beaucoup de ooodesoendance gagna ce qu'il n'aurait pu obtenir par la force. Après ^ludqoes jours , quand il plut aux seigKun tyrans, ils le conduisirent à MoQza. Là, le jour de l'Epiphanie , 6 janvier, il fut couronné de la sainte ooiaDnoe de fer, avec la solennité <ipe les seigneurs Yisconti voulurent bien permettre; enfin, il retourna à Milao, où il créa quelques chevaliers.
^uite il demanda à partir pour recouvrer sa liberté. On l'accompagna , c^me il était venu , de ville en ville 3vec des hommes armés , et les portes fmnées chaque soir. La nuit et le pa on le tenait dans une garde contiQuelle, et lui, hâtant sa marche, non comme un empereur, mais comme ^ marchand qui court précipitamjoent à une foire, se laissa conduire "Ors des possessions des tyrans. Là il "5ta libre de leur surveillance avec ïu plus quatre cents de ses comparons, la plupart sur des mauvais ^^5^, et sans armes. »
^Ttes, on ne peut pas rapporter d'une ^ière plus piquante cet insolent ^iia^e%e. Que sont 'devenues les ('■^^ités de Charlemagne, les tentes ^tes d'Othon, les housses d'or de f redéric 1", et tant de magnificences '«pénales jusqu'à Frédéric II ?
Parles, après diverses tentatives V^ relever son parti à Florence , à ^«enne et à Rome , retourna en Allcf?^e, laissant Milan sous le despo- ^ odieux des Visconti.
In d'eux, Mathieu, était, non pas ^ méchant , mais plus adonné a la ^udie que les deux autres. Ceux-ci ^(gnirent que l'indisnité des violen- ^ <iu'il faisait aux Temmes n'armât ^tre eux tous leurs sujets, ils lui '^t servir un plat de cailles em« J^nnèes. BamaDo, le plus cruel ^ deux qui survivaient, voulait
réduire Pavie , révoltée à l'aide du marquis de Montferrat , Jean II Paléologue , fils de Théodore I", neveu et successeur de Jean I*'. Jean II pos* sédait Turin, Suze , Alexandrie , Trino , et d'allié des Visconti , il était devenu leur ennemi le plus violent.
Bamabo amène une armée devant la ville en révolte. En vain elle résiste, il s'en empare. Les horreurs ^'il commet sur les personnes des vamcus doivent être signalées , pour que ce fatal récit voue a jamais la mémoire de ce tyran à l'exécration des hommes.
Ce scélératcherchantà épouvanter ses ennemis par des supplices dont, avant lui, personne n'avait eu la pîens^, ordonna , par un édit que rapporte textuellement Pierre Azario, notaire dei Novare, que le supplice des criminels, d'état durerait quarante et un jours.
Les tourments ne pouvaient être infligés que les jours impairs. Le premier, le troisième, le cinquième et le septième jour, les condamnés devaient recevoir cinq tours d'estrapade; les jours pairs, ils étaient laissés dans un affreux repos; le neuvième et le onzième jour, on leur faisait boire par force de l'eau mêlée de chaux et de vinaigre; le treizième et le quinzième jour, on leur enlevait la peau de la
{>lante des pieds; le dix-septième et e dix-neuvieme, on arrachait un œil, et successivement on coupait un pied, l'un après l'autre; enfin, aprè^ d'au- -tres abominables atrocités, le quara'nte-unième jour, le tronc des infortunés était tenaillé , et ils terminaient leurs souffrances sur la roue.
Tel fut l'infernal arrêt qui aurait dû armer TÉglise , l'Empire , tous les gouvernements de l'Italie , et les propres ministres de Milan, contre des férocités aussi inouïes.
L'excommunication contre Bamabo fut prononcée ; il n'y eut pas une voix dans toute l'Europe qui rédamAt contre la sentence.
Ces cruautés ne sont pas dignes de mémoire, dit Mathieu Villani, et elles exigent le êUenee de la pkme; mais on doit être excusé d'en rapporter quelquttHuies, pour^ montrer
L'UWIVERS.
le danger que Ton court sons une tyrannie eSrenée.
Cependant Galéas Visconti, frère de Barnabe . avait voulu s'allier à une maison royale de l'Europe, et proiltant de l'état de détresse où une longue guerre avait réduit Jean, roi de France, il proposa six cent mille florins d'or, à condition que l'on marierait Jean Galéas, son fils, âgé de onze ans , avec Isabelle de Valois , fille de Jean. Les Visconti, qui n'étaient connus en Italie que sous le nom de tyrans , ne jouissaient en France d'aucune considération; cependant la. proposition fut acceptée :
mais comme ces t>Tans , quoique nobles d'origine , étaient méprisés en France, et traités de parvenus, le roi tint à voir porter un titre à sa fille, et il investit son gendre du petit comté de Vertus , situé à six lieues de Châlons,en Champagne; c'est enfin sous le titre de comte de Vertus que Jean Galéas , nremier duc de Milan , fut connu pendant trente-quatre ans.
Ce mariage fut célébré avec une pompe extraordinaire. On compta dans le banquet, après un tournoi ( voy. pi, 34 ) (*), jusqu'à six cents dames et mille chevaliers. De riches
Srésents furent offerts par les officiers e Galéas à tous les conviés.
On ne pouvait s'attendre à voir un tel honneur accordé à une famille qui . s'était ^signalée par tant de crimes: d'ailleurs , tous les jours d'autres cri* mes succédaient aux premiers. Bar^ nabo surtout devint encore plus impîtojrable: sous prétexte de fuir la peste, il se retira dans une maison de chasse , au milieu des forêts les plus sauvages ; à deux milles k la ronde , il fit planter des piliers et des |)otences, et il menaça, par des écriteaux placés tout autour, de faire pendre sans rémission quiconque oserait fran* ohir l'enceinte qu'il s'était réservée.
U ne suffisait pas aux Visconti de
(*) Nous donnent ici une planche reprf- «enlant un tounioi ilalieu : un det chevaliers a sa lance brisée et va être renversé. À 4nMta, m revarque k» jugei du combat.
tyranniser lesétats quMlsgouvemaient.
Les deux frères vivaient ensemble dans une union diflicile à comprendre, parce qu'ils étaient tous deux méchants, défiants et ambitieux; mais aucun soupçon n'altérait leur accord funeste. On annonça un jour quMl pouvait leur être utile de susciter des troubles à Pise, ville gibeline, célèbre par sa puissance , son commerce en Egypte, ses monuments, sa cathédrale, sa tour, son baptistère, son Campo-Santo. (Voy. pi. 35 et 36 ) (*).
{*) La planche 35 représente le dôme, la tour, et le baptistère de Pise. Le dôme fut commencé dans les premiers mois de l'année 1064 , sous le pontificat d'Alexandre II. Il fui tout-à-fait terminé ^9 ans après, et consacré en IX 18, par le pape Célaie II, de Gaète.
Exiger des artistes du onaième siècle, de la sobi'iéié dans les ornements, et une simplicité majesiueuse , ce sérail la même diose que vouloir exiger l'inversion des ttonps. Cinquante-quatre colonnes, distribuées en cinq ordres, forment la division totale de la façade. BuscheUo, l'architecte, employa une quantité de marbres, de colonnes, desrulplnres qui avaient apjwirlenu à d*autres édifires, et que les Pisans avaient tranA|>orlês de la Sic-île, de la Grèce et de l'Asie. Les trois poites de bronze qui donnent entrée à réglise, sont d'un travail eslîmé et roo> derne , qui fui confié en partie à Grégoire Pagani, sous la direction de Jean de Bologne. L'iutéiieur offre une croix a rinq nefs. Viugl- quatre coloonei corinthiennes ornent la nef principale. L artiste a dissimule rinégalité de leur hauteur par de faus at tiques, et une foule de ruses ingéaieuaei qui cachent ce défaut.
On jeta la fondation du baplistère eu xi5a , sur le dessin de Dioiisahi. L'édifioe est rond, et il se termine au dehors par une grande statue de bronse, représentant saint Jeau-Baptisle.
La tour de Pise est fameuse par le grand nombre de colonnes dont elle est décorë«, mai» plus encore par l'inclinaison considé» Fable quVIle présente sur le plan de Thortson. Mie fut élevée en 11 74, et toutes les chroniques, ainsi que les auteurs, s'accordent à lui donner pour arrhitecle Eonanno , Pi« san, auquel on associe ansai Guillaume, ▲!!•» mand, que Dempster désigne aoiis le nos éo GuittauBM d'iospnulu Cet élégant édita»
Il»
Alors Barnabe gagna un marchand de cette ville, nommé delF Agnello, et l^engagea à 8*emparer du pouvoir. Dell' Agnello organisa une conspiration et se flt nommer doge. Il parcourut en^ suite la rille arec une pompe ducale, et il exigea un serment de fidélité de ceux à qui il obéissait la veille.
Pour consolider son pouvoir, il établit sor-le-champ une sorte d'aristo-
qooique peu dcooré d^omemeots de sculpture, ne laisse pas de mériter une place distiiigure parmi tes produciions singulières de Tart à cette époque. Il présente huit galeries construites les unes au-dessus des autres, et soutenues par 207 colonnes surmontées de cbapiteaax , appartenant à des époques diffénenfes, comme les colonnes elles-mêmes , dont la nhis grande partie a été réparée, cl adapree à la nature de cette construction. La tour a 5i- pieds 8 pouces environ de diamèlrr, j compris les colonnes, et 174 pieds 5 pouces de hauteur. Les colonnes de la première galerie sont beaucotîp plus grosses, et chaque arc eorrespoiul a deux colonnes dans Its six galeries supérieures. Les chapiteaux de as dernières semblent , ' par leurs formes et leurs ornements , avoir appartenu à quelque temple de Bacchus. Quant à Piaclinai- )on de celte lour, qui est de 12 pieds et 9 pouces environ (je Tai mesurée moi-même deux fois), M. Oicognara rapporte diverses opinions qui peuvent iutéresser la curiosité df*s artistes et des savants. Ce serait une idée étrange, dit M. Ferrario, à qui j'emprunte In plupart de ces détails, de considérer celle inclinaison comme le résultat d*un I^fande Tarchitecie, tandis qu'elle s'explique nfiiurrllement par la sujipnsiiion qtt^ Tédifire était bâti sur un fond marécageux et ntubile, et que le sol ayant cédé d'un côté wiu le piids. l'édifice entier se sera incliné du Dténie côté. Si larrhiterte avait eu réellement le dessein de lui donner cette inclinaison . aalufaîi de celte apparence, il aurait •>ui%i la ligue d'aplomb dans la constructioii de rîTiiérieur et dans celle de l'escalier, et les f-ierres [wsées parallèlement à Thorizon, ne t«>:iJraient pas, par l'effet même de cette i<ic!iiiaison , à s'ensevelir dans la terre, comme ceia se toit du coté (pii a cédé. Il est néanmoins bien possible que, s'élant aperçu de Tinrlinaison de l'édifice, lorsqu'il était déjà à plus de moitié de sa hauteur, et ayant jugé qu'elle ne pouvait plus laire de progrès ,Vardiitccte ait pris le parti de oontmaer la tour
eratie. Il réunit seize familles en nxm seule, leur ordonna de se re^^et tous comme parents , distribua les de« pés de la consansuinfté qu'il invenutit, et se déclara le chef de cette fa* mille. Les membres qui la composaient devaient porter le titre de comte et les mêmes armoiries. Bientôt il se dé* goûta de ce nom de doge , usité à Gé« nés et à Venise, pour s'attribuer le
dans la même direction : car sa hauteur étant déterminée, il aura calculé qu'ayant environ treize pieds d'inclinaison, sur $1 pieds à peu près de diamètre, il lui restait environ 38 pieds pour continuer sa construction dans la ligne d'aplomb, en donnant également au côté opposé, à peu près i3 pieds de talus : réflexion qui prouve un rai*- Bonnement profond , dont la justesse est confirmée par la solidité de Pédifice depuis six siècles et demi. La moitié supérieure aurait donc été continuée sur le plan de l'inclinaison, pour éviter TefFet désagréable qu'edt produit un changement de direction vers le centre : aussi voit-on que les trous dci échafauds qui y sont encore, et qui deviennent, dans cette Question, des autorités retrctables, ont été pratiqués parallèlemeot rhorixon, et tendent plutôt vers la ligne d'aplomb, que vers le plan incliné.
Comme au bas de la tour de la Gari* sende à Bologne , si l'on s'approche de la tour de Pise du côté où elle penche , et si on regarde, par un temps d'orage, les nuages qui passent rapidement en Pair dans un sens opposé, on croit qu'ils vont abattre la tour.
La planche 36 représente le Campo lanto. C'est un grand monument de la pieté et de l'opulence des anciens Pisans. I) fut élevé, en 1278, sur les dessins de Jean de Pise. La cour destinée à servir de cimetière pour les hommes distingués du pays, a 45o pieds de longueur, et est environnée d'un vaste portique. Il y a 60 croisées ou arcades. Les murs sont ornés de peintures anciennes ; on les attribue à Simon Memmi , à Gioito , à l'Orcagua, à Beuozzo Gozzoli. La terre qui remplit la cour a été apportée des en>irons de Jérusalem. Sous le portique on remarque beaucoup de tombeaux , entra autres le tombeau de Béalrix, mère de U comtesse M athilde; le tombeau élevé i Algarotti par Frédéric II ; celui de Pif notti , poète et historien , homme de mœurs douces et polie» , et enfin eelui de l'illustre gien Taoca , ouvrage de ThorwaldtMik
ttr
Les Visoonti , surtout Barnabo, oommettaîent tant de crimes , que l'empereur^ d'ailleurs encore indigné des outraees qu'il en a^ait reçus , pria Urbain ^excommunier de nouveau les tyrans lombards.
Le cardinal de Belfort et l'abbé de Farfa furent chargés de porter une autre noomnnunication à Bamabo. Celui-ci écouta d'abord avec calme le message des envoyés, ensuite il les conduisit jos^oe sur le pont du Naviglio au milieo de Milan et leur parla ainsi :
« Avant de me quitter, dites-moi si
• TOUS voulez manger ou boire ; choisi sissez. » Les légats ne répondirent rien, c Ne pensez pas vous séparer de « moî, cria Barnabe, avec d'efifroya- « blés jurements, sans avoir mangé ou « bu , de manière à vous souvenir de « rnoî ; choisissez. » Un des lépts voyant le canal , dit : « J'aime mieux « manger, que de demander à boire de- « Tant tant d'eau. » « Hé bien, » ajouta Barnabe, « voici les bulles d'excommu- « nication , vous ne sortirez pas de « ce pont , que vous n'ayez mangé ces
• paraiemins sur lesauels elles sont « écrites , les sceaux ae plomb qui y
• pendent, et les liens de soie qui les « attachent. « André Gataro, historien de Padoue qui raconte ce fait , ajoute qu'il fallut exécuter Tordre du tyran , mais il oublie que pour ce qui concerne les plombs, leur dimension rendait cette opération impossible. Il est probable que le tyran se contenta du premier essai que purent fiiire les deux
IJrbain. effrayé de cet affront fait à ses ambassadeurs , ne tarda pas à retourner à Avignon. Il s'y rendit par mer en 1370, et il y mourut à la nn de cette même ann^.
Le 31 décembre , Pierre Roger, comte de Beaufort, neveu de Clément VI , fut élu pape et prit le nom de Gré^ire XI. Rome, après le départ d'Urbain V, s'était révoltée, et se laissait gouTemer par treize bannerets ou représentants et porteurs des bannières des treize quartiers de la ville.
Grégoire XI , eémissant du désordre et de l'anarchie qui régnaient à
Rome, se proposa de s'y rendre en 1376. Il arriva à Ostie en 1377, remonta le Tibre, et vint débarquer près de Saint-Paul. Les bannerets déposèrent à ses pieds les baguettes de commandement , mais son autorité ne fut pas |)Our cela complètement reconnue, et il mourut le 27 mars 1378, de la douleur que lui causaient les scènes violentes dont il était témoin.
Le 8 avril , Tarchevéque de Bari , qui n'était pas cardinal , fut élu pape et il prit le nom d'Urbain VI. Les cardinaux français avaient voulu élire l'un d'entre eux, mais les romains avec des signes de fureur avaient crié:r « Nous voulons un Romain, au moins « un Italien. » Il avait fallu leur obéir. '
Quelques gouvernements d'Italie qui s'étaient accoutumés, pendant l'absence des papes, à une sorte d'indépendance absolue, parurent craindre de trouver, dans leur retour, des motifs d'inquiétude , et ils cherchèrent à
garantir leur puissance de toute inuence étrangère : d'autres gouvernements, les Guelfes surtout, voyaient avec plaisir reparaître l'autorité pontiGcale , qu'ils espéraient opposer aux invasions des Visconti.
Des appréhensions et des espérances agitaient toutes les villes, et sous ce prétexte , il était aisé de susciter des troubles.
Venise , gouvernée cependant avec moins de rigueur que Milan, n'en renfermait pas moins beaucoup de ferments de révolte.
Les règles de la politique conseillent quelquefois de distraire par les émotions de la guerre, les esprits disposés à conspirer contre l'état. Les Vénitiens étaient tentés de recourir à cette maxime, quoique souvent elle soit dangereuse. Dliilleurs le gouvernement des Génois, moins digne d'estime, sans doute, mais plus redoutable depuis qu'il avait pu s'affranchir de toute reconnaissance envers les Visconti, parlait de Venise en termes méprisants , et répandait dans l'Orient que ces rivaux superbes avaient cédé à la fortune de la république de Gènes. Il fallut cependant oue Venisf
L'UNIVERS-
parût ne pas avoir auim ce$ injures; fies provinces étaient attaquées par le roi de Hongrie, par François de Carrare, seigneur de Padoue^ et par le duc d'Au* triche. Toujours animé du désir de venger la mort d'André^son frère, premier mari de Jeanne de Naples , le roi de Hongrie exigeait des Vénitiens qu*une de leurs flottes portât son armée en Italie : il consentait bien, disait-il, à leur laisser la Dalmatie, mais à la condition qu'ils se déclareraient ses vassaux.
Il était pénible de reconnaître un suzerain. La fierté de Venise fut indignée. Sur ces entrefaites , mourut le doge Gradénigo. On avait besoin d'un nomme de guerre : les quarante et un électeurs définitifs ne purent jeter les yeux que sur un noble recommandable par des talents militaires. Jean Delfino fut élu. Mais le nouveau chef était bloqué dans Trévise ; il demanda pour sortir et pour aller remplir les devoirs de sa souveraineté, un sauf-conduit , qui lui fut refusé : il parvint à s'échapper par ruse. La guerre continua , et 1 on conclut une paix funeste. Le doge
Sromit de cesser de prendre le titre e duc de Dalmatie et de Croatie, et s*engagea à tenir constamment vingt-
3uatre galères à la disposition du roi e Hongrie.
Il fut aussi convenu, en cas de contravention aux conditions de cette paix , de prendre le pape pour juge , et de soumettre Vinjracteur à tex»
communication et à CintertUt,
Voilà la doctrine de Texcommunication et de Tinterdit que des puissances séculières reconnaissent comme un châtiment légal, et qu'elles sont prêtes à subir en cas de panure. La question de Texconmiunication est prise sur le fait.
En 1 378, les deux amiraux les plus renommés de Venise étaient Victor Pisani et Qiarles Zéno. Chartes Zéno protégeait le commerce de la république dans la Méditerranée; Pisani était employé à des expéditions plus hasardeuses. Un jour ce dernier, mal servi par les siens dans une rencontre avec les Gé-
nois, avait été batta. Borne aneîeBiie rappelait les généraux malheureux* Venise, plus impitoy^dile , met Pi* sani en prison. Les Génois poursuivent leurs succès ; ils assiègent Chiozza et bloquent Venise, où 1^ esprits étaientdans une agitation extrême.
Le tocsin de St.-Marc sonnait Talarme ; les citoyens passaient la nuit sur la
{»lace publique, et s'attendaient à voir *ennemi forcer les passes et entrer dans la ville même. Un matin, au moment où le jour paraît, on voit sur les tours de Chiozza le pavillon de Saint-Marc renversé , et la hampe qui le soutient dominée par le pavillon génois. Pour gagner Pierre Doria, conunandant des ennemis, le dojge lui envoie, sans rançon, des prisonniers que Ton gardait dans la ville. Doria répond : « Vous pouvez « les ramener à Venise, je compte « incessamment les délivrer. »
Carrare , seigneur de Padoue , ^e la république avait jusqu'alors traité avec mépris , reçoit une lettre du doge qui rappelle altesse et oui sollicite la paix. Carrare répond a son tùur :
« J'entendrai des propositions quand «j'aurai placé moi-même un frein « dans la oouche des chevaux qui or- « nent le portail de Saint-Marc. ( Voy. planche 21. )
Ces paroles arrogantes et amères ne pouvaient qu'augmenter la désolation de la ville; on vivait dans la plus terrible aaxiété. On avait expédié à Charles Zéno l'ordre de revenir; mais cet ordre lui étaitrjl parvenu? Quelques hommes du peuple crièrent qu'on avait sous la mam Pisani , amiral cé« lèbre. Des voix tumultueuses, hardies au milieu du danger public, demandèrent que l'on rendit à Pisani la liberté et le commandement des galères.
Les dix n'obéissaient pas volontiers au peuple; mais les dix aussi étaient agites de diverses craintes. Ils furent forcés de céder à ceux qui criaient :
rwe Pisami! Ufallait le tuer ou le délivrer.
U fut résolu qu'il était dangereux de le tuer, et les dix le mirent en
IBMrté. DAamBsé de ms fers, Il «I amené devant h conseil par le peinle qui le portait en triomphe; M Joçt dit à ramiral : < Victor Pi* « sam, on voua a privé de la liberté, « parce que voua avez perdu noa « vaiaseaux , on voua la reiid pour la • défense de la patrie ! »
Cependant, si les uns demandaient queroo sebattttavecooura^e, les autres voulaient aftiondonner Venise et trans* porter le ^vemement dans IHe de Candie. Pisani fut d'avis de résister.
On renon a è tout projet de fuite.
Dès ce moment les sacnfices les plus généreux furent offerts avec enthousiasme : un marchand pelletier, Bar- Uif lemy Paruta , se chargea de paver mille soldats ; le maître uune apoihicairerie, Marc Cicogna, fournit un navire; Pierre Zadmrie, Jean ^éffro, Paul Nani, épiciers, entretinrent deux cents hommes; ceux qui ne donnaient rien publiaient que Charles Zéno, averti à temps, allait accourir au secours de la ville.
Pisani presse les armements , et conçoit un des plus hardis projets qui puissent se présenter à Tesprit d*un bén». Il entreprend de bloNquer les assiégeants et de foire prisonnière toute la flotte génoise. Mais les équipa^çvs vénitiens se rebutent après quelmies fatigues. Il les pinçait près de (Jiiozza, dans une situation si dangereuse, qu'ils allaient abandonner les liçnes du blocus. Le général les harangua et les retint dans le devoir.
Une seconde sédition éc^lata : des hommes, disaient-ils, ne peuvent vivre ainsi plongés presque dans les eaux.
Pisani , qui concevait tout ce qu'il avait exigé d'eux de sévère et de su i humain, ae uoma à leur demander une faveur, et promit solennellement de lever la station, si le 1" janvier, eVst-à-dire daos quarante-huit lieures, on ne voyait pas arriver la flotte de Zéno. On le croyait averti depuis lon^-temps, il pouvait se faire qu*il arrivdt. Rien D*anooQçait encore cependant qu*il fOt CDtré dans TAdriatique. On attendait nwchinalatnent ce tenue fixé au hasard , et qui avait été si rapproobé
pour que Tarmée pdt Taecator. Tout les yeux étaient (nés sur la mer; la tour du Campanile ( voyez, pi. 21 } était couverte de citoyens attentiflB qui demandaient à Thonzon, du mouvement, un seul vaisseau , mais les couleurs de Saint-Marc et du secours.
Le r' janvier 1380, Tatmosphèra s'éclaircit. On aperçoit les villes du Golfe à une grande distance; tout autour, la mer est déserte. « Le Jour n'est pas encore baissé, dit un vieux pilote; ia mer est le pays des mira^ eles. » Tout-à-coup oans le lointain paraissent deux vaisseaux , quatre les suivent, puisdix, puis deux. On compte distinctement dix-huit vaisseaux , on est d*accord sur le nombre. Ils s'avancent à pleines voiles. Est-ce un renfort pour les Génois? est-ce la flotta de Zéno? Vingt bâtiments légers sont envoyés à la découverte. Ils doivent faire' un signal s'ils ont une bonne nouvelle à annoncer. Les 20 signaux apparaissent simultanément, c'est la flotte de Zéno! Otte faculté d'enthousiasme , qui est comme endormie dans les esprits les plus accables par la douleur, se réveille à l'instant. On descend précipitamment de la tour; on court , on s'embrasse , on crie : « La ville est sauvée!»
Zéno veut rendre compte des opérations de son expédition. I^ doge répond que tout a été bien , que tout est approuvé, et qu'il ne faut prier que de délivrer la patrie. IJt lendemain Zéno attaf^ue une division des Génois, et reçoit un coup de flèche qui lui traverse la g^rge. On arrache la flèche de la blessure et on veut le soigner. Il déclare qu'il ne quittera pas son bord , et qu il mourra aussi doucement dans sa gidère. Pisani remporte, de son cdté, un avantage; Pierre Doria est tué, il est remplacé par Napoléon Grimaldi ; Pisani et Zéno redoublent d'activité, de courage, de prévision. GrimaMI croit dev(«ir moaiiier le tvstème militaire de Doria; mais il est à son tour plua étroitement bloqué dans Chiozia . et enfln, il est contraint k capituler.
Dix-neuf galèrea, quatre miiia oaal
ITALIS
à la mantèn de fi^MortacuSf que les esdaves fidèles sont toujoun esdaves, que les hommes bons sont toujoun pauvres» que les entreprises commencées avec danger finissent avec récompense , et que Ton n*est jamais sorti d*un péril sans un péril.
La seigneurie de Florence n'oppose pas assez de résistance à cet audacieux. Il ne harangue pas au nom de raoctenne république de Rome, il parie le langage des brigands et des peuples que la civilisation n'a pas adoucis. Aussi les séditieux , sous divers prétextes, incendient les palais: Beaucoup de citoyens, pour venger leurs injures , conduisent ces furieux à l'habitation d'un ennemi. Il suffisait qu'un seul criât : ^Â la maiton de tel. »
Sur-lendhamp celui qui tenait le gonfalon se dirigeait vers cette maison (*}.
Les Oactieux, après avoir commis tant de scélératesses, pour les aocompaener de quelque oeuvre louable, cr&rent chevalier Sylvestre de Médicis , parent de Jean qu'avait fait mourir Gaultier de Brienne.
Les nobles à Venise, les bourgeois à Sienne, pensaient d'abord à leurs intérêts , le peuple de Florence pensa à iui-méme. 11 demanda que les privilèges de l'art de la laine fussent déterminés et restreints, que l'on créât trois arts nouveaux, un pour les cardeurs et les teinturiers , un autre pour les barbiers, les pourpointiers, les tailleurs d'habits et autres artisans semblables , et enfin un troisième pour le menu peuple, c'est-à-dire à peu près pour les vagabonds; il exigea que aans ces trois art$ on choisit toujours deux signariy et que les quatorze anciens arts mineurs en fournissent trois ; qu'aucun des individus de ces derniers arts et des arts créés nouvellement
(*) Indépendamment du gonMon ou éfendard de U république , il y en avait encore pour chaque art partiriilier; et si ce n*était pas on orf qui se révoltât, ti c*était une multitude composée d'hoaunes de plusieun artip alors on ajustait rapidement un gon« blon de diverses couleurs, qui était porté à la télé du rassemblement.
nepdt être forcé, pendant deuxans, à payer ime dette au-dessus de cinquante ducats.
Les demandes accordées , le peuple voulut que les anciens signori , qui étaient au nombre de dix, quittassent le Palais seigneurial. Ils y furent bientêt contraints, et le peuple l'envahit.
Au moment où il s'y précipita, l'enseigne du gonfalonier ae justice était dans les mains de Michel Lando , cardeur ( ceci explique pourquoi on a demandé un nouvel art pour les cardeurs ) ; celui-ci , sans chaussure et à peine vêtu, monta rapidement l'escalier. Quand il fut dans la salle d'audience des signori, il s'arrêta, et se tournant vers la multitude, il leur dit: « Vous voyez que ce palais est à vous. « Que vous semble-t-ii qu'il faille faire « à présent ? » Tous répondirent qu'ils voulaient que ce fût lui qui devint gonfalonier et siçnore, et qu'il gouvernât la ville comme il l'entendrait.
Michel Lando accepta U seigneurie, et comme c'était im nomme saeace et droit dans ses vues, il pensa toutd abord à rétablir le calme dans la ville et à contenir les tumultes. En vain il avait pris des précautions de sagesse, et l'on peut dire de talent {wlitique. Une nouvelle révolte s'organise contre celui qui voulait arrêter les violences de la première. Des envoyés de la populace viennent lui reprocher son ingratitude et l'abus qu'il semble faire de l'autorité. Lando , tout ignorant qu'il était , Lando , agissant par instinct, montre ce qu'un homme du peuple, doué de sens et d'énergie, peut faire dans une occasion semblable; se souvenant plus du nouveau rôle qu'il tenait ^e de sa première condition, le mattre improvisé, qui n'avait pas même pris encore le soin de se vêtir convenablement, dit qu'il n'a pas accepté l'autorité pour qu'on se joue de lui ; il frappe de ses armes les envoyés du peuple , les fait lier et jeter en prison. Ensuite il a l'audace d'aller attaquer le parti révolté contre lui, le cherche dans la ville, revient vers le palais, où il le trouve fortifié, le chasse, tue dans le nombre beaucoup de ceux qui l'ont
prépondérance en Italie; H n'en fût pas ainsi. Venise recouvra , en peu de temps , par son activité , par le courage de ses amiraux , Finfluence qu'elle avait perdue oendant quelques instants : mais à Gènes les guerres civiles ne oessafentde déchirer la république.
Vers le milieu du siècle , Simon Boccanéçra , le premier do^e de Gènes , avait écarte du pouvoir les anciennes familles nobles; dès lors les cftovens , qui tenaient à honneur de se faire nommer les hommes du peuple, avaient succédé aux nobles , et ils obtenaient les emplois et la considération qui s*y attache dans tout pays.
l^armi ceux que la multitude parut distin^er, le jurisconsulte Léonard de Montaito tenait le premier ran^.
Il appela à lui les Gibelins , et il déclara qu'il protégerait puissamment leurs intérêts et même leurs préjugés.
Gabriel Adomo, riche négociant, annonça au contraire qu'il était Tennemi de Montaito , et il le fit exiler.
Dominique de Campo Frégoso, autre gibelin, jura qu'il venji;erait Montaito. De là cette rivalité qui , quoiqu'elle ait été ouelquefois suspendue, dura cepemiant long-temps entre la Adorno et les Frégoso , familles jusqu'alors inconnues.
Gabriel Adorno fut doge de 1353 à 1370, et Dominique Frégoso de 1370 à 1378. Tous deux gouvernèrent avec habileté, tous deux furent renversés do trône ducal par une émeute populaire.
En 1378, I<fioo1as de Guarco fut donné pour successeur à Frégoso , et œfut lui qui soutint, qui dirigea la mnde et savante expédition de Chlozza. Les plus nobles Génois furent réduits à devenir ses généraux , ses amiraux et ses ambassadeurs. Il sut leur témoigner de la confiance, çn les contenant dans le devoir : mais il ne suffisait pas au peuple de n'être P^ gouverné par les uonles ; il souffrait avec peine qu'ils obtinssent les naots emplois et les premières dignités de la puissance militaire.
Eo 1888, les bouchers, comme ils
avaient ^*tà Florence, se révoltent, sonnent le tocsin, et demandent que Ton diminue les impdts. Léonard de Montaito , qui était revenu à Gènes , et Antoniotto Adomo, héritier de la fortune de Gabriel, son père, profitant de ces mécontentements, se joignent au peuple pour demander que les nobles soient positivement exchis des emplois. Nicolas de Guarco propose des concessions ; on ne Técoate plus : les Adorno et les Frégoso , qui se haïssaient tant, se réunissent , attaquent le doge lui-même, et le forcent a quitter la ville sous un dé^isement.
Montaito est élu doge; mais il meurt bientôt, et Antoniotto Adorno est nommé pour lui succéder.
Cependant Louis , duc d'Anjou, fils de Jean, roi de France^ frère ae Charles V, et régent du royaume de France au commencement du règne de Charles VI , n'ayant pu sauver Jeanne, de la mort, passa en Italie, à la tête d'une armée, pour venger cette princesse, à qui il donnait le nom de mère. Il entre dans les Abruzzes; Charles III, après avoir évacué Naples , commence une guerre défensive , plus prudente que celle de Manfred et de Conradin , et il attend que le climat et les fièvres portent les ravages ordinaires dans les rangs des Français. Cette prévision ne fiit pas trompée. Louis d'Anjou luimême mourut de maladie à fiari le 10 octobre 1384 , et son armée se dispersa d'elle-même.
Urbain VI était venu dans l'état de Naples aider de ses conseils Charles , à qui il avait donné la couronne. Le
E}ntife, poursuivi par les troupes de ouis, avait été s'enfermer à Nocéra.
Alors il s'éleva une question d'étiquette entre Urbain et Charles. C^luici ayant invité le pape à venir le trouver, le nape répondit : « Ce n'est pas l'usage des pontifes de fréquenter les cours des rois, mais bien celui des rois de se ranger à genoux aux pieds des pontifes : que Qiarles supprime des impôts injustes qu'il a établis et qui inaignent les NapoSitains, et je Paccueillerai auprès de moi avec bien* veillinoe. v Charles répliqua : « ia
L'VNIVERS.
goii?«nierai par mes ptapreB oonseUs un royaume que j'ai conouis par ma seule épée. » Ensuite il donna ordre d'assiéger Urbain dans Mooéra. Le pape ut demander des secours aux Uenois. Antoniotto Adorno , flatté de ▼oir un pontife dans sa dépiendance , tout Gibelin qu'il était , promit des secours au protecteur du parti guelfe.
Des mécontents, ennemis de Charles, lui firent lever le siège de Nocéra, et conduisirent le pape près de Salerne , où la flotte génoise l'attendait. Arrivé à Gènes , Urbain , qui était soupçonneux , fit juger six cardinaux qu il accusait d'avoir voulu s'entendre avec un pape intrus qui résidait à Avignon sous le nom de Clément Vil. (Ce pape n'est pas reconnu dans l'église. ) Les six cardinaux furentcondamnés à mort.
Cette sentence révolta beaucoup de partisans d'Urbain en Italie. Cinq des condamnés périrent d'une moit secrète; le sixième, né Anglais, dut la vie à l'intercession de son roi Richard II. Il y avait dans la conduite d'Urbain des actions raisonnées, simples et vertueuses , et des actions irréfléchies , audacieuses et cruelles. Il allait presque conquérir le royaume de Naples pour son compte, lorsqu'il mourut d'une chute de cheval. On a dit que le faite des honneurs avait ébranlé son cerveau, et que c'est la seule manière d'expliquer l'étrange amalgame des qualité les plus respectables et des plus odieuses sévérités.
Jean Galéas , comte de Vertus , avait succédé en 1378 à son père Galéas , dans le gouvernement de la moitié de la Lombardie. Il résidait à Pavie , et son redoutable oncle Barnabe demeurait à Milan , où il s'occupait à chercher les moyens de dépouiller son neveu qui possédait Pavie, Asti, Verceil , Vigevano. L'oncle et le neveu , tous deux fourbes , affectaient de s'aimer tendrement; tout à coup Jean Galéas parait se livrer à une dévotion outrée et ne plus penser qu'à des intérêts de reli^on. Il ne marche qu'entouré de moines et de prêtres : toutefois, une garde nombreuse environne sa personne. Au commencement
de mai 1S86 , il annonce qu*tt ira en pèlerinage au-dessus de Varèse , près du lac majeur, à une église renommée, dédiée à la Vierge. Il part avec une escorte considérable de chevaliers.
Comme il approche de Milan, Barnabe, cette tois imprudent, vient audevant de lui avec ses deux fils atnés. Jean Galéas embrasse affectueusement son oncle, puis se tournant rapidement vers ses deux capitaines , Jacques del Verme et Antoine Porro, il leur donne en langue allemande ( c'était alors la langue militaire de presque toute PEurope ) l'ordre d'arrêter Bamabo.
Aussitôt les soldats désignés pour ce euet-apens lui arradient vivement la Bride de sa mule, coupent le ceinturon de son épée, et l'entraînent loin des siens, tandis qu'il appelait son neveu à son secours , et le suppliait de ne pas être traître à son propre sang. Milan , attaqué subitement , se rendit à Jean Galéas. fiarnabo fut jeté en prison : empoisonné à trois reprises pendant les sept mois de sa captivité , toujours il parvint à se guérir. On prit enfin de teUes mesures et avec tant d'obstination, que le crime fut consommé, et que Barnabô, malgré ses précautions, succomba le 8 décembre 1385, âgé de soixante-six ans.
Aucun de ses serviteurs, aucun de ses sujets, aucun de ses alliés, ne donna une larme à la catastrophe de Barnabô , mort sous le poids de la haine et de l'indignation de tous ceux qui avaient entendu prononcer son nom ; maison n'en estima pas davantage Jean Galéas. Celui-ci voulant encore étendre sa domination , proposa à Venise de partager avec elle les états de François de Carrare , seieneur de Padoue.
Venise avait appris depuis peu, ^'antérieurement à la guerre de Chiozza , ce seigneur , dont les états s'étendaient jusqu'à Mestre, presque au bord des la* gunes, avait envoyé une nuit des bandits qui, débarqués secrètement dans les rues de Venise, avaient enlevé plusieurs sénateurs accusés d'avoir pané contre lui dans le grand conseil. Ces sénateurs , amenés dans le palais de François, avaient reçu de lui les plus san-
dants reproches ; il les avait menaoés crune mort prochaine. Cependant, s'étant laissé adoucir , il leur avait dit : " Je permets que vous retourniez à Venise à une condition , c'est que vous couvrirez d*un éternel silence cet enlèvement et le soavenir de ce jui s'est passé. Surtout , jamais les dix , sous aucun prétexte , n*en doivent rien savoir. D'ailleurs, parlez, si vous en avez le courage. Il me serait plus aisé de punir un parjure par un coup de poignard , qa'û ne Ta été de vous enlever du sem de votre famille et de votre ville. Nous nous sommes bien entendus, on va vous reconduire à Venise. »
Ce secret nouvellement découvert, la réponse c|ue le même François de Carrare avait faite lorsqu'il avait dit: « J'entendrai des propositions, quand « faurai placé moi-même un frein dans « la bouoie des chevaux qui ornent le « portaflde St-Marc,» et d'ailleurs un état de paix qui était habituellement la guerre , avaient allumé une haine implacable chez les Vénitiens. François, attaqué des deux côtés, reçut Tinjonction de résigner ses états entre les mains de François Novello ( ou le jeune ) , son fils. Venise reconnut biehtôt qu'elle avait oublié sa prudence ordinaire. Jean Galéas ne parut pas satisfait de l'abdication de François; il marcha contre le père, réfugié àTrévise, et contre le fils, resté dans Padoue; les lit arrêter successivement par del Verme, ce capitaine qui avait porté la main sur Barnabe; s'empara de tout rétat de Padoue, sans accorder une part aux Vénitiens; promit vaguement une compensation à François Novello, déjà appelé François II, et fit arborer rétendard de la Couleuvre devant les clochers de Venise.
Ce drapeau milanais , qui flottait à l'endroit d'où l'on était parti pour aller enlever des sénateurs dormant paisiblement dans leur palais, inquiéta les dix d'alors; ils redoublèrent de vigilance, et personne ne pensa à contrarier leur zèle et les mesures
S'ils ordonnèrent pour rassurer les bitants , si dangereusement compro-
10* JÀvraiton, (Iiaux.)
mis par une grave fiiute de leur gouvernement.
François de Carrare était un ennemi malicieux, maischargéd'années. Galéas était un ^fide encore jeune , et bien plus ambitieux que François, réduit alors à se défend. U fallait au moinii soutenir Novello, prince d'un grand caractère, et qu'aucune action mauvaise n'avait deshonoré.
' Les cardinaux avaient élu, à la place d'Urbain VI , Pierre Tomacelli , d'une famille noble de Naples , et qui prit le nom de Boniface IX.
Dès les premiers jours de .son avènement , il jeta attentivement les yeux sur l'Italie. Charles III, roi de Naples, qui s'était fait aussi nonimer roi de la Hongrie, y avait été empoisonné le 3 juin 1386. Sa femme, Marguerite , était demeurée à Naples régentepour son fils Ladislas , âgé ae 10 ans. Cfependant la noblesse de la ville donnait toute sa confiance à une magistrature indépendante de la couronne, sous le nom des huit du huon governOy magistrature aristocratique qui disputait a la reine son autorité. iJn parti contraire avait proclamé roi Louis II , lils de Louis d'Anjou , sous la régence de sa mère , Marie. U y avait donc deux régentes et deux rois mineurs , mais avec un degré inégal de légitimité.
De toutes les maisons souveraines qui avaient existé entre les Alpes et les Apennins, il n'en restait plus que quatre oui n'eussent pas été asservies par les Visconti, et qui ne fussent pas totalement soumises à l'autorité du comte de Vertus. Ce ^ndre d'un roi de J'rance, qu'on avait d'abord méprisé, faisait jouir son épouse d'un pouvoir aussi étendu que celui d'un riche monarque. Les quatre maisons
Îui n'avaient pas absolument obéi à ean Galéas, et q^ui battaient encore monnaie à leur corn , étaient les maisons de Savoie, de Montferrat, de Gonzague et d'Esté ; elles couraient de grands dansera. Jean cherchait d'abord, de préférence, à subjuguer les pays façonnés à subir rautonté d'un seul: il prévoyait qu'il fallait plus de
Novello; il lui accorda la seigneulie d» GovIaKOD, prèB cfA^ti. Dans cette floaTenâneté aériMMr.e , qui co»listait en imcbftteau à moitié nuBé, Carrare avait pouv vassaux, et en méine tem|iB pour espions, quelques habitants, Bresquetous voleurs de grand diemin, cPaiilrârs Gibelins acharnés, et opposés à la maison de Carrare coanae pour être guelfe.
Fraoçoîa conduit sa femme ^ Taddée d'EsIe, et toute sa^mnille, àCortazon.
Là, gardant profondément dans son acur leseeret de son dépit, il s'occupe à rebâtir son cbAteau dâabré. La ville d'Asti était en ce BMxnent sous la domioatioa du duc d'Orléans. Jean 6aiéas, tout méchant qu'il était, et en cela pha généreux qu'on ne Pavait été •n France, lorsqu'on lui avait concédé, seulement, le comté de Vertus , avait donné ce même comté et Asti au duc d^Orléans , comme dc^fc de sa fille, Valentûie de Milan (*). Ls Français, lieutenant du souverain d'Asti , et mattre de suivre, dans un pays libre, les OKmvementsde franchise d'un caractère ouvert et compatissant , avertit Fran- 09is que Gaiéas avait donné l'ordre de l'assassiner un jour qu'il viendrait de (^rtazon à Asti, et il lui conseilla de se déM^ier à la mort par une prompte fuite.
François Camuse , au mois de mars 1387, annonce qu'il va faire un pèlerinage à Vienne en Dauphiné ; le gouverneur d'Asti lui donne une escorte française jusqu'à la frontière du Montferrat. Il se charge de faire conduire à Florenoe les enfants de Carrare et ses frères naturels, avec les effets précieux qu'il avait ^portés de Padoue.
Taddée d'Esté, qui était enceinte , ne veut pas s'éloigner de son époux.
(*} JTevi Gaiéas avail marié Yaleniiae, Ole de sa première femmiç, XsabeUe de France, i Louis ^ duc d'Orléans, frère de Charles TI, roi de France. Il lui avait donné pour dot le comté de Vertus et la vâlcd*Asli.Dece maiiage naquirent Charles, éac d'Orléaiis , père de Louis XII , et Jean , comie d'Anfouléme , grand-père de Françaia If : de là , les prétealions de ces deux princes aui éisli dtt yiaomii.
François et sa femme vont à Vienne.
Ils accomplissent leinr vœu; puis désirant se rendre en Toscane, ils descendent par le Rhône à Avignon, et part tent ensuite pour Marseille. Ils y font équiper une fdouque légère qui devait côtoyer le littoral ae la Ligurie jusqu'à l'embouchure de l'Arno.
Mais les vents de l'équrnoxe arrêtent leur navigation. Taddée ne peut supporter la mer, et supplie son époux de lui permettre de débarquer, annonçant qu'elle aime mieux continuer le voyage a pied , que de souffrir des doul^s mu vont la frire mourir elle et reniant qu'elle porte dans son sein. Car*rare connaissait les dangers qu'offrait un vovage par terre. Il balance. Il craint bientôt que sa femme ne succombe, il consent à débarquer avec elle , et U ordonne aux marins provençaux de eontinuer la route par mer et de se tenir autant c(u'il sera possibfe à la portée de la voix.
U fallait suivre une route hérissée de précipices, semée de châteaux apr partenant à des Gibelins ou à des partisans de Jean Gaiéas. François, sou* tenant sa malheureuse épouse, s'avance à travers ces rochers, oà alors une route é^ait à peine tracée. Il était suivi de quekiues serviteurs. Ils avaient constamment les yeux fixés et sur la mer, d'où leun fidèles Provençaux leur faisaient de temps en tempsdes signaux, et sur le chemin où les émissaires de Jean pouvaient à tout instant se présenter. Au-delà de Monaco, les mptifs passèrent la nuit dans une église démolie , sur des débris de tombeaux.
A Vintimille , ils furent poursuivis par des archers du podestat. Carrare et ses domestiques , feignant de prendre ces archers pour des voleurs, soutinrent une sorte de combat , et parvinrent à se réfugier dans une caverne , d'où , plus tard , ils regagnèrent le sentier «li côtoyait la mer. On ne voyait plus la felouque; il feUait traverser tes ûtfs du marquis de Carréto , Gibelin sans pitié. La feim commençait à tourmenter tes pauvres voyageurs. U survient un berger qui leur vend MU chevreau. Il faut des précau-
snxfns Tient offrir son propre lit à François et à sa femme. Ils racceptent. Depuis (}u*ils étaient partis de Marseifie , c'était la première fois qu'ils ne couchaient pas sur la paille, sur des pierres, ou sur la terre nue.
Ccnendant les enfants de Carrare , que le loyal gouverneur d'Asti avait promis d^nvoyer à Florence , y étaient arrivés avec les bagages du prince' et ses trésors..
François demanda à la république un asile qui lui fut accordé. Dès qu'il rit sa femme rétablie de ses fatigues, ce jnînce, comme Proeida, d'un caractère ferme, pensa aux démarches à faire pour recouvrer ses états ; il se rendit à Bologne, cherchant des ennemis h Galéas. Bologne promit des secours, si Florence en promettait aussi.' De là il partit pour la Croatie. gouvernée par le comte de Segna , qui avait épousé sa sœur. Il manqua, pendant la traversée sur l'Adriatique, de tomber dans les mains des Vénitiens. Obligé de renoncer à ce projet, il rerint h Florence. De nouvelles in-
C' res de Galéas avaient irrité la répuique; la Seigneurie elle-même proposa à Carrare de passer en Allemacne , d'offrir un subside au duc de Bavière et de l'engager à attaquer Jean par le Frioul. Sur ces entrefaites , le vieux Carrare, de sa prison de Côme, écrivit à son fils de penser à le venger, et de ne souscrire jamais aucun accommodement avec un perfide comme Galéas.
Nous ne devons perdre de vue aucun des efforts de François. D'un côté, Galéas seul veut opprimer toute l'Italie : il est évident que. c'est Florence qu'en ce moment il doit frapper la première. De Fautre côté , la politique énergique de Florence et le caractère inébranlable de Carrare osent résister.
La péninsule entière sera forcée de se prononcer pour l'un ou l'autre de ces partis. Carrare devient un des généraux de ceux qui ne veulent pas se soumettre dans le combat fait pour exciter Tattention de toute Fltalie.
Au milieu d'un siècle de tyrannie , an rencontre avec joie ces âmes fortes
et sensibles qui honorent l'humanité ^ et qui doiventétre louées par l'histoire, '
Sarce qu'elles sont d'admirables moèles de générosité , d'énergie et da magnanimité.
François, assuré de l'approbation de son père, accepte l'invitation de Florence et consent à se rendre en Bavière. Mais il faut encore éviter les Vénitiens. Il se rend à Gènes, traverse la Provence , le Dauphiné , entre à Genève, et, par la Suisse , parvient à Munich. Le duc de Bavière était gendre de Bamabô , oncle de Galéas , de ce Barnabe arrêté et empoisonné par son neveu. Carrare pénètre le duc de toute la haine dont il est lui-même animé, lui fait espérer la restitution des états qui appartiennent à sa femme , et 80,000 florins d'or pour les premiers armements. Le duc promet de descendre en Italie, après la fonte des neiges , avec douze mille chevaux.
De Munich, François passe en Croa* tie, où il obtient une autre promesse de secours de son beau-frère, le comte de Segna. Au commencement du printemps, en 1390, la guerre commence :
Galéas, le marquis d'Esté, et le seigneur de Mantoue, ses alliés, envoient porter des défis à la république de Florence et à la ville de Boloene. Les Florentins alors crurent utile à leurs [ intérêts d'implorer la protection de Charles VI, roi de France. Le roi ré- :
Sondit qu'il accorderait son appui à eux conditions : la première , que la république reconnaîtrait pour pape lé* gitime , le pape intrus , Robert de Genève, qui résidait à Avignon, sous le nom de Clément VII ; la seconde , que la république paierait à la France un tribut annuel. Les deux conditions furent refusées. Les Florentins se préparèrent à une guerre coûteuse, quoiqu'ils ne vissent encore que de oien loin les services qu'ils pouvaient attendre de François de Carrare. Le commandement de l'armée florentine fut accordé à Jean Hawkwood, venu en Italie avec une bande de soldats anglais et français , que l'on nommait la com-
Sagnie des Bretons. C^tte compagnie 'aventuriers se vantait d^entrer pwr^
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urince piaix, fut rétabli sur le irân# de ses pères.
Florence célâira ce triomphe par des fêtes religieuses. Le fugitir auquel elle avait donné un asile, redemandait sa fÏBnune et ses enfants , pour qu'ils Tinssent partager sa sloire. Les corn* munîcations avec rAllemagne se trouvant rouvertes, cet avantage était inestimable, depuis oue ce n'était plus de la France qu^il fallait attendre du secours. Venise avait reconnu François comme seiçoeur de Padoue, et préférait ce voisinage à celui de Galéas. Hawkwood eut ordre d'avancer sur Panne : en même temps Florence ne néj^ligeait pas les moyens d'abattre b puissance de Galéas, même dans les parties de ses états les plus éloignées de la Toscane. £lle cherchait à attirer dans ses intérêts Jean III d'Armaenac, dont la soeur Béatrix avait épousé Charles Viscooti, fils de Barnabe. Charles désirait venger la mort de son père, et. s'il le pouvait, renverser Jean Galéas. Jean III promit de lever des compagnies et de servir la cause des Florentins. H entra en Lombardie; mais, d'un caractère présomptueux , il se fia trop au courage des Français , et voulut faire combattre à pied des chevaliers qui n'avaient pas une telle balntude. Attaqué par Jacques del Verme, il fut fait prisonnier. Le reste de ses soldats fut aétruit. Hawkwood fît alors une retrait^ savante et sauva l'armée florentLae. Les succès ayant été ensuite balancés de part et d'autre, Anto> niotto Adorno, doge de Gênes, se proposa pour médiateur entre Galéas et Florence toujours unie au seigneur de Padoue. Adorno était Gibelin, et favorisait Jean Galéas. On anncûftça une trêve. Les stipulations étaicipt assez sages; mais un arbitre avait demandé des garanties, et GuidoNéri, ambassadeur de Florence, fit cette réponse, qui résume les vicissitudes de cette guerre : « Notre garant sera « répée: Jean Galéas a fait rexpénence « de nos forces, et nous avons éprouvé • la puissance des siennes. «Aprescette trêve , on resta dans une sorte d^état .
qui n'était pas la guerre , mais qm n'était pas aussi tout à fiait la paix.
Venceslas, roi des Romains , envoya à cette époque en Italie, des ambassa^ denrs chargés de proposer sa protee»* tion contre Galéas, moyennant des subsides et des promesses d'araeiil, Venceslas imitait en cela la oonouile qu'avait souvent tenue Charles IV, son père. Les Florentins et Carrare refu^rent d'accéder à de telles demandes. Alors cet empereur, voyant que personne ne se souciait de le «lyef pour attaquer la puissance de Jean, essa^ de conclure un traité avec ee dernier, pour l'élever à des dignités nouvelles, et il lui vendit pour cent mille florins le titre de duc de Milan. Le t" mai 1396, il érigea «m duché et en fief impérial la ville de Milan avec son diocèse. Jean Galéas donna encore a cette occasion de m»* gnifiques tournois; il invita toute Tlulie a lui envoyer des ambassadeiiM
gui assisteraient à ces fêtes. Jusqu'à- >rs on avait coutume d'appder les Visconti , les tyrans de Milan : on les appela désormais , les seignemrs nakh reïs. Cette investiture donna lieu plus tard , lorsque la ligne masculine fol éteinte, aux prétentions du due d'Orléans et du duc de Valois, ensuit rois de France , comme héritiers 4e la fille de Jean Galéas, Valentîne de Milan, et aux prétentions des empereurs, se rendant comme suzerains d'un fief qui avait dû faire retour à l'Empire.
Antoniotto Adorno se vantait d'avoir rendu la paixà l'Italie. Il était effectivement parvenu, par ses négociations, à arrêter Teffiision du sang , mais on était loin de jouir d'une tianauillité durable. Il voulut alors donner la paix à sa patrie , et détruire jusqu'aux germes des qi«erelles qui la déchiraient.
U offrit à Charles VI , ou plutôt à ses ministres , de mettre la république de Gênes sous la protection de la France.
Ces ministres ne se souvinrent paf apparemment du traité fait préoédemmentavec l'archevêque Jean Visconti.* Ôttoi qu'il en soit , une convention Ait signée le 25 octobre 1396 : le roi pro-
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parce que Voioeslas était méprisé des Allemands et ne pouvait même lever une armée. Une nrève trompeuse endora)ait les esprits. II ne devait résulter d'une telle situation que des désastres nouveaux et des dangers faciles à prévoir. C*est ainsi que se termina le quatorzième siècle.
Koos avons rapporté rapidement les évéaefflents depuis le règne du grand Constantin. Nous reprendrons haleine un instant. Il reste àoécrire encore bien des traverses , bien des combats, quelqoes triomphes , et tout cet amas de peines et de douleurs , cortège nécessaire de l'histoire des peuples, et que noos pourrons plus aisément comprendre et mieux définir, puisque nous venons de dévoiler les sources des faits, les explications des ambitions, et tous les détails propres à faire connaître ce que de nouveau , dans la Péninsule, allaient tenter, les princes destinés à n*éoouter que leur caprice , les grands, les bourgeois, le peuple, appelés les uns à gouverner, les autres à obéir. Enfin , pour être assuré de nous reposer sur un lit de gloire , nous examinerons ce que les sdences et les arts ont apporté d'adoucissement et de charmes dans ces débats politiques dont ils sem- Waient recevoir un appui. En effet, 'es arts et les sciences offrirent dt
Paissantes consolations aux états de Italie, dédiirés par tant de discordes pi^iles y et même encore une fois par la peste. Ce lléau amena un redoubleinent de dévotion dans la Péninsule ; on parla , comme au temps du Dante , de la fin du monde. On vit apparaître 1^ pénitents blancs, qui demandaient à ^ieu le pardon des fautes de Tunivers, et, dans chaque ville, les hantants disaient qu'il fallait se courber 'ous la majesté divine , pour implo- ^ sa mismcorde généreuse.