‹ Italie centrale et RomeChapitre 26 sur 105 · LVI · texte numérisé non relu

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au public; car Raphaël trouva en lui un digne rival quant au talent pour rendre la beauté et la grâce corporelles.

Autour des trois grands maîtres, Bramante, Raphaël et Michel- Ange, se groupent un grand nombre d'élèves et de partisans. Les élèves de Raphaël ont fait naturellement leurs meilleures œuvres de son vivant, tant qu'ils ont travaillé sous sa direction. Jules Romain (1499-1546) et Franc. Penni (1488-1528) ont peint une grande partie des fresques de la salle de Constantin. Ces mêmes élèves et Perin del Vaga (1499-1547), Raffaello dal Colle, etc., furent chargés de l'exécution de celles des Loges. Jean d'TJdine (1487-1564) eut à faire les peintures décoratives de ces Loges et de la Farnésine. C'est à la villa Madame que Jules Romain montre le mieux combien il a appris de Raphaël ; ses Madones (palais Colonna et Borghèse) sont moins remarquables sous ce rapport.

Il y a plus d'indépendance chez les nombreux architectes qui vécurent du temps de Bramante : Balthazar Peruzzi (1481-1563), qui construisit la Farnésine et le palais Massimi; Raphaël lui-même et Jules Romain (villa Madame) , Ant. da Sangallô le Jeune , à qui on doit le palais Farnèse et un nouveau plan de l'église St-Pierre. et enfin Michel-Ange, dont l'influence l'emporte peu à peu sur celle de Bramante et fait entrer l'architecture romaine dans de nouvelles voies. De même que, dans la sculpture, les formes ordinaires ne lui suffisent pas, mais ont besoin d'être mouvementées et modifiées dans leurs proportions pour lui plaire, ainsi Michel- Ange imprime à ses constructions un cachet de grandeur pesante, se soucie peu du perfectionnement de chaque membre architectonique , n'a constamment en vue que l'ensemble et sacrifie au grand effet les proportions organiques des différentes parties. On lui doit les portiques de la cour du palais Farnèse, la transformation des thermes de Dioclétien en église Ste- Marie- des- Ang es , gâtée de nouveau plus tard, et la porte Pia. Son plus grand mérite est. d'être revenu au plan de Bramante dans la construction de St-Pierre, qu'il dirigea à partir de 1546; la coupole fut du moins élevée d'après ses données, car le plan primitif subit encore beaucoup de modifications au détriment de l'œuvre; on y substitua la croix latine à la croix grecque.

Tant que Michel-Ange vécut, le reflet de sa gloire tomba aussi sur Rome et personne ne crut à la décadence de l'art. En réalité, elle avait commencé bientôt après la mort de Raphaël. La prise et le pillage de Rome par le duc de Bourbon , en 1527, la réforme de l'Eglise, qui prit une attitude plus correcte, qui réduisit son zèle pour les arts , et qui les adapta plus qu'auparavant à ses doctrines, sont autant de faits regrettables au point de vue de l'art. La prise de Rome en chassa beaucoup

INTRODUCTION. L'art durant la

d'artistes et amena une lacune dans la tradition. Lorsque la ville se remit de ses maux et que les arts furent de nouveau en faveur , il y régnait un nouvel esprit qui les domina tous.

Sous le pontificat de Sixte-Quint (Félix Peretti ; 1585-1590), Rome semble avoir recouvré son ancienne grandeur. C'est à ce pape que la ville éternelle, qui double presque d'étendue, doit sa physionomie actuelle. h'Acqua Felice, V escalier d'Espagne, la via Sistina, la place St-Jean-de-Latran, Y obélisque de la place St-Pierre, la restauration des colonnes Trajane et de Marc-Aurèle (dite colonne d'Antonin), sont ses œuvres. Dom. Fontana, du Tessin, est l'architecte principalement chargé de l'exécution des volontés papales.

Cependant la dégénération de la Renaissance que nous désignons sous le nom de style baroque est surtout amenée par Yignole (1507-1573) et Ch. Maderna (1556-1639), neveu de Fontana. Le premier, par la construction de l'église des jésuites, le Oesù (1568), à Rome, crée le type qui dominera pendant tout le cours des siècles suivants, surtout dans les innombrables églises élevées par les jésuites. Maderna, Borromini et Ch. Fontana sont alors les coryphées des artistes qui font perdre à l'architecture son caractère calme et lui donnent un genre tourmenté. Des parties saillantes et rentrantes, qui semblent produites par des forces intérieures, des courbes là où on attend des lignes droites, des colonnes greffées les unes sur les autres, et avec cela une hardiesse incontestable dans la disposition des parties ; des effets pittoresques et souvent , à l'intérieur , une décoration éblouissante , qui n'épargne ni couleur ni matériaux précieux , le goût des grands espaces et de tout ce qui a un caractère pompeux , tels sont les traits les plus saillants du style baroque, qu'on rencontre presque à chaque pas dans Rome, dans lequel sont, non seulement un grand nombre d'églises {St-lgnace, St- André- de-la- Vallée, S.- Carlo- aile- Quatro- Fontane, etc.), mais encore beaucoup de palais (Barberini). Toutefois le visiteur ne s'arrêtera sans doute guère devant ces édifices plus qu'il ne faut pour s'en faire une idée générale.

La peinture conserve plus de force vitale. Après une période intermédiaire très-pauvre, où la grandeur de Michel- Ange séduit tout homme de talent et l'entraîne à une imitation sans valeur, où un sentiment superficiel du beau permet aussi de couvrir aisément des surfaces de figures qui ne disent rien et et ne signifient rien, mais plaisent à l'œil; après le règne des maniéristes (cav. d'Arpin, Zuccaro) , la peinture jette pendant quelque temps un nouvel éclat à la fin du xvie siècle. Rome devient la lice où s'engage la lutte des différents partis dans les arts. Sous le pontificat de Sixte-Quint et jusqu'à celui de Clément VIII, Circignani, dit Pomerancio, et son élève Roncalli, furent des artistes à la mode; mais ce ne fut qu'à partir du

Renaissance. INTRODUCTION.

temps de Paul Y (1605-1621), de la maison Borghèse , qu'on s'intéressa plus généralement aux arts. — C'est aussi à cette époque que Rubens vécut à Rome, mais il ne fut d'aucun parti, il sut au contraire profiter de ce que chacun avait de bon.

Le Caravage (1569-1609), chef des réalistes ou naturalistes, jouit de grands triomphes parmi Je peuple romain. On lui reproche de mal dessiner, de ne savoir nullement composer des groupes considérables, mais il saisit la foule par la vérité frappante du sujet, par l'attitude passionnée de toutes ses figures, si conforme à l'esprit du temps, enfin par l'énergie de son coloris. Ce sont ensuite les éclectiques , qui prennent une direction opposée. Formés à Bologne, où l'éducation artistique se faisait d'une façon méthodique , Annibal Carrache , Le Dominiquin , Le Guide, Le Guerchin arrivent à Rome familiarisés avec le style du Corrége et de l'école vénitienne, pleins de respect pour les vieilles traditions, faisant une étude approfondie du dessin et de la composition et exercés dans la peinture à fresque. Ils ont pour eux les faveurs de la cour et des grands, ils supplantent les réalistes après s'être approprié ce qu'il y a de bon dans leur style. La lutte est loin de s'en tenir aux choses de l'art, les intérêts s'y mêlent et il est rare que les partisans de Carrache eux-mêmes aient la paix entre eux. Il est incontestable qu'une partie de leurs productions sont excellentes. Les fresques d'Ann. Carrache, au palais Farnèse; V Aurore du Guide, au casino Rospigliosi ; les fresques du Dominiquin, à St-Louis, à St-André-de-la-Vallée, à Grotta-Ferrata près de Rome, ne sont pas seulement des chefs-d'œuvre au point de vue technique, mais encore des peintures pleines de vie et de beauté pittoresque. Il y a beaucoup de leurs tableaux dans les galeries de Rome, où ils sont généralement fort goûtés: la Communion de St- Jérôme , par le Dominiquin, au Vatican, ainsi que le St-Romuald de Sacchi; les nombreuses Madones de Sassoferrato , inspirées par Raphaël, etc.

Un des derniers représentants de l'art romain, au XVIIe siècle, est le Napolitain Lorenzo Bernini , dit le cavalier Bernin (1598-1680). On sera vite familiarisé avec son genre à Rome. De nombreuses fo7itaines, les colonnades de la place St-Pierre, Yautel de l'église St-Pierre, la Scala-Regia , au Vatican; les groupes du pont St-Ange, la Daphné de la villa Borghèse, la Ste-Thérèse de S.-M.-des-Victoires , etc., rappellent son nom à chaque instant. Il n'est sans doute pas nécessaire de prévenir le visiteur pour qu'il ne se laisse pas prendre à ces œuvres visant à l'effet; il faudra plutôt l'engager à se tenir en garde contre le mépris dans lequel elles sont tombées, en lui rappelant que, malgré tous leurs défauts , elles ont une importance historique assez considérable, qu'elles ont été admirées pendant près d'un siècle comme les plus brillantes productions de l'art, et que le

INTRODUCTION

L'art au xvne s.

Bernin a trouvé de nombreux imitateurs même au delà des frontières de l'Italie.

Depuis le xvne siècle, Rome n'a plus de style spécial; mais son passé exerce toujours une attraction durable sur les artistes de toutes les nations, qui y voient l'école par excellence, qu'aucun véritable artiste ne peut négliger de fréquenter, et qu'ils s'y fixent volontiers, du moins dans leur jeunesse. Elle prouve sa force inspiratrice à la fin du xvine siècle et au commencement du xixe; sans elle, David n'eût pas adopté et introduit en France le genre classique, Cornélius et son école n'eussent pas osé ressusciter la peinture à fresque. C'est ainsi que Rome a une influence durable sur l'art moderne, mais elle n'a pas réussi à se créer un art qui lui fût propre. La statue de l'Immacolata montre qu'on n'y possède même pas bien les procédés de la fonte du bronze, et les fresques de Podesti, tout près de la chambre de l'Incendie, prouvent que non seulement on y a désappris la peinture, mais qu'on n'y connaît même plus Raphaël ; sans cela on ne se serait pas exposé a provoquer ainsi le jugement du public. Rome, entrée aujourd'hui dans une nouvelle période de son histoire , devenue la capitale de l'Italie, en redeviendra-t-elle ausi le centre artistique au détriment de Milan, de Florence et de Turin? c'est ce que l'avenir nous apprendra.

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