III. Rome antique
d’inscriptions commémoratives, elle était assez large pour permettre à l’orateur d’aller et venir, comme les prédicateurs dans les chaires de certaines églises de Rome et de Naples.
Les Rostres primitifs ont dû leur nom aux éperons de fer (rostra) des navires d’Antium, dont la tribune fut décorée après la prise de cette ville, en 338 av. J.-C. On ne saurait préciser leur situation, mais ils devaient être plus loin du côté de la Curie (p. 279). César les reconstruisit à l’extrémité du Forum. La face antérieure, revêtue de marbre dans l’antiquité, a été mal restaurée en 1904; les dernières couches de marbre, à l’angle N., sont seules antiques; on y reconnaît encore les trous dans lesquels les éperons étaient fixés.
En face des Rostres, sur la place du Forum proprement dit, s’élève le dernier monument de l’antiquité, la colonne de Phocas, haute de 17 m., érigée en 608 par l’exarque Smaragdus, en l’honneur de l’usurpateur byzantin Phocas. Le soubassement en blocs de tuf, disparu sur deux des côtés, date du vne s., tandis que le monument lui-même, qui repose sur une base carrée en brique, remonte probablement encore au ve s. La colonne, surmontée de la statue dorée de Phocas, provient d’un édifice plus ancien; elle fut longtemps le signe caractéristique du Forum enseveli sous les décombres, «the nameless column with a buried base», comme dit Byron.
Sur le pavement de travertin, à l’E. de la colonne de Phocas, on lit les restes d’une grande inscription dont les lettres avaient été remplies de bronze à l’origine: L. Nævius L. f(ilius) Surdinus pr(ætor), nom qu’on retrouve sur le revers d’une table de marbre revêtue d’un bas-relief (p. 2G4). Cette table, trouvée ici en 1553, faisait partie du Tribunal prætorium, ou plate-forme élevée où le préteur siégeait en justice; le bas-relief, qui représente M. Curtius se précipitant dans l’abîme, rappelle le lacus Curtius, district sacré du voisinage, dont on a déblayé les restes en 1904: on y voit, sur un soubassement à trois faces en tuf grisâtre, la partie inférieure d’une bouche de puits (puteal) de forme ronde, et à sec déjà du temps d’Auguste, désignant la place d’un abîme profond qui, d’après la tradition, se referma sur le jeune patricien M. Curtius, après sa mort volontaire.
On voit entre le lacus Curtius et les anaglyphes de Trajan (v. cidessous) une place carrée, entourée d’une grille ; primitivement non pavée, elle a été revêtue au moyen âge de fragments de marbre et autres matériaux. Elle était décorée d’une statue de Marsyas (p. 278), symbolisant le droit de vie et de mort, d’un figuier sacré, d’un cep ae vigne et d’un olivier.
Parmi les monuments qu’on voit sur le pavé du Forum, les plus remarquables au point de vue artistique et les mieux conservés sont les Anaglypha Trajani, deux clôtures en marbre décorées de bas-reliefs («anaglypha»); trouvées en 1872 dans les fondements d’une construction postérieure, à l’endroit même où elles sont aujourd’hui. Elles décoraient probablement dans l’antiquité la tribune aux harangues, au milieu des balustrades latérales. Les basreliefs rappellent des événements qui ont eu lieu sur le Forum et donnent par conséquent une image fidèle de la place dans l’antiquité.
Le premier bas-relief , du côté du Capitole, rappelle la fondation de Trajan en faveur des enfants pauvres (alimenta): à dr., l’Empereur ayant devant lui l’Italie, qui tenait un enfant (actuellement détruit) par la main et un autre sur le bras; à g., l’empereur entouré de licteurs, procla-
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ROME