XI. Histoire de Rome
«Il me serait impossible de vous dire ce qu’on éprouve, lorsque Rome vous apparaît tout à coup .... La multitude des souvenirs, l’abondance des sentiments, vous oppressent; votre âme est bouleversée à l’aspect de cette Rome qui a recueilli deux fois la succession du monde, comme héritière de Saturne et de Jacob» (Chateaubriand). Le voyageur se trouve en effet sur un sol éminemment historique, dans cette ville qui existe depuis près de 3000 ans, que le temps et les événements ont fait passer par tant de phases diverses et où l’on retrouve néanmoins partout, au milieu des créations postérieures, la cité antique. Encore Rome n’est-elle pas seulement importante par la foule de ses monuments, elle l’est aussi et surtout comme le centre de la civilisation en Occident, à peu près depuis les temps les plus reculés de l’histoire de l’Europe; Rome a imposé ses lois au monde ancien, Rome a été dès le moyen âge le siège d’un pouvoir spirituel également universel, sans compter qu’elle est aujourd’hui, au début d’une nouvelle phase de développement, la capitale d’un Etat moderne. A chaque pas, la vue d’un objet nous rappelle le passé, et même si l’on n’y vient que pour satisfaire une curiosité superficielle, on sent bientôt le besoin de recourir à l’histoire. L’esquisse suivante est faite pour le satisfaire; elle se borne à dessein aux faits généraux, qu’elle retrace à grands traits, en indiquant ceux dont notre description suppose la connaissance.
Royauté. — Les origines de Rome se perdent dans la nuit des temps. Ce n’est qu’à une époque relativement rapprochée de l’ère chrétienne que s’est formée la légende de Romulus et Rémus, et que l’on a assigné la date de 754 av. J.-C. à la fondation de Rome. En réalité, la ville est d’une bien plus haute antiquité. Cette opinion n’a pas seulement en sa faveur un certain nombre de vieilles traditions, mais aussi les découvertes faites dans le cours des temps.
Les anciens considéraient le Palatin comme le noyau de Rome, autour duquel étaient venues se grouper peu à peu, au cours des siècles, les parties nouvelles de la ville. C’est sur cette colline que Romulus est censé avoir jeté les fondements de sa cité, de cette Roma quadrata dont Tacite donne les dimensions dans ses Annales (xn, 24). Des fouilles récentes ont mis au jour des restes de murailles, des portes et des rues qui en faisaient partie (v. p. 298). Plus tard, à la ville de Romulus, sur le Palatin, s’en joignit une seconde, sur le Quirinal , habitée par les Sabins, toutes deux réunies de bonne heure par la communauté des institutions politiques. Chacune d’elles avait conservé ses temples et ses divinités particulières, tandis que le Forum , situé entre les deux collines qu’elles occupaient, et dominé par la citadelle et le temple de Jupiter construits sur le
Histoire de Rome.
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Capitole , formait leur point de contact permanent et le centre de l’Etat. Le Forum et le Capitole ont joué ce rôle jusque dans les derniers temps de la Rome antique. Celle-ci a dû, avant tout, son rapide développement à sa situation au cœur de la péninsule, exceptionnellement favorable à la fois pour une grande ville et pour la capitale d’un vaste empire. Les avantages de cette position avaient été bien compris par les anciens eux-mêmes, et Tite-Live (v, 54) les a ainsi énumérés: «flumen opportunum, quo ex mediterraneis locis fruges devehantur, quo maritimi commeatus acci; piantur, mare vicinum ad commoditates, nec expositum nimia propinquitate ad pericula classium externarum, regionum Italiæ medium, ad incrementum urbis natum unice locum». Le Tibre était navigable pour les vaisseaux jusqu’à Rome, et ses affluents, tels que l’Anio, la Néra, la Chiana, le Topino, qui avaient tous un volume d’eau suffisant pour porter des embarcations, établissaient ainsi les relations les plus animées entre Rome et l’intérieur de l’Italie centrale. Mais depuis cette époque, la destruction toujours croissante des forêts a complètement changé cet état de choses, et le Tibre n’est plus navigable qu’en aval d’Orte, dans la dernière partie de son cours.
Tandis que les origines de la capitale du monde se rattachent au nom de Romulus, c’est à celui du roi Servius Tullius que l’on rapporte ses premiers agrandissements. Autour de la double ville du Palatin et du Quirinal se sont peu à peu établis des faubourgs très étendus; soit sur VEsquilin et sur le Célius , soit dans les dépressions de terrain qui séparaient ces diverses collines. En effet, l’industrie et le commerce croissants de Rome y attirèrent de nombreux étrangers, qui s’y établirent à demeure, et les rois, en y transplantant les populations des localités du Latium vaincues par eux, finirent de leur côté par constituer, avec ces divers éléments si distincts les uns des autres, une ville unique comprise dans V enceinte de Servius. Outre le mur qui la composait, il y avait des forts détachés sur plusieurs hauteurs de l’intérieur, en particulier sur le Capitole. L’enceinte descendait du versant N. de cette colline par l’endroit qui fut plus tard le forum de Trajan, contournait le Quirinal jusqu’à l’endroit où furent ensuite les jardins de Salluste (p. 178) et prenait au S.-E. La ville n’y étant plus limitée par des collines escarpées, il y avait là une fossé d’env. 30 m. de large et un rempart d’env. 1300 m. de long (p. 181). La muraille recommençait à l’extrémité E. de l’Esquilin, passait au S. du Célius, embrassait les deux hauteurs de l’Aventin et se terminait au bord du Tibre, en aval de l’emplacement de Ste-Sabine (p. 309). Et, pendant que des travaux s’exécutaient pour la défense de la cité au dehors, les rois ne mettaient pas moins d’activité à l’embellir au dedans par des constructions grandioses. C’est à cette époque qu’appartiennent le temple de Jupiter (p. 255), le cirque ,
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dans la vallée entre le Palatin et l’Aventin (p. 304), le carcer Mamertinus (p. 293), et surtout cet égout destiné à assainir, en le desséchant, le bas-fond marécageux du Forum, la Cloaca Maxima , dont nous admirons encore les puissantes voûtes (p. 305). Ce vigoureux et brillant développement de la ville de Rome sous les Tarquins , au vie s. av. J.-C., prit fin avec le règne de Tarquin le Superbe, expulsé en 509.
République. — Durant le premier siècle de son existence, les efforts de la République tendirent uniquement à conserver les acquisitions antérieures. Ce ne fut pas sans peine qu’elle y parvint, et le peuple romain eut à faire un dur apprentissage de la liberté qu’il venait de conquérir. Rome ne put respirer qu’après la destruction de la puissance des Etrusques, et il lui fallut longtemps combattre pour prendre et anéantir Véies, sa redoutable rivale, pour fonder sa domination sur l’Etrurie méridionale jusqu’au mont Ciminien. Et encore elle tombait bientôt après (390), à l’exception du Capitole, aux mains des Gaulois , qui la détruisirent complètement. Cette calamité n’eut, il est vrai, que des conséquences passagères pour la puissance romaine, mais elle fut décisive pour la ville au point de vue de son caractère extérieur. En effet, l’extrême précipitation avec laquelle furent poussés les travaux de reconstruction fut cause qu’elle se trouva percée de rues étroites et tortueuses, avec des maisons de misérable apparence, et jusqu’au règne d’Auguste, elle ne put avoir aucune prétention au titre de belle ville. Néanmoins, le développement graduel de sa domination devait naturellement exercer aussi son influence sous ce rapport. Pendant qu’elle luttait encore pour la possession de l’Italie, elle fut dotée (312) par Appius Claudius de son premier aqueduc et de sa première chaussée ( aqua et via Appia, p. 420), ainsi que d’un second aqueduc (Anio Vêtus) en 272.
A l’époque des guerres contre Annibal, Rome ne dépassait pas encore l’enceinte de Servius Tullius, mais lorsque l’humiliation de Carthage lui eut assuré la suprématie sur le monde, elle entra dans une période de rapide agrandissement. Elle perça de tous côtés ses remparts et en couvrit l’emplacement de constructions, de telle sorte qu’il était déjà devenu fort difficile du temps d’Auguste d’en déterminer exactement le tracé. Quand les guerres gréco-asiatiques des premières années du ne s. av. J.-C. eurent mis les Romains en contact avec la civilisation de l’Orient, Rome commença à se transformer et à prendre un aspect en rapport avec sa position comme capitale du monde. Les rues, qui jusqu’alors étaient restées sans pavé, furent pourvues de ces dalles massives de lave que nous pouvons encore admirer sur les voies romaines antiques, par exemple sur la voie Appienne. Les grandes maisons patriciennes rivalisèrent entre elles pour éterniser leur nom, en l’attachant à des travaux publics grandioses. M. Porcius Caton avait construit dès
de Rome.
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184 sur le Forum le premier palais de justice, la basüique Porcia; d’autres s’élevèrent plus tard. La spéculation sur les maisons fut alors pratiquée sur une grande échelle et c’est à elle, par exemple, que le triumvir Crassus dut son immense fortune. En effet, le prix des loyers était excessif, tandis que les maisons elles-mêmes étaient hautes et bâties légèrement. Le contraste était grand entre ces sortes de casernes ( insvlæ ) et les palais des grands (domus)j édifices splendides où s’affichait un luxe extraordinaire, comme le prouve ce fait que le tribun Clodius, l’adversaire de Cicéron, avait acheté sa maison au prix énorme de 14800600 sesterces (3 750000 fr.). Pour les maisons particulières, on employait comme matériel des briques séchées au soleil (lateres), tandis que pour les constructions monumentales on se servait de pierres de tuf et de péperin tirées des environs. Le nombre des édifices de l’époque de la République conservés jusqu’à nos jours est relativement restreint; citons entre autres: le Tabularium , de l’an 78 (p. 271), le temple ionique près du pont Emilio (p. 308), le tombeau des Scipions (p. 315) et ceux de Bibulus (p. 220) et de Cæcilia Metella (p. 423).
Empire. — La transformation de la République en monarchie militaire devait nécessairement amener une nouvelle période d’activité dans l’architecture. Les usurpateurs aiment à élever de superbes constructions qui éclipsent les anciens monuments et qui rejettent dans l’ombre les souvenirs historiques attachés à ces monuments. César avait déjà formé les plus vastes projets dans ce sens; mais l’exécution en était réservée à son neveu, plus heureux que lui.
Ce sont en effet les restes des constructions d’AüGUSTE qui tiennent le premier rang, par leur nombre aussi bien que par leur importance, au milieu des ruines de Rome. Nous nommerons seulement le Champ-de-MarSy avec l’anc. Panthéon (v. p. 233) et les thermes d’ Agrippa (p. 235), le théâtre de Marcellus (p. 253), le portique d’Octavie (p. 252) et le mausolée d’Auguste (p. 215), VAra Pacis (p. 188); la basilique Julia (p. 275), le palais d’Auguste , sur le Palatin (p. 301), et le forum d’Auguste , avec le temple de Mars Ultor (p. 295). En tout, Auguste ne construisit pas moins de 82 temples (templorum omnium cor.ditor ac restitutor, dit Tite-Live), et il a pu se vanter à bon droit d’avoir transformé Rome de ville de brique en ville de marbre. Les murs, construits en brique excellente, qu’on admire jusque dans les constructions du rve s., et en travertin des environs de Tivoli, furent revêtus sous son règne de marbres de Carrare, de Paros, de Numidie («jaune antique»), de Laconie («rouge antique») et d’Eubée («cipolin»). L’administration et la police de la ville furent même aussi de la part d’Auguste l’objet d’une réforme; il divisa Rome en quatorze régions (v. p. xxxiii), qui correspondaient à peu près à la circon-
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férence actuelle de la ville, et il confia à un corps d’agents spéciaux (vigiles) le soin d’éteindre les incendies et le maintien de l’ordre et de la sécurité pendant la nuit. Les contemporains parlent avec enthousiasme de l’éclat qu’Auguste donna à la capitale de son empire, en même temps que des sages institutions dont il la dota et qui continuèrent à la régir après lui. Il servit de modèle à ses successeurs en matière de travaux publics, et chacun d’eux chercha à dépasser sous ce rapport ses devanciers.
Néron (54-68) alla jusqu’à faire preuve de la plus effroyable imagination à cet égard; un immense incendie consuma sur son ordre, à ce qu’il paraît, la plus grande partie de Rome, l’an 64, et ce fut pour lui l’occasion de la rebâtir entièrement, sur un plan régulier et d’une manière conforme au goût régnant alors. Pour lui même, il construisit la maison Dorée , palais avec jardins, lacs artificiels et ornements de tout genre, qui s’étendait depuis le Palatin, par la vallée du Colisée, jusque bien loin sur l’Esquilin (p. 288), occupant une surface démesurée. Un juste destin a voulu que de cet édifice et des autres travaux de Néron, détruits par ses propres successeurs, il ne restât que des débris insignifiants de murailles.
Les Fla viens, au contraire, ont éternisé leur nom par un grand nombre d’œuvres très importantes, parvenues jusqu’à nous, bien qu’en ruine, surtout par le Colisée (p. 288), qui a toujours été dès lors comme le symbole de la grandeur romaine; par l’arc de triomphe érigé après la destruction de Jérusalem (p. 287). L’architecture prit encore un nouvel essor sous Trajan. C’est alors, en effet, que l’art atteignit son apogée à Rome. Le forum de Trajan (p. 296), avec sa colonne et ses bas-reliefs, qu’on appliqua plus tard à l’arc de Constantin, en fournissent un éloquent témoignage. Dès le règne de cet empereur, et dans les domaines les plus divers, c’est un déclin lent, mais ininterrompu. — Il est vrai que le Panthéon (p. 233) est encore du temps de son successeur, Adrien, mais les autres créations de cet empereur, comme le temple de Vénus et Rome (p. 287), son Mausolée (p. 338), portent déjà visiblement l’empreinte de la décadence. — Elle est encore plus caractérisée sous les Antonins. Cette famille s’est distinguée par toutes sortes de qualités administratives, et son régime pacifique a souvent été considéré comme celui sous lequel le genre humain a été le plus heureux, si bien que, de nos jours encore, une tradition populaire rattache à la statue équestre du sage et doux Marc-Aurèle (p. 258) l’espérance d’un retour du bon vieux temps, quand la dorure, qui n’existe plus que par place, la couvrira de nouveau tout entière. Mais ce n’était plus là que le calme précurseur de l’orage. Avec la grande peste qui sévit sous le règne de ce dernier empereur commença la série des maux effroyables qui devaient dépeupler l’ancien monde. Pendant un siècle entier se succédèrent sans relâche les
de Rome.
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guerres de compétition au trône, les invasions des Barbares, les famines et les pestes. Sans doute Rome en fut moins atteinte que les provinces, mais on peut admettre cependant que sa population, qui était au commencement du 11e s. d’environ 1 million d’âmes, était déjà réduite sous Dioclétien à la moitié de ce chiffre. On reconnaît aux restes des édifices de cette époque les signes incontestables d’une décadence toujours croissante du goût artistique. Pourtant ils nous ont été conservés en assez grand nombre et ils sont importants, précisément parce que les travaux publics étaient devenus une préoccupation principale de la politique impériale. Parmi ces monuments figurent la colonne de Marc-Aurèle (p. 217), l 'arc de triomphe de S eptime- Sévère (p. 278), les magnifiques thermes de Caracalla (p. 313) et les vastes thermes de Dioclétien (p. 181).
Après les guerres contre Annibal, on avait laissé tomber les murailles d’enceinte, et durant presque cinq siècles, Rome était restée une ville ouverte; mais sous l’empereur Aürélien, en 270, le danger était devenu si imminent qu’il fallut bien protéger de nouveau la capitale par des remparts contre les attaques des Barbares. Cette enceinte fut à peu près celle qui est encore debout aujourd’hui.
Les dernières ruines importantes de l'antiquité rappellent le règne de Constantin le Grand; ce sont la Basilique (p. 285), les thermes (p. 193, 230) et l 'arc de triomphe (p. 291) qui portent son nom. Cependant ce n’est pas lui, mais son adversaire Maxence qui a commencé les deux premiers monuments. Constantin n’aimait pas Rome ni ses vieilles traditions, et la translation de la résidence impériale à Byzance, en 330, marque une époque décisive dans l’histoire de la ville, aussi bien que dans celle de tout l’empire. L’ancienne capitale resta grande par son passé et ses monuments, mais elle n’eut plus guère d’autre importance que celle d’une ville de province. Rien de nouveau n’y fut plus créé et le temps commença son œuvre de destruction sur ce qui existait.
Rome se partageait alors, d’après la division introduite par Auguste, en quatorze régions, dont voici les noms, avec l’indication des ruines et autres curiosités principales de cette époque: I. Porta Oapena; voie Appienne dans la ville (p. 313). II. Cælemontium; le Célius (p. 317). III. Isi8 et Sérapis; Colisee (p. 288), thermes de Traian (p. 292). IV. Tcmplum Pacis ; temple de Vénus et Rome (p. 287), basilique de Constantin (p. 285), temple ne Faustine (p. 284). V. Esquiliæ-, temple de Minerve Medica (p. 202). VI. Alta Semita; thermes de Constantin (p. 193) et de Dioclétien (p. 181). VII. Via Lata , l’espace compris entre le Corso actuel, le Quirinal et le Pincio (p. 215). VIII. Forum Romanum , le forum de la République avec ceux des empereurs (p. 293) et le Capitole (p. 255). IX. Ùircu8 Flaminiu8; théâtres de Marcellus (p. 253) et de Pompée (p. 248), portique d’Octavie (p. 252) Panthéon (p. 233), colonne de Marc- Aurèle (p. 217), temple de Neptune (p. 218). X. Palatium, le Palatin (p. 297). XI. Ctircu8 Maximus-, temple sur le Forum Boarium (p. 305) XII. Piscina Publica; thermes de Caracalla (p. 313). XIII. Avehtinu8\ pyramide de Cestius (p. 312). XIV. Transtibei'im, auj. le Transtevèrc, avec le Borgo, — L’eau y était amenée par 19 aqueducs, dont 4 seule-
Bædeker. Italie centrale. 14® édition. C
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ment fonctionnent encore, et cependant Rome est toujours parfaitement approvisionnée. Les deux rives du Tibre étaient reliées par 8 ponts. Le nombre des rues ôtait de 423, celui des palais de 1790, celui des habitations de 46602. Parmi les édifices publics sont mentionnés: 11 thermes, 856 salles de bains, 1352 fontaines dans les rues, 36 arcs de triomphe, 10 basiliques, etc. Si l’on réfléchit à la grandeur et à la splendeur que dénotent ces simples chiffres, on comprend qu’il a fallu plus d’un millier d’années pour qu’il en soit resté si peu de chose.
Christianisme. — Les plus anciens lieux de sépulture des chrétiens, les Catacombes , nous montrent dès le premier siècle de notre ère une nouvelle société qui se forme, grandit et se maintient en dépit des persécutions. Au commencement de l’année 313, Constantin publia à Milan son fameux édit qui plaçait la religion chrétienne au même rang que toutes les autres ; c’était un pas décisif en faveur de l’alliance de l’Etat et de l’Eglise. Le premier concile œcuménique fut tenu à Nicée en 325, et l’empereur lui-même se fit baptiser à son lit de mort, en 337. La tradition fait remonter la plus ancienne division religieuse de Rome en sept diaconats à St Clément , troisième successeur de St Pierre, et la première église aurait été Ste - Pudentienne (p. 196), établie par St Pierre luimême dans la maison du sénateur Pudens. On attribue kCalixte Ier (218-222) la fondation de Ste-Marie-au-Transtevère (p. 400) et à son successeur, Urbain , celle de Ste- Cécile (p. 402). St- Alexis et Ste-Prisca, sur l’Aventin (p. 309, 312), sont regardés comme datant du commencement du ive s. Nous manquons de données historiques certaines sur ces monuments, de même que sur les constructions élevées par Constantin. On l’a dit le fondateur de la basilique de Latran et de celles de St-Pierre, St-Paul-hors-les - Murs, Ste- Croix -de- Jérusalem, Ste- Agnès-hors-les-Murs, St- Laurent-liors-les-Murs, St-Pierre-et-St- Marcellin, près de Torre Pignattara (p. 418) ; mais c’est à tort, excepté peut-être pour la première («omnium urbis et orbis ecclesiarum mater et caput»). Quoi qu’il en soit, une chose curieuse à noter, c’est que les églises les plus anciennes et les plus importantes de Rome étaient situées pour la plupart aux portes de la ville ou du moins dans le voisinage immédiat du mur d’enceinte. La raison en est que les vieilles traditions des Romains, défendues surtout par la noblesse, opposèrent la résistance la plus opiniâtre à la nouvelle croyance, et que la ville conserva encore longtemps son caractère païen. L’Etat brisa cette résistance; l’autel de la Victoire fut enlevé en 382 de la salle du sénat, et une loi d’Honorius, en 408, dépouilla la vieille religion de tout ce qu’elle possédait et la priva par là même de ses bases matérielles. Alors commença la destruction des anciens temples ou leur appropriation au culte chrétien. Le nombre des églises augmenta rapidement, Rome eut vingt-huit paroisses ou titres (tituli), sans compter une quantité de chapelles, et à ces titres furent préposées cinq églises patriarcales, dont le pape lui-même était le titulaire, et dans les paroisses desquelles était comprise toute la
de Rome.
chrétienté: St-Jean-de-Latran , St-Pierre, St-Paul, St-Laurent et Ste- Marie- Majeure , celle-ci construite par St Libère. Ste- Croix-de- Jérusalem et St-Sébastien , au-dessus des catacombes de la voie Appienne, étaient aussi l’objet d’une vénération particulière C’çtaient là les «sept églises de Rome» que visitaient les pèlerins de l’Occident. Le nombre des couvents s’accrût en même temps que la pauvreté.
La dévastation de la Campagne romaine fit des progrès rapides au ive s. Un document officiel de l’an 395 porte à 130000 hectares la superficie des terrains convertis en marais et abandonnés; la malaria étendit alors sa domination des côtes dans l’intérieur.
L’invasion des Barbares vint encore augmenter la misère. Bien ' qu’il soit injuste d’imputer aux Vandales et aux Goths la destruction des anciens monuments, pour la conservation desquels Théodoric le Grand s’employa au contraire de toutes ses forces, Rome n’en a pas moins souffert énormément, comme théâtre de leurs combats et de leurs pillages. Pillée en 410 par Alaric et en 455 par les Vandales, assiégée pour la première fois en 537 par les Goths sous les ordres de Vitigès, qui ravagèrent la Campagne et coupèrent tous les aqueducs, elle leur résista victorieusement, grâce à Bélisaire et à la solidité de ses murs, principalement du château St-Ange, qui brava tous les assauts. Les Goths durent se retirer en mars 538, après avoir cerné la ville pendant plus d’un an ; mais, le 17 déc. 546, leur roi Totïla y fit son entrée. Rome était alors, dit-on, dans un tel état de désolation, que le nombre de ceux qui en furent témoins ne fut pas de plus de 500. Bélisaire releva les murs en partie démolis et résista à un second siège en 547. Puis la ville retomba au pouvoir de Totila en 549, fut reprise d’assaut en 552 par Narsès et réunie de nouveau à l’empire d’Orient. La guerre, la peste, la misère et d’autres calamités avaient réduit Rome à un état qu’elle n’a connu depuis que durant le séjour des papes à Avignon. Une amélioration véritable de cet état n’était pas possible; les empereurs d’Orient traitaient la ville avec indifférence, et les Lombards devinrent pour elle de nouveaux ennemis. Constance II vint à Rome en 663 (il y avait 306 ans qu’un empereur byzantin n’y était entré), et profita de l’occasion pour emporter les restes de bronze qui ornaient encore ses anciens monuments. Les Lombards campèrent deux mois à ses portes, en 755, sous leur roi Astolphe, et anéantirent le fruit des quelques tentatives qu’on avait faites dans des temps plus calmes pour rendre la vie an désert de la Campagne. On lit dans une élégie de ce temps:
«Nobilibus quondara fueras constructa patronis,
Subdita nunc servis, heu, male Roma rnis;
Deseruerc tui tanto te temporo reges,
Cessit et ad G-ræcos nomen honosque tuus . . .
Nam niai te Pétri meritum Paulique foveret,
Tempore jam longo Roma misella fores.»
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C’est en effet la tradition des grandes luttes et des victoires du christianisme inséparable de cette ville qui en a empêché la ruine complète.
Papauté. — En même temps que la Rome ancienne se transforme en la Rome chrétienne, la papauté acquiert de l’importance comme le plus grand pouvoir spirituel de l’Occident. Léon le Grand (440-461) et Grégoire le Grand (590-604) peuvent être regardés comme ceux qui travaillent le plus à développer ce pouvoir, et malgré la pauvreté et les calamités dont souffre Rome, de nouvelles églises et de nouveaux couvents ne cessent de s’élever au milieu de ses ruines; le peu de sens artistique qui subsiste encore est employé à la décoration de ces édifices. S’affranchir de Constantinople, dominer sur l’Occident, convertir les Barbares païens, telles sont les idées dont on poursuit la réalisation, après laquelle on s’en proposera d’autres. En 727, Luitprand, roi des Lombards, donne au pape la ville de Sutri qu’il a prise (p. 111), la première qui appartînt à la papauté, et amène par là la création des Etats de l’Eglise. Pépin, appelé par le pape, paraît en Italie en 755 et met fin à la suprématie de l’Orient. Ravenne, l’Exarchat et les autres villes furent-elles réellement données au Saint-Siège par ce prince, comme il l’avait promis, c’est ce qu’on ne peut assurer, mais de leur possession par la papauté date le pouvoir temporel de cette dernière et sa domination sur Rome. Léon III couronne Charlemagne empereur en 800, à la fête de Noël, et alors est créé le Saint-Empire romain, alors commence pour Rome la période du moyen âge.
On peut regarder comme symbole de cette époque les nombreux et hauts campaniles en briques, qui contrastent si singulièrement avec les édifices de l’antiquité. Leur style est celui qui s’est formé durant l’époque carolingienne, quoique la plupart de ceux qui subsistent n’aient été construits qu’au xne et au xme s. Il s’éleva encore un plus grand nombre de tours fortifiées, dont il n’existe néanmoins plus aujourd’hui que quelques spécimens isolés, comme celle qu’on appelle la tour de Néron (p. 192). La multitude de ces tours, qui se dressaient au-dessus des ruines de la capitale du monde, révèle le caractère de l’époque: désunion et querelles continuelles entre les grandes puissances que représentent l’empire et la papauté, et démêlés sans fin entre la noblesse et le peuple, l’église et les princes. Les grands monuments de l’antiquité étaient dès lors infailliblement voués à la destruction. Charlemagne avait déjà emporté des colonnes et des sculptures de Rome à Aix-la-Chapelle, et les papes, qui les premiers considérèrent les grands monuments de la ville comme propriété de l’Etat, n’eurent bientôt plus ni le goût, ni le temps, ni le pouvoir de veiller à leur conservation. Rome fut librement pillée par les Romains; les colonnes et les marbres furent employés à la construction des églises; des tours furent bâties sur de splendides monuments de l’antiquité; des artisans s’établirent
de Rome.
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dans les théâtres, les cirques, etc. ; les beaux sarcophages des héros servirent aux usages domestiques les plus vils; l’ouvrier se fit une table avec le cippe d’un grand de Rome ou la plaque d’albâtre sur laquelle une matrone étalait ses bijoux ; Rome fut pendant des siècles comme un grand four dans lequel on jeta les marbres les plus précieux pour en faire de la chaux, et quoique ce pillage ait duré des siècles, les trésors de l’antiquité ne furent pas épuisés.
Léon IV (847-855) entoura d’un mur la Cité Léonine et put faire encore d’autres constructions utiles; mais ce nouvel essor fut arrêté par le pillage que la ville et ses environs eurent à souffrir de la part des Sarrasins. Lorsque ces barbares eurent enfin été domptés par Jean X (914-928), la ville fut assiégée et prise d’assaut différentes fois par les armées allemandes, durant les guerres dont la couronne impériale était l’objet, jusqu’au jour où les luttes intestines des partis qui déchiraient la ville vinrent enfin la diviser en quantité de quartiers fortifiés et de maisons en forme de châteaux, pour la construction desquelles on prit les pierres et le mortier où on les trouvait, sans épargner les édifices antiques. Le rétablissement momentané de la paix devenait même la cause de nouvelles destructions, comme par exemple au milieu du xme s., où le sénateur Brancaleone fit détruire près de cent quarante manoirs de cette noblesse belliqueuse.
La confusion toujours croissante qui régnait dans les affaires de la ville et celles des Etats de l’Église obligea enfin Clément V (1305-1316) à transférer en 1309 le Saint-Siège à Avignon, où les papes résidèrent jusqu’en 1377, tandis que Rome était gouvernée par les Guelfes ou les Gibelins, les Napolitains ou les Allemands, les Orsini ou les Colonna et même, pendant quelque temps, par Cola diRienzo (1347), qui rétablit l’ancienne république, au milieu d’une misère et d’une pauvreté générales, le nombre des habitants ne dépassant guère alors 20000.
En 1377, au retour d’Avignon, sous Grégoire XI (1370-1378), commence une nouvelle ère, brillante surtout après la fin du grand schisme (1378-1417), où des richesses immenses viennent affluer à Rome, et où toute l’Italie s’épanouit, par suite de la renaissance des sciences et des arts. Cet essor, protégé par le génie des Nicolas V (1447-1455), Jules II (1503-1513) et Léon X (1513-1522), permet même à la ville de se relever bien vite du terrible pillage («Sacco di Roma») des troupes du connétable de Bourbon, devenu général de Charles-Quint (1527). La population s’accroît peu à peu, la noblesse et les favoris des papes construisent quantité de palais superbes, les papes et les cardinaux restaurent les vieilles églises ou commencent à l’envi beaucoup de nouvelles constructions. Sixte- Quint (1585-1590) est surtout le pape qui a donné à Rome la physionomie qui la caractérise aujourd’hui. Y. aussi p. lxxiv.
INTRODUCTION
Histoire
En 1798, Rome fut transformée en république pendant un court espace de temps; de 1809 à 1814, elle fut réunie à la France. La république y fut rétablie en 1849; mais les Français y ramenèrent le pape Pie IX en 1850. Elle resta alors occupée par une garnison française de 15000 hommes, qui, d’après la convention de 1864, fut retirée en 1866. Ramenée dans la ville par l’expédition de Garibaldi, en 1867, cette garnison y est restée jusqu’à la guerre de 1870. Le 20 sept, de la même année, les troupes italiennes s’emparèrent de Rome après un bombardement de cinq heures, et depuis elle est la capitale du royaume d’Italie. Rome comptait alors plus de 215000 habitants. Le roi Victor-Emmanuel II mourut le 9 janv. 1878 et eut pour successeurs son fils Humbert Ier, né en 1844 et mort assassiné le 29 juillet 1900, puis son petit-fils Victor-Emmanuel III (né le 11 nov. 1869) qui règne actuellement.
de Rome.
INTRODUCTION
TABLE CHRONOLOGIQUE des empereurs , papes , rois de France , etc.
Avant
J.-Chr.
Empereurs
Papes f
1 Après J.-Chr.
Empereurs
Papes
Assassinat de
St Urbain I®r
Jules -César.
César Octave
St Pontien
Auguste.
Maximin.
St Antère
St Fabien
Tibère.
Gordien I®r et
Caligula.
Gord. II. Pu-
Claude.
pien et Balbin.
Néron.
Gord. III.
Supplice de St ;
Philippe
Pierre.
l’Arabe.
St Lin (67-79).
Dèce.
Galba.
Gallus et Vo-
St Corneille
Othon.
lusien.
Vitellius.
St Luce I®r
Vespasien.
Titus.
Emilien.
St Etienne I®r
Domitien.
St Clément 1er
Valérien.
St Sixte II
Nerva.
Trajan.
St Denis
St Evaristc.
Gallien.
St Alexandre I«\
Claude II.
St Félix I®r (269-
Adrien.
Aurélien.
St Sixte I®r.
Tacite.
St Eutychien.
St Télesphore.
Florien.
Antonin le
Probus.
Pieux.
Carus. [rien.
St Hygin.
Carin et Numé-
St Caïus.
St Pie I«r.
Dioclétien.
St Anicet.
St Marcellin. ++
Marc-Aurèle.
Constance-
St Soter.
Chlore , Maxi-
St Eleuthère.
mien, Galère.
Commode.
Constantin le
St Victor I«r
Grand, seul de
Pcrtinax.
Maxence,
Didius Julia-
Sévère,
nus.
Licinius,
Septime-Sévère.
Maximin II.
St Zéphyrin
St Marcel I®r.
St Eusèbe.
Caracalla
St Melchiadc.
(Géta, m. 212).
St Sylvestre Ier.
Macrin.
St Marc.
Héliogabale.
St Calixte I«r
Constantin II,
St Jules I®r.
Alexandre -Sé-
Constance II, 1
vère.
Constant.
t Les dates des papes jusqu’à Constantin sont douteuses; elles ne reposent que sur des traditions incertaines. [Dioclétien,
ft Jusqu’en 304, puis quatre années de vacance, durant la persécution de
INTRODUCTION. Table chronologique.
Après
J.-Chr.
Empereurs
Papes
Après I J.-Chr.|
Empereurs
d’Occident
Papes
St Libère (352-
Sabinien.
Julien l’Apos-
Boniface III.
tat.
St Boniface IV.
Jovien.
Dieudonné.
Valentinien Ie»’
Boniface V.
et Valens
Honorius I®1.
(partage de
l’empire).
Séverin.
St Damase Ier.
Jean IV.
Gratien.
Théodore I®r.
Valentinien II.
St Martin 1“.
Théodose Ier,
St Eugène I®r.
seul en 392.
St Vitalien.
Arcadius.
Adéodat.
St Sirice.
Don us I».
Honorius.f
St Agathon.
St Ahastase le*-.
St Léon II.
St Innocent Ier.
St Zosime.
St Benoît II
St Boniface Ier.
Jean V.
St Célestin I".
Conon.
Valentinien III.
St Sergius 1er.
St Sixte III.
Jean VI.
St Léon 1», le
Jean VII.
Pétrone-
[Grand.
Sisinnius.
Maxime.
Constantin I®r.
Avitus. — Majo-
St Grégoire II.
riez — Sévère.
St Grégoire III.
— Anthémius.
St Hilaire
St Zacharie.
— Olybrius. —
Etienne II.
Glycerius. —
St Simplice
Etienne III.
Julius -Népos.
St Paul Ier.
Romulus- Au-
Constantin II.
gustule.
Philippe.
Chute de l’em-
Etienne IV.
pire romain.
Adrien Ier.
St Félix III.
St Léon III.
St Gélase Ier.
Charlemagne.
St Anastase II.
Louis le Dé-
Symmaque.
bonnaire.
Hormisdas.
Etienne V.
St Jean I®r.
St Pascal I®r.
Félix IV.
Eugène II.
Boniface Il.ft
Valentin.
Jean II.
Grégoire IV.
St Agapet Ier.
Lothaire.
St Silvere.
Sergius II.
Vigile.
St Léon IV.
Pélage Ier.
Louis II.
Benoît III.
Jean III.
St Nicolas Ier.
Benoît 1er.
Adrien II.
Pélage II.
Jean VIII.
St Grégoire Ier
Charles le
le Grand.
Chauve.
f A partir de 395, date de la mort de Théodose, le partage de l’empire est définitif; notre table ne mentionne plus que les empereurs d’Occident. ft Tous les papes qui ont précédé Boniface II ont été canonisés.