‹ Italie centrale, RomeChapitre 262 sur 321 · CAMPAGNE · texte numérisé non relu

CAMPAGNE

ruines grandioses, surtout de l’antiquité, est riche en beautés naturelles, rehaussées par le noble profil de ses montagnes lointaines.

«Rien n’est comparable, pour la beauté, aux lignes de l’horizon romain, à la douce inclinaison des plans, aux contours suaves et fuyants des montagnes qui le terminent. Souvent les vallées dans la Campagne prennent la forme d’une arène, d’un cirque, d’un hippodrome; les coteaux sont taillés en terrasses, comme si la main puissante des Romains avait remué toute cette terre. Une vapeur particulière, répandue dans les lointains, arrondit les objets et dissimule ce qu’ils pourraient avoir de dur ou de heurté dans leurs formes. Les ombres ne sont jamais lourdes et noires; il n’y a pas de masses si obscures de rochers et de feuillages dans lesquelles il ne s’insinue toujours un peu de lumière. Une teinte singulièrement harmonieuse marie la terre, le ciel et les eaux: toutes les surfaces, au moyen d’une gradation insensible de couleurs, s’unissent par leurs extrémités, sans qu’on puisse déterminer le point où une nuance finit et où l’autre commence. Vous avez sans doute admiré dans les paysages de Claude Lorrain cette lumière qui semble idéale et plus belle que nature? eh bien, c’est la lumière de Rome!» (Chateaubriand) .

La Campagne, qui, à l’époque tertiaire postérieure, formait un golfe parsemé d’îles, a été complètement transformée par l’activité successive des volcans en formation sur une dépression parallèle à la chaîne des Apennins: au N. apparurent le mont Cimino (p. 110) et les cratères qui entourent le lac de Bracciano (p. 112), au S. les monts Albains (p. 434) dont les tufs et les cendres comblèrent peu à peu le golfe. De là naquirent des marécages peuplés d’une faune très riche (hippopotame, éléphant, cerf) ; de longues coulées de lave s’étendirent jusque dans les environs de Rome (v. p. 423).

Mais cette plaine est encore plus importante pour l’historien que pour le naturaliste. L’étroite bande de terre comprise vers la mer entre les monts Albains et le Tibre, est l’antique Latium, la patrie du peuple romain, qui étendit peu à peu ses conquêtes, au N. sur les Etrusques, à l’E. sur les Sabins, au S. sur les Yolsques, et qui finit par réunir l’Italie entière, puis tout le monde ancien sous sa domination. Jadis très peuplé et couvert de villes florissantes, ce pays est aujourd’hui un vaste désert, dont 1/l0 environ est labouré. Au mois de mai, avant que la malaria commence à se faire sentir (p. xxv), les pâtres conduisent leurs troupeaux dans les montagnes, et le petit nombre de paysans qui sont attachés à la -glèbe mènent une existence des plus misérables. Depuis 1900, la section italienne de la Croix Rouge s’occupe du sort de ces pauvres gens et a procédé à l’établissement de stations climatériques dirigées par des médecins. Les causes de ce changement remontent aux derniers siècles de la République, alors que la classe des agriculteurs libres se vit de plus en plus réduite par les empiètements des grands propriétaires fonciers. Or, une nombreuse population et un dessèchement du sol accompagné d’une culture intense sont les seuls moyens de prévenir la malaria. Au moyen âge, le mal était encore pire. Le gouvernement pontifical a essayé à diverses reprises de relever l’agriculture et le gouvernement italien suit son exemple; mais toute espérance de réussite restera illusoire tant que subsistera

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