CHAPITRE XVII
L'ART EN PIÉMONT DEPUIS LA RESTAURATION DE LA MAISON DE SAVOIE JUSQU'A LA FIN DU XIXe SIÈCLE
EMMANUEL- PHILIBERT, CHARLES -EMMANUEL I ET CHARLES -EMMA- NUEL II, VICTOR-AMÉDÉE II, PROTECTEURS DES ARTS EN PIÉMONT. — L'ARCHITECTURE: GUARINI, JUVARA, GALLO DE MONDOVI. — LA PEIN- TURE : CL. BEAUMONT. — LE XIX* SIÈCLE : L'ACADÉMIE ALBERTINA ; L'ARCHITECTE ANTONELLI.
NOTRE étude de l'art piémontais nous a conduits jusqu'au règne d'Emmanuel- Philibert, sous lequel cette province acquit une grande importance. A la fois législateur, organisateur, rénovateur de sa principauté, ce prince ne s'occupa pas seulement des cours suprêmes de justice, de l'administration, de l'agriculture et des questions militaires ; c'est lui qui fixa sa résidence à Turin, contrairement à ses prédécesseurs, qui avaient souvent séjourné de l'autre côté des Alpes ; il y ramena et y protégea l'Université, y construisit la citadelle, y organisa la Monnaie, et mourut en 1 580, après un règne long et glorieux.
Lorsque, en 1 559, la paix de Cateau-Cambrésis rétablit la monarchie de Savoie, il y avait encore, on l'a vu, dans plusieurs parties du Piémont, quelques peintres fidèles aux vieilles tendances locales, quoique celles-ci eussent été abandonnées par les grands maîtres, Sodoma et Gaudenzio Ferrari. Aussi ne faut-il pas s'étonner qu'Emmanuel- Philibert, loin d'encourager ces retardataires, leur ait
LE NORD DE L'ITALIE
Fig. 400. — G. Vermiglio. — Nativité.
(Milan, Musée de Bréra.) (Cliché Ferrario.)
donné en quelque sorte le coup de grâce en appelant dans ses Etats des artistes étrangers.
De 1561 a 1573, il retint auprès de lui Giacomo Vighi, dit l'Argenta, du lieu de sa naissance, bon peintre de portraits, envoyé par son maître en France, en Bohême, en Saxe, pour reproduire les traits de divers souverains et acheter des tableaux ; puis ce fut le tour
d'un autre Romagnol, Alessandro Ardente de Faenza, mort en 1 595.
Nous voyons, en outre, Emmanuel- Philibert et sa femme, Marguerite de France, faire des commandes à Paris Bordone, à Jacopo Bassano, à Palma le Jeune.
Charles-Emmanuel (1580-1630), esprit moins vigoureux et surtout moins guerrier, protégea plus efficacement encore les lettres et les arts. Sous son règne, fut commencée à Turin
Fig. 402. — Antonino Molineri. — Martyre
de Saint Paul.
(Turin, Pinacothèque.)
Fig. 401. — Guglielmo Caccia,
dit le moncalvo. — l'artiste
au travail.
(Portrait de l'auteur.) (Église
paroissiale de Moncalvo.)
une belle collection d'objets rares, de manuscrits, de livres précieux, que ce prince logea dans un vaste musée, décoré par de nombreux artistes, tant étrangers qu'italiens. Federico Zuccari, entre autres,