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LE RÈGNE DE VICTOR AMÉDÉE II

premières préoccupations furent la guerre et la diplomatie ; mais, plus tard, devenu roi de Sicile, en 1712, il favorisa les arts avec une véritable passion. Sous son règne, le Piémont donna l'hospitalité à Daniel Seiter (de Vienne) (1649-1705), qui, en dépit de ses études à Venise, ne perdit ni la lourdeur du pinceau, ni la faiblesse de coloris qui lui étaient naturelles. Nommé peintre ducal en 1687, il décora une galerie entière du Palais Royal.

Cependant, malgré sa longueur, le règne de Victor- Amédée pourrait être considéré comme une des périodes les moins artistiques de Thistoire du Piémont, si, en 1713,

au cours d'un voyage en Sicile, ce prince n'avait rencontré et

apprécié Filippo Juvara ou Juvarra, le célèbre architecte de Messine

(1685-1735). A son arrivée à Turin, Juvara put y trouver d'assez

bons spécimens du style baroque ; nous ne parlons pas, bien

entendu, de l'église du Corpus Domini (1610), œuvre d'Ascanio

Vittozzi d'Orvieto, mais de l'Hôtel

de Ville (1669; fig. 405), par

Carlo Emanuele Lanfranchi ; du

Palais Ducal, aujourd'hui Royal ;

du château de la Veneria, par

l'architecte Carlo Amedeo Castel-

lamonte, à qui l'on doit aussi le plan

de la place San Carlo. Surtout

Guarino Guarini (de Modène)

(1624-1683) avait élevé l'église

San Lorenzo, le palais Cangnano

(fig. 403), celui de l'Académie des

Sciences, une partie de l'église de

la Consolata (fig. 406) et la chapelle du Saint-Suaire (fig. 408),

.• Tv- 1 1 • Fig. 409. — Turin. — Palais

contigue au JJome, dont on admire ^ ^

l . • • 1 1 • .Madama. — Grand Escalier.

la conception originale et la statique (Cliché Alinari.)

LE NORD DE L'ITALIE

Fig. 410. — Massimo d'Azeglio.

Ulysse et Nausicaa.

(Turin, Musée Civique.)

bien ordonnée. Outre ces monuments de Turin, Guarini avait construit à Messine divers édifices très réussis, entre autres la célèbre église de l' Annunziata dei Teatini ; de sorte que Juvara, bien avant de venir en Piémont, avait pu, dès sa jeunesse, apprécier la valeur de Guarini, étudier son œuvre hardie, géniale, pleine de fantaisie, en même temps que d'une ordonnance sûre et sévère. C'est du reste grâce à Guarini que s'épanouit librement en Piémont notre style baroque le plus grandiose, au détriment du style français ; on avait essayé d'implanter celui-ci avec le château du Valentino (fig. 404), commandé par Christine (Madame Royale), fille d'Henri IV, à un élève de l'architecte Salomon Debrosse.

En 1 7 1 3, le Ligure Giovanni Antonio Ricca avait cru établir sa supériorité à Turin par la construction de l'Université, quand la venue de Juvara coupa court â ses espérances. Celui-ci, en effet, arrivait en Piémont précédé d'une réputation bien établie parmi les artistes, et, fort de la protection du duc, il ne tarda pas à imposer des principes inspirés par une simplicité classique relative, qu'il devait à l'école de Carlo Fontana. De plus, la vivacité de ses conceptions et la promptitude de son dessin étaient si surprenantes que de diverses parties de l'Italie et de l'étranger on s adressait â lui pour avoir des esquisses, des projets d'autels, d'églises, de palais ; en même temps, il élevait près de Turin l'église de Superga (fig. 407), d'un ensemble grandiose,

dans la ville même la façade

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