RAVENNE ET L'ART BYZANTIN
ORIGINES DE L'ART A RAVENNE : PÉRIODES ROMAINE, GOTHIQUE, BYZAN- TINE. — VESTIGES DE L'ART DU IV* ET DU V? SIÈCLE : LES BAPTISTÈRES, LES MOSAÏQUES. — LE MAUSOLÉE DE THÉODORIC. — L'ART RAVENNATE JUSQU'AU Xlle SIÈCLE: LE « PALAIS DE THÉODORIC », LES CAMPANILES, LES CRYPTES.
C'EST à Ravenne que subsiste l'ensemble le plus beau, le plus complet et le mieux conservé des monuments de l'art byzantin. Sous l'Empire romain, cette ville avait déjà pris un développement considérable. Auguste ouvre son port à la flotte de l'Adriatique ; Tibère l'entoure de murs et l'orne d'édifices. En 402, Hononus la juge digne de servir de capitale à l'Empire d'Occident ; elle la demeure soixante-quinze ans, jusqu'au jour où Odoacre, chef des Thunngiens et des Hérules, anéantit l'Empire. Après l'avoir prise, ce barbare de génie s'y installe ; mais à peine y est-il établi que Théodonc l'attaque, le tient trois ans assiégé dans Ravenne et le met à mort après un simulacre d'association au trône. Le vainqueur prend à son tour Ravenne comme capitale. La domination des Goths dure soixante-trois ans et vaut à la ville un essor splendide et de nombreux monuments.
La mort de Théodoric fut le signal de la ruine du royaume gothique, qu'écrasent Bélisaire et Narsès. Grâce a eux et à Justinien,
LE NORD DE L'ITALIE
la magnificence de Ravenne s'accroît encore, mais sa gloire jette sa suprême lueur. Au cours des deux siècles qui suivent, la dureté des Exarques venus de Constantinople l'opprime et peu à peu consomme sa déchéance. Néanmoins, pendant la plus sombre période du Moyen Age, la vieille cité soutint, contre la curie papale de Rome et contre Venise naissante, des luttes redoutables et sut maintenir son orgueil politique, la réputation de ses arts et l'éclat de sa littérature.
Ces périodes dotèrent tour à tour Ravenne de monuments qui lui assignent un rang unique dans l'histoire. Le style byzantin et le style pré-roman y ont créé des merveilles : églises en croix grecque, basiliques, baptistères, mausolées fastueux rehaussés de sculptures et de mosaïques, tours, cryptes, ivoires, étoffes précieuses et trésors d'orfèvrerie.
Les opinions les plus contradictoires ont été émises sur les origines et les sources de l'art ravennate ; elles renferment toutes une part d'exactitude et d'erreur, mais il semble que la vérité, ainsi qu'à l'ordinaire, doive être cherchée dans le juste milieu. Ainsi, tout en n'excluant pas une part d'influence orientale considérable, on ne saurait (surtout pour les œuvres du IVe au Ve siècle) méconnaître l'inévitable continuité des types et des formes classiques.
Il est désolant de penser qu'au XVIIIe siècle un architecte insensé a pu raser la basilique d'Ursus, construite à la fin du IVe siècle, et en a pu faire disparaître presque toutes les parties ornées. Cette majestueuse église a cinq nefs offrirait un champ précieux à l'étude des formes romaines à leur déclin, au moment où elles se fondent dans les formes byzantines. Les fragments rarissimes et les dessins qui en ont été conservés, mais dont on a jusqu'ici tiré peu de parti, témoignent de l'antiquité de quelques-unes des formes ravennates. L'église, tournée vers l'Orient, présentait déjà des chapiteaux surmontes de coussinets de pierre, antérieurs, par conséquent, de près d'un demi-siècle a ceux de l'église votive de Galla Placidia, considérés jusqu'ici comme les plus anciens. Nous n'avons pu, malheu-
Fig. 2. — Ravenne. — Abside
de Saint-Jean-l'Évangéliste.
(Cliché Chiusoli.)