ORIGINES DE L'ART RAVENNATE
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Fig. 3. — Ravenne. — Le Bon Pasteur.
Mosaïque du tombeau de Galla Placidia.
reusement, retrouver un seul dessin de l'extérieur de la grande basilique ; aussi ignorons-nous si la décoration de pilastres et d'arceaux, un des traits dominants de l'architecture ravennate, ornait déjà les murs de l'église primitive.
Les premiers dessins qui reproduisent des monuments de Ravenne apparaissent au XVIe siècle et deviennent de plus en plus nombreux au cours des siècles suivants, c'est-à-dire à une époque où l'extérieur rustique et nu de ces architectures n'inspirait que du dédain. Aussi ces dessins ne représentent-ils que des intérieurs d'églises. Ce sentiment chrétien primitif : Tu ne verras de beauté qu'en moi ; tu ne seras heureux qu'en moi ", avait depuis trop longtemps disparu.
Les pilastres abondent vers le Ve siècle ; il en subsiste encore à Ravenne de très beaux spécimens, surtout è San Giovanni Evangelista, l'église votive promise au saint par Galla Placidia, en 424, pendant une tempête. Endommagée en 1 747, elle conserve d'importants vestiges anciens, la double colonnade, une partie du portique carré et de la façade, les fenêtres latérales et l'abside à galerie, premier type des absides romanes qui ne devinrent fréquentes que plus tard (fig. 2). L'aspect primitif subsiste, sauf quelques changements au tombeau de Galla (fig. 4) et au baptistère de la Cathédrale (fig. 5 et 8).
C'est là que se trouvent les mosaïques à fond bleu foncé, les plus anciennes de
Ravenne, les fonds d'or
r • . i • • Fig. 4- Ravenne. —Tombeau
ne taisant leur apparition ,, ,>
, -il DE Galla Placidia.
qu Un Siècle plus tard. (Cliché Alinari.)
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LE NORD DE L'ITALIE
Fig. 5. — Ravenne.
Baptistère et campanile
du DÔME.
(Cliché Zoli.)
Ce baptistère, comme plusieurs autres, est romain d'origine. Ce fut une salle de thermes dépendant de nymphées construits au IIe et au IIIe siècle. Les premiers chrétiens attachaient plus d'importance au baptême qu'au lieu même où il était administré : le néophyte pouvait tout aussi bien recevoir le sacrement sur la rive d'un fleuve que dans la vasque d'un bain public. Vers le milieu du Ve siècle, l'archevêque Néon transforma l'ancienne salle de thermes, la décora d'attributs propres à sa destination nouvelle et en modifia le plan ; les ornements romains primitifs et les incrustations de marbre furent seuls conservés. La mosaïque date du Ve siècle ; elle montre cependant une grandeur et une simplicité toutes romaines. Ses personnages, dans le caractère romain, corrects et graves, ont des têtes petites comme celles des statues antiques. Pour nous, il est hors de doute que les premiers mosaïstes de Ravenne ont subi l'influence des artistes romains; les formes, la technique et le sentiment des mosaïques, aussi bien du baptistère que du tombeau de Galla Placidia (fig. 3) et des plus anciennes de Sant' Apollinare Nuovo (fig. 1 et 9) le révèlent clairement, quand on les compare aux fastueuses mosaïques véritablement byzantines, postérieures à la chute du royaume des Goths. Pendant la longue période où Ravenne demeura la capitale de l'Empire d'Occident, puis celle d'Odoacre et des Goths, l'influence orientale
fut aussi limitée que le rayonne-
, r • • r Fig. 6. — Ravenne. — Tombeau
ment des traditions romaines tut DE théodoric
considérable. Le tombeau de Galla (Cliché Ricci.)
MAUSOLEE DE THEODORIC
Fig. 7. — Ravenne.
Sant' Apollinare Nuovo.
(Cliché Ricci.)
Placidia, en forme de croix latine, est contigu à l'église de Sainte- Croix, bâtie sur le même plan et prototype de l'église à transept ; on remarque dans ses décorations en mosaïque (fig. 3) de remarquables points de ressemblance avec celles de San Giovanni in Fonte, à Naples, et de Casaranello, ainsi que les répétitions de motifs romains, comme le vase aux colombes de la Villa d'Hadrien, et la perspective de grecques " multicolores des thermes d'Otricoli. Et de même, à Sant' Apollinare Nuovo (fig. 7 et 1 0), l'église aulique de Théodoric, la partie construite sous son règne présente encore un caractère romain : les figures de prophètes alignés, drapés dans leurs manteaux, portant dans leurs mains un livre ou un rouleau, ont vraiment la tenue d'œuvres sculpturales (fig. 9). Le clair-obscur est à peine interrompu par le rose des chairs et le rouge des reliures. Ces figures, campées sur un plan en perspective, qui leur
sert de socle, n'offrent dans le mouvement des mains et les plis des manteaux que des gestes de statues antiques.
Après la conquête de Ravenne par les généraux de Justmien, des formes nouvelles apparaissent dans les ornementations de marbre, telles que les chapiteaux cubiques ou à corbeille ; la mosaïque décorative révèle une technique et une inspiration tout à fait différentes.
Quelques monuments ravennates témoignent encore de cette évolution ; mais le temps et les hom-
Fio. 8. - Ravenne. - Baptistère. mes n'fn ont que trop diminué (Cliché Alinari.) le nombre. Les églises de Saint-
Fig. q. — Ravenne. — Prophètes
Mosaïque de Sant' Apollinare
Nuovo.
(Cliché Ricci.)
LE NORD DE L'ITALIE
Vital (fig. 13 al 5), de Sant* Apollinare in Classe (fig. 11,12, 1 6 et 18) et aussi les deux longues rangées de martyrs et de vierges de Sant' Apollinare Nuovo (fig. 12), sont les monuments les plus typiques et les plus considérables de la renaissance artistique de Ravenne.
Il semble, dans ces mosaïques, que l'amour de la forme soit éclipsé par la recherche décorative ; les figures s'y succèdent sans variété, et le sens du relief a presque disparu ; les plis des vêtements deviennent plus rares ; sans ombres, anguleux et longs, ils n'enveloppent plus les membres qu'ils recouvrent. Par contre, les étoffes d'or chargées de fleurs, les diadèmes, les bracelets, les ceintures brodées de métal et de pierres précieuses acquièrent une splendeur jusqu'alors inconnue ; partout, la nacre se mêle aux émaux et aux marbres. Tandis que les artistes italiens s'inspiraient encore dans leurs compositions de la sévérité antique, il semble que les Byzantins aient copié dans leurs mosaïques l'exécution chatoyante des étoffes orientales (fig. 1 1 et 1 3). Deux ou trois tons suffisent à varier les chairs : cent couleurs vives et une profusion de petites plaques de nacre parviennent à peine, semble-t-il, à rendre le luxe des broderies et des pierres précieuses. La mosaïque de tradition romaine est plus solide et plus belle de lignes ; la mosaïque byzantine, par l'étalage d'un luxe inouï, est plus fastueuse et plus décorative.
Si l'on excepte l'église de Saint- Vital à croix grecque (fig. 14 et 15), et
celle de Sainte-Croix, dont
i... i. Fig. io. — Ravenne. — Sant' Apollinare
nous avons déjà parle, Nuovo.
toutes les basiliques pré- (Cliché Ricci.)