Giusto de Ravensburg
ANNONCIA mon.
(Gènes, Cloître de Santa Maria di Castello.) (Cliché Alinari.)
LE NORD DE L'ITALIE
Baudo de Novare. Il en vint aussi de Lombardie, surtout à partir de l'époque où la République de Gênes se mit sous la protection de Filippo Maria Visconti : Montorfano, Carlo Braccesco, nommé aussi Carlo del Mantegna, Lorenzo de' Fazoli, Donato Bardo de Pavie (fig. 454), et le plus grand de tous, Foppa, artiste de haute valeur, appelé souvent après 1478 à exécuter des commandes à Gênes, à Rivarolo et à Savone.
Les peintres indigènes purent-ils échapper à la douce fascination
que produisaient les œuvres de Foppa ? Le concours qu'il prêta
à Brea pour le triptyque de Savone ( 1 490) resta-t-il sans effet ?
Macario, né à Pigna sur la Rivière du Ponent, dominicain et
affilié au couvent de Santa Maria délia Misericordia, à Taggia, appartient, comme artiste, au XVe siècle, quoique sa vie et son activité se soient prolongées jusqu'en 1522.
A Nice, se forma un important groupe d'artistes, tels que Giacomo Duranti, qui peignit en 1454 un retable dans la petite ville de Lérins, en Provence, Giovanni Miralieti, et la célèbre famille Brea, dont les membres les plus connus sont Lodovico (1458 ?-1 51 9 ; fig. 455), son fils Antonio (1504-1545), et Francesco (1530-1632 ; fig. 461) ; on ne sait si ce dernier était le fils ou le neveu de Lodovico. Celui-ci l'emportait sur tous les autres artistes niçois par la noblesse des formes et du sentiment et la chaleur du coloris. Après lui, Teramo Piaggia de Zoagli se contenta de suivre timidement la tradition, tandis qu'Antonio Semini (1525-1591 ; fig. 457) se montrait avide de progrès, à l'exemple de Pier Francesco Sacchi (de Pavie) et surtout de Perin del Vaga. C'est de ce dernier que dérive Luca Cambiaso (1527-1585; fig. 456), le plus grand des artistes génois, doué d'une précocité extraordinaire, puisqu'il peignait déjà fort bien à quinze ans ; il fit preuve d'une rapidité si inouïe dans la conception et dans l'exécution qu'on le croyait ambidextre. Malgré son talent, il ne dédaignait pas
Fig. 453. — Conrad d'Allemagne.
Voûte du Cloître de Santa Maria
di Castello, a Gênes.
— LUCA CAMBIASO
Fig. 454. — Bardo de Pavie.
Crucifixion.
(Savone, Pinacothèque.)
(Cliché Alinari.)
d écouter les enseignements cTAlessi et de son ami G.-B. Castello ; celui-ci n était pas seulement architecte, comme on l'a vu (p. 238), mais aussi peintre délicat et distingué ; il contribua, ainsi que Luca Cambiaso, à la décoration de l'Escurial. Avide de tout connaître, prêt à tout oser, Cambiaso, déjà avancé en âge, se rendit à Florence, à Rome, en d'autres villes encore, pour y voir et y étudier les œuvres les plus célèbres des grands maîtres de la Renaissance. On a loue aussi la hardiesse et la fougue de ses dessins, qui abondent dans toutes les collections :
mais il nous semble qu'il y abusa des traits anguleux et des raccourcis forcés, au détriment de la spontanéité et de la vérité. Plusieurs de ses tableaux, au contraire, sont vraiment remarquables. On a beaucoup vanté le Paradis qu'il a peint à l'Escurial ; mais les critiques modernes y relèvent quelque chose d'inégal et de mou, qui répond bien à son état d'esprit au moment où il exécuta cette peinture : il avait perdu toute espérance d'épouser la femme qu'il aimait éperdûment ; l'ardeur au travail et la volonté de vivre l'abandonnaient.
Valerio Corte (1520-1580), originaire de Pavie, apporta de Venise en Ligurie la manière du Titien ; son fils Cesare (1550- 1613), disciple de Cambiaso, imita la délicatesse et le beau coloris de son maître ; Bernardo Castello (1557-1644) subit plutôt l'influence du Bergamasque ; gâté par les louanges des poètes les plus fameux de son temps, il eut le tort de produire trop vite et de chic ". Au reste, il ne manqua ni 455. — Lodovico Brea. Je grâce ni d'esprit inventif en illustrant
Crucifixion. ja Jérusalem délivrée, et réussit à satis-
(Gênes, Palais Blanc.) f . . .
(Cliché Brogi.) iaire Ie I asse lui-même.
Fig.
Fig. 456. — Cambiaso. — Présentation
au Temple.
(Gênes, Église San Loren^o.) (Cliché Noack.)
- LE NORD DE L'ITALIE
Mais l'école de Castello et Fart génois en général auraient fini par s'étioler s'ils n'eussent été fortifiés par de nouvelles et salutaires influences venues du dehors. De tous côtés, des artistes de valeur accouraient dans la riche et superbe capitale de la Ligurie. Dès 1595, Federico Barocci (d'Urbin) y avait laissé un chefd'œuvre, la Crucifixion, commandée par le doge Matteo Senarega. Nous y trouvons ensuite Sofonisba Anguissola (de Crémone) (Voir p. 190), autour de qui se groupèrent volontiers les artistes contemporains, et Agostino Buonamici, dit Tassi, excellent paysagiste, mais conscience pervertie. Cependant, c'est de Toscane que les peintres les plus nombreux se dirigent sur Gènes. De Sienne viennent Ventura Salimbeni, Ottavio Ghissoni et Pietro Sorri, né à San Gusmè (Castelnuovo Berardenga), imitateur d'Andréa del Sarto ; de Pise, Cristoforo Roncalli, dit le "Pomarance", de son lieu de naissance ; Simone Balli, Aurelio Lomi et son frère Orazio, dit "Gentileschi" (fig. 459) ; l'originalité de ses compositions et l'élégance de sa peinture lui valurent des succès en France, en Angleterre et en Espagne, aussi bien qu'en Italie. Le contact avec l'art florentin avait inculqué au Génois Gian Battista Paggi (1554-1627) des principes sévères et surtout un dessin impeccable ; c'était un esprit éclectique et cultivé ; son père l'avait dressé aux exercices les plus variés, à la peinture, à la sculpture, à la musique, à l'escrime, à l'équitation. Il fréquenta d'abord l'atelier
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Fig. 457. — A. Semini. — Martyre
de Saint André.
(Gènes, SanV Ambrogio.) (Cl. Alinari.)