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HARMONIE DES STYLES

Fig. 24. — Venise. — Église Saints-Jean-et-Paul

et Monument du Golleone.

(Cliché Alinari.)

plus que leurs successeurs, ils ne dédaignèrent d'utiliser des fragments de la première basilique et les matériaux recueillis à Altinum, à Aquilée, à Ravenne, alors en pleine décadence, en I strie, en Dalmatie et jusque dans l'Orient lointain, d'où l'on tira les deux pilastres d'Acritas, les quatre figures en

porphyre de la façade de droite et les quatre célèbres chevaux de bronze enlevés en 1204 à l'hippodrome de Constantinople (fig. 38). Les styles qui ont inspiré la construction de Saint-Marc sont aussi variés que les fragments qui la composent ; mais le byzantin y domine : dans ce monument, le lombard, le gothique et la Renaissance se sont inclinés devant lui, comme s'ils avaient reconnu sa souveraineté. De là, cette merveilleuse harmonie de l'ensemble, qui eût été compromise si chaque style s'était refusé à toute concession. Pendant que les arceaux lombards cherchent à s'harmoniser avec les motifs byzantins de la dernière période, les mosaïques les plus tardives continuent à espacer leurs personnages sur le fond d'or traditionnel : telle est, peut-on dire, la note fondamentale au-dessus de laquelle s'élèvent toutes les voix de l'admirable chœur, depuis les graves et sévères images écloses sur les murs de Domenico Contarini jus-

Fig. 25. — Venise.

Palais Co n ta r i m - Fa s a n .

(Cliché Alinari.)

Fig. 26. — Venise. — (Vue intérieure.)

Église San Stefano.

(Cliché Alinari.)

LE NORD DE L'ITALIE

qu'aux formes giottesques du baptistère ; de l'œuvre curieuse et vivante de Giambono aux amples et vigoureuses créations du Titien et du Tintoret, qui toutes rayonnent du haut des voûtes, des arcs, de la coupole, des murs revêtus de marbres multicolores, auxquels mille mains, depuis l'artiste grec jusqu'au disciple de Sansovino, ont travaillé pendant des siècles.

Ainsi, entre le IXe et le XIIe siècle, s'éleva le campanile, transformé plus tard par Montagnana, au XIVe siècle, et couronné dans la suite dune colla pour les cloches. Après son effondrement, le 1 4 juillet 1 902, il a été relevé où il était, et tel qu'il était ".

Comme la basilique et le campanile, le Palais des Doges a sa longue histoire. Lui aussi est un splendide produit du labeur de plusieurs siècles. Deux fois incendié (976 et 1105), deux fois il sortit de ses ruines, sans cesse rajeuni, agrandi, à tel point restauré que les parties les plus anciennes aujourd'hui visibles sont du style ogival. Avec les deux étages inférieurs de sa " loggia " (xive et XVe siècles) et la courtine massive qui les surmonte, il présente une curieuse inversion des principes usuels de force et de stabilité. Les baies, sauf deux, ont malheureusement perdu leurs élégants encadrements de marbre (fig. 21), qui allégeaient, en les séparant trois par trois, les ouvertures aujourd'hui lourdes et disgracieuses.

Les vestiges de l'architecture vénitienne du XIe au XIVe siècle sont rares.

Les styles successifs de plusieurs périodes s'y fondent en un seul, d'une individualité assez marquée pour mériter le nom de style

Fig

- Venise. — École de Saint-Marc. (Aujourd'hui Hôpital). (Cliché Alinari.)

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