RAPPORTS DE L'ARCHITECTURE ET DE LA SCULPTURE
plusieurs constructions qui portent sa marque. Rien qu'à parcourir le Grand Canal, on distingue bien des œuvres de son école : les palais Gnmani à San Polo, Corner-Spinelli (fig. 47), Manzoni , appelé maintenant Montecuccoli (fig. 36), Angaran Dario. Son influence se répandit dans tout l'Etat vénitien et pénétra même dans quelques parties de la Lombardie et de l'Emilie ; les œuvres laissées par lui et ses fils dans les villes de la terre ferme " contribuèrent à cette diffusion. Severo de Ravenne fut son élève, et sa manière inspire jusqu'à des artistes lombards, comme Giovanni, Antonio de Milan et Tommaso Flam-
berti de Campione, qui pouvaient trouver cependant dans leur propre pays des traditions d'art fortement établies. On attribue au dernier des Lombardi, à Santé, fils de Tullio, le palais Malipiero, à Santa Maria Formosa, Saranzo Piovene à la Maddalena, Contanni à San Benedetto, et l'église San Giorgio de' Greci (fig. 50).
On est en droit de se demander si les artistes que nous venons de nommer furent des architectes ou des sculpteurs. Ils furent à la fois l'un et l'autre, et même peintres à l'occasion. Ils estimaient que l'architecture doit trouver son développement naturel dans les motifs sculpturaux, comme en musique le thème mélodique est soutenu par l'harmonie. L'œuvre naissait et mûrissait dans leur
Fig. 47. — Venise. — Palais
Corner-Spinei I.l.
(Cliché Mi aa ri.)
LE NORD DE L'ITALIE
Fig. 48. — Venise.
Monument du Colleone.
esprit avec un parfait ensemble de lignes et d'ornements. C'est là un des caractères essentiels de l'art vénitien. A Florence, 3§fLr r\iS * ^fea 'es arcnitectes travaillèrent presque toujours indépendamment des sculpteurs ; les uns et les autres ne réunissaient leurs efforts que lorsque les premiers avaient besoin des seconds. Par suite, on éleva des constructions plus simples, et les sculpteurs produisaient plus d'oeuvres indépendantes. Tandis que, dans les monuments funéraires, les sculpteurs florentins se montraient moins architectes que les vénitiens, quand ceux-ci eurent à élever des statues isolées, ils sentirent la supériorité des Toscans et recoururent . à eux. Les tombeaux de Desiderio da Settignano, de Mino da Fiesole, de Rossellino, quoique admirables dans leur grande simplicité, ne sont pas comparables, au point de vue architectonique, aux monuments superbes des Doges à Saints-Jean-et-Paul et aux Frari. D'autre part, aucun des sculpteurs vénitiens n'éleva d'œuvres isolées aussi puissantes, aussi parfaites que le " Gattamelata " de Donatello et le " Colleone " de Verrocchio (fig. 48). La sculpture vénitienne, associée à l'architecture, vécut avec elle et pour elle.
Nous ne voulons pas dire par là que les Vénitiens n'aient pas, eux aussi, produit des sculptures remarquables ; mais ni Alessandro Leopardi, dans les bases des porte-étendards (fig. 49), ni Antonio Rizzo dans l'Adam et Eve du Palais des Doges (fig. 41), ni Tullio Lombardo dans les deux bustes en haut-relief conservés au musée archéologique de Venise, n'ont su s'affranchir de la recherche décorative. Leur manière sèche est loin d'égaler l'admirable harmonie de la sculpture toscane ; eux-mêmes en compre-
Fig. 49. — Venise.
Porte-étendard.
Place Saint-Marc.