RETOUR AU CLASSICISME
Fig. 167. — Tiepolo. — Moïse sauvé des Eaux. (Musée d'Edimbourg.)
l'art ". Quel que soit le jugement que portent sur lui les modernes, il est certain qu'il dépassa de beaucoup ses prédécesseurs par la perfection de son style et de son exécution. Les monuments qu'il éleva aux papes Clément XIII et XIV firent une telle impression qu'on se crut au début d'une ère artistique nouvelle. Il était resté orphelin à l'âge de trois ans, mais des protecteurs lui permirent de faire ses études. Ses premiers ouvrages lui valurent des éloges et des Mécènes. Dès lors la fortune lui sourit ; les rois et les papes le couvraient d'or et d'honneurs ; les poètes le proclamaient divin (fig. 166).
Une Académie des Beaux-Arts, instituée à Venise dans la première moitié du XVI II siècle, vit son autorité grandir sous la domination de Napoléon, puis sous celle de l'Autriche, et devenir en quelque sorte officielle. Logée d'abord dans une modeste petite maison à San Moisè (aujourd'hui capitainerie du port), elle émigra au grand palais de la Carita, dont elle devint propriétaire et qu'elle enrichit de nouvelles salles pour y exposer les tableaux enlevés aux Eglises et aux Ecoles. Sous la présidence de Leopoldo Cicognara, elle assuma la charge de l'enseignement des beaux-arts, profitant des modèles de plâtre recueillis autrefois par les Fassetti et acquis par François II. L'architecte Gian Antonio Selva (1753- 1819), le peintre Teodoro Matteini (1754-1831), venu de Toscane
- LE NORD DE L'ITALIE
et de l'école de Batoni, le sculpteur Angelo Pizzi, etc., furent les artistes alors à la mode ; mais leur vogue dura peu, car leur art ne répondait pas à la vie politique et sociale, mais dérivait de l'imitation de l'antiquité et du désir d'en finir avec le style baroque ", qui, après deux siècles et demi de durée, n'inspirait plus que lassitude.
Quarante ans à peine suffirent à étouffer ce classicisme favorable aux froides médiocrités, offrant au romantisme une victoire facile. Pendant cette nouvelle période, ce fut encore à Venise que l'art italien vit naître son meilleur peintre : Francesco Hayez (1791- 1882), parti du classicisme, céda au courant et changea de doctrine avec la facilité d'un esprit prompt et influençable. En 1812, il exposa un Laocoon à Milan ; huit ans après, avec son Carmagnola, il était entré dans une nouvelle voie ; en 1 823, il s'imposait au public avec le Baiser (fig. 168), chef-d'œuvre de ce sentimentalisme qui était alors le but principal de l'art. Mais, après que Hayez se fut établi à Milan, le romantisme n'eut plus à Venise que peu d'adeptes. Citons, parmi ceux dont les noms ont survécu, Natale Schiavoni (de Chioggia) (1777-1858), Tranquillo Orsi (de Mantoue) (1791- 1844), Sebastiano Santi (1789-1866), Albano Tomaselli (1833- 1856), Placido Fabris di Pieve d'Alpago (1802-1859), Giovanni Servi (1800-1885) et le Bolonais Ludovico Lipparini (1800-1856),
qui peignit surtout des sujets classiques, bibliques et orientaux, de même que Michelangelo Gregoretti et Carlo Blaas (1815-1894).
Avec Antonio Zona (1810- 1 892) et Pompeo Molmenti (1810- 1 894), la peinture parut s'éloigner du romantisme ; cette tentative fut rapidement étouffée par les liens de la tradition, et l'art resta conventionnel, sinon toujours dans les sujets, du moins dans la manière de les sentir et de les traiter, d'une technique froide et léchée. Mais une fois délivrée du joug étranger, Fig. i68. - Francesco Hayez. Venise participa à la vie intellec- [M , L£ Bai?e*- , „ , tuelle de toute l'Italie ; ses artistes
(Milan, Musée du Castello.) .
(Cliché Anderson.) revinrent aux merveilles de leur