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L'ŒUVRE DE GIAN BATTISTA TIEPOLO

le faire briller d'un éclat suprême, fut Gian Battista Tiepolo (1693- 1 770). Comme coloriste, il procède de Paul Véronèse ; l'audace des clairs-obscurs lui est inspirée par Piazzetta ; quant à la science décorative, elle se trouve déjà chez les encadreurs et chez les décorateurs du XVIIe et du commencement du XVIIIe siècle, — nous en avons rappelé quelquesuns, — et chez Andréa Pozzo (de Trente) (1642-1709), grâce à qui la perspective des édifices et des personnages fit des progrès considérables. Mais toutes ces qualités, portées à leur plus haut degré, il les rehaussait encore par une vivacité et un goût personnels ; il subit aussi l'influence de la machinerie théâtrale, si merveilleuse, de son temps. Son imagination rapide était servie par une facilité d'exécution singulière et une faculté rare de se représenter l'effet pittoresque de ses idées. Chez lui, la conception d'une œuvre n'était pas une pure opération de l'esprit que réalisent ensuite de patientes recherches ; elle surgissait en lui comme une vision plastique. De là sa facilité étonnante à créer de merveilleux contrastes d'ombre et de lumière, de tons adoucis ou vibrants, spontanés ou voulus, immédiatement traduits, et qui suffisent souvent à déterminer tout le sentiment dramatique de l'action. La magie du coloris est une autre qualité maîtresse de Tiepolo ; par le jeu habile des contrastes, il sait lui donner une vigueur incroyable ; il s'inspire à chaque pas du Véronèse, sans arriver toutefois à ses notes plus limpides, à sa lumière plus diffuse et plus également répartie. Chez Tiepolo, la lumière prend, grâce aux alternances d'ombre, la même énergie que les teintes vives dans le voisinage des tons graves et sourds.

Il s'acquitta de tâches prodigieuses, décora des villas, des palais, des églises, peignit des retables d'autels et de petits tableaux, traita des sujets sacrés (fig. 165 et 167), historiques, allégoriques,

Fig. i65. — Tiepolo. — La Vierge

sur un Trône et diverses Saintes.

(Venise, Église del Gesuati.)

(Cliché Alinari.)

mythologiques, humoristiques ; les princes de toute l'Europe le recherchaient, comme si le XVIIIe siècle avait eu le pressentiment qu'avec Tiepolo finissait la glorieuse lignée des grands artistes. De Venise il passa à Wùrzbourg, de Milan à Madrid, où, en présence du néoclassicisme de Raphaël Mengs, il consacra le triomphe suprême de l'art " baroque ".

Ainsi la peinture de Tiepolo illumina les derniers beaux jours de Venise, déjà sur son déclin, comme si ces rayons de gloire devaient consoler le noble orgueil de la cité des lagunes, dont la vie politique s'éteignait comme la flamme mourante du grand peintre. Puis vint la décadence, la solitude : les algues marines couvrirent les escaliers de marbre, les lichens envahirent les statues et les murs, et, selon le mot d'Alfred Meissner, les ' notes qui retentirent sur la surface de la mer furent des sanglots et des gémissements étouffés ". Mais les images ne meurent pas et les palais resplendissent comme de gigantesques tables d'argent, où sont gravés des faits héroïques.

Après la mort de Tiepolo, les visions ardentes de son art s'affaiblirent peu à peu chez ses imitateurs ; aussi la phalange des classiques proclama-t-elle le retour nécessaire à l'antiquité; Raphaël Mengs était à la tête du mouvement ; il aspirait à la revanche depuis sa défaite de Madrid ; Winckelmann, le grand archéologue, le soutenait de son autorité ; grâce à l'art de David, de Batoni et d'Appiani, la petite troupe devint une armée, devant laquelle les représentants de la vieille école durent s'incliner.

La Vénétie produisit à ce moment encore un très grand artiste, le plus remarquable sans aucun doute de l'Italie d'alors, Antonio Canova. Né à Possagno, en 1 757, d'une famille d'artistes, mort à Venise en 1 822, il fut salué prince

- Canova. - Pauline Borghêse. de .J* sculPtuf

(Rome, Musée Borghtse). et réformateur de

Fig. 166.

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