SES DISCIPLES
à celui de Jacopo Bellini ; il possède la même décision ; il a, lui aussi, un goût très vif pour les effets de perspective et pour l'architecture richement ornée, relevée de motifs classiques. C'est, du reste, un très noble artiste, au coloris généralement assez chaud, sauf pour les chairs, qui chez lui ont un aspect livide et nacré
(fig. 279).
La première manière de Civerchio (1470?- 1544; fig. 284) a subi l'influence padouane et celle de Mantegna ; c'est ce qui ressort plus clairement à mesure qu'on arrive à mieux dégager sa personnalité. Il convient de lui restituer la Sainte Famille (1491), exposée au Louvre sous le nom du Bramantino, et deux Vierges attribuées à Mantegna dans des collections privées, à Brescia et à Rome. Parmi les disciples de Foppa,
nous citerons les deux peintres de
Treviglio, Bernardino Butinone
(1430 ?-1507), et Bernardo Ze-
nale, mort à quatre-vingt-dix ans,
en 1 526, qui travaillèrent souvent
ensemble, quoique leurs tempéraments artistiques fussent très
différents. Mais leur collaboration
n'en souffrit point, au contraire ; il
semble, notamment dans le grand
polyptyque de Treviglio, que la
manière rude et sombre de Butinone et la lumineuse douceur de
Zenale (fig. 282) se fassent valoir
réciproquement. Ce qui reste de
l'œuvre du premier de ces peintres
suffit à éclairer sa personnalité. La
petite Madone du Musée de Brera
(fig. 287) prouve que Butinone ne s'écartait pas de la manière de Foppa
Fig. 284. — Civerchio.
La Cri chi .
(Milan, Musée de Bréra.)
( Cliché 1. I. d* \rti Grafiche.)
LE NORD DE L'ITALIE
Fig. 285. — Bartolomeo Suardi,
dit " le bramantino ". — vlerge
et Saints en adoration.
(Milan, Bibliothèque Ambrosienne.)
(Cliché Montabone.)
Le style des artistes qui se réclamaient de Foppa, et parmi lesquels on peut ranger aussi le rude et fécond Donato de Montorfano, fut longtemps prépondérant à Milan ; cependant un peintre aux tendances bien plus vigoureuses et décoratives avait travaillé dans cette ville dès 1 474 ; nous voulons parler de Bramante, déjà mentionné plus haut. Il faut sans doute attribuer son peu d'action à l'antipathie qu'inspiraient les formes exotiques qu'il affectionnait, et au fait qu'il abandonna de bonne heure la peinture pour l'architecture, exerçant ainsi son
influence dans une voie différente. Son disciple fidèle, dans ces
deux arts, est Bartolomeo Suardi
(1455 ?-1 536 ?), appelé pour cette
raison le Bramantino. Son attachement à son maître n'empêcha pas
Suardi de faire preuve de qualités
personnelles, de technique et de
sentiment ; en architecture, il manifesta une curieuse préférence pour
les lignes horizontales au détriment
des lignes courbes. Son coloris est
plus doux que celui de Bramante ;
quelquefois même, notamment dans
la Crucifixion du Musée de Bréra,
il a quelque chose de mystérieux,
grâce à la fusion des tons bleus et
verts, qui produisent un effet pareil
à celui de l'eau profonde.
Bernardino Luini commença par
imiter le Bramantino ; tous deux collaborèrent aux fresques de la
Pelucca, villa située près de Monza, puis Luini les acheva seul
et s'inspira complètement de Léonard. Cependant l'influence de
Foppa se prolongeait chez Ambrogio Bergognone, qui travailla de ï56
Fig. 286. — Marco da Oggiono.
Les trois Archanges.
(Milan, Musée de Bréra.) (Cliché Bro g i.)