‹ ItalieChapitre 37 sur 68 · ISABELLA, HENRI DE FERRARE · texte numérisé non relu

ISABELLA, HENRI DE FERRARE

ISABELLA

Vous désirez me parler, messire?

HENRI

Oui , senora , pour la dernière fois,

ISABELLA

Pour la dernière fois !

IIKNRI.

Je pars ce soir poiir Ferrarc, et je lâcherai de vous oublier.

ISABELLA

M'oublier... Ah! vous n'êtes pas galant , messire.

HENRI

Que voulez-vous, senora? — mon cœur est trop plein de tristesse pour songera la galanterie... oui, vous oublier, Isabella ! — car, tant que je penserai à vous, ma vie ne pourra être que triste et morose... Je comptais sur un avenir plein de volupté... mon avenir s'est dcchhé comme le voile d'un rêve... un autre que moi est chargé d'embellir votre existence que j'eusse rendue heureuse... je le sens là, Isabella.

ISABELLA

Me feriez- vous un reproche , messire ; avant de vous voir, sans vous connaître, je vous aimais; car l'on vous disait galant et loyal chevalier... j'avais de l'estime pour vous... peut-être un jour l'amour fût venu... Manfredi s'est présenté, il n'est ni plus galant ni plus loyal chevalier que vous , je le sais; mais j'ai pris poiu' lui une affection toute parlicLilicre, et l'amour que j'eusse pu avoir pour vous, il s'en est emparé.

I I 'I ITALIK, DKAIVIK.

iiKNni.

Ah! malédiction sur lui, puiscjuc sans lui, j'eusse ('lé ^()l^e époux ! ali ! malédiction sur lui.

ISADELLA.

Ne maudissez personne, le sort l'a voulu.

Ah! malédiction sur le sort, alors Moi je

n'ai pas de parens.... orphelin sur le siège ducal de Ferrare , me croyez- vous heureux, Isabella ? croyez-vous que ces flatteries de courtisans, que ces hommages qu'ils rendent non à l'homme, mais à la couronne de l'homme, puissent combler le vide de mon a me , et me consoler de la perte de mes parens.... Bonheur, famille, une seule personne peut vous rendre tout cela: c'est une épouse... je la rêvais douce , bonne et belle , et je vous avais trouvée douce, bonne et belle, Isabella... aunrès de vous je m'enivrais d'espérance , je me créais une vie de béatitude... et puis rien... là rien... Ah! béni soit le sort...

ISABELLA

Pourquoi ce désespoir! vous rencontrerez une autre femme qui vous plaira , messire ; auprès d'elle vous oublierez votre chagrin , et vous retrouverez avec elle le bonheur que vous csjx'rlez goûter avec moi.

(INOMK.MK TAliLKM. 1 I iî

HKNKI.

Une lemmc , Isabclla! une fcMnmc combien

croyez-vous donc qu'on en révc ?... On n'en revc; qu'une, senora... on se la crée tout idéale, toule d'imagination ; on la pare de tout ce qu'il y a de plus pur et d'angclique... Lorsqu'on la rencontre pour la première fois , elle vous apparaît comme une ombre fugitive , comme une lumière qui passe la nuit... on se dit : « C'est elle , la voilà. » On l'idolâtre, on en fait sa déité ; à elle on attache tout son CwSpoir , tout son avenir, toute sa joie, tous ses rêves de bonheur... Si on la perd , alors le revc se dissipe comme une fumée , et le bonheur luit avec le rêve... On peut rencontrer d'autres femmes, mais jamais celle-là, on n'a plus pour elles le même amour... . Si vous saviez combien je vous aime... je vous aimais, Isabelia.

ISABELLA

Manfredi , monseigneur , n'a peut-être pas plus d'amour pour moi que vous, mais je l'aime... Voudriez-vous que je vous eusse donné un cœur qui en eût aimé un autre... à défaut de mon amour, vous avez mon amitié...

HENRI . soiipiiant.

Votre amitié...

H« ITALIK, DHAIMK.

ISARELLA.

Restez au bal , monseigneur, ne nous quittez pas ainsi.

HENRI

Moi rester , la figure triste , au milieu de figures riantes et gaies... oh! non , Isabella... Mais puisque vous avez de l'amitié pour moi , j'en réclame une preuve , je voudrais un souvenir de vous.... un rien... une bague.

Manficdi et Sylvlo paraissent.

ISABELLA

Eh bien , messire , prenez cette bague , je vous la donne.

HENRI, regardant la bague.

Vos cheveux!... Merci , Isabella... puissiez-vous être toujours heureuse ! Dans vos prières n'oubliez pas Henri de Ferrare , ah ! laissez-moi vous remercier à genoux... Isabella, je vous fais mes adieux.

MÀNFREDI.

Avec assez de galanterie, ce me semble, monseigneur.

HENRI

J'en eusse mis moins, je vous assure, si c'eût été à vous que les eusse faits.

Il sort l.> l('te liante.

CINQUIEME TAKLEAU. 117

MANFREDI, à Sylfio.

Laisse-nous Sylvio. (syivio son. — a ,>a.i.) L'aimeralt-il?

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