SCÈNE v
ISABELLA, MANFREDI, puis SYLVIO.
ISABKLLA.
Qu'as-tu donc, Manfredi?
MANFREDI
Ce n'est rien , ma cousine.
ISABELLA
Je ne vous appelle pas mon cousin , moi.
MANFREDI , lui baisant la main.
Isabellaî
ISABELLA
A la bonne heure... Tu es sombre et triste , aurais-tu quelque chagrin , Manfredi ? Ah î dis-le moi; situ en as, j'en réclame la moitié, j'en ai le droit, puisque bientôt nous allons être unis... ah ! dis.
MANFREDI
Je n'ai rien.
ISABELLA
Tu n'as rien , et tu as toujours les yeux fixés à terre , comme si tu songeais à quelque chose de vsinistre... Ah! que je voudrais toujours te voir à
l I» I rVIJK, DIIAMK.
coh' (le nioi... 6)( l'uirrcnicnl cnroïc lu as passi* la nuit hors du palais.
MAM lU.DI.
J'ai ('!('' rcîlcnu clu"/, Sylvio IJri(*. pai'lie do
plaisir...
ISAP,i:i.L\.
Kl moi, malheureuse, pour le retenir auprès de moi, je n'ai [)as les mêmes avantages que ee Sylvio, n'est-ec pas 1^ L'amitié de ce jeune homme l'emporte ehcz toi sur l'amour d'Isabella ; et moi je t'aime pourtant , je te chéris déjà comn)e un époux... mais je crains que cet liymen ne fasse pas ton bonheur.
MAM-REDl.
Peux-tu le penser, Isabella? je t'aime aussi, moi... mais ne cherche pas à pénétrer ce que j'ai dans le cœur.
Manfredi^vous me cachez quelque chose, quelque chose d'aOreux, peut-être.... écoule-moi.... parfois j'ai épié ton sommeil , j'ai vu ta poitrine se gonfler , ta bouche se tordre , et je l'ai entendu prononcer ce mot: « Grâce! grâce! »
MANFREDI , sombre.
Je ne disais que ce mot, « Grâce! » n'est-ce pas.^
ISABELLA
Mais avec un cri d'agonie.. . il me semblait qu'il
CINQIJIKME TABLEAU. 1 I î)
y avait un spcciro qui ir poursuivait comme un remords.
MANFRLDI.
Le sommeil est trompeur, et les rêves naissent du sommeil, ïsabcUa.... Ah! oui, j'ai passé des nuits bien terribles! ce n'est pas comme toi, ma douce amie.
ISABl-XLA.
Comme moi, Manfredi Souvent aussi dans
mon sommeil , à moi , il ma semblé voir un homme pâle, ensanglanté.... c'était mon père.... Lui aussi il criait : « Grâce ! » A côté de lui était un homme avec un poignard.
MANFREDI
Et tu ne voyais pas le visage de cet homme?
ISABELLA
Pauvre iille ! je ne voyais que mon père.
Ne parlons plus de choses tristes, ma bienaimée... parlons de notre bonheur.
ISABELLA
Noirci bonheur, j'ai peur que nous ne soyons pas heureux , Manhedi... Te le dirai-je , de ces prosseîilimens de jeune liUe , de ces supposilions (jue nous aimoiKs lanl à îaire, rien iie m'a souri...
I<2(> ITALIi:, DHAME.
souvent en rei^aidanl rai{^ullle tlorée qui se promenait sur 1 einall , je ine disais... si je puis compler jusqu'à cent , avant que l'iieurc ne sonne, je serai
heureuse l'iicurc sonnait toujours avant que
j'eusse iini de compter... par fois en effeuillant une fleur, à chaque feuille j'attachais une pensée, c'était la pensée de noire amour : eh bien! plusieurs fois la méchante fleur m'a dit :Manfredi ne t'aime pas, Manfredi ne sera pas ton époux...
MANFREDI
Folle que tu es , ajouterais-tu plus de foi k ces
suppositions, qu'à mes paroles! Isabella , je
t'aime ; Isabella , je serai ton époux.
ISABELLA
Je voudrais que mon père fût encore vivant , pour bénir notre hymen.
MANFREDI
Plût à Dieu qu'il le fût! — vivant.
Mais nous irons prier sur son tombeau, n'est-ce pas ? On dit que les morts écoutent les prières de ceux qu'ils chérissaient vivans ; et s'il t'eût connu , i! t'eût chéri.
MANFREDI
Isabella , nous serons heureux.
CINQUIEME TABLEAL. 12 1
ISABELLA
Promets-moi de ne plus aller à tes parties de
plaisir reste auprès de moi tu verras que
l'amitié d'Isabella vaut bien celle de ton Sylvio.... promets-le moi.
MANFREDI
Je le le promets.
ISABELLA
Ne quitte plus le palais ; si tu as du chagrin , je tâcherai de le dissiper... Oh! tu me le promets, n'est-ce pas? tu resteras plus souvent avec moi.... — Mais encore un importun.
MANFREDI
C'est Sylvio.
SYLVIO, enliant.
Scnora , son altesse le duc vous demande.
ISABELLA
Adieu, Manfredi, viens me rejoindre... tu verras mon costume de bal... je serai jolie... (.oufjissam.) Mon costume est si joli.
SYLVIO
Porte par vous , il sera le plus gracieux du bal.
*2'^ ITALIK, DIUME.
ISAllKl.J.A.
Aclicii , iMaiifn'(li.(ASyiv.o.)MoSvsirc, je vous salue Adieu, Manfrcdi.
Klle sort.