‹ ItalieChapitre 8 sur 68 · LE DUC ALPHONSE · texte numérisé non relu

LE DUC ALPHONSE

Mes cousins , je vous remercie , et vous saurai gré d'être venus à ma cour le jour de ma fcte. Duc d'Otrante, soyez persuadé que notre amitié ne finira qu'au tombeau. Duc de Parme, nous verrons à terminer à Tamiable nos petits différends. Et quant à vous, duc de Ferrare, j'espère que nous n'aurons pas besoin de sortir l'épée du fourreau,

pour maintenir chacun nos droits — Mais

que nous veut Beppo?

BEPPO , entrant.

Monseigneur le duc.

ALPHONSE

Que veux-tu?

BEPPO

Une femme vieille, et vêtue de noir, demande à être introduite auprès de vous.

PHEMIER TABLKAII. H

ALPFIONSE.

Qu'on la laisse entrer.

Bcppo sort.

LE DUC D'OTRANTE , après s'être retourne vers un |)afc (|iii lui rciuel une boîte en or.

(au duc Alphonse.) Monscigncur le duc , il est d'usage en pareil jour de faire un présent à celui que l'on festoie. Daignez accepter....

LA SORCIERE, entrant, et retenant la main <lii due.

Arrêtez, monseigneur; avant de présenter celte boîte au duc, laissez-moi lui parler.

ALPHONSE

Par saint Alphonse , mon patron! c'est la sorcière que nous avons rencontrée ce malin sur la route de Pouzzoles , et qui voulait à toute force que nous lui fissions tirer notre horoscope.

LA SORCIÈRE

Elle-même , monseigneur ; vous n'avez pas

voulu vous arrêter, je suis venue Yotre

main....

ALPHONSE, lui donnant la main droite.

La voilà , bohémienne ; mais je t'avertis d'avance que tes prédictions ne m'effraieront guères, et que j'aurai moins de peur d'ouïr tes paroles , que d'ennui de sentir tes doigts décharne's se promener siu' mes veines.

12 JIAIJK, DKAMK.

LA SORClÈRi:.

Duc Alphonse, lais pcriilcncc, si lu as pechc ; car, par la Yicrge, je ne te donne pas huit jours à vivre.

TOUS, avec effroi.

Grand Dieu!

ALPHONSE , liant.

La plaisante prophétie ! Mais je crois que vous tremblez, vous autres. Vive Dieu! messeigneurs , ce n'est pas lorsqu'on a vingt-cinq ans , que la vigueur circule avec le sang dans des veines de jeune homme ; ce n'est pas lorsqu'on peut porter un casque de dix livres sur la tête , et une cuirasse de fer sur la poitrine ; ce n'est pas lorsqu'on est gai, et qu'on peut, dans une orgie, vider impunément une bouteille de vin de Chypre, que l'on descend au tombeau : rassurez-vous î

LA SORCIÈRE

Quand la porte du tombeau est béante sous vos pieds, monseigneur, jeune ou vieux, fort ou faible , il faut y descendre.

ALPHONSE

De quelle maladie mourrai-je ?

LA SORCIÈRE

Ce n'est pas de maladie que tu mourras , duc

Alphonse; ia morl pour t'alleindrc aura recours à une arme plus dangereuse, dont l'art ne peut ni parer , ni guérir la blessure.

ALPHONSE

Quelle arme, s'il te plaît i"

LA SORCIÈRE

La trahison.

ALPHONSE

Qui pourrait me trahir?

LA SORCIÈRE

Ton assassin.

ALPHONSE

Vive Dieu ! damnée sorcière , tu me rends curieux; voici cinq ducats, parle encore, et dis-moi qui sera mon assassin.

LA SORCIERE

Celui qui le premier te fera le cadeau de fête... Adieu. — Console-toi, duc, ta mort sera vengée. Duc Alphonse , fais pénitence , si tu as péché , car, par la Madone, je ne te donne pas huit jours à vivre.

Elle sorL CLAUDIO, la suivant de IVll.

Et moi, je te donnerais bien huit mois à rôder autour de mon corps, avant que ta vieille carcasse ne me tentât d'amour.

1 'I ITALIK, DMA ME.

ALPHONSE

Eh! mon dieu ! qu'avcz-vous donc, lous, à présent? on dirait que les paroles de la sorcière vous ont cloué les bras au corps, et les pieds à ce plancher ; vous êtes immobiles comme si la foudre venait de vous frapper. Allons, faites donc votre présent , duc d'Otrante ; allons. Mais vous ne bougez plus qu'une momie.

LE DUC D'OTRANTE, erubaiiass.r.

Monseigneur le duc, je

ALPHONSE, riant.

Vous craignez. Ah! ah!

LE DUC D'OTRANTE

Ce n'est pas la crainte , monseigneur ; car il ne serait pas au pouvoir de Satan lui-même , le suzerain des sorciers et bohémiens, de me rendre traître et déloyal envers vous. Mais il ne faut pas défier la sorcellerie ; cela porte malheur , à ce qu'on dit. Je ne suis pas craintif, monseigneur; mais je suis italien, et, pardonnez, un peu superstitieux.

ALPHONSE

Vraiment ! — Mais voici mon frère Philippe.

Page 1