‹ Italie et Espagne [Texto impreso]Chapitre 5 sur 37 · VENISE AU XVIII» SIÈCLE · texte numérisé non relu

VENISE AU XVIII» SIÈCLE

pects. En Italie et en Espagne, dans ces pays que le soleil éclaire « de ses plus beaux rayons » : '

. . . Quas litmine vestit Purpureo. , .

pays qui ont eu tant à se plaindre de la destinée et des hommes, les esprits élevés ne se contentent pas d’un effort modeste et d’une foi modérée ; ils s’aveuglent aisément sur les triomphes possibles de l’humanité victorieuse et de la raison délivrée. Le désespoir du passé.les jette dans l’extase de l’avenir.

L’originalité du livre deM. Scudo est là; mélancolie amère et espoir immense. Il pleure la patrie abolie, il voit naître un monde nouveau.

Dans les nuits très-claires de l’été, les deux astres qui président à l’ombre et à la fumière se montrent quelquefois ensemble sur le bleu pâle et magique d’un ciel sans étoiles. Alors le rameur de l’Adriatique, assoupi à moitié au fond de sa nacelle qu’il ne dirige plus, s’étonne de voir monter à l'horizon le disque sanglant du soleil, tandis que le croissant d’argent, comme un léger coup de pinceau, flotte encore au fond des deux paisibles. La vieille ballade lui revient en mémoire, et il chante :

« 11 est rouge, le Soleil; elle est blanche, la Lune; ils se marieront tous deux.

« Elle dit au Soleil, la Lune : « Ta lumière sera ma lumière, « et Jésus-Christ nous bénira 1 »

Au loin des voix inconnues glissent sur les flots assoupis, — et répondent :

« De ce mariage beaucoup d’enfants naîtront I Et vive saint Marc ! »

1 TA LIE

Ln L'ina e lianoa,

U Sole e rosso ;

Lo spoxulizio xi fora.

La I.nna (lice al S', le :

Il lame tuo mi xchiareru ;

E Gesu Crixto ci bénira!

E molli figli naxeera. Vivasait Marco!

Il y a là un symbole.

. Comprenez-le, ô vous, comme dit Dante Alighieri, « dont les intelligences sont saines, »

Voi ch! avete gl' intelletti sani!

Comprenez le sens caché de la doctrine,

La recondita doftrina,

La nuit du passé s’éclaire des dernières lueurs de l’astre nocturne; l’aurore de l’avenir commence à luire. Le vieux monde n’est pas détruit ; le monde nouveau n’est pas né.

C’est le soir dans le matin; la vie dans la mort; l’avenir et le passé.

Leur mariage mystique s’annonce. De là le désespoir des uns et la joie des autres. De là le caractère crépusculaire de l’époque môme où nous vivons.

KT

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