‹ Italie et Espagne [Texto impreso]Chapitre 4 sur 37 · VENISE AU XVIII» SIÈCLE. M · texte numérisé non relu

VENISE AU XVIII» SIÈCLE. M

de son pouvoir. 11 croit à toutes choses, sauf à l’absolu. Il n’espère ni ne craint. Il combine, médite et attend. C’est un vrai fils de l’aristocratie oligarchique, dont il résume la force intelligente et l’activité silencieuse.

Les autres types vénitiens : le jeune Grimani , le «beau,» l’élégant, l’inutile; — Almaviva ou Lindor; — frôle écorce d’homme aimable ; simulacre vain ; Vicentina la chanteuse ; Grotlo le sopraniste ; Giacomo l’homme du peuple, dont les grosses lèvres ne se ferment jamais; ces personnages ne sont pas seulement vivants et charmants. Ce sont des types; car les symboles abondent dans ce roman tissu avec un soin voluptueux ; fusion des plus délicates, opérée entre tous les éléments, philosophie, art musical, roman passionné, allégorie, esthétique.

Gœthe, dans « Wilhelm Meister^ » Tieck, dans «Phantasus, » ont essayé la même œuvre, la plus difficile qui se puisse imaginer, impossible peut-être, le mélange de la vie réelle et de l’esthétique; la métaphysique de l’aVt introduite dans le mouvement dramatique et dans le tableau des passions. Je ne conseillerais à personne de renouveler une tentative que les plus beaux talents ne mènent à bien qu’à travers mille obstacles et mille dangers, souvent insurmontables. Ce qui sauve ou protège l’écrivain nouveau, sans parler de son talent réel, de son esprit délié et sévère, accessible à toutes les impressions de la vie contemporaine, c’est sa profonde connaissance de l’art dont il parle, de la musique qui est le vrai sujet de son livre; de cet art divin, science adorable, instinct prodigieux, algèbre magique, dont l’empire commence où expire celui de la parole, et de la pensée : — la Musique.

ITALIE

La musica^ cantada perrnzon. .

Las dolces de las bayles, el plorant semi-ton

Non es en el mundo ome tan sabedor Que decir podiesse quai era el dolzor,

Mientre ome viviesse en aquella sabor.

Non avrie sede, ueu famé, neu dolor.

« La musique, le chant ! Choses logiques ! Quand on « entend le rhythme qui danse et le demi-ton qui pleure, « ah ! qui n’oublierait la vie ? Dans la douceur qui vous « pénètre alors et la saveur qui vous enivre, vous ne « sentez plus ni la soif, ni la faim, ni la douleur ! » C’est au XV® siècle que l’archiprêtre de Hita écrivait ces belles strophes espagnoles, dignes d’être gravées sur le fronton de toutes les salles de concert.

Le but principal de l’auteur est d’épancher son âme, sa science, ses souvenirs, ses méditations de toute espèce, relatives à ce beau sujet qui a occupé toute sa vie. Son second but est de chanter une hymne pleine de tristesse et d’amour en l’honneur de sa vieille patrie glorieuse. Le troisième est de proclamer sa foi dans ce .XVIII® siècle qui a brisé Venise et anéanti le livre d’or. M. Scudo n’est pas seulement croyant et convaincu de cette religion nouvelle, il est dévot mystique et enthousiaste. Réhabilitation de la chair et de la vie, négation de l’ascétisme chrétien, gloriCcation définitive de l’homme; c’est là une religion qui a ses dangers et dont nous craindrions le fanatisme ; elle tient au passé plutôt qu’elle n’est propre à sauver et à préparer l’avenir. L’autre aspect du xviii® siècle, la charité active, la sympathie humaine, la soif et le besoin de l’amélioration morale, recommandent surtout ce siècle à nos res-

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