DYNASTIE ESPAGNOLE
Roia de Sicile et de Naplea de la maison d'Aragon.
1441. — Alpborsm I" (V), roi d'Aragon, s'érige en héritier et successeur de Jeanne II.
1438. — Ferdinand I", fils nat., légitimé par le pape.
1494. — Alphoksb II, f 1495. Frédéric II, roi, 1496, dépouillé 1501 ; f 1504.
En 1282, PieiTe I*' (III), roi d'Aragon, était devenu roi de Sicile, à l'occasion des Vêpres Siciliennes, et cette dynastie continua à régner en Sicile (parallèlement à la dynastie d'Anjou, régnant à riaples), jusqu'à Fkrdimamd II (ill le Gatholiqdb, roi de Sicile et d'Aragon, 1479, qui s'empara du royaume de Naples en 1504 el mourut en 1516.)
Jeanne la Folle, fille de Ferdinand le Catholique et d'Isabelle, héritière de k monarchie espagnole, épouse Philippe d'Autriche, lils de l'empereur Maximilien, 1496, et porte le royaume des Deux-Siciles à la maison d'Autriche. Elle a pour lils Charles-Quint, qui réunit toute la monarchie.
Le royaume des Deux-Siciles continue à rester pendant deux siècles dans la possession de* rois d'Espagne de la maison d'Autriche : Charles-Quikt, qui abdique, 1556 : — Philippe U, 1 1598; — PmLippB III, f 1621 ; — Philippe IV, f 1667 ; — Charles II, qui meurt, 1704, sans enfants et nomme Philippe de France, duc d'Anjou, son héritier. Pendant ces deux siècles le royaume de Naples est gouverné par des vice-rois.
La guerre de la Succession dure de 1700 à 1713. Par la paix d'Dtrecht (1713), la branche des Bourbons est exclue de l'Italie. Naples est donnée à la branche allemande (descendant de Ferdinand I", frère de Charles-Quint) de la maison d'Autriche : Charles VI (fils de Léopold I") renonce aux Deux-Siciles en 1738.
384 NÂPL9S;* ^ fPi^cn ai|«iftAL.
Rois des Denx-SMles 4« 1« maison de Bourbon.
1734.— Carlo Borbons (Charles VH, Ûls de Philippe Y et d'Isabelle Farnèse) duc de Parme, 1731. Couronnée Païenne, 1734. Son litre est reconnu en 1738 par le traité de Vienne. Roi d'Espagne en 1759. Abdique le trône de Naples en faveur de sen troidièiiie Gis :
1759. —Ferdinand IV ne prend les rênes du gouvernement qu'en 1767. —Par le traité de Vienne, 1816, il prend le titre de Ferdinand !•', roi du royaume uni des Deux-Siciles. — Ep. : !• Caroline, fille de l'empereur François !•% t en 18U, la duchesse de Floridia.
François prince royal.
Ferdinand II, né en 1810, suecède à son père le 8 novembre 1830. — Ep. : !• en 1832, Marie-Chrisiin»!, eic, filie de feu Victor-Emmanuel, roi de Sardaigne, f 1^36; 'l' en 1837, Marie-Thérèse Isabelle, lille de feu Charles, archiduc d'Autriche. — Enfants : du premier lit, François, prince royal; du deuxième lit, 8 enfants. — Ferdinand II ebi mort eu 1869.
François II, Marie-Léopold, roi desDeuii^Sicileset de Jérusalem, duc de Parme, Plaisance, Ca>tro, grand duc hérédiiaire de Toscane, né le 16 janvier 1856. Succède à son père, Ferdi and II, le 22 mai 1859. — Marié le 5 février 1869 k la reine Marie-ï^ophie- Amélie, née le 4 octobre 1841, lille de Haximilienioseph, duc de Bavière. — l\ quitte Naples le 7 septembre 1861.
Histoire dé l^srt.
ÂRCHiVfictURE ANCIENNE. — Parmi les monuments d'architecture antérieurs à It fondation de Rome, le royaume de Naples possède des restes étrusques dans quelques cités de la Gampanie, et quelques-uns des restes les plus remarquables qui soient maintenant en Europe d'architecture pélasgique, désignée par quelques antiquaires sous le nom d'architecture cyclopéenne. L'Acropole d'Alatri, 20 kil. de Frosinone, présente le spécimen le plus parfait d'architecture pélasgique. Dans le royaume de r^aples, il faut encore citer Ârpino; San Gormano; les ruines d'Amitemum, près d'Aquila ; Cività d'Antina ; Isernia ; Fondi ; Cunaes, etc. — A ces objjets 4'élude, qui s'offrent déjà aux antiquaires dans la Toscane, vient s'^oiller un nouvel élément plus précieux encore, celui 4es monuments de s4yle grec de l'extréniité sud de la Péninsule (Canosa ; Tarente ] Mêtaponte ; LocpI ; et, plus près de Naplea, le Posidenium de Pœstum, le plus beaa reste d'architeetuFe 4'orclre dorique ancien qui nous soit parvenu). Des restes d! architecture romaine seToient sur plusieurs points, entre autres près de Capoue, à Pouzzoles, â Baja^ à Mîsène, à Bénévent, etc. Mais le royaume de Naples possède une des plus merveilleuses curiosités du monde, une ville tout entière, Pompei, ensevelie pendant des siècles, eihumée seulement à la fin du siècle dernier et venant nous initier à toute la vie intime des antiques habitants de TUalie, C'est là qu'on trouve un trésor 4e mod^ qui, jusque dans les moindres détails, se distinguent ptr un sentinient délicat^ par la beauté des proportions, la convenance et le fipi de la forme, aussi bien en architecture qu'en sculpture. « Les œuvres de la sculptture particulièrement nous montrent au pliis haut degré ce besoin esthétique des anciens, qui, non-seulem^t
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empruntaient à la statuaire des ornements pour leurs temples, leurs forums, leurs fontaines, leurs portiques, mais qui savaient prêter rélégance de la forme à chaque objet, fût-ce même à des tenailles de forgeron ou à des poids d*épieter. » Le musée de Maples où ont été recueillies les nomlu'euses merveilles trouvées à Pompéi et à Herculanum est sous ce rapport le sanctuaire le plus précieux pour l'étude de l'art et de Tarchéologie.
Archilectare. — Naples, colonie grecque, restée longtemps attachée à l'empire d*Orient, conserva, même au milieu de la barbarie, quelques traditions artistiques. Sa première architecture religieuse fut empreinte du style byzantin. Du v* au xii* siècle les édifices sacres conservent les formes gréco-latines. — Quoiqu'on ne puisse admettre que les Normands aient eu une architecture particulière, cependant, après leur conquête de la Sicile, ils adaptèrent le style romane et il faut leur attribuer les modifications apportées dans ce sens au style byzantin, telles qu'on jes remarque aux églises d'Âmalfi, de Salerne, à Ravello. L'architecture fantastique des Arabes passa de Sicile sur le continent italien, sans réussir à s'établir sur cette terre, qui appartenait depuis si longtemps au génie grec. Les princes souabes, occupés de guerres, ^mblent ne pas avoir donné de développement à l'architecture. — L'époque de la maison d'Anjou, au contraire, fut la plus brillante pour Varchi» iecture ogivale, exckisivement patronnée par les princes de cette dynastie. Du reste, il faut remarquer que les magnifiques églises élevées par eux ont généralement subi des altérations modernes profondes. Une autre remarque importante à faire, c'est que le royaume de Naples doit, en architecture, en sculpture et en peinture, la plupart de ses meilleurs ouvrages à des artistes étrangers.
Au sortir de l'époque de barbarie des x* et xi* siôetcs, un des premiers noms illustres en architecture est celui du Vénitien maitre Buono, qui- construisit, par ordre de William I*', le château de l'Œuf et Gastel Capuano. On ne peut dire avec certitude si Nicolas et Jean de Pise ont réellement travaillé à Naples, et si les Mulplures du xiu* et du xiv* siècle que l'on y rencontre sont dues à leur ciseau. Hais leur influence est visible dans les deux architectes et sculpteurs Masuccio I i(1228-'1305) et Masuccio II (f 1388) : au premier appartiennent Castel Nuovo, Santa Maria Nuova, Sant'Agostino alla Zecca ; au second, Santa Ghiara, Torre Gampanaria, San Lorenzo, San Domenieo Maggiore. Farmi leurs successeurs, qui n'eurent pas du reste d'influence sur les progrès de l'art, il faut citer MagUone, Giacomo de* SatUis, Andréa Ciceione (•{- 1455), Abbaie Baboccio, et phis i»rd.Novello da San Lucatw, — Le Toscan Giuliano da Majano (1377-1447), appelé à Maples par Alphonse d'Aragon, y fit aussi quelques travaux. — Agnolo Aniello del Fiore .adopta après lui le style de Técoie toscane^ Gabriele d' Agnolo construisit le palais Gravina, longtemps considéré comme le plus beau de Nazies. — On cite encore Marco di Pino (Marco de Sienne); Giovanni (Meritano) da Nola (1478-1559), élève d' Aniello del Fiore ; il fut célèbre aussi comme sculpteur ; l'ingénieur espagnol Jjiigt Scriva, qui rebâtit le château Saint-Ëlme; Dlonisio di Bartolommeo (la belle église de Saint-Pfailippe de Néri) ; Cola delV Amatrice (plusieurs édifices à Ascoli; belle façade de San Bernardioo, à Aquila, 1525). — Au milieu de ces noms, la plupart mconnus, il faut citer deux artistes célèbres, Pirro Ligorio et le SemtH, nés à }iaples, mais qui ne produisirent rien dans cette ville. — Dometiiso
ITALIE DU SUD. C" r^r^r^
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Fantana exécatt plusieurs travaux à Naples, il construisit le Palais-Royal ; son &s, Giulio Cesare Fontana, bâtit le musée Bori>onico. — Nous rencontrons encore ici un nom célèbre, celui de VanvUelU (1700-1773), né à Naples, d*un père originaire d'Utrecht. Le palais de Caserte est considéré comme son chef-d*CBUTre. — H est inutile de poursuivre plus loin cette nomenclature.
Sonlptar«. — La plupart des sculpteurs, vers Tépoque de la Renaissance, sont les mêmes artistes qui viennent d'être nommés comme architectes ; les deux. Mcuuccio, à qui l'on doit des tombeaux remarquables ; Pietro de" Stefani; l'abbé Baboccio; Andréa Ciccione; Âgnolo Aniello del Fiore....Le plus fécond de ces artistes fut Giovanni Merliano da Nola (•{• 1559), surnommé le Michel-Ange de l'école napolitaine; son émule fut Giovanni Santa Croce (•{• 1537). — Les Florentins Donatello, Micfielozzo, Benedello da Majano, Antonio Rossellino, Francesco da San Gallo, enrichirent Naples de leurs travaux. Puis l'art tomba dans une exagération ridicule et Tut envahi parle mauvais goût (F. l'église San Severo).
PeUrture. — L'éeole napolitaine de peinture n*a eu qu'un éclat d'emprunt. On pourrait même dire qu'il n'y a pas eu d'école napolitaine, en ce sens qa'il n*y a pas eu un style original, un ensemble de doctrine imposé par quelque artiste de génie et suivi par un certain nombre d'artistes de talent. Les peintres qui font illustrée, Giotto, le Dominiquin, Annibal Garrache, Guido Reni, Lanfranc, l'Eqpagnolet, Michel-Ange de Caravage, étaient des étrangers, et ib ont été souvent, dans le même temps, en opposition directe, tant sous le rapport du sentiment que sous celui de la théorie de l'art; tels Michel-Ange de Garavage et Annibal Camelie.
Le premier peintre que l'on cite est Tommaso de" Stefani (1230-1310), qui Ti" vait sous Gharles d'Anjou, au temps de Gimabue (Santa Maria la Hiiova). En 1325 Giotto fut appelé 4 Naples par le roi Robert II, et y exécuta des fresques à Sasta Ghiara, à Tlncoronata. Ge grand artiste est encore ici, comme il le fut en d'autres parties de l'Italie, le promoteur d'un mouvement artistique. — Maître Somme (f 1546) l'aida dans ses travaux, profita de ses exemples et laissa beaucoup d'ouvrages à fresque (église San Lorenzo, San Domenico). — Colantomo del Fien (1350-1444) est vanté par les Napolitains comme ayant (ait faire des progrès i k peinture sous le rapport du dessin et du coloris. Gependant l'incerlitude d'attribution de quelques-uns de ses ouvrages prouve que, dans Imteryalle d'un siècle, l'art n'a- Tait point fait à Naples de progrès notables, puisqu'on les croit de maître Simcse, mort un siècle auparavant.
L'art reçut une impulsion plus marquée à* Antonio SolariOf connu aons \%. nom du Zingaro (1382-1 i55). Son histoire romanesque a un singulier rapport avec celle de Quentin Messis : forgeron comme celui-ci, il devint peintre par «okour. Au bout d'un noviciat de neuf ans, qui dit honneur à sa constance d'aoMMireux^ et dont il sortit peintre habile, il épousa la fille de Golantonio del Fiore ; il moarut vers 1445. Par lui l'école de Naples commence à manifester une originalité qui fit donner le nom de zingaresguet aux peintures faites après lui. U laissa beaaeoop d^élèves. Les meilleurs furent les frères Donzelli, qui suivirent le style aUemand.
Vers le milieu du xvi* siècle, lorsque la peinture avait pris son développemeat à Florence, à Venise, à Mantoue, à Parme, à Rome, etc., l'école de Naples offrit moins d'originalité que les autres; elle reproduisit les prinçipalas qualités des meil -
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leures. écoles, selon que ses artistes s'approprièrent le style de tel oa tel anîtte.I^ earadère propre de l'école napolitaine, c'est la richesse, le feu de rinYcatioav la franchise et la fougue du pinceau, la rapidité de l'exécution, et sOuTcnt l'éclat in coloris; mais elle pèche par la pureté du dessin; elle ne vise pas au beaaidéaly die s*«ttache plutôt à une imitation directe et peu choisie do la nature.;
Andréa SabhcUini, de Salerne (1480-1545), est considéré comme le foidataer de l'école moderne de Naples. Une Assomption, peinte par le Pérw§m k Na}4e», avait excité l'enthousiasme et frayé une route nouvelle. Stbbatini parti! poiK Pé»rouse afin d'aller étudier sous le Pérugin; mais, ayant entendu parleir ea route dts peintures de Raphaël, il s'en alla à Rome et entra dans l'école du grand artÎBtfc Kaples fut une des premières villes à profiter des progrès que Raphaël et, Midid'- Ange avaient fait faire à l'art. Une imitation directe fut apportée par les aBlietes chassés par les désastres de Rome. — Polydorè de Caravage s'y réfugia quelqBe temps. — Penni (il Fattore) n'y vécut qu'une année; malgré cette mortnpide, il exerça une influence marquée; la copie de la Transfiguration faite par loi et Pe^ rino del Vetga, et qu'il laissa à Kaples, y devint un modèle pour les artisleiLL*é<*cole de Michel-Ange eut pour principcux représentants à Naples Vaaari (à quirki nationaux ont reproché son injuste silence sur les peintres napolitains célèbees),. ci Marco de Sienne (Harco di Pino, mort en 1587). — Quelques auh>e§ artistes s'attaiehèreat à l'école vénitienne et imitèrent Titien. Vers la fin du xn* siècle» Vwi s'inspirait à Maples du Tintoret. — Mais ce qui donna une grande impulsion, ce ùd, la présence des grands peintres Guidt» Reni, Annibal Carrache, Domkiiiiuin,. Ribera^ Lanfranc. C'est l'époque la plus brillante de l'bbtoire de la peintove à Naplea». et en même temps la période la plus odieuse, si l'on considère les méprisables <iniriiii> gués, les persécutions et .les crimes ntômes par lesquels se signalèreot les> rivalités haineuses des artistes.
Michel'Ange de Caravage vint à ISaples vers 1606, fuyant de Rome, oui il était poursuivi pour homicide. C'était un hooune brutal et colérique» U seHibla communiquer aux artistes napolitains la vi(dence de ses monura en même temps qu'il leur faisait adopter les nouveautés de son style éa^rgique» inspiré de la nature rude et sans choix, et son coloris puissant et plein de contrastes. Il se forma alors une troupe de véritables bandHa, dont Ceoeasio^ Ribera et Carracciolo furent les chefs. -^ Belisario Corenzio (1558-1641), Grès de naissance, étudia 5 ans sous le Tintoret. — Carracciolo (1580-1641), NBpoli&ain> smvit d'abord les traces de Michel-Ange de Caravage, puis il se foima' un styU analogue à celui d'Annibal Carrache. — Ribera (1593-1656), né en Espagne», d'où lui vint son nom de VEspagnolet, étudia sous Michel-Ange de Caravage, et s'étar* blit à Naples. Ce fut un des plus grands peintres du xvii« siècle. Il se plut à représenter des sujets hideux et cruels. Distingué par le vice-roi espagnol qui gouvernait le royaume de Naples, il fut nommé peintre de la cour, et exerça une suprématie jalouse sur les autres peintres. Ces trots hommes, pendant plusieurs années^ dirigèrent des persécutions continuelles contre les artistes étrangers appelés, on venus volontairement à Naples. Coreniio, astucieux, ne reculant devant aucun crime, fut le membre le plus actif de cette association, et l'exécuteur des machinations de Ribera.
Annibal Carrache, la plus grande illustration artistique de l'époque, avai* été
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appelé pour peindre les fresques des églises de Sptrito Santo et de Gesù I^uoto. U était venu à Inaptes déjà péniblement affecté du traitement qu'il avait reçu du cardinal Farnèse {V. p. 307) ; la cabale le força à retourner à Rome pendant Tardeur de la canicule ; et il y mourut peu de temps après. — Le chevalier â*ArpinOf chargé de peindre la chapelle royale de Saint-Janvier, ne put pas terminer ses travaux et fut obligé de fuir pour échapper aux violences. — Guido Reni fut chargé de remplacer d'Arpino. Mais deux inconnus accablèrent de coups son valet et lui firent dire de se préparer à mourir s'il ne repartait pas sur-le-champ. U ne se le fil pas dire deux fois. — Gessi, son élève, ne s'effraya point de ces menaces; il demanda et obtint la commission, et partit avec deux arlistes qui devaient Taider. Ceux-ci, sur l'invitation de nouvelles connaissances, allèrent visiter une galère qui venait de jeter l'ancre. La galère mit à la voile et jamais on n'entendit parler d'eux. Gessi se retira à son tour. Les administrateurs de la fabrique, obligés de céder à la cabale, donnèrent enûn l'entreprise au a formidable triumvirat >. Mais bientôt ils firent effacer les fresquertrop médiocres de Gorenzio et de Carràcciolo, et appelèrent le Dominiquiti eu lui offrant un très-beau prix pour son travail. — Le Dominiquin accepta avec répugnance, et se rendit à Kaplea avec la résignation d'un martyr, a Placé sous la protection des membres de la fabrique, logé dans le palais archiépiscopal, contîgu à l'église, le premier jour après son arrivée à Naples, il trouva en rentrant chez lui, dans k serrure de sa porte, un billet dans lequel on lui déclarait que, s'il ne partait à Tinstant pour Home, jamais il n'y retournerait vivant. A l'instant le Dominiquin se rend au palais'du vice-roi, demande une audience, et là, en présence des courtisans, il lui remet le papier, et réclame sa protection au nom de Téglise au service de laquelle il est employé, La publicité de la démarche ne permettait pas au vice-roi d'hésiter. — Déjà un des élèves de Uibera, Fracanzani, avait été condamné pour meurtre à être pendu, et tout le crédit de la cabale n'avait pu obtenir que la permission de faire mourir cet assassin par le poison, dans l'intérieur de la prison, pour éviter à ses collègues l'infamie d'une exécution publique. — Le comte de Monterei donna sa parole de grand d'Espagne que le Dominiquin serait protégé. Il fut en effet à l'abri des violences extrêmes, mais il devint le but de toutes les tracasseries, de toutes les calomnies que l'envie et la malignité peuvent inventer pour empoisonner les jours de ceux qu'elles veulent détruire. On corrompit ceux qui vivaient autour de lui ; on mêlait de la cendïe au crépi sur lequel il devait peiudie ms fresques, d'où il arrivait que sa peintiire en séchant s'écaillait et tombait.... Pour le détourner de ses travaux, la cabale engagea le vice-roi à lui commander des tableaux pour la cour de Madrid : c'était placer le Dominiquin sous les ordres de l'Espag^olet, qui se faisait apporter les tableaux à moitié faits, ordonnait de retoucher tantôt une partie, tantôt une autre, puis les envoyait à Madrid non terminés. Poussé à bout par ces persécutions, il s'enfuit secrètement à Rome. Mais sa femme avait été retenue en otage par les administrateurs de Saint-Janvier. U dut revenir à Naples. Il travailla pendant trois ans à la coupole, si malheureux, si déconragé, qu'il n'avait plus de confiance en personne, pas même en sa femme. Lui-même il apprêtait sa nourriture, de peur d'être empoisonné. On avait corrompu ses ouvriers, ses domestiques, et jusqu'à son neveu, qui demeurait avec lui. Enfin, le Dominiquin fra mille crepacuori mourut en 16 il ; et l'opinion est qu'il succomba au poison. »
— LattfranCy l'ancien ennemi du Dominiquin, lui succéda. — Des trois auteurs des violences dirigées contre les peintres étrangers, Carracciolo mourut avant le Dominiquin; Gorenzio succomba i la suite d'une chute du haut d'un échafaudage; et Ribera, en proie à un vif chagrin causé par le désiionneur d'une de ses filles, s'embarqua, et selon un de ses biographes, tomba dans les mains des pirates et eut une fm ignorée.
Le chevalier Mastimo Slanzioni (1585-1656) fut surnommé le Guido Reni de Naples. Ses meilleurs ouvrages sont à la Chartreuse de San Marlino. Ribera persuada aux moines qu'une Descente de croix de cet artiste avait besoin d'être restaurée : des substances corrosives furent mêlées à l'eau, et le tableau fut détruit. Stanzioni refusa de le restaurer, voulant laisser ainsi un monument de l'infamie de Ribera. — Le Calabrese [Mattia Preti, 1613-1699) voyagea et étudia les ouvrages des grands artistes. Il peignit principalement des martyrs, des pestiférés, des pinitents en pleurs. — Aniello Falcone (1600-1665), maître de Salvator Rosa, fut célèbre comme peintre de batailles. Il eut beaucoup d'élèves et se servit d'eux pour venger la mort d'un de ses parents et de ses disciples, que les soldats de la garnison espagnole avaient tué. Il prit une part active à la révolte de Masaniello, son parent, à la têle de la compagnie d2 la Mort, où s'étaient enrôlés la plupart des artistes napolitains, et se réfugia ensuite en France.
Salvator Rosa (16l5rl673), un des peintres les plus originaux de l'Italie .et un des plus célèbres de l'école de Naples, eut a lutter dans sa jeunesse contre toutes les difficultés de la misère. Élève de Falcone, il prit une part active à la révolte de Masaniello. Méconnu à Naples, il alla à Rome ; mais elle fourmillait de peintres célèbres : le Dominiquin, Guide, le Guerchin, l'Albane, Lanfranc, Pielre de Cortone. Poussin, Claude Lorrain, etc.... Perdu dans la foule, Salvator Rosa, déjà peintre habile, eût été oublié; le carnaval lui fournit l'occasion de produire sa verve comique naturelle, et de débiter sous le masque de Formica des lazzi et des satires qui firent fortune et attirèrent sur lui l'attenlion. Il se montra excellent acteur, et Tacteur mit le peintre à la mode. Il fut également poëtc satirique et musicien. Comme peintre, il avait une exécution rapide; ses nombreux tableaux furent recherchés et bien payés. Il n'estimait que ses tableaux d'histoire et s'affligeait presque de sa réputation comme paysagiste.
Une dernière époque de l'école napolitaine est marquée par deux peintres célèbres, Giordano et Solimène. Luca Giordano, né à Naples (1632-1705), était fils d'un peintre médiocre qui ne cessait de lui repéter: < Fa presto, » d'où lui est resté le surnom de Fa presto, justifié par sa prodigieuse rapidité d'exécution. Il resta neuf ans dans Tatelier de l'Espagnolet et élu iia à Rome sous Pietro da Cortona, dont le style fut adopté par l'école de Naples. Giordano alla à Bologne, à Parme, à Venise...; il y fit un grand nombre de copies, et posséda à un haut degré le talent d'imiter les maîtres des écoles les plus différentes. Il forma de nombreux élèves, qui travaillèrent presque tous de pratique. — Francesco Solimena (1657-1747) occupa le premier rang après la mort de Giordano. 11 se fit une manière expéditive en étudiant, outre les ouvrages de Pielre de Cortone, qu'il suivit d'abord exclusivement, ceux de Lanfranc, du Calabrais, de Guide et de Carie Maralte. Il jouit d'une immense réputation, peignit jusqu'à l'âge de 90 ans, et répandit dans toute TEurope, i régal de Giordano, ses ouvrages exécutés dans tous les genres^ t
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, — Quand les arts du dessio tombaient à Naples dans la décadence, on antre art, le dernier venu, et qui devait exercer un si puissant attrait sur toute l'Europe, la musique, s*y développait d'une manière brillante el féconde. Naples devint la terre dassiqae de l<i musique. Aleuandro Scarlatti (1650-i7î5) est considéré comme le fondaABur de l'éoc^ moderne. Porpora» qui fit faire des progrès au chant et écrivit ub grand nombre d'opéras, et Leo^ suivirent les traces de Scarlatti. Grâce 4 eux Técole de ^aplcs devint la plus célèbre pour la musique théâtrale. Durante rendit facile l'étude du contre-point, et ses partitions devinrent classiques. Leonardo Ftnct, qui mourut à 4Sana. en 1<S2, fil triompher la mélodie sur les accords qui l'étooffaient jusque-là. PegoUte (17di-1737) fut enlevé jeune à l'art. Toute l'Europe voulut entendre sa Serva padrona, chef-d'œuvre de grâce et d'expression. Il s'éteignit avant d'avoir terminé sod célèbre Stabat, comme Mozart avant d'avoir mis la dernière main à son Requiem. — Jometliiilii-VJIA) se fit un nom par sa musique sacrée et par ses opéras d'Armide et d^ipkiçémie, Nicola Piccim (1728-iSOO), mort à Passy, près de Paris, fut à Paris le rival de Gluck; et il s'alluma, à cause de celte rivalité, une guerre musicale d'une violence sans exemple. Piccini était loin d'avoir le mâle génie du compositeur allemand ; il avait un style clair, élégant ; une mélodie touchante, et eut le malheur de tomber sous la tutelle péétique de Marmontel, tout à fait étranger aux exigences de l'art musical. — Saechmi (1735-1 7S6) dut à la faveur de l'empereur Joseph U de se voir ouvrir les portes de l'Opéra, â une époque où il était difficile de détrôner l'attention publique de la lutte qui passionnait Paris pour Gluck et Piccini. Malgré l'intérêt de son Œdipe à Colone, d'un style si large, si élevé, si expressif, des intrigues odieuses parvinrent â faire exclure cet oonrage du répertoire du théâtre de ta cour, pour lequel il avait été -écrit.
Une foule de compositeurs napolitains propagèrent la musique de leur pays dans les principales villes de l'Europe. Les deux noms les plus célèbres à citer sont ceux de Paesieflo et de Gimarosa. — Paesiello (1741-1816) écrivit beaucoup d'ouvrages pleins de pensées vives et gracieuses. — Cimaro9a{xié i Naples en 1754. mori à Venise en 1801) est le pkis grind ariiste de cette féconde lignée ; il a composé plus de lâO opéras, dont u très^pelit nombre sont restés au théâtre. Son Matrimonio segreto est demeuré une œuvre classique, dont les suaves mélodies, pleines de charme, de verve originale et de naturel, font encore aujourd'hui les délices des gens sensibles à la musique. — Guglielmi et VkrmfvmU oentinuèrent ces traditions de gaies et fraîches mélodies. — ZingartlH (1752^1857) seulintseul pendant quelque temps l'honneur de la musique napolitaine, et, scrupuleux observateur de l'ancienne école, il modéra par son enseignement au Conser- Tatoire de Naples le développement excessif des instruments sur la musique vocale. L'extendon donnée à l'accompagnement et à l'harmonie avait commencé avec Gimarosa. — fies àmtàènè révolutions introduites dans la musique théâtrale devaient atteindre à sea tour la 'mu:»ique italienne. Parmi les imitateurs de Rossini, le nom du compositeur napolitain le plus célèbre a été de nos jours celui de Mercadante. Il faut citer aussi Bellini, bien qu'il soit né â Catane, comme ayant fait son éducation musicale â Naples soas Zingarelli. ~ Naples ne voulait pas et ne pouvait pas sans doute aller au dt là de lV^xpresliM spontanée de ces faciles mélodies. Lorsque la musique, suivant une impulsion nouvelle, s'est mise â sacrifier la mélodie à l'harmonie, Naples a laissé échapper le sceptre de ses mains paresseuses; les barbares du Nord l'ont ramassé, et le Nord, une fois de |dus, a vsnncu le Midi.
Bans «e pays, et sensible à la musique, Fenthousiasme excité par certains chantews fut tel, que ieurs noms y ont eu autant de retentissement que ceux des compositeurs mêmes. Du reste, ces merveilleux chanteurs qui ravirent le passé sont à tout jamais perdus; ils ne devaient le charme de leur voix «ju'à nne mutilation que le respect de l'humanité a déeermalis rendue impossible. Parmi les plus célèbres de ces chanteurs napolitains, il lut cil^ Ga/fstrellif né en 1710. Porpora, son maître, le tint pendant six année» entièraf à des exercices de vocalise élémentaire. Caffarelli acquit une grande fortune et se construi>it à Naples un palais sur lequel il mit cette inscription : Amphion Thebas,egodûmum. Ihi autreélèvede Porpora, AiWne/2< (1705-1282), fut plus célèbre encore. On réunit ces deux riraoK dans nne'pièce où Gaffarelli représeoUit un tyran et Farinelli un héros chargé de chaînes. Gelui'CL causa un enthousiasme tel, que Caffarelli, oubliant son râle, courut à son prisonnier et l'embrassa. Appelé à la cour d'Espagne, il y charma les dernières an-
•îs de Philippe V, attristées par des infirmités. « Son unique tâche fût, pendant plors années, de chanter quatre ariettes, constamment les mêmes> diaprés les otérm e(
ROUTE S7. — IHAPLES. — DIALEGTB NÂPOUTAIll. 391
l*UDiformité du goût du roi. » Il dissipa également la mélancolie de son successeur. Jouissant d'une grande faveur auprès de la reine, son influence s'accrut tellement à la cour d'Espagne, qu'il devint presque le seul canal par où s'écoulaient les grâces.
teasqna comique. — PoHchinelle. — Nous avons parlé (t. 1*', p. 213) du type bergàmasque d'Ar^^guin. Nous réunirons ici quelques renseignements sur un type plus populaire «ncore, sur le héros par excellence des marionnettes, Polichinelle, PuCnnelkif type du Calabrais. D'après le spirituel abbé Galiani et les savants de nos jours qui se sont occupés deMce docte sujet, ce héros, antique de race, sensuel et batailleur, est Osque de naissance. Il figurait déjà dans les Attellanes sous le nom de Maccus, bafouant Casnar, « cet étemel plastron de la gaieté italienne, qui vit encore sous le nom à peine déguisé de Gassandre, et dont 20 siècles de tromperies et de coups de bâton n'ont pas lassé la patiente bêtise. » <}u'on ne s'y trompe pas, du reste, le Pulcinella napolitain, au nez crochu comme un petit poulet (Pulcinelto)^ « est un grand garçon aussi droit qu'un autre, bruyant, alerte, au demi-masque noir, au bonnet gris pyramidal, à la camisole blanche, sans fraise, au large pantalon blanc, plissé et serré à la ceinture par une cordelière. * Ce n'est pas là le t^olichinelle que nous connaissons, à la double bosse, au costume éclatant, rouge et galonné. En quittant Naples, il s'est dénationalisé. Il s'est fait Gaulois chez nous, restant toujours narquois, toujours batailleur, matamore, fanfaron. M. Magnin, qui s'est fait l'historien des marionnettes, croit reconnaître une personnification d'Henri IV dans co type gascon, dont les deux bosses, exagérées depuis, s'expliqueraient par les cuirasses bombées et les ventres à la poulaine, alors à la mode. L'enflure du personnage, son insolence brutale, le clinquant de son costume, tout cela n'aurait été, peut-être, à un moment donné qu'une satire du feste ridicule atfiché alors t la cour par les nobles Castillans»
Dialecte napolitain. -— Ce dialecte <r gai, facétieux, satirique, varié, abondant «n burlesques équivoques, » a eu son historien : le spirituel abbé Galiani [del Dia" lelto napolUano, 1179). I^e dialec4e napolitain tronque les syllabes et élide l't au eommencement des mots (nziemme pour insieme, nzipeto, insipido). Il aime à redoubler les consonnes au milieu des mots [ammore; femmena) ; l'élision de Vin se combinant avec une contraction euphonique rend quelquefois les mots méconnaissables {mmano, pour in mano; smestere, investire]. Il redouble même ïn au commencement des mots, ou l'emploie comme une sorte d'esprit : Nnapole, Naples, é tnbe, e bene). Ve final s*élide généralement ou se prononce à peine comme Ve muet français. Cet e muet est quelquefois ajouté à des mois terminés en italien par un I [maje pour mai ; guaje, guai) : le b et le v se changent mutuellement, ou ^'emploient également (on dit viene et biene) ; l suivi d'un d, d'im t ou d'un «, se change souvent en u [auto pour alto; sciouto, sciolto; caudara, caldajal; il se change aussi en r [concrtidere pour concludere). Lep se change souvent en ch [chiû pour piii; chiaçnere, piangere). La lettre « remplace souvent la lettre f et s'emploie aussi comme préfixe (sciato pour fiato ; sgobbOy gobbo). Les deux U ou U se changent en % (voze pour voile ; sceuze, scelse). Il y a souvent élision de la lettre / de l'article (o pour lo; a pour la). Pour compléter cet aperçu sur le dialecte napolitain nous joindrons ici quelques temps de conjugaison : io songo (je suis); tu si; chillo è (eje, ene, etc.); nuje simmo; vuje site; chillo songo, so. — Io aggio (j'ai) ; aje ; a (ave), avimmo ; avite ; hanno. — Io amo (j'aime) ; tu ame; chillo ama; nujeamammo; vuje amate; chîlieamano. — Futur: amaraggio; amarra je; amarra, amarrimmo; ammarrite; amarranno).
Le dialecte napolitain des xin* et xiv* siècles est encore très-intelligible; le roi Alphonse d'Aragon ordonna qu'il fût employé dans les actes publics (le toscan fut «xelu comme langue étrangère). U perdit de son ascendant sous la domination oppressive des Espagnols. Ce dialecte eut au xvii« siècle son Boccace dans La cav. /.