DE CALABRE
Courrier (vettura corriere, n'ayant que trois places). Trajet en 3 jours et demi. Prix, environ 70 fr. — Les voiturins mettent 10 à 12 jours depuis Salcrne, à faire ce trajet.
De Naples à Eboli (79 kil.) en chem. de fer (K. K. 57).
Un chemin de fer projeté doit aller de Naples par Potenza aboutir au fond du golfe de Tarente à Torremare, station du che-
ROUTS 60. — ])E NAPLBS A REGGIO.
min de fer de Bari à Re^gio — Ce chemin est encore arrêté à Elwh.
d'Eboli à Auletta (35 kil.) (F. R. 58).
Post. kil
D'Aulelta à Sala (3' cheval). . . 11/2 22
Casalnuovo (3* cheval) 11/2 22
Lagonegro 11/2 20
Lauria 11/2 20
Castelluccio 1 15
Rolonda 1 15
Campotenese 1 11
Castrovillari 1 15
Tarsia 1 15
Ritorto 11/2 20
Cosenza 11/2 20
Rogliano 11/4 16
Acrifoglio 11/4 16
Colla 11/4 16
Tiriolo 11/2 18
Casino Chiriaco 11/2 22
TorreMasdea 1 1/t 18
Monleleone 11/2 18
Rosarno 2 29
Palmi 11/4 22
Bagnara 11/4 11
Villa San Giovanni 11/2 22
Reggio de Calabre 1 16
' Celte extrémité de l'Italie est rarement visitée, quoique abondante en scènes pittoresques d'un grand caractère. Voici ce qu'écrivait, en 1806, P.-L. Courier : a Pour la Calabre, ce sont des bois d'orangers, des lorêts d'oliviers, des haies de citronniers, tout cela sur la côte et seulement près des villes ; pas un village. Sas une maison de campagne. Elle est éserte, inhabitable, faute de police et de lois. Le paysan loge en ville et laboure la banlieue; partant le matin, il rentre avant le soir. En un mois, dans la seule
Çrovince de Calabre, il y a eu plus de 200 assassinats.... C'est encore aujourd'hui la CalabHa ferox. Remarquez, je vous prie, que depuis Annibal, qui trouva ce pays florissant et le ravagea pendant seize ans, il ne s'est jamais rétabli. » — La crainte des brigands éloigne les touristes. De jour en jour cependant la sécurité est rendue aux provinces si cruellement éprouvées de l'Italie méridionale.
Mais ceux qui entreprennent ce voyage devront, longtemps encore, sans doute, se résigner aux privations et aux désagréments des mauvais hôtels et des mauvais gîtes. — « La route carrossable et large qui va de Naples à Reggio n'existe quedepuis quarante et quelques années.»
18 kil. de la Duchessa (F. R. 58), on entre dans la vallée arrosée par le Kegro
(Tanagro), qu'on traverse avant Auletta.
Tout Te territoire qui s'étend entre la Duchessa et Lagonegro (F. plus loin), a beaucoup souffert du tremolement de terre de la nuit du 16 au 17 décembre 1857. On estime à plus de 10,000 le nombre des personnes qui ont péri.
Au delà d'Auletta, on rencontre :
Pertosa, — 900 hab. (une des stations des voiturins). La population, à Pair maladif, est adonnée à la culture de l'olivier. Lors du tremblement de terre du 17 décembre 1857, la moitié de la population de Pertosa perdit la vie.
La route, bordée de forts parapets, monte doucement à la Serra Molinara.
Le magnifique pont de Campestriuo de 27 arches, sur trois rangées superposées, f ranch H un ravin profond. La route s'élève en trois zigzags successifs, formant bastions et pourvus de meurtrières. On croit approcher d'une forteresse. En haut se trouve un corps de garde. Un coup d'œil jeté en arrière s'étend sur une partie du mont Postiglione (Alburnus). On s'aperçoit que beaucoup de peine et d'argent ont été inutilement prodigués pour la construction du pont de Campestrino, et que la route eût pu être dirigée au N. par un moindre détour. On dit que l'architecte mourut de chagrin des reproches que lui fit Ferdinand I«'.
La route continuant à monter, la vqe embrasse de plus en plus la belle Vallée de Diano, arrosée par le Negro (Tanagro ou Calore). — A dr. de la route, dans une belle situation, est :
Polla, — 5800 hab. On y trouve quelques restes antiques. C'est une des villes ayant le plus souffert du tremblement de terre de 1857. (Une dépêche de l'intendant de Salerne annonçait, 8 jours après la catastrophe, qu'il y avait plus de 2000 cadavres à enterrer.) — Les traits des femmes et leurs costumes rappellent le type grec.
A la^ base de la montagne, le Negro disparaît et, après quelques milles d un cours souterrain, ressort vers Pertosa.
On laisse à g., sur une hauteur de l'autre côté delà vallée, le village d'il^eiw,
3700 hab. (Antique ville d'Atina, dont les historiens ont vanté la splendeur), presque entièrement détruite par le tremblement de terre de 1561. On y trouve des restes antiques et entre autres ceux d'un amphithéâtre. — Des montagnes pelées s'élèvent en arrière.
ROUTE 60r — DE NAPLBS A REGGIO.
Salla, — 8000 hab. Disposée en terrasses sur la montagne. Sur la cime d'un rocher qui domine sont les ruines de l'ancien château. Cette par lie de la vallée est exposée à la mal'ana.
De l'autre côttî de la vallée est :
Diano — (Tegianum), 7000 hab. —
Cette ville donne son nom à la vallée.
Le Tanagro y sort avec bruit d'une
grotte. Plus loin, on passe au pied
Padula, — 8000 hab. Son nom provient de Palude, marais, à cause ae la plaine marécageuse qui s'étend à ses pieds. — Près de Padula sont les vastes bâtiments de la ckartreune de San Jjorenzo, dévastés par' les Français et ruinés par le tremblement de terre de 1857. Les tableaux, les objets précieux, les livres qu'elle possédait ont été dispersés. Cloître magnifique du xiii* siècle. Autour du couvent sont disposées les habitations des chartreux. Chaque habitation séparée consiste en un salon, une chambre à coucher pour la promenade, une petite bibliothèque, une loggia couverte, et un petit jardin avec des sources vives, des fleurs, des légumes et des arbres fruitiers.
Excursion de Padula à Saponara et aux ruines de Grumentum. — On peut de Padula, gagner à pied en 8 ou 9 h. Saponara. On commence à monter par un sentier en zigzag (dans un sol gypseux et crevassé) la chaîne de montagnes qui sépare le Negro de l'Acri (qui va se jeter dans le golfe de Tarente). On passe à Tramutola, 4000 hab.; de là on traverse des bois de châtaigniers et on arrive à :
Saponara, 5000 hab., ville bâtie sur une colline sur la rive dr. de l'Acri, dans une vallée étroite, aux sommités pelées et sauvages. Cette ville fut une des plus éprouvées f»ar le tremblement de terre de 1857. Dans e voisinage et au S. de Saponara sont les ruines de :
Grumentum, dont Torigine n'est pas bien connue. Ces ruines rarement visitées (à cause du peu de sécurité des voyages dans ces montagnes boisées et mal famées) se composent de deux amphithéâtres (ce qui déjà témoigne suffisamment de l'importance de la ville antique), de longues murailles en opu9 reticulatum, de plusieurs aqueducs, de temples, de restes de maisons particulières, et d'une rue longue de 500 pas qui divise la ville en deux parties égales. Les fouille» ont fait découvrir beaucoup d'antiquités : entre autres une dent d'éléphant et des débris provenant de la défaite
ITÀUE DO SUD.
d'Annibal par le consul Claudius Nero. A 9 kil. de Grumentum eut lieu la bataille où
E. Sempronius défit le général carthaginois annon (T.-Liv. 23, 29).
CasalnuovOf — 2000 hab. Au delà de Casalnuovo la roule gravit les zigzags de la montagne. On entre dans la province de la Basilicate, un peu avant d'arriver à :
Lagonegro*^ — 5700 hab. (Station des voiturins, le 3* jour) située sur une colline, dans une vallée étroite et sauvage. Cette ville eut beaucoup à soulTrir de l'invasion française en 18()6 Les Français remportèrent une victoire sur les Napolitains. Un peu plus loin la route, serpentant à travers des vallées profondes, passe près du petit lact Serino \lacits Niger).
Lauria, — 10,000 hab., dans une position pittoresque au pied d'une montagne ; divisée en basse et en haute ville. — La roule ne tarde pas à quitter la vallée où coule la Trecchma, et atteint :
Castellucclo. — Divisé en deux villages : l'un supérieur, 30 )0 hab., sur un rocher d'où Ton a une vue étendue; l'autre inférieur, près duquel on a découvert des antiquités.
La Rotonda % — sale village de 4800 hab. (4* station des voiturins depuis Naples) . On entre ici dans la province de la Calabre ciiérieure. La route s'élève sur un long et triste plateau, couvert de neige en hiver, jusqu'à :
Campotenese, relais de poste. — On redescend dans une vallée étroite, dont les sommets sont boisés, vers :
Morano, — 9000 hab., dans un site pittoresque sur une montagne. Sur la hauteur sont les restes d'un château bâti par les Normands.
Castrovillari, — 8000 hab., ville fortifiée, située sur une double éminence entourée de hautes montagnes.
Au lieu de passer par Castrovillari, les voiturins prennent ordinairement une bonne route qui les mène, par Frassineto et PorcilckOmano* (14 kil.), 89 JO hab.
(antique Cossa, fondée, dit-on, par les Sybarites) ; dans une situation extrêmement pittoresque. — On regagne la route par Spezzano Albanese, 3,900 nab. (Popu-
ROUTE 60. — DE NAPLES S REGGlO.
lation albanaise observant le rit latin). « Entre Castrovillari et Spezzano beaux aspects et puissante végétation. La vue s étend parfois jusqu'au golfe de Tarente et domine la plaine fiévreuse où fut Sybaris et qu'inondent souvent le Crati et le Goscile. d
Tarsia, — 1900 hab. — La route côtoie le Crati dans une contrée bien cultivée, et traverse un grand nombre de torrents. — RUorto, relais de poste.
Dans les montagnes à VO. de la route les villages de Montalto et de San Sisto ont un intérêt de curiosité historique, comme ayant adopté au xvi« s. les doctrines vaudoises de la réforme. Lej)ape et le vice-roi espagnol firent poursuivre et traquer dans leurs retraites les adhérents (1555). Un grand nombre périrent dans d'effroyables supplices. Ceux qui échappèrent à la mort furent envoyés aux galères par le duc d'Alcala, et les femmes et les enfants furent vendus comme esclaves.
Avant d'atteindre Cosenza, on traverse la petite rivière du Busento, dans le lit de laquelle le roi des Goths, Alaric, fut enterré (en 410), après qu'on en eut détourné momentanément les eaux. Les prisonniers employés à ces travaux furent ensuite massacrés, pour cacher à jamais ce secret.
CouvazA* ^^[Consentia^ capitale des Brutiens), 17,400 hab. Capitale do la Calabre citérieure, dans un territoire fertile et entouré de collines, qui produit du vin, du lin, du sifran, de la manne, etc. Ville sale, rues en escaliers, étroilesetsombres.EIleestauconfluenldu Crati et du Busento, dont les débordements forment des marécages qui entretiennent la rnaVaria. — A quelque distance, au S., s'élève le monte Cocuzzo. — Annibil s'empara de Cosenza. Les Romains la reprirent et la ravagèrent. Elle eut beaucoup à souffrir des invasions des Sarrasins, qui la saccagèrent et furent chassés par les Normands. Elle a eu fréquemment à souffrii* des tremble-
ments de terre. Au nombre des plus funestes on peut citer ceux du 4 février 1783, 13 février 1854, 4 octobre 1870.
On peut aller (38 kil.) de Cosenza à Paola, 8000 hab., petite ville sur le littoral, dominée par un château fort et située dans un territoire fertile. C'est le lieu de naissance de S* François de Paule (di Paola), — Les bateaux à vapeur de Naples à Messine touchent fréquemment à Paola. — L'absence de grandes roules, le danger que présentent des chemins peu fréquentés et trop souvent encore infestés de brigands, font que toutes les villes de cette côte sont difficilement accessibles aux voyageurs. Un grand nombre même ne communiquent entre elles que par la mer.
Dans une direction opposée, à TË. de Cosenza, est le vaste plateau élevé de la Sila, dont le point culminant (ait. 1887 met.], d'où la vue s'étend sur les deux mers, reste longtemps couvert de neige. Ce plateau, sur lequel s'étendent des forêts de sapins et de pins, et sur les pentes inférieures, des chênes, des hêtres, des châtaigniers, donne naissance à de nombreux cours d'eau qui se rendent la plupart dans la mer Ionienne. Ces forêts fournissent des bois de construction à la marine napolitaine; elles étaient déjà, dans l'antiquité, exploitées dans ce but par les Siciliens et les Athéniens. Ce plateau, qui fournit d'excellents pâturages et où les habitants émigrent chaque année à la belle saison, a environ 72 kII. de longueur ; il abonde en scènes alpestres d'un grand caractère, et cependant cette chaîne de montagnes est peut-être en Europe une des moins fréquentées par les voyageurs.
Au delà de Cosenza, la route remontant la vallée du Crati, traverse une contrée bien cultivée.
Fiogliano*, —2000 hab. (6« station des voiturins depuis Naples), sur une colline élevée, d'où l'on a une vue très-étendue (le point culminant de la cl^aîne que l'on voit à rO. est le monte Cocuzzo). Cette ville, patrie de Graviua, fut en partie détruite par le tremblement de terre de