‹ Italie; itinéraire descriptifChapitre 296 sur 422 · SICILE. — AGRICULTURE · texte numérisé non relu

SICILE. — AGRICULTURE

Sur beaucoup de points de la Sicile voisins des torrents, la maVaiia règne comme dans la maremme toscane ou romaine. Pendant les mois de juin, juillet et août, un peu avant le coucher du eoleil et jusqu'à une heure après son lever, des émanations délétères s'élèvent du sol, et la fièvre, qui en est le résultat presque inévitable pour ceux qui les respirent, fait de nombreuses victimes. Les Siciliens évitent de s'y exposer. Ils descendent chaque jour de la montagne dans la plaine, pour leurs travaux de culture, et y remontent le soir. «Quand il n'y a pas de montagnes assez voisines pour que la journée de travail ne soit pas trop écourtée par cette double étape hygiénique, comme dans la belle et vaste plaine de Catane, par exemple, ils n'y vont pas du tout; c'est plus sûr et plus tôt fait. De là vient la stérilité apparente de cette magnifique campagne, qui pourrait être la plus fertile du inonde. Gomme dans la maremme de Toscane, ces plaines, désolées par la mal'aria, seraient sans doute reconquises à la fertilité par des travaux d'endiguement, de canalisation , par des plantations nombreuses et un accroissement successif de population.

Géolofl^le. — Le sol de la Sicile est composé de terrains primitifs (gneiss, micaschistes., etc..) à l'extrémité N.-E. de l'île (district de Messine). Le granit n'y apparaît qu'accidentellement. La chaîne des Madonie, qui s'étend au N. de l'île, est formée de roches secondaires. A l'exception des terrains volcaniques autour de l'Etna, le sol, dans le reste de l'île, est en majeure partie composé de terrains calcaires. « En aucun point de l'Europe autant qu'en Sicile, dit Lyell {Manuel de géologie, t. î"), les formations du nouveau pliocène (terrains tertiaires supérieurs) ne paraissent s'étendre sur une surface aussi large et s'élever à des hauteurs aussi considérables. Elles couvrent presque la moitié de l'île, et atteignent près du centre, à Castro Giovanni, une élévation de 900 met. Elles se divisent en deux séries principales : la supérieure, calcaire, et l'inférieure, argileuse (Syracuse, Girgenti). La partie supérieure ou calcaire de ce groupe consiste, en quelques points, en une pierre semblable au calcaire grossier parisien; sur d'autres points, en une roche aussi compacte que le marbre, d'une épaisseur de 200 à 300 mètres, ordinairement en couches régulières, horizontales, accidentellement coupées par de profondes vallées, comme celles de Scortino et de Pentelica, que percent de nombreuses cavernes. — Du calcaire on passe à un grès et un conglomérat au-dessous desquels sont une argile et une marne bleue semblables à celles des colhnes subar pennines. »

A^ricnltnre. — La Sicile a toujours été renommée pour sa fertilité. On estime que sur 2,428,026 hectares, 1,416,348 sont cultivés en céréales; environ 607,000 sont livrés à la pâture. « Quand on a vu les belles récoltes de blé des plaines de Catane, de Terranova, de Licata, de Caltanisetta, etc., ou celles des raisins de Syracuse ou de Vittoria; quand on a vu les troupeaux dans les prairies deTrapani; quand on voit les figuiers, les amandiers, les pistachiers, mêlés aux oliviers dans ces beaux champs clos par de fortes haies de cactus ou d'aloès aux larges feuilles et aux fleurs pyramidales (l'agave atteint la hauteur de 10 mètres) ; on comprend que la mythologie ait consacré la Sicile tout entière à Cérès, puisque, sous le rapport de la fertilité, aucune terre ne peut être comparée à cette île aimée du ciel. — Dans les environs de Messine, des citronniers, toujours en feuilles, en fleurs et

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en fruits, produisent jusqu à 50,000 citrons par an. -~ La Sicile était le grenier de Rome, la nourrice du peuple romain. Hiéron, roi de Syracuse, publia un code agraire dont ]es Romains adoptèrent les sages dispositions. L'agriculture eut beaucoup a soui'frir des guerres puniques; plus tard, elle souffrit davantage encore de l'invasion (les barbares. Les Sarrasins, maîtres de la Sicile, y introduisirent de nouvelles cultures, et apprirent aux habitants à imiter leur système ingénieux d'irrigation. L'introduction des fiefs, opérée par les Normands et maintenue par les dynasties souabe, angevine et aragonaise, eut une grande influence sur le dépérissement de l'agriculture en Sicile. Dans les premiers temps de la domination normande, la condition des cultivateurs, presque réduits à l'esclavage, fut des plus dures. Toutes les propriétés de File furent partagées entre des barons et des étrangers, dont un grand nombre ne résidaient pas, ou elles devinrent le domaine de l'Eglise. De nos jours, et depuis longtemps, l'agriculture est très-négligée en Sicile. Les paysans, ne possédant point, n'ont point d'intérêt à cultiver la terre. La culture impliquant le séjour permanent des bommes et des animaux, est rendue impossible sur de vastes étendues de pays par la sécheresse ou la mal' aria. De grandes propriétés [latifundi) n'ont pas de colons. Les cultivateurs ou journaliers habitent des villages situés parfois à de grandes distances des terres arables. En temps ordinaire la campagne est un désert. Les terres sont en général exploitées par le système du métayage. Ce qui aggrave la situation, c'est la sous-location ; car la plupart de ces métayers ne tiennent leurs baux que de grands fermiers, qui sont les intermédiaires entre le propriétaire et le cultivateur. On signale l'absentéisme comme une cause fâcheuse qui rappelle la condition de la propriété en Irlande. Â cette cause il faut ajouter les obstacles qui s'opposent à Tamélioration des routes, à la confection des ponts, à la canalisation des rivières, au dessèchement des marais, et en général à tous les grands travaux qui exigent le concours de l'admiiiistration supérieure. On fait porter à la terre toujours des grains, du blé ou de l'orge, avec une ou deux années de jachères entre les récoltes, ou une semaille de haricots ou de fèves. Le blé, principal objet du commerce en Sicile, est conservé dans des silos creusés dans le roc. La Sicile fait également un immense commerce d'oranges, de citrons; la culture des amandes, du sumac, du jujube, etc., y est l'objet d'une exportation considérable. La production du vin est aussi une des richesses du pays, et là où ces vins sont faits avec intelligence, ils rivalisent avec ceux d'Espagne. — Il arrive quelquefois que les sauterelles, réunies en gros nuages et apportées par les vents brûlants d'Afrique, fondent sur certaines portions du littoral méridional.

La Sicile est peu boisée. On trouve cependant quelques cantons sur les montagnes contenant de belles forêts. Une partie appartient aux communes et est mal aménagée. Le bois, que l'on transporte de laCalabre ou de Venise, y est naturellement d'un prix élevé. Le déboisement de Tile, et le manque d'eau qui en est résulté, ont contribué à diminuer sa fertilité.

Soufres de Sicile. — Le sol volcanique de cette île en fait un pays des plus abondants en soufre. Ce n'est pas aux environs, ni sur les flancs de l'Etna, que se trouvent les grands gisements de soufre. On les trouve principalement dans les districts compris entre Lercara, Bivona, G igenti, Palma, Licata et Callanisetta.

Le minerai exploité est un calcaire marneux renfermant du soufre dans la proportion de 15 à 40 pour 100. Le traitement est des plus primitifs : c'est une simple fusion où le soufre lui-même sert de combustible, et qui a lieu presque en plein air, ce qui répand dans l'atmosphère des gaz nuisibles à la végétation du voisinage. On empile sur un plan incliné un amas conique de minerai d'au moins 200 met. cubes, que l'on maintient par des murs. C'est se qu'on appelle un calcarone. Un calcarone brûle pendant un mois ; le soufre fond et sort par un trou de coulée. La profondeur des mines varie de 40 à 100 nièl. On y descend par des galeries inclinées. La quantité de soufre qu'on relire annuellement des mines est de 2 millions 1/2 de quintaux. Eu 1850, sur une exportation totale du soufre, estimée à 2,176,070 quint,, la part de l'Angleterre avait été de 859,214 quint. ; celle de la France, de 744,600. Le droit d'exportation produit à l'État 2 millions par an. — D'après les calculs des hommes compétents, les soufrières de la Sicile seront vides dans 50 ou 60 ans. Les pyrites (répandues partout à la surface du globe) pourront suppléer au soufre natif, s'il vient à manquer. [Revue des Deux Mondes^ 15 juin 1874).

Histoire. — La Sicile est la terre classique de la mythologie. Ses premiers habitants sont les dieux. Jupiter règne sur l'Etna, sous lequel il tient écrasé le titan Encelade. Cérès est la divinité principale de l'île. Sa fille Proserpine, Diane et Minerve, passent leurs premières années dans les plaines d'Enna. C'est là que Pluton enlève Proserpine. Vénus vient souvent visiter les sommets de l'Éryx. Le beau Daphnis, fils de Mercure, invente la poésie pastorale pour charmer Diane dans ses chasses. Alphée y poursuit de son amour la nymphe Aréthuse. Vulcain prépare les foudres dans ses forges de l'Etna, aidé par la troupe des hideux Gyclopes. Un d'eux, Polyphème, devient amoureux de la néréide Galatée, qui lui préfère le berger Acis. Ulysse délivre ses compagnons de la caverne où Polyphème les tenait enfermés pour les dévorer.

Après les dieux, ses premiers habitants sont, selon les traditions poétiques, des géants ayant pour demeures les nombreuses grottes qu'on retrouve encore aujourd'hui dans l'île. Enfin on sort de ces vagues traditions pour entrer dans l'histoire, qui donne le nom de Sicaniens au premier peuple établi dans la Sicile. Les Sicules, chassés d'Italie, passent dans leur île et les soumettent. Les Phéniciens y forment des établissements. Des colonies grecques y abordent près de huit siècles avant notre ère. Les Carthaginois, à leur tour, viennent mêler une autre race à ces races déjà hostiles. Les Sicules, refoulés, se retirent au centre de l'île et

y conservent longtemps leur caractère de race et la rudesse de leur dialecte.

Mais le génie grec prédomine. La Sicile participe à la civilisation hellénique, et elle rivalise avec la mère patrie pour les œuvres de l'intelligence et de l'art. Elle est agitée aussi par les mêmes discordes intestines, par les mêmes luttes entre la démocratie et l'aristocratie. Des tyrans usurpent le pouvoir; les villes puissantes oppriment les villes plus faibles. Les populations, menacées, appellent à leur aide tantôt les Grecs, tantôt les Carthaginois, qui s'emparent d'une partie de l'île. Dans ces conflits périssent Sélinonlc, Ségeste, Himère. Lu riche Agrigente elle-

UALIË ou SUD.

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