SICILE. — APERÇU GÉNÉRAL. — HISTOIRE
même est presque entièrement détruite. Syracuse, la plus puissante des villes siciliennes, étend pendant un certain temps sa domination sur la presque totalité delà Sicile. La fortune d'Athènes vint se briser contre elle. {V. le désastre des Athéniens, R. 69. de Girgenti à Syracuse.)
Devenue le théâtre de la guerre acharnée entre Rome et Garthage, la Sicile, destinée à être la proie du vainqueur, tombe au pouvoir des Romains. Absorbé dans la grande unité romaine, ce pays perd sa vie propre et son intérêt historique. Les dépradalions de Verres, dénoncées dans les célèbres plaidoyers de GicéroD, montrent à quel point les provinces étaient à la merci d'une administration cupide et toute-puissante. Les guerres civiles ( V. Enna, R. 8*2) attestent l'état déplorable auquel une partie de l'ile l'ut réduite par suite des justes révoltes de la population esclave contre des violences excessives. La Sicile avait perdu son éclat. Strabon parle de ces villes ruinées, vides d'habitants, Naxos, Mégare, Himère, Géta, Gallipolis, Sélinonte, etc... — Après la mort de Théodose, dans le partage de Temph'c, la Sicile appartint aux empereurs grecs. Le flot des barbares qui se répandit sur l'Italie s'étendit à la Sicile. Les victoires de Bélisaire, en chassant les Gotbs, la rendirent à Justinien. Au milieu de la dislocation du vieux monde, une nouvelle ère d'invasions parties de l'Afrique commence pour la Sicile.
De même que les Carthaginois y faisaient dans l'antiquité des incursions continuelles, ce sont les Sarrasins qui, maîtres de l'Egypte et d'une partie de l'Afrique, y débarquent pour la première fois vers l'an 650 de notre ère. Deux siècles plus tard, ils sont maîtres de tout le pays. Syracuse succombe une des dernières, après dix mois de siège, après que les habitants ont dévoré tous les animaut domestiques, la chair des cadavres, et que la peste est venue se joindre à la famine pour briser leur indomptable courage. La ville fut livrée au pillage et aux flammes ; la plus grande partie des habitants fut égorgée ; les autres furent vendus comme esclaves et transportés en Afrique. L'antique Syracuse ne se releva jamais de ces désastres. Elle fut réduite à nie d'Ortygie, et le vaste emplacement de ses trois autres quartiers devint un désert semé de ruines, dont les vestiges mêmes sont devenus de plus en plus rares. «L'ile, qui, depuis sa division entre les Syracusains et les Carthaginois, avait toujours formé deux provinces, fut partagée en trois vais, division mieux appropriée à la géographie physique du pays. L'agriculture dut aux Arabes ses plus grands progrès. Le coton, apporté par eux des champs syriens* la canne à sucre, trouvée par les premiers pèlerins dans les champs de Tripoli, et que les Arabes naturalisèrent sur le sol fécond de leur nouvelle conquête; le frêne, qui produit la maune; le pistachier, ne sont connus en Sicile qu'à partir de l'époque arabe. »
Les divisions entre les chefs musulmans introduisirent en 1061 les Normands en Sicile. Ebn-el-Thammouna, émir de Palerme, un jour, dans un moment d'ivresse et de colère contre sa femme Maïmouna, ordonna qu'on lui ouvrît les veines. Maïmouna, évanouie, fut sauvée par son fils, et se réfugia près de son frère, qui, levant un corps d'armée, battit les troupes d'Ebn-el-Thammouna. Celui-ci, pour se venger, songea à appeler les étrangers en Sicile. « Le Normand Roger, alors à uôlito, vit un soir entrer sous sa tente Ebn-el-Thammouna, qui venait lyi donner un sceptre en lui ouvrant l'entrée delà Sicile. » Les Normands, au nombre de 700,
vainquirent 45,000 Sarrasins, commandés par le frère de Maïmouna. Maîtres de la Steihe, les ^ du. Normand Tancrède rétablirent ub ordre régulier, et, protégeant les Sarrasins, ils leur accordèrent, avec un esprit de tolérance bien rare au xi« s., Texercice de leur religion , moyennant un tribut annuel. Sur des monnaies de cette époque, les symboles du christianisme el de l'islamisme sont mêlés ensemble. « Loin de témoigner aux Arabes moins de confiance qu'aux Grecs ou aux Normands, Roger en forma de nombreux bataillons, qu'il employa avec succès dans toutes les expéditions auxquelles il prit part dans la suite. Quatre kngnes étaient alors parlées en Sicile : le grec, le latin, l'arabe et le français. Les édîts étaient publiés dans toutes ces langues, et chaque peuple était régi par sa loi. Les vainqueurs, d'ailleurs, subirent l'influence de la race vaincue, race éminemment intellijrente, que ses ressources industrielles, son goût pour les sciences, les arts, la poésie, mettaient alors à la tête des nations de l'ancien monde. » (Noël des Vergers.)
Avec les rois normands commence pour la Sicile, réunie pour la première fois sous un chef, un nouvel ordre de choses fondé sur la féodalité. Le pays se couvre de forts et de couvenls. La noblesse et le clergé forment, p^ur ainsi dire, une nation dans la nation, et le peuple, opprimé par les barons, est réduit au plus dur état de servage.
Mais la dom^invtion normande devait bientôt faire place à la domination cUlemaftde : Henri VI, empereur d'Allemagne, qui avait épousé une tille du roi Roger, se fait couronner k Palerme (1194). Son fils, Frédéric II, au retour des croisades, trouve l'île dans Tanarchie, soumet par la force des armes les villes révoltées, et, « bannissant la population arabe, dont les fréquentes alterca lions avec les chrétiens troublaient sans cesse la paix publique, depuis que la rudesse allemande avait remplacé l'esprit modérateur des Normands, il transporte sur le continent les musulmans et leur donne pour résidence la ville de Noecra {V. p. 481), appelée depuis lors Nocera dm Pagam. Frédéric II, pendant un long règne, fit fleurir à Palerme les sciences et les lettres. Par ses démêlés violents avec le saint-siége, il s'était fait un ennemi du pape, qui, le déclarant déchu du trône, appela à lui succéder Charles d'Anjou, frère de saint Louis. Le prince français défit Manfred, fils de Frédéric II, puis le jeune Gonradin, petit^fils de ce dernier, qui eut la tête tranchée àNaples, sur la place du Marché (1268).
La domination angevine en Sicile n'eut qu'une durée éphémère ; les Vêpres siciliennes, un des plus terribles événements dont l'histoire ait transmis le souvenir, y mirent fin. On a attribué ce massacre des Français à une vaste conspiration qui aurait été ourdie par Jean de Procida. M. Amari, qui a consacré à l'histoire des Vêpres siciliennes un livre écrit avec une conciencieuse érudition, a prouvé que, s'il y a eu conspiration, le sanglant épisode des Vêpres siciliennes en a été complètement indépendant. Ce massacre commença à Palerme le 31 mars 1282, e gagna toute la Sicile. Pour se soustraire à la vengeance de Charles d'Anjou, la Sicile se donna à Pierre d'Aragon.
La dynastie aragonaise règne en Sicile jusqu'en 1516. Ferdinand le Catholique réunit alors ce pays à la couronne d'Espagne. Au contact des moeurs espagnoles, le caractère national reçoit une dernière empreinte. Qu'elle fasse partie de la mouarchie espagnole sous Gharles-Qwint, ou bien que, sous les Bourbons, elle suive
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le sort du royaume de Naples, la Sicile u'est plus gouYeruée que par des vice-rois, et elle cesse d'avoir une histoire indépendante.
A la fin du siècle dernier, la cour de Naples entra dans la coalition formée contre la France. Ghampionnet marcha sur Naples et força Ferdinand lY et sa famille à s'embarquer pour la Sicile (1799). La république parthénopéenne fut proclamée. Ferdinand rentra à Naples en 1801. En 1805, Napoléon envahit le royaume de Naples, et Ferdinand se réfugia de nouveau dans la Sicile, où il se maintint par l'assistance de l'Angleterre. — Sous la domination aragonaise, la Sicile avait eu uo parlement composé de trois ordres. Dans le. principe, ce parlement, établi par le roi Roger, ne se composa d'abord que des représentants des deux ordres privilégiés sous les noms de bracchio milUare et bracchio ecclesiastieo. En 1240, des députés librement élus par les communes formèrent un troisième bras [bracchio domaniale)»
En 1810» le gouvernement demandant un nouvel impôt, le parlement refusa, et, soutenu par la nation, réclama l'intervention de l'Angleterre. Sir William Bentinck, commissaire anglais, fut nommé généralissime du royaume par Ferdinand. En 1812, il convoqua un nouveau parlement, divisé, comme en Angleterre, en Chambre des communes et en Chambre haute. Le roi approuva la nouvelle constitution ; il abdiqua temporairement et nomma son tils vicaire général du royaume. Le roi cherchait l'occasion de se soustraire au joug de Bentinck, par le fait véritable roi de Sicile. La chute de Murât la lui fournit bientôt. U remonta sur le trône de Naples, cassa le parlement de Sicile et annula la constitution de 1812, devenue l'évangile de la politique sicilienne. En 1816, il déclara province du royaume de Naples la Sicile, qui perdit ses antiques franchises. Les lois du timbre et de la conscription exaspéraient les Siciliens. Aussi la révolution qui éclata à Naples en 1820 gagna bientôt la Sicile, dont l'antipathie pour les Napolitains devint cependant de plus en plus prononcée. De nouvelles tentatives d'indépendance eurent lieu eu 1831 et 1857, au moment de l'invasion du choléra, qui fit en Sicile d'affreux ravages. Catane arbora le drapeau de l'indépendance ; mais, le 6 août 1857, les troupes napolitaines, sous la conduite du ministre delà police dei Carretto, entrèrent dans cette ville sans résistance. Les Siciliens furent exclus de tous les emplois publics. Les livres qui circulaient à Naples furent interdits en Sicile. Outre Telfet fâcheux produit par des mesures blessantes, une autre cause du mécontentement des Siciliens contre le royaume de Naples, a c'étaient les efforts que le gouvernement napolitain avait tentés, à la suite de la révolution de 1820, pour introduire en Sicile l'administration et les principales dispositions du Code civil français, qui avait survécu aux règnes éphémères de Joseph Bonaparte et de Murât. Les grands seigneurs s'étaient ligués contre ces innovations. Lel«" septembre 1847, un mouvement eut lieu à Messine, il fut réprimé. Le 5 janvier 1848, l'insurrection éclata de nouveau dans cette ville et gagna les autres villes de k Sicile. A la fin de janvier les troupes abandonnaient Palerme. »
La Révolution de février 1848, qui éclatait à Paris et devait avoir tant de retentissement en Europe, vint bientôt précipiter les événements. Le 29 janvier 1845, le roi de Naples s'était engagé publier une charte; elle fut promulguée le 11 fév. 11 conliniid (0 mars) l'acte de couvocatioii du parlement sicilien et la Cuiistitutiou
de 1812, avec les modifications proposées par le comité palermîtain. Le 13 avril, le parlement sicilien rendit un décret de déchéance de Ferdinand de Bourbon et de sa dynastie. Dans les premiers jours de septembbre 1848, 24,000 hommes de troupes napolitaines, commandés par le général Filangieri, prince de Satriano, furent dirigés sur la Sicile. La ville de Messine, attaquée par Filangieri et bombardée par la citadelle, dont elle n'avait pu réussir à s'emparer, dut se rendre. La lutte se continua sansordr&et sans direction. Les munitions manquaient, les 'généraux manquaient également. Garibaldi refusa de servir une cause qui n'était pas celle de ritalie. « Sur plusieurs points (et particulièrement à Catane et à Taormine), en dépit de l'indiscipline militaire et des divisions des partis, le peuple sicilien fit une courageuse et inutile résistance. Pour prévenir une plus grande effusion de sang, l'amiral Baudin et l'amiral anglais arrêtèrent la marche du général Filangieri. Des changements eurent lieu alors dans la direction politique de la France et de l'Angleterre, engagées dans ce conflit. Les amiraux de ces deux nations portèrent à Palerme l'ultimatum du roi de Naples (7 mars 1849). Palerme repoussa les conditions qui lui étaient offertes. Le 5 mai 1849, l'armée de Filangieri était près de Palerme ; le peuple, abandonné à lui-même, se défendit trois jours. Le 11 mai, les propositions d'arrangement furent acceptées; le 15, Palerme fut occupée par les troupes napolitaines. Depuis lors la constitution est restée suspendue. »
« Dans toutes les révolutions de la Sicile, la mafia (foule de gens sans aveu qui encombre Palerme et qui est répandue dans les quatre provinces occidentales (Palerme, Girgenti, Trapani et Caltanisetta) a joué un rôle fort important.» — En 1860, la Sicile a été de nouveau le théâtre d'événements politiques importants. Le 6 mai, Garibaldi et quelqueis amis dévoués à son entreprise s'embarquent secrètement à Gênes sur deux vaisseaux marchands. 1200 hommes, 4000 fusils, 4 canons et quelques centaines de mille francs, c'est, avec le prestige de son nom, tout ce que Garibaldi emporte pour aller chasser les troupes napolitaines de la Sicile. Le 12, il débarque, échappant aux croisières napolitaines. Le 27 et le 28, il attaque dans Palerme les troupes du général Lanza ; un armistice est signé le 30. Après la plus audacieuse entreprise, Garibaldi était au bout de trois semaines maître de la capitale et de la moitié de la Sicile. Des volontaires lui arrivèrent de toutes parts. Cependant « il se heurta contre la difficulté de soumettre à la conscription une population aussi rebelle à la discipline militaire qu'à l'oppression du pouvoir. » Le 18 juillet Garibaldi s'embarque pour Messine. Cette ville était défendue par 24,000 hommes. Après plusieurs rencontres, où il paya de sa personne, le dictateur de la Sicile entre à Messine le 27 juillet. Pour ne pas compromettre le succès de négociations entamées à Turin, le roi de Naples avait défendu à ses généraux de bombarder la ville. La ville fut évacuée par les troupes napolitaines, qui se renfermèrent dans la citadelle^ Garibaldi était désormais à la tête de 25,000 hommes. Le 19 août, il quittait la Sicile et allait tenter une autre aventure non moins téméraire, la conquête du royaume de Naples et le renversement d'un trône que 80,000 baïonnettes semblaient devoir mettre à l'abri de ses attaques ( V. p. 382).