‹ Italie; itinéraire descriptifChapitre 321 sur 422 · SICILE. — ROUTE 65. — DE PALERME A TRAPAHI · texte numérisé non relu

SICILE. — ROUTE 65. — DE PALERME A TRAPAHI

des colonies ^ecqucs. Rivale de Sclinonte, elle invoqua l'aide des Athéniens, puis, après la défaite de Kicias, celle des Carthafçinois, qui la soumirent à leur domination. Pendant les guerres puniques elle fut fidèle aux Romains.

Agathocle la dévasta. Après la destruction de Carthage, Scipion lui rendit une colossale et admirable statue en bronze de Cérès, gui avait été transportée en Afrique. C'était la merveille de Ségeste. « C'est, dit Cicéron, la première chose qu'on m'ait montrée. » Le proctmsul Verres la leur ravit au milieu des regrets de toute la population. « Les vierges et les matrones de Ségeste accompagneront la déesse jusqu'aux bornes de leur territoire; ne cessant de répandre sur cette image sacrée des essences, de brûler de l'encens et des parfums, de la couvrir de couronnes et de fleurs. » (Cicer. in Verrem, IV, 55.) — On présume que Ségeste fut détruite par les Sarrasins au ix* siècle.

Ruînet de Ségeste. — Il subsiste encore quelques restes de la ville. On l)eut suivre la direction des murs bâtis sans ciment. — Temple, situé sur une colline isolée, au milieu d'un amphithéâtre de montagnes et de rochers gris et arides. Ce temple dorique est un parallélogramme de 56 met. 70 de long sur 26 met. de large. Son enceinte se compose de 56 colonnes sans base, dont 6 à chaque face. Elles ont 9 met. 30 de haut et 3 met. de diamètre. Plus étroites en haut qu'en bas, elles sont formées de tambours en tuf calcaire, de longueur inégale. Les intervalles qui les séparent varient de !2 met. i 0 à 2 met. 43. Les frontons paraissent n'avoir jamais été décorés de sculptures. 11 n'y a point de traces de cella, Quelques indices(pai*exemple des commencements de cannelure (donnent \m de penser que ce temple n'a point éfcÔMachevé. «Le temple de Ségeste, tîKt W: Viollet-le-Duc, ne nous est parvenu qu'à Tétat d'épannelage. On y TOCttnnait que les matériaux ont été él^^^-pk les moyens les plus simples powi«\e, suspension et pose, et que les cenétrwcteurs ont cherché, autant que

possible, à se servir du monument luimême comme d'un échafaud, en réservant des saillies pour placer des plats-bords longitudinaux ou transversaux. » La construction en fut peutêtre interrompue quand Agathocle dévasta la viUe (300 ansav. J.-C.) (?). On croit que ce temple était consacré à Gérés ou à Diane, mais on ignore l'époque de sa fondation. Quelques-uns pensent, d'après le caractère de l'architecture, qu'il était de la seconde moitié du v* siècle av. J.-C. a Ce colosse solitaire que dominent les montagnes, ces colonnes rougeâtres rongées par les siècles, cette ruine abandonnée au milieu d'un désert, frappent d'admiration et de respect. Point d'arbres, point de verdure alentour.

Le silence est profond... Dans lesconstmctions des" peuples modernes, l'œil travaille et se fatigue pour tout voir ; les détails nuisent à l'ensemble. Ici il n'y a que de la simplicité et de la grandeur : à peine on regarde ; on pense. » (Bourquelot.) — « La conservation de ce monument, dit M. de Quatrefages, est vraiment merveilleuse ; pas une de ses 56 colonnes n'a chancelé sur le dé qui lui sert de piédestal. A peine quelques frêles graminées, quelques fenouils en arbrisseaux, quelques chamaerops aux feuilles étalées en éventail ont-ils poussé sur ces frontons tout unis ou dans les fentes étroites qui séparent ces blocs solides aux arêtes encore vives, comme si l'ouvrier venait de les tailler. — Théâtre, sur une éminence voisine (belle vue) . On compte 20 rangs de gradins. — Au pied de ces collines coulent deux ruisseaux nommés par la colonie troyenne (qui, selon d'anciennes traditions serait venue s'y établir) : Simois et Scamandre, aujourd'hui Freddo et Gaggera. — A 5 kil.

sont des bains sulfureux dont parlent Strabon et Diodore. — Dans le voisinage et à quelçjue distance de Ségeste, Garibaldi battit les troupes napolitaines '15 mai 1860).

Entre Calatafimi et Trapani (25 mil., 37 kil. ) le chemin très-ondulé traverse une contrée d'un aspect désolé : pas une maison, pas un arbre, pas un buisson. En approchant de Ti*apani, on trouve justifiée Tépithète de Virgile : « Drepani... illaîtabilis ora. »

(iEn. m, 407.) — Vue sur le mont Eryx, qu'on laisse à dr. — A g. église de Ja :

Madonna di Trapani. — en vénération dans le pays. L'architecture normande date de 1532. La statue de la Vierge en marbre blanc vient, diton, de l'ile de Chypre, et serait du XIII* siècle.

101 kil. — Trapani* — 50,000 hab. — Ancienne ville de Drepanum, du grec ^péiravcv, faux, faucille, soit à cause de la forme du rivage, soit parce que Saturne y laissa tomber sa taux, ou Gérés sa faucille. Elle doit à sa situation péninsulaire et exposée aux vents un climat salubre. « Elle n'est réunie à la plaine que p<ir une langue de terre coupée de marais salants.

(Il y a des salines dans le voisinage.) La ville est alimentée d'eau par un aqueduc venant de San Giuliano. C'est à Drepanum que mourut Anchise et qu'Enée célébra les jeux décrits par Virgile. Vîle Asinelli (vulgairement Lesinelli) serait le but indiqué pour la course des vaisseaux. Dans la première guerre punique, Hamilcar détruisit la ville d'Eryx, situé sur la montagne au pied de laquelle est le port de Trapani, et il en transporta les habitants à Drepanum. Les Romains y perdirent une bataille navale contre les Carthaginois, 250 ans avant Jésus-Christ. — Trapani est une ville fortifiée et bien bâtie : on y remarque plusieurs palais et maisons intéressants par leur architecture du moyen âge ; inies larges, pavées de larges dalles glissantes. — On s'y livre à la taille des camées en pierre dure et sur coquille ; on y fait de petits ouvrages d'ambre, de nacre, de corail, ainsi que des vases en albâtre. — Trapani

a donné naissance à plusieurs peintres. On voit des peintures du Morréalèse dans les églises San Giovanni (un S* Philippe de Neri) ; du collège DES Jésuites (S* François-Xavier); San Rocco (Ange pansant une blessure); dans d'autres on voit des peintures à' Andréa Carreca, de Trapani, mort en 1677, élève du Morrealese, puis de Van Dyck, et des bas-rehefs de Gagini ; à San Lorenzo, un Crucifiement, par Van Dyck. — Couvent de Capucins, avec salle de morts conservés, comme au couvent près de Païenne. — Au lycée, galeries de tableaux médiocres (quadreria).

Un bateau à vapeur va toutes les semaines do Trapani à Sciarra et Girgenli, à Licata et Syracuse.

Excursion au mont Éryx [San Giuliano). — (10 kil. — Un guide et un mulet, 4 fr.) — Son sommet est, diton, quelquelois couvert de nuages; sa hauteur cependant n'est que de 366 mètres, mais l'isolement de cette montagne la fait paraître plus élevée qu'elle ne l'est en réalité. Son nom antique lui vient d'Eryx, lils de Vénus, qui, ayant été tué par Hercule, au'il avait défié au pu}ïilat, y fut enterre. Sur le sommet était un temple consacré à Vénus Erycine, que pHusanias compare pour la splendeur à celui de Paplios. « Le sénat avait, dit-on, ordonné un impôt sur 17 villes siciliennes pour pouryoir à son entretien et payer 200 soldats destinés à le garder jour et nuit. Mille prêtresses concouraient tour à tour au service de la déesse ; elles étaient d'un commerce facile, couronnées de roses, et portant une tunique courte et volante. Des colombes habitaient la montagne sacrée. A une certaine époque de l'année, elles disparaissaient, et 1 on croyait qu'elles accompagnaient Vénus qui se rendait en Libye; quand elles revenaient, le peuple se livrait à la joie et multipliait les sacrifices. » (Bourquelot.) (( Ces oiseaux, dit M. de Quatrefages, ont conservé leurs anciennes habitudes, et bravent aujourd'hui le fusil des chasseurs, comme ils avaient, au moyen âge, bravé les foudres de l'excommunication : ils viennen

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