‹ Italie; itinéraire descriptifChapitre 324 sur 422 · SICILE. — ROUTE 66. — RUINES DE SÉLINONTE · texte numérisé non relu

SICILE. — ROUTE 66. — RUINES DE SÉLINONTE

jourd'hui désolée par la mararia, et il est dangereux d'y passer la nuit. Une tour et de misérables cabanes sont les seuls réduits qu'osent encore occuper quelques paysans pâles et maigres [le gardien des monuments et un douanier]. » Cette lour est nommée torre délie Pulci, tour des Puces. On prétend que c'est une altération du nom de Poliux, qui avait là un temple (?). Mais les insectes, par leur présence, triomphent d'un souvenir mythologique etïacé : triste déformation des choses et des noms (ce nom, du reste, paraît être un souvenir d'un village sarrasin établi là et détruit par les Normands, cette localité aurait été désirée sous le nom de terra délie pultci).

Les ruines de Sélinonte ne s'annoncent pas à dislance par quelques restes de monuments importants se dessinant sur la ligne d'horizon; à peine reste-t-il debout quelque colonne mutilée. — On retrouve les débris d'un escalier qui, des parties hautes de la ville, descendait au port, dont l'emplacement est traversé par un ruisseau nommé Gorgo dl Cotonef qui a là son embouchure dans la mer.

Les murs énormes des quais subsistent encore sur plusieurs points. Entre ce ruisseau et la rivière ftiadiuni (ancien Selinus), qui a son embouchure à 1*0., s'élève, dans un espace de moins d'un kil., près de la mer, une colline entourée de fortes murailles et qui formait l'acropole. On y trouve les ruines de trois TEMPLES doriques. Il reste peu de chose du premier (vers la mer) ; il était de forme hexaUijle (6 colonnes aux façades) périplère (environné de colonnes dans son pourtour). — Le second temple, hexastyie-périplère, avait un double rang de colonnes à sa façade. Sur les côtés il avait 17 colonnes (en comptant celles des angles). La longueur, trois lois plus grande que la largeur, est aussi exceptionnelle. La haute antiquité de cet édifice a été coniirmée par la découverte faite en 1823 par les architectes anglais Angell et Harris, de bas-reliefs de trois métopes (conservés au musée de l'université de Palerme), dont l'on ferait remonter l'exécution au vu" siècle avant J.-C. Ce serait le plus ancien temple dorique de la Sicile. Le dessin de ces sculptures se rapproche du style égyptien, mais atteste une connaissance de lanatomie propre à l'art grec. — Un dernier temple de l'acro-

pole, également bexastyle-périptère, est plus petit et n'offre rien de particulier. La manière dont ces ruines sont disposées sur le sol a fait penser que ces temples, au lieu d'être détruits par la main de l'homme, ont dû être renversés par un tremblement de terre agissant dans la direction du S. au N.

Sur une colline opposée à l'acropole, à l'E. du ruisseau Gorgo di Colone, mais plus éloignées de la plage, sont encore d'autres ruines de temples hexastytes-périptères disposés parallèlement.

Le plus rapproché de la mer appartenait à la belle époque de l'art grec, à en juger par \i^ sculptures des métopes trouvées en 1831 par le duc de Serra di Falco (conservées à l'université de Palerme), et qui représentent Apollon et Daphné, Minerve tuant un géant, Actéon, Jupiter et Sémélé; Hercule tuant Uippolyte. — Un second temple est d une époque plus reculée, mais il est moins ancien que le temple de l'acropole dont il est parlé ci-dessus.

Le plus grand de ces teuples, que l'on croit avoir été consacré à Jupiter Olympien (?] ou à Apollon, long, soubassement compris, de 113 met. 56 et large de 53 met. 42, serait un des temples les plus vastes de l'antiquité. {V. Agrigenle: le temple des Géants.) C'était un temple hypèthre comme celui de Pœstuni (F.

p. 483), ayant 8 colonnes à chaque façade et 17 sur les côtés. Ses dimensions colossales lui ont fait donner par les paysans le nom de i Pilieri dei Glganli. Il semble que cet édilice ne fut point achevé : deux de ces colonnes seulement étaient cannelées; d'autres étaient taillées à facettes pour recevoii" les cannelures; d'autres, enfin, étaient encore rondes et unies. Cela s'accorderait d'ailleurs avec ce qui est dit plus haut des carrières de Cusa. On pense aue la construction fut interrompue lors de la destruction de la ville par Annibal (409 ans avant J.-C). Ses ruines foi^ ment un amas dont la confusion contraste avec l'arrangement plus réguUer des fragments des autres temples. Le sol présente des fragments de colonnes, d'architraves..^, les traces d'un amphithéâtre.

Le duc de Serra di Falco prétend que les bas-reliefs trouvés à Sélinonte fournissent les éléments de l'histoire de la

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