‹ Italie; itinéraire descriptifChapitre 329 sur 422 · RUINES D AGRIGENTE · texte numérisé non relu

RUINES D AGRIGENTE

forme un admirable point de vue dans le paysage, le :

Temple de là Concorde. — (F. le Plan) .Ce monument antique (nexastyle-périptère) est le mieux conservé de ceux que possède la Sicile. Sa dénomination, très-probablement erronée, n'a d'autre appui qu'une inscription gravée sur une pierre enchâssée dans un des murs de l'hôtel de ville.

L'origine du temple est bien antérieure à cette inscription. Cet édifice, admirable par la noblesse et la simplicité de ges proportions, a 16 met. 89 de large sur 39 met. 62 de longueur. 34 colonnes cannelées, d'ordre dorique, 6 sur chaque face, l'entourent sur ses quatre côtés. (Dans un angle du mur de la cella il v a des escaliers conduisant à la partie supérieure.) On n'y a point trouvé traces de sculptures. La pierre a une couleur dorée qui lui donne l'aspect du marbre. Les traces de coloration sont presque entièrement effacées. «Les assises sontposées sans mortier, et les joints ont été taillés avec tant de précision qu'ils sont presque imperceptibles. » — Au moyen âge, on en fit une église consacrée à S* Grégoire, et on perça alors trèsmalheureusement dans les murs de la cella des croisées cintrées pour éclairer l'intérieur. — « Ce fut seulement en examinant pour la troisième fois le temple de la Concorde, dit M. Al.

de Valon, que je m'aperçus de sa petitesse... Il est moins grand que le Parthénon, et le Parthénon est deux fois plus petit que la Madeleine de Paris... Outre la perfection jusqu'à présent inimitée de leur dessin, les monuments des Grecs ont encore pour eux ce caractère de sublime tristesse que le temps imprime à tout ce qu'il laisse survivre... La solitude est pour les ruines une telle condition de beauté, et ajoute si bien au sentiment qu'elles inspirent, que les débris d'Agrigente, par cela seul qu'ils sont répandus ça et là sur une grève déserte, frappent plus vivement, à mon sens, que les

monuments de l'ancienne Athènes, bien supérieurs cependant au point de vue de l'art, mais entourés de maisons, de murailles et des bruits de la ville. » — Plus loin à l'O. sont les ruines du :

Temple d'Hercule — (F. le Plan).

Une seule colonne cannelée est debout au milieu de fragments amoncelés.

Son emplacement fut débarrassé en 1856 des énormes pierres qui fencombraient. Les dimensions de ce temple dorique (hexastyle-périptère) paraissent avoir été plus grandes que celles des temples précédents. Son plan et sa grandeur sont ceux du Partnénon. Si ces restes sont bien ceux du temple d'Hercule, c'est là qu'était la fameuse statue en bronze du dieu, ouvrage de Miron, dont Cicéron parle comme de la plus beUe chose qu'il eût jamais vue. Verres voulut Penlever. Les prêtres, soutenus par le peuple, repoussèrent ses satellites. On y voyait aussi, selon Pline, un tableau d'iiercule, enfant, étouffant les serpents, par Zeuxis, qui le donna aux Agrigentins, plutôt que d'en demander un prix insuffisant. (Selon Cicéron, ce tableau aurait été donné aux Crotoniates.)

Près du temple est une porte dite Porta aurea, par laquelle on peut descendre visiter les ruines du tombeau de Théron et du temple cTEsculape, IV, p. 591.)

En s'avançant du côté de l'O., un peu au delà du temple d'Hercule, on arrive à un vaste emplacement occupé par les fondations, découvertes en 1801, du monument le plus gigantesque qu'aient jamais construit les artistes grecs ; le :

Temple de Jupiter Olympien — ( V, le Plan), vulgairement Palais des Géants^. Ce temple fut commencé

* 11 ne reste plus en place que les murs du soubassement, quelques hases et quelques assises des colonnes; mais on a retrouvé des chapiteaux, des restes de renlahlemeni, une figure colossale de Télamon, figure I { V. ci-dessous) employée comme cariatide.

.VJO SICILE.

après la victoire d'Himera (480 avant J.-C), où les Siciliens se partagèrent un si çrand nombre de prisonniers carthaginois, employés par eux à l'exécution de vastes ti'avaux. Il n'était pas tout à fait terminé quand Himilcon vint ravager Agrigente. Il existait encore en partie en 1401 ; mais les matériaux en furent employés, au xvii" s., pour la construction du môle. — « C'est (Diodore, liv. xni), le plus grand de tous les temples de Sicile, et on peut à cet égard le comparer avec les plus beaux qui existent, bien qu'il n'ait jamais été achevé...

La guerre empêcha de poser la toiture... [11 a 129 met. de long, 51 met. de large et 38 de hauteur, sans le soubassement de 20 marches.] Les colonnes sont engagées dans le mur d'enceinte [il n'y avait pas de portique extérieur]. La partie extérieure des colonnes est arrondie, et l'intérieure est carrée, en forme de pilastre. En dehors, les cannelures des colonnes peuvent contenir chacune le corps d'un homme. [Le diamètre des colonnes est de 4 mètres 16, c'est-à-dire 0"',52, de plus que le diamètre de la colonne Trajane à Rome et de la colonne de la place Vendôme à Paris.

La hauteur de l'entablement seul égalait nos habitations ordinaires à trois étages, environ 10 mètres.] Sur la façade orientale on a représenté le combat des Géants, ouvrage de sculpture remarqiiable par sa dimension et sa beauté, bur la façade occidentale, on a figuré la prise de Troie.... »

L'examen des ruines a démontré l'exactitude de cette description. Toutefois Diodore ne parle pas des magnifiques cariatides, dont trois, encore debout au xiv* siècle, tirent donner à ces ruines le nom de temple des Géants. Un seul de ces colosses se voit aujourd'hui étendu sur le sol. Suivant Fazello, une partie de Tédifice s'écroula en 1401. Vers le milieu du xvii* siècle, on employa ces matériaux à la construction du môle. Des fouilles,

ROUTE 08. — DE SCIACCA A GlUGEKÎI.

opérées en 1801, ont fait retix)uver, parmi ces ruines ensevelies, un triglyphe de 3 met. 24 de hauteur pt les fragments de ces figures de géants.

L'architecte anglais Cokerell et M. Politi, de Girgenti, rapprochèrent ces éléments de restauration et les rangèrent sur le terrain. Le style de ces Atlantes ou Télamons, ayant 8 met. de hauteur « semble tenir le milieu entre celui des figures égyptiennes et celui des statues de l'école d'Eçine.

Le caractère des têtes est africain. »

On a beaucoup discuté, sans se mettre d'accord, sur la destination et l'emplacement de ces figures colossales.

On croit, d'après une supposition hardie de 3i. Raff. PoHti, que ces Télamons formaient un second ordre audessus de l'architrave, portée par les pilliers, delà cella hypèthre (à ciel ouvert), et que là ils soutenaient le bord de la toiture. M. Politi a dessiné cette restauration dans son atlas. La façade postérieure du temple, dépourvue de porte, avait une colonne de plus, en tout 7 colonnes. La pierre employée dans ces constructions est friable, et mêlée de coquilles. On a retrouvé des traces du stuc doré qui les recouvrait. Le rose ou couleur de chair se retrouve sur les figures des géants. — En continuant d'avancer dans la même direction on trouve, à peu de distance, les restes du :

Temple de Castor et Polldx (F.

le Plan). 11 reste debout 5 colonnes cannelées et divers fragments. La dénomination est incertaine. — Sur un plateau à l'O. d'un ravi!#> où l'on a cru reti^ouver les traces d'anciens égouls, décrits par Diodore et désignés sous le nom de condotti feaci^ on voit deux fiits de colonnes appartenant au :

Temple de Vulcain — (F. le Plan), construction que l'on croit romaine.

Ces divei*ses attributions, du reste, sont très-contestées. — Depuis le temple de Junon Lacinia jusqu'ici on suit les énormes débris des :

Murailles, — défendant la ville du

SICILE. — ROUTE 68. — RUINES d'aGRIGENTE.

coté du s. •— Théron les avait fait construire par les prisonniers carthaginois pris à la bataille d'Himera, et dont les descendants devaient les renverser un siècle après. Leur grandeur ne fut pas surpassée par l'enceinte qu'éleva Denys autour de Syracuse. « Des morceaux gisant à terre ont jusqu'à 19 met. 50 de longueur, 3 met. 89 de largeur et 6 met. 49 de hauteur. Les Agrigentins avaient, dit-on, résolu que les guerriers qui, par leur valeur, auraient bien mérité de la patrie, seraient inhumés dans les murailles mômes. » On retrouve dans ces massife un grand nombre de ces ouvertures en bouche de four, appelées columbai'ia, et destinées par les Romains à recevoir les urnes contenant la cendre des morts.

En dehors des murailles, en sortant par la porte antique, on voit au S. du temple de Jupiter les restes d'un monmiient sépulcral, improprement nommé :

Tombeau de Théron, — massif carré de 7 met. 63 de hauteur, composé de deux étages. Ce monument, dont on ignore la destination, ne répond nullement à ce que rapporte Diodore du tombeau du tyran d'Agrigente* — Aux 4 angles du 2° étage sont des colonnes ioniques (à la frise, on voit des triglyphes doriques). Quelques antiquaires prétendent que ce monument est romain ; mais M. Politi, par la bouche du cicérone qu'il mcten scène, dit qu'il faut bien se garder d'una simile hestialità! — Plus au S., et près de la rivière de San Biagio, est une construction moderne sur les restes d'un monument désigné à tort, selon Raoul Rochette, sous le nom de :

Temple d'Esculape. — C'est au temple d'Ësculape que Verres déroba une statue d'Apollon, chef-d'œuvre du sculpteur Myron^ que les Carthaginois avaient enlevée et que Scipion l'Africain avait rendue à Ajjrigente. — Ces ruines ne méritent pas que les voyageurs se détournent pour les voir. —

Les débris antiques sont répandus çà et là sur le sol.

Dans un jardin dépendant du couvent désert de S'-Nicolas, entouré de pins et de cyprès, on voit le reste d'un monument carré long, paraissant de construction romaine, et nommé assez bizarrement :

Chapelle de Phalaris. — Ce petit temple a servi d'oratoire sous les Normands, et deux portes ogivales ont été ouvertes dans les murs antiques. — Quant à la piscine, de 7 stades de circuit et de 20 coudées de profondeur, creusée dans la partie occidentale de la ville, on croit en retrouver l'emplacement dans le haut du ravin, qui s'étend entre le temple de Castor et PoUux et le temple de Vulcain.

Excnrsion. — Volcan de boue des Maccalube. — A 11 kil. N. de Girgenti, entre Girgenti et Aragona, on voit un volcan de boue qui, à l'époque des éruptions, est lancée quelquefois jusqu'à la hauteur de 30 mètres. Ce volcan, nommé Maccalube ou Majarucat situé sur un plateau élevé, est un espace boueux ayant environ 1 hectare d'étendue, et dont l'apparence est celle d'une argile grise tresépaisse, scchée et gercée par la chaleur. Cette surface porte une quantité de petits cônes dont la hauteur varie de 15 à 80 cent. Chacun de ces cônes a un petit cratère duquel s'échappent do moment en moment des bulles d'air, qui crèvent en donnant issue à des coulées d'une ari^ilc très-froide et salée. — Les mêmes phénomènes se représentent à Bissama (10 kil. de Girgenti).

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