DE PALERME A GIRGENTI
PAR LERCÂRA.
(133 kil. — Chemin de fer.)
La li^e do chemin de fer de Palerme à Girgenli n'est pas encore eomplélemcnt termi née: elle va(aepuis juin 1876) jusqu'à Sptna (97 kil.). Il y a une lacune de 15 kil. entre Spina et Passofonduto. Ce trajet se fait avec la voilure postale. — Entre Palerme et Girgenti ily a deux trains par jour. Le trajet se faiten 10 ou 19 h. — Prix : 15 fr. 30; 10 fr. 70; 7 fr. 65. — Le chemin de fer, au delà de Girgenti, aboutit en ce moment à la Marina de Girgenti {Porto Empedocle). Le trajet depuis la ville se fait en z6 min. Prix : fr. ou 70 c.
Palerme
Ficarazzelli 8
Ficarazzi 10
Bagheria 13
S'-Flavia 16
Casteldaccia 18
AllaviUa 21
Trabia 31
Termini 37
Gerda 45
Sciara 51
Monteraaggiore 61
Roccapalumba 70
Lercara 77
Castronuovo 85
Cammarata 89
Spina 97
Passofonduto 112
Comitini 119
Caldare 125
Girgenti 135
Porto Empedocle .... 144
De Palerme à Termini (57 kil., F. R. 79).
Un peu au delà de Termini, le chemin de fer, se recourbant yers le S., laisse à g. Cerda, sur une hauteur ; passe siu* la rive g. du Fiume Torto, puis revient sur la dr. par im tunnel. n s'élève, par la vallée de Fiume Torto, vers la ville de Montemaggiore, puis, après le village de Roccapalumba, il atteint la station de :
77 kil. Lercam ou Alcara i Freddi — (altitude 660 met.), 9000 hab. Le nom d' Alcara dei (ou i) Freddi est donné à cette ville à cause de sa position élevée et froide, du vent qui souffle et des montagnes chauves et
ITALIE DU SUD
couvertes de neige en hiver qui l'entourent. Il y a de riches mines de soufre dans le voisinage.
Au delà de Lercara, la route tourne le long d'un haut sommet d'où la vue s'étend sur un vaste et sauvage horizon de montagnes de l'intérieur de l'ile, que dominent, vers le S., les deux pics du monte Cammarata, et, vers l'E., le cône de l'Etna. Elle descend ensuite, et, suivant les pentes de la montagne, elle tourne sur une vallée cultivée. On laisse à dr. le village de Castro Nuovo^ 4000 hab.
89 kil. Cammarata, — 5000 hab.
Dans l'église S. Agostino : Madone par Rosalia Novelli.
98 kiL Castel Termini, — 6000 hab. Misérable ville située sur un
Slateau élevé dominant une vue étenue. — - Au sortir d'une gorge étroite on arrive dans une large vallée où coule le Platani. On traverse un pays désert.
119 kil. Comitini, — 1000 hab., misérable village dans le voisinage duquel est la mine de soufre la plus importante du district de Girgenti. — A quelques kil. à l'O. est la triste ville A'Aragona, 7200 hab.
— A3 kil. de Comitini on commence déjà à apercevoir les tours de Girgenti, et à quelques kil. vers le S. 0., les volcans de houe des Maccalube brillent au soleil (K. R. 68, p. 591). — - En approchant de Girgenti, on laisse à ar., sur un escarpement, Montaperto.
155 kil. Girgenti — (Y. R. 68, p. 587).
DE PALERME A CATANC
(Environ 236 kU.)
Cette route est la grande route de poste qui traverse l'intérieur de la Sicile.
kil. Post.
De Palerme à Misilmeri. ... 13 11/4 De Misilmeri à Villafrate . ^ 18 jl 1/2
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SICILE. — ROUTE 82. — DE PALERHE Â GATANE.
De Villafrate àPontcdi Vicari. 15 1
De Ponte di Vicari à Manganaro . 9 1
De Manganaro à la Gulla ... 18 11/2
De la Gulfa à Vallelunga ... 15 1
De Vallelunga à Landrô ... 18 11/2
De Landrô à Santa Caterina. .13 1
C'est d'ici (juin 1876) que part le chemin Ae fer pour (ialane.
De Paîerme à Catane. Le courrier {corriera) partait tous les jours (sauf le mercredi), a 7 h. du soir. Dans la belle saison le trajet se faisait en 34 h., à moins qu'on ne perdit du temps au passage des torrents.
Le chemin de fer, qui n'est pas encore terminé (juin 1876), emprunte, pour la première partie du trajet (environ 3 h. 30), la ligne de Palerme à Girgenli, jusqu'à Roccapalumba, 70 kil. — H y a ensuite une lacune (juin 1876) entre ce point et Santa Caterina. — La ligne de S* Caterina à Catane (116 kil.) est ouverte. Un seul train fait le trajet en 6 h. — Prix : 13 fr. 15 ; 9 fr. 20 ; 6fr.60.
La route de poste laisse à dr. les monts Grifone (844 met.) et Gibilrossa (638 met.) et, en contomnant les bases, arrive à :
Abate ou Yillabate, — village d'où on a un admirable panorama de la mer et des montagnes de Palerme.
13 kil. Misilmeri (en sicil. Musulumeli), — 7500 hab. Ville longue et de pauvre apparence, dominée par im château pittoresque. — Souvent la diligence reçoit ici une escorte.
On traverse le cours d'eau qui va plus bas arroser la Bagheria, et l'on rencontre :
Ogliaslro, — 2000 hab. — Plus loin se trouvent les bagni di Cefalà, L'origine de ces bains serait due aux Sarrasins. — Laissant à dr. une tour carrée ruinée, appelée le Castello di Diana, et d'où 1 on a une admirable vue, la route, s'avançant au pied de la chaîne dentelée de ChiarastUlo, qui servit de repaire au célèbre brigand Frà Diavolo (V. p. 371), arrive à :
31 kil. Villafrate — (2397 hab.).
— La route, après avoir gravi une montagne cultivée, descend dans une vallée, traverse plusieurs cours d'eau et, au ponte di Vicari, leflume S,Leonardo qui va se jeter au N. dans la mer, près de Termini. Au delà du pont, la route s'élève à plus de 600
met. au-dessus du niveau de la mer.
Manganaro*, — Relais de poste.— A Manganaro, se détache un embranchement par Lercara, pour Girgenti (F. R. 81). La route se dirige au N.
pendant quelques kil. , suivant les^entes des montagnes qui ferment la vallée du fiume Torto (V. R. 79), et descend à (70 kil.) Roccapalumba,
Alia, — 5500 hab. — Sur une montagne esc^*pée à g.
On entre dans une région aride, sans arbres et d'un aspect monotone et triste, où l'on ne rencontre d'autre habitation que la maison de poste de :
La Gulfa, — Plus loin, on traverse im pays cidtivé et l'on passe à :
85 kil. Vallelunga, — 4990 hab.
Les cultures cessent de nouveau.
103 kil. Landrô. — Maison de poste. — Au bout de quelques kil., la route atteint le haut du monte Mudni (altit. 675 met.), d'où on a une vue étendue, vers l'est, sur les montagnes de Galascibetta et de Castrogiovanni, et sur la masse neigeuse de YEtoa.
Elle descend par des détours à ;
116 kil. Sonia Caterina* — Amas de chaumières, dit M. Dennis, contenant peut-être plus de misère qu'aucune autre ville de cette grandeur (6188 habitants) en Sicile ou ailleurs qu'en Sicije. — Un embranchement mène de Santa Caterina à Galtanisetta (19 kil.).
C'est de S* Caterina que part (juin 1876) le chemin de fer ouvert jusqu'à Catane.
S' Caterina » kil.
Imera 7
Villarosa 16
Castrogiovanqi 27
Leonforte 38
Assaro Valguarnera 48
Raddusa 54
Agira 61
Gatenanuova Centuripe ... 71
Muglia 76
Sferro 83
Gerbini 89
Motla S. Anaslasia 99
Bicocca 109
Catania 116
La route franchit le fiume di Petraita, contourne les rochei's du
— DE PALERME A CATAME.
monte Lagaria, descend dans la vallée du S(dso (grand cours d*eau qui va se jeter au S. dans la mer, près de Licata), "et en franchit successivement les deux principaux affluents, lePetria et le fntme ùrande, dont les eaux grossies en temps de pluie empêchent quelquefois pendant plusieurs jours le passage du courrier.
1 6 kil . ( de S' Calerina] . Villarosa , — 5700 hab. (station au chemin de fer). — Le pays exporte du froment, du vin et du soufre. On traverse ensuite un pays cultivé, et Ton jouit du point de vue pittoresque de Castrogiovanni couronnant de ses tours le haut plateau qui s'élève au S. Ë.
La route de poste s'engage dans la gorge qui sépare les deux villes rivafes de Gastrogiovanni,^à dr., et de Galascibetta, à gauche. Une route de voitures s'en détache et, gravissant à travers des oliviers, atteint :
27 kil. Gastrogîovannî * — (altit.
928 met.), — 14,600 hab., situé exactement au centre de la Sicile, au sonunet d'une montagne conique de 984 met., isolé et inexpugnable.
C'est l'emplacement de l'antique Enna, appelée l'ombilic de la Sicile. Le nom de Castrogiovanni (Kasr-Sanni des Arabes) paraît être une corruption de Castrum EnnîB. — (Sur Enna, F. plus bas.)
Castrogiovanni, dit M. Renouard de Bussière, présente un mélange bizarre de rues et de sentiers serpentant parmi les rochers; des habitations sont semées dans les lieux les plus inaccessibles en apparence, soit au fond d'entonnoirs pittoresques, soit sur des saillies de la montagne, avancées en corniches au-dessus de précipices profonds. — On voit de nombreuses grottes pratiquées dans le rocher, superposées, ou communiquant ensemble; plusieurs, au milieu de la vallée, sont habitées ; elles sont ordinairement carrées ; elles ont une
rigole pour laisser passer l'eau de la montagne, ou des rései'voirs pour la retenir. Les habitants donnent à ces chambres le nom de grottes des Grecs.
— Castrogiovanni a un aspect misérable; l'élévation de la viDe y rend les hivers rigoureux; on y a de la neige et de la glace pendant plusieurs mois. Malgré cette élévation, Castrogiovanni est le principal marché de la contrée; il a une foire qui attire une grande aflluence. — La Cathédrale date du commencement du xiv's.
Des arcs ogivaux entre la nef et les collatéraux sont portés sur des colonnes massives à chapiteaux historiés.
La sculpture des premières colonnes est d'un fils ou neveu de Gagini. Le bénitier repose sur un candélabre antique en marbre blanc, dont les reliefs représentent une bacchanale, et qui provient, dit-on, d'un temple de Cérès. — On voit dans le trésor des ouvrages en argent ciselé. — Au chœm*, belles stalles en bois du xvi* s., et 5 peintures de Filip. Paladino.
Du haut d'une tour du vieux château construit par Frédéric II, on a une vue des plus étendues et des plus belles qu'on puisse trouver en Sicile, sur un labyrinthe de montagnes et de vallées, à cause de la position centrale de Castrogiovanni. A l'O. on distingue les monts Cammarata ( 1 502 m . ) et Sutera ; au N. 0. le pic conique du monte S. Calogero, au-dessus de Termini ; au N. ime double chaîne de montagnes, et entre autres, à quelques kil. au N. de Galascibetta, le monte Artesino (1212 met.). Cette montagne, placée au centre de la Sicile, presque au point de rencontre des lignes qui divisent l'île en trois vallées, Valdemone, Valdenoto^ Valdimazzara, offre un observatoire intéressant pour étudier le relief général de l'île.
HISTOIRE AMTIQUB d'eNMA.
« Knna [fondée par les Syracusains, OGi an» av. J. C] est, dit Cicéron, sur
SICaE. — ROUTE 82. — DE PALERME A CATâME.
une hauteur qui domine tout au loin. Â son sommet est un large plateau arrosé par des eaux qui ne tanssent jamais.
Elle est isolée et comme détachée de toutes parts; elle est partout environnée de lacs, de bois sacres, où les fleurs .les
fdus afpréables se renouvellent dans toutes es saisons de Tannée. Le seul aspect des lieux semble attester ce que nous avons appris des notre enfance sur l'enlèvemeni de la jeune déesse. En effet, on aperçoit à peu de distance une caverne ouverte au nord, a infinitâ altitudine : » c*est de là, dit-on, que le dieu des enfers sortit tout à coup sur un char et vint enlever Proserpine. » (Cic, in Verrem, lY, 48.) — Gélon y éleva à Gérés un temple magnifique, qui fut dépouillé par Verres. Ce sol antique est voué aux souvenirs poétiques de la mythologie et aux souvenirs douloureux des excès auxquels arrive la perversité humaine, quand l'homme exerce sur son semblable un pouvoir sans limites. C'est d*£nna que partit le mouvement de révolte des esclaves qui fit courir à Rome de si grands dangers. — 140 ans avant J. G. la Sicile jouissait de la paix depuis 60 ans. Le sénat, dans l'intérêt des ap-
Î^rovisionnemepls de Rome, protégeait es Siciliens contre les exactions des préteurs, qu'il tolérait dans les autres provinces. Mais si les Siciliens étaient traités comme des hommes, les esclaves étaient traités comme des bétes de somme. Les maîtres, par avarice, leur refusaient la nourriture. Deux habitants d'Enna, Damophilus et sa femme Megallis, avaient dépassé toutes les bornes de la cruauté envers ces malheureux. Voici, d'après Diodore de Sicile (fragments), le récit textuel de cette lamentable histoire. a Damophilus, natif d'Enna, homme sans conduite et sans éducation, devait son immense fortune au hasard : il traitait ses esclaves insolemment; il marquait avec un fer ceux qui étaient nés libres, mais que la guerre avait réduits en esclavage.... Les plus riches Siciliens rivalisaient en insolence, en cupidité, en scélératesse avec les habitants de l'Italie : possédant une multitude inouïe d'esclaves, afin de se décharger du soin de les entretenir, ils permettaient à leurs bergers de se livrer au brigandage pour se procurer des vivres et des vêtements. Ces hommes robustes et audacieux, vivant en plein air, suivis de chiens
vigoureux, assassinaient sur les roules, pillaient les maisons de campagne de faibles propriétaires, et tuaient ceux ^ui leur résistaient. Les généraux romams n'osaient mettre un frein à ces débordements, craignant Tinfluenee des mitres d'esclaves, dont la plupart étaient des chevaliers romains, juges dans les procès intentés aux gouverneurs des provinces... — 400 esclaves, exaspérés par les mauvais traitements, se jettent dans la ville d'Enna, pénètrent dans les maisons, qu'ils remplissent de cama|;e, égorgent les enfants à la mamelle; il est impossible de dire les violences qu'ils commirent.... Damophilus et sa femme Megallis, qui ne lui cédait pas en cruauté, furent amenés au théâtre, au milieu d'une foule de rebelles. Damophilus commençait à les désaimer par ses discours, quand il fut massacré par Hermias et Zeuxis. Le chef des révoltés, le Syrien Eimoûs, passant pour magicien et prédisant l'avenir, livra Megallis à la discrétion des femmes esclaves, qui, après l'avoir cruellement outragée, la précipitèrent du haut d'une tour.... Cette vengeance n'était pas l'effet d'un caractère cruel, mais la revanche d'injustes traitements. Damophilus avait une jeune fille simple de manières et très-compatissante. Elle consolait d'ordinaire les esclaves frappés par ses parents, et apportait des aliments à ceux qui étaient enchaînés; enfin son humanité la faisait aimer de tous. C'est pourquoi, se rappelant les bienfaits qu'ils en avaient reçus, les esclaves ne portèrent pas les mains sur la jeune fille et tous la respectèrent religieusement. Choisissant parmi eux les Ëlus robustes, dont le principal était 'ermias, ils la firentconduire à Catane auprès deauelques membres de sa famille...
La populace, loin d'être touchée des immenses malheurs des Siciliens, en fut au contraire enchantée, car elle était jalouse de l'inégalité de la fortune. Les rebelles, brûlant les maisons de campagne, détruisant les propriétés et les récoltes, épargnaient les hommes livrés à i*agriculture. » L'armée des esclaves révoltés s'éleva bientôt à 70,000. Ils batUrent 4 préteurs. Ds furent enfin détruits par RupUius. De nouveaux excès commis par les propriétaires amenèrent encoi*e, 27 ans après, une deuxième guerre servile.
Ces deux guerres, prélude de la révolte de Spartacus, firent périr un million