ROUTE 82. — DE PALERME A CATAKE
d'esclaves, et la dévastation des villes et des campagnes mit la Sicile dans l'état le plus déplorable. — De cette cité célèbre, des temples nombreux de l'antique Enna, il ne reste plus aujourd'hui aucun vestige. Quelques médailles et quelques fragments seulement ont été recueillis dans le voisinage. — Les Sarrasins s'en emparèrent en 859; les femmes lurent emmenées en esclavage. Les Normands chassèrent les Sarrasins au xi« siècle.
CaldscibeUa (Galatascibetta) (altit.
482 met.) — 5300 hab. ~ Misérable ville, sans auberge, perchée sur la cime d'un rocher et séparée de Castrogiovanni par une vaUée profonde.
Elle jouit, comme cette ville, d'une vue panoramique étendue. D'autres bourgades qui apparaissent çà et là, également placées sur des hauteurs, rappellent car leur position les guerres et l'anarchie qui ont longtemps désolé la Sicile.
De Calascibetta ou de Castrogiovanni, regagnant la grande route de Palerme à Catane, on ne tarde pas à sortir de la gorge qui sépare ces deux villes, et à descendre dans une profonde vallée bien cultivée, arrosée par le Dittaino (affluent du Simeto) ; puis après des détours, on arrive à :
38 kil.Leonforte*, —11,522 hab.
— « Du côté 0. elle s'étend sur les revers d'une colline vers une vallée profonde et ombreuse, dominée par de hautes montagnes. La vallée abonde en orangers magnifiques, en ruisseaux et en fontaines. » L'église des Capucins possédait des peintures, parmi lesquelles : une Assomption attribuée au Morrealese; un Jugement universel, ouvrage unique en Sicile, de frà Angelico (?), et une Madone de l'école flamande (xvi* s.).
Une route de voitures, partant de Termini (et à laquelle on travaillait encore dans ces dernièi*es années) , venait, en tra-
versant la chaîne des monts Neptuniem et une contrée peu fréquentée j)ar les voyageurs, aboutir à Leonforte en passant par la ville de Nicosia (18 kil.) au N. de Leonforte.
Nicosia* [en sicil. Nicusia) (altitude 711 met.), 14,700 hab., située au milieu d'une contrée de montagnes sauvages, sur le rocher conique du monte San Giovanni. — Cathédrale gothique et campanile élevé. L'intérieur, modernisé, a 3uelques peintures de Gius. Velasquez, e Patanta; une Mise au tombeau, basrelief, et la chaire en marbre, sculptures de Gagini. — Basilique de Santa Maria Maggiore : au-dessus du maître-autel, monument curieux en marbre blanc, appelé vulgairement Cona par Ant.
Gagini, et contenant plus de 60 figures. — Plusieurs autres églises encore contiennent des peintures d'artistes siciliens. — A rO. de Nicosia sont des mines de sel gemme. — Au N. 0. et à 5 kil. 5 de Nicosia est :
Sperlinça, — 4969 hab* — Cette ville, dominée au S. par le monte Arte* sino (1212 met.), a un intérêt particulier pour les Français : c'est la seule qui ne prit pas part aux massacres des Vêpres siciliennes. 300 Français, réfugiés dans les souterrains du château, furent sauvés par la bienfaisance des habitants. Ce souvenir est consacré par une inscription sur une des portes du château :
Quod Siculis placuit, sola Sperlinga negavit.
Si Ton continue à avancer sur la route de poste, à travers une contrée montagneuse, mais bien cultivée, on passe au misérable village deNissoria, 1700 hab. ; puis, à 13 fil. au delà de Leonforte, à San Filippo d'Argirô, dans une situation pittoresque élevée.
SanFilippo d'irgffrô* (ou vulgairement Aggira) — (altit. 837 met.), 7264 hab. Ville située sur de hauts rochers de forme conique, couronnés par les ruines d'un château sarrasin du x* s., d'où la vue s'étend sur une mer de montagnes, que domine àl'E. le cône neigeux de l'Etna.
Quelques églises présentent de l'intérêt par leur arcnitectme normande.
I — Cette ville occupe l'emplacement
SICILE. — ROUTE 85. — DE GIRGEIfTI A CALTAHI8ETTA.
de Fantique Ârgynim, lieu de naissance de rhislorien Diodore; selon Cluvier, une des plus anciennes villes de la Sicile et qui en devint une des plus riches. Tiraoléon rendit Argyre à la liberté, sous le patronage de Syracuse, qui y envoya une colonie de 10,000 Grecs. Elle eut à souffrir des rapines de Verres. — Suivant la légende, S^ Philippe, dont elle porte le nom, y prêcha rÉvangile et y mourut. —A 5 h. de marche de SanFilippo d'Argirô on arrive à Regalbuto.
A 2i kil. à VË. de Nicosia et 18 kil. N. de S. Filippo d'Argirô (en passant par Gagliano), est située, au sommet d'une montagne (il 00 met.}, la célèbre ville de Troina, — 8300 nab., cachée souvent dans les nuages à cause de son élévation, et exposée l'hiver à un très-rude climat. La vue embrasse la pyramide de l'Etna et s'étend sur une mer de montagnes. Roger, le douzième des fils de Tancrède de Hauteville, s'en empara en 1063. Il y fut assiégé pendant quatre mois par les Sarrasins révoltés, ayant beaucoup à souflrir de la rigueur de l%iver et n'ayant qu'un seul manteau
5our lui et sa jeune et belle épouse. Tenant une absence il lui laissa le commandement de la place, et, toutes les nuits, elle faisait le lour des murs pour surveiller les sentinelles.
flegfa/ftttfo*, — 8860hab. (13 kil.
de San Filippo). Cette ville (dont le nom a ime origine sarrasine) est située sur une hauteur, au milieu de jardins, dans une situation pittoresque que domine le cône de 1 Etna; elle présente à l'intérieur Taspect de la fainéantise et de la misère. — Au delà de Regalbuto on traverse une contrée monotone; mais l'Etna captive continuellement les regards.
71 kil. (station du chemin de fer) . — Centuripe — (Centorbi)y ville forte antique, 6900 h. Cette ville, sur une hauteur escarpée, est une des plus pittoresquement situées de la Sicile, si riche pourtant en villes haut juchées.
Centorbi est bâti, non sur un plateau, mais sur des arêtes de coUines, sépa-
rées par des précipices où le figuier de Barbarie peut seul prendre pied.
L'arête de chaque colline est tellement étroite, qu'il n y a place que pour une seule rue. Les deux rues pnndçïles forment comme un double croissant; mais entre ces deux arêtes divers éperons de collines portent encore des ruelles entre deux abîmes. Au S. E.
l'éperon porte à son extrémité un ancien temple romain, qu'on appelle le palazzo di Corrado ; le peu qui en reste menace ruine. Quelques fragments antiques sont disséminés dans la ville et dans les églises ; et les fouilles ont fait découvrir dans les tombeaux des vases peints, et dans la ville et le voisinage, des objets antiques de prix.
A 7 kil. S. de Centorbi sont les importantes mines de soufre de MtUla, les . plus rapprochées de Catane, exploitées depuis plus de quarante années el produisant 45,000 quintaux de soufre par an. Elles ont 3 étages de paieries.— A partir deCenturipe la ligne de chemin de fer, s'éloignant davantage de la route de poste, laisse de côté les villes d'Ademà et de PaUrnà (F. ci-dessus, p. 619, 620). Elle ne la rdomt un instant qu'à la station de Motta 5» Anastasia (K. p. 619), 17 kil. de Catane.
De Caiane à Messine en chemin de fer (R.