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L'ART ROMAIN

par G. Q. GIGLIOLI

Les études les plus récentes ont rendu de plus en plus manifeste l'importance de l'art qui fleurit dans la péninsule italique, contemporain de la production de l'art grec. Sans tenir compte, pour les temps les plus reculés, des régions de l'Italie septentrionale, encore dans un état de civilisation trop primitive, et non plus de l'Italie méridionale, où partout étaient disséminées les colonies grecques et qui, avec la Sicile, vint faire partie intégrante du monde hellénique et créa des chefs-d'œuvre tels que les temples doriques de la Sicile et de Paestum; sans même comprendre ici la Sardaigne, qui eut une civilisation propre, caractéristique et des plus remarquables, il faut observer que, dans l'Italie centrale, dont le territoire était en grande partie habité par les Étrusques et, en tout cas, subissait en son entier leur influence, l'art atteignit des sommets fort élevés et prit un développement d'une forme particulière, du VII* au II« s. av. J.-C. Csere, Tarquinies, Chiusi, Pérouse, Arezzo, Cortone et Fiésole furent des centres puissants de vie exubérante. Et les peintures murales des tombeaux, les belles sculptures en pierre et en terre cuite, les temples au type caractéristique, en même temps que les imposantes fortifications des villes et les travaux extraordinaires d'assainissement et d'aménagement du sol, en sont un témoignage encore vivant. C'est un art qui vraiment se modela sur des prototypes orientaux d'abord et grecs ensuite, mais qui sut donner à la forme, au choix des sujets, au groupement des figures, à de timides traits indiquant le paysage, des caractères qui lui sont particuliers. D'où l'on peut conclure que si dans une œuvre étrusque la majeure partie des éléments, pris un à un, révèlent indubitablement l'origine grecque, l'ensemble et surtout le style et l'expression artistique sont originaux; et rien de semblable ne fut jamais créé en Grèce, comme le prouve le fait qu'en Grèce on n'a jamais rien trouvé de semblable. Nonobstant la perte du secret du langage, et par conséquent de tout le patrimoine littéraire de l' époque, la civilisation étrusque

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commence à se révéler à nous, sous tous ses aspects, et l'on comprend de moins en moins l'injuste dédain avec lequel on l'avait laissée de côté jusqu'ici.

C'est de la Grèce et certainement aussi de l'Italie méridionale que lui vinrent ses modèles, comme on l'a déjà remarqué, et c'est Cumes qui lui fit don de l'écriture, à elle, comme à toutes les races italiques. Bien plus, c'est par milliers que vinrent aussi de Grèce des monuments originaux, et spécialement ces merveilleux vases peints qui, mis dans les tombeaux en compagnie du défunt, sont revenus à la lumière, à partir du commencement du siècle dernier, dans les nécropoles étrusques et qui sont la gloire des Musées d'Italie, tels que celui de la Villa Giulia et celui du Vatican, le Musée Archéologique de Florence, le Musée National de Naples, etc., et des grands INIusées étrangers, comme le British Muséum, et ceux du Louvre, de Munich, de Berlin et de Boston.

Ce qu'il y a de particulièrement remarquable, c'est que, avec les variations locales, la civilisation étrusque s'étendait également aux populations non étrusques, mais italiques, comme le prouvent, par exemple, les tombeaux du VII*^ s., trouvés à Palestrina. En effet, on peut désormais regarder comme certain que les Étrusques n'étaient pas de la famille indo-européenne, tandis que les autres populations de l'Italie centrale: Ombriens, Latins, Sabins, Volsques, etc., étaient certainement de races italiques. Le cœur de ces dernières, ce fut Rome qui, déjà à sa naissance, mélange de races italiques différentes et d'Étrusques, commence son grand office d'unificatrice des diverses races de la Péninsule en une seule Nation. Rome, aux premiers siècles, dut avoir une civilisation analogue à celle des Étrusques, du jour de la fondation de la ville au moment où elle s'affirma la première puissance du Monde, après ses victoires sur les Carthaginois et les monarchies hellénistiques des successeurs d'Alexandre le Grand.

Il est certain qu'au VP et au V^ s. av. J.-C, lorsque la ville, submergée par l'expansion des Étrusques vers le S. jusqu'à Capoue et à Nocera, eut probablement une dynastie étrusque, comme le témoigne la tradition des Tarquins, à Rome dominait la civilisation étrusque. D'ailleurs, la tradition attribue à des artistes de Véies la décoration du Temple de Jupiter Capitolin, construit dans la seconde moitié du VI* s. et dont la dédicace date de l'an 509 av. J.-C. Or les découvertes que l'auteur de cette notice a eu la chance de faire à Véies, ces années dernières, nous ont révélé des sculp-

au III' s. av. J.-C. L'ART ROMAIN XXI

tures merveilleuses (maintenant au Musée de la Villa Giulia), qui prouvent l'existence dans cette ville d'une école artistique. Ainsi il devient très vraisemblable que des artistes Véiens aient réellement travaillé à Rome et que le nom de Vulca, qui est parvenu jusqu'à nous, soit authentique et par conséquent celui du plus ancien sculpteur italien dont nous soit resté le souvenir. À côté de la sculpture, des œuvres d'architecture, telles que la Prison Mamertine, le Tullianum, peut-être un très antique tombeau à coupole, ou la Cloaca Maxima, attestent le haut degré de civihsation et de prospérité atteint alors par Rome. Quant au fameux cippe avec inscription en latin archaïque, découvert sous le prétendu Tombeau de Romulus, au Forum Romain, s'il ne peut être, comme on l'a dit, du milieu du VI I« s., il est certainement antérieur au V« s. av. J.-G. et il prouve que Rome avait déjà alors des lois écrites.

En attendant, au milieu du IV« s. av. J.-C, après une période où les rapports s'étaient faits plutôt rares, de nouvelles vagues d'hellénisme arrivèrent en Étrurie, apportant avec elles les formes mûres et gracieuses de l'art hellénique de l'époque et dans la suite de l'art que l'on a appelé hellénistique. Ainsi quand Rome conquit l'Italie méridionale et porta ensuite la guerre dans la Grèce proprement dite et dans l'Asie Mineure, elle était déjà préparée à recevoir directement les influences helléniques. Et la conquête fit affluer en Italie des milliers et des milliers d'œuvres d'art conquises; et à Rome, il se forma, dans les temples et dans les demeures des patriciens, de véritables collections insignes. La vue de ces dernières éveilla chez les Romains un tel désir de posséder les chefs-d'œuvre des grands Maîtres de 1' Hellade que, ne pouvant ensuite avoir toujours l'original, ils prirent l'habitude d'en faire faire la copie en marbre, généralement de la grandeur de l'original. Grâce à cette habitude providentielle, on a pu conserver au moins des copies, souvent excellentes, des chefs-d'œuvre de la sculpture antique, qui, autrement, auraient été irrémédiablement perdus.

Cependant un mouvement artistique naissait. Les vieux temples en bois et en terre cuite, déjà vers la fin d'un III«s. av. J.-G., cèdent la place aux temples de pierre, d'un type mixte hellénistique et étrusque. Exemples: les trois temples, à Rome, du Forum Olitorium, sous l'église moderne de San Nicola in Carcere et, surtout, le fort beau petit temple ionique in antis, près du Tibre, l'ancienne église Santa Maria Egiziaca, que l'Administration des Beaux-Arts est en train d'isoler et de restaurer. Nous ne savons à qui il était dédié;

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mais il est tout à fait improbable qu'il le fût à la Fortuna Virilis; probablement il l'était à la Mater ^Nlatuta. Et, après celui-ci, d'autres édifices s'élèvent dans les environs de Rome, comme par exemple les temples de Tivoli. La sculpture, qui avait déjà produit (école véienne de Vulca de la fin du VI* s.) la magnifique Louve Capitoline (les Jumeaux sont de la Renaissance) et qui avec la nouvelle richesse avait orné la ville d'innombrables monuments de personnages illustres, avait décidément une prédilection pour le portrait. Dans cet art, à côté des caractères de l'hellénisme, on conservait ceux de la tradition étrusque, qui depuis les temps les plus reculés y avait montré toute sa valeur.

C'est à partir du IV« s. que fut commencée la fabrication des belles monnaies romaines; des urnes et des sarcophages furent sculptés. Parmi ceux-ci, il en est un fort remarquable: c' est celui de Lucius Cornélius Scipion, censeur en 290 av. J.-C; il a la forme d'un grand autel; trouvé dans le tombeau de famille des Cornelii, sur la voie Appienne, il est maintenant au Musée du Vatican. Et il ne faut pas oublier un chef-d'œuvre de la gravure de l'époque, la Ciste Ficoroni, du Musée de la Villa Giulia. Ces urnes spéciales en bronze sont propres à Palestrina; mais la ciste Ficoroni, où est représentée avec une finesse merveilleuse l'histoire des Argonautes, vraisemblablement d' après une peinture attique du V» s., porte une inscription latine qui nous révèle le nom de l'auteur, Novios Plautios, qui la fit à Rome. Dans la peinture, il suffira de rappeler le nom de Fabius Pictor, pour montrer qu'au III* s. un patricien même pouvait s'adonner à cet art. Un fragment, trouvé au mont Esquilin et à présent au Palais des Conservateurs, nous représente précisément un épisode guerrier, auquel prend part un Fabius.

Dans les deux derniers siècles de la République, l'art se développe toujours davantage à Rome, mais pas encore avec une originalité vraiment romaine. L'augmentation de la richesse favorise la construction des temples, tels que celui de la Magna Mater, sur le Palatin, datant de 191 av. J.-C, aux grandes colonnes de péperin et au grand escalier d'accès. En 146 av. J.-C, l'année de la destruction de Carthage et de Corinthe, Métellus, le vainqueur de la guerre de Macédoine, avec le butin, faisait élever sur le champ de Mars les temples de Jupiter et de Junon par l'architecte Hermodore de Salamine. À cette époque commencent à surgir les basiliques servant de Palais de Justice, les marchés, les ports, les grandes voies de communications, qui suivaient la marche des légions et affirmaient la domination romaine sur les

au I" s. av. J.-C. L'ART ROMAIN xxilî

provinces annexées. C'est surtout du temps de Sylla que fleurissent les constructions: des temples, tels que ceux de Cori et de Terracine; de grands sanctuaires couvrant toute une colline, comme celui de la Fortuna Primigenia, à Préneste, riche en magnifiques mosaïques. C'est dans la même période que l'on commence aussi à bâtir les villas somptueuses, spécialement sur les monts Albains et Tiburtins et sur les bords des golfes de Gaète et de Naples. Et dans les environs de celui-ci, les deux villes d'Herculanum et de Pompéi, qui subissaient jadis l'influence samnite, contribuent toujours davantage au développement des éléments hellénistiques, fournis par le caractère hellénique de Naples, qui persista jusqu'à la fin du monde ancien. À Pompéi de vieilles particularités italiques se combinent merveilleusement avec les nouveautés les plus raffinées créées par la civilisation molle et décadente d'Alexandrie et des villes de l'Asie Mineure, et qui nous ont été révélées surtout par les fouilles de Délos, de Priène et de Pergame.

Le tumulte des guerres civiles, pendant lesquelles de vieux édifices étaient détruits et d'autres, laissés dans l'abandon le plus complet, tombaient en ruine, favorisa à Rome le renouvellement de la ville. En 83 av. J.-C, pendant les luttes civiles de Sylla, le temple de Jupiter Capitolin brûla; il fut rebâti avec magnificence selon le goût nouveau. Peu de temps après, Lutatius Catulus construisit le Tabularium, qui devint au moyen âge le palais de la Commune de Rome et subsiste encore en partie. En 55 av. J.-C, Pompée donna à Rome son premier théâtre en pierre à proximité de l'église moderne de S. Andréa délia Valle.

Jules César, après avoir élevé les Septa dans le Champde-Mars, le long de la voie Flaminienne, et avoir commencé la construction de la Basilique Julia, en créant le Forum de César autour du temple de la Vénus Genitrix, ajouta un nouveau centre de vie urbaine près du Forum Romain. Cet acte, imité par les successeurs des 1" et II* s. ap. J.-C, fut l'origine de la merveilleuse série des Forums Impériaux, dont on espère pouvoir bientôt commencer les fouilles.

Ces constructions et les grandes demeures des patriciens et des riches favorisèrent l'emploi habituel et envahissant de la peinture décorative murale. Celle-ci, en reproduisant des tableaux hellénistiques, en créant sur les murs de vastes perspectives et en donnant à chacune d'elles une unité décorative merveilleuse, créa le style qui fut en vigueur surtout pendant l'Empire et que la découverte de Pompéi, conservée intacte par le Vésuve qui l'ensevelit, fit appeler style Pompéien.

XXIV L'ART ROMAESr Auguste.

La sculpture également prit un grand développement, soit qu'elle s'attachât à la décoration des édifices, soit qu'elle créât les simulacres des divinités des nouveaux temples ou les statues ornant les villas, les théâtres et les jardins, soit qu'elle exécutât le portrait des grands personnages de l'époque. Rarement, les artistes étaient romains; généralement, c'étaient des gens venus des provinces orientales, affranchis pour la plupart, qui subirent fortement l'influence des dominateurs et préparèrent l'avènement d'un art que l'on peut vraiment appeler romain.

Nous citerons Arkésilaos qui, pour le simulacre de Vénus dans le temple de César, reprit le type de l'Aphrodite des Jardins d'Alkamène, et l'école de Pasitèle au temps de Cicéron. Pasitèle fut le m^aître de Stephanos, auteur d'un athlète inspiré par les œuvres archaïques de l'école d'Argos, et maître à son tour de Ménélaos, auteur du beau groupe d'Electre et Oreste au Musée des Thermes. Importante est aussi l'Ara, qui s'élevait devant le temple de Neptune dans le Champ-de-Mars, et dont un côté est décoré d'une scène romaine de sacrifice, tandis que les trois autres représentent les Noces de Poséidon et d'Amphitrite. Cette œuvre que se sont partagée les Musées du Louvre et de Munich a été reconstituée par A. Furtwângler. Il ne manque pas d'excellents portraits comme celui de Pompée, certains de Cicéron et celui d'Auguste jeune homme, qui est très beau, au Musée Vatican.

Ainsi, au commencement de l'Empire, l'art romain était prêt à donner une forme monumentale au nouvel idéal de la Ville, désormais la capitale du monde. Un monument représentatif, s'il en fut, c'est l'Ara Pacis Augustes, que le Sénat en 13 av. J.-C. érigea en l'honneur d'Auguste, et que l'on retrouva en grande partie à sa place au-dessous du Palais Fiano, le long de la voie Flaminienne. Les fragments en sont à Florence aux Offices, à Rome au Musée des Thermes et quelques-uns de peu d'importance dispersés ça et là. Il s'agit d'une enceinte quadrangulaire ornée de bas-reliefs, divisés en deux zones; dans la zone inférieure est une merveilleuse décoration; la zone supérieure représente le cortège de l'empereur dans lequel on distingue les membres de la famille impériale et les magistrats les plus insignes. C'est un monument où l'on ne sait ce qui est le plus à admirer, la finesse du travail, le maintien majestueux et tout romain du cortège ou la vérité presque naturaliste des portraits. Ce naturalisme et cette perfection de travail on les retrouve précisément dans les portraits d'Auguste, représenté soit comme empereur (statue de Prima Porta, au Vatican), soit comme pontife (par

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ex. la statue de la Via Labicana, au Musée des Thermes) et, à côté de lui, dans les statues des divers personnages de la famille impériale ou d'illustres fondateurs de l'Empire, Comme nous l' atteste Suétone, Auguste, personnellement ou en stimulant ses amis, accomplit une œuvre immense de construction et de reconstruction des monuments publics. Il sufTit de rappeler, dans le Forum, la Basilica Julia, les temples des Dioscures, de la Concorde et de Saturne, avec le nouveau temple, érigé à l'endroit où fut brûlé le corps de César, et dédié au grand homme. Au delà du Forum de César, Auguste en édifia un autre merveilleux, avec le tem.ple de Mars Ultor dont il reste encore des vestiges considérables. Le théâtre de Marcellus, près du Tibre, avec ses trois rangées d'arcades superposées, devint un modèle d'architecture; Agrippa, en attendant, fondait le Panthéon, et, à côté, ses Thermes grandioses, premier exemple, à Rome, de ces immenses établissements balnéaires, centre de vie voluptueuse, sportive et intellectuelle, une des créations les plus remarquables de la civilisation romaine. Ce goût des constructions s'étendit en Italie et hors de la Péninsule; il suffira de mentionner le temple de Rome et d'Auguste, à Pola, celui de Nîmes, appelé la Maison Carrée, le pont de la Nera, à Narni, celui de Rimini, celui du Gard, le temple d'Assise, et les arcs de Fano, de Rimini, de Suse, d'Aoste, et de St-Remy, dont l'exécution fut la création d'un autre type de monument bien romain et bien propre à exprimer la grandeur du triomphe. La construction des maisons de ville, de campagne et des tombeaux prit un développement spécial. Parmi les premières, on peut se contenter de parler des édifices impériaux, sur le mont Palatin, la belle habitation particulière de l'Empereur, dite « de Livie » et la Villa que celle-ci avait à la Prima Porta, sur la voie Flaminienne, au N. de Rome, où a été précisément trouvée la grande statue d'Auguste. Dans les tombeaux se renouvela le faste du Mausolée; Auguste lui-même donna l'exemple en élevant sur le Champ-de- Mars son Tumulus de 83 m. de diamètre, dont les ruines cachées en partie par de petites maisons modernes, sont encore grandioses; le mausolée de Lucius Munatius Plancus, consul en 42 av. J.-C, au sommet de la colline de Gaète, ceux de Cecilia Metella et de Casai Rotondo, sur la voie Appienne, le tombeau des Plautii, à Ponte Lucano, sur la voie Tiburtine, nous offrent les exemples les plus considérables de ces monuments funéraires, par lesquels Rome continuait la grande tradition étrusque. Mais outre un grand nombre de columbaires, d'autres tombeaux, au type varié, furent

XXVI L'ART ROMAIX le I" et le IP s.

encore construits; rappelons, par exemple, la pyramide de Caïus Cestius, sur la via Ostiense, le monument du boulanger Eurisacès, hors de la Porta Maggiore, le tombeau des Julii à St-Remy, intact avec sa belle architecture et ses bas-reliefs très fins, ainsi que différents tombeaux de Pompéi. Pendant ce temps, dans l'Asie Z^Iineure, habituée au culte des souverains, on voulut honorer l'empereur comme dieu et Auguste, qui d'abord s'en était scandalisé, le permit enfin, à condition que son culte fut uni à celui de Rome. C'est ainsi que furent élevés les temples dédiés à Rome et à Auguste; celui d'Ancyre en est un insigne exemple: le célèbre testament politique d'Auguste y est reproduit en grec et en latin. Il ne faut pas oublier que des obéhsques égyptiens ont été apportés à Rome par Auguste: celui de la place du Peuple, jadis dans le Circus Maximus et celui de la place Montecitorio, ce dernier servant de gnomon au cadran solaire du Champ-de-^Iars. Ce ne sont pas, il est vrai, des œuvres d'art romaines, mais ils n'en comptent pas moins encore aujourd'hui parmi les témoignages les plus caractéristiques de la puissance de Rome. J'éviterai de m'étendre sur les œuvres de moindre importance, les maisons privées si nombreuses de Rome et de Pompéi, avec leurs peintures et leurs stucs si fins (je ne citerai que la Maison de la Farnesina, au Musée des Thermes), les belles monnaies, les pièces d'argenterie très riches, telles que celles du Louvre que l'on a trouvées à Boscoreale, la glyptique qui produisit le chef-d'œuvre du genre, la Gemma Augustea, auj. à Vienne et qui est peut-être de Dioskourides.

Sous Auguste, un art romain s'était désormais formé, un art qui profitait de l'expérience séculaire de l'art étrusque et de l'art grec. Cultivé par des artistes appartenant à tant de peuples compris dans l'Empire, il avait une valeur et une finesse qui variaient nécessairement, mais il avait néanmoins un caractère propre, impérial, et, au point de vue purement artistique, des caractéristiques bien définies. Ce caractère romain s'accentue dans les œuvres créées sous les successeurs d'Auguste, sous les empereurs cruels mais raffinés, fous mais artistes de la famille Juha. les deux premiers Flaviens, Vespasien et Titus et le fastueux Domitien.

Dans les arcs de triomphe les bas-rehefs prennent un caractère historique; cet art atteint son apogée dans les basreliefs de l'Arc de Titus, représentant le triomphe après la chute de Jérusalem, où l'on remarque des qualités impressionnistes.

Néron créa sa Domus Aurea s'étendant sur une grande partie du Palatin et de l'Esquihn; les architectes Sévère et

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Céler et le peintre Fabullus en firent une vraie demeure royale, qui n'eut toutefois qu'une durée éphémère. Quoique ensevelie sous les Thermes de Trajan, elle devint le grand modèle des artistes de la Picnaissance. Pompéi, dans ses maisons reconstruites après le tremblement de terre de 68 ap. J.-C, comme la célèbre Domiis Vettiorum, nous ofîre des exemples incomparables d'élégance dans ses vives peintures si bien encadrées dans une décoration riche et à la fois d'extrême bon goût, dans les reproductions de tableaux anciens, dans les petits jardins ornés de petites statues, de colonnes, d'hermès, etc. C'est la période la plus heureuse de la peinture romaine, pour laquelle commence ensuite la décadence.

Le chef-d'œuvre des Flaviens et, sous certains aspects, de l'art romain, est le Colisée, le vaste amphithéâtre, capable de contenir 50 000 spectateurs, dont la construction, étudiée récemment du point de vue technique, révèle aussi la grande ingéniosité avec laquelle elle fut achevée en un temps très court. Il ne faut pas oublier ici le Forum de la Paix de Vespasien, à l'E. de ceux de César et d'Auguste, et l'activité rénovatrice de Domitien: le temple dédié à son père dans le Forum Romain, près de celui de la Concorde, les constructions sur le Palatin, comblant la petite vallée entre le Germains et le Palatial, les palais avec les villas immenses des monts Albains et près du lac de Pâola (Mt Circello'i, d'autres constructions en Italie et dans les provinces, comme le temple de Bréscia.

Et son buste dans le Palais des Conservateurs, un des plus extraordinaires portraits romains, nous représente bien la figure de ce prince raffiné et cruel.

Le IP s. de l'Empire, sous les Antonins, fut vraiment celui de l'apogée de la puissance romaine, l'âge delà force victorieuse de rUrbs, de la tranquillité et de la prospérité pour les innombrables nations, qui, comme l'avait écrit Pline, étaient devenues désormais un seul peuple. Les grands écrivains étaient déjà passés et, avec la mort de Tacite et de Stace, les grandes voix de Rome s'étaient tues. Ce fut alors que la sculpture devint de plus en plus historique et narrative; nous en avons l'exemple le plus parfait dans la colonne Trajane, élevée en 113. Dans le ruban qui tourne en spirale autour du fût colossal sont représentées, dans leurs détails exacts et pris sur le vif, les gestes de l'empereur et de son armée dans la conquête de la Dacie, région à l'embouchure du Danube, qui conserve toujours, après tant de siècles et tant de vicissitudes, sa fière romanité. L'activité constructrice est vrainient ej^traordinaire sous VOptimus pr inceps! Il suffirait

xxvin L'ART ROMAIN Trajan.

de nommer le Forum de Trajan, le plus vaste des Forums impériaux, une forêt de colonnes, entourée de basiliques, d'exèdres, de temples, de bibliothèques, au dire des anciens, le plus admirable monument de Rome. Apollodore de Damas, le même qui construisit un pont sur le Danube, y travailla. Auprès du Forum, voici les Thermes et, hors de Rome, à Bénévent, l'arc grandiose au commencement de la voie Trajane, à Centocelle le port, à Ancône l'arc de triomphe, à Pergame un temple, à Thamugadi la fondation d'une ville entière, qui, restée intacte dans le désert, est appelée la Pompéi de l'Afrique. Ainsi que nous l'avons déjà dit, la sculpture avait fait son plus grand effort dans la décoration de la colonne; mais même ailleurs elle atteint un haut degré d'excellence comme dans les frises riches et élégantes du Forum, dans les anaglijpha qui étaient probablement sur les rostres, dans les bas-reliefs historiques, dans les statues des Daces prisonniers, qui représentent un type ethnique nouveau, enfin dans l'Aigle Romaine, provenant peut-être, elle aussi, du Forum de Trajan, et maintenant dans l'atrium de l'église des Ss. Apostoli. De l'âge de Trajan est certainemient le trophée d'Adamclisi en Dobroudja; imité des tombeaux ronds, tels que celui de Plancus, il est le monument de la victoire sur les Daces. Construit sur place évidemment par les légionnaires, il est dans ses bas-reliefs un exemple très beau de l'art romain provincial, comme la statue de guerrier trouvée à Claudia Celeia (Cilii), dans la Norique. Les uns et les autres sont des exemples des formes spéciales que prit l'art romain che?: les barbares, avec des postures et des gestes qui font prévoir l'art du moyen âge.

Une des caractéristiques les plus remarquables de la vie d'Hadrien, empereur dès 117, ce furent les longs voyages qu'il entreprit pendant ses vingt années de règne dans toutes les parties de l'immense État, partout acclamé et vénéré et laissant partout des marques de son intérêt, telles que des œuvres publiques de grande importance. Dans le domaine de l'art, il nous reste de cet empereur un chef-d'œuvre, le Panthéon, à la voûte admirable, à la parfaite harmonie, qui en font une des plus grandes expressions de l'architecture romaine. On sait que le vieux temple d'Agrippa avait été incendié et que la construction heureusement parvenue jusqu'à nous est d'Hadrien. Dans sa Villa près de Tîvoh, l'Empereur voulut reproduire plusieurs des plus célèbres monuments du monde, avec une richesse de mosaïques et d'œuvres d'art, une hardiesse de construction, telle qu'on la chercherait en vain ailleurs.

Hadrien. L'ART ROMAIN xxix

Avec Hadrien triomphe désormais la construclion en briques, qui apporta une révolution dans l'architecture ancienne et permit aux ilomains, dan.s la construction des voûtes et des arcs, des audaces que l'on aurait tentées en vain avec des constructions en pierre. Et, comme le prouvent les fouilles d'Ostie, alors fut créée la maison de type moderne avec appartements. Rome vit d' autres merveilles de cet empereur : le temple de Vénus et de Rome sur la Velia, aux deux absides opposées, très riche en colonnes et en marbres rares, dont les restes ne nous donnent qu' une pâle idée de sa splendeur ancienne ; le pont sur le Tibre, dit aujourd' hui de S. Angelo et le mausolée dit Château St-Ange, qu' on transforma en château au moyen âge et pendant la Renaissance et qui est un des monuments les plus représentatifs de Rome.

La liste des constructions qui surgirent dans les provinces nous porterait trop loin: dans l'Espagne qui, sous cet empereur comme sous Trajan (originaires tous les deux de ce pays), eut une ère de grande prospérité, en Asie Mineure où les villes eurent â cette époque un accroissement artistique et commercial remarquable et jusque dans la lointaine Paîmyre, où fut élevé le temple de Jupiter. Ce fut Hadrien qui acheva le temple colossal de Zeus Olympios à Athènes, commencé sous Pysistrate, et dont les colonnes nous frappent encore d'admiration; ce fut Hadrien qui fit construire à Atliènes un nouveau marclié et tout un nouveau quartier, séparé du reste de la ville par la porte d'Hadrien. Celle-ci, comme nous le dit l'inscription, séparait la ville de Thésée de celle d'Hadrien.

La sculpture eut à Rome sous Hadrien une nouvelle Qoraison. La mort mystérieuse du favori de l'empereur, Antinous, lit rendre à celui-ci un vrai culte et élever de nombreuses statues, par lesquelles fut créé un nouveau type du divin. Du reste, au réalisme de l'âge de Trajan, succéda un éclectisme qui marquait une première décadence de l'art se perdant en des formes vides. De cette période est l'école d'Aphrodisie e 1 Asie Mineure, dont on conserve à Rome quelques œuvres remarquables, telles que les Centaures d'Aristsas et Papias au Capitole, et l'Antinous en Sylvain, d'Antonianos.

Pendant le long règne d'Antonin le Pieux suivit une période de faible activité artistique. À cette époque remonte l'Hadrianaeum, c'est-à-dire le temple d' liadrien divinisé, sur la Piazza di Pietra à Rome, que l'on crut longtemps à tort la Basilique de Neptune, et dont un des côtés est bien conservé. Dans ce temple la décoration du podium est particu-

XXX L'ART ROMAIN Marc-Aurèle.

lièrement remarquable; elle représente les provinces de l'Empire personnifiées, dont la plupart sont conservées dans la cour du Palais des Conservateurs. Ces personnifications sont bien choisies pour glorifier Hadrien, qui voulut personnellement visiter son immense empire dans toutes ses parties, Marc-Aurèle, successeur d'Antonin le Pieux, quoiqu'il ait achevé une des plus grandes gestes de l'histoire de l'Empire dans la guerre contre les barbares de l'Europe Orientale en terminant à Vienne sa grande existence de soldat et de philosophe, reprit un art semblable sous certains aspects, à celui de Trajan, mais avec des résultats bien moins heureux. En fait, si, dans les onze bas-reliefs provenant peut-être d'un arc de triomphe, dont trois sont au Palais des Conservateurs et huit incorporés dans l'arc de Constantin, les scènes sont d'une bonne conception, on y remarque par contre une lourde composition académique. Les bas-reliefs de la base de la colonne dédiée par Marc-Aurèle à Antonin le Pieux, et trouvée près de Montecitorio, maintenant au Vatican (Jardin de la Pigna), sont même pires.

Le temple d'Antonin et Faustine dans le Forum, celui d'Esculape à Lambeesis et l' arc de Marc-Aurèle à Tripoli (ce dernier dégagé récemment des constructions arabes qui le cachaient presque complètement), démontrent que l'architecture suivait à cette époque les mêmes directives. La statue équestre de Y empereur, trônant au milieu de la place du Capitole et les nombreux portraits de Marc-Aurèle et de la famille impériale, confirment les qualités que l'art romain du portrait a toujours conservées. Mais dans les sculptures de la Colonne Automne, qui, sur la place la plus centrale de Rome, célèbrent les gestes de Marc-Aurèle, on est déjà loin de l'art classique du temps de Trajan. La décadence s'accentue au commencement du IIP s.; il suffit de rappeler les sculptures de l'Arc de Septime-Sévère dans le Forum Romain. Cet empereur ajouta toutefois un nouveau palais au Palatin et le Septizonium, le nymphée, qui en constituait la façade vers la Voie Appienne et fut détruit par Sixte V, était un édifice des plus caractéristiques.

Caracalla laissa à Rome des thermes grandioses, édifice remarquable par l'étendue, par la savante disposition des locaux par sa décoration de mosaïques, et par les oeuvres d'art même d'époque antérieure, telles que le Taureau, la Flore et l'Hercule Farnèse, aujourd'hui au Musée National de Xaples.

Le IIP s. ap. J.-C, malgré les vicissitudes politiques désordonnées, est très important pour l'art romain. Avec la dvnastie de Julia Domna, qui tint cour à Rome, la

Dioctétien. L'ART ROMAIN xxxi

maison impériale, à cause de l'origine même des empereurs s'ouvrit de plus en plus aux influences orientales. À Rome et dans tout le monde romain on accueillit les divinités orientales, parmi lesquelles JNIithra eut un culte spécial. Ces nouveaux cultes introduisirent de nouveaux types dans la sculpture et des formes particulières d'édifices dans V architecture. Le temple du Soleil, qui s'élevait au Champde-Mars, avait un aspect complètement syriaque. En même temps l'art se répand dans les provinces. Dans la Syrie on éleva des édifices d'un grandiose sans égal, tels que ceux d'Héliopolis, ceux de Palmyre, capitale de la reine Zénobie, et même la mystérieuse Pétra des Nabathéens. Au III* s. l'Afrique Romaine joue un rôle de plus en plus important; elle devient une des plus riches et des plus prospères provinces de l'Empire et se peuple de monuments, dont les restes, que l'on découvre aujourd'hui, forment le patrimoine archéologique de la Libye, de la Tunisie et de l'Algérie.

C'est la même activité en Italie et dans les provinces du Nord, à Vérone avec la porte des Borsari et à Trêves avec la grandiose Porta Nigra, œuvres qui démontrent 1' extrême vitalité de l'Empire, mais dont le caractère fastueux est loin de l'excellence artistique du siècle précédent.

Au commencement du IV* s., Dioclétien non seulement réforma l'Empire en lui donnant une constitution autocratique, mais en renouvela la vie, en la prolongeant de deux siècles en Occident, et de mille ans encore en Orient. Il créa deux édifices, très vastes tous les deux, les Thermes qui portent encore son nom à Rome, et le Palais à Spâlato, dans la Dalmatie, son pays natal, sur l'emplacement actuel de la jolie petite ville italienne de l'Adriatique. Ces constructions sont importantes non seulement par leur étendue mais aussi par leur décoration, qui atteint des formes grandioses et parfois marque la naissance de nouveaux motifs et de nouveaux types, destinés à ne se développer que plus tard.

Si le mausolée de l'Empereur, aujourd'hui cathédrale de Spâlato, si le tepidarium des Thermes de Dioclétien à Rome, transformé en église par Michel-Ange, nous frappent par leurs dimensions et par l'audace de la construction, la dernière fleur de Rome payenne, la Basilique de Constantin, est encore plus grandiose. Celle-ci, commencée par Maxence en 312, est une construction hardie à trois nefs, qui eut une grande importance comme modèle des églises de la Renaissance.

Tandis que l'architecture était encore capable de tels prodiges, la sculpture était déjà retombée à des formes gênées et enfantines. Même l'art du portrait, si excellent encore

xxxn L'ART ROMAIN Constantin.

dans les têtes de Caracalla et même dans celles de Dèce et de Maximin, ne produit plus que des œuvres grossières et sans expression. Plus grossière encore est la sculpture historique, telle qu'elle se révèle dans l'Arc de Constantin, où l'architecte, comprenant peut-être cette infériorité, a préféré en général utiliser des bas-reliefs provenant de monuments impériaux du II« s. Ce caractère se reproduit aussi dans des sculptures très répandues dans la Rome impériale, c'est-à-dire dans les sarcophages, qui au II* et au IIP s. avaientforméune série très importante d'oeuvres d'art, intéressantes soit par leur valeur intrinsèque, soit par la représentation des mythes préférés, dérivés souvent des chefs-d'œuvre de l'âge hellénistique.

À cette époque était déjà né à Rome un art particulier, qui, tout en ayant adopté les formes généralement acceptées alors, avait apporté un esprit nouveau. L'Art Chrétien, né à la fin du I" s., se développa au II« et au III« s., de manière à pouvoir se dévoiler quand le Christianisme eut la liberté du culte, et prendre dignement la succession de l'art payen quand il devint la religion dominante.

En 330 la capitale est transportée à Byzance, qui, prenant le nom de Constantinople, eut en peu de temps des édifices remarquables. On a longuement disputé sur la part que l'art romain eut dans la création de 1' art byzantin ; selon quelques-uns ce dernier serait un produit exclusivement oriental. Mais il est indéniable que l'élément romain eut partout une influence prépondérante et prédomina absolument en Occident et en Italie spécialement, jusqu'au moment où les derniers restes de l'Empire furent submergés par la vague montante des invasions barbares. L'art byzantin est déjà une vraie résurrection et marque, spécialement dans les mosaïques, la création de valeurs artistiques nouvelles.

Le regard que nous avons jeté sur le long chemin de l'art de l'Italie antique, nous autorise à conclure que cet art, quoique fondé sur les prototypes helléniques, eut des caractéristiques bien personnelles. Il exprima admirablement l'esprit de cette race laborieuse et tenace, qui, avec des qualités apparemment moins brillantes que celles des Grecs, mais avec un sentiment unique du Droit et de la Justice, ayant conquis par la force des armes tout le monde connu, en fit un tout homogène et puissant, et, ajoutant aux siennes les qualités les plus éminentes des autres peuples, créa cette civilisation romaine, sur laquelle repose encore l'organisation du monde civil.

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