‹ Italie méridionale, Sicile, Sardaigne, Malte, Tunis, CorfouChapitre 113 sur 127 · GOLFE DE TLTNIS. IV. R · texte numérisé non relu

GOLFE DE TLTNIS. IV. R

ticle d'exportation: les raisins sees. La localiti? principale, qui compte 3650 hab., est située à l'angle N.-O. de l'île sur la seule baie ayant un port, mais dont les eaux sont basses et l'entrée étroite; le bateau jette l'ancre dans la rade. Il y a dans la citadelle une colonie pénitentiaire italienne; en 1911, on y a transporté une partie des Turcs faits prisonniers à Tripoli.

Pantelleria, habitée dès la plus haute antiquité, offre encore des vestiges d'une population préhistorique sur la plage à .3 kil. au S. du port: dans la contrée de Sesi, s'élèvent les «sesi», tours rondes très basses en blocs de lave bruts, avec chambres sépulcrales à l'intérieur et qui rappellent les nuraghe de la Sardaigne (p. 444). L'établissement fondé par cette population néolithique et entouré à l'E. d'un immense rempart de blocs de lave, a été trouvé plus haut sur le plateau. Les Phéniciens ont colonisé cette île probablement en même temps que Malte. Les Romains l'enlevèrent aux Carthaginois d'abord en 255, puis définitivement en 217 av. J.-C. Cossura, l'anc. capitale, se trouvait au pied et sur les collines de S. Marco et de Polveriera, à 1 kil. 5 du port, où il y a encore des restes de murs des fortifications, des tombeaux et des citernes. La première population chrétienne a été anéantie par les Arabes vers l'an 700. Roger de Sicile conquit l'île en 1123. Les TvTrcs s'emparèrent de la capitale en 1553. Le dialecte de la population actuelle est en somme sicilien (p. 285); il n'y a plus que les noms de lieu qui soient arabes.

Les autre.s vapeurs qui se rendent à Tunis atteignent sans arrêt intermédiaire l'extrémité N. de l'Afrique où, déjà avant leur entrée dans le golfe de Tunis, deux vapeurs français font escale à Bizerte (p. 499); le vapeur allemand n'aborde qu'à ce dernier port.

Le golfe de Tunis, dont la profondeur égale presque la largeur, s'étend du cap Farina à l'O. (nommé dans l'antiquité Promontorivm ApolUnis et en arabe Ras Tarf; phare sur la petite île Plane), sur une distance de 66 kil., jusqu'au cap Bon (dans l'antiquité Promontorium Mercurii), nom que porte la pointe de la presqu'île qui le sépare de la mer à l'E.; le phare, qui se dresse à 125 m. de hauteur au-dessus des escarpements de la falaise, est visible à 50 kil. à la ronde. Les vapeurs qui viennent de Marseille et de Cagliari longent la côte occid. du golfe en passant devant la haie (VUtique (v. p. 500) remplie en grande partie depuis l'antiquité par les dépôts caillouteux qu'y charrie la Medjerda. Plus loin, ils passent en vue du cap Kamart (p. 499), de La Marsa (p. 499) et du beau cap Carthage (p. 498) avec son phare et les blanches maisons de Sidi-Bou-Saïd. Les vapeurs qui viennent de Palerme et de Malte contournent le cap Bon que précèdent à l'O. les îles Zemhretta et Zemhra ou Djamour (433 m.; Vj^gimurus des anciens), et longent la côte orientale en vue des grandes carrières (VEl-Aouîaria qui fournissaient déjà aux Phéniciens les matériaux de construction pour Carthage, et en passant devant VAnse de Thonaire (grandes pêcheries de thon, v. p. 457) et devant le Ras al-Fortas.

Alors on entre dans la *haie intérieure de Tunis dominée à l'E. par le Djebel Korbous (419 m.), et au S. par le Djebel Bou- Kornin (p. 500), le Djebel Ressas (795 m.) et le Djebel Zaghouan (p. 501), on côtoie la colline couronnée par la cathédrale de Car-

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thage (p. 492), pour passer ensuite devant les stations balnéaires du Kram, de Kliércddiin' et de la GouletU'-Neuve (p. 491) et arriver au petit port de la Goidette (p. 491), situé au milieu de la langue de terre qui ferme l'entrée (lu lar du Tunis (p. 479). Le bateau traverse alors ce dernier par un canal, terminé en 1893, qui a 9 kil. de longueur sur 100 m. de largeur et env. 6 m. 50 de profondeui- et ofl're un l)eau coup d'd'il sur les blanches fatj'ades des innombrables maisons de Tunis: à dr., l'île de Chikly avec les restes d'un château fort construit par Charles-Quint; çà et là, des Uamants qui égayent les rives. Enlin, au bout de 1 h., on met pied à terre à Tunis (p. 477).

La régence de Tunis, placée sous le protectorat de la France ])ar le traité du Bnrdo du 12 mai 1881, a une superficie d'env. 129 000 kil. carr. et une population de 1 million '/2 '^ 2 millions d'habitants. L'élément musulman (lierbères, Arabes, Maures, Coulouglis ou descendants de Turcs et de femmes mauresques, et nègres) est de beaucoup prédominant; le reste comprend prés de 60000 juifs indigènes ou immigrés (espagnols ou livournais), 105 680 Italiens, 40 850 Français, 12 200 Maltais (p. 465) et 4850 Européens de rationalités diverses.

La Tunisie se distingue particulièrement sur les côtes par son climat, très doux dans les mois d'hiver, mais aussi très sec et chaud eu été et en automne, sous l'influence directe du siroco (en arabe sanioûn) qui de l'intérieur de l'Afrique y apporte toutes les ardeurs du désert. A Tunis même, la température moyenne de janvier est de 10° 8 C. (minimum — 2°), celle d'août de 27° 1 (maximum 50°). — Les principaux produits du pays sont le tan et le liège de Kroumirie, région plantureusement boisée de la frontière occid., les légumes hâtifs ou primeurs des environs de Tunis, les céréales de la vallée de la Medjerda et de celles de l'Atlas saharien réput'ées aussi pour l'élevage des chevaux et des bestiaux; l'alfa des steppes, l'huile d'olive des environs de Sousse et de Sfax, et les dattes des oasis du Sahara contribuent pour leur part à la prospérité économique du pays. Sur les côtes, la pêche du poisson et des éponges est des plus fructueuses. L'industrie minière porte principalement sur le zinc, les minerais de ])lonib et de cuivre ; l'exploitation des riches gisements de chaux phosphatée de Kalaât es-Senam, Kalaâ-Djerda, Metlaoui, Redeyef et Aïn-Moularès a de son côté considérablement augmenté le mouvement des trois ports principaux, Tunis, Sfax et Sousse.

Le bey actuel, de la famille des Hussein (p. 475), Sidi Mohamvied en-Nusr, est né en 1855. Le résident général est en même temps ministre des affaires étrangères et le commandant en chef du cor])s d'occupation est ministre de la guerre. A la tête de l'administration des finances, des postes, des travaux publics et de

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l'instruction publique se trouvent des fonctionnaires français assistés d'un premier ministre et d'un secrétaire d'Etat mahométans. Les Européens et leurs protégés sont justiciables de tribunaux fran(;ais, tandis que les indigènes répondent devant l'Ouzara et le Chaâra. On a laissé au bey une garde d'honneur de 600 hommes d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie dont l'uniforme ressemble à celui des zouaves.

Histoire. Les Berbères constituent le fond de la population autochtone de la Tunisie, comme de tous les pays de l'Afrique septentrionale. Déjà près de 1000 ans av. J.-C, les Phéniciens avaient posé sur les côtes les fondements de colonies, au nombre desquelles Carthage (p. 490), la plus puissante, s'empara peu à peu de tout l'hinterland. Grâce à un système d'arrosage artificiel, elle fertilisa la région côtière et la vallée de la Medjerda, où la culture de la vigne et des céréales ouvrit une ère de grande prospérité. Après la destruction de Carthage (146 av. J.-C), le pays tomha aux mains des Romains qui en firent leur province à' Afrique et y ajoutèrent une partie de la Nuraidie, après la victoire remportée par César ■à Thapsus, l'an 46 av. J.-C. La période qui suivit dans les premiers siècles de l'Empire fut heureuse pour le développement du pays ; les steppes de la Tunisie centrale et de l'Algérie se colonisèrent; un réseau de routes étendu fut créé, et de nombreuses villes fondées à l'intérieur. Dans les siècles suivants, les révoltes continuelles des indigènes, le système pernicieux des latifundia, et les luttes religieuses fréquentes vinrent paralyser pour longtemps la prospérité générale. En 429, Genséric, roi des Vandales, débarqua d'Espagne; il s'empara de Carthage dix ans plus tard et en fit la capitale du grand empire Vandale qu'il avait fondé dans l'Afrique septentrionale; après le sac de Rome et la soumission de la Sicile, de la Tripolitaine, de Malte et de la Sardaigne, il se fit reconnaître en 475 par l'empire d'Orient comme souverain des pays de la Méditerranée occidentale. Mais l'intégrité de cet empire, gravement compromise par le déclin de ses qualités morales et militaires, ne put résister au conflit de ses intérêts nationaux et religieux avec ceux de la partie romaine de sa pojjulation. En 534, après la victoire de Bélisaire sur le dernier roi, Gélimer, l'Afrique devint une province de I'empire d'Orient.

Le gouvernement (les califes s'étendit rapidement d'Egypte eu Tunisie. De 647 à 698, leurs généraux attaquèrent par huit fois les Byzantins, les chassèrent d'«Ifrikia», détruisirent Carthage et balayèrent devant eux le christianisme en même temps que la civilisation carthaginoise et romaine, qui disparurent du nord de l'Afrique. La résistance opiniâtre des Berbères des montagnes fut brisée à son tour; mais, bien que ces peuplades eussent embrassé l'islamisme, leur amour de la liberté fut assez puissant pour amener dès l'an 740 la fondation de dynasties indigènes. Vers 800, les Aghlàbites, gouverneurs des califes à Kairouan (p. 503), la nouvelle capitale d'Ifrikia, se rendirent indépendants et conquirent la Sicile en 827 ; leurs successeurs, les Fntimifes, transférèrent leur résidence à Mehdia en 916 et en 973 eu Egypte qu'ils venaient de soumettre. Les Zii'ifes, leurs gouverneurs, ayant fait défection, le pays subit une terrible invasion arabe de 1045 à 1055. Un siècle plus tard (1148), il dut céder une province aux Normands, fut incorporé en 1160 à l'empire des Almohades marocains, recouvra son indépendance sous les Hafsides (1206-1573) qui firent de Tunis leur capitale, et fut enfin soumis au sultan en 1534 par le pirate algérien et amiral turc Kha'ir ed-D'in Ba7-berousse. Les expéditions entreprises par les chevaliers de Malte (p. 465, 466), l'empereur Charles-Quint (1535), Juan de Véga (1551) et Don Juan d'Autriche (1573) étant demeurées sans résultats durables, la Tunisie resta, de 1574 à 1650 sous l'administration de fonctionnaires turcs (pacha, dey, bej'), et à partir de 1705 sous la dynastie de la famille Hiiswiv, despotes nominellement dépondants de la Turquie, un véritable nid de corsaires qui prirent jusqu'en 1830 une part très active aux pirateries des Etats Barbaresques. Le pkotbc-

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ToiiAT fran(,:ais, établi un 1K81, a mis fin aux abus qui avaient appauvri pt (li^peuplé le pays et l'a ouvert à la civilisation européenne.

Renseignements pratiques. Une visite en Tunisie se fait ite préférence dans les mois île mars à mai et de novembre au milieu de décembre. Un ])asseport n'est pas exijïé; cependant on ne saurait guère s'en passer (v. li-dessous). L'étranger peut en toute sûreté aller et venir à sa guise; les guides, gens ignorants presque tous, sont superflus. Il veillera Ji ne pas blesser la suscc])tibilité des musulmans, se gardera de les photographier, aura soin de ne pas se retourner pour regarder les femmes dans la rue et s'abstiendra de pénétrer dans les cimetières et li's sanctuaires (koubha). Les mosquées et zaouïas (maisons religieuses, séminaires) de Kairouan, le Kef, Gafsa et Tozeur sont seules accessibles aux chrétiens (pas aux juifs).

Les CHEMINS DE KEu sout en majcurc partie entre les mains de la compagnie des Chemins de fer de Bône-Guelma et Prolongements. Le Livret A. Jourdan (Indicateur des Chemins de fer, de la Navigation, des Voitures publiques; 50 c.) et le Livret-Chaix (Guide officiel des Voyageurs spécial pour les Chemins de fer de l'Algérie, de la Tunisie et de la Corse; ."jO e.) donnent toutes les indications nécessaires. L'heure de l'Europe centrale a été récemment adoptée (v. p. xiv). 30 kilos de bagages gratuits. Pour les billets d'aller et retour, etc., v. les indicateurs. Vu la lenteur des chem. de fer et le bon état des routes, les voyageurs aisés utilisent de préférence les automobiles, surtout s'ils voyagent en société. Pour les longues excursions, on aura recours aux voitures particiîlières en ayant soin, avant de se mettre en route, de s'assurer un bon véhicule et des bêtes bien reposées. A l'écart des grandes routes, on se servira de MONTURES, mal soignées, il est vrai, mais douces et de toute sûreté; on n'a pas à s'inquiéter de l'entretien du conducteur et de sa bête.

Les HÔTELS de l'^"' ordre ne se rencontrent qu'à Tunis ; les autres sont partout très simples et, sauf quelques exceptions, ne satisfont pas aux exigences modernes.

Les MONN.iiES DU PATS Ont depuis 1891 le franc pour unité et portent des inscriptions en arabe et en français; il y a des pièces de 10 et 20 fr. en or, de .'iO c, 1 et 2 fr. en argent, de 5 et lli c. en cuivre. Les pièces d'argent italiennes, suisses, belges et grecques (à l'exception de toutes les pièces de 5 fr.) et les monnaies de cuivre des dits Etats sont hors de cours. On se munira de billets de la Banque de France ou de pièces d'or des pays de l'union monétaire latine. — Les banques, ainsi que les bureaux de l'administration ne sont ouverts d'ordinaire que de 9 h. à 11 h. et de 2 à 5 (la caisse ferme presque partout à 3 h.). -- La poste a ses propres timbrer. Lettres ordinaires pour la Tunisie et la France 10 c, pour l'Italie 20 c.; cartes postales 5 c., pour l'étranger 10 c. Les envois recommandés et valeurs ne sont délivrés que sur présentation d'un passeport visé par un consul.

Bibliooraphie. La Tunisie (Législation, Gouvernement, Administration) par D. Gaudiani et P. Thiaucourt (Paris, 1910; 12 fr. 50); H. Lorin, UAfriqxe du Xnrd (Paris, 1908); J. Toutain, Les Cités Romaines de la T/inisie (Paris, 1896; 12 fr. 50); R. Cagnat et H. Saladin, Voi/age en Tunisie (Paris, 18871; R. Cagnat, V Année romaine d'Afrique (Paris, 1892; .10 fr.); Charles Diehl, L'Afrique hi/zantine (Vaùs, 1896; 20 fr.); H. Saladin, Tunis et Kairouan, de la collection des «Villes d'art célèbres» (Paris, 1908; 1 fr.). — Carthage est le tliéàtre du roman historique et archéologique de Salammbô, par Gust. Flaubert.

Cartes du Service Géographique de l'Armée, feuilles au 50000», 1 fr. 50; au lOOOOfK, 1 fr. 20; au 200000», 70 C. La carte des Routes et des Chemins de fer de la Tunisie au 500000» (Tunis, 1910) donne un coup d'œil d'ensemble.

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