CEFALU. III- R
Le Fimne Grande et le Fiiime Salso (p. 356) partagent l'ile en deux parties et ont souvent servi de frontière, par exemple sous les Romains et sous Frédéric IL Au delà du Fiume Grande, la voie traverse presque en ligne droite des contrées infectées par la malaria. Puis à dr., belles échappées de vue sur les vallées accidentées des monts Madonie: — 53 kil. Campofelice. 13 kil. plus haut, en remontant la vallée du ruisseau (dilig. en 2 h. '/g ï 1 ^^'■)i se trouve Collesano (460 m.; Alb. Failla), vieille ville de 6825 hab. La tour de la cathédrale est un reste de l'anc. château. Sur la hauteur, immédiatement à l'O. de Collesano, fragments de grands murs cyclopéens, qui proviennent probablement de Paropus, la plus occidentale des villes des Sicules. Au-dessus des montagnes qui forment la vallée s'élèvent les sommets les plus hauts des Madonie, le mont S. Salvatore (1910 m.) et le Piszo Antenna (1975 m.). Le Club Alpin Sicilien, à Palerme (p. 299), donne des renseignements sur les excursions dans les Madonie et les monts Nébrodes ou Caronie (p. 379) contigus à l'E. — 58 kil. Lascari. Sur la hauteur à dr., Gratteri. Puis le Pizza delV Angelo ou Gibilmanna (mont de la Manne, 1081 m.) qu'on peut gravir de Cefalù en passant par le couvent des capucins dit Santuario di Gibilmanna (800 m.), on l'on trouve l'hospitalité; jusqu'au couvent, par le chemin muletier, 2 h. 1/2! de là au sommet, ^/^ d'h. Ensuite, la voie traverse de jolies campagnes jusqu'à Cefalù, où l'on récolte beaucoup de manne, suc qui découle du frêne à fleurs (fraxinus ornus).
67 kil. Cefalù (qu'on visitera de préférence en 1/2 journée, de Termini ou de Palerme; au besoin, on trouvera gîte et nouiriture à l'Alb. Italia-Centrale, place de la cathédrale, à 12 min. de la gare, ch. 1 fr. 50 à 2), située au pied d'un promontoire escarpé et nu (376 m.), sur lequel s'élevait l'ancien Cephalœdium, est auj. une ville de 12 933 hab., se livrant particulièrement au commerce, à la navigation et à la pêche de la sardine.
La ville n'est nommée pour la première fois qu'en 397, à propos des guerres entre Denys 1"" et Carthage. Elle est de temps en temps mentionnée dans l'histoire romaine. Les Arabes l'assiégèrent en vain en 837 et la prirent en 858. En 1129, le roi lloger, revenant de Naples et près de voir sombrer son navire, fit voiu, dit-on, de construire une église en l'honneur du Sauveur et des apôtres à l'endroit où il prendrait terre. Il aborda à Cefalù et commença la construction de sa belle cathédrale. Néanmoins l'acte de fondation (1145) conservé aux riches archives de l'évêché ne dit rien de ce vœu.
La *CATHÉDRALE de Cefalù, située à l'O. au pied du promontoire, et autour de laquelle la ville est venue se grouper, est un des édiiices les plus remarquables de l'époque normande. La façade repose sur d'énormes pierres de taille provenant sans doute d'une construction plus ancienne. Ses deux grandes tours à quatre étages, reliées par un portique reconstruit dans le cours du xV s., rappellent les imposantes tours de St-Etienne de Caen, que fît construire Guillaume le Conquérant. Les murs du portique, au-dessus duquel
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se lit une inscription de l'an 1240, étaient entièrement revêtus de mosaïques, représentant le roi lîoger et ses successeurs dans leurs relations avec l' Eglise; il n'en reste plus rien. La porte occid. est de la même époque (juc la catiiédrale. JjC portail est unique en son genre. Les absides sont aussi décorées extérieurement; pour le reste, l'extérieur de l'édilice est fort simple.
Cette église, il'uue longueur de 74 ui. sur 2it m. île largeur, a la funiie tl'uue croix latiue, trois nefs et trois absides, ha uef majeure est deux fois aussi large que les bas côtés. 15 colonues de grauit et 1 de oipoliu supportent les arcs aigus des nefs. Le plafond eu bois porte des traces de l'ancienne peinture (xui» s.). Les ntonaïques de l'abside, les plus anciennes et les plus parfaites de Sicile, ressemblent le plus à celles des couvents du mont Athos. La superbe tigurc du *Sauveur fut achevée en 1148; il y en a une foule d'autres, telles que la Vierge et quatre archanges, des Prophètes et des Saints, dont le choix a fait attribuer ces mosaïques h un artiste grec. Beaux fonts baptismaux du xii" s. Le transept reuforiuait autrefois deux des sarcophages de porphyre de la cathédrale de Palerme, dans lesquels reposent les empereurs Henri VI et Frédéric IL — A côté de l'église, un beau cloître normand accessible par le palais archiépiscopal, place de la cathédrale, 17.
Dans une salle du collège, petite collection d'antiquités, qui comprend presque toutes les trouvailles faites dans l'île de Lipari (p. 382). — On a érigé en 1894 à Cefalii un monument en bronze, par L. Battaglia, au patriote sicilien Nie. Botta, fusillé sous le gouvernement des Bourbons.
La ville est dominée par un énorme rocher calcaire presque entièrement composé de pétriiications et très escarpé ; on peut en faire le tour en ^/^ d'h., par une route carrossable commode et otfrant des vues charmantes sur la ville et sa cathédrale: de la cathédrale, descendre par la rue principale («corso Kuggiero») à la Porta Messina, que l'on passe pour rejoindre la route eu question; ou bien, en venant de la gare, piendre à dr., un peu avant d'arriver à la localité, la i-oute supérieure qui mène à l'intérieur des terres, d'abord dans la direction du sud. — Par contre, l'ascension du rocher est pénible et demande près de 1 h. à partir de la rue principale: au 11" 40, tourner dans le vieolo dei Saraceni pour arriver en 10 min. à une porte qu'on se fait ouvrir par un des bergers qui paissent leurs troupeaux plus haut; le même berger sert aussi de guide pour le reste de l'ascension (pourb.). Beaux coups d'œil eu arrière sur la ville et la cathédrale. Outre les ruines d'un château féodal et d'une citerne vraisemblablement arabe, on trouve plus haut les restes d'une construction antique en appareil polygonal appelée Tempio di Diana; les Romains y ajoutèrent une voûte et le tout fut plus tard converti en église. De la plus haute cime, où sont quelques débris d'un château normand, vue magnitique sur la côte du N. et les hautes montagnes, jusqu'à Palerme.
70 kil. Castelbuonu ; la ville (423 m.; hôt. lloma) et son château du xiii'' s. sont à 14 kil. au S. (dilig. en 2 h. ^j^, prix 1 fr. 25). Une route earros.sable (37 kil.; dilig. en 7 h. env.), longeant le versant E.
à Messine. S. STEFANO DI CAMASTRA. ///• R- 32. 379
des Madonie, mène au S. à Gangi (p. 356) par GeraciSicido (1077 m.). — ■ 82 kil. Pollina, près de l'embouchure du Fimne di Pollina, le Monalus des anciens. La petite ville de Pollina, à 6 kil. de la gare (sentier muletier), sur une hauteur (763 m.), passe pour l'anc. Apollonia, localité sicule, plus tard grecque, que d'autres placent plus à l'E., près de S. Fratello (p. 379). L'église principale possède une Vierge et un St Joseph qui comptent parmi les meilleures œuvres de Gagini (1527).
90 kil. Castel di Tusa. A 3 ou 4 kil. au S., sur la colline qui borde le chemin, se trouvait Alsesa (Halœsa), ville fondée en 403 par Archonide, tyran d'Herbita (p. 356); ses ruines ont 3 kil. de circonférence. Elle était baignée par VAlesus, le Fiume di Tusa actuel. La voie traverse cette rivière, puis le Fiume S. Stefano, dans la vallée duquel se trouve, à 18 kil. de la mer (serv. autom. de S. Stefano en 1 h. V2; 3 fr. 50 et 2 fr. 50), MistreUa (984 m.; hôt.: Prim avéra, Vittoria), ville de 14041 hab., VAmestratus des anciens.
De Mi.ftietta part la seule route franchissant les monts Nébrodes ou Caronie (altitude du col, 1140 m.; dilig. pour Nicosia, 30 kil., en 4 h. ■''/4, prix 5 fr. 25, v. p. 356).
98 kil. S. Stefano di Camastra (Alb. Roma), ville de 6020 hab., sur une petite éminence au bord de la mer. A l'O. de la ville, belle vue sur la Sicile et la mer, en particulier sur la vallée qui s'étend aux pieds du spectateur. Entre S. Stefano et S. Agata, le Bosco di Caronia, la plus grande forêt de la Sicile qui ne compte, il est vrai, que peu de grands arbres, tout le reste n'étant que taillis. La voie, bordée de buissons de myrtes, de lentisques et de cistes, franchit sur des ponts une foule de torrents et passe devant la «marina» de Caronia. — 107 kil. Caronia, le Calacté («beau rivage») fondé par Ducétius vers 450. Puis, un pont sur la Fiiimara di Furiano ou ^S*. Fratello. En été, on se croirait dans une forêt de lauriersroses. — 121 kil. S. Fratello - Acquedolci.
La ville de 8. Fratello (650 ra. ; 9457 hab.), à 15 kil. de la mer (dilig. en 4 h.), a été fondée par une colonie lombarde, amenée par Adélaïde de Monferrat, femme de Roger l". Des colonies analogues se trouvaient à Piazza Armerina, Nicosia, Aidone, S. Fratello, Randazzo, Sperlinga, Capizzi, Maniace, etc. Le dialecte lombard s'est parfaitement conservé à S. Fratello, Piazza, Nicosia et Aidone. — A 3/4 d'h. juste au S. de la gare, la grotte de /S. Teodoro, renfermant des' ossements fossiles de différents mammifères.
126 kil. S. Agata di Militello (Alb. Plorio, ch. 2 fr. 25, passable), petite ville de 5364 hab. sur la côte. Puis on traverse encore quantité de torrents, d'abord la i^mmara i?osmarMio, entièrement cachée par des lauriers-roses, où sont les restes d'un pont romain. — 130 kil. S. Marco d'Alunzio - Torrenova ; le bourg de S. Marco (548 m.) est situé k dr., à env. 1 h. Y2 a,u S.-E., sur l'emplacement de VAluntium des anciens. — 133 kil. Zappulla, avec les ruines d'un château féodal, près de la Fiumara Zappulla. Entre l'embouchure de ce torrent et le cap d'Orlando, le roi Frédéric II fut vaincu, le
380 m /''• î^- PATTI. />« Païenne
4 juillet 1299, par les flottes réunies de Catalogne et d'Anjou, comiiiaiulées par Rofjer Loria. Sur la hauteur en face, à dr., est Naso (v. ei-dessuus). Toute la contrée resseniMe à un riche ver<i;er.
139 kil. Naso-Capo d'Orlcmdo, stat. près du cap d'Orlando (93 m.; tunnel), qui s'avance au loin à g. dans la mer. La petite ville de Naso (497 m.; 6722 hab.), qui produit beaucoup de soie, se trouve à 13 kil. au S.-E.
147 kil. Brolo, stat. située, comme la suivante, à l'embouchure d'une grande «tiumara». — 149 kil. Piraino. — 153 kil. Gioiosa Marea, en sicil. Giiiiusa, bourg de 1570 hab. Ensuite un tunnel dans le caj) Calnvà, composé de rochers de granit à pic. — 159 kil. S. Giorgio. — 162 kil. PaUi Marina.
163 kil. Patti (153 m.; mauvaise Locanda; voit, chez Sarra, pour Tyndaris et retour 7 fr., faire prix), ville épiscopale de 5473 hab., dont le climat est malsain, bien qu'elle soit bâtie dans un joli site, sur le flanc de la montagne. Plusieurs grands couvents. La cathédrale, entièrement modernisée, occupe la place la plus élevée (160 m.) de la ville et appartenait au château; elle renferme le tombeau d'Adélasie (m. 1118), mère du roi Roger et veuve du comte Roger, ainsi que du roi Baudouin de Jérusalem.
La voie franchit plusieurs torrents (tiumare), en longeant le versant du mont Pignatara (369 m.). La hauteur, qui s'élève à pic <à g. au bord de la mer, massif de granit et de gneiss surmonté d'une couche de calcaire, est le cap Tindaro (280 m.) que perce la ligne. C'est là qu'était située la ville antique de Tyndaris. La route passe non loin derrière le cap; au soninret du col, près de l'auberge à dr., à 9 kil. de Patti, le chemiu oblique à g. dans la direction du village de Tindari où sont les mines (v. ci-dessous) et une église, but de pèlerinage (gîte au couvent pour les hommes seulement). '/^ d'h. avant d'y arriver, on remarque sur la hauteur à dr., la Villa délia Scala, riche en objets trouvés dans le pays; elle appartient aux barons Sciacca, possesseurs du territoire de Tyndaris.
Tyndaris, une des dernières colonies grecques en Sicile, fut fondée en 39(i par Denys I", qui la peupla de colons de Locride et de Messénie en Péloponèse. Elle prospéra bientôt, s'attacha à Timoléon et resta fidèle aux Romains pendant les guerres puniques. Elle jouit d'une protection spéciale sous l'Empire, atteignit une grande prospérité et fut plus tard le .siège d'un évêfhé ; on ignore l'époque de sa destruction. Une petite partie en avait déjà été entraînée dans la mer par un oboulenient avant l'époque de Pline.
On peut encore suivre exactement le tracé du mur d'enceinte; de plu8, il subsiste des fondations à trois nefs d'un grand édifice romain dit le gymnase: puis, deux pavements en mosaïque et des restes d'un théâtre. Le diamètre intérieur du théâtre est de t>5 m., celui de l'oi-chestre de 2 1 m. ; il a 27 rangées de gradins. On y a trouvé ])lusieurs statues de travail romain, maintenant au musée de Palerme. S'adresser au gardien, qui a la eJef. — La vue qu'on découvre do 1;V suffit A dédommager de la peine qu'on se donne eu montant au cap. Du sommet, où il y a une tour (sémaphore), on voit Milazzo au N.-E., les îles Lipari au N., les monts Peloritani i\ l'E., la Kocca di Novara et l'Etna au S.-E. et au S.
à Messine. MILAZZO. Hr. B. 32. 381
Sous l'extiémité du cap Tiudaio se trouve la ç/rofte à stalactites de la fée (fata) Dommvilla; celle-ci, identique à la fée Morgane, enlève, dit-on, les épousées pendant la nuit de leurs noces. Pour visiter cette grotte, on se fait descendre attaché à une corde au bas de la falaise.
171 kil. Oliveri, à 4 ou 5 kil. du cap Tindaro. On monte de la gare à la route (p. 380) en ^j^ h. env., par un sentier escarpé.
On traverse ensuite une plaine fertile, coupée par une quantité de torrents, qui ont causé maintes fois de grands ravages. — 174 kil. Falcone. — 179 kil. Castroreale - Novara- Furnari.
De la gare, une route carrossable remonte le torrent de Mazzarà, l'anc. Hélicon, et passe par 3Iaxzai-à (Trix>i, près des murs de laquelle se voient les ruines de l'anc. Abacxmtm, reste à dr. au delà du torrent; on y va de la gare par Fiirnnri) et Novara di Sicilia (dilig. en 3 h. 1/2)) ville de 4743 hab., l'anc. Nox, au pied et au N.-O. de la Rocca di Novara (1341 m.). La route continue au S. en franchissant la crête des monts Peloritani, sur Francavilla et Castiglionc, v. p. 402 et 405.
182 kil. Castroreale Bagni, station pour les bains sulfureux de la Fiumara di Termini. Pour Castroreale, chef-lieu de district, avec 3375 hab., la route carrossable part de Barcellona (8 kil., dilig. en 1 h. '/2)- — C'est ici que commence la zone de dévastation du tremblement de terre de 1908 (v. p. 274).
187 kil. Barcellona, ville prospère de 16490 hab., y compris l'important faubourg de Pozzo di Gotto, est dans un joli site, sur le Longano. Le Longauo, ou peut-être plutôt le torrent de Monforte à l'E. de Milazzo, est le Lcmgamis des anciens, sur les bords duquel fut livré la bataille dans laquelle Hiéron II de Syracuse battit les Mamertins, en 269 av. J.-C. (v. p. 389).
Plus loin, divers torrents et d'interminables vignobles.
196 kil. Milazzo (bon buifet; hôt., faire prix: Stella d'Italia, Genova, tous deux dans la grand'rue; voit, à 1 chev., de la gare en ville, 60 c. ; vice-consulat de France), ville de 9550 hab., avec un beau port, et un château, bâti par Charles-Quint, restauré au xvii^ s. et servant maintenant de prison.
Milazzo, l'antique Mylse, fondée en 716 par une colonie de Messine (Zancle), resta soumise à Messine jusqu'en 42(5, où les Athéniens s'en emparèrent. Les habitants, chassés de Naxos et de Catane par Denys 1", y vinrent pour peu de temps en 394 ; ils en furent aussi expulsés par les Messinois. Mylse dut se rendre à Agathocle en 315. Duilius y remporta la première victoire navale des Romains en 260 av. J.-C. On n'y trouve plus aucune ruine de l'antiquité, car Milazzo fut plusieurs fois reconstruite et assiégée au moyen âge. Le château eut à subir un siège du duc de Vivonne en 1675 et un autre pendant la guerre de la succession d'Espagne. Garibaldi (v. p. 291) rejeta dans ses murs, en 1860, le général napolitain Bosco, qui capitula avec les honneurs de la guerre.
Promenade fort intéressante en voiture jusqu'au phare, sur le cap de Milazzo (6 kil.), langue de terre fertile; des deux côtés, à une grande profondeur, on voit la mer scintiller à travers les arbres. Belle vue du phare (83 m.). Grande pêcherie de thon («tonnara»). De la pêcherie, en bateau à Tyndaris (2 h. à 2 h. i/j), 10 à 12 fr.
De Milazzo aux îles Lipari, v. p. 382.
Le chemin de fer traverse la plaine du littoral. — 200 kil.