L'Etna
La meilleure époque pour l'ascension de l'Etna est en été et en automne, de juillet à la mi-octobre; les guides ne la font pas volontiers en hiver, alors qu'elle présente des difficultés nécessitant tout un équipement d'alpiniste. Même au printemps, elle ne saurait être recommandée qu'aux touristes éprouvés, la moitié de la route se faisant à pied à travers des champs de neige et les guides n'étant pas toujours à la hauteur de leur tâche au milieu des tourmentes de neige assez fréquentes en cette saison (ne pas oublier une boussole). La montagne est très capricieuse et souvent il faut se contenter de l'aspect du cratère, fort grandiose à la vérité. On peut cependant compter presque avec certitude sur une belle vue, lorsque le temps est au beau ûxe à Catane, que les contours de la montagne sont distincts et que la fumée s'élève tranquillement sans être tourmentée par de violents courants d'air, comme il en règne souvent au sommet, où un arrêt est alors très désagréable et parfois impossible.
L'ascension complète de l'Etna («grande ascensione») se fait généralement de NicoLosi (p. 420; voit, de Catane, v. ci-dessous) où l'on trouve, eu 1 h. à 2 h. "/a, guide et mulet par l'intermédiaire du guide en chef ou de l'hôtelier; celui qui veut partir sans perte de temps fera bien de commander la veille ce dont il a besoin. La section du Club Alpin Italien à Catane (v. p. 409) a breveté un certain nombre de guides, qui portent une plaque avec leur numéro et les initiales C. A. I., et possèdent un livret dit «libretto di approvazione». On s'entendra personnellement avec le guide en chef («capo-guida»), M. Montesanto à Nicolosi sur le nombre de guides, de mulets, de bougies, etc., qu'il faudra prendre.
— Voici le tarif fixé par le Club Alpin et inscrit dans le livret des guides (il est d'usage de donner en sus un pourb. au guide et au muletier).
Ascension jusqu'à la cime, de Nicolosi, aller et retour: guide, à pied 12 fr., monté 10 fr,, plus 8 fr. pour le mulet qu'on doit lui fournir, si l'on est soi-même monté; élèi^e guide («allievo-guida»), digne de confiance, mais reconnu seulement comme auxiliaire avec un autre guide, 9 fr., sans mulet, qu'on ne lui doit pas. Le guide est obligé de porter les bagages, jusqu'à concurrence de 8 kilos, de 5 si l'on ne va pas à pied. \Ja porteur, du reste superflu, doit en prendre 20 kilos et coûte 10 fr. Un mulet, dont la charge ne doit pas toutefois dépasser 100 kilos, se paye 8 fr. Quand le temps est favorable, plusieurs voyageurs ont assez d'un guide et d'un élève guide. On paye 50 c. pour un cdpenstock, autant pour une paire de gants et autant pour une bougie. Pour coucher k V Osservatorio (p. 422), 4 fr. par pers., 5 fr. si l'on s'arrête aussi à la Oantoniera (p. 421); si l'on est membre d'un club alpin étranger, 3 f r. ; 2 fr. pour coucher à la Cantoniera. Les bons grimpeurs compléteront l'excursion en descendant par le versant septentr. sur Randazzo ou Linguaglossa (guide à partir de Nicolosi, 22 fr. ; l'hôtelier se charge de procurer un mulet qu'on renvoie de l'observatoire, 6 fr., plus 1 fr. de pourb.) et en retournant à Catane par la ligne de ceinture de l'Etna dont on contourne le versant occidental.
— Il y a des tarifs spéciaux pour l'ascension à partir de Linguaglossa, Zafferana, Bianeavilla ou Randazzo (v. p. 406).
Pour les monts Fossi (p. 421): guide, 3 f r. ; mulet, 2 fr. — Pour le 7nont Gemellaro (p. 421): guide, 7 f r. ; mulet, 5 fr. Pour le tour du mont Gemellaro: guide, 8 fr.; mulet, 6 fr.
Voitures de Catane a Nicolo.si. Il n'y a pas de tarif pour le trajet en voiture de Catane à Nicolosi. Les prix ordinaires sont: voiture à 2 chev., 20 à 30 fr., avec retour à Catane le lendemain après-midi, par Trecastagni (p. 423); petite voiture à 1 chev., 10 à 15 fr., également aller et retour. Si l'on veut seulement se faire prendre à Nicolosi, de sorte que la voiture n'ait pas besoin d'y passer la nuit, on paye 12 à 14 fr. pour 2 chev. et 6 à 8 fr. pour 1 chev., plus 1 ou 2 fr. au cocher. Ces prix étant assez
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élevés, vu le peu d'étendue du parcours à effectuer, on renoncera le ])lus souvent k prendre une voiture, surtout si l'on voyage seul. Mais on n'oubliera pas d'autre part qu'on est très fatigué après être resté 10 à 12 h. en selle, et fort heureux de pouvoir s'étendre dans une voiture. L'ascension coûte ainsi, de Catane, env. (iO à 70 fr. pour une personne; si l'on fait tout le trajet à pied à partir de Nicolosi, les frais se réduisent à 45-55 fr. ; en société, ils sont relativement moindres (env. 60 fr. ou 35 fr.).
Avant d'entreprendre la montée, on se munira d'une chaussure solide, de bas de laine et, même en été, d'un pardessus et de gants. Les nuits sont très fraîches dans la montagne, principalement pour les cavaliers. En hiver et au printemps, lorsqu'il y a encore de la neige, il est bon d'avoir des lunettes de couleur, encore utiles quand il fait du vent, à cause de la poussière. On se garantira du hàle et de l'insolation en se frottant le visage avec de la lanoline. On doit être en somme équipé comme pour une ascension dans les Alpes.
On emportera des provisions de bouche qu'on se procurera à Catane (par ex., au magasin de comestibles de Montatiaro, via Stes. Etnea, 135, à côté de la brasserie suisse) ou bien aussi à Nicolosi: de l'eau, du café tout fait dans des bouteilles, du thé en feuilles, du chocolat, une lampe à esprit-de-vin, un petit sac de charbon de bois; de plus, du vin, de la viande froide, des œufs, du pain, du sel et du sucre, le tout en quantité suffisante pour pouvoir partager avec le guide. On trouve à l'observatoire des ustensiles de ménage fort simples et des gobelets, mais pas de couverts.
Distances. De Catane k Nicolosi, 2 h. 1/4 de voiture; retour, 1 h. 1/4 à 1 h. '/2; donner rendez-vous au cocher à la piazza Gioeni (p. 414), stat. terminus du tramw. (p. 409); à pied, 3 h. Vs ^ partir de la piazza Gioeni; retour, 2 h. '/a- A dos de mulet de Nicolosi à la Cantoniera, env. 4 h.; de cet endroit à l'observatoire, env. 3 h. ; à pied de Nicolosi (très fatigant), 7 <i 8 h., sans compter les repos. De l'observatoire au cratère, on ne peut monter qu'à pied, en 1 h. Arrêt et retour à l'observatoire, 2 h. à 2 h. •/2- Retour de l.à à Nicolosi, 4 Ji 5 li. ; à la descente, beaucoup préféreront taire à pied quelques parties de la route.
Le PLAN suivi dans l'excursion dépend de la saison. En été et en automne, on se rend d'ordinaire le matin en voiture de Catane à Nicolosi, nù l'on déjeune pour en repartir à 10 h.; à 2 b., arr. à la Cantoniera, départ à 3 h. ; à 7 h. du s., arr. à l'observatoire, départ après plusieurs heures de repos, à 2 h. ou 2 h. •/» de la nuit; arr. au sommet à 3 h. V4-3 b. '/4. — On insistera, s'il le faut, jiour partir exactement aux heures convenues avec les guides, afin de ne pas arriver trop tard le premier jour à l'observatoire ni le lendemain matin au sommet, où l'on manquerait le lever du soleil. Si l'on couche à Nicolosi, ce qui est recommandé, le mieux sera d'en partir à 8 h. du m. ot l'on pourra avoir la chance de jouir au cours de l'excursion du coucher et du lever du soleil. — En hiver et au printemps, le mieux est de se rendre à Nicolosi en voit, dans le cours de la matinée et de continuer l'après-midi à dos de monture jusqu'à la Cantoniera où l'on se reposera une partie de la nuit (l'observatoire situé plus haut est souvent inaccessible en hiver). On se remettra en route vers 1 h. de la nuit, et l'on marchera à travers la neige on suivant les poteaux du télégraphe jusqu'à l'observatoire, pour atteindre enfin le sommet vers les 5 h. Les mulets ne peuvent aller que jusqu'à la limite des neiges, ordinairement jusqu'à la Cantoniera. On fera bien de repartir le plus tôt possible, avant que le soleil ait trop amolli la neige.
Le principal ouvrage sur l'Etna est celui de Sartorius de Waltershausen intitulé L'Etna (éd. Lasaulx, Leipzig, 1880, avec carte, 125 fr.). Les caries les plus récentes sont relie de l'état major italien (1897; au 100000» et au 50000», le cratère seul au 10000*) et celle de Seb. Criuô (au 125 000», Palcrme, 1908, 5 fr.), cette dernière avec texte et renseignements économiques et géographiques.
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JJEtna est le volcan le plus élevé de l'Europe et, après les Alpes, la montagne la plus haute de l'Italie. Les Siciliens l'appellent Moiigihello, de «monte» et de «djebel», mot arabe qui signifie aussi montagne, ou bien il Monte tout court. Sa hauteur est variable: tandis qu'en 1865 le sommet atteignait 3313 m. d'alt., un mesurage exécuté par le génie militaire en 1897 a démontré que le point culminant (du côté du S.) s'était abaissé depuis à 3274 m. et qu'en même temps le cratère s'était tout à la fois élargi et aplati; les mesures géodésiquesde 1900 ont donné une hauteur de 3279 m. et pour le fond du cratère, de 2977 m. L'Etna présente la forme d'un cône tronqué; la pente douce et régulière de ses flancs n'est interrompue que par la brèche dite Valle del Bove (p. 423), à l'E., et par plus de 200 cônes secondaires, greffés sur des fissures d'éruption, et qui se rencontrent à. partir de 1000 m. d'altitude. Sa base a env. 145 kil. de circonférence et au moins 1200 kil. carr. de superficie. De tout temps, on a divisé l'Etna en trois régions, d'après la végétation qui s'y rencontre. La première, jusqu'au-dessus de Nicolosi, est la région cultivée (coltivata ou piemontese), qu'on peut subdiviser en deux zones, celle des plantes toujours vertes, l'oranger, le citronnier, etc. qui, faute d'eau, y dépassent rarement 490 m. d'alt. (d'après Crinè; 560 à Zafferana), et l'olivier (jusqu'à 1300 m.), et plus haut celle des plantes à feuilles caduques, comme l'amandier, le noisetier et surtout la vigne, qui atteint en certains endroits une altitude de 1200 m. Ensuite vient la région des bois (boscosa ou nemorosa), jusqu'à 2100 m., on l'on distingue aussi deux zones, celle dite des pins (pinus nigricans), jusqu'à 2000 m., et celle des bouleaux (betula alba). Tels sont les arbres caractéristiques de l'Etna, le chêne ne se retrouvant que dans de petits bois à l'O., au N. et à l'E. et le hêtre à la Serra del Solfizio. Les châtaigniers, considérés comme plantes de culture, aussi bien là où on en récolte les fruits que là où on en utilise seulement le bois, se rencontrent déjà à 300 m. et atteignent 1540 m. d'altitude. A partir de 2100 m., jusqu'à la cime, c'est la région déserte, où l'on ne voit qu'une végétation très maigre, interrompiae par des plaques de névé. Les fleurs. des Alpes n'y prospèrent pas, à cause du manque d'eau et des bouleversements continuels de la surface du sol; il y a cependant jusqu'à 2500 m. une étroite zone d'arbustes subalpins, qui se rencontrent déjà pour la plupart dans la zone supérieure des forêts, accompagnés de quelques arbrisseaux qu'on trouve aussi plus haut. On y compte tout au plus 40 espèces de plantes, entre autres le genévrier et le vinetier, la viola gracilis et la saponaria depressa. Les derniers 650 m. n'ofi'rent que cinq phanérogames: le senecio œtnensis, l'anthemis œtnensis, la robertsia taraxacoïdès, toutes trois particulières à l'Etna, puis le tanacetum vulgare et l'astragalus siculus (spino santo) qui forme sur le sol des toufl'es épineuses hémisphériques de plus de 1 m. de diamètre. Le senecio aetnensis se trouve encore à 160 m. au-dessus de l'observatoire, au bord
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du cratère. A cette hauteur, il n'existe presque plus d'animaux ; c'est un désert tout noir, brillant au soleil comme du velours et luisant une impression inelïaeable. Vers la Un de l'été la neige disparaît complètement, sauf celle des cavités artificielles (v. p. 421) et de quelques traînées disséminées dans les dépressions exposées auN. Au bas de la montagne, il y a, dit-on, des loups; en outre, des porcsépics, des lièvres, des lapins, quelques sangliers. Les bois qui existent encore sur les flancs de l'Etna sont les maigres restes de la magnifique forêt qui l'entourait jadis et que rappellent encore les « 14 villaggi del Bosco» au-dessus de Catane, bien qu'il n'y ait plus autant de vrais bois. Des fougères, surtout la «pteris aquilina», tiennent souvent lieu de taillis. Les bois les plus épais sont les hois de la Cerrita et de Linguaglossa au N.-E. , fort éclaircis depuis l'éruption de 1865. Au xvi« s., des forêts impénétrables s'étendaient encore depuis la cime jusqu'à la vallée de l'Alcantara; au commencement du xviii« s., un tiers de la côte orientale, au moins, était encore boisé. C'est en partie la colonisation qui a amené le déboisement. Le bas de la montagne est, dans ses parties cultivées, une des contrées les plus peuplées de la terre à cause de la fertilité extraordinaire de son sol volcanique. A part Maletto, il n'y a plus que quelques maisons isolées au-dessus de 800 m., jusqu'à 1392 m., de sorte que l'on compte 330000 hab. pour 916 kil. carr. ou 359 par kil., voire même 1180 par kil. dans le triangle formé par Catane, Nicolosi et Acireale, le 6* du territoire habité.
Eruptions. Les anciens connaissaient déjà l'Etna comme volcan ; ils en faisaient soit la forge de Vulcain, soit la montagne sous laquelle le géant Encelade (ou Typhée) est enseveli et se tord, de temps à antre, dans d'horribles convulsions. Néanmoins, un fait curieux à constater dans Homère, c'est que celui-ci en ignorait la nature volcanique. Pindare, par contre, décrit l'éruption de 476. On sait en outre qu'avant l'époque historique, une violente éruption força les Sicanes à abandonner les environs de l'Etna. L'histoire compte env. 80 éruptions, dont les plus importantes eurent lieu en 396, 126 et 122 av. J.-C, puis en 1169, 1329, 1537 et surtout en 1669. Celleci, décrite par le physicien Borelli, fut la plus terrible de toutes; c'est alors que se formèrent les moitts Russi. Le torrent de lave se répandit dans la vallée avec une telle rapidité, que nombre de personnes périrent; 27000 autres eurent leurs foyers détruits. L'éruption de 1693 fut accompagnée d'un épouvantable tremblement de terre qui détruisit, en tout ou en partie, 40 villes, et ensevelit de 60 à 100 mille personnes sous les décombres. Il y eut aussi de grandes éruptions en 1755, lors du tremblement de terre de Lisbonne, puis en 1766 et en 1792, cette dernière décrite par F"rrara. Le xix* s. en a compté 19, ce qui fait une en moyenne tous les 5 ans. Les plus fortes ont été celle de 1812, qui a duré 6 mois; celle de 1819, 2 mois; celle de 1843, près de Broute; celle de 1852, près de Zafferaua,
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et celle de 1865, au pied du mo7it Frwneiito, au N.-E. du grand cratère. Depuis, il y en a eu en 1868, 1869, 1874, 1879, 1883, 1886, 1891, 1892, 1899, 1908 et 1910.
L'éruption de 1879, qui dura du 26 mai au 0 juiu, ravagea en majeure partie le versant N. de la montagne, où elle forma, à une altitude de 2450 m., un nouveau cratère, le numt Umberto-Margherita dont la lave ne s'arrêta que près de la rivière d'Alcantara. La superficie de cette coulée est de 22860 ares.
En 1883, de légères secousses et des décharges insignifiantes ont été le prélude d'une période d'activité qui s'est prolongée pendant 10 ans. Le 19 mai 1886, après un fort tremblement de terre, s'éleva près du mont Concilio («Co. » sur notre carte), du côté S. de la montagne et à env. 1450 m. d'alt., le mont Gemellaro (« Ge. » sur notre carte), cratère dont le sommet vomit des vapeurs, des pierres eu ignition et de la cendre, tandis que de la base sortait, au S., un torrent de lave en fusion, coulant avec une vitesse de 50 à 60 m. à l'heure dans la direction de Nicolosi. Les habitants effrayés portèrent en procession les images de leurs saints aux Altarelli, chapelle de leurs patrons sur une petite hauteur à env. 1500 m. en amont de la localité; l'archevêque de Catane y déploya aussi, le 24, le voile de Ste Agathe (v. p. 411). Enfin le torrent se figea, les 3 et 4 juin, à 330 m. des premières maisons. L'éruption de 1891 a également été très considérable, mais la lave s'étant répandue sur des coulées antérieures, les dommages ont été insignifiants. L'année suivante, par contre, fut signalée par la plus grande éruption du xix* s. Le 9 juillet, une coulée de lave vomie par un cratère nouvellement formé près du mont Gemellaro (v. ci-dessus) descendit dans la direction du sud. Bientôt les laves s'élancèrent aussi d'autres côtés; les deux torrents principaux, coulant avec une rapidité initiale de 115 et de 166 m., puis de 10 et de 12 m. à l'heure, s'arrêtèrent, le 6 août, l'un à 2 kil. de Borello, l'autre à 4 kil. de Nicolosi et de Pedara.
Après 7 années de calme, une explosion eut lieu dans le cratère central le 19 juillet 1899. Des masses de cendres et de vapeur s'élevèrent jusqu'à 5000 m. au-dessus du cratère, en offrant la forme bien connue d'un pin, puis, elles couvrirent au S.-E. d'une couche de cendres le versant de la montagne jusqu'à Zaiferana, tandis qu'une pluie abondante, rougie par les cendres et les acides, tombait sur le sommet de l'Etna.
Les années 1908, 1910 et 1911 ramenèrent des éruptions de lave, eu relation avec celles de 1883 à 1892, malgré la période de calme d'une durée inaccoutumée qui les sépare. Le 29 avril 1908, pendant des tremblements de terre d'une grande intensité, une fissure de 1 kil. de longueur sur 20 à 50 m. de largeur s'ouvrit dans le bord supérieur de la vallée del Bove entre les deux Serre di Giannicola, au S.-E. de la Torre del Pilosofo; de là se déversèrent pendant 17 heures deux coulées de lave qui se réunirent ensuite pour ne
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s'arrêter qu'après un parcours de 5 kil. — Deux ans plus tard, le 23 mars 1910, en niênie temps que se produisaient de faibles mouvements sismiques, s'ouvrit, à 450 m. au N.-N.-O. de la C'anlouiera (p. 421), au pied ilu moût Oastellazzo, une nouvelle tissure qui s'étendit dans la direction N.-N.-E. sur une longueur de 2 kil., jusqu'à l'O. de la Montagnola. De ses deux extrémités s'échappèrent des coulées de lave, tandis qu'au cours de l'éruption se formèrent six cônes d'assez grandes dimensions {nionts Kiccà, du nom du directeur de l'observatoire, p. 413, ou monts Recupero, d'après le premier explorateur de l'Etna, 1712-1778) et nombre de cônes plus petits, oU'rant ensemble 23 orifices de dimensions notables. La coulée du N. s'arrêta déjà à l'E. de la Cantoniera. Far contre, la coulée principale s'avança sans interruption jusqu'au 18 avril; sortie des dancs du plus grand des cônes (80 ni.) qui rappelle en petit le Vésuve avec l'anneau du Somma, l'Atrio et le cône central (p. 133), elle parcourut, à partir de la (Jantoniera, le long du chemin de l'Etna, toute la région des bois, causa des dégâts considérables dans la région cultivée et s'arrêta, après une course d'env. 10 kil., à 1 kil. en degà de Borello; un bras, qui s'en détacha à g., fit halte au pied du mont Fusara, à 3 kil. de Nicolosi. — Enfin une éruption plus importante encore se produisit du côté N., du fl au 21 sept. 1911. Près de 170 ouvertures latérales, disséminées sur un vaste espace, se formèrent au pied du cône principal; un énorme torrent de lave descendit jusqu'à l'O. de la station de Castiglione, ravageant vergers et vignobles, et ensevelissant la voie ferrée sur une longueur de 900 m.
**Ascension. On sort de Catane par»la piazza Gioeni (p. 414), où l'on prend à g. la longue route de l'Etna, bordée de maisons de campagne jusqu'à une grande distance. Si on en a le temps, on visitera le parc du marquis S. (liuliano, à quelque distance à dr. de la route, à Ucatia. La route se bifurque à B arriéra, où l'on prend à g., dans la direction de Nicolosi, en passant entre deux obélisques. Le chemin devient de plus en plus escarpé; on traverse Gravi» a, Mascalucia {35t)9 hab.) et Massa Aiinunziata (533 m.), puis, entre ce point et Nicolosi, le torrent de lave de llUiO. On remarquera les genêts en forme de boules, qui atteignent quelquefois une hauteur de 6 m. et ont alors plutôt l'apparence d'arbres singulièrement conformés (genista etnensis). A g., les monts Rossi, aux lianes rougeâtres (p. 421).
Nicolosi. — Hôtels: Alb. & Tratt. Monti Rossi, sur la place, assez bon (ch. 1 fr. 50 à 2, déj. 2 v. c, dîn. 3 v. c, provisions pour 1 jour '/«> 7 fr. par pers. , faire prix); pour le prix de 40 fr. par pors. et pour plus de 4 pers., l'Lôtelicr so charge de procurer aux touristes pour l'Etna une voit, de et pour Catane, doux déj. à la fourch., des provisions, un guide, des mulets et le logis à l'observatoire; Alb. Etna Liotta, également sur la place, simple, mais convenable (prix, etc., comme chez le précédent).
Ascension. L'ETNA. IH- R- ^S. 421
Nicolosi, localité de 3466 hab. , à 14 kil. au N.-O. de Catane, est le véritable point de départ pour l'ascension de l'Etna. On s'adressera immédiatement au guide en chef («signor capo-guida»): V. p. 415. — Si l'on doit coucher à Nicolosi, arriver à temps pour aller encore l'après-midi aux monts Rossi ou Fratelli (948 m.), ce qui demande 1 h. '/g (g^iide, p. 415, superflu; de Catane, excursion de 5 h. à 5 h. Ya» ^n voit, jusqu'à et de Nicolosi). Ou passe aux deux hôtels mentionnés p. 420, et, à 300 m. de là, à l'O., on monte à dr. (N.-O.) une centaine de m. jusqu'à une image de la Vierge et une croix de bois (où l'on quitte la voit.); puis on continue 200 m. dans la même direction, le long de la muraille; 20 pas après celle-ci, on prend à dr. en obliquant vers le N. par un mauvais sentier dans la direction de la dépression (entre les deux sommets) qu'on suit d'abord pour monter eniîn à la pointe g. (0.) des «Fratelli» ('/g b. à partir de l'image de la Vierge). On y a une vue étendue, particulièrement sur le champ de lave de 1886. Pour redescendre, on contourne la pointe dr. (E.) dans la direction N.-E. et l'on trouve en bas dans la lave un chemin qui ramène à Nicolosi.
L'ascension du mont Getnellaro (p. 419; guide, p. 415) demande une journée entière. Le meilleur chemin pour y aller est celui qui passe près du mont Arso, où l'on trouve de l'eau dans la maison de M. Auteri. Les mulets peuvent aller jusqu'au pied du cône (env. 5 h.), dont l'ascension se fait à pied.
Le chemin de l'Etna, obstrué par places par la coulée de lave de 1910, sort de Nicolosi au N.-O., passe près des maisons de campagne de MM. Bruno et Bonanno, longe le pied S. des monts Rossi à 3 kil. 5 à l'O., puis se dirige tout droit au N. vers le sommet de l'Etna pour arriver, au bout de 3 h. à 3 h. '/21 ^ ^^ Casa del Bosco (1438 m.), cabane située à l'O. au pied du mont Rinazzi et détruite en 1910. Dans le voisinage se trouvent quelques petits cratères de 1892, qu'on se fera montrer. Ensuite le chemin tourne tantôt à dr., tantôt à g. d'une vallée, entre de petits volcans éteints, jusqu'à ce qu'il atteigne la région déserte, à une altitude de 2100 m. La montée y est d'abord moins escarpée. A g., le mont Vetore (1772 m.); à dr., les torrents de lave de 1882; en face, le mont Castellazzo (2172 m.); au pied de ce dernier, la Casa Cantoniera (1871 m.; prix, v. p. 415), construite par le Club Alpin Italien, particulièrement pour les ascensions d'hiver, et qui possède une citerne. Cette cabane est à env. 1 h. de la Casa del Bosco et à 4 h. de Nicolosi. Tout près se trouve le cône principal de l'éruption de 1910, V. p. 420. La pyramide noire à dr. qui attire le regard depuis longtemps est la Montagnola (2643 m.), pointe occidentale de la Serra del Solfizio, au pied de laquelle se trouvent au S. des cavités remplies de neige («tacca délia neve») qu'on couvre de cendre pour la conserver tout l'été et la transporter dans la vallée où elle sert à faire des boissons rafraîchissantes. Du côté du N., cette croupe s'élève à pic, de 600 à 1000 m. au-dessus de la Valle del Bove que
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l'on tourne à l'O. par le Piano del Logo, après avoir laissé derrière soi une courte montée assez raide. A 2175 ni. d'alt., le sentier traverse la fissure de 1910 (v. p. 420), près d'une colline à trois orilices. On arrive ensuite à l'observatoire {Ouservatorio ; 2942 m.; à 3 h. ou 8 h. '/j de la Cantoniera: v. p. 41 f)), nommé aussi Casa Etitea, où l'on passe la nuit dans des pièces réservées aux touristes. Le reste est absolument fermé; le {"gardien y vient tons les quinze jours env. contrôler les appareils ("uregistreurs. Le vent faisant pénétrer la cendre volcanique dans toutes les fentes, la propreté des chambres laisse fort à désirer; l'installation est du reste assez défectueuse.
L'observatoire est encore à plus de 300 m. au-dessous du sommet, où l'on monte aisément eu 1 h. quand il n'y a pas de cendre; quand il y en a beaucoup, la montée est, au contraire, excessivement fatigante, parce qu'on glisse à chaque pas. Un vent violent peut aussi rendre l'ascension très pénible, sinon impossible.
Le cratère change continuellement de forme (v. p. 417); tantôt il se compose d'un seul goutfre de 3 à 5 kil. de tour, qui était large de 527 m. et profond de 252 m. en 1900, tantôt il est partagé par une paroi en deux moitiés, dont l'une fume, tandis que l'autre semble se reposer. Le lever du soleil y offre le spectacle le plus grandiose dont on puisse jouir : il fait déjà jour au sommet, quand la vallée est encore plongée dans les ténèbres; la mer dont on ne cherche guère l'horizon à pareille hauteur, apparaît souvent comme une haute muraille de nuages. Néanmoins on devine d'abord, <à des couches de nuages empourprés, le point où l'astre va se lever. Tout à coup, un rayon de lumière glisse sur les flots et se change bientôt en une traînée dorée, en un segment dont la corde baigne dans un violet sombre. Peu à peu le soleil s'élève; les montagnes de la Calabre projettent encore leur ombre au loin sur la mer, mais la lumière descend graduellement, et l'on voit de plus en plus distinctement l'ombre de l'Etna s'étendant à l'O. sur la Sicile, où elle dessine un immense triangle isocèle. Au bout d'un quart d'heure, ce fantôme a disparu, le jour a chassé toutes les ombres, les vallées les plus profondes et les côtes les plus escarpées conservent seules des restes de l'aube. La baie de Taormine brille parfois d'une lumière singulièrement éclatante. Plus le soleil monte, plus les détails sont nombreux; on se trouve au milieu d'un panorama de plus de 220 kil. de rayon. Au N.-E., la presqu'île calabraise, au-dessus de laquelle on voit souvent au N. des bancs de nuages, qui la font prendre pour une île; le détroit de ^lessine avec son phare (la ville reste cachée) paraît s'étendre aux pieds du spectateur; les monts Peloritani font l'effet d'une chaîne de collines; les Nébrodes ne semblent guère plus hauts; les sommets des Madonie, à l'O.-N.-O., puis la Rocca Busanibra et le Pizzo di Camniarata à l'O., sont les
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seules élévations qui se fassent encore remarquer. On a prétendu avoir distingué d'ici la mer tout autour de l'île, en hiver, par un ciel très clair. Quant à l'Afrique (env. 350 kil.), et même à Malte, il est impossible de les voir, quoi qu'en disent les guides. La côte E. de la Sicile apparaît presque en entier, les îles Lipari semblent saluer l'Etna de leurs colonnes de fumée, la langue de terre de Milazzo s'étend au loin dans la mer. Impossible de tout énumérer dans ce vaste panorama!
Après avoir fait le tour du cratère {^/^ d'h.), ce qui est toutefois impossible par un grand vent, on redescend à l'observatoire, et l'on se remet en route après s'être restauré. On fait un petit détour à l'E., pour arriver à la Torre del Filosofo (2917 m.), mur que la tradition considère comme l'observatoire d'Empédocle, qui, diton, trouva la mort en se précipitant dans le cratère; son apparence romaine fait toutefois supposer qu'elle a été construite à l'époque de l'empereur Adrien qui vint sur l'Etna voir le lever du soleil. Un peu plus loin, on se trouve au bord supérieur du gouffre dit Valle del Bove. L'œil y plonge au fond d'un abîme désolé, de 5 kil. de large, entouré de trois côtés de rochers perpendiculaires hauts de 600 à 1200 m., à g. la Serra délie Concazze, à dr. la Sei-ra del Solfisio, le quatrième côté, celui de l'E., étant seul ouvert. C'est pour les géologues la partie la plus intéressante de l'Etna, car c'est le reste de l'immense cratère primitif dont l'angle S.-O., dit Balzo di Trifoglietto, où la pente est la plus haute et la plus escarpée, est un morceau bien conservé. — On ne négligera pas non plus de se faire montrer les deux cônes réguliers de l'éruption de 1SÔ2, les monts Centenari (1837 m.), au milieu de la Valle del Bove.
La descente du côté de Zafferaiia (Alb. Umberto I , passable) , pour visiter les immenses champs de lave de la Valle del Bove, est pénible, mais intéressante, surtout pour les géologues; à partir do Catane, l'excursion demande 1 jour i/a aller et retour, à savoir: 3 h. à dos de mulet par Pedara et Trecagtagui (de l'égl. principale, belle vue sur les montagnes de Taormine) à Zafïerana, 7 h. env. pour l'excursion dans la Valle del Bove et enfin retour à Catane ou à Mangano (10 kil.) , la station de chem. de fer la plus rapprochée.
Du bord de la Valle del Bove, on rejoint bientôt, à dr., le chemin de montée par une pente d'abord assez douce, puis peu à peu plus escarpée et on redescend la montagne, dont il vaut mieux franchir à pied les passages difficiles. Avant d'atteindre la plaine de Nicolosi, on voit à g. les maigres débris du couvent de /S. Nicola d'Arena (p. 413), fondé en 1156.
Bœdeker. Italie méridionale. 15» éd. 27