‹ ItalieChapitre 228 sur 587 · I ROUTE 26] PÉROUSE : — HISTOIRE DE L'ART · texte numérisé non relu

I ROUTE 26] PÉROUSE : — HISTOIRE DE L'ART

Situation. — Aspect général.

Pérouse * (Penigla , Penigium , Penisia), Y. de 18, 000 hab. (avecla banlieue, 55,000), cb.-l. de la province de Pérouse (ancienne Ombrie), présente un périmètre très irrégulier et s'étend en longueur sur le sommet de plusieurs collines (la plus baute a 520 met. d'altit.; observatoire météorologique, Monte di Porta Sole) dont les bautcurs inégales multiplient les pentes à gravir et à descendre. Sa position élevée l'exposerait à manquer d'eau si elle ne lui était pas amenée par un aqueduc du Monte Pacciano.

La principale rue [corso Vannuccï), quoique courte et bordée d'édirices inégaux, a un air de grande cité. La hauteur de certaines constructions, ràpreté d'aspect, la sombre couleur des pierres, la rudesse extérieure des églises, qui presque toutes manquent d'une façade terminée, donnent à la ville un caractère sévère et négligé, mais des plus pittoresques.

De plusieurs points, principalement du petit square, près du palais de la Préfecture, et de la place délie Prome, près de San Severo, on jouit d'une vue étendue.

Histoire.

Perusia (en étrusque : Aperuse) était une des plus antiques et l'une des douze principales villes de l'Etrurie. Pendant les guerres Puniques, elle resta fidèle à l'alliance romaine. En l'an 41 av. J.-G., Octave y assiégea Lucius Antonius, frère de Marc-Antoine ; la ville, prise, fut pillée et incendiée. Devenu empereur sous le nom d'Auguste, Octave rebâtit Pérouse, mais il ne put effacer la tache de sang qui souille sa mémoire. Vers 548, Totila, roi des Golhs, la prit après un siège de sept ans, la dévasta et fit décapiter' son évéque Ercolano. Après diverses fortunes, Gharlemagnc mit Pérouse sous le patronage de la papauté. Au moyen âge, la commune de Pérouse se rangea dans le parti guelfe ; elle eut cependant à lutter tiontre la domination papale et contre plu-

sieurs villes voisines. A la suite de discordes intestines entre les nobles et le parti populaire, elle subit successivement diverses dominations. En 1416 , elle tomba au pouvoir de Braccio da Montone, surnommé Kortebraccio, qui la gouverna avec sagesse. Après sa mort, Pérouse fut gouvernée, sous l'autorité des papes, par les Baglioni, qui provoquèrent des collisions dans la ville.

Paul III, entraîné à de grandes dépenses pour soutenir le faste de sa famille (Farnèse), greva les Etats de l'Eglise d'un impôt extraordinaire sur le sel. Pérouse s'étant révoltée, il lui retira ce qui restait encore de ses anciennes institutions et fit construire une citadenc pour maintenir son obéissance. En 155o, Juies llï la réintégra dans ses droits municipaux, et Pérouse reconnaissante lui éleva une statue. — Pérouse s'affranchit de nouveau en 1848 et 1849. Reprise par le Saint-Siège, elle se déclara indépendante en 1859. Le Saint-Siège envoya contre elle 1600 hommes, commandés par le colonel suisse Schmid, qui, après un combat, entra dans la ville le 20 juin 1S59. Le 14 septembre 1860, les troupes papales, attaquées par les Piémontais, se retiraient dansla citadelle el étaient contraintes de se rendre.

Histoire de l'art.

Pérouse occupe une place importante dans l'histoire de l'art, comme centre de Vécole d'Ombrie, La tendance idéale de cette école, le charme intime, l'expression douce et tendre qui s'y révèle, forment un ensemble de qualités spéciales qui lui méritait une place particuHère dans l'histoire de l'art.

La vallée retirée du Tibre supérieur fut, au moyen âge, le berceau d'une foi ardente et 'enthousiaste ; c'est là que vécut St François d'Assise. Les sentiments religieux inspirés par le sanctuaire d'Assise semblent avoir étendu leur inlluencc sur les peintres de la contrée. A côté de l'école naturaliste de Florence, qui, sous l'inspiration de l'antiquité, divinisait la forme, une autre école vivait, on pourrait dire priait en Ombrie. Fille de l'école de Sienne et des miniaturistes du xiv° s., elle se distingua plus par le sentiment que par le style ou le mode d'exécution. Le portrait," qui a fait irruption dans les peintures religieuses des artistes

florentins, semble n'avoir pjint existé pour l'école ombrienne. — Elle subit diverses influences ; les plus anciennes viennent des peintres siennois qui cberchèrent un asile à Pérouse pendant les troubles de leur patrie.

Dans les dernières années du xiv*^ s., Taddeo di Bartolo (1565-1422), de Sienne, appelé à Pérouse, pcii2:nit dans l'église de St-Dominique la vie de Ste Catherine. C'était un peintre qui cherchait à conserver dans ses ouvrages le caractère liturgique. Fra Angelico donna au couvent de St-Dominique une de ses œuvres les plus suaves. Des influences analogues vinrent de Gubbio par Genlile da Fahriano (f vers 1450), dont les gracieux ouvrages, si peu épargnés par le temps, excitèrent l'enthousiasme de ses contemporains. — Beiicdetio Bonfiglio, de Pérouse, « paraît avoir été guidé par Benozzo Gozzoli, lorsque ce grand peintre florentin peignait encore dans la manière de Fra Angelico ». Son imagination paraît, du reste, avoir été peu familiarisée avec l'idéalisme de l'école ombrienne. A la même époque {xv« s.), il iaut citer Fiorenzo di Lorenzo et son contemporain, Uiccolo Liber atore de Foligno, surnommé VAlunno, qui a le mérite d'avoir communiqué à l'école ombrienne la tendance dominante qui la caractérise; il eut l'art de donner à ses ligures une expression plus naïve et plus attachante que ne l'avaient lait ses prédécesseurs. Ces qualités furent surtout développées par le Pérugin. On ne sait pas avec certitude quel fut son maître.

Le Pérugin [Pietro Vanniicci, de Città délia Pieve, 1446-1524) est le prince de l'école ombrienne. Comme Mantegna, comme Bellini, comme Francia, c'est un de ces peintres placés à l'apogée des écoles primitives, qui les résument et les complètent, mais dont la gloire n'a pas tout l'éclat qu'elle devrait avoir, parce qu'elle est bientôt éclipsée par l'éclat supérieur de l'époque qui leur succède immédiatement. Les compositions du Pérugin manquent de variété; sa manière conserve la sécheresse des écoles primitives, mais il communique une grâce mystique à l'expression de ses têtes. Dans les derniers temps de sa vie, travaillant principalement pour le gain, il répéta uniformément les mêmes compositions exécutées d'une manière mécanique avec l'aide des nombreux élèves qu'il forma.

Page 1