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LOGES DE RAPHAËL

Titus, si riches en ce genre de décorations; il s'appropria Tesprit et le goût de ces délicates ornementations trouvées par lui dans les ruines antiques, et désignées sous le nom de grotteschi (grotesques), parce qu'on les trouvait, pour la plupart, dans des chambres souterraines, dans des caves (grotte). Cependant il f\iut reconnaître que pour un grand nombre, très différents du type antique, il n'a eu pour guide que son goût et son imagination inépuisable. Pierino del Vaga peignit les socles en couleur de bronze, aujourd'hui efïacés.

« Raphaël ne fit, dit Passavant, que de petites esquisses lavées à la sépia. Jules liomain dessina tous les cart\ons pour les tableaux, et il peignit la première coupole pour servir de modèle aux autres. » (Quelques-uns attribuent l'exécutton à Raphaël.) La 2® composition (Dieu créant la terre) fut peinte en deux jours par Jules Romain. La 1" (Expulsion du Paradis) est une imitation de la fresque de Masaccio, à l'église del Carminé de Florence. — Raphaël ne craignit pas d'aborder un si vaste sujet après l'écrasante concurrence des fresques de Michel-Ange à la Sixtine. Il ne chercha pas à faire du colossal, comme le célèbre Florentin, si ce n'est peut-être dans sa figure de l'Eternel débrouillant le chaos (au dessus de la porte). Cette petite et simple figure rivalise avec les conceptions grandioses de Michel-Ange. Dans les bril lantes improvisations de ses petits sujets il manifeste un génie abondant; ses fioures et ses groupes ont de l'ampleur; il y a une belle disposition des draperies. S'il commet quelques erreurs au point de vue de l'archéologie, il s'élève, par une conception pleine de simplicité et de grandeur, à l'idéal poétique de la vie patriarcale. — Ces peintures lurent fortement endommagées par la soldatesque de Charles-Quint. Les restaurations de Sébastien del Piombo en ont aussi, diton, altéré le coloris. Pie IX les a fait lestaurer.

Voici l'indication des sujets avec les noms des artistes qui les auraient exécutés :

l""^ arcade: 1. Dieu sépare la lumière des ténèbres. 2. [Il sépare la terre de

l'eau. 3. Il crée le soleil et la lune. 4. Il crée les animaux. — 11*^ : 1. Création d'Eve. 2. Le Premier Péché, o. Adam et Eve chassés du Paradis. 4. Les Travaux d'Adam et d'Eve, par Jules Romain. — III'' : Histoire de Noé, par Jules Hoïnain. — IV^ : Histoire d'Abraham, par Penni. — V'' : Histoire d'Isaac, par Penni. — YP : Histoire de Jacob, par Pellegrino de Modène. — YiP : Histoire de Joseph, par Jules Romain. — VI 11° : Moïse, par le même. — IX° :

Continuation du môme sujet, par Raffaele del Colle. — X° : Josué. — W : David, par Pierino del Vaga. — XIl^:

Salomon, par Pellegrino de Modène. — XIII° : L'Adoration des bergers, l'Adoration des mages, le Rapléme de J.-C-, la Cène, par Jules Romain.

On a une très belle vue sur Rome et sur la campage romaine de la fenêtre à l'angle de la galerie des Loges et de la galerie qui mène chez le pape.

Après avoir visité les Loges, on revient à la galerie qui fait suite aux Stanze. La deuxième porte à g. donne accès à un escalier qui monte â la galerie du 3® étage. Les murs de cette galerie sont ornés de cartes géographiques peintes (et curieuses à examiner au point de vue géographique) et de peintures modernes sans valeur. On tourne à g. dans cette galerie, et l'on s'arrête à l'avant-dernière porte, à g. On sonne, et l'on pénètre dans la 2-aierie de tableaux.

Pinacothèque.

Cette collection fut commencée par Pie YI[, qui, suivant les conseils du cardinal Consnlvi et de Canova, réunit les œuvres d'art enlevées aux États pontificaux par les Français, et que Canova était allé reprendre à Paris.

Quoiqu'il ne renferme qu'une cinquantaine de toiles, ce musée est un dfs plus riches du monde, par les œuvres de premier ordre qu'on y compte.

La première salle est un vestibule ne renfermant pas de tableaux.

Les quatre salles qui suivent sont excellentes au point de vue de la disposition des tableaux; l'éclairage n'est cependant pas toujours favorable aux peintures.

Yestiul'le. — Fresques représentant des vues de Rome et des paysages de ses environs, œuvres de Roncalli et de Cesarc Piononlese.

1"^ SALLE. — A g. : Le Gnerchin. St Jean-Baptiste. — Léonard de Vinci.

St Jérôme [ébaucbé ; les membres tracés sont réservés en blanc ; une portion de la ligure est modelée, comme à l'encre I de Cbine, et deslinée à recevoir plus • tard la coloration]. — Raphaël. Les ' Mystères ou l'Annonciation, l'Adoration

des Mages, la Présentation au Temple (prédelle à trois compartiments). [C'est avec un bien vil' intérêt qu'on contemple ces premiers débuts du grand artiste, dans lesquels, à travers la timidité de l'exécution, apparaissent déjà la valeur de la composition, et, dans quelques figures, une tendance à la grandeur et à l'élégance de la forme.]. — Fra Angelico. Scènes de la vie de St Nicolas de Bari (prédelle à deux sujets). — Guerchin. Incrédulité de St Thomas. [Une des meilleures toiles de l'artiste, peinte dans la période de transition alors qu'il abandonnait le style du Caravage poiu' celui des maîtres bolonais.] — Murillo [Tj. Martyre de St Pierre Arbues. — Fr. Francia (ou plutôt d'un de ses imitateurs). La Y. et St Jérôme. — Cli. Crivelli. Le Christ mort entouré de la V. de St Jean et de Madeleine. — Le Garofolo (?). Sainte Famille et Ste Catherine. — Murillo (?). Adoration des bergers. — Mantegna (?). Pietà. [Suivant le sénateur Morelli, ce tableau serait une copie d'après Mantegna ou Jean Belin,par G. Buonconsigli de Vicence ; peinture énergique, exprespive.] — Benozzo Gozzoli (attribution erronée; le tableau est l'œuvre du Ferrarais Francesco del Cossa, qui travaillait à la moitié du xv« s.). Miracles de St Hyacinthe (en quatre compartiments).— ilîw?-///o. Mariage mystique de Ste Catherine. [La figure de la V. est remarquable.] — Fra Angelico. La Y.

sur un Irône, avec l'Enf. J., St Dominique et Ste Catherine. — Le Pérugin. St Benoit, Ste Placide et Ste Fia vie (fragments d'un retable dont les autres

parties se trouvent à Lyon et à Rouen).

— Bonifacio Veneziano. Sainte Famille, Ste Elisabeth offrant des lleurs à lEnf. J., le petit St Jean et St Zacharie causant avec St Joseph [tableau d'une facture agréable, quoique altérée par la restauration]. — Raphaël. Les Vertus théologales. [Peintes en grisaille ; formaient la prédelle de la Mise au tombeau de la galerie Borghèse. L'élévation du style qui s'y manifeste déjà ne permet pas d'attribuer cet ouvrage à sa première jeunesse, conjmc le font plusieurs auteurs.].

IP SALLE. — Dominiquin. Communion de St Jérôme. [Ce chef-d'œuvre du Dominiquin est ici en regard de celui de Raphaël : dans l'opinion générale, ils occupent le trône de l'art. On a blâmé rétnuige nudité de St Jérôme, au milieu de personnages si richement velus. On a surtout adressé à la composition le reproche de plagiat. Ce tableau, fait pour l'église d'Aracœli, avait été relégué j)ar les moines dans un coin obscur. Ayant commandé à Poussin un tableau, ils lui présentèrent la Communion de St Jérôme comme une vieille toile bonne pour peindre dessus. Mais Poussin non seulement fit rétablir ce tableau sur le maître-autel, mais il le proclama, avec la Transfiguration de Raphaël et la Descente de Croix de Daniel (le Yolterre (K. Trinilà de' Monti), un des chefs -d'omvre de la peinture.]

— Raphaël. Vierge au Donataire, plus connu sous le nom de Madonna di Foligno. [Tableau célèbre, exécuté vers 15l2 (pour Sigismond Conti. secrétaire de Jules 11, qui y est repré-senlé à genoux). U fut d'abord placé à Santa Maria in Ara Cœli. En 1565, la mère de Sigismond Conti, abbesse de Foligno, le ht porter dans cette ville; il vint ensuite à Paris, où il fut mis sur toile.] — Raphaël. Transfiguration.

[Ce tableau, proclamé le chef-d'œuvre de Raphaël et de la peinture, était destiné à la France. Il fut commandé par le cardinal Jules de Médicis, depuis Clément Vil, pour la cathédrale de Narbonne, dont il était archevêque. Clément Yll légua cette merveille à l'église de San Pietro in Montorio, et il envoya à Narbonne la Résurrection de Lazare par Séb. del Piombo. Le tableau de la Transfiguration, devenu méconnaissable, fut enlevé de l'église San Pietro

[route 381

PIXAGOTHEQLJE.

in Moiitorio, en 1797, parles Français, et resta au Louvre jusqu'en 1815. Il a dû à ce déplacement d'être habilement restauré et désormais soustrait à l'abandon et à la négligence. Ila|)liaël voulut exécuter lui-même la Transfiguration, afin de montrer dans toute leur valeur les merveilleuses créations de son génie, qui, depuis longtemps, n'arrivaient plus au jour qu'affaiblies par l'interprétation de ses élèves. Le clair-obscur primitif a disparu. Yasari attribue l'obscurcissement de la couleur à l'emploi du noir de fumée dont se servait Raphaël.

Jules Romain termina quelques parties inférieures, entre autres, la tête du possédé.

III SALIE. — Adr.: Titien. La lYIadone dei Frari. La Y. est entourée d'Anges, avec plusieurs Saints parmi lesquels St Sébastien [ouvrage remarquable du grand coloriste]. — Giierchin. Ste Marguerite de Cortone. — liibera [lEspagnolet).

Martyre de St Laurent. — Giierchin.

La ^ladeleine [tête sans expression; tableau restauré]. — Pùiluricchio. Couronnement de la V. — Vérugin. Résurrection de J.-G. On croit qu'un des soldats endormis est le portrait de Raphaël adolescent [un bellâtre à teint frais]; un autre qui s'enfuit est celui du Pérugin [ressemblant]; il fut peint, dit-on, par Raphaël lui-même. — Jules Romain et le Fattore. Couronnement de la V., ou Madonna di Monte Liice. Commandé à Raphaël, en 1505, par les religieuses du couvent de Monte Luce, près de Pérouse. A sa mort, il n'était que dessiné sur le panneau; il peut à peine être classé parmi ses tableaux; il fut terminé, quatre ans après la mort de Raphaël,

Ear ses élèves : Jules Romain peignit le aut; Fr. Penni (le Tattore) peignit la partie inférieure, et fut peut-être aidé par Pierino del Vaga. — G. Sjjagna.

Adoration des Mages et des Rergers. — Raphaël. Couronnement de la V. [Un de ses premiers ouvrages exécuté à l'âge de 19 ans pour l'église des Franciscains, à Pérouse; resta au musée du Louvre de 1797 à 1815; il y fut nettoyé et transporté sur toile. Raphaël s'y montre encore l'imitateur du Pérugin, mais, malgré les traces d'inexpérience, malgré quelques attitudes encore forcées et le manque d'aisance du groupement on est subjugué par les beautés transcendantes de la composition. Il est curieux de com-

parer ce tableau à la Transfiguration, et de voir combien l'art a marché pendant la courle existence du maître.] — Pérugin.

La V. et quatre Saints, protecteurs de Pérouse.[Belle conijiosition, coloris transparent et harmonieux.] — Michel-Ange de Caravag^e. Mise au tombeau. [Le chefd'œuvre de ce peintre. On est frappé de la puissance d'effet, de celle du coloris, de la force d'expression et de la vigueur extraordinaire de l'exéculion. Mais comment ne pas être choqué de cet affreux bossu qui porte le Christ, et des têtes ignobles du Christ lui-même et de la Y.!]

— Sassofen-ato. La Y. et l'Ënf. J. entourés de chérubins. — Niccolà Alunno.

Triptyque avec médaillons. — Melozzo da Forli. Fresque détachée du mur de l'ancienne bibliothèque du Yatican, sous le pontificat de Léon XII. Elle représente Sixte iV donnant audience au célèbre Plalina, préfet de la Bibliothèque du Yatican. — Niccolà Alunno. Autre triptyque.— Titien. Un doge de Yenise.

IV^ SALLE. — A dr.: Valentin. St Processe et St Martinien. [Dans la manière du Caravage. Il y en a une copie en mosaïque à St-Pierre.] — Guido Reni.

Martyre de St Pierre. [Un de ses meilleurs ouvrages, peint à l'imitation du Caravage; ombres et fonds noirs; la toque rouge du bourreau détonne dans l'harmonie de l'ensemble.] — Poussin.

Martyre de St Érasme. [Sujet horrible ; le ton de la couleur est léger et rougeatre; « le martjr est très beau; sa tête surtout se fait remarquer par une noble et profonde expression ; mais il faut l'avouer, le reste de la composition est faible, et l'exécution plus faible (Yiardot). »] — Baroccio. L'Annonciation. — Andréa Sacchi. Miracle de St Grégoire-le-Grand (il y en a une copie en mosaïque à St-Pierre). — Baroccio.

Extase de Ste Micheline de Pesaro. [Cette peinture facile, mais maniérée et fausse de couleur, passe pour un des chefsd'œuvre de l'artiste.] — Moretto. La Y., St Jérôme et St Barthélémy [fortement restauré]. — Paul Véronèse. Ste Hélène. — Guido Reni. La Y. en gloire avec St Thomas et St Jérôme. — Le Corrège (?). Le Christ sur un arc-enciel. — César e da Sesto (attribution fort contestable). Madone délia Cintura.

La Y. et l'Enf. J., St Augustin et St Jean.

— Andréa Sacchi. Yision de St Romuald [couleur remarquable].

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ROME

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