ROUTE 10] RAVENNE
De chaque côté de l'entrée, doux tombes incrustées dans le mur renrermeiit les restes des précepteurs de Valentinien et d'Honorius. Derrière Vautel (du VI* s.), composé de tables d'albâtre oriental, se trouve le sarcophage colossal, en marbre, de l'impératrice. Il est sans ornements. Une ouverture permettait aulrel'ois de l'y voir assise sur un trône, parée de ses vêtements impériaux. Des enfants y introduisirent une chandelle allumée et ses restes furent consumés en 1577. Ses ossements parurent plus grands que ceux d'une femme ordinaire : ils ont été murés depuis.
« Cette lille de Théodose, sœur d'Honorius, mère de Valentinieu III, née à Gonstantinople, morte à Rome, fut esclave deux fois, reine, impératrice:
épouse d'abord d'un roi goth, beau-frère et successeur d'Alaric, épris de sa captive, et ensuite de Constance, général de son frère, qu'elle sut asservir ; femme habile, mais sans générosité, sans grandeur, qui hâta la chute de l'empire, et dont l'ambition et les vices ont obscurci et comme souillé l'infortune. » Les deux autres sarcophages contiennent : celui de dr., les cendres de l'empereur Honorius, frère de Galla Placidia; l'autre, celles de Yalentinien III et peut-être de Constance III, second mari de Galla Placidia. Sur ce tombeau, sont sculptés trois agneaux, celui du miheu, l'agneau divin, sur un tertre d'où sortent quatre fleuves (les 4 Evangélistes), emblème fréquent dans les catacombes. — Dans les mosaïques (restaurées), que l'on croit être du v^ s., on remarquera les deux colombes se désaltérant dans une coupe ; image gracieuse empruntée à l'antiquité (V. le musée de ISaples : mosaïque de Pompéi) et devenue un emblème chrétien. Dans l'arc qui est au-dessus du tombeau de Galla Placidia, le Christ (suivant quelques érudits, St Laurent) portant une croix, et l'Evangile à la main g., se dispose à brûler sur un brasier ardent les livres des hérétiques ariens. A g. de cette figure est une armoire dorée renfermant les Evangiles.
Santo Spirilo ou San Teodoro (PI.
11), église élevée au vi* s. par Théodoric, et réservée aux évêques ariens.
Elle est dépouillée de sa décoration primitive. On y voit , dans la
EDIFICES RELIGIEUX V" chapelle à
une chaire du
San Vitale (Pi. 12), construite de 541 à 547, et fondée sous Juslinien.
Ou y a commencé dernièrement des travaux de réparation ; les mosaï(^ues ont été restaurées en 1885-86. C'est, en Occident, le type le plus complet de rarchitecture de l'empire grec. L'église d'Aix-la-Chapelle fut faite à son imitation. Charlemagne, voulant la faire décorer, demanda au pape Adrien P"" des artistes en mosaïque et des marbres précieux, qui lui furent envoyés de Ravenne. Les façades extérieures sont dénaturées par la construction d'un vestibule moderne.
L'entrée était d'abord à g., vis-à-vis de la chapelle où sont figurés Justinien et Théodora. Le pied des colonnes est à 1 met. au-dessous du pavé actuel, qui a été exhaussé; il reste quelques fragments du pavé antique. L'église, de construction octogone, est couronnée d'une coupole, construite en vases d'argile semblables à des amphores et emboîtés les uns dans les autres; elle est portée sur huit gros piliers disposés circulairement et entre lesquels se développent sept exèdres (comme celles de Ste Sophie à Gonstantinople); le huitième intervalle est resté ouvert pour donner accès au sanctuaire, qui est pris sur la galerie circulaire, et se termine par une abside fortement surhaussée. Une galerie, au l®»" étage, forme des tribunes semblables à celles qui, dans toutes les églises de l'Orient, étaient réservées aux femmes.
Les fenêtres sont partagées en deux arceaux par une colonnette, comme cela se voit à toutes les églises byzantines postérieures. Un revêtement de marbre ne monte pas plus haut que le premier ordre. Au-dessus de la corniche de ce premier ordre il n'y avait plus d'autres décorations que la mosaïque, qui a été détruite. Elle a fait place à de la fausse architecture peinte en trompe-l'œil.
Le principal ornement de cette église, ce sont les mosaïques de l'abside, exécutées sous Justinien, et qui ont conservé leur fraîcheur. — Ces mosaïques représentent : — au fond de l'abside, le Christ adolescent assis sur le globe
du monde, ayant à sa dr. un ange et St Vital, et à sa g. un ange et St Ecclésius (ils soutiennent une petite église à dôme reproduisant le plan de San Vitale); — en bas et à g., l'empereur Justinien, suivi de courtisans et de guerriers, et l'évêque Maximien et son clergé; — à dr., l'impératrice Tlu'odora, accompagnée de ses femmes et portant ses offrandes au peuple. On Toit une fontaine jaillissante qui servait aux purifications. Justinien et Théodora sont nimbés; les iconographes d'Orient donnent cet attribut à tous ceux qui participent soit à la sainteté, soit à la puissance de Dieu. La conservation de ces figures, d'un caractère remarquable, est parfaite. On pourrait, en les voyant, se croire à la cour de Constantinople ; on remarquera les broderies d'or en bas de la robe de Théodora, où sont figurés les rois Mages (ressemblant à ceux figurés sur le tombeau de l'exarque Isaac; V.
ci-dessous, Musée). — Le milieu de la voûte est orné d'urnes, de paons et d'autres animaux. — Sur l'arc de triomphe on aperçoit Jérusalem et Bethléem.
Sur les murs latéraux, en haut, les quatre Evangélistes assis. — A dr., audessous de St Marc (à dr.), est le prophète Isaïe, debout; au-dessous de St Mathieu (à g.). Moïse déliant ses sandales devant le buisson ardent, et en bas, le Christ bon pasteur; enfin, à dr., on voit un autel avec le pain et le vin : Abel d'un côté, avec l'agneau, image du sacrifice sanglant, et de l'autre, Melchisédech avec le pain, figure du sacrifice non sanglant. — A g., au-dessous de St Luc (à dr.), est Moïse recevant les tables de la Loi de la main de Dieu sortant d'une gloire (les iconographes se gardaient bien à cette époque de donner à Dieu le père une forme humaine); audessous de Moïse, on voit le peuple; au-dessous de St Jean (à g.) est le prophète Jérémie et plus bas, une table dressée et trois anges à qui Abraham sert à manger; Sarah est sur la porte; le sacrifice interrompu du patriarche.
A l'intérieur de l'arche, le Christ, St Gervais et St Protais.
A côté du maître-autel, à dr., basrelief en marbre de Paros, d'une belle exécution et provenant d'un temple de Neptune. — Vestibule de la sacristie :
excellent bas-relief romain (apothéose d'Auguste, en Jupiter); vis-à-vis, frag- |
RAVENNE. [route 10]
ments d'un ancien sarcophap;e chrétien
(vn« s. ?).
San Vittore (Pi. 15), une des plus anciennes églises de la ville, renferme un maître-autel et un ciborium en marbre d'un beau travail.
Musée et collections.
Musée National (PL 15; entrée, rue Classe; ouvert t. 1. j., de 9 h. à 5 h. les dimanches et fêtes, de 9 h.
à midi), installé dans l'église et les beaux cloîtres de l'ancien couvent de Camaldules de San Romualdo, où se trouvent également la Bibliothèque et des établissements d'instruction publique.
On traverse le l^"" cloître (à dr. portes d'une décoration élégante) et on se dirige tout droit vers la porte au fond. — Dans les galeries du 2^ cloître est installé le musée lapidaire. — L'ancien réfectoire (on doit y réunir une collection d'antiques et surtout d'objets du temps de la domination romaine et byzantine) renferme une fresque remarquable (les Noces de Cana), par L. Longhi et son fils. — Dans l'ancienne église, convertie en musée, on remarque :
l""^ travée : — sarcophages; colonnes; chapiteaux de l'époque byzantine ; tombeau de l'exarque Isaac [-[ 641), décoré de bas-reliefs (l'Adoration des Mages, Daniel dans la fosse aux lions, la Piésurrection de Lazare) .
2*^ et 3^ travée : — fragments de l'époque de la Renaissance. La coupole est peinte à fresque par G. Barbiam.
Au 2® autel, à dr., St Romuald, par le Guerchin-, 2^ autel, à g., St Benoît, par Cigna ni.
Ancienne sacristie : — bronzes; faïences de Pesaro, d'Urbino, etc. ; ivoires (la cuirasse de Théodoric, actuellement à la Bibliothèque, sera probablement placée ici).
Dans le petit cloître attenant à l'égli;e sont réunies des briques romaines.
En sortant du 2^ cloître et en rentrant dans le 1^% on trouvera à g. l'entrée do la Bibhothèque.
Bibliothèque (ouverte de 9 h. à 2 h.), fondée en 1741 par l'abbé P. Ca-
netti de Crémone et considérablement augmentée en 1804. Elle possède 70000 vohimes, iOOO manuscrits et un nombre égal d'éditions du xv^ s.
On remarque : le célèbre Aristophane, manuscrit complet du x« s., qui a servi cà l'édition de Becker et dont les Scholies ont été de nouveau publiées par M. Martin, membre de l'Ecole française de Rome; le manuscrit attribué à Pierre Alighieri, fils de Dante (1569), avec miniatures; un livre d'beures de Marie Stuart avec miniatures ; le cercueil de Dante retrouvé près de son tombeau en 1865 {V. ci-dessus) ; des colliers et d'autres bijoux en or trouvés dans la crypte de San Francesco ; une pièce d'orfèvrerie aussi intéressante que difficile à définir et que l'on appelle cuirasse de Théodoric (ou d'Odoacre) ; ce sont : deux lamelles d'or ayant chacune la forme d'un D, longues d'env. 24 centimètres et larges de 10 env. Ces deux lamelles, renflées dans leurs parties centrales, sont entièrement décorées de grenats sertis à froid sur paillon et sur fond de matière collante, à la façon mérovingienne. De tous les objets ainsi décorés, c'est celui dont le travail est le plus fin et le plus délicat. M. Germain Bapst croit que ces lamelles n'ont jamais dû faire partie d'une cuirasse et en donne des raisons concluantes.
De la bibliothèque on passe dans les salles renfermant le Médaillier, formé d'env. 5 000 médailles (série des papes, et des ducs et duchesses de Médicis, etc.). On y remarque surtout une pièce que l'on croit être unique : la médaille de CAcéron, qui, d'après le jugement de Visconti et d'autres savants antiquaires, fut frappée par la ville de Magnésie, près du mont Sipyle (Lydie), en souvenir des bienfaits de' Cicéron, lorsque Auguste avait confié à son fils l'administration de l'Asie.
Académie des Beaux- Arts (PL 14 ;
rue délie Belle Arti, à rextrémité N.
de la rue Classe; ouverte t. 1. j. de 9 h. à 3 h. ; 50 c. de pourboire), fondée en 1827 par des citoyens de Ravenne et contenant une galerie de tableaux et quelques sculptures.
Rez-de-chaussée. — Salle d'entrée :
œuvres de maîtres primitifs.