LA RIVA DEL PONIENTE
Le golfe de Gènes est une rive privilégiée : les montagnes descendent droit à la mer ; leurs puissantes racines enfoncent ^eurs nœuds dans la grande plaine bleue. Entre ces contre-forts s'étendent des vallons bénis , pareils à de grandes conques de verdure. Cannes, Nice, Monaco, Mentone, San Remo, y sont dans des positions adorables. La route de la Corniche, qui bientôt sera abandonnée pour le chemin de fer, va de vallée en vallée, en grimpant par des lacets sur l'extrémité des caps. Le voyage est comme un rêve entre ciel et terre : la mer, qui semble, même en mars, quand le mistral souffle en Provence, faite d'cmcraudc et de saphir fondu, réfléchit les pointes rocheuses, et la vague vient mourir amoureusement sur les minces grèves qui bordent la terre.
Les vallées sont couvertes de bois d'oliviers ; on s'accoutume vite à leur iéuiilage pâle et double, que le moindre vent fait jouer comme une sombre moire ;
4 Italie.
les. troncs noueux, déchirés, tordus, jettent un réseau d'ombres fantastiques sur la terre déjà verte; les figuiers, dont les branches argentées semblent se fuir comme des doigts violemment écartés, sont les seuls arbres sans feuilles. Çà et là on trouve des oasis afri-
caines, des bouquets de palmiers dont les panaches roides se dressent gauchement, des bordures hérissées d'alocs déchires, rongés, d où sortent les feuilles les plus jeunes pareilles à la gritfe d'un animal ; des cactus aux feuilles plates s'étagent dans les anfiractuoskés. Dans les villes, des allées de platanes bordent les maisons. San Remo est une de ces stations. Pendant que les chevaux ipangent, je m'égare dans la haute ville : point de rues, des sortes de corridors formés des maisons unies et soutenues par des arceaux; un désordre inouï; partout des refuges contre le soleil de Tété, qui ne peut luire qu'à midi dans ces longues fentes obliques. Au sommet, devant un couvent déserté, des enfants demi-nus jouent dans le sable. Pas une voile sur la mer; les caps sont comme des flèches qui entrent dans Fazur. La ville semble un amas de tuiles en désordre, d'oii sort çà et là une tour, un clocher.
Nous couchons à Oneglia, dans une méchante au-, berge. Promenade le soir sous de hautes arcades. Des jeunes gens drapes dans des manteaux fument en chantant. Un abbé fume en discourant. Orion brille d'un éclat extraordinaire^
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Diano Marino est peut-être le plus charmant des oasis de la côte : au fond du vallon, le lit d'un torrent, quelques jardins, puis des oliviers qui montent assez haut sur la montagne; au-dessus, les cimes nues, rocheuses, violettes, rouges, jaunies; au fond, des hauteurs neigeuses. A Albcnja, on passe près d'un vieux pont romain que les aliuvions du torrent ont à demi enterré; on sent toute la force romaine dans ces vieilles arches , qui semblent bâties pour I cternitc. Peu à peu la côte devient plus âpre; le croissant des oliviers, si large à Men* tone, à San Remo, se rétrécit; les montagnes se dénudent, elles ont des surgissements, des mouvements plus subits; le doux manteau de verdure ne marie plus la terre à l'eau. Il y a aussi moins de paresse; on rencontre, en approchant de Savone, plus de chantiers de construction; ici vit une forte race de marins , on les voit coiâes d'un bonnet rouge ; les en&nts dessinent sur les murs des barques naïves. On arrive enfin à Savone.
Nous avons eu au sortir d'Oneglia, avant le lever du soleil, vue de toute la côte ligurienne jusqu'à la Spezzia. Les montagnes roses pâlirent promptement quand le soleil cchancra l'horizon; mais toute la journée , je revis de distance en distance la côte de ' Gènes. En descendant vers Savone^ on aperçoit trèsbien la tache blanche de la ville sur son fond de montagnes.
6 Italie.
Je ne connais pas de plus belle route que cette
Corniche. La mer étendue à droite, unie, calme, ressemble à un lac d'azur; quelquefois elle semble guiUochée comme un fond de mosaïque, quelquefois une poussière noire semble y danser; le vent y trace des marbrures infinies; les caps se prolongent par des bandes de couleur; sur la grève, Teau, devenue laiteuse, promène son étemelle caresse