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Iter hispanicum; notices et extraits de manuscrits de musique ancienne, conservés dans les bibliothèques d'Espagne

Depuis le temps où, pieux et savant pèlerin, dom Martin Gerbert promenait à travers l'Italie, l'Allemagne et la France son inlassable curiosité, cherchant, comme bien d'autres après lui, dans l'intimité des manuscrits, les confidences mélodiques des siècles enfuis, on a beaucoup trouvé, beaucoup déchiffré et beaucoup publié.

Un pays pourtant nous avait paru rester quelque peu en dehors de ce beau mouvement d'érudition musicologique *). Heureuse indifférence! il serait donc encore des bibliothèques à explorer, quelques chapitres inédits de l'histoire musicale à écrire? un Iter hispanicum nous mènerait-il vers ce paradis deviné et entrevu? A vrai dire, nous étions, dès avant notre départ, assuré de ne point revenir d'Espagne les mains vides, car en 1887 un membre de l'Académie royale d'histoire de Madrid, Juan F. Riaiio, avait publié un catalogue, classé par ordre chronologique, des manuscrits de musique ancienne qu'il avait pu rencontrer dans les bibliothèques publiques ou privées de son pays 2).

L'ouvrage de J.-F. Riaiïo est un guide précieux, mais auquel on ne saurait se confier sans réserve. Les notices sont brèves avec excès, d'où il résulte une certaine impersonnalité dans les descriptions de manuscrits. Ensuite l'auteur a eu le tort de conserver pour certains codices, qui appartiennent aujourd'hui à la Bibliothèque Nationale de Madrid, l'ancienne cote qui leur était affectée, lorsqu'ils faisaient partie de la Ubreria de la cathédrale de Tolède. Enfin ce catalogue est forcément très incomplet. Mais tel

1) Nous ne saurions, ni ne voudrions passer sous silence deux grandes et belles publications de l'érudition niusicologique espagnole, qui en tous pays feraient honneur à ceux qui les ont entreprises :

Cancioncro musical de los siglos XV y XVI transci'ito i/ comeniado por Francisco Asenjo Barbieri. Madrid, [1890], in-4.

Hispaniae schola miisica sacra. Opéra varia saeciil. XV, XVT, XVH ci AT/// diligcnler exccrpta, accurafe revisa, scdido conciiinata a Philippe Pedrell. Bai-celone, in -fol., en cours de publication.

2) Riano (Juan -F.), Critical and Bibliographical Notes on curly Spanish Miisic, îcith numerous Illustrations. London, 1887, in-8.

Aubry,It«r Ilispaiiicuiu. 1

2 Pierre Aubry, Iter Hispanicum.

qu'il est, il doit être considéré comme la première assise de toute étude sur l'Espagne musicologique et quelles qu'en puissent être les lacunes et les imperfections, on ne saurait, sans lui, aborder au cours d'un voyage, où le temps est forcément mesuré, les bibliotlièques espagnoles, dont les catalogues sont le plus souvent à Tétat d'ébauche ou de projet.

En outre, il faut dire qu'il y a par delà les Pyrénées quelques manuscrits célèbres, fréquemment cités, qui n'ont point besoin pour être connus de figurer en un catalogue quelconque : sans sortir du domaine musicologique, nous rappellerons les somptueux manuscrits des Cantigas de Santa Maria ^ attribuées au roi Alphonse le Sage, qui sont conservés à la bibliothèque de l'Escorial. Nous avions à cœur également de rapporter quelques renseignements précis sur le chant actuel de la liturgie mozarabe: on sait, en effet, qu'aucun livre imprimé ne nous le fait connaître. Après, nous allions vers l'imprévu, comptant sur notre heureuse étoile pour faire fructifier nos recherches. Aussi bien, Madrid est-il moins loin que Samarcande et, si les bibliothèques ne doivent nous fournir qu'un maigre butin, n'y aura-t-il pas toujours à glaner sur la route? Nous irons à Burgos, à Cordoue, à Séville, à Grenade, partout où l'on peut voir des cathédrales magnifiques et des Alhambra de féerie, qui dans cet extrême occident font rêver de l'Orient, partout où l'on peut dans les flamencos entendi-e les chants pittoresques et sauvages des gitanos. Qu'importe alors si les bibliothèques restent obstinément fermées , l'art populaire aime les libres envolées et se rit des verrous. Un peu de manxanilla parfumé éveille vite l'entrain andalou et il n'en coûte guère pour rapporter une riche moisson d'harmonieux souvenirs.

Le présent travail a pour objet de résumer les résultats de deux voyages d'Espagne, que nous avons faits à l'automne de l'année 1904 et, plus récemment, aux mois de septembre et d'octobre 1906. Nous les réunirons en quatre chapitres, groupés deux à deux, comme il suit:

La musique française en Espagne.

I. Un volumen discantuum parisien du XIII® siècle à la cathédrale de

Tolède.

II. Deux chansonniers français du XY*^ siècle à la bibliothèque de l'Escorial.

Ancienne musique espagnole.

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