‹ Iter hispanicum; notices et extraits de manuscrits de musique ancienne, conservés dans les bibliothèques d'EspagneChapitre 2 sur 20 · II. Le chant mozarabe · texte numérisé non relu

II. Le chant mozarabe

Enfin, nous terminerons cette suite de notices par la publication de quelques mélodies espagnoles, qui, au contraire de celles que nous avons trouvées dans les recueils édités ii Madrid ou h Séville , nous ont semblé porter en elles le cachet d'une origine lointaine et révéler, moins la main d'un artiste que l'expression délicate et émue de l'inspiration populaire: l'harmonisation, dont le grand maître espagnol, Felipe Pedrell, folk-loriste averti, a bien voulu les parer à noti'e demande, en accentue encore le caractère.

Un «discantuum volumen parisien du XIIP siècle

à la cathédrale de Tolède.

(Madrid, Bibliothèque Xationale, Hh. 167.;

Le manuscrit dont nous nous occupons ici doit prendre place, avec le recueil de motets français de la Bibliothèque de Montpellier'), avec V AnUphonaire de Pierre de Mcdicis conservé à la Laurentienne de Florence 2), avec les manuscrits de Bamberg3\ de Wolfenbiittel ■*] et quelques autres ^) parmi les monuments les plus considérables de la musique polyphonique au moyen âge.

Riaiio lui consacre la notice suivante:

This volume contains chants for one, two, three and four voices. The five lines are used.

AVritten on vellum. It consists of 142 leaves, measuring 16 '/-i cts. by 111/2 cts.

This MS. is of the highest interest. Cath. Toledo, 33, 236).

A son tour, Dreves dit succinctement') que ce manuscrit de la fin du treizième siècle est vraisemblablement d'origine française, mais la lecture des derniers folios a rebuté l'éditeur des Analeda hymnica: nous pensons sur ce point avoir été plus heureux que le savant jésuite. Enfin un musicologue allemand, M. Fr. Ludwig, l'a mentionné dans un article récent*). Dreves et Ludwig commettent d'ailleurs une commune erreur en donnant à ce recueil une cote inexacte^).

1) MontpelHer, Bibliothèque universitaire. H, 196.

2) Florence, Bibl. Laurenzana, Plut. XXIX, 1. 3} Bamberg, Ed. IV. 6.

4) Wolfenbiittel, Helmstadt 628 et 1099.

5) Paris, Bibl. Xat. fr. 844 et 12615; lat. 15139, etc.

6) Riano, ouvr. cité, p. 46 — . Riafio, à la page* 47, donne un médiocre fac-similé de deux lignes du manuscrit.

7) Dreves (Guido-Maria — . Cantiones et Muleti, p. 20 et ss., au tome XX des Analeda Hijmuiea medii aei'i. Leipzig. 1895. — Ajoutons que Dreves. XX, p. 248 donne un essai de transcription en notation moderne de la pièce Gratiilctur popitUis et XXI, p. 209, de la pièce Tu deitati.

8) Ludwig (Friedrich) — . Die mehrstimmige Musik drr iilfesfeu Epoehe im Dienste der Liturgie dans le Kirchcnmusikalisches Jahrbueli du Dr. Haberl, p. 8. Regensburg, 1905.

9) Dreves et Ludwig ilonnent à ce ms. la cote Tulet. 9.S0. Nous n'avons nulle part rencontré cette désignation. A la Ubrcria de la cathédrale de Tolède notre ms.

4 Pierre Aubrj-, Iter Hispanicum,

Pourtant l'importance de ce précieux manuscrit mérite une plus sérieuse attention.

Entre les manuscrits que nous venons d'énumérer, entre ce codex de Madrid et V Antiphonaire de Pierre de Médicis principalement, il y a plus d'un lien de parenté: ce sont tous deux, en effet, des Uvres de déchant, discantimm volumina, ou pour mieux dire des recueils factices de livres de déchant, tels que l'Anonyme du British Muséum, publié par De Coussemaker, nous en donne l'énumérationi).

Xous ne nous arrêterons pas ici sur la description de l' Antiphonaire de la Bibliothèque Laurentienne de Florence. Elle a été faite plusieurs fois 2). Le manuscrit de Madrid est moins considérable et moins complet, mais il dérive d'une même source et répond à des besoins identiques. Matériellement, il se compose de 141 folios de parchemin, sans pagination, ni foliotation. Ses dimensions sont de 0,17 c. sur 0,11 c. La conservation est médiocre et le parchemin a fortement noirci, au point de rendre à peine lisible l'écriture des derniers folios. Les lettres initiales, qui devaient être enluminées, manquent partout et, d'une façon générale, la graphie est moins soignée que dans le manuscrit de la Laurentienne.

Le dénombrement des pièces qui composent ce recueil présente des difficultés particulières: le copiste, en effet, n'a suivi aucune méthode régulière dans l'emploi des capitales, des lettres coloriées ou simplement rubriquées, en un mot, des signes graphiques, qui, d'ordinaire, dans les manuscrits de cette nature indiquent le début d'une composition différente

avait anciennement la cote 33, 23. Il porte aujourd'hui à la Bibl. Nat. de Madrid la cote Hh. 167.

1) De Coussemaker — . Scriptorcs de Tniisica medii aevi, t. I. p. 360. Paris. 1864, in-4.

Le tableau suivant, qui représente la disposition générale des cahiers dont se composent l'un et l'autre manuscrit, fait voir dans quel esprit ils ont été groupés. Manuscrit de Florence. Manuscrit de Madrid.

Organum quadruplum.

(manqtie.) (manque.) (manquf.)

Conductus triplices.

Conductus duplices.

Moteti triplices.

Moteti duplices.

(manque.) (manque)

2; Delisle (L.). — Annuaire-Bulletin de la Société de r histoire de France, année 1885. — Brèves (G. - M.) — Cantiones et Mutcti. Leipzig, in 8. 1905. — Meyer (Wilhelm). — Dcr Ursprung des Motrfts, extrait des Nachrichten der K. Gcsrllschaft dcr Wissenschaften xu (J'Ottingen. Philoloyisch-histm-ischc Klasse. 1898. Heft 2.

Organum quadruplum.

Conductus quadruplices.

Organum triplum.

Organum duplum.

Conductus triplices.

Conductus duplices.

Moteti triplices.

Moteti duplices.

Conductus simplices.

Rondelli.

Pierre Aubry, Iter Hispanicum. 5

de celle qui finit. Il faut le plus souvent, pour déterminer le commencement et la fin d'une pièce de ce recueil, se livrer à un petit travail critique de comparaison avec le texte de la même pièce pris dans VAiptiphonaire de Pierre de Médicis^ par exemple, sans quoi on s'exposerait à de fâclieuses méprises, dont la moindre serait de détacher sur la foi d'une grande initiale ornée telle strophe d'un conductus pour en faire une composition indépendante et nouvelle.

Le manuscrit est relié en parchemin et porte au dos, avec la cote Hh. 167, le titre De musica.

Viennent ensuite quelques feuillets de garde contenant différents essais d'écriture et le motet:

De gravi semineo | quod pater colonis.

A noter ici que les portées ont été primitivement disposées pour recevoir des pièces d'ortjanum quadruplum, chaque groupe, en effet, se compose de trois portées de cinq lignes et d'une de quatre hgnes. Portées à l'encre rouge.

D'abord une pièce dont le début manque et qui commence à ces mots: . . . nullique cède. || Non permiteat Deus | te succumbere. Vient ensuite la pièce:

Adesse festina.

qui débute en forme de conductus triplex et qui sur les mots «Deus meus, salvum me fac propter misericordiam » se termine bizarrement en arganum quadruplum.

Tu deitati | carnem.

Les trois pièces suivantes sont en forme à'organum quadruplum. Viderunt omnes. Notum fecit Dominus.

Sederunt. Adiuva me, Domine, Deus meus. Mors.

Trois folios de parchemin où, seules, les portées sont tracées, terminent le cahier. Lacune probable.

Viennent ensuite des conduits et des motets mélangés *).

Fraude ceco desolato. [6567]

Puer nobis est natus, | dum Deus humanatus: | non carnis. [15789]

Relegata vetustate, | vêtus homo renovetur, | ut in sancta. [17294]

Deus, Creator omnium, | fecit quecumque voluit j et millia. [4423]

1) Les chiffres qui suivent chaque incipit sont ceux du Bcpcrtoriiim hymnoJogkum de l'abbé U. Chevalier. Ce précieux instrument d'identification donne à propos de chaque pièce l'indication des principaux manuscrits et des éditions. Le renvoi au Ecpertorium hijmnologicum nous dispense de refaire ce travail.

Nous avons souligné en italique les incipit de motets qui se trouvent mélangés aux conduits dans le présent recueil.

Pierre Aiibry. lier Hispanicum.

Veri vitis germine | plantatoris germinat | verus orto. Gaude, virgo virginum, | ex qua lunien luminum | ortum. Auctor [Ms. ador] vite, Virginis | natus voluit | sub Hec est dies triumphalis | mundo grata perdito, | dans sol. Pater noster, commiserans | filiorum excessibus, | eos. Condimentum nostre spei, | caro nupta Yerbo Dei ] sanc.

lam vêtus littera, iam legis | que clausa fédéra.

Résurgente Domino, | ei conresurgamus, | qui reatu.

Lene spirat spiritus I missus et di\ànitus ] pluit.

Fulget in propatulo | lux eterne glorie; j ortus est.

In rosa vernat lilium, | flos m flore florescit, | dum.

Béate Yirginis | fecundat viscera | vis sancti Flamiuis.

Ista dies celebrari ] promeretur.

Kex eterne glorie ] mundo natus hodie.

Ave Maria gratia plena.

0 qui fontem gratie | captivus régénéras, | celos.

NuUi beneficium ] iuste penitudinis, | amputatur.

Age penitentiam.

Frater, iam prospicias | ut abiicias | bas delicias, | que te.

Adest annus iubileus, | annus in quo novus Deus | nasci.

Austro terris influente, | surgens cedit aquilo: [flatu.

Magnificat | anima mea Dominum, | qui iudicat | verba.

Ostendunt Dei semitas | patentes ab initio | pius amor.

Flos de spina procreatur ] et flos flore fecundatur, | misso.

Quod promisit ab eterno, | die sol vit bodierno | Verbym.

Hac in die Gedeonis | ros mundi novit aditus, | per quem.

Lux illuxit gratiosa, | novum ferens gaudium; ] in hac die.

Ortu régis evanescit | legis nubes involuta | vera dies.

Deduc, Syon, uberrimas | velut torrentem lacrymas, ( nam. Ex oliva Remensium | fons sacri manat olei, quod oleas. Ego reus confiteor | Deo semperque virgini | matri.

Scrutator aime cordium, | lumen verum de lumine, | red . .

Gaude presul in Domino.

Gloria in excelsis Deo, | redemptori meo, | Galileo.

Sursum corda | elevate, | dulci cliorda | resonate.

0 crux, ave, spes unica, | signum mitibus.

Salve sancta parens | enixa puerpera.

Consequens antécédente, (indiqué par Drcves, manque dans

Hodlc Marie concurrant laudi mentes.

Ecclcsie I vox hodie | sollempnia iustus resenscrat.

Mors morsu nata vencnato.

Ave Maria, fons leticie.

Ad celi sublimia. [manque dans le R. II.)

Deo confitemini, \ qui sua clemeniia | carnem.

Naturas Deus regulis | ccrtis astringi statuit | et a.

Relegentur ab area | fidelis conscientie | lutum.

Transgressus legem Domini, ] quam dédit Deus liomini.

Salvatoris hodie | novus Adam.

Ave, maris stella.

Die, Christi veritas, | die, cliara raritas.

[supplément 22721]

[suppl. 26789]

[suppl. 22467]

[1901] [suppl. 25477]

[suppl

le R. IL)

[suppl, [suppl

Pierre AuLry, Iter Hispanicum. 7

Presul nostri tcmporis, | patrie presidium. [16351 Pater noster qui es in celis.

Mater Patris et filia. [11349]

De monte lapis scinditur | mirabili miraculo, | ab illo. [4227]

Serena \ virginum \ lux plena \ honiinum. [188281

[Ici un fragment noté sine littera. Peut être un essai de composition instrumentale]

Parit prêter morem | creata creatorem. [14580]

Procurans odium ( effectu proprio | vix. [suppl. 31920] Ne sedeas | sortis ad aléas, (manque dans le R. H.],

In Bethléem | Herodes iratus, | quia puer. [8528]

Gratuletur populus | pro sainte populi, | quam. [7459]

Homo, quo vigeas, \ vide: Dei fidei adhereas, \ in spe. [7984]

Flos de spina rumpitur; \ spina caret | flos. [6406] Ad solitum \ vomitum. (manque dans le R. H.).

Si mundus viveret mundus pecunia, | regnaret. [suppl. 33469]

Qui servare puberem \ vagam claudere \ sttidet, [suppl. 32448]

Formam hominis in aida. [suppl. 26745]

Veri floris sub figura, | quem produxit radix pura, | clcri. ;21422]

Isayas cecinit. [9119]

Mens fidem seminat, | fides spem germinat, \ charitas. [11461]

Alpha [Ms. ala] bovi et leoni. [suppl. 22874]

0 quam sancta, [quam] benigtia. [13546]

Ypocrite pseudo potitifices. [suppl. 27870]

Quelques pièces trop peu lisibles pour être identifiées. On lit pourtant au début de quelques-unes d'entre elles:

0 felix puerpera.

Divinarum scripturarîtm \ latens tegmine.

.... hac die \ viam patrie.

Domimis glorie \ resurgens hodie.

Omnipotens fecit grandia.

Joanne Elisabet gravida visitatur.

pastoris mens sedidi.

Ave gloriosa \ plena gratie,

La partie de ténor des pièces ci- dessus est notée, comme d'ordinaire dans la disposition des motets, à la suite du texte principal, mais ne porte dans le manuscrit, dont nous nous occupons, aucune indication de timbre. Ces pièces n'ont point été lues par Dreves et ne figurent pas au Bepertorium hymnoïogicum.

Salve, sancta parens.

Novus miles sequitur viam novi régis. [12390]

Différents essais de plimie du copiste remplissent les trois derniers folios du manuscrit.

On a pu voir que, dans la liste des pièces contenues dans ce codex, il y a au début trois compositions en forme d'organuin quadruplum. Jusqu'à

g Pierre Aubry, Iter Hispanicum.

présent, croyons-nous, les deux recueils de Florence et de Madrid sont avec ceux de Wolfenbiittel les seuls à nous avoii' conservé le texte de ces compositions polyphoniques, dont l'importance est considérable poiu- l'iiistoii-e de l'harmonie et du contrepoint au moyen âge. Nous savons que deux d'entre elles sont l'œuvre de Perotin, qui fut optimus discantor au jugement de ses contemporains. Ses livres d'organum furent en usage à Xotre-Dame de Paris jusqu'au temps de Robert de Sabillon, dont la méthode d'enseignement, si nous en croyons l'Anonyme IV de De Coussemaker, était plus courte et plus facile, liber rel libri magistri Pcroiini erant in iiso usqiie ad tempiis magistn Boherti de Sahilone^). Le même AnonjTue nous a conservé, eu outre, Vincipit de quelques-unes de ces compositions : <Ipse vero magisier Perotinns fecit quadrupla optima, sicid Viderunt et Sederunt cum ahundaniia colorum armonice artis » 2). Or, notre manuscrit apporte une leçon nouvelle pour ces deux quadruples.

Aussi bien, croyons -nous que la provenance parisienne des deux manuscrits de Florence et de Madrid ne peut être mise en doute. Déjà, à s'en tenir aux indications du texte, une dévotion particulière à saint Nicolas, témoignée par les cinq dernières chansons du manuscrit de Florence, rendait cette origine vraisemblable. Saint Denis et saint Germain, qui sont en bonne place dans ce même recueil, étaient des saints bien parisiens. En second lieu, des réminiscences d'Adam de Saint Victor, éparses en nombre de ces compositions, viennent renforcer l'hypothèse d'une provenance parisienne, que confirme enfin, dans le manuscrit de Florence, la présence d'un certain nombre de poésies de Philippe de Grève, qui fut chancelier de l'Église de Paris et mourut en l'année 12373).

Précisons même davantage : c'est bien dans le grand et fécond mouvement musical, qui eût alors pour centre Notre Dame de Paris et auquel l'art harmonique doit son véritable essor, qu'il faut chercher Forigine de nos deux manuscrits. Ils furent sans nul doute écrits par quelque copiste aux gages du Chapitre, car, tels que nous les avons analysés, ils sont conformes aux procédés ordinaires de composition des musiciens déchanteurs de Notre-Dame. Autant qu'il semble, Pérotin, le plus illustre d'entre eux, vivait dans le premier tiers du treizième siècle. Robert de Sabillon et Jean de Garlande furent ses continuateurs et perfectionnèrent sa doctrine. On leui- doit de nouveaux déchants, mais aux «quadruples» de Pérotin s'attacha un respect traditionnel, qui les maintint dans l'usage et c'est pourquoi, en plein treizième siècle, un discantuum volumen ne

1) De Coussemaker — . Scrtptores, etc. I, p. 342.

2) Id., ibid.

3] Ajoutons que d'autres pièces du recueil de Madrid sont communes à d'autres manuscrits indiscutablement de provenance parisienne.

Pierre Aubry, Iter Hispanicum.

^V-J. ^>mMMi. JL.

. m. j.,,Biiipi — ip»

■^^"^T-cr-i»«-s,^(-- ■

Tî 1

Début de rorganum quadrupluni

« Viderunt omîtes >

Madrid, Bibl. Nat. Hh. 167.

Pierre Aubry, Iter Hispanicum.

pouvait s'ouvrir autrement que par quelques-unes de ces célèbres compositions.

C'est le cas de nos deux manuscrits.

Le conductus est la forme musicale la plus fréquemment employée dans les compositions du manuscrit de Madrid. On sait que le conduchis est une composition à deux, à trois ou à quatre voix sur un texte latin et que la mélodie principale, le chant donné de cet édifice contrapuntique, au lieu d'utiliser un thème liturgique comme dans Vorganum, doit être une création du musicien. Le conductus appartient au douzième et au treizième siècle ^). Le type à deux voix prédomine dans le manuscrit de Madrid.

Quel que soit le nombre des parties qui le composent, un conductus peut être soit liabens caudas, soit sine cauda. Voici l'explication de ces termes. La mélodie d'un conductus était ordinairement syllabique, parfois très légèrement ornée. Mais sur la première syllabe d'un membre de phrase ou sur la dernière il pouvait y avoir de longs mélismes, fort agréables sans doute à l'oreille des contemporains, encore que d'une exécution difficile. Or, on disait d'un conductus qu'il était Jiabens caudas^ quand le chant syllabique des paroles était entrecoupé par ces développements mélismatiques confiés, soit aux instruments, soit aux voix, et c'était la forme la plus élevée du genre. Au contraire, le conductus sine cauda semble avoir été tenu en très médiocre estime, car, nous dit l'Anonyme IV de De Coussemaker, solebat esse midtum in usu inter minores cantores et similia^). Les pièces de cet ordre constituaient le répertoire des débutants.

Nous donnerons comme un curieux exemple de conductus habens caudas, non une pièce entière, mais la vocalise finale de la composition commençant par Hac in die Gedeonis, et sa transcription en notation moderne.

i^ fts 1

T"^â 1 ■ ■ ai 'é 1

no- lu-

1) Voir l'article de M. Ludwig, Studien iibcr die Gcscliichlc dcr mchrstimmigen Musik im Mittclalter. IIL Ûber die Entstehung und die erste Entwicklung der lateinischen und franx'ôsisehen Molette in musikalischcr BcxicJmng, dans les Sammdblmdc, VIL p. 514.

2) De Coussemaker. — Scriptores, I, p. 3G0.

[::i;r^n«aipv3[^ilJl

Pierre Aubry, Iter Hispanicum.

c:i, p^p. ^iA-p,'-^i1 1 T*irsq p-"^^^^~^r 'l'^'f^ 'fV

♦i — "-fi — "-fi ■-4-» ■>« ■>«

-it

fcifc

giË^^g^Bj=fB=lEE^g^

ÎS^

rnsE^-^-^^^^

....no - lu-

^^^^E^^r lyrr^'g^^^Ei^^

Page 1