‹ Iter hispanicum; notices et extraits de manuscrits de musique ancienne, conservés dans les bibliothèques d'EspagneChapitre 5 sur 20 · de-ris · texte numérisé non relu

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Nous limiterons nos extraits à ces quelques citations. Si courtes soient- elles, elles donnent une idée assez juste de ces récréations intellectuelles des clercs au moyen âge, au treizième siècle principalement. Les pièces du recueil de Madrid n'ont i^as, au point de vue littéraire, l'extrême variété d'ins^^iration que l'on rencontre dans le manuscrit de Florence, où des poésies historiques se mt4ent à de vraies poésies liturgiques, où la satire voisine avec des compositions pieuses. Il n'y a guère dans le manuscrit dont nous nous occupons que des poésies morales, dans lesquelles la pauvreté de l'idée se dissimule mal sous l'obscurité et le pédantisme de la forme. Aussi l'intérêt en est-il surtout musical. La plupart des comluchis de ce recueil appartiennent, avons -nous dit, au genre mélismatique. Ce sont des chants très ornés et comme, d'autre part, la notation est souvent incertaine et fautive, il s'en suit que la transcription en est extrêmement difficile, parfois impossible sans l'intervention de nombreuses conjectures. Nc'aniiioins ce manuscrit de la Bibliothèque Nationale de Madrid a une importance capitale dans l'histoire de la musique française, parce (pi'il est un des b'moins les plus anciens et les plus qualifiés des premiers Ages de l'art ])(tlypli<)ni(]ne.

Deux chansonniers français

à la Bibliothèque de l'Escorial.

La bibliothèque de l'Escorial possède deux manuscrits chansonniers français, apj)artenant, l'un à une époque assez avancée du quinzième siècle, l'autre au commencement du seizième, dont les historiens de la musique, non plus que ceux de la littérature, ne semblent pas s'être jamais préoccupés. Tout au plus en ti'ouve-t-on une brève mention dans un article déjà ancien d Herniann Knust, mais le côté musical, qui, dans les manuscrits de cette nature, prime, selon nous, l'intérêt du texte poétique, a été complètement négligé par le savant allemand: c'est cette lacune que nous voudrions combler ici^).

Le plus ancien de ces chansonniers est coté V. III, 24. Il se compose de 62 folios de parchemin et mesure 0,16 c. X 0,25 c. Ainsi qu'il arrive fréquemment dans les chansonniers français de cette époque, il s'y trouve des pièces italiennes, allemandes, ou même anglaises, mélangées aux poésies françaises. Nous donnons Vineipit des morceaux de ce recueil 2).

Se mon cuer a bault entrepris 3). fol. 1 r.

Je vous salue, ma maistresse. fol. 1 v.

Je ne fai tous jours que penser 4). fol. 2 v.

Par tous les alans de par la. [à une voix seule.) fol. 3 v.

Chelui qui vous remerchira. [à une voix seule.) fol. 4 r.

1) Knust (Hermann). — Mn Beitrag xur Kenntnis der Escorial Bibliotheh, dans le Jahrhuch fllr romanische und englischc Litteratur. Neunter Band. Leipzig, 18G8.

2) Ce manuscrit n'a pas été connu de Riano.

3) Les compositions de ce chansonnier sont ordinairement écrites à 3 voix: nous indiquons seulement celles qui font dérogation à la règle.

4) Binchois. Autres textes: Rome, Bibl. Vat., urb. lat. 1411. Munich, Mus. ms. 3192. Publ. p. Hugo Riemann, Sechs bislirr iiiclit gcdnœkte dreistimmige Cliausons von Gilles Binchois, p. 10. Wiesbaden, 1892.

20 Pierre Aubry, Iter Hispanicum. II.

Poisque m'amour m'a prins en desplaysir i). fol. 4 v.

Il m'est si grief vostre départ^). fol. 5 v.

Vostre très doulx regart plaisants) fol. 6 v.

Tous desplaisir[s] me sont prochains. fol. 7 v.

Se la belle n'a le voloir*]. fol. 8 v.

Depuis le congié que j'é pris. fol. 9 v.

Vostre alee me desplaist tant 5). fol. 10 v.

Je ne porroye plus durer. fol. 11 v.

Prendre vous veul, doulche dame. fol. 12 v.

La tresoriere de bonté. fol. 13 v.

Se j'eiisse un seul peu d'espérance 6). fol. 14 v.

Liesse m'a mandé salut ■?;. fol. 15 v.

Plains de pluors et [de] gemissemens^]. fol. 16 v.

Puisque fortune m'est si dure 9]. fol. 17 v.

Bon joux', bon mois, bonne sepmaine. fol. 18 v.

Or ne sçay je que devenir. fol. 19 v.

Mon seul et souverain désir W]. fol. 20 v.

Las! comment porroye avoir joie. fol. 21 v.

Lune, très belle lune, clere lune. fol. 22 v.

Or pleust a Dieu qu'a son plaisir "). fol. 23 v.

Porray je avoir vostre mercHi2). fol. 24 v. Adieu, mes très belles amours, [à 2 voix, sans partie de contra.) fol. 26 r.

Adieu, ma très belle maistresse. fol. 26 v.

Adieu, adieu, mon joieulx souvenir 13). fol. 27 v.

Je n'atans plus de resconfort. fol. 28 v.

Adieu, jusques je vous revoyeW). fol. 29 v.

[Chanson allemande.) fol. 30 v.

Adieu, mon amoureuse joieiô). fol. 31 v.

Belle, esse dont vostre plaisir. fol. 32 v.

Bien viegnant ma très redoubtee. ' fol. 33 v.

C'est assez pour morir de deuil. fol. 34 v.

Qui donque je poille castaingues. fol. 35 v.

1) Dunstaple, d'après l'édition des Trienter Codices n. 248, par G. Adler et 0. KoUer, dans les Denkiniller der Tonkunst in Ôsterrcich. Wien, 1900, in-4.

2) Jacobus Vide. Oxford, Ms. Canonici mise. 213. Cité dans Stainer, Dufay and his Contemporaries. Appendice I. London, 1898.

3] B inchois. Vatic. Munich. Pub. p. H. Riemann, ouv. cit. p. 7.

4) Bin chois. Trient, cod. no. 115.

5) Binchois. Munich. Publ. p. H. Riemann, ouv. cit. p. 10.

6) Binchois. Attribution du ms. de l'Escorial.

7) Binchois. Oxford.

8) Binchois. Oxford.

9] Pyllois. Trient, cod. n. 1009.

10) Binchois. Oxford.

11) Guillaume Dufay.' Oxford.

12) G. du -<-■— y. Attribution du ms. de l'Escorial.

13) Binchois. Oxford. Vatic.

14) Binchois. Munich. Publ. p. H. Riemann, our. cit. p. 8. 15; Binchois. Oxford.

Pierre Aubry, Itor Hispanicurn. II. 21

Deuil angoisscus, rage demeseuree ^) [à cinq voix. Voir la note], fol. 36 v. — 37 r. Cœur doloreux, qui rit obscurément ij [à cinq voix. Voir la note], fol. 37 v.— 38 r.

De ceste joieuse advenue 2) fol: 38 v.

De plus en plus se renouvelle, (à une voix seule.) 3) fol. 39 v.

Je n'ay quelque cause de joye. [à une voix seule.)*) fol. 40 r.

Jamais no quiers avoir liesse. fol. 41 r.

Helas! je n'ose descouvrir, là 2 voix, sans partie de contra.) fol. 42 r.

Helas! ma dame, qu'ay je fait? fol. 43 r.

Fontaine, a vous dire le voir. fol. 44 r.

Esclave puist yl devenir^;. fol. 45 r.

En bonne foy vous estes belle, (à 2 voix sans partie de contra.) fol. 46 r.

J'ay mains espoir d'avoir joye. fol. 47 v.

Je cuidoye estre conforté d'amors. fol. 48 v.

J'aime bien celuy qui s'en va^). fol. 49 v.

La merchi, ma dame, et amours''). fol. 50 v.

Loez soit Dieux des biens de ly. fol. 51 v.

Margarite, fleur de valeur 8). fol. 52 v.

Mon cœur avœq vous s'en va. fol. 53 v.

( Chanson allemande.) fol. 54 v.

Soyez loyal a vous povoir9). fol. 55 v.

Las ! comment feraye ? lO) fol. 56 v.

L'onneur de vous, dame sans per. fol. 57 v.

Bien viegnés, mon prinche gracieux. fol. 58 v.

Estrinez moi, je vous estrineray i^^j. fol. 59 v.

Va t'en, mon désir gracieux. fol. 60 v.

Jugiés ce que doy joye avoir. fol. 61 v.

Nous avons dit plus haut que ce chansonnier appartient à une époque

assez avancée du quinzième siècle: il y a en effet une légère contra-

1) Ces deux pièces à cinq voix sont ainsi disposées:

l Ténor.

Contra-tenor concordans sequenti.

Contra-tenor concordans.

Dueil angoisscus — ou — Coeur dolereus. Solus contra-tenor.

Voir la publication de cette pièce dans les SecJis Trienter Codices I, 242. La pièce Dueil angoisscus est une composition de Binchois. A 3 voix dans les mss. du Vatican et de Munich. Cf. H. Riemann, ouv. cit. p. 12.

2) Anonyme dans les Trienter Cad. no. 1467.

3) Cette mélodie monodique fait partie d'une composition à 3 voix de Binchois. Cf. Stainer, Dicfay, p. 80.

4) Voir le Jardin de plaisance, éd. Martin Boullon, fol. LXj.

5) Binchois. Vatic. — Voir le Jardin de plaisance, fol. 63 v. et Trient. Cod. no. 80, fol. 388.

6) Petrus Fontaine. Oxford. Bologna, Liceo Musie. 37.

7) Anonyme dans les Trienter Cod. uo. 1024.

8) Binchois. Vatic.

9) Anonjnne dans Oxford.

10) G. du -<-■— y. Attribution du ms. de l'Escorial, Oxford.

22 Pierre Aiibry, Iter Hispanicum. II.

diction entre les caractères extrinsèques et le contenu du manuscrit. On y trouve un bon nombre de compositions de Binchois, quelques-unes de Guillaume Dufay. Il se peut, à coup sûr, que le copiste n'ait point attendu la mort de ces musiciens pour faire entrer leurs œuvres dans son recueil. Mais souvenons -nous que Binchois est mort en 1460 et Dufay en 1474. Notre manuscrit ne peut être antérieur à l'année 1450 et cependant, l'écriture du texte aussi bien que la notation musicale ont un aspect sensiblement plus archaïque. Aucune trace de notation blanche, notae vacuae. La notation rouge alterne avec la notation noire et son emploi y est très étendu, très souple et très varié, servant aussi bien à opposer la prolation mineure à la prolation majeure qu'à marquer la diminution des valeurs. Xous noterons seulement le curieux emploi de la notation rouge dans la graphie du point d'augmentation i). Ce manuscrit est d'origine française et conforme à la technique des musiciens français au milieu du quinzième siècle. Bref il donne l'impression, tel qu'il se présente à nous, d'avoir été écrit vers 1460 par un scribe très âgé qui n'aurait point dépouillé ses habitudes de jeunesse. En tout cas, nous croyons qu'en ce qui concerne les compositions de Binchois et de Dufay, ce chansonnier de l'Escorial est extrêmement précieux, car il représente pour l'établissement critique du texte de ces deux musiciens un témoignage de la première heure et le travail d'un copiste contemporain sans doute des maîtres dont il contribue à perpétuer l'inspiration.

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