IV. a
folios 93 V. et 94 r.
Pierre Aubry, Iter Hispanicum. II.
lions la liste des iîicipit, que nous avons dressée, corrigeant et complétant l'ancienne table du recueil.
Hé ! Eobinet, tu m'as la mort donné (Ténor : 0 rosa hella.)
Elle se marie.
Je soloie faire danser les dames et damoiselles.
j Durer ne puis se je ne vous voy. bêle. + ( Ténor: Adieu, adieu, mon joieux souvenir.
Ay je tort se je souspire.
+ Bien vegnant, ma très redoutée.
( Chansons italiennes.)
C'est a grant tort.
+ Adieu, ma très belle mestresse.
Donnés au leal prisonnier.
+ Deul angoisseus2;.
+ Cuer doloreuxS).
[Chanson italienne.) + Esclave puist il devenir.
Franc cuer gentil *).
Helas! j'ayme mieulx mes jours.
[Chansons italiennes.)
Je n'ai que duel et desplaisance.
+ Je ne fay tous jors que penser.
Mille bonjors je vous présente.
Mon seul plaisir, ma doulce joye.
Seule, esgaree de tout joyeulx plaisir.
J'acompliray du bon cuer ma promesse.
Je soloye estre amom-eux.
Pour une suis desconforté.
Car parole riens je n'enteng.
Quant tamps ay en désirée.
[Clianson italienne.)
Las! je ne puis oïr nouvelle 5).
Puis que je vis le regard gracieus.
>) fol. 3 V.
fol. 4 r.
fol. 4 V.
fol. 5 V.
fol. 7 V.
fol. 8 V.
fol. 13 V.
fol. 14 V.
fol. 15 r.
fol. 15 V.
fol. 16 V.
fol. 19 V.
fol. 20 V.
fol. 21 V.
fol. 24 V.
fol. 25 V.
fol. 26 V.
fol. 27 V.
fol. 28 V.
fol. 29 V.
fol. 30 V.
fol. 31 V.
fol. 32 V.
fol. 33 V.
fol. 37 V.
fol. 38 V.
1) Nous ne songeons point pour ce manuscrit, non plus que pour le précédent, à identifier toutes les pièces qui y sont contenues: nous avons seulement noté les références et les indications que nous avions immédiatement sous la main sans en faire, nous le répétons, l'objet d'un travail spécial. Quelques-unes de ces pièces doivent se retrouver dans les différents recueils d'Attaignant, dans l' Odhecaton, dans le Jardin de plaisance et dans les autres chansonniers du commencement du seizième siècle. Mais ces dépouillements nous ont semblé entraîner un travail considérable pour arriver à des résultats bien minces: tout au plus huit ou dix chansons du recueil de TEscorial compléteraient ainsi leur état civil. Les pièces marquées d'une ^ sont communes aux deux manuscrits. Nous devons à M. Emile Picot un certain nombre de précieusi-s identifications.
2) B inchois. Se retrouve dans lautre chansonnier de lEscorial et dans le Trient. Cad. no. 88, fol. 204 v.
3j Ms. de l'Escorial, voir précédemment. 4) Du fay, dans le Trient, cod. 92, fol. 180. 6) Le Grant, dans le Trient, cod. 90, fui. 298.
Pierre Aubry, Iter Hispanicum. II.
Pour prison ne pour maladie i). f^j 3g y
Par le regard de vous biaux yeulx. fol. 4Q y.
Helas! mes celées amours. fol ^j ^
Je ne prise point tels baysiers2). fVjj 42 y
Vostre esclave de galee. f^i 43 ^
Doleurs jusques au mourir. fol 44 y
Se je ne fay chiere joyeuse. foi 45 y
Tresoriere de playsir amoureuxS). foi. 43 y.
Ne vous plaindés de mes yeulx. fol. 47 y
Se mon flagolet joli. foi 43 y
Se je suis despourveu d'amours. fol. 49 y
Maintenons nous tous temps. fol. 50 y
Las! quel plaisir ce me seroit. fol. 51 y
Puis que je sui infortunée. fol. 52 y.
Helas! je suy livré a mort. fol. ,53 y.
Pour bien servir et leaument amer. fol. ,54 y.
Je ne puis avoir ung seul bien. fol. 55 y.
Hé ! n'esse pas grant desplaysir. fol. 56 y.
La bonté du saint Esjjrit. fol. 57 y.
Quelque language que je die 4». foi. 53 y.
A Florence la joieuse cité. fol. 60 v. Contra Ténor: En ma chambre.
Ténor: Helas! la fille Gilbemin.
Biaux dous amis. foj. Qi y
A cheval! tout homme a cheval. fol. 63 v.
N'oés vous point le coq chanter. fol. 64 v.
Robinet se veult marier. fol. 65 v.
Ja Dieu ne doint que si fortuné soit. fol. 67 v.
Je merchie d'amours les dieux. fol. 68 v.
Puis qu'il vous plest. fol. 69 y.
Je meurs veant ma garisou. fol. 70 y.
Mon bien inparfait. fol. 71 y.
Pour ce que j'ay servi amours. fol. 72 v.
-Va tost, mon amoreux disir^). fol. 73 y.
Quelque s[ort] qu'avenir doie. fol. 74 y.
De ma dame ou biau corps gent. fol. 75 v.
Le serviteur hault guer(re)doné6). fol. 76 y.
Quant vendra jornee. fol. 78 v.
Plus sui en bone compagnie. fol. 79 y.
J'atens le confort de la belle. fol. 80 v.
Ah! ahi! estre vous. fol. 81 v.
1) Pyllois, ibid., fol. 297. Se trouve dans le Jardin de plaisance, fol. 54 v.
2) Poésie de Charles d'Orléans, éd. d'Héricault. II. p. 30.
3) Une pièce sur les mêmes paroles, mais musicalement diflcrente, se retrouve dans le recueil d'Attaignant, Trente et deux chansons musicales . . . à -I parties, s. d.
4) Pyllois, dans le Trient, cod. 90, fol. 301.
5) Poésie de Charles d'Orléans, éd. d'Héricault, II. p. 39.
6) Isaac, dans le Triant, cod. 90, fol. 358, et dans le chansonnier cordiforme de la bibliothèque de J. de Rothschild (Paris), fol. 33 v.
Aubry, Iter Hispanicum. 3
34 Pierre Aubry, Iter Hispanicum. II,
(Chansons italiennes].
Ay mi sospris. fol. 85 v.
( Chansons iialiennes).
Avertisses Yostre douls euil i;. fol. 93 v.
Tout mon plaisir et tout mon reconfort. fol. 94 v.
Par desplaisir tout plain d'anoy. fol. 95 v.
Jayme quanque. fol. 96 v.
Ha! dure mort, je viens vez toy. fol. 97 v.
Depuis le doloreux partir. fol. 98 v.
Amours, amours2;. fol. 99 v.
[Chansons italiennes).
En un gent et joli pourpris. fol. 104 v.
L'autre jor oy disputer. fol. 105 v.
Je prins merveUeux desplaisir. fol. 111 v-
[Chansons italiennes et anglaises.)
!Ma dame, de non se ne me donnés. fol. 119 v. Contra Ténor et Ténor: Sur la rive de la mer.
Je vous prie, mon très dous ami. fol. 120 v.
Quant ce vendi-a a droit d'estraindre. fol. 121 v.
Nous amis vous abusés d'atendre^). fol. 124 v.
( Cha nsons italiennes) .
Je vis tous jours en espérance. fol. 127 v.
Helas! mon tetin. fol. 128 v.
Il nous servira a tous jours. fol. 129 v.
N"arai je jamais mieulx que j'ay*). fol. 130 v.
Comme femme desconfortée 5 . fol. 131 v.
Parle qui veult. fol. 132 v.
Le texte de ces pièces est coj)ié intégralement à la partie de siiperius., les autres parties de ténor et de contra ténor n'ont ordinairement que les premiers mots du texte.
Xous limiterons nos citations à la transcription du canon c'nigmatique, dont nous publions en même temps l'original en fac-similé. Nous avons retrouvé un autre texte de cette pièce dans le no. 90, fol. 293, des Trienter Codices: mais dans ce dernier manuscrit les paroles n'ont point été transcrites, tandis que le chansonnier de l'Escorial nous en a conservé le texte.
Il n'y a point de remarque particulière à faire sur la partie de dessus.
1) Ibid. fol. 293. Sans les paroles.
2) Heyue, dans le Trient, corf. 89, fol. 25. Sans les paroles. 3j II faut corriger:
Noz amis, vous vous abusez | D'atendre
4) Se retrouve dans le chansonnier cordiforme de la bibliothèque de J. de Rothschild (Paris) fol. 32 v. Voir également le Jardin de plaisance, fol. 62. Le même début se retrouve dans Attaignant, Trente six chansons, 1530, fol. 10 v. avec une musique de Claudin de Sermisy.
5) Chansonnier cordiforme, fol. 38 v.
Pierre Aubry, Iter Hispanicum. II.
En revanche le contra tcnor et le ténor appellent quelques mots d'explication.
Le contra ténor est cancricans ou «à l'écrevisse», comme il résulte de la mention ut cancer graditur, c'est-à-dire qu'il faut lire cette partie en commençant par la dernière note et en poursuivTe l'exécution en allant de la fin au début.
Le tejior est encore plus compliqué. L'auteur nous en donne la clé avec les explications suivantes : Bis hinis vicibus canitur^ scd prima qitaterne sit similis^ recte dissimilcs relique, que per diapason discurrunt et dyapente ducte iwudenter ordinc retrogrado. Il faut entendre cette rubrique comme il suit. Le ténor se compose de quatre distinctions^ de membres de phrase que nous désignerons par les lettres A, B, 0, D.
Le premier, A, s'exécute recto, comme il est écrit. Dans le manuscrit on voit que des chiffres remplacent les notes sur les degrés de la portée
H n'y a donc qu'à lire des notes de durée équivalente à l'indication des chiffres.
Le quatrième, D, s'exécute recto, comme le premier.
Le second, B, est par rapport à A cdVottava (per diapason) et en outre rétro alV inverso, soit or dine retrogrado, avec cette aggravation que les intervalles ascendants deviennent des intervalles descendants et inversement.
Le troisième, C, se fait entendre alla quinta, c'est-à-dire pter dyapente et marche recto, mais ail' inverso, à savoir avec une nouvelle interversion des intervalles.
(instr.)
Ténor.
Contra Ténor.
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Pierre Aubry, Iter Hispanicum. II.
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tant veuil.
Avertisses vostre doulx euil, Mon ami et ma seule joye, Que se dangier est en sa voye Qu'il ne faze ce que tant veuil.
Ce me seroit ung mortel deul Que par samblant fist qui me voie:
Avertisses vostre doul.x euil, Mon ami et ma seule joye.
Ne tardés vostre bel acuel:
Quant serés en lieu ou que soie, Samblant ferés que ne vous voie, Mes savcs vous quel bien (je) recuel.
Avertisses vostre doulx euil, Mon ami et ma seule joye, Que se dangier est en sa voye Qu'il ne faze ce que tant veuil.
Les Cantigas de Santa Maria de don Alfonso el Sabio.
Les Cantigas de Santa 3Iaria, communément attribuées au roi Alphonse le Sage, tiennent, dans l'iiistoire littéraire et musicale de l'Espagne, au moyen âge, la même place que les Miracles de Notre Dame du pieux trouvère Gautier de Coincy, dans la lyrique française du même temps. Toutefois, l'histoire de la musique reçoit des Cantigas une contribution considérable, que les quelques douzaines de mélodies, intercalées dans l'œuvre de Gautier de Coincy, ne sauraient égaler: l'ensemble des manuscrits, qui constituent le chansonnier galicien, ne contient pas moins de quatre cent vingt-cinq mélodies. Nous voudrions signaler ici l'intérêt qu'offre aux études de musicologie médiévale ce beau monument de l'inspiration religieuse au treizième siècle et donner en même temps quelques extraits, auxquels l'éloignement des documents et la difficulté d'y accéder vaudront, croyons-nous, bon accueil.
Le poète qui sans doute aussi composa, comme la plupart des troubadours et des trouvères, les mélodies de ses chansons, fut l'un des plus hauts personnages de son siècle: Alphonse X régna sur la Castille entre les années 1252 et 1284. Savant, poète, historien, législateur, musicien peut-être, il avait toutes les qualités qui font honneur à la nature humaine, mais, lacune fâcheuse dans un royal cerveau, il lui manqua toujours le sens des affaires du gouvernement. Sa volonté était eu retard sur son imagination, et, à part quelques succès d'armes contre les musulmans, la prise de Xeres et de Neurija, la conquête des Algarves (1257), qui marquèrent le début de son règne, ses entreprises furent rarement heureuses. Il se perdait, rêveur couronné, dans les plus hautes spéculations intellectuelles, mais sans jamais en aucune chose apercevoir la solution pratique. C'est ainsi que, durant vingt ans de sa vie, de 1257 à 1275, bien que n'ayant jamais paru en Allemagne, il se para du vain titre de roi élu des Romains^ tandis que son compétiteur au Saint Empire, Richard de Cornouailles, mis en minorité cependant dans le collège des électeurs, avait estimé d'une meilleure politique d'aller se faire sacrer à Aix-la-Chapelle. Alphonse X n'eut point un sort meilleur en s'occupant des affaires intérieures du royaume: on sait quels
38 Pierre Aiibry, Iter Hispanicum. III.
furent ses démêlés avec les ricos homhres et l'aristocratie de Castille, quelle lutte atroce entre son second fils, don Sancbe, et les infants de la Cerda, fils de son fils aîné, héritier présomptif de la couronne, empoisonna jusqu'à sa mort ses dernières années. Mais, à côté de ces faiblesses, qui diminuent le souverain, l'homme est admirable. Le savant fait traduire de l'arabe, en 1246, les traités des lapidaires; il termine en 1279 un travail sur les formes du ciel. Son goût pour les sciences juridiques se manifeste par VEspejo de todos los derechos et surtout par le code célèbre des Siete Partidas^ dont la rédaction se place entre les années 1256 et 1263. Poète, on lui doit l'admirable recueil des Cantigas et aussi des poésies profanes en grand nombre. Bref, Alphonse X, que ses contemporains surnommèrent el Sabio, le savant plutôt que le sage, nous paraît un exemple achevé de ce que peut produire l'intelligence la plus haute, quand le bon sens fait défaut. Il est fâcheux pour la mémoire de ce souverain que les événements, au lieu de le porter au trône de Castille, ne l'aient point laissé à côté: il eût été une des illustrations de son époque.
Le recueil des Cantigas suffirait, en effet, à consacrer la réputation d'un poète. Au milieu du dix -neuvième siècle, M. Soriano Euertes a contesté l'attribution de ces Cantigas au roi Alphonse X. Il donne de son scepticisme une raison médiocre et une autre un jîeu meilleui'e. La première se fonde sur le nombre des occupations du souverain, trop grand pour que celui-ci ait pu trouver les loisirs nécessaires à la composition d'un aussi vaste recueil: il y a quelque puérilité à raisonner de la sorte. La seconde estime qu'il est au moins étrange de la part d'Alphonse X, qui fut un actif promoteur de la littérature en langue castillane, d'avoir justement adopté le galicien pour versifier ses légendes pieuses. Son rôle, d'après Fuertes, aurait été seulement celui d'un rhapsode, il aurait recueilli et retouché un ensemble de compositions plus anciennes^).
Les savants éditeurs de l'Académie de Madrid sont d'un autre sentiment 2). Pour eux, l'attribution des Cantigas de Santa Maria au roi Alphonse X ne saurait être mise en doute. Cette certitude résulte de la préface en vers qui ouvre le manuscrit dit de Tolède. On peut croire, en effet, qu'Alphonse avait dès sa jeunesse commencé à mettre sous une forme poétique les légendes mariales auxquelles il était, comme les populations chrétiennes de l'Espagne, pieusement attaché. Mais il ne les
1) Fuertes (Mariano Soriano). — Ilistoria de la mimca espauola desde la venida de los Fcnicios hasta el ano de 1850. Madrid. 1855. 4 vol. in-8. — A la fin du premier volume, on trouvera quelques mélodies des cantigas assez fâcheusement transcrites.
2) Cantigas de Santa Maria de don Alfonso el Salin ^ las publica la real Acadeiiiia Espanola. Madrid. 1889. 2 vol. in-4.
Pierre Aubry, Iter Hispanicum. III. 39
réunit en un chansonnier sacré qu'après l'année 1257, après son élection au Saint Empire, car dans la préface du manuscrit de Tolède, nous lisons au milieu des titres énumérés du royal trouvère:
Beger, Médina prendeu, et Alcala d'outra vez; e que dos Romanos Rcy e per dereit e sennor.
Or, seul des souverains d'Espagne, Alphonse X put porter ce titre pompeux et inutile. D'autre part, nous savons qu'en 1275, après l'humiliante entrevue de Beaucaire, le roi de Castille, cédant aux instances de Grégoire X , abandonna ses prétentions sur l'empire d'Allemagne. C'est donc entre ces deux dates, entre 1257 et 1275, qu'il faut placer la rédaction définitive du recueil des Cantigas.
La grande publication des Cantigas par l'Académie royale de Madrid rend inutile ici toute étude qui n'aurait pas le côté musicologique pour principal objet, mais en revanche une étude musicale de ce chansonnier, si succinte soit-elle, est d'autant plus opportune que les éditeurs l'ont délibérément, semble-t-il, négligée.
Les sources de l'examen musicologique que nous nous proposons de faire des Cantigas sont, avec le manuscrit de Tolède, les deux manuscrits de l'Escorial.
Le plus ancien et aussi le plus précieux est le manuscrit, qui appartenait anciennement à la libreria de la cathédrale de Tolède et qui, en 1869, sur un décret du gouvernement, fut transféré à la Bibliothè(|ue Nationale de Madrid (No. 10069). Il mesure 0,31 c. X 0,21 c. et se compose de 160 folios de parchemin. Écrit sur deux colonnes. A diverses pièces sont jointes des corrections que les paléographes espagnols attribuent au royal poète i).
En ce qui concerne la notation musicale des cent chansons qui y sont contenues et qui, vraisemblablement, constituent le noyau original des Cantigas, le manuscrit de Tolède représente ce stade d'incertitudes et d'hésitations dans la signification des valeurs de durée, qui est commun à presque tous nos chansonniers français du treizième siècle. On arrive même à cette pire éventualité que très souvent, lorsqu'une même distinction mélodique revient deux fois par la répétition d'un même membre de phrase dans une strophe, cette distinction n'est que rarement dans les deux cas identique à elle-même: telle note qui ici était brève devient longue, telle ligature est remplacée par une autre d'un même nombre de notes, mais de forme différente.
Mais la notation du manuscrit de Tolède présente une particularité singuUère: la note longa ("J, qui est l'élément fondamental de la graphie
1) Riano, ouvr. cité, p. 48.
Pierre Aubry, Iter Hispanicum. III.
des chansonniers français et provençaux, n'y paraît point ordinairement. Elle est remplacée par la brevis («) et la brevis par la semibrevis. Il en résulte que les rythmes ïambiques et trochaïques des 1-2^ modes mensuralistes , marqués habituellement par l'alternance de la longue et de la brève, sont ici représentés par la brève et la semi-brève. La comparaison d'une pièce du manuscrit de Tolède avec la pièce correspondante de l'un quelconque des mss. de l'Escorial nous fait voir l'équivalence suivante:
Escorial
etc.
Tolède ■ 4 ■ 4 ■ etc.
On sait déjà que le [manuscrit de Tolède est le plus ancien recueil des Cantigas. Il est antérieur à 1275. Il n'en est donc que plus étrange de voir cet emploi isolé de la semi-brève.
Il semble que les valeurs des notes dans les ligatures doivent être en conséquence proi3ortionnellement diminuées: la ligature descendante de deux notes avec propriété et perfection /"i,) par exemple vaudra, non plus une brève suivie d'une longue ou, comme en certains cas, deux brèves, mais une semi-brève suivie d'une brève ou même deux semi-brèves.
E por a-quest un mi - ra - gre
E por a - qiiest un mi - ra - gre
Nous ne connaissons point d'autres exemples autlientiques de ce système de notation. Toutefois nous avons tenté, mais sans grande confiance, la traduction de deux pièces de ce chansonnier.