CHANSONS A TROIS PARTIES
Lune très belle, clere lune . . .
Nous n'avons pu identifier cette composition dans aucun autre des manuscrits chansonniers de la même époque, et nous croyons qu'elle est à l'état unique dans le codex de l'Escorial: c'est ce qui nous engage à en donner le texte ici.
Escorial, V, III, 24, fol. 22 v.
Éî
Lune très belle (lune) clere
lune,
jui servez
d'un es.may en may
Aquoy proufite cest es.may
i..ll'^.il.ii=^
L'autre dez fois trop plus que l'une.
1) Les notes blanches de ce texte et du suivant sont eu rouge, rubrac, dans le manuscrit original.
Pierre Aubry, Iter Hispanicum. II.
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Ténor
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Contratenor
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d'un es - may en may,
A quoy prou - fi - te
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rst.
Pierre Aubry, Itcr Hispanicum. II.
(instr.)
cest
es - may
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L'au-tre dez
fois trop
(instr.)
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plus que l'u
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Si
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Lune, très belle (lune), clere lune, Qui servez d'un esmay en may, A quoy proufite cest esmay L'autre dez fois trop plus que Tune?
Vous ne vestes que robbe brune N'avez vous vert [ne] brun ne gay Lune, très belle (lune), clere lune, Qui servez d'un esmay en may.
Garde qu'on ne crye «commune»
Sur vous, comme on fist que bien scay. Sur celle d'avril qui pour vray S'enfuy muchier dessous la dune.
Lune, très belle (lune), clere lune, Qui servez d'un esmay en may, A quoi proufite cest esmay L'autre dez fois trop plus que l'ime?
J'ayme bien celui qui s'en va . . .
Cette pièce se retrouve, outre le manuscrit de l'Escorial, en deux autres chansonniers : dans le ms. d'Oxford, Bodleian, Canonici, Mise. 213, fol. 17, où elle n'a que deux parties, et dans le ms. 37 du Licco Musicale de Bologne, à trois parties.
La grande curiosité' du texte de l'Escorial est une mention à la partie de contra^ qui semble indiquer que l'exe'cution de cette partie était confiée à une trompette, par les mots: Contra Ténor Trompette. Et de fait la voix humaine n'aurait pu parcourir tout l'ambitus de cette partie notée sur une portée de huit lignes. On peut rapprocher quelques indications similaires des Trienter Codices, telles que contratenor de fistolis (cod. 87, fol. 15b), ténor ou contratenor ad moduni tubae (cod. 90, fol. 131b). Voici comment nous imaginons l'exécution de cette pièce: la partie de ténor est confiée à un instrument grave de la famille des violes ou peutêtre à une gigue, la hass Oeige da braccio^ décrite en 1545 par Martin
Piei-re Aubiy, Iter Hispaniciun. II.
Agricolai), je contratenor, suivant les indications du manuscrit, se joue à la trompette 2), enfin un dessus de viole quelconque suit le chant et exécute les interludes. Bref, la participation instrumentale à l'interprétation de cette pièce est, selon nous, indiscutable.
Enfin l'auteur de cette composition est connu: c'est Pierre Fontaine^ 'pape familiaris et sue capelle caiitor, dont le bagage artistique n'est point considérable, mais qui, à le juger par les seules chansons qui nous soient parvenues, semble avoir été à ses heures heureusement inspiré ^j.
Escorial V. III. 24. fol. 49 v.
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J'ayrae bien celui qui s en va
EnpriantDieu que le conduie S'il me tient
^ '' '^rl'**^l. '
pour sa seul amy[ë]
Mon coeur a lui obéira
Jusques a ce qu'il revendra. Jamais ne feray cliiere lye. J'aime, etc. Mon cœur aultre ne choisira. Fors que lui seul jour de ma vie quelque chose que nulz en die. tous jours de lui me souvendra.
■■a. tf'
Ténor
AL
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Contra Ténor Trompette
-tt
1) Agricole (Marlin) —. Miisica instnimentaUs Gerinanica. Wittemberg. 1645, in-8.
2) Il faudrait préciser la nature exacte de l'instrument que nous désignons seulement de son nom générique. On peut cependant supposer qu'il s'agit de la tuba minor, dont Michel Praetorius nous donne la description [Syntagma mus., t. II, pars I, cap. Vj.
3) Ce musicien est cité à plusieurs reprises dans le beau travail de H abc ri, Wilhelm du Fay. Monographische Studie iibcr drsscn Leben und Wericc, dans la Vicrtcljahrsschrift fur Musikivissenschaft, I (1885), p. 897 et ss. Une pièce citée cidessus (p. 519) lui est adressée: Fontaine, a vous dire le voir.
4) Ms.: ■
Pierre Aubry, Iter Hispanicum. II.
Contra Ténor < Trompette.
Ténor.
J'ay -me bien ce - lui qui s'en va
l'instr.)
-• • • tS>-
instr.'
En pri - ant Dieu
:j-i gz=:
que le con - dui
e; S'il me tient pour sa
(instr.]
seul a - my - e
Mon cœur a
Pierre Aubry, Iter Hispanicum. II.
(instr.)
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J'ayme bien celui qui s'en va En priant Dieu que le conduie; Sïl me tient pour sa seul amy[e] Mon cœur a lui obéira.
Jusques a ce qu'il revendra, Jamais ne feray chiere lye.
.T'ayme bien celui qui s"en va En priant Dieu que le conduie.
Mon cœur aultre ne choisira, Fors que lui seul, jour de ma vie; Quelque chose que nulz en die Tous jours de lui me souvendra.
Xayme bien celui qui s'en va En priant Dieu que le conduie; S'il me tient pour sa seul amy[e] Mon cœur a lui obéira.
Le second manuscrit est classé sous la cote IV, a, 24 1). Il a dû être écrit dans les premières années du seizième siècle: aussi la notation diffère de celle du précédent manuscrit, c'est déjà la notation blanche des maîtres musiciens de la Renaissance, mais le contenu de ce recueil appartient en grande partie aux compositeurs du quinzième siècle. Nous sommes en présence d'un manuscrit sur papier, écrit sans préoccupations calligraphiques et mesurant 0,21 c. X 0,14 c. Le texte littéraire est très négligé. La graphie varie d'une partie à l'autre, comme elle varie également du texte à la table, qui est en tête du volume et qui donne Vincipit de chaque pièce. Cette table est incomplète. A côté de l'ancienne foliotation, les 137 feuillets du manuscrit ont été récemment numérotés au crayon de la main du R. P. Rosansky, qui fut bibliothécaire au palais de l'Escorial. Comme pour le précédent manuscrit, nous don-
1; Voir notice dans liiano. ouïr, cilé, p. G8, III.
Pierre Aubry, Iter Hispanicum. IL
Bibliothèque de TEscorial